ACADEMIE
DES
INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES
ANNÉE 1903
MACO.N, PIIOTAT 1UI:KI:S. IMI-UIMIMUS
ACADEMIE
DES
INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES
COMPTES RENDUS
DES
SÉANCES DE L^ANNÉE
1903
PARIS
ALPHONSE PICARD ET FILS, ÉDITEURS
MimAIRKS DES ARCHIVES XATIOXALES ET DE LA SOCIÉtÛ OE i/ÉCOI.E DES CHAKTES
82, RUE BONAPARTE, 8 '2
M D CCCC III
ACADEMIE
DES
INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES
ANNÉE 1903
TOME I
MACOX, PROTAT l-UKHKS. IMPHIMiailS
^ ACADEMIE
DES
INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES
COMPTES RENDUS
DES
SÉANCES DE L'ANNÉE
1903
TOME I
PARIS
ALPHONSE PICARD ET FR.S, ÉDITEURS
UBRAIRES DES ARCHIVES NATIONALES ET DE LA SOCIÉTÉ DE LÉCOLE KES CHARTES
82, RUE BONAPARTE, 8 "2
M D CGCC III
\c^r
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1903
PRÉSIDENCE DE M. G. PERROT
SÉANCE DU 2 JANVIER
Le Priîsidknt sortant, AL Philippe Berger, prononce rallo-
cution suivante :
« Messieurs,
« Me voici arrivé au terme du mandat que vous m'avez confié.
11 n'a pas dépendu de moi de vous épargner les deuils auxquels
rien de ce qui est humain n'échappe, pas plus que je ne puis
m'attribuer le mérite des événements heureux qui ont marqué
cette année. Nous gardons des uns comme des autres un souve-
nir ému, car nous formons une compagnie dont tous les membres
sont solidaires, et l'élévation du but que nous poursuivons ne
nous rend que plus sensible la perte de l'un de nos compagnons
de travail, comme aussi la joie de voir se prolonger des exis-
tences qui honorent la science et l'humanité.
« Telle est, Messieurs, la haute signification de notre confra-
ternité. Nous élevant au-dessus des barrières qui sépai'ent les
1903-. 1
2 SÉANCE DU 2 JANVIER 1903
hommes, nous Iravaillons à rédifice de la science, el par ce
culte, doul nous entretenons la flamme, nous glorifions la France
(jwi a tonjours été le pays des idées généreuses et de la recherche
libre et désintéressée. l'^lle comprend d'ailleurs quels services
vous lui rende/, cl elle le prouve par la libéralité avec laquelle
elle dote cette _t;'ran(le iiisliluliou qui est une de nos g-loires
nationales.
« Pour nous en rendre dii;nes, nous devons laisser à la porte
de cette enceinte tout esprit de parti, et le bannir soigneusement,
non seulement de nos travaux et de nos discussions, mais de nos
choix, et de toutes les manifestations de notre vie académique,
pour n'avoir en vue que l'intérêt de la science.
« Quand on a eu l'honneur doccuper ce fauteuil. Messieurs,
quand on a été initié à la vie de cette Académie et qu'on en a
pénétré les ressorts, on comprend mieux l'unité de vos travaux
et la grandeur de votre rôle. Un se rend mieux compte aussi de
l'importance du rôle de votre président et de ses diflicullés.
Votre président doit régler l'ordre de vos travaux, diriger vos
discussions, éclairer l'Académie sans rii'u (')ter à sa liberté, être
le gardien du règlement et des traditions rpii l'ont la force de ce
grand corps dont plus de deux siècles ont éprouvé la solidité.
« Je ne me Halte pas d'avoir rempli de point en point ce pro-
gramme; mais je me suis appliqué constamment, d'une pari à
me pénétrer du sentiment de l'Académie et à y conformer mes
paroles et mes actes, d'autre part à maintenir intactes les préro-
gatives de votre présidenl. (pii sont la garantie do \otr(> indé-
pendance, en les conciliant, dans la mesure du possible, avec les
égards qu'il doit à des confrères. Si je n'y ai pas toujours réussi, et
si l'un ou l'autre d'entre vous trouvait que je n'ai pas toujours
suflisamment défondu ses droits ou respecté sa liberté, je le j^rie
de l'oublier pour ne considérer que ma bonne volonté.
« Pour moi, en tous cas , je garderai le souvenir le plus pré-
cieux de celle année, tpii m'a mis on contact plus direct et plus
in lime avec tous les membres de noire Compagnie, et m'a
permis de mieux apprécier l'élévation de vues et les hautes
capacités d'hommes dont beaucoup sont poui- moi des maîtres,
el à côlé descpiels je suis lier de revenir masseoir. Je vous
remercie tous de la bienveillance pleine de courtoisie que vous
SÉANCE DC 2 JA.WIEIl 1!I03 3
avez mise à me faciliter ma tâche, et je remercie en particulier
réminent Secrétaire perpétuel qui m"a constamment assisté de
ses conseils, ^'ous m'avez fait en me nommant président le plus
grand honneur que je pusse recevoir; je ne l'oublierai jamais et
je vous en exprime encore une fois ma profonde reconnaissance.
« Je transmets à mon successeur la présidence de l'Académie,
et j'invite nos confrères que vous avez appelés à faire partie du
bureau pour 1903, M. (leorj^es Perrot comme président, M. Louis
Havet comme vice-président, à venir y prendre place. »
M. Perrot, avant de s'asseoir au fauteuil, remercie la Compa-
gnie de la marque de sympathie qu'elle lui a donnée en l'appelant
à présider une seconde fois ses séances, il exprime le regret de
devoir ce rare honneur à la mort prématurée d'un confrère
duquel l'Académie attendait encore un précieux concours et
nombre de savants travaux. Par un scrupule de modestie exa-
géré, M. Havet a désiré ne point brûler l'étape de la vice-prési-
dence et s'initier, comme voisin et collaborateur d'un confrère
plus ancien, aux devoirs de la fonction qu'il aura à remplir l'an
prochain. M. Perrot s'efTorcera donc de l'aider à se mettre au
courant des usages et des règlements de la Compagnie, et si
parfois dans la recherche des précédents sa mémoire le trahit, « il
fera appel à celle de notre cher Seci'étaire perpétuel, qui a gardé
toute sa fraîcheur et toute sa sûreté »,
M. Perrot est heureux d'inaugurer sa fonction nouvelle en
proposant à l'Académie de voter des remerciements au président
sortant, M. Philippe Berger. La proposition est adoptée à l'una-
nimité, ♦
Le Secrétaire perpétuel fait connaître, ainsi qu'il suit, la
situation des concours de l'Académie pour l'année 1903 :
Prix ordinaire de l'Académie [Étudier une période de Vhisioire
de llndo-Chine) : 1 mémoire.
Antiquités de la France : 33 concurrents.
Prix Allier de ILa.uterociie (numismatique ancienne) : un
concurrent.
4 SÉANCE DL 2 JANVIER 1903
Prix Gobert : 4 concurrents.
Prix Bordin.
I. Etudier l'aulhenlicilè el le caraclère des monoçjrnphies r/iii
compose ni /" « Histoire Auguste » : '2 mémoires.
II. Quels ont été les sentiments des Romains el leurs principes
de (jouvernement à Vv(j;ird des Grecs : 1 mémoire.
Prix jc.vtraordinairi-; Boruin i^au meilleur ouvrage d'érudition
orientale) : 7 concurrents.
Prix Brinet : 6 concurrents.
Prix Stanislas Julien : 3 concurrents.
Prix Sai.ntolr lau meilleur ouvrage relatif à 1 Orient) : 9 concur-
rents.
Prix .Iean-Jacqies Berger : 4 concurrents.
Prix Aiuîuste Prost : .'< concurrents.
Prix IIonoké Giiavée (linguistique) : 3 concurrents.
L'Académie procède à lélection des commissions annuelles qui
restent à nommer.
Sont élus :
Commission des écoles françaises d'Athènes et de Home :
MM. Ileuzey, G. Paris, Foucart, W'eil, Meyer, Boissier, Colli-
gnon, Gagnât.
Commission de l"1m:ole française dKxtuème-Orient : MM. Bréal,
Barbier de Meynard, Senart, Glcrmont-Ganneau, Ilaniy, Barth.
L'Académie procède ensuite à Télection des commissions de
prix.
SÉANCE DU 2 JANVIER 1903 5
Sont élus :
Prix oiîdinaire [Élude d'une période de Vhisloire de Vlndo-
Chine) : MM. Bréal, Oppert, Senart, Barlh.
Prix Allier de Hauteroché : MM. de Vogué, Schlum berger,
de Bartliélemy, Babelon.
Prix Bordin {Histoire Auguste) : MM. Héron de Villefosse,
G. Boissier, Gagnât, Bouché-Leclercq.
Prix Bordin [Sentiments des Romains) : MM. G. Boissier,
Groiset, Gagnât, Bouché-Leclercq.
Prix extraordinaire Bordin (au meilleur ouvrage d'érudition
orientale) : MM. Barbier de Meynard, Oppert, Senart, Glermont-
Ganneau, Berger, Barth.
Prix Brunet : MM. Delisle, de Lasteyrie, ]']mile Picot, Omont.
M. Berger donne communication d'une lettre de M. Gauckler
relative au beau sarcophage anthropoïde peint, récemment décou-
vert par le R. P. Delattre, et qui représente une jeune femme
(une prêtresse) qui repose calme et grave, mais bien vivante, et
les yeux grands ouverts , sur le couvercle de son tombeau ,
revêtue d'attributs sacerdotaux et d'un grand voile, lamé de noir
et d'or, qui la recouvre tout entière et se replie sur ses jambes
en forme d'ailes. M. Grauckler en rapproche deux autres sta-
tuettes dont l'une a été découverte par lui dans une officine de
potier du Géramique de Garthage, et qui présentent un costume
analogue. M. Berger fait passer les photographies sous les yeux
de l'Académie *.
M. Héron de Villefosse communique à l'Académie deux rap-
ports du R. P. Delattre sur la découverte de plusieurs sarcophages
en marbre blanc dans les fouilles de la nécropole punique voisine
de Sainte-Monique. Ces rapports, dont le premier remonte
déjà à plusieurs semaines, renferment de très intéressants détails
sur les dernières trouvailles faites à Garthage et, en particulier,
1 . ^^^il• ci-après.
6 DÉCOUVE KTES A CARTHAGE
sur le merveilleux sarcophage représentant la statue couchée
dune prêtresse, qui est orné de peintures et rehaussé d'or. Les
sarcophages ont été transportés au musée Lavigerie où ils
l'ont ladmiration de tous les visiteurs. Cette découverte, tout à
fait capitale et de la ])lus haute importance pour l'histoire de
l'art, fait le plus grand honneur au zèle et à la perspicacité du
P. Delattre'.
COMMUNICATIONS
LETTRE DK M. (lAlCKLER SLR LES DECOUVERTES FAITES
A CARTHAGE PAR LE R. I'. DELATTRÉ.
Vous connaissez certainement déjà les superbes décou-
vertes faites depuis quelques jours par le \\. P. Delattre. Je
viens d'aller les admirer au musée de Carthage, et je rentre
émerveillé de ma visite. Le sarcophage de prêtresse à la
colombe m'a surtout enthousiasmé : c'est un chef-d'œuvre !
On ne saurait rien imaginer de plus étrangement savou-
reux que ce portrait de jeune femme qui repose calme et
grave, mais bien vivante et les yeux grands ouverts, sur le
couvercle du tombeau où la défunte dort son dernier som-
meil. Le visage aux traits délicats est mis en valeur par les
lignes soutenues et rigides des attributs sacerdotaux ({ui
l'encadrent : d'abord le voile, surmonté de lépervier solaire
accouvé. qui dissimule en partie la chevelure aux boucles
.symétriques et renforce le cou de ses deux larges bandes
verticales: jiuis lecrv/a/Aos tronconique (jui couronne la tète.
L'expression est douce et n"a rien de funèbre. Les lèvres
1 . Vk'w ci-iiprès.
DECOUVERTES A CARTHAGE 7
esquissent encore comme un vague sourire, dernier reflet
(lu rictus ég-inétique interprété par un artiste de g-énie du
iv*" siècle. L'élégance hellénique a aussi réussi à modifier en
l'assouplissant la raideur hiératique du costume, qui rap-
pelle encore l'antique Egypte. Mais ce qui fait la rare origi-
nalité du sarcophage de Garthage, c'est ce zaïmph — je ne
puis m'empêcher d'employer le terme de Flaubert, puisque
tout dans cette sculpture, la date, le sujet, la jeunesse et
la beauté, conviendrait si bien à son héroïne — ce grand
voile, d'une sombre magnificence, qui couvre chastement le
cou d'une pèlerine à trois zones annulaires, dégage le torse
drapé de laine line, et dont les pans, lamés de noir et d'or,
reviennent se croiser sur les jambes et les enveloppent
d'une gaine protectrice, comme les ailes repliées du vautour
divin qui caractérise le costume d'Isis et de Nephtvs, et
des reines d'Egypte figurées sous l'apparence de ces déesses.
C'est, du moins, ainsi que je comprends l'arrangement des
draperies accessoires qui complètent le costume, dont l'élé-
ment essentiel reste l'ample tunique grecque relevée à la
taille par une ceinture et tombant ensuite jusqu'aux pieds.
Peut-être cependant les ailes et la pèlerine n'ont-elles aucun
lien entre elles ; car je connais — et cette lettre n'a d'autre
but que de vous les signaler — deux autres exemples de la
même pèlerine, oh elle apparaît seule. Je la retrouve d'abord
sur une statuette de terre cuite publiée par le comte
d'Hérisson {Mission à U tique, planche III, à droite), et à
laquelle personne n'a prêté jusqu'ici l'attention qu'elle
mérite. Je vous fais grâce de la description, donnée dans le
texte à la page 243 :
« Hammon armé (le Goliath de l'Ecriture) ou le géant
« portant sur son épaule droite son vainqueur etc. »
D'après la phototypie, la figurine représenterait un jeune
homme debout portant sur l'épaule droite un quadrupède,
sans doute un agneau d'offrande, lequel correspondrait
ainsi à la colombe de la prêtresse. La tête est coiffée d'une
8 DÉCOUVERTES A CARTHAGE
sorte de bonnet phrygien. Le costume se compose d'une
courte tunique, ««ccfnc^a comme celle des camilles, relevée
et froncée à la taille par un cordon noué sur le nombril, et
s'épanouissant, au-dessous et par devant, en un éventail de
plis très caractéristiques. Les épaules sont engainées dans
une pèlerine à trois bandes annulaires, absolument iden-
tique à celle de la sculpture de Garthage.
Cette même pèlerine apparaît aussi sur une fig-urine, abso-
lument inédite celle-lk . et dont je suis heureux de pouvoir
vous réserver la primeur, et de vous adresser ci-joints deux
dessins exécutés par le marquis d'Anselme, et deux photo-
graphies, de face et de profd. Je l'ai découverte l'an der-
nier dans l'un des établissements de potier du Céramique
de Carthage que j'ai retrouvé, dans le quartier de Dermech,
et dont je ne suis pas encore parvenu, faute de temps, à
donner une description suffisamment détaillée. Je n'ai pu,
jusqu'ici , que résumer très sommairement les résultats
essentiels de mes recherches sur ce point, dans une courte
notice ([ui a dû paraître ces jours derniers dans la Revue
arch'Jolof/iqiic ^, mais que je n'ai pas encore reçue. J'ai
ramassé cette figurine dans un coin de l'atelier i[m précédait
immédiatement le four tubulaire à deux étages dont je
donne le plan à la page 381, figure l, de la Revue archéo-
logique. Elle avait été jetée avec d'autres statuettes mal
venues, notamment deux dieux Bès, dans le tas où le potier
reléguait les ratés au moment du défournement. En etfet, la
figurine avait été fort éprouvée par la cuisson. La tête ,
fixée au cou par une mince tige de bois ou de métal , les
deux bras, le bout du pied droit et la jambe gauche, parties
saillantes, qui avaient été collées au tronc massif au moyen
de la barbotine, s'étaient détachées dans le four, et la
statuette ainsi réduite à sa plus simple expression, devenait
invendable.
1. Gauckler, Les Ibuilles de Tunisie. Le Céramique de Carthage, dans la
Revue €irchéolog ici ue, 1902, II. p. 379 à 3S3, et fig. 1.
DÉCOUVERTES A CARTHAGE 9
Dans son état actuel, elle mesure encore 0'" 18 de hau-
teur. Elle est formée de deux pièces moulées , et rejointes
ensuite à la barbotine sur les côtés. Mais seule, la face
antérieure est modelée avec soin. Il n'y a pas d'autre trou
d'évent que l'étroit canal percé au sommet du cou. L'argile
est assez fine et bien cuite : elle provient des poches de
terre à modeler qui abondent dans la colline de Sidi hou
Saïd. Elle est recouverte d'un eng-obe blanc à la chaux (j'ai
retrouvé le pot de couleur qui avait servi à cette opération),
sur lequel des touches de couleur rouge vif et bleu azur
soulignent les détails du modelé, et se combinent pour
donner des roses et des bruns variés.
La statuette représente un jeune homme, reconnaissable
plutôt au développement des épaules, très larges par rap-
port à la minceur des hanches, qu'aux détails du costume,
lequel conviendrait presque aussi bien à une femme. Il est
vêtu d'une longue tunique à manches larges et flottantes,
faite d'une étoffe de laine fine et souple. Le vêtement est
retroussé par devant jusqu'aux genoux, laissant les jambes
à nu. Les plis sont relevés et massés à la taille par une
ceinture, sur laquelle ils retombent, et qu'ils dissimulent en
partie, de la même manière que dans la sculpture de Car-
thage. Au-dessous, ils sont massés sur le ventre en un
faisceau qui s'étale en éventail ainsi que la pschenti des
statues égyptiennes. La disposition de ce vêtement, comme
aussi l'attitude de celui qui le porte, et qui se tient debout,
la jambe gauche un peu infléchie et avancée, appelle la
comparaison avec une statuette inédite de style alexandrin
découverte cette année dans la nécropole punique de Sousse
par M. le colonel, aujourd'hui général Goetschy , et C[ue
j'ai fait entrer au musée du Bardo. Je vous en adresse ci-
jointe une photographie. C'est le costume du personnage
indéterminé, peut-être un adorant, qui se dresse à droite
du dieu Bès, sur lequel il semble s'appuyer. La tête et le
bras droit manquent malheureusement.
10 DÉCOUVERTES A CARTHAGE
Sur la figurine de Garthage la tunique est complétée
par une pèlerine, formée, elle aussi, de trois zones annu-
laires, séparées comme sur celle d'Utique par des filets
en relief, et peintes de rouge sombre bordé de bleu ciel.
Mais ici il faut noter une particularité nouvelle : de cette
sorte d'égide, lourde et massive, qui couvre les épaules,
descend une bande brodée, divisée en cinq compartiments
rectangulaires, qui traverse verticalement la poitrine et se
rattache à la ceinture.
En résumé, malgré quelques différences de détail, la prê-
tresse de Carthage, les deux jeunes hommes de Carthage et
d"Uti({uc portent le même attribut. t[ui paraît avoir un
caractère religieux et sacerdotal, au moins à partir du
iv^ siècle avant notre ère. C'est probablement à cette
période ou au début du m*' siècle que remonte le sarcophage
découvert par le R. P. Delattre, tandis que la figurine que j'ai
recueillie dans un four à potier du Céramique est datée avec
précision de l'époque à laquelle l'établissement fut incendié,
au moment de la prise de Carthage par les Romains. La
statuette d'Utique est peut-être un peu plus ancienne : elle
rappelle beaucoup pour le style les terres cuites analogues
que j'ai recueillies en 1001, dans la partie de la nécropole
de l'Odéon qui parait remonter au commencement du second
siècle et à la lin du m'" avant notre ère.
Étant donnée l'importance de la découverte faite par le
r». V. Delattre, j'ai cru devoir vous communiquer sans retard
ces quehjues renseignements inédits qui la concernent. Si
vous jugez qu'ils sont de nature à intéresser 1 Académie,
au moment où M. Héron de Villefosse lui présentera les
photographies des sarcophages anthropoïdes récemment
exhumés, je vous serai inliniment reconnaissant de vouloir
bien les lui communiquer.
H
CARTIIAGE. — NÉCROPOLE PUMQLE VOISINE DE SAINTE-MONIQUE.
LE SEPTIÈME ET LE HUITIÈME SARCOPHAGE DE MARBRE.
COLVERCLE ANTHROPOÏDE. ÉPITAPHES DE PRÊTRESSES.
RAPPORT DU R. P. DELATTRE , CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE,
Les fouilles de la nécropole punique voisine de Sainte-
Monique ont continué cette année à donner d'heureux
résultats.
Dans la partie de la colline qui regarde Bordj-Djedid,
nous avons constaté à partir de l'arête du plateau supérieur
neuf rangées parallèles de puits funéraires. Mais à mesure
qu'on se rapproche du ravin , le rocher se cache sous une
couche de terre plus épaisse qui rend les fouilles très
dispendieuses. Nous avons bien essayé d'un système ingé-
nieux consistant à pratiquer un souterrain dans l'épaisse
couche de terre, en suivant la surface du rocher, et nous
avons ainsi trouvé à coup sûr plusieurs puits. Mais nous
avons dû nous arrêter à la neuvième rangée, à une trentaine
de pas du ravin.
Les cinq grands sarcophages découverts cette année ^
sont sortis chacun d'un des puits de ces différentes rangées.
Jusqu'à présent, il n'en a pas été trouvé deux dans la même
rangée.
Le sarcophage anthropoïde qui fait l'objet de cette note
appartient à la troisième rangée au-dessous de l'arête du
plateau de la colline. Le puits qui le renfermait correspond
à celui qui nous a donné la belle statue de femme de style
grec. Une distance de neuf mètres, occupée par la seconde
rangée non encore complètement explorée, sépare les deux
puits l'un de l'autre.
1. ï" février, 15 mai, 1" juillet, 9 août et 4 novembre. On verra plus loin
que nous avons encore trouve un sarcophage le 11 novembre.
12 SARCOPHAGES DE MARBRE TROUVÉS A CARTHAGE
Le 4 novembre au iiialui, je pénétrais donc dans une
belle chambre retirée au fond d'un puits de 13 mètres de
profondeur, chambre et puits creusés dans le rocher'. On
avait d'abord constaté la présence de plusieurs morts
déposés dans d^s cercueils de bois. Ceux-ci se reconnais-
saient, au nombre de cincj, par leur empreinte demeurée
sur le sable ([ui les entourait et surtout aussi par la
couleur rouge dont ils étaient recouverts. Je dirai plus lias
quel était le mobilier renfermé dans la chambre. Deux des
cercueils avaient été placés à g-auche de la chambre, et c'est
sous les débris de ces deux cercueils que fut trouvé intact
le sarcophaj^e anthropoïde.
Qu'on se ligure une cuve de marbre blanc, longue de
2 mètres ', semblable à celle des sarcophages les plus simples
avec moulures peintes, découverts précédemment. Sur le
couvercle, taillé h double pente avec acrotères aux quatre
angles et au sommet des frontons, se détache en assez
haut relief l'image d'un prêtre carthaginois.
Le personnage, haut de I '" 80, est représenté ;/isan/, vêtu
d'une h)ngue tunique, la tète fortement barbue, la main
droite levée, le vase à ollVandes dans la main gauche. La
tunique à manches courtes descend jusque sur les pieds
chaussés de sandales. A travers les doigts des pieds finement
sculptés se voit le rouge dont la surface des sandales était
peinte, tandis ([ue l'épaisseur de cette chaussure porte un
simple lilil noir sur le blanc du maibre. Les courroies sont
aussi indicpiées en noir.
Sur l;i (unique tombe, de Tépaule gauche jusqu'au
milieu du corps, une épitoge terminée par ime frange. La
tunique collée au corps est traitée comme le voile tlans la
statue de femme provenani du même quartier. L"épitoge,au
1. Le piiils inosiire 2"' 29 sur 0"" 83. La cliaml)re na jias (rau{,'es ; elle
mesure 2'" 00 de hauteui-, I '" 00 de larjïcur cl 2"' 23 de pi-nfondciir.
2. Lar^'i"ir, 0'" 00, cl li.nilcm-. 0"> 53.
SARCOPHAGES DE MARUBE TROUVÉS A CARTHAGE
13
contraire , est exécutée
comme la tunique du la
femme j^recque. La tête
est fort belle : les traits
sont bien accentués, la
barbe et la moustache
bien fournies ; le front
est légèrement ridé ; les
arcades sourcilières sont
saillantes; les cheveux
sont assez courts ; les
oreilles sont petites. Les
yeux étaient peints , et
la prunelle de chacun est
encore visible, ce qui
donne au visage une ex-
pression particulière de
vie. L'avant-bras droit est
nuetdun modelé remar-
quable, dont les détails se
reconnaissent surtout au
toucher. 11 en est de
même de la main ouverte.
Le pouce paraît cepen-
dant trop fortement ar-
qué. La main gauche
tenant la cassolette révèle
un certain embarras chez
l'artiste. Tout lavant-bras
est supprimé. Cet effet
de raccourci est la partie
la moins heureuse dans
cette belle sculpture.
Les pieds reposent sur
une sorte d'escabeau mas-
Carlhaj;e. — Prêtre représenté en relief
sur son sarcophage.
li SARCOPHAGES DE MARBRE TROUVÉS A CARTHAGE
sif, haut de 0"' 08, épais de 0'" 12, dont les 1 lignes sont
parallèles à celles du fronton antérieur. Celui-ci d'ailleurs se
profile avec son acrotère supérieur en un léger relief. La
larireur totale de Tescabeau est de 0"' 48, alors que celle
du couvercle est de 0'" 70.
Le marbre de la statue a pris une teinte rougeâtre ressem-
blant H de la rouille et provenant peut-être en partie de la
couleur des cercueils avec lesquels il était en contact. Le
marbre lui-même renferme des veines verdàtres. Sous le
coude droit du prêtre, le couvercle porte l'empreinte peu
visible, mais certaine, d'un fond de corbeille •.
A ses quatre angles, le couvercle était muni de poignées
de fer scellées dans le marbre, ce qui donne sans doute
l'explication des doubles trous constatés sur d'autres cou-
vercles des sarcophages trouvés précédemment. Cependant
ici les trous traversent complètement le marbre, ce qui n'a
pas lieu pour les autres. De plus, dans un de ces derniers,
les trous sont à 0"' 15 du bord, alors que dans le présent
couvercle ils n'en sont qu'à 0'" O.j.'i. En tous cas, ces poi-
gnées ne pouvaient être prises à pleine main comme je l'ai
déjà constaté plusieurs fois pour les poignées de bronze des
cercueils de bois. Tout au plus pouvait-on y passer des cordes.
Le fer des poignées en s'oxydant a fait éclater le marbre.
Aussi, en soulevant le couvercle, avons-nous vu les quatre
parties correspondant aux poignées s'en détacher complè-
tement. Mais il sera facile de reconstituer le couvercle en
entier. La chose d'ailleurs la j)lus importante est la belle
conservation de la statue.
Voici maintenant, d'après mon carnet de fouilles, ce ([ui
fut constaté à l'ouverture du sarcophage :
« Le couvercle levé, on aperçoit un squelette entier, restes
d'un cadavre étendu sur le dos, les bras abaissés le long du
1. Celte empreinte est très visible dans la |)liul<i|.Mai)liie.
SARCOPHAGES DE MARBRE TROUVES A CARTIIAGE
13
corps. Une lig-ne régulière qui fait le tour de la cuve semble
indiquer la hauteur d'un liquide qui s est évaporé. Aux
pieds du mort, dans Tangle à droite, une croûte grande
comme la main demeure suspendue , adhérant aux parois
à 0"' 07 ou 0 '" 08 du fond de la cuve.
Cartilage. — Prêtre représenté sur son sarcophage; détail de la tête.
« Sur le cou, on distingue parfaitement une boîte de forme
cylindrique à couvercle plat. Elle est toute noire et paraît
être de fer. Je réussis à la prendre délicatement et elle
emporte avec elle la fourchette du sternum qui s'est sou-
dée au métal. Mais cette boîte qui paraît être intérieurement
de bois ou d'ivoire ne tarde pas à se briser en miettes, me
laissant dans la main son contenu, soit vingt-quatre mon-
naies carthaginoises.
16 SARCOPHAGES DE MARBRE TROUVÉS A CARTHAGE
« Près du crâne, k la droite du mort, je recueille deux
anneaux d'or et un troisième à la partie opposée. Ces
anneaux sont en forme de croissant dont les extrémités se
rejoig-nent, passant lune sur l'autre. La double partie
moyenne est entourée d'un fil de même métal k spires
serrées.
« Au doi},4 annulaire de la main «gauche, le mort portait
une belle bague sigillaire en or massif. La gravure du
chaton également en or offre une tête de profd, barbue et
k cheveux crépus. Cette tête ne manque pas d'une certaine
ressemblance avec celle du personnage (iguré sur le cou-
vercle. En tous cas, elle nous a sans doute conservé le
portrait de ce Carthaginois dont le crâne mesuré offre un
spécimen de mésaticéphale avec l'indice 79.
(< On recueille encore sur sa poitrine une amulette minus-
cule et brisée dont la monture d'or en forme d'étrier était
particulièrement soignée. »
En tamisant le peu de poussière qui entourait le squelette,
on ne trouva rien de plus.
Le jeudi 6 novembre, le sarcophage fut extrait de la
chambre et transporté dans la salle puni([ue du musée
Lavigerie; le couvercle fut photographié et la cuve reçut de
nouveau les ossements du mort. La mise en place eut lieu
en présence de M. René Busson, commissaire de marine, du
docteur Bailly, de Paris, et de M. Robert Martin de
Lagarde. Ces visiteurs purent constater le grand effet (|ui>
produit le .sarcophage avec sa belle statue intacte.
J'ai dit plus haut ([ue la chambre funéraire avait ret^u
plusieurs cercueils dont deux avaient été placés sur le
sarcophage. Trois crânes bien conservés appartiennent k
des dolichocéphales (75, o ; 74; 73, 3).
Au milieu des ossenu'iits et des lambeaux de bois (»n
recueillit tout un mobilier funéraire ainsi composé :
Une douzaine d'urnes k queue; huit lampes bicornes avec
SARCOPHAGES DE MARBRE TROUVÉS A CARTHAGE 17
leurs patères; trois lampes déforme grecque; une dizaine
d'ungueniaria; trois petites fioles à une anse ; quatre tasses
noires à anses ; deux petits bols ; une patère d'argile blanche
à anses horizontales et anguleuses ; une amphore en forme de
sac, trouvée à droite au fond de la chambre; une amphore
à base conique, trouvée à l'entrée contre le sarcophage.
Un iinguentariam en albâtre; une lampe minuscule de
forme grecque également en albâtre.
Deux capsules en terre blanche crayeuse couverte d'un
émail vert.
Bronze :\jn rasoir en forme de hachette; des clous, dont
plusieurs à tête dorée ; quatre goupilles d'anneaux mobiles ;
une demi-sphère creuse, sorte de godet; une lamelle taillée
en forme de cœur; des monnaies.
Fer : Des oiseaux ; un strigile.
Plomh : Deux tiges plates, disposéesen cercle, à face bordée
de deux lignes perlées et conservant des traces de dorure. A
leur extrémité, ces sortes de rubans sont ornés d'un fleuron
sous lequel le métal se recourbe en forme de crochet ;
deux objets ressemblant à des pattes de poule.
Ces ornements en plomb devaient entrer dans la parure
des femmes carthaginoises.
Os et ivoire ."Une douzaine de disques plats à bords lobés,
percés au centre, et portant sur une face huit rainures
qui en font comme des rosaces à huit éléments. Ces sortes
de boutons varient de 0"' 12 à 0'" 21 ; des tiges cylin-
driques ; cinq osselets percés dun trou ; une dent canine
d'animal.
Pâte de verre : Un long cylindre renflé au milieu; des
amulettes ''Anubis, éperviers, etc.); une grappe de raisin
de la dimension, de la couleur et de la grosseur d'une belle
1903. 2
18 SARCOPHAGES DE MARBRE TROUVÉS A CARTIIAGE
grappe mûre un peu allong-ée; des grains de collier, dont
un est taillé comme une graine de capucine ; enfin des mor-
ceaux d'oeufs d'autruche portant les traits d'un visage, un
cristal de roche et un petit caillou poli.
11 n'v a rien dans tout cela, sauf la petite lampe en
albâtre, que nous n'avons trouvé déjà dans d'autres tombes.
Mais je signalerai à part deux objets en or :
Une petite cuiller, formée d'une main ouverte, à l'extré-
mité d'une simple tige plate; une bague sigillaire dont le
chaton en cornaline porte comme gravure un taureau au
corps très allongé, la queue en l'air, la tête baissée , dans
l'attitude de la course ou de la lutte.
Tel était le contenu complet de la chambre au sarcophage
anthropoïde. Mais cette chandjre n'était pas seule.
Vers le milieu du puits, dans la même paroi, il y en avait
une autre très belle, à deux auges, longue de 2'" 'iO, large
de 2 mètres et haute de 1 '" 87 au-dessus des auges. Les
auges elles-mêmes avaient près de 1 mètre de ^irofondeur.
Elle otîre cette particularité que la pai^oi à droite, à son
extrémité, du coté de l'entrée, porte sous le plafond une
niche rectangulaire, haute de 0 '" 6;), large de 0 "' 40 et pro-
fonde de 0'" 45. Cette belle chambre n'avait reçu (jue des
cercueils, dont un, moins grand que les autres, ne renfer-
mait que des ossements calcinés.
Le mobilier se composait d'une dizaine d'urnes à queue,
de quatre lampes bicornes avec leurs patères, avec deux
brûle-parfums, deux biberons, deux bols à une anse, deux
tasses à anses horizontales, un ungucntarium, une petite
fiole à une anse et une large patère peinte intérieurement.
Dans un cercle formé de flots, cette patère porte au centre
deux coups de pinceau en forme de croix et quatre groupes
de trois points.
Parmi les menus objets, je signalerai des lamelles d'ivoire
SARCOPHAGES DP: MARliUK TROIVÉS A CARÏHAGE 19
pointues d'un côté et arrondies de l'autre; — une lamelle
découpée, sur laquelle est gravé au trait excessivement fin,
un cygne , les ailes déployées ; — un cristal de roche , un
grain de collier en agate; — trois amulettes (chat, cynocé-
phale, Bès) ; — un fragment de masque en pâte de verre; —
une fiole brisée en Ijelle pâte bariolée; — un clou en fer;
enfin une lamelle d'or rectangulaire portant une main droite
ouverte obtenue au repoussé, et une bague sigillaire aussi
en or, ofTrant également en relief, sur le chaton, le signe
de Tanit combiné avec le caducée.
A côté du puits qui recelait, avec le sarcophage anthro-
poïde , ces pièces intéressantes , un autre puits , dont l'ou-
verture mesurait 1 '" sur 2 "' 20, semblait aussi nous réser-
ver quelque surprise. Très bien fait, creusé à travers le
rocher jusqu'à la profondeur de 17'" 50, il donnait accès à
deux belles chambres. L'une d'elles, d'une régularité remar-
quable, n'avait pas moins de 2™ 40 de longueur, 2"' 10 de
largeur et autant de profondeur, sans compter la profon-
deur des deux auges qui atteignait 1 '" 10. Ce beau puits et
ces deux grandes chambres n'offrirent cependant absolu-
ment rien de particulier comme mobilier.
Il en avait été autrement dans un autre puits voisin.
A 4"" 50 de profondeur, on trouvait dans le puits même
deux cercueils superposés et en même temps deux dalles de
tuf, l'une à plat, l'autre appliquée contre la paroi du côté
des caveaux. Chacune de ces dalles portait incrustée au
centre une petite pierre à face rectangulaire, d'une autre
nature, sur laquelle était gravée une inscription punique.
La première, en calcaire gris, dont la face seule avait été
dressée et polie, longue de 0'" 22, large de 0™ 06 i, porte
en deux lignes l'épitaphe suivante :
1. La dalle de tuf dans laquelle est encastrée cette pierre mesure 0" 75
de hauteur, 0™ 50 de larjjeur et 0" 12 d'épaisseur.
20 SARCOPHAGES DK MARlîRK TROUVÉS A CARTHAGE
Tombeau crHatalU , In prêtresse, fille de Majon /ils
Bodmelqart^ épouse d'Asmelek fils Bodmelqart.
La seconde, en belle pierre noire, très lisse, long;ue de
0"^ 25 et large de 0"' oo', porte en une seule lig-ne et en
caractères très soig-nés Tépitaphc d'une autre prêtresse :
Tombeau d\irisa(hnàf la prêtresse, épouse de Mch/art-
hillès.
Près de cette double sépulture, on trouva, entre autres
objets, une cuiller à encens en l)ronze, dont la tige est
recourbée à son extrémité en forme de tête de cygne, puis
une basTue sic^illaire en or ollVant comme sceau deux
ligures égyptiennes à corps humain et à tête de chai sur-
montée du globe. Ces deux figures, deboul lunt' à côté de
l'autre, se font pendant. Tandis que la première tient de la
main droite abaissée le signe triangulaire de Tanit, et de la
main gauche ramenée sur la poitrine, une sorte de fouet, la
seconde, dans la même attitude, tient les mêmes ol^jcts, de
la main opposée. Dans chaque personnage, le signe de Tanit
est tenu du côté extérieur.
Il convient aussi de signaler un petit coquillage du genre
cauris^ gros comme un grain de l)lé, entouré dun lil d'or
permettant de le suspendre dans un collier.
1. Cette pièce est très bien encastrée, mais fortement de travers, dans
une dalle haute de 0"" "5, largo de 0'" 55 et épaisse de 0'" 09. Au pied de
cette dalle furent trouvées trois urnes à queue, une lampe bicorne et une
anse d'amphore rhodienne.
SARCOPHAGES DE MARBRE TROUVÉS A CARTHAGE 2\
Le jauits dans lequel furent trouvées les deux épitaphes de
prêtresses, au lieu de communiquer avec deux chambres,
donnait simplement accès h deux caveaux étroits dont la
lars^eur ne dépassait pas celle du puits. Dans le caveau
inférieur, haut de o mètres, on avait superposé cinq cer-
cueils ', et quatre dans le caveau supérieur haut de 3 mètres.
Le sarcophage anthropoïde avec sa statue de prêtre, les
deux épitaphes de prêtresses, ainsi que les découvertes précé-
dentes, permettent de reconnaître, dans la nécropole punique
voisine de Sainte-Monique, la nécroj)ole où Garthage, vers
le iv*" siècle, inhuma ses rabs, ses prêtres et ses prêtresses.
On se souvient que nous avons trouvé avec les épitaphes
de Rabs et de la tille de Rabs, celle d'Hamilcat, prêtre de
Baâl Samain, et celle de Geratmelqat, prêtresse de la grande
déesse (Tanit).
Post-scriptum. Ces lignes sont écrites, lorsque le 11 no-
vembre, au fond d'un puits de 10 mètres, on trouve encore
dans une chambre un grand sarcophage de marbre blanc.
Comme le précédent, il était placé contre la paroi à gauche.
Le puits en question est situé à 5 '" 50 seulement du puits
où fut trouvé le sarcophage à la grande statue de femme et à
6 mètres du puits d'où est sorti le sarcophage à la statue de
prêtre. Une distance de 4 mètres sépare ce puits de la ruine
romaine voisine.
La chambre - renfermait deux ossuaires avec un vase à
cendres et sept cercueils de bois. Deux de ces cercueils
avaient été placés au-dessus du sarcophage. Celui-ci est par-
1. Le cadavre déposé le premier dans ce caveau était en partie noyé dans
une couche de résine. Un fémur du squelette donne une taille de 1 ■" 68 à
1'" 69.
2. Deux petites amphores à queue, une lampe bicorne et trois patères
trouvées la veille au soir à l'entrée de la chambre ont été vues sur place
au moment de la découverte par M. le commandant Morier, capitaine de
frégate, et par son fils Jean.
22 SARCOPHAGES DE MARBRE TROUVÉS A CARTHAGE
faitement conservé. Cuve et couvercles sont intacts ', niais
ils n'offrent rien de particulier. Le couvercle, sans trace de
décor dans le fronton, sauf sur la fausse moulure des
rampants, est bordé de chaque côté dacrotères au nombre
de sept. La tranche du couvercle et les moulures de la cuve
sont pointes comme à Toi-dinaire d'oves et de rais de cœur.
L'ouverture eut lieu le jour même de la découverte, en
présence de trois nouveaux professeurs du lycée de Tunis
qui visitaient Carthage pour la première fois.
La cuve était à moitié remplie de terre, à surface toute
fendillée, que nous prîmes d'abord pour de la résine. Deux
couches d'ar<^ile desséchée, séparées par une couche de
sable, recouvraient le squelette. La couche suj)érieure, très
brune, de l'épaisseur d'un doigt, s'enlevait par galettes,
laissant voir le sable; sous le sa])le, on rencontrait, avec
les ossements, la seconde couche argileuse épaisse d'envi-
ron trois doigts.
La double couche d'nrg-ile, quoique très compacte,
s'écrase h la moindre pression comme de la terre à modeler
bien lavée et tamisée. C'est assurément le produit d'une
infiltration lente qui a pénétré par les joints du couvercle.
Nous avons cependant constaté ([ue la cuve suivant son
grand axe était percée de trois trous, l'un au milieu et les
deux autres vers les extrémités -. Le sarcophoge anthropoïde
porte aussi au revers deux trous placés l'un vers la tète,
l'autre vers les pieds. 11 n'a pas été constaté si ces deux
trous traversaient complètement le marbre.
Le crâne recueilli dans ce sarcophage appartenait ii un
sous-dolichocéphale avec l'indice 76,2.
Comme menus objets, le s([uelette n'était acconq)agné
que (le (|U('l([ues monnaies et dune bague en plomi) doré,
1. LoriKiii-ur, 2"' Ojj; lartçour, 0'" "i. La cuve sans le couvitcIo mesure
O" 46 de liaulciir (dimensions extérieures).
2. Sous le saiTophaj^c, une excavation rectangulaire, lonj^ue denviron
O-" 60, lar^'C de 0'" 35 et profonde do 0'" 25, renfermait des ossements calci-
nés, sans accompajjnement de monnaie ni d'aucun autre objet.
SARCOPHAGES ANTHROPOÏDES TROUVÉS A CABTHAGE 23
dont l'or avait laissé des traces sur la phalange annulaire
de la main g-auche.
En dehors du sarcophage, la chambre renfermait, avec les
poteries ordinaires, deux œnochoés en bronze, un miroii-,
un clou à extrémité rabattue, une lame de coutelas, des
ciseaux, une bague en fer, une jjetite bague en plomb doré,
des grains de collier, quelques amulettes, une griffe d'ani-
mal, huit pastilles en pâte de verre, dont une atteint 0'" 42
de diamètre, deux lentilles circulaires à belle patine, larges
de 0"^ 38 \ enfin trente-neuf monnaies de bronze.
Un fémur bien conservé donnait une taille d'homme de
1 '" 677.
Le quartier où ont été trouvés les deux derniers sarco-
phages nous réserve sans doute encore des surprises.
Je ne puis terminer cette note sans remercier tout parti-
culièrement M. Henry Bourbon. Au lendemain de son retour
de France, avec un réel dévouement, il s'est gracieusement
chargé d'exécuter les photographies cjue je suis heureux de
joindre à l'exposé de nos découvertes.
CARTHAGE, NÉCROPOLE PUNIQL'E VOISINE DE SATNTE-3I0NIQUE.
DEUX SARCOPHAGES ANTHROPOÏDES EN 31 ARBRE BLANC.
RAPPORT DU R. P. DELATTRE, CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE.
Le mois de novembre a été particulièrement heureux
pour les fouilles dans la nécropole des rahs, des prêtres et
des prêtresses de Carthage sur la colline voisine de Sainte-
Monique.
1. Ces lentilles sont plates d'un côté et convexes de l'autre.
24 SARCOPHAGES ANTHROPOÏDES TROUVÉS A CARTHAGE
Le mardi 4 novembre , nous trouvions un sarcophat^e
anthropoïde ; le mardi 11, nous trouvions encore un sarco-
phaj^e de marbre blanc décoré de moulures peintes ; enfin le
mardi 25, les ouvriers au moment de terminer leur journée,
reconnaissaient dans une cliaml)re, à 12 mètres de profon-
deur, un sarcophage, et sur l'extrémité du couvercle, les
pieds d'une statue.
Le puits dans lequel avait lieu cette reconnaissance nous
réservait une très belle découverte; il est situé sur une
rano^ée intermédiaire entre le puits à la belle statue «grecque
trouvée le l*^'" février dernier, et celui qui nous a fourni la
statue du 4 novembre.
Le 2G, dans la matinée, après la cèléljralion du service
pour l'anniversaire de la mort du cardinal Lavisçerie, je me
faisais descendre au fond du puils, et je pénétrais dans la
chambre' qu'on avait eu le temps de dé])layer complète-
ment, dans la partie supérieure, de la terre qui la renqilis-
sait. On avait d'abord trouvé quatre squelettes dans de
gros cercueils de bois, avec les poteries et l'ensemble ordi-
naire des mobiliers funéraires. En entrant dans cette grande
et belle cliambre, quelle ne fut pas ma surprise de voir non
seulement un sarcophage anthropoïde, mais d'en recon-
naître deux, et tous deux superbes !
A gauche, se trouvait un prêtre (jisant, la main droite
levée, la cassette dans h\ main gauche. La tète barbue, avec
les cheveux disposés en mèches, est ceinte d'un cercle ou
d'un bandeau. Les yeux, relevés par la couleur, donnent au
visage une vérilal)le expression de vie. L'oreille gauche porte
un anneau doré. Le personnage est vêtu d'une longue
tuni(jue,et de son épaule gauche tombe l'épitoge, insigne de
sa dignité. La tunique conserve des traces de couleur rouge
1. Ci'ltc chambre mcsurail -i nuMics ûc liauteur, 2'" 3i di> lont,'ueur et
2™ 05 de larfîcur. I.iii(ii'-e, aussi luiulc (nic la cliambre et large de 0" 85, a
été cchancrée à {,'autlie pour K- passaf^f des saroophajres. La chemiiu'e du
puits d'accès avait luirizontalcuienl 2"' 20 sur 0 "■ 9J.
Sarcophages anthropoïdes trouvés a CARTHA(ii:
2.1
que je crois provenir du
cercueil de bois qui avait
été posé dessus; ces cer-
cueils sont toujours peints
en roug-e. Les pieds sont en-
fermés dans des chaussures,
sorte de chausson à épaisse
semelle , conservant des tra-
ces de décor rouge et noir.
Le pied droit est plus large
que le pied gauche.
A l'extrémité antérieure
du couvercle ' , un escabeau
rectangulaire, large de
0"' oO et épais de 0'" 17,
s'élève de la double pente.
La hauteur de cet escabeau,
à droite et à gauche, est
aussi de 0"^ 17. Au-dessous,
le fronton se profile en fort
relief (0'" 023), et ses acro-
tères sont décorés de déli-
cates palmettes rouges.
Un des acrotères d'angle,
brisé en partie, porte sur la
cassure même le complément
d'une palmette.
La chambre offrait à
droite une pièce encore plus
1. Ce couvercle, ainsi que la cuve,
a 2- 08 de longueur, et 0'" "1 de
largeur. La cuve, à moulures pein-
tes, mesure 0"° 49 de hauteur. Inté-
rieurement elle a 1"77 de longueur,
0™ 54 de largeur et O" 42 de pro-
fondeur.
Cartilage. — Prêtresse sur son sarco-
phage, vue de face.
26 SARCOPHAGES ANTHROPOÏDES TROUVÉS A CARTHAGE
belle. J'avais sous les yeux une prêtresse, je serais presque
tenté de dire une déesse. Gisante sur son tombeau, cette
femme était représentée dans un luxe de décor inouï.
La main gauche qui portait la cassette, comme dans
rimage voisine, manquait seule à cette magnifique sculp-
ture ^ La main droite, ornée d'un g-ros bracelet doré, est
abaissée le long du corps et tient, par les pattes, les ailes
et la queue réunies, une colombe. La figure, aux traits d'une
finesse particulière, a les yeux peints; la tête, coifîée à la
façon égyptienne, est cependant surmontée d'une stéphané
en avant de laquelle émerge une tête d'épervier artistement
sculptée et qui était dorée. La chevelure enfermée dans une
coiffe montre l'extrémité de ses boucles en une série de fri-
sures sur le front -et au bout des deux gaines qui encadrent
le visage, tombant sur les seins -^ Les oreilles, petites, très
ouvertes et ramenées en avant, sont ornées de longs pen-
dants très détaillés et aussi dorés. Ces pendants ont la
forme de cône allongé suspendu à un fleuron. Sur le cou
passe un double filet doré imitant les perles d'un collier.
Le haut de la poitrine est décoré de trois larges bandes
cernées d'or. Celle du milieu est de couleur rouge vif; les
deux autres sont de couleur sombre (noir ou bleu foncé).
Ces bandes très décoratives passent sous l'enveloppe des
cheveux et reparaissent sur les épaules.
Le vêtement principal se compose d'une longue tunique
relevée sous les seins par une ceinture dorée retenant des
plis symétriquement disposés à droite et à gauche. La
tunique n'apparaît, en dehors de la poitrine, que sur le
haut des bras et sur les pieds dont les doigts sont finement
sculptés. Cette partie du vêtement conserve un ton rose.
Mais, détail particulier, à partir des reins, le corps est voilé
1. La main fui retrouvée en deux morceaux dans le sarcophage.
2. Au noiiibi-o (le (|ualrii-zc.
3. Cinq tresses sortent de chaque gaine.
SARCOPHAGES ANTHROPOÏDES TROUVÉS A CARTHAGE 27
et comme enveloppé
par deux grandes
ailes peintes et do-
rées. Les petites plu-
mes sont fig-urées par
des imbrications en
traits rouges, et les
o-randes sont indi-
quées par de larges
filets d'or parallèles
sur fond bleu foncé.
Ces ailes se croisent
de telle façon qu'a-
vec leur extrémité ar-
quée elles donnent à
la moitié inférieure
du corps presque l'as-
pect d'une queue de
poisson ; ce qui fait
penser, sans cepen-
dant application pos-
sible, à un vers bien
connu de Y Art poé-
tique d'Horace ^
Les pieds repo-
sent sur un socle
formé par un i-elève-
ment du marbre ,
épais de 0'" 11, h
arêtes parallèles à
celles du fronton du
couvercle indiqué par
1. Desinit in piscem
millier formosa superne.
o
&
o
3
o
u
es
c
o
t/3
c
C8
t.
a
U
28 SAhCOPHAGES ANTHROPOÏDES TROUVÉS A CARTHAGE
un léger relief avec une palmette rouge sur Tacrotère
supérieur ' .
L'ensemble de celte sculpture si richement décorée est
vraiment remarquable.
Les deux beaux sarcophages, malgré les difficultés qu'of-
frait l'opération, à 12 mètres de profondeur, ont été pho-
tographiés en place par M. Henry Bourbon qui assista à
leur ouverture.
Qu'allions-nous trouver sous ces dalles ainsi ornées?
Nous avions d'abord été surpris de ^oir dans chaque
couvercle, à gauche de la tête du personnage sculpté, un
trou large comme les deux mains, pratiqué jadis à travers
le marbre au point où celui-ci olîrait le moins d'épaisseur
et par suite le moins de résistance "^ Ces trous étaient de
mauvais augure, car ils avaient probablement été faits dans
l'intention de voler les objets précieux que ces sarcophages
pouvaient renfermer.
Nous ouvrîmes d'abord le sarcophage de la prêtresse.
Près du crâne nous trouvons un fémur, preuve évidente
que par le trou signalé à l'instant on avait troublé les os
du squelette en cherchant les objets de valeur. Nous pûmes
cependant constater que le cadavre avait été placé dans une
couche de résine. En s'altérnnt celle-ci avait laissé une
croûte superficielle ayant encore assez de consistance le
long des parois de la cuve, surtout dans les angles et autour
du crâne qui y était à demi engagé. Si nous en jugeons
par la mâchoire qui avait perdu presque toutes ses molaires,
la prêtresse était une femme morte dans un âge avancé.
Le crâne comme indice céphalique donne 79. Deux osse-
1. Le couvercle et la cuve mesurent 1™ 92 de longueur et 0"' 6" de lar-
geur. La cuve, ornée de moulures peintes qui paraissent aussi avoir été
dorées, a 0"^ 48 de hauteur. Intérieurement, elle mesure 1"' "8 sur 0"" 50 et
0" 41 de profondeur.
2. Dans le sarcophage de la prêtresse, du côté opposé à ce trou, on
distingue sur le couvercle une empreinte circulaire.
SARCOPHAGES ANTHROPOÏDES TROUVÉS A CARTflAGE 29
ments mesurés correspondent k une taille de 1 '" 55 à
1-56.
On trouva avec le squelette vingt et une monnaies de
bronze que les voleurs avaient sans doute jugées sans valeur.
Ce sont de petites pièces portant sur la face la tête de
Perséphoné, et au revers le cheval au galop; elles étaient
g-roupées sur la poitrine. Avec ces monnaies, le sarcophage
ne renfermait que les deux morceaux de la main manquant
à la statue et des menus éclats de marbre provenant du
trou pratiqué dans le couvercle. On dirait que les voleurs
ont fait ce trou à petits coups pour ne pas attirer l'atten-
tion ni éveiller les soupçons de gens qui auraieïit pu les
entendre.
Vint ensuite le moment douvrir la tombe du prêtre.
Jusqu'à présent, tous les grands sarcophages de marbre
et de pierre que nous avons ouverts dans cette nécropole'
avaient leur couvercle simplement posé sur la cuve, s'y
encastrant ordinairement dans une feuillure. Cette fois ,
nous nous trouvions devant un sarcophage dont le cou-
vercle avait été scellé au fer et au plomb. A deux des
angles, une tige de fer noyée dans le plomb pénétrait à tra-
vers le couvercle dans le. marbre de la cuve. Malgré son
enveloppe de plomb, le fer a fait éclater le marbre.
Nous réussîmes cependant à ouvrir cette tombe. Le
squelette reposait dans une couche de résine compacte et
très dure qui avait été brisée près de la tête du mort, au-
dessous du trou pratiqué par les voleurs. La résine recouvre
à peine le squelette. A gauche du mort, on voit l'empreinte
d'une tige aussi longue que la cuve elle-même. C'est peut-
être l'indication d'un insigne. La boîte crânienne mesurée
donne l'indice 77.
La cuve se voit aujourd'hui au musée Lavigerie avec les
ossements encore noyés dans la résine.
1. Ils sont actuellement au nombre de quatorze, dix en marbi-e, deux en
pierre calcaire et deux en tuf coquillier.
30 SARCOPHAGES ANTHROPOÏDES TROUVÉS A CARTHAGE
C'est le jeudi 27 qu'eut lieu le transport des sarcophages.
La statue de prêtresse, à son arrivée à Saint-Louis, fut
admirée par M. le général de la Bég^assière qui visitait
Carthage avec son fils et son officier d'ordonnance, le capi-
taine Tourdes. Le chantier des fouilles eut aussi la visite du
général, et le capitaine, descendu dans le puits, put voir
encore en place le sarcophage du prêtre. Les deux statues
forment aujourd'hui les plus belles pièces de la salle
punique du musée Lavigerie, où déjà plusieurs personnages
se sont empressés de venir les contempler.
Comme je l'ai dit plus haut, deux cercueils de bois avaient
été superposés par-dessus chacun des sarcophages. Il est
facile de constater à quelle hauteur ils s'élevaient dans la
chambre; car une corbeille de forme cylindrique, couchée
en travers sur un des cercueils supérieurs, s'est moulée dans
la terre argileuse avec laquelle elle était en contact. Dans
l'angle, à droite, près de l'entrée, à 2'" 25 de hauteur,
existe encore l'empreinte du fond et d'une partie du tour
de cette corbeille. C'est un véritable moulage de l'objet qui
vient confirmer l'explication donnée sur les empreintes de
pièces de vannerie déjà signalées plusieurs fois.
Le mobilier de la chambre ne différait guère des mobiliers
ordinaires. En dehors des urnes à queue, des lampes
bicornes, de la lampe de forme grecque, des ungiienlaria
et autres poteries, je signalerai les objets suivants. Le
bronze était représenté par une cenochoé, un miroir, un
rasoir en forme de hachette, une clochette, un étui, des
anneaux dont un sigillaire et à gravure , enlin par soixante-
quinze monnaies; le fer formait la matière d'un strigile et
de ciseaux ; le plomb se montrait dans trois tables minus-
cules à (juatre pieds, et dans une patte d'oiseau (poule?)
peinte en rouge.
On recueillit encore dans cette chambre une fiole en
albâtre, une cincpiantaine de morceaux d'œufs d'autruche
peints, deux osselets, un cauris. dtaix lamelles d'ivoiie et
SARCOPHAGES ANTHROPOÏDES TROUVES A CARTHAGE
31
trente-deux pendeloques
de collier, parmi lesquelles
vingt-huit amulettes.
Le puits renfermait une
seconde chambre creusée
dans le roc au-dessus de la
précédente. Nous avions
hâte de constater si, elle
aussi, avait reçu des sarco-
phages de marbre. On n'y
trouva que les traces de
six cercueils de bois et
six ossuaires de pierre dont
un, étroit et long, a pour
couvercle une dalle de
marbre taillée à double
pente sans frontons. Sur
plusieurs centaines de cof-
frets de pierre, c'est la se-
conde fois que nous en
trouvons un avec couvercle
de marbre, et chaque fois
c'est un couvercle d'occa-
sion adapté à l'ossuaire.
Nous n'avons pas encore
trouvé d'ossuaire en mar-
bre.
Cette chambre nous don-
na un mobilier composé
des mêmes poteries et au-
tres objets que nous avons
coutume de rencontrer.
Mais ce qui est particulier,
c'est un intéressant groupe
de figurines en terre cuite.
32 SARCOPHAGES ANTHROPOÏDES TROUVÉS A CARTHAGE
II y en a quatre. Sauf un buste de vieille femme à large
bouche, semblant grimacer, ces statuettes représentent des
types déjà sortis de la même nécropole : la déesse aux bras
tendus^, une autre déesse assise sur un large siège-,
tenant en main un emblème ressemblant à une quenouille,
et un personnage barbu à coiffure conique portant Tépi-
toge>». Ce dernier est aussi assis ; son siège devait être
décoré de deux têtes également barbues et à bonnet pointu.
Enfin je ne dois pas oublier de signaler un fragment
d'amphore à base conique portant trois caractères très nets
écrits à l'encre noire.
Les deux couvercles ont été dressés dans la salle punique
du musée Lavigerie où ils produisent grand effet.
Le prêtre, la jambe droite pliée en avant, s'appuie sur la
gauche qui disparaît sous la tunique. Le torse, porté un
peu de coté, atteint du l)ras gauche l'arête même du cou-
vercle, tandis qu'à la partie opposée l'artiste a laissé une
large marge. Ainsi vu debout, le personnage, avec sa main
droite levée et ses yeux auxquels la couleur donne la vie,
prend un certain air d'effroi.
La prêtresse, au contraire, est calme et majestueuse.
L'impression produite par le croisement des grandes ailes
n'a rien qui choque l'œil. Le regard du visiteur est étonné,
mais l'ensemble rehaussé de tons divers et d'or a tant de
symétrie et présente de si belles lignes, que l'esprit demeure
entièrement satisfait.
L'étude détaillée de ces deux pièces, sans doute contem-
poraines, si bien conservées, de haute ({uoique d'inégale
valeur, toutes deux supérieures au sarcophage anthropoïde
1. Comptes remhi.s, l.SOO. pi. 1\' ol V, p. 587, iig. 2.
•-'. 1(1., 1901, p. 589, fig. 5.
3. 1(1., 1901, p. 5S6. iijx. 1.
LIVRES OFFERTS 33
découvert le o novembre, leur présence, malgré leur diffé-
rence de style, dans une même chambre , la variété des
couleurs relevée par l'or, tout fournirait matière à d'in-
téressantes observations.
La parure de la prêtresse représentée peut-être sous les
traits de la déesse de Carthage, cette paire de grandes ailes
et d'autres particularités offriraient aussi de curieux rappro-
chements avec des statuettes d'argile et avec divers objets
trouvés précédemment dans les fouilles. Je me borne aujour-
d'hui à en donner la description que je suis heureux de
pouvoir accompagner de vues photographiques dues à la
complaisance habituelle et au talent de M. Henry Bourbon.
LIVRES OFFERTS
M. d'Arbois de JuBAiNviLLE offre à rAcadémie ses Eléments de la
Grammaire celtique (Paris, 1903, in-8°).
M. Barth dépose sur le bureau sa note sur la Stèle de Val Phou,
près de Bassac, Laos (Hanoï, 1902, in-8°; extr, du Bulletin de V École
française d' Extrême-Orient) ,
M. Cleumont-Ganneau ollre à rAcadémie, au nom de M. Golé-
nischeff, les très rares ouvrages suivants de l'archimandrite Ous-
pensky :
1° Les caractères du Keiver Monathas sur les rochers du Sinaï
(Saint-Pétersbourg, 1857, in-8°);
2o Premier voyage au monastère du Sinaï en 1843 (Saint-Péters-
bourg, 1856, in-8°) ;
3° Second voyage au monastère du Sinaï en iSoO (Saint-Péters-
bourg, 1856,in-8<').
M. Gaston Boissier présente, de la part de l'auteur, un volume
intitulé : Le latin de saint Cyprien, par M. l'abbé Bayard, docteur
ès lettres, professeur à la Faculté libre de Lille (Paris, 1902, in-B») :
1903. 3
34 LIVRES OFFERTS
« Ce livre appaiiient à une catéf>orie doiivragcs dont nous avons,
en France, quelques bons modèles, tels que celui de M. Bonnet sur
Le latin de Grégoire de Tours, et celui do Gœlzer sur La latinité de
saint Jérôme. M. Bayard a marché sur leurs traces. Je ne puis le suivre
dans sa longue et minutieuse étude à travers les altérations que
subissent les conjugaisons, les déclinaisons dans saint Cyprien. Mais
j'appelle l'attention sur ce (ju'après M. Bréal il appelle la sémantique,
c'est-à-dire les changements que le temps, ou les nécessités, ou les
événements extérieurs amènent dans la signification des mots. Il
faut se souvenir qu'à ce moment le christianisme a été obligé de se
créer toute une langue, qu'il a inventé peu de mots nouveaux et s'est
le plus souvent contenté des mots anciens dont il a étendu ou renou-
velé le sens. C'est un travail (jui mérite d'être étudié avec soin, c'est
le triomphe de la sémanlicpie. Indépendamment des connaissances
particulières que nous fournit l'ouvrage de M. Bayard, on en jjcut
tirer ([uelques idées générales de grande importance. C'est ainsi qu'il
confirme rojjinion de ceux qui pensent que le latin s'est altéré en
Afrique de la même manière qu'ailleurs, que les termes et les tours
propres à cette province ne sont pas très nombreux, que ce qu'on
appelle ÏAfricilas se réduit à fort peu de chose, et (jue non seule-
ment la manière de bien parler le latin, mais celle de le mal parler
était à peu près la même dans tout l'Empire. M. Bayard s'est occupé
aussi du style de saint (Cyprien, des elforts qu'il a faits, et qui sont
quelquefois trop visibles, pour donner à sa prose de l'ampleur et de
l'harmonie. Outre que ce travail a exercé une influence notable sur
la langue dont il se sert, il n'obéissait pas seulement, quand il
l'accomplissait, à des préoccupations de vanité littéraire; son dessein
était plus grave. Le christianisme voulait gagner les lettrés. Il lui
fallait montrer ([u'il ne dédaignait pas les lettres et ne condamnait
pas l'Empire à la barbarie. Le livre de M. Bayard a donc plus d'im-
portance ({ue son titre pourrait le faire croire. »
M. HiîHGEH présente de la part de .M. l'abbé Loisy ses Etudes
évangéliques (Paris, 1902, in-8°) :
<i Cet ouvrage continue dignement les travaux de l'abbé Loisy sur
la Bible, notannnent son Histoire du Canon du Nouveau Testament,
ses Evangiles sijnoptiques et ses Etudes bibliques. On y trouvera les
mêmes (jualités : une connaissance exacte des travaux dont les
Evangiles ont été l'objet et de la position de la cpiestion, en même
temps qu'une étude approfondir du texte et un sentiment très per-
sonnel et très indépendant. C'csl un livre (ju'on pouria discuter, mais
dont il faudra tenir compte, parce qu'il nous apporte les conclusions
LIVRES OFFERTS 35
auxquelles lélude des textes a conduit un savant consciencieux doué
d'un esprit singulièi'enient pénétrant. Son étude sur le Prologue du
quatrième Évangile mérite une attention toute particulière.
« On doit se féliciter de voir les études bibliques, qui tiennent une si
grande place dans la vie scientifique de lAllemagne, traitées de cette
manière dans notre pays.
« Si j'osais émettre un vœu, ce serait (|ue cette année où l'Aca-
démie doit décerner trois prix relatifs à l'Orient, elle fit une place
parmi eux aux éludes l)ibliques, qui ne sont l'objet d'aucun prix
spécial. »
SÉANCE DU 9 JANVIER
MM. Elle Berger, Emile Châtelain, Ed. Chavannes et Maurice
Groiset écrivent à l'Académie pour se porter candidats à la place
de membre ordinaire laissée vacante par la mort de M. Miinlz.
Le Priîsidknt annonce qu'un mois s'est écoulé depuis la mort
de notre regretté confrère M. Alexandre Bertrand. Il consulte
l'Académie pour savoir s'il y a lieu de le remplacer.
L'Académie décide au scrutin qu'il y a lieu et, par un vote à
main levée, iixe au 13 février l'examen des titres des candidats.
11 est procédé à la suite des nominations des Commissions de
prix.
Sont élus :
Prix Stanislas Julien : MM. Barbier de Meynard, Uppert,
Senart, Barth,
Prix ni; la Grange : MM. G. Paris. Paul Meyer, Longnon,
Emile Picot.
Prix Jean-Jacques Berger : MM. Delisle, Longnon, de
Lasteyrie, Omont, Lair, Valois.
Prix Aug. Prost : MM. d'Arbois de Jubainville, Longnon, de
Barthélémy, de La Trémoïlle.
Prix Honoré Ciiavée : MM. Bréal, d'.Arbois de Jubainville,
Senart, Léger.
Le Président rappelle que l'Institut, dans sa dernière séance
générale, a décidé que chaque Académie désignerait deux
membres pour faire partie d'une commission qui examinera les
conditions du Prix Osiris.
SÉANCE DU 9 JANVIER 1902 37
Sont élus : MM. Delisle et Pèrrot.
M. Hei'zey fait une communication sur le sceau de Goudéa :
Le célèbre chef chaldéen Goudéa ne nous est pas connu seule-
ment par ses statues, qui sont au Louvre, mais encore par
quelques objets à son nom, qui nous montrent de près l'outillage
de son règne. C'est ainsi que nous possédons sa masse d'armes,
formée de trois profils de lions d'un beau caractère, son gobelet
à libation en pierre sculptée, que décorent d'étranges animaux
fantastiques.
Aujourd'hui, ^L Heuzey étudie son cachet, véritable sceau
officiel, dont la trace est restée imprimée sur des bulles d'argile,
provenant des dernières fouilles de M. de Sarzec. Goudéa y est
figuré rendant hommage à une divinité dont le symbolisme est
des plus complexes. C'est un dieu assis, tenant deux vases
magiques, d"où les eaux jaillissent spontanément. Un jet inter-
médiaire les fait communiquer entre eux, tandis que trois autres
flots retombent, aux pieds du trône, dans autant d'autres vases
semblables, d'où ils rebondissent de nouveau en doubles jets.
L'étude comparée des attributs et des symboles afférents à ce
personnage divin prouve que ce doit être le dieu Ea, considéré
comme le maître de l'élément humide.
Sur le même cachet, le cartouche de Goudéa est supporté par
un quadrupède ailé à tête de serpent, coiffé de la tiare à deux
cornes des divinités chaldéennes et présentant la plus grande
ressemblance avec les dragons fantastiques du gobelet à libation
mentionné plus haut.
La finesse de l'empreinte est remarquable; elle témoigne d'une
rare délicatesse de dessin chez les graveurs de cylindres à cette
époque,
M. DiELLAFOY annonce à l'Académie que les collections décou-
vertes dans les fouilles entreprises à Martres-Tolosanes par
M. Joulin, et pour lesquelles elle a témoigné un intérêt si vif,
sont aujourd'hui installées dans le Musée de Toulouse. Elles y
occupent la galerie du rez-de-chaussée et sont exposées avec une
méthode et un ordre parfaits. La municipalité a eu l'heureuse
inspiration de confier cette installation à l'auteur des fouilles, et
38 SÉANCE DU 0 JANVIKR 1902
elle doil crantant ])lus se féliciter ries résultats, qne le crédit
ouvert était des pins modiques. Le mérite de M. Joulin n"en a
été que plus j^rand.
M. Dnai.AFov donne lecture d'une note envoyée par M. José
Gestoso y Perez accompaj^nanl la pliotographie (Tnne statue de
Diane découverte il y a j)eu de temps à Santiponce.
M. Dieulafoy ajoute :
« Bien que la statue soit une ré|)lique romaine d'un type connu,
elle est intéressante à plus d'un litre. D'abord elle est une bonne
reproduction d'un orif,Mnal que l'on devine remarquable. Mais
elle l'est surtout par le lieu où elle a été découverte. C'est à
Santiponce, rancienne Itaiica, la patrie de Trajan et d'Adrien,
sur la rive droite du Guadalqni\ ir, à quelques kilomètres de
Séville. Santiponce, cpii fut une ville impoi-tante au moyen âge,
est maintenant un misérable village. Il serait diuic facile de
bouleverser le sol aujourd'hui privé d'habitations, et il est pro-
bable ((ue les fouilles seraient fructueuses, ainsi (jue le montre
celles qui fournirent au xvi'" siècle la célèbre collection des ducs
d'Ossuna, où se formaient les artistes de Técole de Séville depuis
Montanes et Murillo jusqu'à Roldan et Alonso Gano. »
M. Daniel Serruys, ancien membre de l'I'x'ole franvaise de
Rome, annonce à l'Académie qu'il a découvert dans la biblio-
thèque du monastère de Vatopédi (mont Athos) soixante-quatre
lettres inédites du patriarche Ignace.
Ces lettres se trouvent, en même temps que trente-quatre
lettres de Photius, dans un manuscrit en parchemin du x'' siècle.
Elles y apparaissent sans titre el sans date, mais on peut, avec
certitude, les attribuer à celui qui fut successivement l'adver-
saire et l'allié de Photius. Pour légitimer cette identilicalion, on
peut invoquer, outre de nombreuses allusions personnelles, le
fait qu'Ignace se nomme lui-même dans une lettre adressée à
Nicéj)hore, diacre et archiviste.
I.a correspondance d'Ignace se compose de messages adminis-
tratifs et de lettres amicales.
Dans les lettres administratives, tantôt le patriarche écrit aux
cvé(|ues, ses subordonnés, pour leur iMp|)eler leurs devoirs
envers le siège de Constanlinople, tantôt il négocie avec les offi-
SÉANCE Di; 9 JANVIER 1902 39
ciers impériaux les affaires qui intéressent les diverses églises
soumises à son autorité.
De cette première catégorie de lettres se dégagent quelques
faits de nature à éclairer l'histoire religieuse , en ce qu'ils font
connaître les causes intérieures du schisme et l'esprit des partis
pendant la lutte religieuse. L'insubordination de certains évèques
(spécialement ceux de Bithynie) à l'égard du patriai^che, et
d'autre part la subordination complète du patriarche au pouvoir
impérial, sont les deux symptômes les plus caractéristiques que
l'on puisse relever dans cette correspondance. Et dès lors on. est
amené à croire que, si le schisme fut une entreprise favorable à
l'empereur qu'elle libérait de la suprématie de Rome, elle eut
néanmoins pour but d'opposer à l'empereur lui-même un
patriarche plus indépendant et qui, maître souverain de son
église, pût prendre à l'égard du pouvoir impérial l'attitude
ferme que Rome avait montrée aux empereurs d'autrefois.
Les lettres intimes permettent d'esquisser avec plusd'exactitude
la figure énigmatique de l'adversaire de Photius. Elles le repré-
sentent comme doué d'un esprit très inférieur à celui de son
adversaire, confiné, dans le domaine de l'observation, à des vues
sans pénétration, et, dans celui de la pensée, aux considérations
du christianisme le plus traditionnel.
Cette intelligence moyenne avait cependant certaines préoc-
cupations et quelques qualités d'élégance. Ignace émaille sa
correspondance de citations d'Homère et des tragiques; il discute
les théories des grammairiens; il avait même composé un recueil
de maximes empruntées aux auteurs profanes. Son style, d'une
élégance trop laborieuse, est régi par des règles rythmiques
rigoureuses jusqu'à la monotonie. D'une façon presque uniforme,
tous les éléments de la phrase périodique sont terminés par une
clausule qui consiste en un double dactyle d'accent.
La plupart des lettres d'Ignace sont conformes à cette règle
unique, qui n'est qu'une application spéciale de la loi d'accent
définie par M. W. Meyer. Toutefois d'autres messages d'un ton
plus relevé ont permis de reconnaître des procédés de stylistique
très curieux, qui apparaissent clairement dans ce manuscrit
ponctué avec soin, mais que l'on retrouve également dans un
grand nombre d'auteurs contemporains d'Ignace. Ce système,
40 LIVRES OFFERTS
absolument indépendant de la loi de M. W. Meyer, dérive certai-
nement (rune recette d'école et non d'une fantaisie personnelle.
Il consiste à appliquer, en fonction de l'accent, des procédés ana-
lof^ues à ceux qu'appliquaient les orateurs asiatiques, en fonction
de la prosodie. Par l'identité ou la différenciation du rythme des
clausules, les écrivains de cette école ;^roupcnt ou séparent les
éléments correspondants ou asymétriques de la période oratoire,
dont le dessin pour ainsi dire strophique apparaît dès lors avec
clarté. L'étude de ces clausules et de ces rythmes doit non seu-
lement guider le littérateur dans l'appréciation du style, elle doit
surtout guider le philologue en vue de la reconstitution du texte.
Entre autres exemples de ces procédés stylistiques. M. Serruys
en emprunte quelques-uns à une oraison funèbre inédite de
Basile le Macédonien par son fils Léon \l le Sage.
LnUES OFFERTS
Le Secuktaime perpktcel dépose sur le l)tircaii de l'Acadéniie la
4^ livraison ilii loinc I du lii'-ix'floire <r<''pi(/r;ijilii<' sémitique (Paris,
1902, in-8°).
.M. Baiitii offre, au nom de l'auteur, M. Kiclhoni, correspoiulanl de
l'Académie, la suite de la Liste des inscriptions de l' Imli' du Sinl.
SÉANCE DU 16 JANVIER
M. Glermont-Ganneau annonce brièvement qu'il a reçu du
Gomité du w Palestine Exploration Fund » l'estampage d'une
inscription grecque et hébraïque récemment découverte à Jéru-
salem et qui lui paraît ofFrir un intérêt exceptionnel pour l'histoire
juive. Elle est relative à un certain Nicanor d'Alexandrie qui y
est dit avoir « fait les portes ».
M. Glermont-Ganneau montre qu'il s'agit ici de la fameuse
porte du temple juif de Jérusalem, dite « porte de Nicanor », et
célèbre dans l'antiquité par sa magnificence. Le Talmud et
Flavius Josèphe en parlent longuement et en détail. Nicanor,
riche juif d'Alexandrie, en avait fait exécuter dans cette ville les
battants en bronze ornés de superbes ciselures d'or et d'argent.
M. Gagnât annonce que le Gomité constitué pour élever un
monument à Paul Blanchet remet à l'Académie le reliquat de la
souscription, pour fonder une médaille destinée à récompenser
les découvertes historiques, géographiques ou archéologiques
faites dans l'Afrique du Nord.
Le Président annonce à l'Académie la mort d'un de ses corres-
pondants nationaux, M. Poulie.
M. Poulie appartenait à l'administration des domaines oij il a
fait toute sa carrière en Algérie. Ses fonctions l'appelant souvent,
dans les premiers temps de son séjour, à parcourir le pays pour
délimiter les terrains domaniaux, alors que les antiquités étaient
bien moins connues qu'aujourd'hui, il eut l'occasion de relever
un nombre considérable de documents inédits, surtout d'inscrip-
tions. Il communiquait aussitôt ses découvertes à la Société
archéologique de Gonstantine qui les insérait dans son Recueil.
Son premier article remonte à 1862. En 1876, il devint président
42 LIVRES OFFERTS
delà Société; il était alors inspecteur des domaines à Gonstan-
tine. Il g'arda les fonctions présidentielles jusqu'en 1892. Pen-
dant toute cette période, il fut véritablement Fâme de la Com-
pagnie, concentrant toutes les découvertes survenues dans le
département, dirigeant les recherches des nouveaux associés,
assurant à son œuvre la bienveillance de toutes les autorités et
publiant chacpie année des articles, surtout une chronique
archéologique qui faisait autorité. Grâce à lui, la Société de
Constantine a pu soutenir dignement sa vieille réputation et a
continué à faire honneur à son premier inspirateur L. Renier.
1mi 1892, M. Poulie a pris sa retraite et s'est retiré à Montau-
roux (V'ar), d'où il suivait. les travaux de sa Société, sans y par-
ticiper d'une façon effective. C'est là où nous avons été le cher-
cher, en 1898, pour le nommer correspondant, là qu'il s'est
éteint, le 29 décembre dernier. Avec lui disparaît un des vétérans
de l'épigraphie africaine.
M, Glermont-G.\nne.\u fait une communication sur le mont
Ilermon et son dieu.
LIVRES offi<:rts
Le PuiîsiDENT présente le 1"'" fascicule du t. IX des Moniininnlx cl
Mémoires de la fondation Piot et eu signale riiilérêt (Paris, 1903,
in-4").
Le Secrétaire perpétuel offre, au nom de l'Inslitul archéologique
d'Amérique, une grande publicalimi iiililuléc Invrsiif/ations at Aasvs
(London, Cambridge: Massachusetls, cl I.eip/.ig, 1002, in-fol.).
SÉANCE DU 23 JANVIER
M. le Ministre de rinstriie''.ioii publique et des Ijeaux-arts
écrit au Secrétaire perpétuel pour lui annoncer que, s'associant
au vœu de l'Académie au sujet de la conservation du Gapitole
récemment découvert à Douj:;<;a, il vient de prier M. le Ministre
des affaires étrangères d'intervenir auprès du gouvernement
tunisien, afin qu'il prenne les mesures nécessaires à la consolida-
tion de cet édifice.
Dans une autre lettre, M. le Ministre annonce que le Congrès
international des sciences historiques, qui devait se tenir à
Rome au printemps de 1902, se réunira dans cette ville, du 2 au
9 avril prochain.
M. le Ministre prie le Président de lui communiquer d'urgence
les noms des membres de l'.Académie qui seraient désireux de
participer à ce congrès.
M. Paul Meyer, qui s'était fait inscrire l'an dernier, maintient
son inscription.
M. Emile Boutroux, directeur de la Fondation Thiers, adresse
au Secrétaire perpétuel un exemplaire des statuts de cet établis-
sement.
M. Bekger communique à l'Académie la très curieuse décou-
verte faite par M. Jean Capart, conservateur du Musée du cin-
quantenaire à Bruxelles, de plusieurs fragments de papyrus
ayant servi de cartonnage à une momie, qui portent des caractères
d'une écriture cursive avec des ligatures entre les lettres,
paraissant d'origine sémitique, et qui ne sont en tous cas ni
égyptiens ni grecs.
44 SÉANCE DU 23 JANVIER 1002
M. Berger a demandé à M. Capart des photographies de tous
ces fragments pour pouvoir étudier le problème que soulève
cette écriture, jusqu'à présent inconnue.
Le Secrktaihe perpétuei, donne lecture de son rapport sur les
travaux des commissions de publication de l'Académie pendant
le second semestre de 1902 '.
L'Académie procède à l'élection d'un membre ordinaire, en
remplacement de M. Eug. Mûntz, décédé.
Le pRi';sii)KNT lit les articles du règlement relatifs à Télection
des membres ordinaires.
Il y a 36 votants, majorité 19.
Au premier tour de scrutin, MM. Châtelain et Chavannes
obtiennent chacun 1 -J sullVages ; >L Maurice Groiset, 7; M. EVie
Berger, 5.
Au second lourde scrutin, M. Châtelain obtient 19 suilrages;
M. Chavannes, L5 ; AL Maurice Croiset, '2.
En conséquence, M. Châtelain, ayant obtenu la majorité
absolue des suiFrages, est proclamé élu par le Président. Son
élection sera soumise à l'approbation de M. le Président de la
République.
M. Clermont-Ganneau continue sa communication sur le mont
Hermon et son dieu.
M. Ernest Jîari-.i.on communique à l'Académie, en comité
secret, son rapport sur les travaux exécutés ou encouragés à
l'aide des arrérages de la fondation Piot ^.
1. Voir ci-après
2. Voir ci-aprî'S.
45
APPENDICES
rapport du secretaire perpetuel de l academie des inscriptions et
belles-lettres sur les travaux des commissions de publication
de cette académie pendant le second semestre de 1902, lu dans
la séance du 23 janaier 1903.
Messieurs,
Depuis le dernier rapport, il a paru les volumes suivants de la
nouvelle série in-i'^ du « Recueil des historiens de France » :
Obitiiaires de la province de Sens. Tome 1*"", 1"' et 2'' parties;
— Documents financiers .ToiwQ 1*'". Inventaires d'anciens comptes
royaux, dressé par Robert Mignon sous le règne de Philippe de
Valois, publié par M. Ch.-V. Langlois, sous la direction de
M. L. Delisle, membre de l'Institut. Et, des ouvrages publiés
sous le patronage de l'Académie, nous venons de recevoir, il y
a quelques jours, le fascicule n" 18 de la collection des Mémoires
et monuments Piot contenant les articles suivants : I, Situla en
ivoire provenant de Chiusi [Slusée du Louvre), par M. Max Gol-
LiGNON (avec une planche) ; II. Le peintre céramiste Smikros, à
propos d'un vase inédit du Musée de Bruxelles, par M. Camille
Gaspar (avec 2 planches); III. La Minerve de Poitiers, par
M. E. Audouin (avec 1 planche) ; IV. La Résurrection de Lazare,
par Gérard de Harlem, par M. Gamille Benoit (avec une planche) ;
V. Tapisseries allégoriques inédites ou peu connues, par
M. Eugène Mlntz (avec une planche).
La situation des autres ouvrages en cours de publication est
celle-ci :
Historiens des Croisades. — Historiens arabes. Tome V.
Quatorze feuilles sont tirées. — M. Barbier de Meynard a
envoyé récemment à l'Imprimerie nationale la matière de six
feuilles nouvelles qui terminent les extraits du Livre des deux
46 RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
Jardins. Il espère pouvoir donner dans la seconde moitié de cette
année le texte et la traduction du dzeïl ou appendice du même
ouvrage.
Recueil des historiens de France, t. XXIV. — Pour terminer
la seconde partie du volume il ne reste plus à imprimer (cahiers
loiî et suiv.) que la table de la Chronique de l'anoiiyme de
Jîéthune dont la copie sera livrée la semaine prochaine.
Quant à la première partie, les pages 1*-I7r)* ont été tirées ou
sont en bon à tirer à l'imprimerie.
Les placards \'2H-\l-2 sont sortis de rimprimcrie le 8 janvier.
La copie de la suite jusqu'à la fin est en état d'être livrée aux
imprimeurs.
Nouvelle série in-4° du « Recueil des historiens de I-'rance ».
Le tome II des Pouillés (province de Rouen) va paraître; Tlntro-
duction est imprimée.
Histoire littéraire de la France. — Tome XXXIII. 31 l'euilles
sont tirées. Il se continue avec un nouvel article de M. Paul
Meyuk, intitulé : Vie des Pères, traduction en prose l'aile pour
Blanche de Champagne.
Mémoires de l'Académie. — T. XXX^'II, 1'" partie. — A été
envoyé à l'Imprimerie nationale un mémoire de M. P. Foicart,
intitulé : Formation de la j)rorincc romaine dWsie.
Mémoire des savants étranijcrs, l™ série, tome XI, "2'' partie.
— Ce volume s'arrête au rapport de M. Chavannes sur les
inscriptions chinoises de l'Asie centrale, aujourd liui tiré et dis-
lii!)ué L'ii tirages à part. — Aucun autre article n'est, pour le
moment, à l'impression.
Xolices et extraits des manuscrits de la liihliothcquv natio-
nale. — Tome XXXNTII, 1"= partie. — Même situation. Aunni
article nouveau n'a été envoyé à l'imprimerie.
Le tome 37 des Notices et extraits des mannscrils, contenant le
Synodicon orientale, ou Recueil des synodes nestoriens, édités et
RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 47
traduits par M. J.-B. Chabot, est entièrement tiré et sera dis-
tribué très prochainement.
• Corpus inscriplionum semiticariim ., partie himyarite. — Les
planches XX^'III-XXXI du Corpus himyarite sont tirées. Elles
ouvriront l'atlas de la quatrième livraison et contiennent dt?s
monuments de Riyâm, entre autres la reproduction de quatre
exemplaires reproduisant avec quelques diirérences de forme le
traité conclu à la lin du ii^ siècle de notre ère entre le Yémen et
TAbyssinie. Les variantes de dix autres répliques de ce même
texte épigraphique nous sont connues et seront utilisées dans la
rédaction du commentaire dont nous n'osons pas encore annon-
cer la publication. prochaine. Ce que nous pouvons dire dès à
présent, c'est que les matériaux destinés à l'achèvement du pre-
mier volume sont amassés : il terminera la monographie sur la
grande tribu des Hamdànites et groupera toutes les inscriptions
relatives à « leur patron, Ta'lab Riyâm, maître de Tour'at et
d'autres sanctuaires dans la région ».
Corpus iiiscriptionum semificaru m, partie araméenne, — Le
bon à tirer du troisième et dernier fascicule du tome P"" a été
donné à l'Imprimerie nationale au mois de juillet dernier.
La copie du fascicule suivant (dont les planches sont déjà ter-
minées) est prête à être mise à l'impression.
La 4" livraison du Répertoire dépigraphie sémitique vient
de paraître. L'impression d'une cinquième livraison va commen-
cer ce mois-ci.
Le Recueil des inscriptions grecques en est maintenant au
point suivant : —Tome \". La feuille \'l est à l'impression. 11
paraîtra d'ici à quinze jours un fascicule contenant les feuilles
9-12. — T. IIL La feuille 17 est sur le point d'être tirée. 11
paraîtra d'ici à la fin du mois un fascicule contenant 8 feuilles
et demie, 9 his à 17.
Chartes et diplômes. — M. d'Arbois de Jubainville nous a
adressé le rapport suivant sur l'état de la collection des diplômes :
Le manuscrit des diplômes de Philippe T' , préparé par
48 RAPPORT SUR LA FONDATION PIOT
M. Prou, est à rimprimerie tout entier, sauf rintroduction. Jus-
qu'ici rimprimerie a livré 54 placards qui sont déjà en seconde
épreuve et formeront environ 108 pages in-i".
M. Poupardin est occupé au dépouillement du fonds latin de
la Bibliothèque nationale; il a atteint le n'' 14.000.
M. Lauer a commencé le dépouillement de la collection Moreau.
M. Giard continue la préparation de la collection des diplômes
de Pépin d'Aquitaine.
II. ^^ ALKON.
RAPPORT SUR LES TRAVAUX EXÉCUTÉS
OU ENCOURAGÉS A l'aIDE DES ARRÉRAGES DE LA FONDATION PIOT
PAR M. E. BABELON, MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
LU DANS LA SÉANCE DU 23 JANVIER 1903.
Messieurs,
La Commission de la Fondation Eugène Piotm'a chargé,
en ma qualité de Secrétaire pour Tannée qui vient de s'écou-
ler, du compte rendu récapitulatif qu'il est d'usage de pré-
senter à l'Académie sur l'emploi des arrérages de cette
Fondation.
Durant l'année 1902, l'Académie, sur la propo.sition de
la Commission, a réparti les fonds Piot en trois principales
catégories de subventions : celles qui ont servi à couvrir
les frais de la publication des Monuments et Mémoires;
celles ([ui ont été accordées pour des vovages, fouilles et
missions; enfin celles qui ont pris la forme de souscriptions
à des ouvrages en cours ou projetés.
I. Les Monuments et Mémoires.
L'Académie a accordé à notre éditeur M. Ernest Leroux
une première allocnlion de 3.000 fr. pour la publication
RAPPORT SUR LA FONDATION PIOT 49
des Monuments et Mémoires. Puis, une subvention supplé-
mentaire et exceptionnelle de 2.000 fr. pour solder l'excé-
dent des frais de publication du V'' volume. Ce surcroît de
dépense a été occasionné et justifié par le nombre excep-
tionnel des planches, s'élevant à 36, qui accompag-nent la
publication du Trésor de Boscoreale par notre confrère
M. Héron de Villefosse. La seconde partie de cette monogra-
phie, formant le XV° fascicule des Monuments et Mémoires,
vous a été distribuée dans le courant de l'année. Le l''"" fas-
cicule du tome IX (n" 18 de la collection) vous a également
été livré il y a peu de jours. — Les fascicules 16 et 17, qui
doivent former le tome VIII, contiennent l'étude de notre
confrère M. de Lasteyrie sur la sculpture française au
xn° siècle. L'impression en est achevée, et ils seront pro-
chainement mis en distribution.
IL — Fouilles et missions.
L'Académie a accordé une subvention de 1 .000 francs à
M. Auguste Audollent, maître de conférences à la Faculté
des lettres de Clermont-Ferrand, pour lui permettre de
poursuivre les fouilles du temple de Mercure Dumias au
Puy-de-Dôme. Le rapport de M. Audollent sur ces fouilles
a été communiqué à l'Académie par notre confrère
M. Héron de Villefosse et inséré dans le compte rendu de
nos séances hebdomadaires.
Une nouvelle subvention, montant à la somme de
1755 fr., a été accordée à M. A. Degrand, consul de France
à Philippopoli, pour la continuation de ses fouilles à Yam-
boli (Bulgarie). Le rapport de M. Degrand nous a été
envoyé, et il sera prochainement communiqué à l'Académie
par notre confrère M. CoUignon, à qui la Commission a
confié ce soin. M. Degrand a, en outre, fait expédier au
Musée du Louvre, après entente avec le gouvernement bul-
1903. 4
50 RAPPORT SUR LA FONDATION PIOT
f^are, un loi important d objets choisis parmi les antiquités
qu'il a découvertes au cours de ses actives et conscien-
cieuses recherches.
Le R. P. Delattre, chapelain de Saint-Louis de Car-
tilage, correspondant de lAcadémie, a reçu une nouvelle
subvention de 3.000 francs pour la poursuite de ses fouilles
à Carthagc. 11 a continué, au cours de cette année, comme
antérieurement, à tenir l'Académie au courant de ses décou-
vertes, par des rapports développés ({ui nous ont été com-
muniqués en séance par nos confrères MM. Héron de
Villefosse et Philippe Berger, et insérés dans nos procès-
verbaux. Les fouilles du R. P. Delattre ont été, cette ;innée,
particulièrement fructueuses et de la plus grande imjiortance
pour l'archéologie punique.
A M. Homo, ancien membre de l'Ecole française de
Rome, l'iVcadémie a accordé une nouvelle subvention de
800 francs pour la continuation de ses travaux relatifs à
l'enceinte de Rome sous Aurélien.
A M. Perdrizet, pour solde des frais de la mission qu'il a
accomplie à Sidon sur la demande de l'Académie, une sub-
vention de 350 fr. Le ra[)port de M. Perdrizet vous sera
communiqué prochainement par notre confrère M. Philippe
Berger qui a déjà signalé à la Commission son grand inté-
rêt pour l'histoire des dernières découvertes épigraphiques
faites à Sidon.
A M. Cartailhac, correspondant de l'Académie à Tou-
louse, une subvention de 800 francs pour un voyage dex-
pl()i;iti(in archéologique dans des grottes et des stations
préhistori(|ues de la province de Santander (Espagne).
A M. Eugène Déprez , ancien membre de l'École fran-
çaise de Rome, piuir lui [)rrniettre d'entreprendre à Londres
des recherches histori(jues et archéologi({ues sur l'Hôtel du
Roi et la Tour de Londres sous les règnes dlvlouard I'"',
(ri',tl()unr(l II el (ri',dnu.ir(l III. une subvention de 12.000 fr.
A M. le docteur Carton, pour entreprendre des fouilles
RAPPORT SUR LA FONDATION PIOT 51
archéologiques à El Knissia, près de Sousse (Tunisie), une
subvention de 1.000 fr.
L'Académie a en outre voté, sur la proposition de la Com-
mission Piot, une somme de oOO fr. , pour permettre l'ac-
quisition et le transport jusqu'au musée du Louvre d'une
inscription arabe du i"" siècle de l'Hég-ire qui se trouvait au
couvent des Trappistes d'El-Atroun, en Palestine.
Enfin le R. P. Ronzevalle , professeur à l'Ecole Saint-
Joseph de Beyrouth, a envoyé à la Commission un intéres-
sant rapport sur les ruines de Deir el Galaa, travail qui
sera inséré dans les publications de l'Académie.
111. — Souscription k divers ouvrages.
L'Académie a accordé sur les arrérages de la Fondation
Piot une subvention de 3.000 francs à l'éditeur M. Ernest
Leroux, sous forme de souscription k la seconde partie du
Cataloffuc des vases peints de la Bibliothèque nationale,
rédio^é par M. de Ridder. Ce second et dernier fascicule qui
ne comprend pas moins de 350 pages et de nombreuses
planches, est presque entièrement imprimé, et il sera dis-
tribué dans quelques semaines aux membres de l'Académie.
Au même éditeur M. Leroux, l'Académie a accordé une
autre subvention de 3.200 francs, sous forme de souscrip-
tion à un ouvrage de M. Pierre Paris, qui sera intitulé
Essai sur l'art et l'industrie de l'Esparjne primitive. Cet
ouvrage, qui aura 2 volumes in-8° avec planches^ est présen-
tement sous presse.
En outre de cette répartition de fonds pour des travaux
scientifiques, l'Académie a voté une dépense de 60 francs
pour l'entretien de la tombe d'Eugène Piot.
Entin elle a autorisé notre éditeur AI. Leroux, sur sa
demande, à porter le prix de l'abonnement aux Monuments
et Mémoires à 40 francs au lieu de 32 francs.
o2 RAPPORT SUR LA FONDATION PIOT
L'Académie avait, en outre, voté une subvention de
3.000 francs pour un nouveau volume de notre regretté con-
frère Eugène Miintz sur les arts à la Cour des Papes. Cette
publication n'aura pas lieu, de sorte que cette somme de
'3.0!)0 francs redevient disponible.
Enfin, une autre somme de 3.000 francs avait été réservée
sur les arrérages de l'exercice 1902 pour payer une partie
des frais du premier volume du Recueil général dos mon-
naies fjrecques de V Asie Mineure. Il y a actuellement seule-
ment quatre feuilles de cette publication en bon à tirer,
ainsi que les 28 premières planches. La somme réservée de
3.000 francs se trouve donc on fait reportée sur ToKercice
1903.
La Commission m'avait chargé dinsister. dans mon Rap-
port de l'année dernière, sur l'obligation t)ù se trouvent
toutes les personnes qui bénéficient de nos libéralités,
d'adresser à l'Académie un rapport détaillé justifiant de
leurs travaux et de l'emploi des fonds (jui leur sont accordés,
et de nous réserver, quand il y a lieu, la publication de
leurs découvertes archéologiques. Le relevé sommaire que
je viens de faire, au cours de ce compte rendu, des rap-
ports envoyés cette année à l'Académie atteste ({ue cette
recommandation a été écoutée par nos bénéficiaires, et nous
avons eu, par eux, la primeur d'intéressants travaux; d'au-
cuns mêmes ont pu faire profiter nos collections publiques
d'un certain nombre des monuments ({u'ils ont découverts,
donnant par là un exemple qui ne saurait être trop encou-
ragé et qui mérite d'être particulièrement signalé à l'atten-
tion de l'Académie.
LIVRES OFFERTS 53
J.IVRES OFFERTS
A propos des hommages faits à l'Académie, le Président dit que la
Commission des travaux littéraires, en raison des développements
pris par les comptes rendus de nos séances, invite les membres qui
présentent des ouvrages à réduire à quinze ou vingt lignes au plus le
texte des hommages qui sont destinés au Bulletin.
M. Philippe Berger dépose sur le bureau de l'Académie une notice
de M. Jean Clédat intitulée Recherches sur le Kôm de Baouil (Paris,
1902, in-S" ; extr. des Comptes rendus des séances de V Académie des
inscriptions et belles-lettres).
M. G. BoissiER offre à l'Académie le second volume des Institutions
juridiques des Romains, par M. Edouard Cuq, professeur à la Faculté
de droit de Paris (Paris, 1902, in-8») :
« Ce qui fait l'intérêt de cet ouvrage, c'est la façon dont il a été
conçu et le but que s'est proposé l'auteur en le composant. Il a tenu
à distinguer les époques diverses du droit romain et leur a fait une
place très inégale. Au lieu de s'en tenir à l'explication des Codes de
Justinien, il a divisé l'histoire entière du droit en trois parties. Nous
avions déjà la première, le droit primitif, qu'il avait publiée depuis
plusieurs années. Il nous donne, dans le second volume, les deux
autres, le droit classique, de beaucoup le plus considérable, et le droit
byzantin. C'est sur la période classique, qui s'étend d'Hadrien jus-
qu'après Alexandre Sévère, que M. Cuq appelle surtout notre atten-
tion. 11 en a fait une étude appi^ofondie. Il montre, au début, ce que
le (h'oil classique doit à la philosophie et aux lettres grecques, et
comment il s'est développé sous l'influence de la sagesse romaine.
On peut recommander aux historiens, aux littérateurs qui veulent
connaître Rome à fond, la lecture du livre de M. Cuq. Je ne crois pas
qu'aucun puisse leur donner une idée plus nette, une connaissance
plus sûre de cette merveilleuse législation, la plus belle œuvre des
Romains et sans laquelle on ne pénètre pas dans leur littérature. »
M. Héron de Villefosse offre à l'Académie, au nom de M. Eugène
Lefèvre-Pontalis, directeur de la Société française d'archéologie, le
54 LIVRES OFFERTS
Lxviii'' volume de la colleclioa des Coiujri'S arc/ii'()l(></i(/ii('s de France
(Paris-Caen, 1902, 4.")3 p. el 71 pi. ou fig., in-8").
En !001, la Société française d'archéologie pour la conservation et
la description des monuments a tenu ses séances générales annuelles
à Agen et à Auch. Le nouveau directeur, M. Eugène Lefèvre-Pontalis,
nommé à la place du regretté comte de Marsy, exerçait pour la pre-
mière fois ses fonctions; il s'en est acquitté avec un rare bonheur et
un légitime succès. Ee présent volume, qui contient le comjite rendu
des travaux de ce i.xviii" congrès, est particulièrement inléressant.
Au |ioinl de vue scientifi(]ue, le mérite des mémoires publiés est
incontestable; tous sont relatifs à des questions darchéologie locale
et rédigés par des auteurs d'une compétence reconnue. Les noms de
MM. Philippe Lauzun, J. Momméja, Adrien Lavergne, Camille Jullian,
Brutails, Adrien Rlanchet, l'abbé Houillet, Philippe Grèze, etc., garan-
tissent l'importance et la variété des communications. L'illustration
est à la hauteur du texte : soixante et onze planches ou figures, dune
exécution irréprochable, mettent successivement sous les yeux du
lecteur les plans, les vues d'ensemble ou de détail des principaux
monuments de la région visitée par le Congrès. Les églises de Saint-
Caprais d'Agen, celles de Monsempron et de Moirax, la très curieuse
église d'Aubiac, le porche de Moissac, les cathédrales de Lectoure et
d'Auch forment un premier groupe d'une nature i)ien déterminée-
L'architecture civile du moyen âge est également représentée dans
l'Agenais par une série d'édifices en tète de laquelle se dresse le
merveilleux château de Bonaguil; les châteaux de Madaillan. de Per-
ricard, du Tauzia, de Montaner, lé donjon de Gavaudun appartiennent
au même groupe, mis en pleine lumière par des images fidèles ou par
des reconstitutions ingénieuses., M. Eugène Lefèvre-Pontalis s est
efforcé d'introduire dans cette publication un esprit de méthode cl
de crilicjuc; il a réussi à donnei- au compte rendu du Congrès d'Agen
une valeur particulière. Il a ainsi rempli consciencieusement et de la
façon la pluslouai)le la mission délicate qu'il avait acceptée. L'œuvre
des Congrès scientifiques de France, fondée en 183* par Arcisse de
Caumont, a trouvé en lui un digne et dévoué continuateur.
M. Oppeut |)résente delà part de l'auteur un ouvrage intitulé:
Ninivo nnd Bahijloii de M. C. Bezold (Bieli-feld et Leipzig, 190.3,
in-8"). Cet ouvrage fait partie d'une colloclion intitulée : Monogra-
phii'ii ziir Wrllt/esc/iirhle 'm()nogra[)hies poiu' l'hisloirt' du monde).
L'éminciil .niltMir du Cnlidoguc des briques de Koyoundjik s'est
adressé celte fois à un public jjIus étendu, et il a pleinement réussi
dans cette tâche assez dillicile pour un savant (pii jusqu'ici ne s était
SÉANCE DU 30 JANVIER 1902 5S
adressé qu'au cercle très restreint des érudits spéciaux. L'ouvrage est
d'une étendue considérable (137 pages in-quarto) sur deux colonnes,
orné d'une grande quantité de phototypies représentant des antiquités
assyriennes ; il traite de l'histoire des arts et des œuvres artistiques
avec beaucoup de science et de tact. Dans le choix il s'est tenu libre
de ces allusions tendancieuses qui ont déparé quelques ouvrages ana-
logues parus en Allemagne.
SÉANCE DU 30 JANVIER
M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts
adresse au Secrétaire perpétuel Tampliation d'un décret en date
du 27 janvier 1903, par lequel M. le Président de la République
a approuvé l'élection de M. Châtelain à la place de membre
ordinaire laissée vacante par la mort de M. Eugène Mûntz.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture du décret. Il introduit
ensuite M. Châtelain et le présente à l'Académie.
Le Président souhaite la bienvenue à M. Châtelain et l'invite
à prendre place parmi ses confrères.
M. S. Reinach a la parole pour une communication :
« MM. M. de Gérin-Ricard et l'abbé Arnaud d'Agnel me prient
de porter à la connaissance de l'Académie la découverte faite à
Ventabren, entre Marseille et Aix, d'une sépulture à incinéra-
tion. La tombe était surmontée d'un petit mausolée dont les
ruines ont fourni aux explorateurs deux pierres avec inscriptions.
La première, en caractères grecs, se compose de deux noms indi-
gènes : Ou£vcToouTa Kouaopouv'.a ; la seconde, en caractères latins,
comprend deux noms celtiques : Vectit{as) Biraci. Les deux der-
56 SÉANCE DU .30 JANVIER 1902
niers sont connus ; les deux premiers sont nouveaux et présentent
de l'intérêt pour les éludes celtiques ou celto-lii;ures '. »
Le Président annonce à TAcadéniie que M. le duc de Loubat
lui a remis 10.000 francs pour la continuation des fouilles de
l'École dAlhènes à Délos, et qu'ayant appris que M. HomoUese
proposait d'en entreprendre aussi à Corfou, notre généreux cor-
respondant a voulu y joindre une seconde somme de 10.000 francs
pour ces nouvelles recherches.
M. Ho.MOLLE demande à remercier publiquement le duc de
Loubat de sa nouvelle libéralité; il veut joindre à son nom celui
de M. Perrot, qui s'est oublié lui-même, mais dont on ne peut
oublier l'intervention bienveillante et efficace,
M. le duc de Loubat semble attacher une importance particulière
aux fouilles de Corfou, et l'I'xole est toute disposée à porter sur
ce point ses efforts : rien ne serait plus intéressant que de retrou-
ver, après les palais d'Atrée et de Minos, celui d'Alcinoos. Mais
l'entreprise est subordonnée à deux conditions : une exploration
attentive et décisive de lîle de Corfou et du site supposé du
palais; la remise gratuite du terrain parla municipalité de Corfou,
M. G, ScuLLMBERGF.R an uoncc à l'.Vcadémie que M. Maurouard,
chargé d'affaires de France à Athènes, a adressé au Ministre des
atfaires étrangères un rapport relatif au classement parmi les
monuments nationaux du royaume de Grèce de deux des plus
importantes constructions franques qui subsistent dans ce pays
et conservent le souvenir de la domination des \ illehardouin
dans la péninsule deMorée au xni'' siècle, à la suite de la quatrième
croisade. Ces deux ruines franques sont celles de la grandiose
forteresse de Ghlemoutzi ou Clermont, auj)rès de la mer, au sud
de Cyllène, et celles non moins curieuses de l'église de Sainte-
Sophie d'Andravida, capitale de A'illehardouin. .\u rapport de
M, Maurouard se trouvent annexés la décision ministérielle prise
à cette occasion par le MiiiislrL' di's cultes et de 1 iiistrut'lion
publique de (xrèce et le rapport fail à ce sujet [)ai' M. ("-avvadias,
1. A'nir ci-.aprùs,
SÉANCE DU 30 JANVIER 1902 57
éphore général des Antiquités. C'est la première fois que le gou-
vernement grec se préoccupe de protéger oniciellement les monu-
ments francs, encore si nombreux sur le territoire du royaume
hellénique, qui témoignent de la gloire de nos ancêtres en ces
contrées. Jusqu'ici ces puissantes forteresses, ces ruines d'églises
étaient abandonnées à tous les outrages des hommes et des ans.
L'Académie ne peut donc qu'exprimer sa vive satisfaction de
la nouvelle qui lui est communiquée par notre chargé d'afïaires,
en lui adressant en même temps ses remerciements pour la part
otficieuse, mais très active, qu'il a prise à la réalisation de ce
projet.
M. Glermont-Ganneau achève sa communication sur le mont
Hermon et son dieu.
M. Serruys termine sa communication sur les lettres d'Ignace,
patriarche de Gonstantinople.
M. Berger communique à l'Académie un mémoire de M. Per-
drizet sur une inscription grecque d'Antioche qui lui a été com-
muniquée par M. Mctor Ghapot. (irâceàune très heureuse resti-
tution, M. Perdrizet y a retrouvé le texte, cité par Lucien, d'un
oracle en vers rendu par le fameux Alexandre d'Abonotichos ,
oracle qui eut un succès prodigieux, au dire des anciens, et qu'on
trouvait gravé sur toutes les portes pour préserver les maisons
de la peste :
« Phéhus à la chevelure vierge écarte le nuage de la peste. »
A.EHIOUÔ.
Gette inscription atteste l'exactitude de la tradition antique,
et sa restitution fait grand honneur à la sagacité de AL Perdrizet,
qui n'avait, pour se guider, que les dernières lettres d'une inscrip-
tion mutilée '.
M. ScHLUMBERGER Ht uu mémoire de M. Bréhier, professeur à
la Faculté des lettres de Glermont-Ferrand, intitulé : L'Intro-
duction du crucifix en Gaule.
1. Voir ci-après.
58 SÉPULTURE A INCINÉRATION AVEC INSCRIPTION GRECQUE
L'idée de représenter le Christ en croix a été longtemps
écartée par les artistes chrétiens. Les premières représentations
connues du crucifix, la sculpture de la porte de Sainte-Sabine à
Rome, la miniature de TÉvangile de liabula, les ivoires du Musée
britannique, les ampoules du trésor de Monza ont une origine
syrienne. C'est donc en Syrie, et probablement chez des neslo-
riens, que la crucifixion a été d'abord représentée.
Vu texte de Grégoire de Tours {In gloria martyr. 2-2) montre
que le crucifix apparaît en Gaule dans une peinture d'une église
de Xarbonne ; la vue du Christ étendu sur la croix, presque nu,
excita le scandale et, à la suite du songe d'un pi-ètre, l'évêque dut
faire recouvrir l'image d'un voile. Or Xarbonne était, au vi* siècle,
une des principales colonies de ces marchands syriens qui étaient
établis dans toutes les grandes villes de l'Occident depuis Car-
thage jusqu'à Paris. Il est donc permis de croire que ce furent
des Syriens qui introduisirent en Gaule cette nouveauté, mais
de longues années se passèrent avant qu'elle entrât dans la vie
religieuse des Occidentaux ^ .
COMMUNICATIONS
UNE SÉPULTURE A INCINÉRATION AVEC INSCRIPTION GRECQLE
DÉCOrVERTE DANS LA VALLÉE DE l'aRC (bOUCIIES-DU-RHÔNE)
PAR MM. IIENIIV DE GÉRIN -RICARD
ET l'aHRÉ ARNAUD DAGNEL.
Au mois de décembre l'.M)2, les ouvriers employés à
rétablissement d'un nouveau chemin d'intérêt commun
devant conduire de Ventabren à la roule de La P^are à Aix
découvrirent, en efîectuant une tranchée de deux mètres de
profondeur à li-avers cham])s, un tombeau à incinération.
1 . \'(>ir ri-ai)rès.
SÉPULTLRE A INCINÉRATION AVEC INSCRIPTION (GRECQUE 59
Prévenus de cette découverte par M. labbé Lesbros, curé
de Ventabren , nous nous sommes aussitôt rendus sur les
lieux et avons pu constater que cette sépulture, qui se
trouve à quelques centaines de mètres au nord et au-dessous
du village de Ventabren et à 500 mètres environ au sud du
quartier de la Font de Vicary [Fons Vicarii) qui a fourni
de nombreux vestiges romains, se composait d'une petite
cella ou coll're formé de blocs de grès de moyen appareil
(0'" 50 X 0"' 30) et mesurant dans le vide 0"^ 60 de lon-
gueur et de profondeur sur 0"^ 40 de largeur, orienté nord-
sud, dans lequel on ne trouva cpie des cendres et des débris
de charbon. Certaines pierres du tombeau présentent
encore des traces de feu, comme si la combustion des corps
avait eu lieu sur le tombeau.
Le coffre était noyé dans une couche de plus de 0'" 20
d'épaisseur, faite d'un mortier de chaux très blanc. Au-dessus
devaient se trouver fichées en terre les deux pierres à inscrip-
tions dont il va être parlé et cjui ont été découvertes renver-
sées. La forme de ces pierres indique qu'elles étaient plantées.
Toutes les pierres de ce petit mausolée sont en grès
blanchâtre de la région et proviennent probablement des
carrières voisines de Coudoux, dont la pierre est moins
blanche que celle dite de Calissane.
Inscription n° /. — Pierre haute de 0™ 80, large de 0'" 40.
épaisseur 0"' 30. Monument entier, caractères bien gravés
de 0 '" 04 de hauteur; espace de 0"' 15 au-dessus de Tinscriji-
tion. Pas de trou à libations au-dessus du cippe.
Le parfait état de conservation de cette inscription ne
laisse pas le moindre doute sur la lecture.
0Y6NIT00YTA KOYA APOYNIA'
Le C. /. (r. ne fournit aucun exemple des trois ou quatre
noms jjropres de femme qui figurent sur cette épitaphe dont
1. Le premier nom doit se lire Ojsvtroouta, c'est- A-dire Veniloula, nom
celtique lormé de deux radicaux fort connus. — Je suppose dans le second,
fiO SÉPULTURE A INCINÉHATION AVEC INSCRIPTION GRECQUE
les caractères paraissent se rattacher a la deuxième époque
(le l'épig-raphie grecque ^
Les textes grecs sont des plus rares dans la vallée de
l'Arc, et c'est le second que fournit cette région^.
Inscription n"" 9. — Pierre haute de 0"' oO ; largeur dans
le haut 0"^ 35, dans le bas 0 '" 20 ; épaisseur 0"' 31 . Le côté
droit manque, et il a pu disparaître aussi une ou deux lettres
par ligne. Caractères bien gravés de 0'" 04. Espace de 0™ 07
au-dessus de l'inscription. Pas de trou à libations.
Nous proposons la lecture VECTIT(VS) BIRACI (F) Vecti-
tus Biraci filiiis.
Vecfitus a déjà été rencontré à Marseille ^ ; quant au
cognomen gaulois Biraci, pour Biracillus, on en connaît un
exemple par un vase du musée de Nîmes qui porte BIRA-
CLI ''. [Briacus est d'ailleurs un nom celtique fort connu;
cf. Holder, t. I, col. 423. C. Jullian.]
Sur le lieu de la découverte nous avons remarqué, parmi
les pierres provenant de la démolition du tombeau, un bloc
Kojaooojv'.a, un seul nom formé de deux radicaux celtiques cou- (cf. cous,
Muret, 3367) et droun- (cf. Droa, Drona, Iloldor. I, col. 1321). — Jilli.vn.
1. Cf. S. Reixach, Traité d'épàjraphie grecque, p. 204.
2. Le Musée d'Aix ne possède qu'une seule inscription de cette prove-
nance. C'est une dédicace à Héros, fils de Lysandre, qui ne comprend que
deux mots (n° 97 du Catalogue'.
Marseille elle-même nesl pas très riclu- en épitaphes f^recques ; le château
lîorely ne renferme que six textes funéraires d'orif;ine locale (n" 97, 101,
105, 121, 120 et 127 du Catalogue de Frœhner).
3. C. 7. /.., xii, n" ioo. MEMORIAE
Q-VECTICI
NEON^S VEC
TICIA ENCAR
PIA ALVMNO
DVLCISSIMO
VIXIT-A-XI-M-VII
D-XIM
4. C. /. /.., t. Xli, n" 5GS6 — 132. Ce nom a été lu BIRAC ';LLI-
SÉPULTURE A INCIiNÉRATIO.N AVEC INSCRIPTION' fiRECQUE 61
de 0'" 60 de longueur sur 0'" 33 de large, offrant une mou-
lure à trois traits de gouge, et un autre Ijloc de 0 '" 50 de
haut, 0'" 30 large et 0 "' 35 d'épaisseur portant les traces de
trois caractères très effacés.
Le tombeau, très solidement construit, était recouvert par
une couche de terre de 1 '" 50 d'épaisseur.
A une dizaine de mètres à Test de son emplacement,
dans le talus en déblai de la route, nous avons noté un
amas de cendres et de bois carbonisé, surmonté de pierres
en grès. (Nous nous proposons d'effectuer une fouille sur
ce point.)
La commune de Ventahreii , dont le nom à désinence
gauloise, évoque déjà une haute antiquité ^ a fourni plu-
sieurs textes épigraphiques, tous latins, mais reproduisant
des noms grecs, comme Agathopus et T. ^lius Glaphiji\ un
dévot d'x\pollon '^.
Le territoire de Ventabren, situé entre la cité grecque de
Marseille et la colonie romaine d'Aix, était traversé par la
voie Aurélienne (tronçon de Marseille à Arles) ; sa popula-
tion a dii être de tous temps assez importante, si l'on en juge
par l'étendue des trois castella ligures que l'on remarque
dans son voisinage, ceux de Roquefavour, de Meynes et de
Sainte-Eutropie, distants à peine d'un kilomètre à vol
d'oiseau les uns des autres.
Enfin, c'est jjrescpie sur les limites de cette commune
et de celle de Velaux que furent découvertes en 1860 les
si curieuses statues en pierre , aujourd'hui au musée
Borely, représentant des personnages accroupis, statues
que M. Salomon Reinach incline à rapporter au v*" siècle
avant notre ère et qu'il a très heureusement rapprochées
d'une statue découverte dernièrement à Grézan (Gard) '^.
1. Le suffixe hren , d'après M. d'Ai-bois de Jiibainville, signifie monl.
Ventabren est en effet sur le sommet d'une montai^ne.
2. Cf. C. /. L., t. XII, n" 633, 634, 635 et 636.
3. Comptes rendus des séances de VAcadéniie des inscriptions et helles-
leltres, 190], p. 281.
62
UNE INSCRIPTION d'aNTIOCHE QUI REPRODUIT UN ORACLE
n'ALKXANDRE d'aBONOTICFIOS , l'Ai! M. PAUL PHRDRIZET,
MAÎTRE DE CONFÉRENCES A l'uNIVERSITÉ DE NANCY.
M. Victor Cliapot, ancien incni]:)re de l'Ecole d Athènes,
me communique amicalement linscription suivante, qui lui
a été envoyée d'Antakieh, l'ancienne Antioche de l'Oronte,
par le fils de l'ingénieur Toselli. Brisée à g-auclie, complète
à droite, elle est g;ravée sur un morceau de marbre blanc,
qui provient d'un petit socle rond. La partie inscrite mesure
0'" 13 de long. La gravure indique l'époque impériale.
^(t)CXHNÀn€pyK€hÀ-€-H-l-0-/-fjO-
Ce qu'on remarque d'abord, c'est que l'inscription se
terminait parla suite alphabétique des sept voyelles grec(jues.
Sur la vertu magique des sept voyelles grecques, j'avais,
en partant de la restitution d'un texte altéré d'IIygin ', com-
mencé un travail qu'une publication récente de M. Roscher-,
infiniment plus savante que n'aurait été la mienne, a rendu
inutile. Je renvoie donc à la dissertation de ce maître du
folk-hire antique. Il suffira de noter que si dans les papyri
l'on relève de nombreux cas de remph)i des sept voyelles
coin nie formule magique, dans l'épigraphie au contraire on
n'en connaissait juscju'ici qu'un seul exemple, l'inscription
du théâtre de Milet ', la(pu^lle — il est permis ici de le raj)-
peler à M. Roscher — avant d'être expliquée par lîockli,
1. I';ih. 2'', Pureté Clotho Lachexis Mi-npos invcncnint Ullcras (ir;ieca<^
septcm AEHIOYn.
2. Zur Jleilciiluiiji iler SiebeiizuhL iin Kuilus and Mi/lhiis ilcr (iricrhen,
§ 2, clans le Philolocjus, 1901, p. 369. Cf. encore le répertoire si loiiimndc
(le Ilcim. Incnnliimenla magica , clans les Jahrliiichcr fi'ir l'hiloloffie ,
siippl. \IX, 1). S'iO, et l'aiticlc si intéressant d'AlbeiL Dietericli sur la valeur
inaKi<ine des lettres de l'alpliahel fïrec en général, dans le Rlieinis ches
Muséum. 1901, p. "7 et 639 {ABC-DcnliiiiULcr).
3. C. I. G., 2895.
INSCRIPTION d'aNTIOCHÈ 63
l'avait été déjà, et magistralement, par Tabbé Barthélémy,
dans les Mémoires de l'ancienne Académie des inscriptions '.
Mais assez là-dessus : venons-en au plus curieux de
notre texte, au commencement.
La suite des sept voyelles formant une incantation, il
n'est pas surprenant de les trouver à la fin d'un exorcisme;
et, en effet, c'est une phrase d'exorcisme que devait termi-
ner le verbe àizzpùxzi (de x-epy/M), j'écarte) ; le sujet à'à-e-
pù'Azi devait être le nom d'une divinité qui avait le pouvoir
à' écarter tel ou tel malheur, de conjurer telle ou telle maligne
influence. Le mot qui précède àTrspuxsi est évidemment mal
copié, et mutilé; il doit y avoir sur la pierre 0€AHN, ce
qui ne peut être que la fin de vsçéXyjv.
Notons maintenant qu'àTîspûy.oj est , suivant la remarque
du Thésaurus, un mot poétique, que vsodA-^v cc-Kspù-Aei forme
une fin d'hexamètre, et que les exemples ne manquent pas
de citations d'Homère-, Simonide ', Ménandre^ et autres
poètes classiques, auxquelles la superstition des bas temps
avait attribué une vertu talismanique.
Mais de quel poète est le vers dont notre frag-ment donne
la fin? Je l'avais cherché vainement dans le Lexique
d'Homère , d'Ebeling, dans l'hymne à Apollon de Calli-
maque et dans les gnomiques, lorsque la lecture de Heim^
me mit sur la voie : l'hexamètre en question est un oracle
rendu par le fameux Alexandre d'x\bonotichos, et Lucien
nous l'a conservé en entier :
*ï>oisoç ôcy.tp<yoy.6\)/t]ç, Aot;j.i'j vssiX-^v x-tpùv.v..
« Alexandre, dit Lucien, envoya des chresmologues par
tout l'Empire, pour annoncer des pestes, des incendies, des
1. Tome XLI, p. 514.
2. Heim, op. laud., p. 51i.
3. Bull. delV Instituto, ls7i, p. 51.
4. Bull, de corr. helL, l'JOO, p. 'J'.Ki.
5. Op. laud., p. 519.
6i INSCRIPTION d'antiociie
Iremblements de terre, et pour promettre aux gens qu'il les
sauverait, quil empêcherait ces malheurs d'arriver. Parmi
les oracles d'Alexandre qui se répandirent alors, un, que
voici, eut un succès extraordinaire' : «l'cTêsç /.ta. On voyait
ce vers écrit partout, sur toutes les portes, comme phylac-
tère. Mais il arriva presque partout le contraire de ce
qu'Alexandre avait promis : par un malheureux hasard, les
maisons où la peste fit le plus de ravages furent justement
celles sur lesquelles le vers prophylactique avait été écrit "^. »
Le socle d'où provient le fragment d'Antioche portait
donc une statuette d'Apollon àA£;iy.ay.:ç (peut-être une
réplique de la statue de Calamis : cf. Pausanias, I, 3, 4, avec
le commentaire de llitzig-Blûmner). Fut-elle dédiée pen-
dant la peste '^ dont parle Lucien par l'une des innombrables
dupes de l'Abonotichite? Notre inscription témoigne-t-elle
du succès prodigieux de cet extraordinaire mystificateur,
comme les inscriptions, pierres gravées et monnaies étu-
diées naguères par MM. Cumont '* et Babelon^? La chose
sans doute est possible ; mais voici un texte qui prouve
qu'elle n est point certaine.
1. (( C'était (lu reste, ajoute Lucien, un oracle nulniihnne. ■> Alexandre
appelait ainsi des oracles que le serpent Glycon était censé avoir pronon-
cés. Piiur rendre les oracles aulnphones, Alexandre avait imaginé un
« truc » que Lucien décrit Alex., ch. 26).
2. Luc. Alex., ch. 36.
13. L'i:mpirc fut dévasté par la peste en 166 et dans les années suivantes.
Marc .Vuréle en moui'ul en ISO.
1. Méin. couronnés pur l'Acml. roijnte île BeUjiiiiie, 1S87.
5. Rev. numism:ili(iiie, 1900, p. 1. Sur -Mexandre dAbonotichos, cf.
encore lîouché-I>eclerq. llist. de Ui divinnlion, t. III, p. 3.")", et Zeller,
Vortrinje und Abhandliingen. II. — Le sieur iMjptviôr,;, de Cavalla, a
publié ('II /'''pa "OÙ -apxXOo'vTO;, xVtliènes, IS85, p. 46), l'inscription sui-
vante : Il -oXt; Tov âauxfj; awifjpa rXJ/.fova, ([u'il prétend avoir copiée au
village de Tiliataldja, sur le territoire de la colonie de Philippes (repro-
duite par Diinilzas. il Ma/.;oov;x iv ÀiOo'.;, p. si i . No l'ayant retrouvée à
Tchalaldja ni en isOi, ni en ls!>9, je la considère comme apocryphe. La
plupart des inscriptions publiées par McpirîoT,; sont des inventions gros-
sières, monstrn .\lerlziili:inn. dit Mommsen (C. /. L., III, suppl., p. 2316).
INSCRIPTION d'aNTIOCHE 65
Ce texte se trouve dans le prologue du premier livre des
Noces de Mercure et de la Philologie, par Martianus Capella.
Mercure fait route avec la Vertu; ils aperçoivent de loin
Apollon, assis sur une hauteur, occupé à préparer les
mélang-es de bon et de mauvais air qui apportent aux hommes
soit le beau temps et la santé, soit le mauvais temps et la
maladie, les tempêtes et les pestes : ciim pestem diram
cornmerifis mortalihus minahafur, aeri similitcr anhclos
ignés aiit torpentis frigoris venena miscehat et in adfligen-
duni meare cogebat orheni. Tali dei temperaniento Virtus
admonita magisquecum euni salutares auras miscere conspi-
ceret, [caeci poetae) Graium versum Mercurio comprobante
commémorât
<î>oî6oç T/.zp7oy.6\j:qq Koi[j.ou vs(psX*/;ç x-jzepùv.v.
quo pestem fugari posse Mercurius si voces primis vestigiis
ejus accédèrent, admonebat •. Il faut supprimer caeci poetae ^
puisque l'hexamètre cité n'est pas d'Homère ^ : on croira
dillicilement que Martianus ait attribué à Homère un vers
qui n'est pas de lui. Caeci poetae, comme le dit Eyssenhardt^,
est une glose corrompue , née d'une plus ancienne , graeci
1. De nupliis Philolocfiae et Mercurii, I, 18 (Eyssenliardt).
2. Du reste, le commencement du vei's est pris de Ylliade, XX, 39 :
^o~fjOi àx£p(îo-/'.d[j.Ti; f,o' "Ap'Cï[J.'.; loyixipT..
Cf. encore l'hymne homérique à Apollon Dclien, 13't, et Tcpigramme d'un
ex-voto d'Olympie dans Pausanias, V, 22, 2. — Le milieu du vers a servi à
Kaibel pour restituer l'épitaphe mutilée d'un arahadji d'.Ezani [Épigr. gr.,
375) :
M[r,]voYév7i; o[o' Èyw]' tr/VTjv ô' ï-7:ot[i3ivJ àyv.i^xi
£'j £![oto;] sGavov Àoiu.ou [v£j9[iAr]] xaTaXr,[çpl9E;ç.
« Non dahito, écrit Kaibel, qiiin vox vuhjaris fueril ÀoiaoO vîcpAir, apud
Asianos. Prohahile aulem est Menogenein eodem peslilentiae lempore occi-
disse, quo Alexander illis locis suas exercehat fraudes. »
3. Suivi par Preger, Inscriptiones graecae metricae ex scriptoribus
praeter Anthologiam colleciae, p. 167.
1903. 5
66 INSCRIPTION d'aNTIOCHE
poetae, qui se trouve dans l'un au moins des nombreux
manuscrits de Martianus.
Voilà donc qu'au v'' siècle de notre ère un grammairien
d'Afrique citait comme bien connu le vers du goète de
Paphlagonie. C'est apparemment que ce vers avait pour-
suivi sa destinée de formule prophylactique, bien longtemps
après la mort de l'Abonotichite , dans des pays où celui-ci
n'avait jamais été, parmi des gens qui ne savaient plus rien
ni d'Alexandre le devin ni de son dieu Glycon. Les supersti-
tions ont la vie dure. Elles ont aussi une surprenante
puissance de diffusion. Ce vers prophylactique en offre un
bon exemple, puisque, lancé par le monde au ii'' siècle, en
Paphlagonie , nous le retrouvons en Syrie , à Antioche , et
que l'Afrique chrétienne, au v'' siècle, ne l'avait pas encore
oublié. Qu'il se retrouve en Syrie, à Antioche, ce n'est pas
fait pour surprendre : Antioche était adonnée à toutes les
superstitions', et d'autre part, l'un des caractères de l'éj^i-
graphie syrienne à l'époque inqjériale , c'est le nombre
considérable d'inscriptions à formules prophylactiques ou
talismaniques qu'on y a relevées %
Une question pour finir : le vers qui nous occupe est-il
d'Alexandre, ou Alexandre Ta-t-il emprunté à un chresmo-
logue antérieur, à un de ces recueils d'oracles et de ■/.y.Oxp[j.zi
attribués ;i Orphée, Musée, Bacis , Abaris, Epiménide,
comme en avaient les Orphiques ? Je crois que si Alexandre
avait volé quelque part son fameux vers, Lucien l'aurait su,
et l'aurait dit.
1. Ucnaii, dans les Comptes rendus de l'Acnd. des inscr., lS(ij, p. 308.
2. Bull, de corr. hell., 1000, p. 293.
67
L INTRODUCTION DU CRUCIFIX EIN GAULE,
PAR M. LOUIS BRÉIIIER ,
CHARGÉ DE COURS A l'uNIVERSITÉ DE CLERMONT-FERRAND.
Il est aujourd'hui démontré que l'idée de représenter le
Christ sur la croix n'est apparue que très tard dans TEglise.
Le premier exemple connu d'une crucifixion est une intaille
basilidienne (Le Blant, Bulletin de la Sociétédes antiquaires
de France, 1867, p. 111-113). Plus tard, les nestoriens
paraissent avoir eu un goût particulier pour le crucifix qui
était une éclatante affirmation de la nature humaine et de
l'incarnation du Christ (Baumstark, Altarkreuze in nesto-
rianischen Klostern , dans la Rômische Quartalschrift ,
1900, p. 70) ; dans les pays monophysites comme l'Egypte,
on ne trouve au contraire aucun monument qui rappelle le
supplice de la croix (Gayet, Art copte). En fait, les premières
représentations de ce supplice, la sculpture de la porte
de Sainte-Sabine à Rome, les ampoules du trésor de Monza,
les ivoires du Musée britannique, la célèbre miniature de
l'Évang-ile de Rabula, ont une origine syrienne indiscutable
et paraissent remonter à la fin du v^^ ou au vi^ siècle (l'Evan-
gile de Ra])ula est daté de 586). Mais comment cette cou-
tume s'est-elle introduite dans l'Église d'Occident? Quels
intermédiaires l'ont portée en Italie et en Gaule? C'est oe
qu'il est possible d'inférer d'un texte de Grégoire de Tours
dont l'importance a été négligée jusqu'ici par les historiens
de l'iconographie chrétienne.
Dans le livre In Gloria Martyruni (ch. 22), Grégoire de
Tours raconte qu'à Narbonne, dans l'église Saint-Genès, on
voit une peinture « qui montre Notre-Seigneur le corps
entouré d'un voile et étendu sur la croix, quse Dominum
nostrum quasi prsecincturn linteo indicat crucifîxum ». Elle
68 l'introduction dl crlcifix en gaule
était exposée librement aux yeux de tous [dum assidue ccr-
neretur a populis). Mais un prêtre nommé Basile eut un
songe dans lequel la fig-ure crucifiée lui apparut. (( Vous
êtes tous couverts de costumes divers, lui dit-elle, et vous
me considérez sans cesse dans ma nudité. Va et couvre-
moi au plus tôt d'un vêtement. » Le prêtre oublia vite ce
rêve ; une seconde ajjparition n'eut pas plus de résultat ;
enfin, la troisième fois, l'image le roua de coups et le menaça
de le faire mourir sous peu s'il ne la couvrait d'un voile.
Effrayé cette fois, Basile raconta tout à l'évêque qui ordonna
de tendre une étoffe devant la peinture. « Et maintenant,
ajoute Grégoire, on ne peut voir la peinture que couverte.
Si Ion soulève un peu le voile pour permettre de la con-
templer, on le laisse retomber bientôt, pour qu'elle ne soit
pas vue découverte... Et sic obtecta niinc pictura suspicitur .
Nam et si paruniper delegatur ad conteniplandum, mox
deinisso vélo contegitur, ne détecta cernatur. »
Ce texte nous montre d'abord que la représentation du
Christ en croix était considérée en Gaule à cette époque,
c'est-à-dire à la fin du vi*^ siècle, comme un usage nouveau
et anormal. Ce qui choquait le plus les fidèles, d'après le
songe même du prêtre Basile, c était la nudité presque
complète du Christ, nudité qui a disparu dans la miniature
de liabula, mais qui se montre dans la sculpture de la porte
de Sainte-Sabine. Cette peinture n'était donc pas conforme
aux usages du pays, et il ne reste pour expliquer son exis-
tence qu'une supposition : c'est qu'elle ait été faite ou du
moins commandée par un étranger. Or Xarbonne était
alors une des principales colonies de ces marchands syriens
qui, depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne, avaient
établi des postes commerciaux dans les principales villes
d'Occident. (J'ai étudié ces colonies diins im mémoire pré-
senté au XIIP Congrès des Orientalistes à Hambourg et qui
doit paraître dans la liyznntiiiisclie Zeifschriff.)
L'existence des Syriens à Narbonne au vi*" siècle est prou-
l'introduction du crucifix en gaule 69
vée par 1 epitaphe que publie Le Blant [Inscriptions chré-
tiennes de la Gaule, n" 613 A) et surtout par les deux
canons du concile tenu dans cette ville en 589 (Mansi IX.
p. 101o-1017, canons IV et XIV) qui mentionnent parmi
les (( nations » de Narbonne <( les Goths, les Romains, les
Syriens, les Grecs et les Juifs ». Un siècle plus tôt, les rela-
tions entre Narbonne et la Palestine sont attestées par
Orose (VII, li3). Narbonne était le grand port du golfe
du Lion, et les Orientaux y abordaient pour remonter ensuite
jusqu'à l^ordeaux, de même que Marseille était le point de
départ de leurs entreprises dans le nord de la Gaule. Il est
donc permis de supposer que cette peinture du crucifié, qui
paraissait si étrange aux habitants de Narbonne, provient
de la munificence d'un de ces riches Syriens qui comptaient
à l'époque mérovingienne parmi les principaux bienfaiteurs
des églises.
La tentative était prématurée; elle excita le scandale, et
il fallut recouvrir la peinture d'un voile. De longues années
se passèrent encore avant que l'existence du crucifix fût
consacrée officiellement par l'Eglise, et il est à remarquer
que cette consécration est due à un concile composé exclu-
sivement d'évêques d'Orient, le concile Quinisexte en 692
(Mansi, Concilia, XI, canon LXXXII, p. 977-79). En Occi-
dent, les sarcophages où la croix est ornée de la couronne de
laurier et du monogramme du Christ, montrent que l'on
s'en tint longtemps à l'ancien symbole de la crucifLxion ;
au vni° siècle, au contraire, l'usage oriental avait triomphé,
mais non sans résistance. Le récit de Grégoire de Tours
nous permet de saisir sur le fait une de ces importations
dues aux marchands syriens et qui devait introduire un élé-
ment oriental dans les pratiques religieuses et dans l'art des
Occidentaux du moyen âge. Nous voyons que les innova-
tions apportées par ces étrangers n'étaient pas toujours
accueillies avec faveur, et il n'est pas sans intérêt de rap-
procher de l'histoire du crucifix de Narbonne la tentati^'e
70 LIVRES OFFERTS
que fU quelques années plus tard Serenus, évêque de Mar-
seille, pour abolir dans son diocèse le culte des images {Gre-
gorii Epistolae, IX, lOS). Marseille était aussi un centre
très important de marchands syriens; les habitudes nou-
velles apportées par ces orientaux qui, d'après Théodoret
[Hist. eccL; Patrolocjie Grecque, LXXXII, 1472), suspen-
daient de petites images de saint Siméon le Stylite au-des-
sus de leurs échoppes, devaient singulièrement choquer les
évêques d'Occident. Ils durent cependant se résigner à ces
nouveautés; mais le scandale excité par la tentative faite
pour introduire le crucifix à Narbonne au vi" siècle, montre
qu'ils n'acceptèrent pas sans lutte les nouvelles pratiques
de l'iconographie orientale.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le fascicule II du
lome II de la Chronique de Michel le Syrien, juitriarche jncobile
iVAntioche (1106-1199), éditée pour la première fois et traduite en
français par M. J.-B. Chabot, ouvrac^e publié avec rencouragemenl
et sous le patronage de rAcadémie des inscriptions et belles-lettres
(Paris, 1902, in-4»).
Le Secrétaire perpétuel offre, en outre, au nom du R. P. Ronze-
valle, de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, la revue arabe Al
Mnchriq pour Tannée 1902 (Beyrouth. 1902, in-8»).
M. Si-NAitT, (Ml préscntani une pui)lication de l'Ecole française
d"Exlr("'ni(' r)i-iciit, intitulée : Inventaire det^eripl if des inonninenh du
Camhod(/e , par le commandant Lunel de Lajontpiière , chef de
bataillon d'infanterie coloniale fParis, 1902, in-S"), dit :
« C'est pour moi une satisfaction véritable d'offrir à l'Académie ce
livre; car il témoigne de façon irrécusable combien uotic jeune Ecole
d'Extrême-Oricnl ii su rapidement répondre à ce (pie nous alleu-
LIVRES OFFERTS 7i
(lions d'elle, d'une part on stimulant et en dirigeant autour d'elle la
curiosité archéologique, et aussi en avançant l'étude des monuments
anciens du pays. Ce volume, le quatrième des publications de l'École,
est le fruit de l'exploration consciencieuse de tous les monuments
anciens du Cambodge entendu dans ses limites actuelles. Le com-
mandant de Lajonquière, mettant à profit les quelques mois pendant
lesquels il fut détaché à l'Ecole, les a visités, relevés, mesurés avec
une activité et un soin qui lui font le plus grand honneur. Des plans
et un certain nombre de photographies et de dessins éclairent ses
descriptions toujours précises, sobres, complètes. M. Aymonier avait
utilement déblayé la voie. M. de Lajonquière, toujours soucieux de
rendre pleine justice à son devancier, achève, rectifie à l'occasion et
systématise les connaissances que nous possédions avant lui. Je n'ai
pas besoin de dire que la statistique et la description extérieure des
inscriptions ne sont jamais oubliées. Rien n'est plus précieux que
l'Introduction dans laquelle l'auteur passe successivement en revue
les divers ordres de monuments : sanctuaires, palais, ponts, etc., en
établissant les types divers et en indiquant les développements
successifs, de façon à mettre pour la première fois dans ces recherches
un ordre et une clarté qui, avec une ingéniosité attentive à tous les
indices curieux, paraissent être les qualités maîtresses de son esprit.
Il se loue de l'aide qu'il a trouvée près de M. Finot, l'excellent direc-
teur de l'Ecole. Je confondrai donc volontiers celui-ci avec l'auteur
dans notre gratitude, en constatant la belle tenue de ce livre, si simple
et si bien informée, si intéressante et si solide. C'est un encourageant
début pour cet inventaire archéologique de l'Indo-Chine dont il forme
la première partie. Nous ne pouvons que nous féliciter de voir un de
nos officiers continuer dans ces lointaines régions les nobles tradi-
tions d'étude que tant de ses camarades ont depuis si longtemps
vaillamment inaugurées et soutenues là et ailleurs, «
M. Saglio dépose sur le bureau un exemplaire du 9.3« fascicule du
Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, dont le premier
article, de M. Salomon Reinach, traite de la médecine et des méde-
cins, et le dernier {Metalla), de M. Ardaillon, parle des mines et des
carrières. Plusieurs autres articles sont à signaler pour l'importance
du sujet et la manière dont il a été étudié : tels que Mercafor et
Mercalura, dont la partie grecque est de M. Huvelin, de la Faculté de
droit de Dijon, la partie romaine de MM. Cagnat et Dernier; Merce-
narii, de M. Albert Martin, de Nancy, correspondant de l'Académie;
Mei-elrices, de M. Navarre, de la Faculté des lettres de Toulouse ;
Mercurius, de M. Adrien Legrand; d'autres encore de MM. Lafaye,
Lechat, ïoutain, Lécrivain, de Ridder, etc.
72 SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1903
M. Gagnât a la parole pour un hommage :
'( J'ai l'honneur d'ofîru- à l'Académie, de la part de M. J. Toutain,
maître de conférences à l'École pratique des hautes éludes reli-
gieuses, la traduction du livre do M. Frazer, intitulé \e Rameau d'or,
étude sur la magie et la religion , tradiiil de l'anglais par MM. R.
Stiébel et J. Toutain (Paris, 1003, in-8"j, livre qui a une grande répu-
tation parmi ceux qui s'occupent de folk-lore et de mythologie com-
parée. La traduction de cet ouvrage avait été commencée par un
officier, M. Stiébel, qui est mort prématurément sans avoir pu la
terminer. M. Toutain s'est chargé d'achever et de faire publier le tra-
vail de son ami. Le premier volume, le seul (pi'il donne aujourd'hui, a
été entièrement traduit par ^L Stiébel. »
SÉANCE DU 6 FÉVRIER
>LM. Klie Berger, Chavannes et A. Thomas écrivent à l'Aca-
démie ])Our se porter candidats à la place de membre ordinaire
laissée vacante parla mort de M. Alexandre Bertrand.
M, Beretta adresse à l'Académie plnsieurs exemplaires d'un
mémoire inédit sur l'inscription celto-grecque découverte à
Nîmes en 1712. Ils sont distribués aux menil)rcs cjue cette com-
munication peut plus particulièrement intéresser.
M. Clermont-Ganneau communique à l'Académie et commente
des photographies de monuments antiques nouvellement décou-
verts qui viennent de lui être envoyées par le R. P. Paul de Saint-
Aignan, deTyr. C'est d'abord une inscription latine des Croisades,
en caractères du xni'' siècle, provenant de Sainl-.Iean d'Acre et
contenant l'épitaphe de dame Brisa, fille de Johannes Medicus et
femme de G. Petrus de Saône (?).
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1903
73
Ce sont ensuite deux grandes statues de style égyptien décou-
vertes près de Tyr même et portant des dédicaces phéniciennes
faites à un dieu, dont le nom est efTacé, par un personnage appelé
Inscription trouvée à Saint-Jean d'Acre.
Baalchillem, fds de Baalyaton. Ces deux monuments doivent se
classer à Tépoque ptolémaïque.
M. CoLLiGNON donne lecture d'un mémoire adressé à l'Aca-
démie par MM. Gatalanos et Axiotakis, ingénieurs à Smyrne, sur
la découverte des mines aurifères du mont Tmolus. Un passage
de Straboîi (1. XIII) fait allusion aux mines aurifères qui
existaient dans le Tmolus aux environs du Pactole. MM. Gatalanos
et Axiotakis ont en elfet découvert à une distance de 400 mètres
environ du lit du Pactole un filon de quartz qui paraît avoir été
exploité dans l'antiquité. Ils ont reconnu en outre, à proximité
74 LIVRES OFFERTS
de ce filon , des restes de constructions anciennes, et les traces
d'une conduite d'eau qui s'alimentait à un allluent du Pactole. Il
est probable que cette conduite servait au lavage du minerai. Ces
découvertes confirment l'exactitude du témoignage de Slrabon.
M. Salomon Reinach a remarqué, à la Bibliothèque impériale
de Saint-Pétersbourg, un manuscrit français, d'une beauté et
dune conservation extraordinaires, dont il fait passer des pho-
tographies sous les yeux de l'Académie. Ce manuscrit, provenant
du duc de Bourgogne Philippe le Bon, est orné de quatre-vingt-
treize miniatures, dont quinze, de grandes dimensions, sont de
la même main. I^Ues forment une illustration continue de
l'histoire de France, depuis la prise de Troie jusqu'à la fin du
règne de Charles V. Dans le nombre , il y a des chefs-d'œuvre
représentant la mort de Roland à Roncevaux , le songe de
Charles le Chauve, saint Louis ensevelissant les morts à Man-
sourah, les batailles de Courtraj, de Grécy et de Poitiers.
M. Reinach pense que ces miniatures sont du même auteur que
les peintures du retable de Saint-Bertin, aujourd'hui au château
de Wied et à la National Gallery, et les attribue à Simon Marmion,
artiste de Valenciennes, mort en 1 i89, que l'on appelait « prince
d'enluminure ». Ainsi la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg
serait en possession d'une des (ouvres capitales de l'art français,
comparable à la série des miniatures de l''ouquet conservées à
Chantilly.
LIVRES offi<:rts
Le SecrIitaire peupétuel oITrc à l'Académie :
1" Au nom de notre cf)nfrère, M. IIartv\'ig Dercnbourg, sa traduc-
tion de Xnnreaiix Icrlea yémànileR inédits (Paris, 1002, in-8") ;
2" Au nom du I{. I\ Ronzovnllo, do l'Univorsilé Saint-Joseph de
Beyroulli, ot au nom de l'éditeur, un volume intitulé : Histoire de
Beyrouth et dos Rohlor émirs d'Al-Gharh, par Salih Uni Vahya,
LIVRES OFFERTS 73
public'G et aiinolée par le P. L. Cheiko d'après le ms. de Paris
(Beyrouth, 1902, in-S");
3° Les Bibliothèques miisiilin;tnrs de Dnnt.is cl ses environs, par
M, Habib Zayat.
M. Babelon dépose sur le bureau la Leçon d'ouverture de son cours
de numismatique et de glyptique au Collège de France (Paris, 1903,
in-8°; extr. de la Revue internationale de V Enseignement) .
M. Emile Picot fait hommage à l'Académie d'un travail dont il
est l'auteur : Sur une statue de Vénus envoyée à François /«■" (Paris,
1902, in-8"; extr. de la Revue archéologique).
M. Clermont-Ganneau dépose sur le bureau de l'Académie la
IS*" livraison du tome V de son Recueil d'archéologie orientale (Paris,
1902, in-8°), dont voici le sommaire :
I. Où était Venibouchure du Jourdain à l'époque de Josué (suite et
fin); II. Monuments palmyréniens; III. Inscription grecque de Dora ;
IV. Fiches et notules : L'ère de Tyr. — La date de la mosaïque de
Nehi Younès. — Inscription de Deir Sem'ân. — Sahouet [El-Khidhr).
— 0£oç 'ApEfAÔrivdç et Aramtâ (à suivre).
M. Héron de Villefosse ofTre à l'Académie, au nom du R. P.
Delattre, les deux études suivantes :
1" Un pèlerinage aux ruines de Carthage et au Musée Lavigerie
(Lyon, 1902, gr. in-8°) :
« C'est, à proprement parler, un guide du touriste au milieu des
ruines de Carthage. Notre infatigable correspondant conduit le visi-
teur sur chaque point important de la ville antique ; il lui explique
l'intérêt de chaque édifice, rappelant, chemin faisant, les inscriptions
découvertes, les objets recueillis, et tirant de leur examen des ensei-
gnements pratiques. L'amphithéâtre, la chapelle souterraine, les
basiliques chrétiennes, les thermes de Gargilius aussi bien que le
musée Lavigerie et le jardin de Saint-Louis, sont l'objet de notices
assez étendues pour que rien de saillant n'échappe au touriste dési-
reux de s'instruire. Plus de quarante phototypies servent à illustrer
ce volume qui se termine par une liste des publications des Pères
Blancs relatives aux fouilles de Carthage, et comprenant cent onze
numéros. »
2" Sixième sarcophage de marbre blanc peint trouvé à Carthage
(extr. des Comptes rendus de l'Académie des inscr. et belles-lettres,
1902, in-S").
76 SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1903
M. IIamv dépose sur le bureau :
1° In memoriam. Eiif/cne Miinlz, ■{- le 30 octobre 1902, par M. Henri
Cordier (Paris, l'J03, in-8° ; exlr. de la Revue des traditions popu-
laires).
2° Congrès international des Aniéricnnislcs. XII'' session, tenue à
Paris en 1900 (Paris, 1902, in-S») ;
3" Address of the Duke of Loubat, honorary Président of the
thirteenlh international Conc/ress of Americanisfs, held at the Ameri-
can Muséum of Xalunil Uis/or;/ in Ihe (litij of Xeiv-Yovk. October
20-25 (1902, in-8»).
SÉANCE DU 13 FKVRIKPi
Le Président donne des nou\elles très favorables de la santé
de M. G. Paris.
M. Ci.i:umont-(1anm;ai , au nom de M. le marquis de \'oGrÉ
empêché, communique un nouveau papyrus araméen récemment
découvert en Egypte, et auquel M. Eutinj^ vient de consacrer
une étude destinée aux ])ublications de TAcadémie. C'est un
document historique duii intérêt capital, un rapport odlciel daté
en toutes lettres, de Van 14 de Darius. .Ainsi se trouve définiti-
vement tranchée, dans le sens indiqué autrefois par M. Clermont-
(ianneau, la question si controversée de l'âj^e de toute cette
famille de papyri araméens qu'on voulait classer à Tépoque
ptolémaïque, tandis que M. Clermont-Ganneau soutenait qu'ils
devaient être reportés à l'époque perse.
M. Salomon Reinacu continue la lecture de son mémoire sur
un manuscrit du duc de Hourgoj;ne Philippe le Bon, conservé à
la Hibliollièque impériale de Saint-Pétersbourg.
LIVRES OFFERTS 77
LI\11ES OFFERTS
Le Secuétaire perpétuel offre, au nom de S. E. le cardinal Cape-
celatro, bibliothécaire de l'Eglise i-omaine, les ouvrages suivants :
Bihliolhecae ApostoUcae Vaticanae codices ntaitu scripti recenslli Jassu
Leonis XIII Pont. Maxirni , prteside Card. Alfonso Capecelatro,
archiep. Capuano, S. R. E. bibliothecario. (^odices Vaticani latini.
Descripserunt Marcus Vatasso et Plus Franchi de' Cavalieri. Tomus I,
codices 1-678 (Rome, 1902, in-4o) ; — Codices L'rhinates latini.
Descripsit Cosimus Stornajolo. Tomus I, codices i-500 (Rome, 1902,
in-4").
M. Cagxat dépose sur le bui'eau deux fascicules des Inscriptiones
c/raecae ad res j^ornanas pertinentes (Paris, 1003, 2 vol. gr. in-8°) :
" Le premier de ces deux fascicules (tome 1, fasc. II) contient les
textes grecs trouvés en Italie, en Sicile, dans la Pannonie, la Dacie
et la Dalmatie. M. Toutain m'a prêté son concours pour cette publi-
cation.
<i Le second (tome III, fasc. IIj renferme les inscriptions de Lycic,
du moins en grande partie. Mon auxiliaire pour cette portion du tra-
vail est M. Lafaye. Je tiens à remercier tout particulièrement
M. Haussoullier, directeur à l'Ecole des Hautes Etudes, du soin avec
lequel il a relu toutes les épreuves et des corrections qu'il a bien
voulu nous signaler. Ceux qui auront l'occasion de consulter notre
recueil verront aisément tout ce que nous lui devons. »
M. Gagnât dépose également un nouveau fascicule du grand
ouvrage sur les musées de l'Algérie et de la Tunisie : Les Musées de
Sousse :
K La ville de Sousse possède deux musées différents. Le premier
en date est celui que les officiers du 4" régiment de tirailleurs ont
installé dans leur salle d'honneur. Le catalogue en a été rédigé par
M. le capitaine Hannezo. Le second, beaucoup plus riche, quoique
de date plus récente, a été fondé par la municipalité; il possède des
pièces très intéressantes, mosaïques, bronzes ou marbres. M. Gauckler,
notre correspondant, et M. Gouvet, conservateur de ce musée, ont
rédigé la partie du travail relatif aux antiquités qui y sont classées.
Ce volume est un des plus intéressants de ceux qui composent la
série, déjà nombreuse, des musées de l'Algérie et de la Tunisie. »
SÉANCE DU 20 FÉVRIER
M. Ader, notaire, adresse au Secrétaire perpétuel l'acte de la
donation faite à l'Académie par M. Gagnât, au nom du Comité
du monument Blanchet, d'une somme de six cents francs prove-
nant du reliquat des souscriptions à ce monument, et dont les
intérêts devront servir à fonder une médaille qui sera attribuée
à une découverte relative à l'histoire, la géographie ou l'archéolo-
gie de l'Afrique du Nord.
L'Académie, à l'unanimité, accepte la donation,
M. S. Reinacu a la parole pour une communication :
« L'Académie n'a pas oublié les fouilles très fructueuses com-
mencées à Tralles, au printemps de 19l)l, par les soins du Musée
impérial de Gonstantinople. Elles ont été reprises, pendant l'au-
tomne de 1902, par Edhem-Bey, dont notre correspondant
Ilamdi-Bey veut bien me communiquer le rapport, accompagné
de photographies et de plans. Edhem-Bey a fouillé un magni-
fique portique en marbre, avec colonnes monolithes en marbres
de couleur, qui a dû être transformé en église à l'époque byzan-
tine. A cette époque appartiennent les fragments d'un ambon
ornés de deux bas-reliefs, dont l'un représente le Bon Pasteur et
l'autre un Pasteur appuyé contre un arbre. ( hi a découvert
plusieurs inscriptions, dont l'une mentionne le portique, T-rôa, et
un grand nombre de fragments de statues en marbre parmi
lesquelles il faut signaler trois belles têtes, dont les photographies
sont jointes au rajiporl d'Edhem-Bey : 1" Une grande tête de
femme, haute de 0'" 31, dun très beau style encore archaïque,
copie d'une œuvre grecque de la première moitié du v'' siècle ;
2° Une autre tète de femme, haute de 0'" 21. probablement une
Athéna casquée, d'un style large et dune vivacité d'expression
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1903 79
remarquable; 3° Une petite tête de Sérapis, haute de 0"' 14, très
bien conservée et d'un excellent travail.
« On ne peut que souhaiter la continuation de ces recherches,
très bien conduites par Edhem-Bey, qui ont déjà donné des
résultats si importants et nous promettent de nouvelles sur-
prises. »
M. Clermont-Ganneau a reçu de M. ^^'eber, ingénieur des
ponts et chaussées de l'Empire ottoman à l>ipoli de Barbarie,
les croquis de deux sépultures antiques récemment découvertes
aux environs de cette ville et ornés de très curieuses peintures à
fresque représentant divers sujets symboliques et religieux. Il
les place sous les yeux de la Compagnie et les commente. Les
inscriptions latines qui les accompagnent montrent que ce sont
les tombeaux du mari et de la femme, l'un et l'autre d'origine
africaine, comme l'indiquent suffisamment les noms puniques et
néo-puniques portés par eux et fidèlement transcrits. Un détail,
entre autres, présente un intérêt exceptionnel. Sur le couvercle
recouvrant la cuve funéraire du mari est peint un lion bondis-
sant, avec cette épigraphe : qui leo jacef ; sur celui recouvrant
la cave de la femme, c'est une lionne, avec l'épigraphe : quœ lea,
jacet. M. Clermont-Ganneau démontre que les défunts ainsi
qualifiés de « lion » et de « lionne » devaient être des adeptes
du fameux culte de Milhra, dont les initiés du quatrième degré
portaient le titre de lions. Nous avons donc là un témoignage
très important de l'extension des croyances mithriaques en
Afrique et, en outre, la preuve décisive d'un fait jusqu'ici très
contesté, à savoir que les femmes pouvaient être affiliées aux
mystères de Mithra et passaient par les mêmes degrés d'initia-
tion que les hommes'.
L'Académie procède à félection d'un membre ordinaire en
remplacement de M. Alexandre Bertrand, décédé.
Le Président lit les articles du règlement relatifs à l'élection
d'un membre ordinaire. 11 rappelle les noms des candidats :
1. Des reproductions de ces monuments, accompagnées dune note com-
plémentaire, seront publiées dans le Bulletin de mars-avril.
80 SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1903
MM. l'ilic Berger, VA. Ghavaunes, Maurice Groiset, A. Thomas.
Il y a 34 votanls ; majorité 18.
Au premier tour de scrutin, M. Maurice Groiset obtient
11 suffrages; M. l'^lie Berger, 9; M. Ghavaunes, 7; M. Thomas, 7.
Au second tour de scrutin, M. Ghavannes ol)ticiit 18 suffrages;
M. Maurice Groiset, 13; M. l-'lie Berger, 3.
M. Ghavannes, ayant obtenu hi majorité absolue des suffrages,
est proclamé élu. Son élection sera soumise à Tapprobation de
M. le Président de la Républicpie.
M. Maxime Goi.lignon donne lecture d'un rapport sur les fouilles
exécutées par M. Degraud, consul de France à Philippopoli,
dans la vallée de la Toundja, en Bulgarie. A la suite de recherches
commencées par M. Seure, membre de l'Ecole française d'Athènes,
M. Degrand s'est proposé d'explorer méthodiquement deux
tumuli, le Tell Ratchell et le Tell Metchkur, situés non loin de la
ville de Yamboli. L'Académie l'a encouragé par une subvention
accordée sur les fonds du legs Piot. Les fouilles de M. Degrand
ont amené la découverte de nécropoles où l'on trou\e les vestiges
d'une civilisation primitive, olï'rant des analogies avec celle que
nous ont fait connaître les fouilles dTIissarlik, celles de Yortan,
en Mysie, et les recherches faites dans les plus anciennes nécro-
poles de Ghypre. On peut donc constater que le domaine de cette
civilisation préhistorique s'étendait à la région qui correspond à
l'ancienne Thrace, et, ainsi, gi'âce aux travaux très heureusement
conduits par M. Degrand, le champ des études comparatives
s'est agrandi. La question de date parait dailleurs devoir être
réservée. Il est possible qu'en Thrace l'état de civilisation révélé
par les fouilles ait duré beaucoup plus longtemps qu'en Asie
Mineure. Les produits céramiques, en partic-uHer, montrent des
perfectionnements de technique assez significatifs'.
Gette communication donne lieu à des observations de M.M. S.
Beinacu et E. Pottier.
M. S. Ueinacii achève la lecture de son mémoire sur un
manuscrit du duc de Bourgogne Phiiip|)e le Bon, conservé à la
l)il)liolh('(|ue de l'I'j-milage à Saint-Pélersbourg.
I. \'<iir ci-après.
FOUILLES EN BULGARIE 81
JNIM. N. Valois, Emile Picot et L. Delisle présentent quelques
observations.
M. Gustave Sgiilumberger lit une note sur un pclil monu-
ment qu'il vieut d'acffuérir et qui présente le plus grand intérêt
à cause des noms illustres qui y sont gravés. C'est une petite
tessère de bronze du genre des tesserulsc œdificiorum, destinées
à être noyées dans la maçonnerie des monuments en construc-
tion, comme on l'ait encore de nos jours en murant des pièces
de monnaie dans les fondations. L'importance de ces petits
monuments tient à ce qu'ils sont inscrits aux noms des plus
grands personnages de Rome et de l'I^mpire aux xv" et v'" siècles.
Sur la tessère acquise par M. Schlumberger tig-urent niellés sur
des rubans d'argent incrustés dans le bronze les noms de l'em-
pereur d'Orient Zenon , du célèbre Odoacre devenu à partir de
477 patrice d'Occident, enlin du préfet de la ville Symmaque,
l'ami et le beau-père de Boëce. Cette tessère doit être datée des
environs de l'an 485 de J.-C.
APPENDICE
RAPPORT SUR LES FOUILLES EXECUTEES PAR M. DEGRAND ,
CONSUL DE FRANCE A PHILIPPOPOLI ,
DANS LA VALLÉE DE LA TOUNDJA, EN BULGARIE,
PAR M. MAXIME COLLIGNON , xMEMBRE DE l'aCADÉMIE
Vers Tannée 1898, des trouvailles d'objets paraissant
appartenir à une époque préhistorique attirèrent l'attention
sur des turnuli situés dans une réa'ion de l'ancienne Thrace,
dans la vallée du Tonsus, aujourd'hui la Toundja, non loin
de la ville de Yamboli. Le P. Jérôme, des Aus^ustins de
l'Assomption, en résidence à Yamboli, les sig-nala à M. Seure,
membre de rÉcole française d'Athènes, qui obtint du gou-
1903. 6
82 FOUILLES EN" BULGARIE
vernemeiit bulg'are rautorisation de faire des fouilles dans
un de ces tumuli, désif^né sous le nom de Tell Ratclicff.
C'est là t[ue le P. Jérôme avait déjà recueilli divers objets,
en particulier des poteries, dont il a donné la description
dans la Revue archéologique K Les fouilles de M. Seure
durent être interrompues, non sans avoir donné des résul-
tats appréciables. M. Deg-rand, consul de France à Philip-
popoli, se proposa de les reprendre, et sollicita à cet effet le
concours de l'Académie. Une subvention accordée à deux
reprises, en 1901 et en 1902, sur les arréraj^es de la fonda-
tion Piot, lui a permis de poursuivre ses recherches avec
succès. Il a continué l'exploration du Tell liatclieff. et
fouillé un autre tumulus, celui de Metclikui\ situé dans une
plaine, à 3 kilomètres environ du villafji-e de Metcbkur.
Enlin, près de remplacement de la ville anti(pie de Kabyles
au lieu dit Taouchan-Tépé, il a reconnu l'existence de sept
jielits lunnil'i (jui pourront être facilement fouillés, et il y a
pratiqué des recherches sommaires jxmr réserver ses droit,
le cas échéant.
Le rajjporteur de la Commission Piot a eu plus dune fois
l'occasion de rappeler que les bénéficiaires des subventions
avaient l'oblig'ation de communiquer ;i l'.Académie les résul-
tats de leurs recherches. M. De^-rand s v est conformé, et la
Commission m'a confié le soin de résumer les rapports qui
lui ont été adressés à cette occasion. 11 me sera permis
d'ajouter que M. De^rand n'a lini néi^liii^é pour fournir des
l'enseif^nements aussi exacts t't aussi comj)lets que possible,
et justili( r (le renq)l()i des ressources qui avaient été mises
à sa disposition. On iif peut ijuc le rciucrcicr du Sdiu ([u il a
ap|)orté à la rédaclion de ses rapj)orts; ce sont de véritables
journaux de fouilles, très dévcli)])p(s cl très prc'cis, conte-
nant un inventaire détaillé des trouvailles, et accompaj^'-nés
I. L'épofiiie néolilliliiiif il;ins lu vullre tlii Tonmis. lier. ;irih.. II. IHOl,
p. .{'js-ai!!. Cf. Cosmos, .\oiir. srric. ii""S.tl, sXk p. M .-l Ihi.
FOUILLES EN BULGARIE 83
de nombreuses photographies. Je rappellerai encore qu'il a
envoyé au Musée du Louvre plusieurs séries d'objets pro-
venant de ses fouilles, notamment des séries céramiques fort
intéressantes. L'Académie a donc lieu de se féliciter d'avoir
prêté son concours à M. Degrand et encouragé des recherches
qui ont été dirigées avec le zèle le plus méritoire.
Le Tell dit Ratcheff Tépé est une colline mesurant envi-
ron 10 mètres de hauteur, avec 300 mètres de tour à la
base; il est situé sur le bord de la Toundja. C'est là que
M. Seure avait exécuté les premiers travaux de fouilles
méthodiques. La découverte de nombreuses poteries de
style primitif, d'objets divers tels que des pesons , des
fusaïoles, des instruments en corne ou en os, avait pu faire
croire tout d'abord qu'on se trouvait en présence d'une
station de l'époque néolithique*. A la suite de la seconde
campagne, poursuivie pendant l'année 1902, M. Degrand a
acquis la conviction que tous ces objets provenaient d'une
nécropole, et que la colline, où le sol naturel commence à la
profondeur d'environ 9 mètres, est formée de couches super-
])osées de sépultures. Il a été possible de déterminer exac-
tement la nature des sépultures et de constater que l'usage de
l'incinération semble avoir toujours prévalu chez les peu-
plades qui ont jadis occupé cette région. « Les monuments
funéraires, écrit M. Degrand, affectaient pour la plupart la
forme d'un .petit tertre, contenant de la terre, des cendres,
des débris de charbon , et divers fragments d'ossements
d'hommes ou d'animaux imparfaitement calcinés. » Autour
de la tombe se trouvaient en général des vases, quelquefois
une petite table funéraire, des fusaïoles, des haches de pierre
et divers outils; on a recueilli aussi des piles de galettes
en terre cuite, ou des objets ronds qui paraissent avoir été
l. Le P. Jérôme avait émis l'iiypothèse que le 7V// Ratcheff contennil les
débris d'un atelier préhistorique de poterie.
84 FOUILLES EN lîLLGARlE
des supports de petits vases, et enfin des fig-urines en ar^^ile,
de style très grossier, dont deux représentent des person-
nages assis d'une exécution tout à fait bai'bare.
Le tumulus de Metchkur est de formation analogue ; on
y a retrouvé des objets similaires, mais de fabrication en
général plus soignée. Une tranchée pratiquée pour étudier
méthodiquement la constitution du tumulus a permis de
reconnaître plusieurs enceintes de pierres superposées,
entourant les couches de sépultures, et établies en retrait
les unes sur les autres, à mesure que s'élevaient les couches
de tombes. Les observations de M. Degrand sur ht forme
des tombes sont aussi précises qu'on peut le souhaiter.
Voici, par exemple, la description de la tombe n° 1 . Elle se
présente sous la forme d'une masse d'argile rouge grossière,
mesurant 1 '" 98 en longueur. 1 '" 20 dans sa plus grande
largeur, et offrant à peu près Faspect « d'un cœur dont la
pointe, tournée vers le Nord, ressemblait, vue de face, à
l'étrave d'un navire; sur la partie supérieure, une épaisse
moulure en terre cuite, ayant 0'" 06 de haut sur 0'" Oi de
large, reproduisait le contour de hi masse, se relevant vers
la pointe en un gros bouton ». L'enveloppe extérieure,
faite dune pâte grossière, était à peu près cuite. Venait
ensuite une couche rouge de pisé grossier mêlé de débris de
paille. Ces deux enveloppes formaient comme une sorte de
chape, ayant partout la même épaisseur. Dans la partie
inférieure se trouvait une dalle cubique , et tout 1 espace
compris entre cette dalle et l'enveloppe était rempli de
cendres mêlées de débiis d Ossements. Ces observations ont
jxriiiis il M. Degrand de dégager les conclusions suivantes
sui- le mode de sépulture : <( Très vraisemblablemonl . le
mml rliiit incinéré à 1 ;iii' libre sur un bûcher; ses cendres
et celles du bûcher étaient recueillies et placées sui' une
l)ri(jue plati' ou un lit épais d(> pisé grossier. ( )n reeouvrait
le tout (le ct'tte même pâte iirgileuse; quand la première
enveloppe étai t sulïisamment sèche, on en appliquait d'autres
FOUILLES EN BULGARIE 8o
successivement , et quand on avait atteint l'épaisseur vou-
lue, on lissait plus ou moins soigneusement la surface, en
V ajoutant quelqiie ornement ou moulure. La tombe était
ensuite entourée ou recouverte de vases contenant les
offrandes, ou constituant eux-mêmes des offrandes funé-
raires; ils étaient entremêlés de branchantes, de bois et de
blé, et le tout, recouvert d'argile, était alors soumis à l'action
d'un feu très vif, pour cuire l'enveloppe extérieure conte-
nant les cendres qu'on voulait protéger ; et ensuite, proba-
blement, cette sorte de monticule était recouvert de terre. »
Les objets recueillis autour des tombes consistent en
vases, armes et outils de pierre, d'os ou de cuivre, pesons
et fusaïoles, figurines de terre grise ou rouge d'une exécu-
tion tout à fait rudimentaire , et rappelant les essais de
représentation de la figure humairle qui se sont rencontrés
à Hissarlik ou dans les plus anciennes nécropoles de
Chypre. Du Tell Ratche ff proyiennent deux figures assises,
un homme et une femme, modelées dans une pâte grossière,
sans consistance, et d'un type absolument barbare^. Le Tell
Metchkur a livré des figures informes, qu'on ne s'étonne-
rait pas de trouver à Hissarlik, et dont l'une, avec ses
rebords percés de trous, fait songer aux terres cuites pri-
mitives de Chypre. M. Degrand y a trouvé également des
fétiches dont le corps est façonné en forme de fer de lance,
tandis que deux saillies figurent les bras, et on est tout
naturellement tenté de les rapprocher des « idoles en forme
de violon » découvertes dans les tombes préhistoriques des
Cyclades '-.
Quant aux vases, ils constituent des séries fort intéres-
santes, qui vont depuis les poteries les plus grossières
jusqu'à des vases témoignant d'une fabrication très soignée
1. Ces figurines sont actuellement au Musée du Louvre.
2. Blinkenberg, Mémoires de la Société des Antiquaires du Xord. JS96,
p. 6 et suivantes.
8(l FOriLLES EN JiLLGAHIE
et d'une technique déjà savante^. Ce sont d'abord des
poteries en terre grise, mal épurée, décorées de dessins
incisés ou tracés au moyen d'une série de trous entaillés à
la pointe ; ces dessins se composent parfois de lignes
flexueuses , de grecques, attestant un sentiment décoratif
déjà très développé. D'autres vases, en terre noire, sont
ornés d'incrustations en mastic, dont le ton clair tranche sur
le fond sombre de la terre ; l'elfet rappelle un peu celui des
incrustations de nacre des meubles arabes. Une autre série
est celle des vases en terre rouge, couverts de peintures
blanches, zones, rinceaux, ornements géométriques, (pii
dénotent vni progrès évident dans le goût décoratif et dans
la fabrication. Enfin, il faut mentionner les vases en hucc liera
noir, revêtus d'une glaçure métallique, et ornés de dessins
à reflets également métalliques d'un effet parfois très heu-
reux. Si l'on cherche les points de comparidson pour l'étude
de ces céramiques, on les trouvera, croyons-nous, dans
les poteries de la Troade et de Chypre, et dans celles ([ui
pioviennent des fouilles faites à ^'ortan , en Mvsie, par
M. Paid Gaudin-. Le hucchero des tumuli de Thrace paraît
apparenté d'assez près à celui de Yortan, où apparaissent
(It'jà les peintures blanches. Mais il marque un perfection-
niMuent manifeste sur le hucchero d'Asie Mineure, comme
si les procédés industriels des potiers avaient pu se dévelop-
per plus longtemps sous 1 influence d une tradition ininter-
rompue.
En résumé, les fouiUes de M. Degraiid oirrcnl un très vil
intérêt pour l'histoire de 1 industrie piiniitive, en j)eiinellant
d'étendre jusqu'à la Thrace le domaine de cette civilisation
préhistorique dont on avait jus(ju"ici reconnu U's jalons en
Asie Mineure et à Chypre. Mais on ne saurait, av;inl
d iivoir procédé à une étude approfondie, déterniiiu'r la dali'
1. Le P. Jérôme en a |)iil)lic iilusiciirs sp('ciiiu'iis dans la Revue nrrh.,
iirlirle eilé, p. 33i-.31!i.
2. Voir noti'C cumiminicalidn, Comptes rendiix. KMil. p. SIO et suivantes.
LIVRES OFFERTS 87
des sépultures découvertes au Tell HatcheiF et au Tell
Metchkur. M. Degrand a indiqué lui-même, avec beaucoup
de précision, les problèmes que soulève la question de la
formation de ces tiimiili. Il est possible que cette civilisation
indigène ait duré long'temps avec son caractère de barbarie
relative, et ait survécu en Thrace bien au delà des limites
chronologiques qu'on peut assigner à celles de Chypre et
de l'Asie Mineure.
LI\'RES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel offre, au nom de l'Académie de Berlin,
un nouveau fascicule du Corpus inscriptionuni Intinaruni. Pars (juarta.
Tomus VI, fasc. 11 : Inscriptiones iirhis Romae la t inné ; addilamenta.
Collegit et edidit Christianus Huelsen (Berolini, 1902, gr. in-4°).
M. Barbier de Meynard présente, au nom de Tauleur, un ouvrage
intitulé : Les grands philosophes, Gazali, par le baron Carra de Vaux
(Paris, 1902, in-8°) :
« Dans ce volume, M. de Vaux poursuit l'étude de la philosophie
arabe, qu'il avait inaugurée, il y a deux ans, par un remarquable tra-
vail sur Avicenne et le rationalisme dont les Moutazélites furent les
plus brillants repi'ésentants pendant les m" et iv" siècles de l'hégire.
Il étudie ici la spéculation théologique connue sous le nom de kélâm
et révolution à la fois morale et mystique à laquelle Gazali a donné
une impulsion incontestée. C'est tout un côté de la philosophie
musulmane qui était resté dans une demi-obscurité; on n'a pas oublié
en effet que Renan, dans sa belle thèse sur Averroès, avait en
quelque sorte limité ses recherches aux rapports de la théologie
arabe avec la philosophie juive et la scolastique chrétienne.
« Un intérêt d'actualité s'attache au nouveau travail de M. de Vaux :
les traités dogmatiques et moralistes de Gazali ont conservé toute
leur vogue dans les gi'andes universités de l'Orient musulman et sont
par conséquent indispensables pour révéler l'esprit et la vie intérieure
88 LIVRES OFFERTS
(|iii les animciil. — M. de Vcm.\.(iui possède à fond le langage philoso-
|)hi(jue des Arabes, a puisé diicflemenl aux sources les malériau\ de
son livre. Après avoir réuni et coordonné loul ce qu'elles lui fournissent
sur la vie de Gazali, ses nombreux écrits, ses controverses ardentes
avec les dernirrs ralionalisles, il consacre un exaincii approfondi au
système philosophique, à la morale et au mysticisme mitigé de celui
qu'on |ionrrait appeler l'ange de l'école musulmane. Peut-être cepen-
danl — cl c'est la seule critique que je me permets d'adresser a
l'aulcur — peut-être est-il trop enclin à retrouver, dans le dévelop-
pcnicnl de ces théories dont le Koran reste la base, une inibicnce
nettement chélienne, et peut-être aussi, notamment dans l'examen du
soufisme, c'est-à-dire des idées mystiques dont Gazali s'est fait le
déCciiscui', une part assez lars^e n'est-elle pas accordée au contact
du jiaiillu'isnic indien.
« Mais je ne doute pas que les conclusions générales de la savante
étude que je présente à l'Académie au nom de l'auteur ne soient
favorablement accueillies du monde savant. On saura gré à M. de
Vaux d'avoir ajouté un cha[)itre documenté, lumineux et bien écrit à
l'Iiisloire de la philosoj^hie arajje, lorsque l'orlliodoxie étroite el K'
fanatisme de la mosquée allaient paralyser à jamais l'essor de la
pensée libre dans le monde mustilman. »
M. Héron de \'n.i,i;FossK oITre à l'Académie, au nom de son corres-
pondanl le H. P. Dtdattre, une brochure inliluh'c : )I;irques cérn-
rniij uns greccf lies el. romaines trouvées à l'.urlii.Kje ilnrnnl l' année I !)0 I
(extr. du BuUetin arch''olnr/i(/no, 1902).
Ce petit recueil renferme U) estampilles grecques relevées sur des
anses d'amphore, 1!) estampilles latines relevées sur des briques
romaines et doni (pielqnes-unes conliennenl des dates considaires,
2.') marques latines tracées au pinceau, à la [jointe sèche ou appli-
(pu'»es A Taide d'un timbre sur les anses, le col, le rebord ou la (pu'ue
de grands vases, 42 marques sur poteries fines ou rouges. Parmi ces
dernières, le n° "3 est une mar([ue bien connue d'.Vrezzo : }f(arci)
Pcn-nnii Tiijr.'ini. C'est de la l'ai)ii(]ue de l'fn'nniiis (pie sont sortis
de très intéressants vases représentant Hercule et les Muses, ou des
héros grecs combattant, .Vchille, Diomède, Hector, avec leurs noms
inscrits en caractères grecs à côté de chaque figure. Ces vases ont
été imités par les potiers de la Gaule.
M. II AMVollVe au nom de l'auteur, M. I. Cocchi, un ouvrage intitulé :
L;i Finlnndia. Ricard i e sindi (Florence, 1002, in-8") :
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1903 89
« Le professeur lo-ino Cocchi, de l'Inslilut des Etudes supérieures
de Florence, que ses recherches spéciales ont conduit en Finlande, a
consacré à ce pays encore si mal connu un volume agréablement
écrit el orné de fort belles photographies, que je suis chargé de vous
offrir en son nom. La première partie de Fouvrage de M. Cocchi est
réservée à Fétude de la géographie physique; dans la seconde, il
examine le peuple; dans la troisième, il passe en revue les institutions
nationales. On lira surtout avec intérêt, d'une part, tout ce qui concerne
la célèbre épopée Kalivuln; de Fautie, les détails recueillis par le
voyageur sur Fétat actuel des sciences et des arts. »
M. Delisle dépose sur le bureau, au nom de M, Saige, correspon-
dant de l'Académie, le Charfrier de l'abbaye de Saint-Pons hors les
tnurs de Nice, publié par ordre de S. A. S. le prince Albert I<='" de
Monaco, par le comte E. Cais de Pierlas, continué et augmenté d'une
étude et de tables par Gustave Saige (Monaco, 1903, in-4°).
SÉANCE DU 27 FÉVRIER
Le Secrétaire du Congrès des sciences historiques qui doit
avoir lieu prochainement à Rome, remercie FAcadémie de vou-
loir bien se faire représenter à cette réunion scientifique et lui
adresse des exemplaires du règlement et de divers documents
relatifs au Congrès,
M. Clermont-Ganneau place sous les yeux de la Compagnie la
photographie d'une statuette de bronze appartenant à M. J.
Lôytved, de Beyrouth, et provenant de Kefr Djezzin, près de
Berdja, sur la côte au sud de Djebaïl, l'antique Byblos. Couverte
d'une belle patine verte, elle conserve encore des traces de
dorure. Elle représente un personnage debout, aux longs cheveux
coiffés à l'égyptienne, la face imberbe et efféminée, le bras droit
relevé, le gauche ramené contre la poitrine ; il est vêtu d'une
90 SÉANCK DU 27 FKVRIF.U 1ÎK).3
longue tunique collante, recouverte dune sorte de tablier en
SLalucllr en l)rnii/c du .liipilcr I Icliopolilaïuis.
forme de gaine cloisonnée, avec divers bustes et symboles figurés
SÉANCE DU 27 FÉVRIEn 1003 91
en relief dans chaqne compartiment quadrillé. On a voulu y voir
la grande déesse de Byblos, dans lattitude et avec les attributs
de la Diane d'Éphèse. M. Clermont-Ganneau montre qu'il faut y
reconnaître en réalité un dieu, le fameux Jupiter du temple de
Baalbek, dit Jupiter Ileliopolitanus, dont on connaît aujourd'hui
d'assez nombreuses reproductions. Conformément à la tradition,
le dieu tenait de la main droite le fouet, et de la gauche une
poignée d'épis, qui n'existent plus aujourd'hui ; il est probable,
en outre, que la statuette se dressait entre deux taureaux, qui
ont disparu avec le socle supportant le groupe. M. Clermont-
Ganneau propose de reconnaître le même dieu dans un fragment
de statue de pierre mutilée, conservée au Louvre et rapportée
autrefois de Djouni par Renan'. Djouni est située tout près de
Ivefr Djezzin, lieu de provenance de la statuette de M. Lôytved.
i\I. Clermont-Ganneau communique ensuite des estampages et
photographies d'un autre monument recueilli à Djebaïl même par
M. Lôytved. C'est un fragment de stèle ou de table d'olTrandes
de granit gris, portant les cartouches hiéroglyphiques du Pharaon
Chechonk 1*"", ou Sesonchis, le Sésac de la Bible, qui envahit la
Palestine et pilla Jérusalem sous le roi Jéroboam. Dans les par-
ties laissées libres parle texte hiéroglyphique ont été gravées,
probablement après coup, trois lignes de caractères phéniciens
malheureusement très mutilées. Après un premier e\amen ,
^L Clermont-Ganneau y a déchitîré les noms d'Abibaal, de la
ville de Gebal , de Misraïm (rKgypte), etc. Les lacunes du
texte phénicien ne permettent pas encore de déterminer s'il
s'agit d'une dédicace religieuse ou d'une dédicace funéraire.
yi. Clermont-Ganneau incline vers la seconde hypothèse et se
propose de poursuivre l'étude de ce précieux document qui n'a
pas dit encore son dernier mot ^.
1. Mission de Phénicie, Catalofiue. p. S-53, n° 70. Ce frai;ment n'a pu être
jii-avé el mériterait de l'être. Un autre fragment dune statue similaire en
mai'bre a été décou^■ert dei^uis à Djebaïl même et considéré encore, à tort,
comme représentant une déesse (Pal. Expl. I-\ind, Slalement, JS9i, p. 119 ;
c'est toujours notre Jupiter Heliopolitanus.
2. Des reproductions de ce monument seront publiées, avec une note
complémentaire, dans le Bnllelin de mars-avril.
92 SÉANCE nr 27 février 1903
M. Ph. Bf.rgeh commuiii(iue à lAcadémie une nouvelle
inscription funéraire qui lui a été adressée par le R. P. Delattre^
C'est répitiipho d'une femme qui s'intitule : « Négociante de la
ville ^ «
M. Berger donne ensuite lecture d'un travail sur six nou-
velles inscriptions samaritaines découvertes à Damas par le
U. P. Ronzevalle. Ces inscriptions se composent d'une série de
lettres isolées séparées par des points. En les étudiant avec son
élève M. Slouschz, M. Berger est arrivé à y reconnaître des
passaj^es de la Bible dans lesquels on n'a écrit que la première
lettre de chaque mot, par un système d'abréviation fréquent
chez les Juifs et dont M. Berger a découvert les premières traces
dans la numismatique et dans Tépigraphie puniques.
Les motifs d'ornementation qui encadrent ces inscriptions
semblent indiquer qu'il faut les faire remonter à l'époque arabe.
Ces passages assez différents du texte reçu prouvent avec quelle
liberté les Samaritains traitaient le texte de la Bible.
Le Président annonce qu'une nouvelle somme de 10.000 francs
lui a été envoyée par ^L le duc de Loubat pour être employée à
des recherches archéologiques et particulièrement pour rendre
possible le complet déblaiement de l'île de Délos. M. Perrot la
transmettra à M. Homolle. Ce dernier don porte à 3().0(lO francs
le total des sommes que notre savant correspondant a ainsi con-
sacrées à fournir des ressources aux explorations scientifiques
entreprises sous le patronage de l'Académie dans le bassin de la
Méditerranée.
M. Omont fait une communication sur un plagiat litléraii-o du
moyen âge. Une vie de saint \\'illil)ror(l, évêqued'l'trecht, dédiée
au xn® siècle par un prêtre du nom d'l*>gbert à l'abbé Gérard
d'Eplernach, et dont un texte jusqu'ici unique est conservé dans
un manuscrit contemporain, réccnmient acquis i)our la Biblio-
thèque nationale, est la reproduction servile des chapitres m à xxv
de la vie bien connue de saint \N'illibroi(l, ic iligèc pai- Akuin. L'au-
1. ^■c.i|• ci-après.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1903 93
teur de ce plaj^iat s'est contenté, pour le dissimuler, de remanier
les deux premiers chapitres et d'écourter la fin de son modèle '.
M. Aymonier, directeur de l'Ecole coloniale, entrelient l'Aca-
démie d une curieuse découverte faite en préparant ïlli.sloire du
Cambodge qu'il a sous presse.
On sait que les Annales du royaume de Siam, dont le passé
est intimement lié à celui du Cambodge, se divisent en deux
parties : l'une antérieure à la fondation, en 1350, de la ville
d'Ayouthia ; l'autre partant de cet important événement histo-
rique pour se terminer à la destruction de cette capitale par les
Birmans en 17G7. La pi^emière partie, dite les Annales du Nord^
compilation de dates fantaisistes et de récits légendaires, n'a
jamais été considérée comme ayant un caractère réellement
historique. Mais la seconde partie, dite les Annales d'Ayouthia,
a toujours été universellement admise comme authentique par
les Européens aussi bien que par les indigènes. Elle donne, en
effet, l'histoire des Siamois bien suivie et appuyée de dates pré-
cises depuis 1350 jusqu'à 1767. Or, selon M. Avmonier, ces
Annales modernes, compilées à la fin du xvui'" siècle, sont apo-
cryphes, pour leurs débuts du moins, soit de 1350 à 1500 et au delà.
Elles ne méritent pas plus de créance, pour cette période, que
les fabuleuses Annales du Nord. Il pense donc devoir reconsti-
tuer l'histoire du Siam sur des bases entièrement nouvelles qui
peuvent se résumer ainsi :
Le légendaire Phya Ruang qui libéra la nation siamoise du
joug des Cambodgiens n'a pas vécu au vi'', au vu" ou même au
x'' siècle, comme on a pu le croire d'après les traditions locales.
Il a régné de 1275 environ à 1324. Il fonda une capitale, Soko-
thai, à soixante-quinze lieues au nord de l'emplacement où devait
s'élever plus tard Ayouthia. Et en cette ville de Sokothai
régnèrent après lui cinq autres rois, ses descendants directs,
parmi lesquels son troisième successeur et arrière-petit-fils, qui
régna de 1357 à 1388; ce fut un grand prince qui prit soin de
laisser sur la pierre, à Sokothai même, d'éclatants témoignages
de sa puissance et de sa ferveur religieuse. Ce sont ces stèles,
1. Voir ci-après.
94 NOUVELLE INSCRIPTION FLNÉHAIRK DE CARTHAGE
dit -M. Aymoiiier, qui se réveillent tle leur long sommeil pour
rétablir la vérité historique qu'avaient faussée l'ig^norance et
l'incurie des compilateurs siamois de la lin du wni*^ siècle. En
1453 seulement, monta sur le trône le fondateur dune nouvelle
dynastie qui, au bout de cinq ou six ans, abandonna Sokothni
pour aller construire au sud la capitale appelée Ayouthia. C'est
donc à I iGO environ, soit cent dix ans après la date admise
jusqu'à présent, que remonte la fondation de la cité où furent
reçus les ambassadeurs de Louis Xi\ .
M. S. Reinach a la parole pour une communication :
« Messieurs, le Concours des Antiquités de la France élan! de
plus en plus emcombré, la Commission a exprimé le désir que
les ouvrages de linguistique française adressés à ce Concours
fussent désormais renvoyés d'office à la Commission du |)rix
Chavée. Elle demande à l'Académie de bien vouloir conlinner sa
décision par un vole. »
La proposition de la Commission est adoptée.
COMMUNICATIONS
NOTE SLR l\NE M»I\I;LLE INSCRIPTION FrNi:R MRE DE CARTILVOE
l'Ali M. l'Illl.ll'l'E BERGER, Mi:Mltl!i; |)i: I.'aCADÉ.MIE
Le r». !'. Dclallre vient de m'cnvoyci-. pour l'tre présenté à
rAcadéniie, l'estampag-e dune nouvelle inscription funéraire
]iuni(jue, trouvée dans les fouilles de la nécropole voisine
de Saiiit<-Moni(iue. Elle est j^ravée, comme les autres monu-
ments du nu'îine g'cnre, dans un cartouche ménap^é sur une
dallo do L^rès lin. of mesurant t)'" 20 de loni;- sur d'" 07 de
laij^'c. 1 ,"iiisciij)li(iii se compose d'uiu' seule li.qii»', dune
NOUVELLE INSCRIPTION FUNÉRAIRE DE CARTHAGE
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96 NOUVELLE INSCRIPTION FUNÉRAIRE DE CARTHAGE
écriture très élégante; les queues des lettres, Irèsallong-ées,
ne laissent aucun doute sur la lecture.
Voici ce qu'elle porte :
mpn n^nD nSnc nzp
Tombeau de Sibbùleih. négociante de Ja Ville].
Le nom de Sibboleth, qui se rencontre ici pour la première
fois, si je ne me trompe, peut avoir le sens de torrent ou
dépi; le second surtout conviendrait bien à une femme. On
remarquera qu'il n'est précédé d'aucun patronymique, ce
qui semble indiquer ({ue la défunte n'avait pas de famille et
qu'elle était lille de ses œuvres. Le fait se rencontre assez
fréquemment pour les prêtresses et les femmes vivant autour
du temple.
L'épithète rTiC sig-nille « négociante » ; c'est l'expression,
d'un usage assez fréquent en hébreu, qu'Ezécliiel' emploie
en parlant des pays qui trafiquaient avec Tyr. Elle se
trouve déjà au masculin , ainsi que me le rappelle
M. Clermont-Ganneau, sur une inscription funéraire de
Carthage, que j'ai communiquée en 1899 à l'Académie'-.
Le tour dans les deux inscriptions est le même. Seule-
ment, tandis que dans cette dernière le mot qui suit « négo-
ciant » est à peu près illisible, sur la nouvelle inscription
que vient de découvrir le li. P. Delattre il est parfaitement
clair; il doit se lire rT'ùn-
La ])remière pensée serait d' \ voii' l'objet dont Sibboleth
faisait le négoce, précédé de l'article : « négociante en •
Mais le mot T'^p ne nous donne rien de satisfaisant. Dans
ces conditions, peut-être faut-il clierclu r lUins une autre
direction. (Jarth signifie " la ville » ; c'est le mol (jui a
donné le nom de Carthage. Peut-être faut-il l'entendre
1. Ch. ?", V. I-J. IJ, II).
2. Comptes remliis, IS'j'.i, p. lL"J-l.iO; cf. p. CI S.
NOUVELLE INSCRIPTION FUNÉRAIRE DE CARTHAGE 97
d'une façon absolue, comme lorsqu'on dit « la ville », pour
« la ville de Paris » ; mpn n"inD signifierait alors « négo-
ciante de la ville ». Je sais toutefois les objections que l'on
peut faire à cette traduction, et je ne la propose qu'avec une
certaine réserve.
Pour élucider ce point, il resterait à reprendre, à l'aide
de notre nouvelle inscription, le mot qui termine celle qui
lui sert de point de comparaison. L'examen de la photogra-
phie, d'ailleurs très bonne, que j'ai entre les mains, ne m'a
pas permis jusqu'à présent d'arriver à une lecture certaine ;
mais si l'on songe à la ressemblance du vav et du kaf, on
se demandera s'il ne faut pas lire N3N au lieu de NTN, ako,
au lieu de avo, et si nous n'aurions par là la mention de la
ville d'Acre. Je sais bien que non seulement la langue
biblique, mais, ce qui est plus grave, l'usage épigraphique
orthographient akko par un aïn et non par un alef ; "jV ou ilDîT ;
mais si l'on songe à l'usage si fréquent et souvent abusif
que la langue punique faisait de Y alef, peut-être ne devra-
t-on pas trop se hâter d'écarter cette conjecture. Voici dès
lors comment il conviendrait de lire cette inscription :
Nr3]N iriDns hyziiv "[[i]
[Tombeau d'Hilleçhaal], fils de Bodast[art],
[fi]ls d* Ahdmilcat , négociant [d^Akko].
Il serait intéressant de trouver ainsi, à Carthage, à côté de
la tombe d'une femme d'Arvad, celle dun négociant
d'Akko.
1903.
98 us: PLAGIAT LITTÉRAIRE
UN PLAGIAT LITTÉRAIRE AU XII'' SIÈCLE.
LA VIE DE SAINT WILLIBRORD, ÉVÈgUE d'lTRECHT,
PAR LE PRÊTRE EGBERT.
NOTE DE M. HENRI («MONT, MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
•
On possédait jusqu'ici deux récits en prose de la vie de
saint Willibrord, mort en 7M9, évoque dUtrecht et fonda-
teur du célèbre monastère d'Epternach. Lune de ces vies,
plusieurs fois imprimée, est l'œuvre d'Alcuin (-J- 804); la
seconde, publiée en entier il y a quelques années seulement,
a pour auteur Théofroy, abbé d'Epternach {j 1110 '. Une
troisième vie de saint Willibrord, non encore signalée à ce
qu'il semble , se trouve dans un recueil de vies de saints ,
copié au xu*" siècle, et qui provient de l'ancienne abbaye de
Saint-Maximin de Trêves^. Cette vie nouvelle est dédiée k
l'abbé d'Epternach, Gérard 1<^^'' I110-1122j, ou Gérard II
(li.')7-1176j , par un prêtre du nom d'Egbert (Echebert ou
Ekebert , qui ne semble être aucun des écrivains de ce nom,
dont l'histoire littéraire des xi'^ et xii*" siècles ait enregistré
les œuvres 'K Dans la dédicace qui la précède, Egbert nous
apprend que c'est l'abbé Gérard qui l'a engagé à écrire ce
nouveau récit de l'apostolat de saint Willibrord , destiné à
remplacer une vie antérieure, sans doute, celle de Théofroy :
Proloçfus Echeherli presbileri ad Gjerardiim] ahhatem de
subsequenti opère.
L)omino Gerardo, venerando abbati Epternaceiisis ecclesie,
Echeberlus, Dei misericordia, id quod est saluteni et orationum
1. Voir Potthast, IMhliothecn historien meclii aevi 2' éd.), t. II, p. I63S-
1639, etPoncelel, Bibliulhtvii huyioyrupliica. Lilina, t. II, p. 12«9-1290.
2. Bibliothèque nationale, ms. nouv. acq. lat. 1836, fol. 117-123 v.
3. Egbert, prêtre î\ Ilersfeld (vers 1070); Egbert, abbé de Huysburg
(xii* siècle ; Egbert, clerc de Liège (vers 1060); Egbert, chanoine de Saint-
Florent de Bonn et bénédictin à Schonau (1167-11S5); Egbert, abbé de
Tegernsee (milieu du xii' siècle).
UiN PLAGIAT LITTÉRAIRE 99
communicationem. Postulastis a me ut vitam sancti Willibrordi
patroni veslri aliqua dictaniinis inmutatione renovarem, pro eo
quod non satis honorabiliter vobis dictata videretur. Ad consen-
tiendum autem vobis in hac re non me presumptio spiritus, sed
magis verecundia inpulit, que me tam sollicite peticioni vestre
pertinaciter obsistere non permisit. Postquam autem universum
dictamem, quod innovandum erat, perlegi, fateor quia de inpro-
vida pollicitatione ipse me reprehendi, considerans simplicitatem
stili satis tolerabilem esse. Animadvertens etiam quoniam, si per
singula verba esset inniutanda tanti prolixitas sermonis, labor
mihi incumberet inmensus et non mullum necessarius ; si vero
quedam pars dictaniinis inmutaretur, et quedam non, neque
meum, neque non meum posset judicari. Feci ergo quod postu-
latus non fui, scribens ex integro novum sermonem, qui, si vobis
videtur, possit leg-i in festivitate sancti, quia vitam ejus et gesta
sumniatim in eo perstrinxi. Insuper et principium veleris sermo-
nis quodam modo innovavi, quam innovationem , si placet ,
adjung'ite, et cetera, ut fuerunt, permaneant ab eo loco, ubi
scriptum est : Quem divina mox gratia ' .
Cette dédicace ou préface est suivie d'un sermon, qui ne
contient que des lieux communs , sans aucun détail histo-
rique :
Sermo Echeberli presbileri de sancto Willihrordo episcopo et
confessore.
Letis cordibus et festivis laudibus hodiernum diem , fratres
karissimi, celebrare nos convenit...
Puis vient le texte de la vie de saint Willibrord qui
débute :
Incipit rila.
Vir Domini sanctus Willibrordus, ex quadam insulane Bri-
tannie provincia, quam Nortumbria vocant, ortus est, parentes
habens religiosos ac timentes Deum. Quem in Christo renatum
1. Cette phrase restée ainsi inachevée dans le manuscrit, se retrouve à
la fin du passage cité plus loin.
100 UN PLAGIAT LITTÉRAIRE
per ipsos teneritudinis sue annos in Christo enulriri cupientes,
fratribus Hiripensis * ecclesie disciplina informanduni christiana
tradiderunt, quia sperahant non parvani per illuni ecclesie sue
edifîcationem Deum providisse. Talis autem spei hec illis exlilit
causa. Mater ejus, sicut post confilendo patefecit, in qua nocte
concipiebaturbeatasobolesin utero ejus, vidit in visione nocturna
quasi lunam plenam de celo in os suum subito lapsu ruentem
totanique se intrinsecus vehementi splendore illustrantem. Quod
cum viris religiosis manifestasset, responsum de concepto accepit
filio, quoniam maj^nus et illustris foret illuminator populi Dei.
Queni divina gratia ab ineunte pueritia et sensu protieere et
moribus pollere, quantum ad taies congruit annos, concessit
Il est inutile de transcrire plus loin le texte de cette nou-
velle vie de saint Willibrord; en efret, si les quelcjnes
lignes qu'on vient de lire sont bien l'œuvre d'Egbert, toute
la suite du récit est la reproduction sorvile de la vie
rédigée par Alcuin et simplement copiée mot pour mot, à
quelques variantes près et sauf les quatre derniers cliapitres,
depuis le début du chapitre m jusqu'à la (in du cha-
pitre XXV (xxvij des éditions-. Un plagiat aussi grossier
fut sans doute découvert de bonne heure; c'est ce qui
explique que le manuscrit récemment acquis pour la Biblio-
tliè({ue nationale soit jusqu'ici le seul témoin de cette
supercherie littéraire, à laquelle restera attaché le nom
d'Egbert, pour un instant tiré de l'oubli.
1. Rippon (Yorkshire), en AnjjrlctciTC.
2. Le texte se lerminc dans le nianuscril par ces nmts du cha])itre xxv
(xxvi) : « ...ruptis circulis, subito eoruni vincula resoluta sunl . jneslante
Domino nostro Jhesu Clu-isto, ([ui cuin Doo Pâtre el Spiriln sancln \i\il
et icj,'nat Deus per omnia secula scculorinii. Amen. »
LIVRES OFFERTS 101
I.I\'1U:S OFFERTS
M. IIamy présenle de la part de l'auteur, M. le D"" Fortunato
Hernandez, un ouvrage intitulé : Las razas indigenas de Sonora y la
guerra del Yaqui (Mexico, 1902, in-4o), dans lequel on trouvera un
certain nombre de données nouvelles sur quelques populations du
N.-O. des États-Unis du Mexique, jusqu'à présent mal connues.
Comme les Yaquis de Sonora et surtout les Scris de File Tiburon,
les Espagnols n'avaient eu jusqu'à présent avec ces Indiens que des
relations hostiles, et le premier. Fauteur de ce livre, a pu s'établir
quelque temps chez eux et étudier une partie de leurs caractères,
M, Châtelain dépose sur le bureau le tirage à part d'un article qu'il
a publié dans la u Revue de Philologie » et qui est intitulé : Notes
sur quelques palimpsestes de Turin (Paris, 1903, in-S").
M. Babelon a la parole pour un hommage :
(( J'ai Fhonneur de déposer sur le bureau, au nom de M. Fr.
Imhoof-Blumer, correspondant de l'Académie , à Winterlhur, un
important ouvrage de numismatique dont il est Fauteur et qui est
intitulé : Kleinasiatische Mùnzen (deux volumes in-4'', publiés par les
soins de l'Institut archéologique de Vienne). J'attirerai d'abord
l'attention de l'Académie sur le côté matériel de la publication ; sans
lui donner un luxe extérieur dont les livres de numismatique peuvent
se passer et qui souvent ne sert qu'à rendre les ouvrages d'archéolo-
gie inaccessibles à la plupart des savants, l'Institut archéologique de
Vienne s'est appliqué à faire de la publication de M. Imhoof-Blumer
un livre irréprochable au point de vue typographique. Les lettres
liées et les monogrammes surtout, qui, dans la numismatique
grecque, reviennent presque à chaque description, ont fait l'objet de
fontes spéciales et particulièrement soignées. On ne trouverait
l'équivalent d'un pareil souci de Fexactitude et de la correction dans
aucune autre publication numismatique.
« Quant à la valeur scientifique de l'ouvrage, je n'ai pas besoin de
la recommander. Ces deux volumes font suite aux deux autres prin-
cipaux recueils de M. Imhoof-Blumer, intitulés Monnaies grecques,
10-4" publié en français, à Amsterdam, en 1883, et Griechische
102 LIVRES OFFERTS
Mûnzen, publié en 1890 par les soins de 1" Académie des sciences de
Munich. Seulement, tandis que, dans ces dernières publications,
M. Imhoof-Blumer décrit, critique et commente des monnaies qui se
répartissent sur le champ de la numismatique grecque dans son
ensemble et appartiennent à tous pays, cette fois, M. Imhoof-
Blumer a concentré ses recherches sur l'Asie Mineure seule. C'est
une suite de descriptions de pièces inédites qui, toutes, appartiennent
aux diverses provinces de cette région. Chaque description est suivie,
quand il y a lieu, d'un court commentaire. Il est difficile de donner
ici un aperçu général d'un ouvrage qui ne contient pas de doctrine;
je dois donc me contenter de dire que ce qui caractérise le nouveau
répertoire de M. Imhoof-Blumer, c'est l'exiiclilude impeccable des
descriptions et la sûreté des attributions qui a pour garant la
longue et profonde expérience de l'auteur. Chacjue province de
l'Asie Mineure, surtout pour la période post-alexandrine et romaine,
est représentée par une série importante de monuments numisma-
tiques susceptibles de fournir les renseignements les plus utiles pour
l'histoire de l'art. Il suffit de se reporter aux tables qui sont à la fin
du second volume, où plus de 350 villes sont représentées, et où sont
transcrits les noms de plus d'un millier de magistrats locaux de
diverses catégories, tant de l'épocjue grecque que de l'époque romaine,
pour que chacun se rende compte de l'appoint énorme que constitue,
pour la connaissance de l'histoire de l'Asie Mineure, le nouveau
recueil numismatique que je suis chargé de jjrésenter à l'Académie,
et pour qu'on rende hommage au mérite du savant éminent qui a eu
la patience d'en réunir les éléments et a su l'entreprendre. »
Le Gérant, A. Picard.
MA(;o>\ l'iiuTAT nir.i\i;s, i.MriuMi:iHS
1
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1903
PRÉSIDENCE DE M. G. PERROT
SÉANCE DU 6 MARS
M. le Minisire de l'instruction publique et des beaux-arts
transmet à l'Académie un rapport, par lequel M. Homolle,
directeur de l'Ecole française d'Athènes, demande des modifica-
tions à l'examen d'admission à cette Ecole,
Renvoi à la Commission compétente.
M. Homolle, dans une lettre qu'il adresse au Président,
annonce plusieurs événements heureux pour l'École française
d'Athènes, entre autres la libéralité de M. le duc de Loubat, qui
a mis à la disposition de l'Ecole une nouvelle somme de dix
mille francs pour ses recherches archéolog^iques, et la décision
du Conseil municipal d'Athènes, qui vient de voter un crédit de
trente mille drachmes pour la restauration du Trésor des Athé-
niens à Delphes.
M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts
adresse à l'Académie l'ampliation d'un décret en date du
1903. S
104 SÉANCE DU G MARS 1903
26 février dernier, par lequel M. le Président de la République
a approuvé réleclion de M. lùlouard Chavannes à la place de
membre ordinaire laissée vacante par la mort de M. Alexandre
Bertrand.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture du décret. Il introduit
ensuite M. Chavannes et le présente à l'Académie.
Le Président souhaite la bienvenue à M. Chavannes et l'invite
à prendre place parmi ses confrères.
Le Présujent donne ensuite lecture du télégramme suivant, qui
lui a été adressé par M. Paul Desjardins, beau-tils de M. Gaston
Paris :
« Paris, vendredi, 6 mars.
(. Mon cher Maître,
(( J'ai la douleur de vous annoncer la mort de mon beau-père,
M. Gaston Paris. Il s'est éteint, doucement, hier soir, à Cannes,
succombant aune crise cardiaque, dont nous le savions menacé,
mais que nous ne pouvions croire si imminente.
« C'est une perte telle, — et non pour ses proches seulement,
— qu'il suffit de l'annoncer. Nous vous demandons d'en faire
part, s'il vous plaît, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres,
que vous présidez. M. (uislon Paris a donné à celte compagnie
beaucoup de son travail et de son cœur. »
Le Président dit que ce n'est pas le moment de retracer la \ie
et les travaux de M. Gaston Paris; mais il peul se résumer en
disant que personne n'avait plus honoré l'Instilul et ne laissera
de plus vils regrets dans la Compagnie qui croyait pouvoir
compter longtemps encore sur son précieux concours.
11 déclare, avec une profonde émotion, la séance levée en signe
lie deuil.
SÉANCE DU 13 MARS
Le Président donne lecture d'une lettre qu'il vient de recevoii^
et par laquelle M. le Ministre de l'instruction publique et des
beaux-arts annonce que l'Académie de France à Rome se prépare
à célébrer, le 16 avril prochain, le centenaire de son installation à
la villa Médicis,et qu'il serait très heureux que l'Académie voulût
bien confier à quelques-uns de ses membres la mission de la
représenter aux fêtes qui seront célébrées à Rome.
Le Président propose de charger les membres de l'Académie
qui doivent aller à Rome pour le Congrès des sciences histo-
riques de représenter la Compagnie à cette solennité, s'ils
veulent bien prolonger leur séjour jusque-là. Dans ce cas, ils
devraient y porter leur costume.
La proposition est adoptée.
M. Clérmont-Ganneau communique, de la part de M. Weber,
des photographies des curieuses fresques peintes décorant les
deux sépulcres antiques récemment découverts aux environs de
Tripoli de Barbarie et dont il a entretenu l'Académie à une
séance précédente. On y remarque, entre autres détails intéres-
sants, une course de chars dans le cirque, avec un incident dra-
matique : l'un des quadriges culbuté au tournant de la borne, les
chevaux renversés ou cabrés , le cocher précipité à bas de son
siège, etc. '.
M. d'ARBOis DÉ JuBAiNviLLE revient sur une épitaphe trouvée
dans le département des Bouches-du-Rhone et communiquée à
l'Académie dans une de ses dernières séances. Cette épitaphe se
compose de deux mots : Venitouta^ Quadrunia, le premier gau-
1. Ces photographies seront publiées ultérieurement.
JUG SÉANCE DU 13 MARS 1903
lois, le second ligure. Nous savons par Strabon que cette partie
de la France était habitée par les Celto-Ligyes, autrement dit
par les Gallo-Ligures, mélange de Gaulois et de Ligures. Cette
épitaphe est gallo-ligure '.
M. Héhon de ^'ILLEFossE communiquc la note suivante de la
part du R. P. Delattre :
« A occasion du xvu'" centenaire du martyre de sainte Per-
pétue et de sainte Félicité, une lete religieuse a eu lieu dimanche
dernier dans l'amphithéâtre de Carthage.
« Pourcette cérémonie, le mur d'enceinte de l'arène déjà décou-
vert par nos fouilles, a été dégagé sur toute sa longueur jusqu'au
niveau du pied de l'assise inférieure. Ce mur était construit en
belles pierres de taille parfaitement jointoyées.
H Les travaux qui n'ont duré que quelques jours ont permis
de constater que l'arène de l'amphithéâtre de Carthage avait, à
un mètre près, la longueur et la largeur de l'arène du Colysée.
Nous avons trouvé plusieurs pièces intéressantes. Je signalerai,
entre autres, l'inscription suivante qui se lit sur une petite
tablette de marbre plus haute que large :
C N • L V R I V S
ABASCANTI
ANVS-VOTO-
POSVIT-LIBES
VENATOR-
TAELEGENIO
RVM
Hauteur, 0.18; largeur, (I.I3; épaisseur. <».0-J.').
Hauteur des lettres, 0.015; aucune lettre n'est incertaine.
M. IIkuon i)i; Vn.t.K i'ossi- rappelle à ce propos qu'un vase en terre
trouvé à Tliapsus et publié autrefois par Temple et Falbe dans
1. Voir ci-après.
SÉANCE DU 13 MARS 1903 107
leurs Recherches sur V emplacement de Carthage ' porte liascrip-
tion :
T E L E G E „, , ....
leleqeni nika!
NI NIKA
Ce vase se rapporte évidemment aux jeux du cirque : l'inscrip-
tion et les représentations dont il est orné le prouvent de la façon
la plus certaine. On y voit quatre reliefs qui représentent chacun
un venator en lutte avec un ours, un sanglier, un cheval (?) et un
taureau -. Il est extrêmement intéressant de rapprocher le vase
de Thapsus du petit ex-voto que le P. Delattre vient de décou-
vrir à Carthage. Les Telegenii constituaient donc une famille ,
une association possédant une troupe de venatoVes qui parais-
saient devant le public dans ramphithéàtre de Carthage. Ainsi
sur le vase de Thapsus le mot Telegeni ne désigne pas un indi-
vidu en particulier, mais il s'applique à un représentant quel-
conque de la familia Taelegeniorum dont on souhaite la victoire.
M. Senart esquisse l'histoire du mot « nirvana » qui désigne
dans la terminologie bouddhique la délivrance finale de la trans-
migration. Il cherche à démontrer que le mot a été fixé dans ce
sens antérieurement au bouddhisme par les sectes du Yaga aux-
quelles le bouddhisme l'a emprunté, que c'est ainsi et non avec
le sens spécial d'« annihilation » qu'il a été adopté par la religion
nouvelle, que cet emprunt est un indice de plus de la thèse sou-
tenue par M. Senart depuis longtemps, en vertu de laquelle le
Bouddhisme se serait, à l'origine, développé dans le milieu des
sectes du Yaga vishnouïtes.
Cette communication donne lieu à quelques observations de la
part de MM. Reinacii, Clermont-Ganneau et Bouché-Leclercq.
Le Président annonce que l'Académie vient de décerner sur
les revenus de la fondation Jean-Jacques Berger : une récom-
pense de cinq cents francs à M. Alfred Franklin, pour son
1. P. 128, tab.5, n. 1; cf. Corp. inscr. lat., VIII, n. 10479, 51.
2. Dans la description du Corpus il faut remplacer le mot puer par le mot
venator.
108 VENITOVTA — OVADRVNIA
Histoire de la bibliothèque Mazarine et du palais de V Institut;
une récompense de mille francs à M. Fernand Bournon, pour
ses Rectifications et additions à l'histoire de la ville et de tout
le diocèse de Paris de labbé Lcbeuf; une récompense de
quinze cents francs à M. .1. \'iard, pour ses Documents parisiens
du règne de Philippe VI de Valois, et enfin tout le surplus du
prix Berger, soit une somme de douze mille francs, à la Société
de rnistoire de Paris et de l'Ile-de-France.
COMMUNICATION
VENITOVTA — QVADRVNIA
NOTE DE M. d'aRBOIS DE JUBAINVILLK, MEMBRE DE l'aCADÉMIE
Strabon, dans son livre IV, c. 6, § 3, parle de la région
située entre Monaco et le Rhône. Les plus anciens auteurs
grecs ont, dit-il, appelé ligystique, — c'est-à-dire ligu-
rienne — , cette région dont une partie, ajoute-t-il, est
occupée par les Marseillais. Chez les auteurs postérieurs,
continue-t-il, on lit, au lieu de Ligyes — , c'est-à-dire
Ligures — , Celto-Ligyes — , autrement dit Gallo-Ligures.
Ce texte, suivant nous, donne un grand intérêt à une
inscription trouvée à Ventahren, canton de Berre, arron-
dissement d'Aix. Bouches-du-Rhône, c est-à-dire dans le
territoire gallo-ligure de Strabon. Cette inscription sert
d'épitaphe à une tombe à incinération, et elle a été commu-
niquée à l'Académie par notre savant confrère M. Salomon
Reinach qui la tenait de MM. de Gérin-Ricard et l'abbé
Arnaud d'Agncl. l']lle est ainsi connue ;
VENITOVTA — QVADRVNIA
OYENITOOYTA
KOYAAPOYNIA
109
et peut, en caractères latins, être transcrite ainsi
VENITOVTA
QVADRVNIA
Cette inscription me semble être gallo-lig-ure, c'est-à-
dire un produit du mélange de l'ancienne population ligure
avec les Gaulois, nouveaux venus et conquérants, plus tard
ilO YEMTOVTA — OYADRVMA
soumis comme les Ligures à la domination romaine. Veni-
touta est g^aulois. Le premier terme est identique au vieil
et moven irlandais fin dans le composé fin-gai <( meurtre
de parent » signalé dans le manuscrit irlandais de Milan,
neuvième siècle, par notre confrère M. G. Ascoli, Glossa-
riiim palHcohihcrnicum , p. cccxxvi, et dont le glossaire des
Ancient Laivs of Ireland publié par M. R. Atkinson donne,
p. 3()3, plusieurs exemples. IV/if- est le premier terme de
plusieurs noms d'homme gaulois tels que 1° Veni-mar'iis^
cité par M. l'abbé Thédenat dans la Revue celtique, tome VIII,
p. 387, d'après une inscription romaine de France, dépar-
tement des Bouches-du-Rhône , et signalé aussi dans l'em-
pire d'Autriche en Garinthie ' ; 2" Yenicnrus en Grande-
Bretagne-, etc. Touta est un substantif celli(jue l)ien connu,
qui a eu trois formes successives, teuta, touta, tOta, d'où
l'irlandais tûath^ « cité » « tribu » « territoire de la tribu »
(cf. Whitley Stokes, Urkeltischer Sprachschatz, p. 131).
Veni-touta est donc un nom propre gaulois composé de
deux termes et paraissant signifier «i tribu parente ».
Quadrunia n'est pas gaulois; le gaulois change en/) le
qu indo-européen. Le ligure conserve ce qu , ainsi que l'a
établi Karl MïdlenhofF, Deutsche Altertuniskuncic , t. III,
j). 179. Un exemple qui persiste aujourd'hui est un nom
de peuple, Quariates, conservé par la vallée de Queyras,
Hautes-Alpes (cf. Roman, Dictionnaire topograpliique du
département des Hautes-Alpes^ p. 121-12')).
Quadrunia semble être la forme ligure du latin Petronia.
Petronia est un mot d'origine ombrienne, une déformation
(le l'ombrien Petrunia (Bréal, Tables Euquhines, p. LXii-
i.xiii. hiblc 11,7 21 ; cl p. 2Si; Robcil de Tlanta, Grani-
ninlih <lcr osLiscli-uru/i/ùsc/irn DinJcvIc. 1. .'532, 57'); II,
(12. ti3 . Pc/ru-, (ionl Petrunia dérive, est une vai-iaiilc de
1. Coriius inscriiiliouiun Inlinariini . I. III. n° 5753: cf. (. Xll. iv ()02.
2. (forints inscriiiliniunn lntlmiriiin. I. \ II, n" 1336, 1152.
LIVRES OFFERTS Hl
petiir-, l'orme du nom de nombre quatre quand il est pre-
mier terme de composé : exemple l'ombrien petur-piirsus
= quadru-pedihus. Les deux formes petur et petrii se
rencontrent en gaulois, exemples/>e^o/wi7Hm, nom du char
à quatre roues, et Pefrii-corii, « à quatre bataillons », nom
de peuple, aujourd'hui nom de ville, Périgueux. On dit en
sanscrit catur : catur-yuga « les quatre àg-es du monde ».
Le sanscrit catur tient lieu d'un primitif *qefur, conservé
dans l'ombrien petur, dans le gaulois petoj^= petur et
altéré par déplacement de l'r dans le gaulois Petru-corii,
dans le latin quadru-pes et dans l'ombrien Petrunia. Il y
a de plus dans le latin quadru- changement de l'e en a, et
on observe le même phénomène, outre le déplacement de
l'r, dans le ligure Quadrunia. Cette observation est une de
celles qui établissent l'intime parenté du ligure avec les
langues italiotes : latine, osque et ombrienne.
Ainsi, dans notre inscription, le premier mot est gaulois,
le second ligure, et nous y trouvons cette association du
gaulois et du ligure que les Grecs ont formulée par le
composé K£atc).{yu£ç, « Gallo-ligures, » comme Strabon nous
l'apprend.
LIVRES OFFERTS
Le SECRÉTAinE PERPÉTUFX dépose sur lo bureau de l'Académie :
1" Le tome XIII (lef et 2« fascicules) des Monuments et Mémoires
publiés sur la fondation Piot par l'Académie des inscriptions et
belles-lettres, n»* J6 et 17 de la collection (Paris, 1902, in-4»).
2° Inscriptiones graecae ad res ?'omanas pertinentes. Tomus primus,
fasc. II. Tomus tertius, fasc. Il (Paris, 1903, 2 vol. in-8°) ;
3° Bulletin de VEcole française d'Extrême-Orient. Tome II, n° 4,
octobre-décembre 1902 (Hanoï, 1902, in-8o);
112 LIVRES OFFERTS
4° Coutumes des pays et cn/nlc de Flandre. Quartier de Fumes,
tome Yl. Coutumes de Lomhardside, Loo et Poperinghe, par M. Gil-
liodts-Van Severen (Bruxelles, 1902, in-4°) ;
5" Die Fragmente der Vorsokratiker, f^riechisch und deutsch, par
Hermann Diels, correspondant de l'Institut (Berlin, 1903, in-8°).
M. IIamy, en présentant un volume intitulé : Collection des ouvrages
anciens concernant Madagascar, publiée sous la direction de MM. Alf.
Grandidier, Ch. Roux etc.; t. I, 1500-161.3, par M. A. et G. Grandidier
(Paris, Comité de Madagascar, 1903, in-S"), dit :
« Notre confrère , M. Alfred Grandidier veut bien me charger
d'offrir à l'Académie au nom du Comité de Madagascar le premier
volume d'une collection historique qui en comprendra beaucoup
d'auti'es et dont cette association a pris l'initiative. Cette collection
doit comprendre tous les ouvrages ou extraits d'ouvrages portugais,
hollandais, français, allemands, italiens, espagnols ou latins relatifs à
Madagascar, depuis la découverte de celte grande terre par Diogo
Dras, le 10 août 1500, jusqu'au commencement du xix« siècle.
« Le pi'emier volume embrasse le xvi« siècle tout entier et les
premières années du xvii" jusqu'à 1613. Il est l'œuvre de MM. Gran-
didier père et fils. On y suit toute l'histoire des navigations portu-
gaises, voyage par voyage, dans Test du cap de Bonne-Espérance, et
les textes empruntés à Gaspar Correa, Barros,etc., sont commentés à
l'aide de fort bonnes cartes et accompagnés de reproductions de gra-
vures du temps, souvent fort rares et fort intéressantes.
« C'est en 1527 que les Français ont paru pour la première fois sur
la côte sud-est et en 1529 que Jean et Raoul Parmentier, avec le
Sacre et la Pensée, y ont recueilli les éléments de la première rela-
tion de voyage en notre langue nii il soil fait mculion de Madagas-
car. Les plus anciennes cartes françaises de lile sont celles de Guil-
laume Testu (1555), ici reproduites en fac-similé. Des nombreuses
réimpressions dont se compose ce premier volume, les plus étemlues
et les plus importantes sont celles des Iloutman et de Jérôme Magis-
ter. »
M. BoissiER a la parole pour un hommage :
« M. Pichon nous donne sur Lactance une étude très complète
(Paris, 1901, in-8";, où il n'a omis aucun des documents qui pou-
vaient éclairer son sujet. Ce n'est pas sa faute si l'écrivain dont il
s'occupe n'est pas de la trempe de TertuUien, ou s'il ne tient pas,
dans l'Église, la place de saint Cyprien. Tel (juil est, il le fait bien
connaître et apprécie la jiarl qui lui revient dans la conquête des
LIVRES OFFERTS
113
gens du monde et des lettrés au christianisme. Les grammairiens
trouveront, dans le livre de M. Pichon, de bonnes recherches sur la
création de la langue de l'Église; quoique Lactance cherche à imiter
le style de Cicéron, il ne peut pas entièrement se défendre de la
langue qu'on parlait autour de lui. - A la fin de son livre,
M. Pichon a discuté la question si controversée de l'authenticité du
traité De mortibus perseculoriim et, sans donner des raisons bien
nouvelles qui prouvent qu'il est de Laclance, il met en relief celles
qu'on avait données, et fait bien ressortir le profit qu'on peut tirer de
ce curieux ouvrage pour l'histoire de ce temps ».
M. BoissiER présente, de la part du même auteur, un ouvrage inti-
tulé De sermone amaforio apud latinos elegiarum scriplores (Paris,
1932, in-S").
M. Clermont-Ganneau a la parole pour deux hommages :
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie de la part de l'auteur,
M. Pognon, consul de France à Alep, le premier fascicule d'un
ouvrage intitulé : Une version syriaque des Aphorismes d'Hippocrate,
texte et traduction par H. Pognon (Leipzig, Hinrichs, 1903,xl-32 pp.
gr. in-S"). Ce premier fascicule, qui sera suivi de la traduction fran-
çaise, contient le texte syriaque, d'après un manuscrit du commen-
cement du xiii« siècle acquis à Alep par M. Pognon. 11 débute par
une longue et intéressante étude consacrée par l'éditeur aux traduc-
tions syriaques d'ouvrages grecs. Il y donne de nouveaux et curieux
détails sur l'ardeur avec laquelle les Syriens, à l'époque des Abbas-
sides, recherchaient les anciens manuscrits grecs pour les traduire
dans leur langue. Il est fâcheux que leurs préférences fussent, en
o-énéral, pour des œuvres concernant la métaphysique et la théolo-
gie; il eût mieux valu pour nous qu'ils se fussent attachés davantage
aux œuvres historiques et géographiques dont un si grand nombre
sont aujourd'hui perdues, et dont nous serions heureux, à défaut des
originaux, de posséder des traductions, même médiocres. M. Pognon
estime que la version du traité d'Hippocrate, qu'il a eu la bonne for-
tune de découvrir et qu'il a le mérite de publier, a dû être exécutée
antérieurement à l'islamisme. Il inclinerait même à l'attribuer au
fameux médecin Sergius, qui mourut à Constantinople vers lan 536
de notre ère et qui, à ce que nous apprend Bar Hebrœus , avait, le
premier, traduit du grec en syriaque des ouvrages philosophiques et
médicaux.
(( J'ai l'honneur d'offrir également à l'Académie, de la part de l'au-
teur, M. Edmond Doutlé, un mémoire intitulé : Les Tas de pierres
114 LIVRES OFFERTS
sacrées et quelques pratiques connexes dans le sud du Maroc, mémoire
tiré seulement à cent exemplaires numérotés à la presse, dont deux
spécialement pour notre Compagnie. M. Doutté y a joint l'exemplaire
unique cFun album contenant 24 photographies destinées à servir
d'illustration à son mémoire, lequel est un extrait anticipé du pre-
mier volume, en prépai-ation, de ses Voyages d'études au Maroc. L'au-
teur s'est déjà signalé par d'excellents travaux sur les populations
musulmanes de l'Afrique du nord et du Maghreb, dont il connaît à
fond la langue, les usages et les croyances. Celui-ci ne le cède pas
aux précédents en mérite et en intérêt. M. Doutté y traite avec
une grande sagacité, en se maintenant surtout sur le terrain spécial
qui lui est familier, cette question si curieuse des pierres sacrées
dans les cultes et rites sémitiques. Après avoir essayé de déterminer
les origines lointaines et la signification primitive de cette praticpie
religieuse, il montre par suite de quelles transformations elle a pu,
malgré son caractère suspect, pénétrer et se maintenir dans l'ortho-
doxie musulmane, avec tant d'autres superstitions populaires non
jTioins entachées de paganisme et de fétichisme. Le mémoire de
^L Doutté, avec les précieuses observations qu'il contient, est une
contribution importante à l'étude de celte question, et il devra en être
désormais tenu grand compte par tous ceux qui auront à l'aborder à
leur tour, »
M. II. O.MONT dépose sur le bureau de l'Académie les premier.s
volumes des deux séries de reproductions phototypiques de manus-
crits entreprises par la maison Berthaud frères.
L'un de ces volumes offre \v fac-similé du manuscrit uiiii|ui' de
V Anthologie des poi'tcs latins, dite de Sauniaise, du vu*' ou viii'" siècle
(ms. latin 10318 de la Bil)liothè({uo nationale). La grosse écriture
onciale des 290 pages de ce volume a permis d'en obtenir une repro-
duction réduite au quart de la grandeur de l'original, cependant très
lisible, et qui pourra peut-être rendre ipielques services aux pliilo-
logues.
Dans l'autre volume on trouvera la reproduction des 86 peintures,
merveilles de l'arl du xiii^sièele et re[)résentaiit difTéi-entes scènes de
l'Ancien 'resl.iineiil, (jiii oiiient le l's.iulirr de saint Louis delà Hiblio-
lliè((ue ii.ilionale (ms. bilin 10525). A 1.» suite sont reproduites six
autres miniatures (Muprunléesà un autre Psautier de saint Louis, tout
à fait analogue à celui de Paris, et ([ui est aujourd hui conservé à
Londres dans le riche cabinet de M. Henry Yates Thompson.
SÉANCE DU 20 MARS
Le Président de la Société royale asiatique de Londres écrit au
Secrétaire perpétuel pour lui annoncer que cette Société a
adopté en séance plénière, à l'unanimité, une motion de pro-
fonde sympathie à l'égard de notre Académie pour la perte
qu'elle a faite dans la personne de M. Gaston Paris, « un de ses
« membres les plus distingués », dit-il, .( dont les mérites émi-
« nents étaient reconnus de tous les philologues qui prennent
« part aux hommages consacrés à sa mémoire en France »,
M. d'Ormesson, ministre de France en Grèce, adresse au
Secrétaire perpétuel la lettre suivante :
Athènes, le 2 mars 1903.
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
M. Maurouard a reçu la lettre que vous avez bien voubi lui adresser
à l'occasion des démarches faites par lui, comme chargé d'affaires,
pour la préservation des monuments de l'époque franque médiévale
subsistant en Grèce et qui ont abouti au classement de deux des plus
importants de ces édifices parmi les monuments nationaux du
royaume.
Conformément au désir marqué dans votre communication, je me
suis fait auprès du ministre hellénique des cultes et de l'instruction
publique l'interprète des sentiments de gratitude de FAcadémie au
sujet de cette mesure si opportune, et j'ai, en même temps, au nom
de votre savante Compagnie, appelé la sollicitude du comte Alexandre
Roma sur les autres monuments de la même période historique
existant sur le territoire de la Grèce, en vue des mesures de préser-
vation que réclament ces vestiges encore nombreux d'une époque
particulièrement intéressante.
Le Secrétaire perpétuel donne communication à l'Académie
d'une lettre dans laquelle M. le Ministre de l'instruction
116 SÉANCE DU 20 MARS 1903
publique et des beaux-arts annonce au Président de l'Institut
que l'Académie de France à Rome célébrera le 16 avril prochain
le centenaire de son installation à la \'illa Médicis, et que dans
les derniers jours d'avril aura lieu l'inauguration du Musée de
Delphes, où seront réunis les remarquables monuments de la
sculpture g;recque découverts au cours des fouilles entreprises
par l'Ecole française d'Athènes. M. le Ministre exprime le désir
que l'Institut soit représenté à ces deux cérémonies.
Le Président rappelle que l'Académie a déjà donné la liste de
ceux de ses membres qui se proposent de se rendre au Congrès
de Rome. Quant à l'inauguration du Musée de Delphes, il invite
ceux de nos confrères qui auraient lintention d'aller à Athènes
de se faire connaître alin que l'Académie leur donne sa déléga-
tion.
L'Académie procède au remplacement de M. Gaston Paris
dans la Commission du Prix Gobert.
M. Paul \^ioLLET est élu.
M. Clermont-Ganneac communique de nouvelles photographies
du tombeau des sectateurs de Mithra récemment découvert par
M. Weber aux environs de Tripoli de Barbarie. On y distingue
nettement cette fois la décoration cl l'inscription du couvercle
représentant la lionne mithriaque et constituant le principal
intérêt du monument.
Il propose ensuite une série de rectilications pour la lecture
de diverses inscriptions grecques récemment publiées et prove-
nant de la province du Pont et de Gerasa.
M, le docteur Capitan et l'abbé Breuil présentent à l'Académie
les reproductions, grandeur naturelle et en couleur, (ju'ils ont
exécutées de quelques-unes des peintures qu'ils ont découvertes
avec M. Peyrony sur les parois de la grotte de l*'ont-de-Gaume,
près des Kyzies (Dordogne), longue galerie souterraine très irré-
gulière, de 1*20 mètres de longueur '.
1. Voir ci-après.
FIGURES PEINTES A l'ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 117
M. Salomon Reinach, puis M. Hamy présentent au sujet de
cette communication quelques observations '.
M. Louis Havet fait une communication sur deux passages des
Captifs de Plante.
M. Bréal ajoute quelques observations.
COMMUNICATIONS
LES FIGURES PEINTES A L ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE
SUR LES PAROIS DE LA GROTTE DE F0NT-DE-GAU3IE (dORDOGNe),
PAR MM. LE D'" CAPITAN ET l'abBÉ BREUIL.
On sait que les plus anciennes manifestations de lart
sont les sculptures et les gravures exécutées sur os, corne
ou ivoire qu'on a recueillies à maintes reprises, au milieu
de foyers paléolithiques de Tépoque magdalénienne (âge du
renne) dans diverses grottes, depuis 1834, date des premières
découvertes de Brouillet dans la grotte du Chafraud( Vienne),
jusque vers 18(i3, date des belles découvertes de ce genre
dans la vallée de la Vézère par Lartet et Christy, de
Vibraye, puis plus tard Massenat et, dans les Pyrénées,
Piette.
Depuis quelques années on a découvert des manifesta-
tions artistiques de dimensions beaucoup plus considérables
sur les parois de diverses grottes préhistoriques. Ce sont
des gravures ou des peintures dont on a signalé jusqu'ici
des spécimens dans huit grottes qui se trouvent toutes en
France, sauf la grotte d'Altamira près de Santander
(Espagne).
1. Voir ci-après.
118 f-ICIRES PEINTES A l'ÉPOQUE t>ALÉOLITinQtË
Celle-ci est la première sig-nalée en 187o, par M. de
Sautuola. En 1878, Chiron indiqua l'existence de gravures
sur les parois de la grotte Chabot (Gard). Ces deux groupes
de figures furent alors méconnus ou même niés. En 1805,
M. Rivière signala sur les parois de la grotte de La Mouthe
près des Eyzies (Dordogne) quelques figures d'animaux
gravées, dont quelques-unes rehaussées de touches docre
ou de noir. Ce ne fut ({u"à grand'peine, avec laide de
quelques-uns de ses collègues, qu'il put faire admettre
pour la première fois la réalité et l'authenticité de ces
images. En 1896, Daleau ayant vidé la grotte de Pair-non-
Pair (Gironde), pleine de débris archéologiques, reconnut sur
les parois quelques figures d'animaux assez profondément
gravées. En 1897, M. Régnault crut voir des gravures et
peintures sur les parois de la grotte de Marsoulas (Haute-
Garonne).
En 1901, l'un de nous (Capitan) reconnut distinctement
sur les parois de la grotte Chabot la figuration de plusieurs
animaux et celle probable de plusieurs mammouths. Cette
même année, nous découvrîmes les gravures qui ornent les
parois de la grotte des Combarelles près des Eyzies (Dor-
dogne), Nous avons eu l'honneur d'en présenter, à l'Aca-
démie, un certain nombre de reproductions calquées par
nous (séance du 14 février 1902).
En 1901 également, conduits par notre élève et ami Pey-
rony, qui les avait aperçues et reconnues le premier, nous
découvrîmes sur les parois de la grotte de Font-de-Gaume
toute une suite d'animaux gravés et peints à l'ocre rouge et
au noir de manganèse.
Enfin en 1902, Peyrony découvrit sur les parois de la
grotte de Bernifal, également près des Eyzies, quekpies gra-
vures et peintures que nous pûmes étudier avec lui. Elles
n'ont pas encore été publiées.
Cette même année, MM. Cartailhac et Régnault signa-
laient des gravures et peintures sur les parois de la grotte
FIGURES PEINTES A l'ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 119
de Marsoulas dont, par comparaison avec les autres grottes,
ils reconnurent l'existence réelle.
Nous voudrions aujourd'hui présenter à l'Académie les
reproductions peintes sur toile, grandeur naturelle, que
nous avons exécutées nous-mêmes de quelques-unes
des figures de la grotte de Font-de-Gaume et qui donnent
l'aspect exact qu'elles présentent sur les parois de la
srrotte.
Il est tout d'abord une question préjudicielle que nous
voudrions vider. C'est celle de l'authenticité et de l'âçe de
ces figures. Elles se rencontrent surtout au fond des grottes,
dans des parties absolument obscures. Elles sont d'ailleurs
souvent recouvertes par des dépôts stalagmitiques très durs,
parfois fort épais, qui appartiennent à la stalagmite ancienne.
D'autre part, leur exécution habile, exacte, naturaliste, est
absolument vécue, pourrait-on dire. Elle n'a rien de con-
ventionnel ni de stylisé. Elle ne peut être attribuée qu'à
des hommes avant vécu avec les animaux qu'ils ont figu-
rés. Or ces animaux sont émigrés depuis la fin des temps
paléolithiques (rennes, antilopes), ou même ont disparu
(mammouth), d'où la conclusion que ces figures sont de
cette époque, suivant toute vraisemblance.
Enfin l'étude soigneuse sur place de ces figurations, leur
comparaison avec celles des os et ivoires gravés des fovers
paléolithiques, ne peuvent laisser subsister le moindre doute
sur leur parfaite authenticité, comme aussi sur leur âge, qui
ne sont d'ailleurs plus discutés par les préhistoriens.
La grotte de Font-de-Gaume est située à 1 kil. et demi
environ des Eyzies, à l'entrée d'une petite vallée qui s'ouvre
dans la vallée de la Beune (celle-ci étant un afïïuont de la
Vézère).
Pour y accéder, il faut, de la route des Eyzies à Sarlat,
grimper à travers des éboulis de rochers, le long d'une pente
gazonnée d'un accès assez difficile. On arrive ainsi, à
500 mètres environ de la route, à la base de la falnise cré-
1903. 9
120 FIGURES PEINTES A l'ÉPOQUE PALÉOLITIIIOLE
lacée qui surplombe le talus formé par les éboulis, à
20 mètres à peu près au-dessus du fond de la vallée.
On se trouve alors devant deux arcades assez larges.
Celle de gauche se termine rapidement en cul-de-sac. Elle
contient les traces dun repaire d'ours. Celle de droite se
rétrécit assez rapidement et s'avance en serpentant dans le
flanc de la colline, sous forme d'une galerie assez irrégu-
lière et encombrée de grosses colonnes de stalagmite.
A 05 mètres de l'entrée, on se trouve devant un mur de
stalagmite. A 3 mètres au moins de hauteur, on aperçoit
deux de ces curieux signes tectiformes gravés dont nous
verrons l'abondance un peu plus loin. L'aspect ne paraît
donc pas avoir changé là depuis les temps préhistoriques.
A l'"GO de hauteur, s'ouvre dans ce mur stalagmilique
une fente fort étroite. C'est par là qu'il faut se glisser pour
pénétrer dans la grande salle qui fait suite.
Celle-ci mesure 40 mètres environ de longueur sur une
largeur de 2 à 3 mètres et une hauteur très variable de 3
à 8 mètres. Deux galeries partent de cette salle. Tune qui
la continue jusqu'au fond de la grotte, à 120 mètres de
l'entrée où elle se termine en forme de fente, 1 autre per-
pendiculaire à la salle et qui se termine également en fente
après .un parcours de 30 mètres environ.
Sur les parois de cette salle nous avons pu très nette-
ment distinguer 80 figures, souvent recouvertes d'un glacis
stalagmitique et parfois masquées en partie par la stalag-
mite. Elles se décomposent ainsi : t9 aurochs, 11 animaux
indéterminés, 4 rennes, 4 équidés, 3 antilopes, 2 mam-
mouths, 7 signes divers.
Ces figures sont i)lacées à des hauteurs diverses sur
les parois, tantôt presque au ras du sol, laulùt à 2 mètres
environ de hauteur. Le mode d'exécution est très variable.
Tantôt ce sont des gravures franchement incisées dans la
pierre, telle une jolie tête d'antilope dont nous présentons
le cahjur. D'autres fois, la gravure est extrêmement fine,
FIGURES PEINTES A l'ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 121
peu profonde et indiquant une moins grande sûreté de
main que dans le cas précédent : telle la curieuse petite
figure de mammouth dont nous parlerons plus loin. Parfois
la fig'ure est circonscrite par une sorte de grattage de la
roche donnant un aspect de champlevé. Enfin les traits
gravés peuvent être recouverts par la peinture ou au con-
traire avoir été tracés par-dessus.
Cette peinture a été obtenue au moyen d'ocre rouge et
de noir de manganèse, dont on retrouve des gisements aux
environs. Elle a dû être préparée, avant l'emploi, par une
sorte de broyage grossier ou par décantation, ainsi que
M. Moissan l'a établi en examinant des parcelles de ces
couleurs qne nous lui avions soumises. Tantôt la couleur
est appliquée sous forme de traits rouges ou noirs circon-
scrivant un animal, tantôt sous forme de teintes plates jux-
tajjosées, parfois enfin les deux couleurs sont fondues et
donnent des teintes dégradées fort intéressantes.
Le premier mode de peinture au trait rouge a été mis en
œuvre pour une silhouette de la partie supérieure du corps
d'un animal dont la tête, très expressive dans sa simplicité,
semble représenter un équidé ou élan femelle, sans cornes
par conséquent. D'autres images au trait rouge silhouettent
de petits bisons. Les figures au trait noir donnant sim-
plement les contours de l'animal sont nombreuses. Quel-
ques grandes bêtes (1 mètre de longueur) peintes sur les
parois au milieu de la grande galerie (bison, cerf) sont
ainsi tracées.
Les teintes plates noires ont été employées, d'abord pour
un étrange animal qui semble se terminer de chaque côté
par une croupe, sans que nous ayons pu discerner la tête.
Une autre figure se rapporte à un équidé ou peut-être à une
antilope dont le tronc et les pattes sont bien figurés, mais
dont le cou est extraordinairement exagéré comme longueur.
Ceci peut tenir à ce que cet animal est peint dans le fond de
la grotte et se trouve ainsi sur la paroi d'une vraie fente où
122 FIGL"RES PEINTES A l'ÉPOOLE PALÉOLlTIJIniE
on ne le voit que très obliquement et par la partie posté-
rieure.
L'association (le la trravure, des Irails noirs circonscrivant
et (les teintes plates noires et rouges est très manifeste dans
FIGURES PEINTES A l'ÉPOQLE PALÉOLITHIQUE 123
le remarquable groupe des deux rennes affrontés dont nous
donnons ici la figure ^ (fig. 1).
Ces animaux sont soigneusement dessinés par un trait
net qui existe seul pour les tètes. En outre, celui de gauche
présente un g-rattage net de la roche sur le pourtour du dos ,
limité en dedans par un trait roug-e. Celui-ci est à son tour
bordé d'une large bande noire qui s'étale en se dégradant
sur le train de derrière de l'animai. Ses cornes sont noires
et traversent une ligne de huit points noirs bleuâtres.
L'autre renne a la partie supérieure des cornes rouge, les
andouillers frontaux plats et digités (si caractéristiques du
renne) peints en noir. Le tronc est barbouillé d'une teinte ocre
rouge dégradée. Le groupe mesure 2'" 10 de longueur sur
l'"30 de hauteur.
Le très remarquable bison de la figure 2 se trouve dans une
sorte de petit diverticule de 3 mètres de hauteur sur 2 '"50
de largeur et autant de profondeur existant dans la paroi
gauche de la grande salle. Il s'y trouve en compagnie de
12 autres bisons qui couvrent les parois et le plafond. Il
est très soigneusement dessiné au trait fin, peu profond
mais extrêmement habile. La teinte générale est brune,
obtenue parle mélange de l'ocre rouge et du noir; la houppe
du front est rouge. Il y a un peu de grattage au pourtour
du dos. Il mesure 1 mètre de longueur svir 60 centimètres
de hauteur. Le dessin en est fort correct, habile et sincère,
le mouvement de l'animal courant remarquablement rendu.
Toute cette figure est recouverte d'un glacis de stalagmite
à travers lequel on l'aperçoit.
La grande figure de bison (fig. 3) représente au contraire
un animal au repos, avec exagération de ses caractères,
due peut-être, en grande partie, à ce que la roche en ce
1. Celte photofiravure , comme les trois autres également reproduites
ci-après, a été exécutée daprès les pholographies , prises par notre ami
Monpillard, des peintures que nous présentons à l'Académie.
124
FIGURES PEINTES A L 'ÉPOQUE PALÉOLUmiQUE
point est fort irrég-ulière et forme vers le milieu du corps
une saillie très marquée. L'animal est soigneusement des-
o
— -1
sine au (rail, les pattes soiil Iraiircs avec une exactitude
rcmarqual)lc. Le pdiii-lour du dos, le hoid des eonu'S
FIGURES PEINTF:S A l'ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 12?)
montrent un grattag-e très net. Le contour du dos est indiqué
ci
3
a
c
a
-a
o
O
■p
il
o
3
bC
par un assez large trait noir. Entîn le corps est peint à
l'ocre rouge très habilement nuancée de brun ; le haut de la
126
FIGUBES PEINTES A L EPOQUE PALÉOLITHIQUE
tête est roug-e, le museau brun, les cornes noires. Il mesure
1 '"30 de longueur sur 1 '"23 de hauleur.
l'jilin la i)lus grande ligure est ccllr du l)(i\i(l('' représenté
l\'j;. i. Vnc large surface du rocher donnant des saillies qui
FIGURES PEINTES A i/ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 127
reproduisent à peu près la forme du corps d'un bœuf a été
circonscrite k la partie supérieure par un fort raclage, puis
entièrement barbouillée d'une teinte ocre roug-ebien nuancée,
plus foncée à la partie antérieure du corps de Tanimal dont
la tête est assez mal rendue. Sur le corps on peut voir deux
larges signes lectiformes peints à Tocre rouge presque pure
et qui ressemblent beaucoup à des figurations de huttes ou
de tentes. Sous le signe de gauche, recouvert par la pein-
ture, on peut apercevoir un très curieux petit mammouth
\-J
Figure 5. — ISIammoulh ^ravc sur l'abdomen du bovidé précédent.
30 centimètres de Umgueur sur 25 de bauleur.
dessiné très finement au trait (fig. T)) et montrant tous les
caractères de l'espèce : forme du front, défenses recourbées,
longs poils. Il mesure 30 centimètres de longueur sur 25 de
hauteur. I.a grande figure de bovidé mesure 2 '"70 de lon-
gueur sur 1 "^30 de hauteur.
Parmi les autres figures qu'on peut observer sur les
parois de cette grande salle, il y a toute une série de
bisons en rouge ou en noir, c'est l'animal le plus souvent
représenté; des antilopes; des rennes dont seules les têtes
sont visibles hors de la stalagmite, et enfin toute une série
128 FIGURES PEINTES A l'ÉPOoLE PALÉOLITHIQUE
de ces curieux signes tectiformes, ordinairement deux par
deux, soit gravés simplement, soit peints. Nous avons pu
en relever deux séries figurées avec quelques variantes.
Cinq, gravés, se rapprochent de ceux qui sont peints sur
l'abdomen du grand bovidé ; il v a seulement quelques
dissemblances dans les traits circonscrits par la figure trian-
gulaire qui conserve sa même forme générale. Deux autres,
peints à l'ocre rouge, au pointillé, sont un [)eu dilîérents. Ils
ressemblent ii une échelle qu'on aurait incurvée légèrement
à la partie médiane et sembh^nl avoii' de l'analogie avec
certains signes scalariformes signalés par Piette sur des os
irravés et même sur des galets coloriés.
Telles sont les figures les plus frappantes que nous avons
relevées jusqu'ici, mais nous dessinerons dans une prochaine
campagne toutes celles qui sont visibles sur les parois de
la grotte.
Nous nous abstiendrons de tout commentaire ; cependant
nous ferons remarquer que ces grottes étant dans une
obscurité complète, il a bien fallu (|ue U-s préhistoricpies
s'éclairassent. Ils ont pu y parvenir au inovcn de torches
ou de lampes, analogues à celle découveile par M. l»ivière
dans la irrotte de La Alouthe el (lui est composée d'un galet
creusé dans lequel de la graisse permettait d'imbiber une
mèche de mousse qui pouvait ainsi brûler, comme le font
les Esquimaux actuels avec des hmqx's send)lables. Si nous
ne trouvons jjas de traces des fumées préhistoriques que
devaient émettre ces divers moveus d'éclairage, c'est que,
comme nous la fait observer M. Moissan, l'illustre chimiste,
les charbons organiques ainsi produits s'oxvdent à 1 air et
disparaissent assez rapidemenl. Kn d'autres points, le
ruissellement a sulli pour produiic \v même elTet.
Ces étranges figures soulèvent bien d'autres problèmes.
Pourquoi ont-elles été exécutées"? A ce propos nous avons
dit sinqdemenl (|u"il pouvait s'agir là d'une pratique reli-
gieuse ou fétichique, que ces animaux pouvaient être consi-
FIGURES PEINTES A l'ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 129
dérés comme les équivalents des totems des sauvages
actuels.
M. Salomon Reinach, constatant que les animaux repré-
sentés sont des animaux utiles à riiomme et g-énéralement
g-ras et rebondis, a dit à la séance qu'il pourrait bien s'agir
là de représentations ayant pour luit d'aider magiquement
à la multiplication de ces animaux. A ce propos, il a rappelé
les fêtes des Australiens destinées à favoriser la multiplica-
tion des kanguroos dont ils ont besoin, et durant lesquelles,
couverts de peaux de ces animaux, ils décrivent, en des
danses spéciales, des ligures magiques sur le sol.
Quant à leur âge, toutes ces ligures, quoique paléoli-
thiques suivant toutes vraisemblances, ne sont peut-être
pas de la même époque exactement. Les belles peintures
nuancées pourraient bien être de la fin de l'époque mag-
dalénienne, donc un peu moins anciennes que celles des
Combarelles.
Quoiqu'il en soit, nous avons voulu sauver de la destruc-
tion ces précieux documents. Sur notre demande, M'"''Escla-
fer, propriétaire des terrains sur lesquels il faut cheminer
pour arrivera la grotte, et M. D^dmarès, propriétaire de la
grotte, ont bien voulu abandonner à l'Etal leurs droits de
propriété. Nous ne saurions assez les en remercier au nom
de tous les savants.
C'est en effet là un remarquable exemple de peintures
préhistoriques, les seules jusqu'ici aussi complètes qui
existent en France, les premières nettement démontrées^.
C'est pour cela que nous nous sommes permis de venir en
entretenir l'Académie et lui en montrer quelques spéci-
mens.
1. En effet les peintures d'Altamira ont été niées tant que nous n'avons
pas fait la démonstration avec celles de Font-dc-Gaume.
130
quelques observations au sujet des gravures
et des peintures de la grotte de font-de-gaume
(dordogne ) ,
PAI". M. E.-T. IIAMY, MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
I
C'est la troisième fois, depuis moins d'un an, (jne l'Aca-
démie est mise en présence de ces mystérieuses lif^ures,
gravées ou peintes dans les grottes de la Dordogne ou de la
Haute-Garonne et dont chaque nouvelle campagne de
fouilles vient augmenter le nombre.
Cette multiplicité est, sans contredit, une première
garantie de l'authenticité de découvertes que l'on avait
contestées au début : il est bien évident ({u'on ne recom-
mence pas sept ou huit fois la même contrefaçon!
Stimulés par les contradictions dont leurs découvertes
avaient d'abord été l'objet, les archéologues qui se vouent
à ces recherches très spéciales , ont multiplié les précau-
tions autour d'eux, et les observations actuelles sont vrai-
ment à i'abyi de tout reproche. Il est désormais bien établi
que les gravures et les peintures dont on retrouve les traces
sur les parois de certaines grottes du midi cK' la France et
du nord de 1 I^^spagne sont antérieures au dernier remplis-
sage de ces cavités, puisqu'elles se continuent au-dessous
du sol actut'l'. Il n'est [jus moins cei'hiiii (|ue les dépôts de
stalagmite, amassés en certains points, recouvrent bien les
contours de plusieurs ligures (pii sont, par conséquent,
antérieures à la forniiilion de ces concrétions-. Enfin, pour
les gravures, on est oldigé de l'eeonnaîlr»' (|u'elles ne sont
1. Cr. IJii. KivitTO, Lu (polie de Lu Mmilhe Dordogne) [Bull. Soc. d'An-
llirop.. 1' sciic. t. VIII. 1S97. p. 311).
2. Cf. Capilaii cl lii-t-uil, Graviirex p.ik'olil Indues sur les paroii de l:i
(jrolte des Comharelles [liull. el mém. Soc. d'AnUiniii., 1" série, l. III,
1902, p. J27).
PEINTURES DE LA GROTTE DE FONT-DE-GAUME 131
pas récentes k leurs bords effrités, à la couleur des inci-
sures qui est la même que celle du reste de la roche, etc.
Par contre, les recherches péniblement poursuivies dans
ces cavités si singulièrement décorées ont aussi montré que
les peintures y sont surtout abondantes et caractéristiques
à une grande distance de l'entrée, dans des couloirs obscurs
et d'un accès parfois bien diiïîcile. A La Mouthe , par
exemple, explorée par M. E. Rivière dès 18'.)o, les repré-
sentations d'animaux commencent à se montrer à 97 et
128 mètres de l'ouverture de la grotte K A Marsoulas, dont
nous parlait récemment M. Cartailhac, elles se trouvent,
pour une certaine part, dans des couloirs surbaissés que
l'on ne peut franchir qu'avec beaucoup de peine'-.
On ne réussit pas tout d'abord à comprendre pourquoi
nos artistes primitifs ont choisi de semblables emplacements
pour y accumuler toutes ces ligures compliquées. Ce
n'était évidemment pas dans un but décoratif qu ils s'im-
posaient un tel labeur, dans une obscurité profonde-''. Et je
ne puis me défendre de voir dans ces singulières pratiques,
que les Australiens du Queensland ont continuées j^resque
jusqu'à nos jours ^, la manifestation de quelque croyance
1. Id. ihicL, p. 305.
2. Ém. Cartailhac, Note sur les dessins préhistoriques de la grotte de
Marsouins [Compt. rend. Acad. inscrip. et belles-lettres, 1002, p. iso .
3. Ils s'éclairaient avec des lampes de pierre, dont on connaît au moins
trois exemplaires. Cf. E. Rivière, Les lampes préhistoriques en (/rès Bull,
et Méin. Soc. d'Anthrop. de Paris, V série, t. I, p. 67).
4. Cf. North Queensland Elhnography. Bull, n" i. mardi 1902. Games,
Sport and Amusements, by Walther E. Uotli. Brisbane, 1902, in-i°,p. 12. —
Ce savant ethnographe a constaté, en 1899, le.xistence à Chasm Island.dans
le golfe de Carpentaria, de cavernes oi'i se trouvent des dessins exécutés sur
un fond d'ocre rouge et d'autres tracés en esquisse sur la surface rocheuse.
Plusieurs des cavernes sont d'une élévation si liniilée que les dessins peints
sur les toits on tlie roofs) doivent avoir été exécutés par leurs auteurs
couchés sur leur dos Uijinr/ on their hack). M. Roth constate qu'il y a
dans ces cavernes de Chasm Island beaucoup plus de peintures found in
the roofs than on the sides. Les couleurs sont le rouge et le blanc; les ani-
maux figurés sont le dugon, le marsouin, des tortues, des lézards, des
requins, des holothuries, tous animaux que mangent les Noirs.
132 PEINTURES DE LA GROTTE DE F0NT-DE-GAU3IE
analogue à celles de certains peuples actuels, demi-civilisés
ou sauvages.
Je suppose que si nos troglodytes ont ainsi peint ou gravé
ces singulières images d'animaux, c'est avec l'assurance
que celui qui les a tracées a acquis par là même sur leurs
espèces une induence analogue à celle que possède le Blanc
devenu le maître de l'Indien dont il a pu faire le portrait.
Le choix des animaux représentés plaide singulièrement
en faveur de mon hypothèse. Tous les sujets, figurés à La
Mouthe,aux Conibarelles ou ailleurs, appartiennent, comme
l'ont remarqué MM. Gartailhac et S. Reinach, à des espèces
utiles à l'homme : mammouths, chevaux, bisons, bœufs,
antilopes, bouquetins, renne, élan, tous ces animaux four-
nissent de la viande, du cuir, de l'intestin , de l'ivoire, des
bois, de l'os, des tendons, c'est-à-dire la nourriture, le
vêtement, les matériaux de bon nombre d instruments
utiles.
D'autre part, jamais un animal malfaisant, ou que recom-
mandent seulement sa couleur, son chant, etc., n'a ici sa
place : on n'y voit ni oiseaux, ni reptiles; le serpent qui
joue un rôle si important chez tant de peuples primitifs fait
complètement défaut dans cette cllimxjraphie utilitaire.
Le troglodyte a fixé sur la roche, par le trait ou par la
couleur, l'image des animaux qui lui sont indispensables, de
la même façon que le Péruvien ou le Caraïbe modelaient
les figures de lamas, de bovidés, etc., qu'ils enfernuiient dans
la tombe pour servir à l'usage des défunts. Et pour
s'assurer plus complètement encore celte espèce de propriété
morale qu'il se figurait avoir conquise_, il enfernuiit les
précieuses figures au fond des grottes dont sa demeure
occupe constamment le \ cstibule.
PEINTURES DE LA GROTTE DE FONT-DE-GAUME 133
II
La grotte nouvelle, dont M. le docteur Capitan, en son
nom et en celui de M. l'abbé Breuil, nous fait connaître la
remarquable décoration, me paraît devoir appeler, à d'autres
ég-ards encore, l'attention de mes confrères.
Il me semble notamment qu'on y distingue, avec une
netteté particuUère, deux séries de représentations bien dif-
férentes. Ce sont d'une part, des figures gravées en creux
d'un trait net et sûr ; de l'autre, des peintures lourdes et
baveuses, cernées par une sorte de champlevé.
Un type bien caractéristique des monuments de la pre-
mière catégorie, c'est ce mammouth, aux curieux raccourcis,
que MM. Capitan et Breuil ont découvert, empâté dans la
couleur rouge qui couvre l'abdomen d'un grand bison ' . Ce
mammouth est tout à fait caractéristique, avec son haut front
montant tout droit, ses énormes défenses recourbées en
demi-cercle, sa fourrure à longs poils qui descend presque
jusqu'au sol. Il a été exécuté à petits coups de burin, incisés
avec une remarquable adresse.
La tête d'antilope indéterminée, le combat de rennes dont
le motif rappelle le fameux schiste gravé de la collection
de Vibra ve sont de la même école. Cette dernière œuvre
d'art offre certaines particularités intéressantes , que je
voudrais bien ne point passer sous silence. La sculpture
a été peinte, et, je crois pouvoir l'assurer, peinte par un
troglodyte qui n'avait jamais vu de renne et ne savait pas
ce qu'était cet animal disparu. Il a en effet colorié l'un des
deux combattants en noir et l'autre en rouge, au lieu de
leur donner la teinte véritable du pelage du renne, et
comme il ne pouvait plus suivre avec sûreté les contours
1. La couleur qui se voit ici nettement superposée à la sculpture,
recouvre franchement à Altamira plusieurs stalactites, d'après M. Ed.
Harlé [Bull. Soc. d'Anlhrop., i' série, t. VIII, 1897, p. 318).
134 LIVRES OfFKRIS
demi-elFacés des bois qu'il barbouillait dos mêmes couleurs
noire et rouge, il les a, sans plus de façon, terminés par
des bouts carrés qui ne rappellent en aucune façon les
andouillers du connis fnramlus.
Toutes les peintures de la grotte de Font-de-Gaume ne
sont pas aussi médiocres, et j"v ai tout de suite remarqué
une esquisse vivement enlevée, représentant un élan femelle,
dont le trait se renforce de-ci de-là par des appuis de pinceau
d'une réelle habileté. Les caractères spécifiques sont som-
mairement rendus, mais fort exacts.
J'appellerai encore, en terminant, laLlciiLion do mes con-
frères sur plusieurs signes observés déjà aux Combarelles
par MM. Capitan et Breuil ' et dont les plus nets sont peints
sur les (lancs du g-ros bison en relief. On serait tenté d'v
reconnaître la représentation dune tente, d'une hutte, d'une
élable peut-être. L'une de ces figures se termine en haut
par une série de traits divergents tpii rappellent les longues
perches qui sortent par le sommet entrouvert des tentes
des Peaux-Rouges do la Grande Prairie; d'autres offrent
une certaine analogie avec les huttes dond-soutorraines à
poutre centrale, (pii sont encore en usage dans certaines
contrées de l'Europe orientale.
l.lMtl-:^ ()FI-i:i{TS
I>e Si:<;ui:TAiiŒ i'i;iu»t;Ti;EL dépose sur K' hiircMU la 2'' pailie du
C.ilnloffue (les i\isps pcinix île la Hiblinthri/iir nnlionnic, par M. A. do
Hiddcr, profi'sseiir à la l'acidU' des Icllrcs d'Aix : Vasoa ;) /i(fiires
roiii/os et (II' flrcidencr, accompagnée de 23 planches en simili et de
1. Op. cil .. p. 53 1,
Livres offerts 13S
100 dessins dans le texte (par MM. Devillard et S. de Fonseca).
Ouvrage public par la Bibliothèque nationale, avec le concours du
Ministère de l'instruction publicpie et des beaux-arts et de TAcadé-
niie des inscriptions et belles-lettres (Fondation Plot), Paris, 1902,
in-4o.
Le Secrétaire perpétuel offre, en outre, au nom des auteurs,, les
ouvrages suivants :
1° La légende anglaise de Jeanne « visionnaire, renégate, parjure »,
de 1 iSt à 1903, étude préliminaire, par M. le chanoine Ph.-ll.
Dunand (Paris et Toulouse, 1903, in-S») : « étude, dit-il, qui vient à
point au moment où l'on est à la veille de prendre à la Cour de Rome
une décision dans le procès de la béatification de Jeanne d'Arc »>.
2» Au nom de M. le D'' Michel de Zmigrodzki, de Cracovie, un
mémoire sur la primitive religion (Cracovie, 1902, in-S").
M. Emile Picot a la parole pour un hommage :
(( J'ai l'honneur d'offrir à 1" Académie, de la part de M. Hugues
Vaganay, bibliothécaire des Facultés catholiques de Lyon, un volume
intitulé : Le Sonnet en Italie et en France au A'V7° siècle, essai de
bibliographie comparée (Lyon, 1902-1903, in-80) :
« L'auteur a patiemment noté, je ne dis pas tous les ouvra o-es, --
car en pareille matière il est impossible d'être complet, — mais la
plupart des ouvrages qui renferment des sonnets italiens et français.
Son livre contient un dépouillement des grands recueils de poésies
du xvi« siècle. 11 est complété par des tables qui seront extrêmement
utiles à tous ceux qui étudient l'histoire littéraire. »
M. Léopold Delisle offre, au nom de l'auteur, un opuscule intitulé :
Autour des origines du suaire de Lireij, par le chanoine Ulysse
Chevalier (Paris, 1903, in-8») :
« Notre correspondant résume l'état de la question et publie plu-
sieurs textes récemment découverts au Vatican et s'accordant de
tout point avec la thèse qu'il a précédemment soutenue. »
J903. j„
SÉANCE DU 27 iMARS
M. Ingoult, de Cherbour-,', dans une lettre qu'il adresse au
Secrétaire perpétuel, cite, à propos des publications sur le suaire
de Turin et sur le suaire de Lirey, quelques textes évangéliques
relatifs à lembaumement du (Christ.
Le Président annonce que M. Collignon est disposé à se
rendre en Grèce, pour assister à rinauyuratiou du Musée de
Delphes.
L'Académie le cliar^^e de la représenter.
M. CoixiGiNON accepte, en disant toutel'ois que la date de la
cérémonie n'étant pas fixée, il ne peut accepter que sous toute
réserve.
M. Théodore Reinach fait une communication sur le papyrus,
récemment découvert, des Perses de Timolhée. Ce papyrus,
recueilli dans une tombe du iV siècle avant J.-C. à .Vbousir
(l'ancienne Busiris), faubourg de Memphis, paraît être le plus
ancien manuscrit, actuellement connu, dune (l'uvre littéraire
grecque. ^L de W'ilamowitz, qui la étudié et publié, 1 altril)ue,
au plus tard, à l'époque d'Alexandre le tirand. L'écriture en est
toute semblable à celle des inscriptions contemporaines.
Le manuscrit est incomplet; le début du poème, dont les
auteurs nous ont conservé trois vers, mautjuc Quand le texte
commence ou plutôt devient déchiirrable, laclion — la bataille
de Salamine — est engagée. Le poète la décrit comme s'il s'agis-
sait d'une bataille de son temps , sans souci des anachronismes.
Ce récit, où pas un nom propre n'est prononcé — pas même
celui d'.\thènes ou de Xerxès — est très haut en couleur; le
style foisonne de composés nouveaux et de métaphores hardies,
tantôt heureuses, tantôt bizarres. .V plusieurs reprises la narra-
tion s'arrête pour faire place à des discours épisodiques : plainte
ô\\n riche Perse tombé à l'eauqui menace la merde la vengeance
SÉANCE DU 27 MARS 1903 137
de sou maître, chœur des naufragés invoquant la patrie absente,
supplications d"un Phrygien qui implore la clémence du vain-
queur dans un langage intentionnellement semé de barbarismes
et de solécismes, comparable à du <« petit nègre » ou au « pidgin-
english » des Chinois. Le récit s'achève par le tableau de la
déroute de la flotte barbare, les lamentations du Grand Roi qui
ordonne de brûler les tentes et de sauver les trésors, enfin la
joie des vainqueurs qui dansent autour d'un trophée. Dans l'épi-
logue, qui a un caractère plus personnel, ïimolhée se justifie de
ses innovations musicales, que critiquaient les Spartiates ; il se
réclame d'illustres précédents : Orphée, Terpandre, auquel, pour
les besoins de la cause, il attribue l'invention de la lyre à dix
cordes :
VÎÎV 0£ T'.ULOÔîOÇ [J-ïTOOtÇ
OTiTau^iôv TToXûuavov o(-
;aç Moudav OaXaasuxôv.
Mt'ÀYiTOÇ oà TTÔXtÇ V'.V 7.
Opé'j/a'i', y. O'jcoo£/.3CT£'.-
yioç Xaou ttowtîo; âç Ayaûov.
En terminant, le poète appelle la bénédiction d'Apollon sur la
ville — probablement Milet — où il déclamait ou plutôt chantait
son poème.
Plusieurs indices permettent de fixer vers l'an 400 la date de
la première exécution des Perses. Timothée avait alors environ
cinquante ans, et passait pour le maître incontesté du nome
citharodique, qui\ avait transformé. Malgré l'absence regrettable
de toute indication mélodique, la découverte de ce lihrelto
célèbre apporte un enrichissement précieux à notre connaissance
de la poésie lyrique des Grecs; c'est tout un chapitre de l'his-
toire littéraire, et non Vies moins curieux, [qui sort de la tombe
d'Abousir.
MM. Bréal et Ghoiset présentent quelques observations sur
l'écriture et sur le style de ce morceau.
,
138 SÉANCE Dr 27 mars 1903
M. l'Emile Rivière fait une communication sur une très curieuse
découverte faite dans une sjiblière de Paris. Il s'ayit de plusieurs
fosses creusées dans le sol à diverses profondeurs, mais toutes
pénétrant la couche sableuse sur une épaisseur atteignant par-
fois 75 à 80 centimètres. Plusieurs d'entre elles renfermaient des
ossements humains brûlés et pour ainsi dire broyés, mais réunis
soit dans un vase en terre noire et mêlés à des matières charbon-
neuses, soit en un seul et même amas, mais vases ou amas sont
dans chacune de ces fosses ou poches, recouverts par une pierre
plate de plus ou moins grande dimension. Ces fosses renferment en
plus: 1'^ nombre de fraj;ments de poteries romaines, les unes noires,
les autres rouges avec dessins en relief (poteries dites samiennes) ;
•J" des fragments nombreux aussi de legul.x' romaines à rebords;
3" des ossements d'animaux portant gravés, — fait extrêment
curieux, voire même unique d'après MM. Héron de ^'illefosse
et S. Reinach, — des cliilfres romains presque toujours les
mêmes, V. X. I. Quelques fragments de tuiles romaines portent
également soit lun ou l'autre de ces chiflres, parfois même deux
chilfres réunis, soit quelquefois aussi une lettre, la lettre A.
M. Rivière a fait ouvrir la semaine dernière une de ces fosses
en sa présence et a pu ainsi constater l'autiienticité des pièces
qu'il présente à l'Académie, quelques-unes d'entre elles ayant été
recueillies en place par lui-même. Continuant chaque jour ses
recherches dans ladite sablière, il tiendra l'Académie au courant
des nouvelles découvertes qui pourraient êti'e faites dans cet
emplacement \
M. S. RiiiNAcu présente à ce sujet quelques observations.
M. D. Serruys, ancien membre de ll'^cole de Rome, com-
munique à r.Vcadémie un système de métrique verbale appliquée
à l'étude des mètres lyriques. 11 montre que la méthode de la
rythmique abstraite élaborée depuis Roeckh jusqu'à Weslphal a
eu pour résultat d'enlever à une strophe de Pindare, comme à un
ch(eur de Sophocle, tout caractère métrique.
Les œuvres lyriques apparaissent en fonction du système de
Roeckh, .1.-11. Schmidt et \\'esf]ili;tl. non i)oiiit comme des
1 . \'iiir ci-ii|)i'ès.
SÉANCE DU 27 MARS 1903 139
ensembles de vers dont l'étendue respective et dont les corres-
pondances strophiques sont intelligibles par le seul examen du
texte, mais comme des proses rythmées où l'élément musical
créait toutes les subdivisions et tous les groupements, en sorte
que l'eurythmie du morceau n'était vraiment perceptible que
par l'audition ou l'étude de la partition musicale, ou du moins
par la reconstruction pénible et souvent arbitraii^e d'un schéma
métrique.
M. Serruys détaille les difficultés de cette méthode et constate
qu'elle est la défaite de la métrique verbale et la substitution à
celle-ci d'un élément plus souple mais plus incertain, qui s'appelle
la rythmique abstraite.
L'erreur provient de l'assimilation du xwXov rythmique au
xtôXov métrique. Ce dernier, dans un ensemble où il est relié à
d'autres éléments, est par principe ditTérent de l'élément ryth-
mique abstrait, puisque le lien métrique entre deux séries diffé-
rentes ne peut être créé que par l'empiétement de l'une sur
l'autre, par l'anticipation ou le retard de la césure métrique sur
les limites absti^aites des xwXa rythmiques, c'est-à-dire par une
altération de leur étendue respective.
Ce principe qui se A'érifie dans les vers de la poésie récitée,
est complété dans la métrique lyrique par un autre principe
qu'on pourrait appeler la relativité des coupes.
Dans un vers boeckhien tel que :
- (ju - ou — - u — - UL; - UKj -
le poète pouvait grouper les différents éléments d'après des com-
binaisons diverses, mais chacun de ces groupements était soumis
à des lois particulières et rigoureuses.
1. Il pouvait par exemple créer deux fois le renversement du
rythme et relier ainsi entre elles les trois unités.
Ex. 01. 111, 14:
"IcîTpou aTTO ax'.apav Tiayav 'évsyxev 'A[j.ï.iTputovtaoaç
- Ou - ou - — o - o -uo - Oo-
140 SÉANCE Df 27 MARS 1903
2. Il pouvait au contraire isoler le premier élément et relier les
deux autres par une césure particulière enjambant sur le troi-
sième.
Ex. 01. VII, 25 :
[j-arpôOev 'A<7Tuôaaet'a; • 'Au.cpl o'xvOpw-'ov cppô^lv aaxXaxiat
- uu - uo — Il -o I <-"^> - i^l' ~
3. Il i)onvait aussi, en isolant le dernier, réunir les deux pre-
miers :
Ex. 01. III, 21 :
xai ixEyaXov àéOÀwv â^v/v xçi'c.v xx; zsvTasTYipio 'àa-/
- uu - K)U - I --u- Il u>>- u<; -
Enfindeux autres procédés lui étaient permis dont le caractère
commun est d'appuyer l'épitrite jj.ir l' enjambement de deux
syllabes au lieu d'une seule.
i. Ex. Pyth. IV, 248. :
oT[i.ov ViafA'. |3cx/ûv 'TzoXkoiGi S'ayTjy.a'. TO-^iaç erÉpoiç
- (M> - OO - Il U I UO - I \J\J -
.5. Ex. 01. VII, 31 ;
TÔtÇ 0£ TTOTE /(^O^OC, o'.XtTTr.p /oXo)0£lÇ " X'. 0£ '^pSVWV TXpa/aî
u<j - >_n^>
Ces deux formes, pour être plus rares n'en sont p;is moins
régulières parce que les coupes principales y sont accomj)agnées
de coupes subsidiaires ohliç/aloires.
Il r;iut lemarquer que chacune des formes binaires résultant
du f^rnupement des xwXx est soumise aux lois qui régiraient le
niéinc groupe formnnl une pério'dc isolée. Elles se retrouvent en
ellet isolées N' 1, - Ol. \I,3; .\II,ep. 1 ; Pylh. 111,7; Nem.X,
ep. i: Islh. I, I,etc.; — N"2, = 01. XI, 2; XII, I, ep. 5; XII,
SÉANCE DU 27 MARS 1903 141
ep. 2; Pyth.III, t.ep. 1 : IV, I , etc. ; — V 3, = 01. VIII, 4; VIII,
ep. 3; Pyth.XII,7; Isth. I, '2, etc. — N° 4, = Nem. I, 2, 4; V, 5;
Isth. I, 4, etc. — N°5, cf. 11° 1.
M. Serruys fait le relevé de tous les exemples du A'ers
boeckhien qu'il étudie. Tous se ramènent aux cinq types énumé-
rés. Seuls font exception un certain nombre de vers où appa-
raissent des mots de la forme o ou inversement u , de la
forme <j o ou inversement uu . On sait que même dans
les vers récités, l'apparition de ces formes dispense de toute
césure. L'irrégularité apparente de Pyth. IV, 133, s'explique par
l'élision 01. III, 16, corr. OepaTrovr' àXoywç.
M. Serruys prouve l'existence de coupes analogues et non
moins rigoureuses dans le vers :
et dans le vers
ou - u< > \>
- yjKt - « lO -
Cette analyse permet de concevoir la période rythmique
comme un ensemble oiJ le poète pouvait créer des répartitions
variées mais toutes régulières. Et comme ces divisions diffé-
rentes d'une même période apparaissent de strophe à strophe et
même de strophe à antistrophe, la période, dont la musique
sans doute demeurait invariable, acquérait, par le changement de
la déclamation, une variété d'etTets souvent heureux.
Grâce à la reconnaissance des coupes verbales, la strophe de
Pindare devient aussi intelligible à la lecture que n'importe
quel vers récité, puisque les éléments se conditionnent de proche
en proche.
M. Sarruys prouve encore que l'identité des coupes est un
indice de l'équivalence des mesures. Il assimile de cette manière
l'ionique et le choriambe au ditrochée et à son substitut l'épitrite,
et, remarquant que la tripodée dactylique peut être résolue en
un choriambe et en un ionique, il se demande si la prétendue
pentapodie dactylo-épitrique est autre chose que la succession
de 3 pieds de 6 temps, où le mouvement de 6/8 est alterné avec
le mouvement de 3/4.
142 DÉCOUVERTES GALLO-ROMAINES FAITES A PARIS
L'étude de l'élément verbal conduit ainsi à préciser la division
des périodes, l'équivalence des mesures et même la nature des
mouvements.
Ce procédé donne des résultats analogues, si on l'applique
par exemple, à Tétude des péons unis aux trochées dans la
deuxième Olympique. Il s'applique sans doute à la plupart des
genres de la composition lyrique.
COMMUNICATION
DÉCOUVERTES GALLO-ROMAINES FAITES A PARIS,
PAR M. EMILE RIVIÈRE
SOUS-DIRECTEUR ADJOINT DE LAHORATOIHK AU COLLÈGE DE FRANCE
I
Étudiant, de nouveau, depuis près d'un an, au double
point de vue paléontologique et préhistorique, les sablières
quaternaires de Paris et de sa banlieue, je suivais, en ces
derniers temps, l'une d'entre elles notamment, située dans
Paris, au quartier Saint-Lambert (rue du Hameau, n°8), et
récemment ouverte à l'exploitation.
Mais rien de bien intéressant n'y avait encore été trouvé,
soit comme ossements d'animaux fossiles, soit comme silex
taillés, lorsque, le lundi 2.'{ lévrier dernier, j'appris, en y
arriv.'int, (jue l'avant-veille les ouvriers avaient misa décou-
vert et i'ouillé une sorte de grande fosse, creusée jusque
dans le sable, contenant un certain nombre de fragments
de poteries romaines, les unes noires , les autres rouges,
des morceaux de teyulie et, pièce principale, un vase funé-
DÉCOUVERTES GALLO-ROMAINES FAITES A PARIS 143
raire entier, rempli d'ossements humains broyés et brûlés,
mêlés à des matières charbonneuses.
Comme le chef du chantier avait soin, conformément à
mes instructions et avec l'autorisation du propriétaire du
terrain, de mettre de côté chaque semaine à mon intention
tout ce qu'il trouvait, je pus reconnaître immédiatement
qu'il s'agissait d'une tombe gallo-romaine, d'une sépulture
à incinération.
Pensant que cette fosse n'était pas unique, je donnai des
indications précises pour le cas où de nouvelles découvertes
auraient lieu, et retournai à la sablière du Hameau le sur-
lendemain 25 février. Bien m'en prit : une nouvelle fosse
avait été trouvée la veille, vidée immédiatement, et tout ce
qu'elle renfermait avait été mis également de côté k mon
intention. Dès lors, chaque jour de la semaine, je me ren-
dis à la carrière, recherchant moi-même avec soin tous les
débris de vases et d'os qui auraient échappé aux ouvriers
ou que le temps ne leur aurait pas permis de recueillir.
Une troisième fosse , mais beaucoup plus petite celle-là,
fut mise à découvert la semaine suivante. Elle ne renfer-
mait que fort peu de chose.
Enfin, l'existence d'une quatrième fosse ayant été
reconnue par les ouvriers, j'obtins qu'elle ne fût ouverte
qu'en ma présence, afin de pouvoir me rendre un compte
absolument exact de sa disposition et de ce que j'appellerai
son mobilier. J'y tenais d'autant plus que certains objets,
trouvés les premiers jours, m'avaient quelque peu étonné.
Ils ont paru aussi à M. Héron de Villefosse ainsi qu'à
M. Salomon Reinach, à qui je les ai soumis le 13 de ce
mois, constituer un fait fort curieux, voire même tout à fait
nouveau.
Cette quatrième fosse, reconnue le 17 mars, a été ouverte
le lendemain 18; des pièces analogues y ont été également
trouvées et recueillies en place par moi-même. Leur pré-
sence dans un sol non remanié depuis l'époque où ils y ont
14i découvf:rtes (iallo-romaines faitf:s a paris
été placés est venue confirmer rauthenticilé des premières
trouvailles.
Quatre fosses ont donc été découvertes et fouillées dans
la sablière du Hameau, du 21 février au 18 mars, ainsi que
deux petites poches dont je parlerai tout à l'heure et qui
renfermaient aussi, Tune et l'autre, des ossements humains
également broyés et plus ou moins brûlés et craquelés.
II
Ces quatre fosses, que je désignerai par les numéros 1,
2, 3 et 4, d'après l'ordre dans lequel elles ont été mises à
découvert, sont de forme et de dimensions différentes.
A. — La fosse n° 1 , la première trouvée, est la plus
éloignée de la porte d'entrée de la carrière (7o à 80 mètres
environ). Sa longueur est de 1 "'70, sa largeur de 0 '"82, elle
a été creusée dans le sable sur une profondeur de 0 "' 50
environ. Le fond de la fosse, sur lequel reposait l'objet
principal (jui y a été découvert, se trouve, par suite, à
1 "'00 de la surface actuelle du sol, puis({ue l'épaisseur des
terres recouvrant la couche sableuse est à peu près de
1 '"40.
Cet objet principal est un bi'au vase funéraire gallo-
romain enterre noire assez fine, haut de 0"' 12, dont 1 ou-
verture mesure 0"'20 de diamètre et le lond 0"'()7. 11
était rempli d'ossements humains, plus ou moins brûlés,
comme le démontrent leurs nombreuses craquelures, et
pour ainsi dire broyés très menu. Néanmoins il ma été
facile de reconnaître parmi eux un cci'Iaiii nombre de
morceaux (h- crâne, l'extrémilt' inlrricure d un petit cubitus,
avec son apoj)hyse styloïde, des fragments de côtes, etc.,
toutes pièces provenant d'un très jeune sujet et mêlées à
de la cendre, à des matières charbonneuses et à une terre
très sableuse. Un petit morceau de crâne offre une colora-
DÉCOL VERTES GALLO-ROMAINES FAITES A PARIS 145
tion verte très prononcée, comme s'il avait été en contact
avec du cuivre ou du ])ronze. Cependant aucun objet de
métal n'a été trouvé dans cette fosse, non plus, pour le
dire tout de suite, que dans aucune des autres fosses ni dans
le sol environnant, du moins d'après ce qu'on m'a affirmé.
Je dois ajouter que plusieurs des petits ossements
humains présentent des traits, qui, au premier abord, sem-
bleraient avoir été gravés. Mais ces pseudo-entailles sont
le résultat à la fois des chocs multiples que ces os ont
reçus pour être plus ou moins broyés, et du feu qui les a
fait éclater en partie.
Si j'insiste sur ce fait, c'est en raison même de la série
d'ossements , g-ravés cette fois intentionnellement , tous
ossements d'animaux différents, que je tiens vivement à
soumettre à l'examen de l'Académie et qui constituent la
particularité vraiment curieuse des découvertes de la
sablière du Hameau.
Ce vase funéraire, qui fut brisé en de nombreux morceaux
dans les travaux de fouille, mais que je suis parvenu à
reconstituer presque en entier, reposait immédiatement sur
le sable et était recouvert par une pierre plate rectang-ulaire,
plus grande que le vase lui-même. Une seconde pierre plate
a été rencontrée un peu plus loin dans cette même fosse.
Enfin dans la terre mélangée de sable qui remplissait la
fosse, les ouvriers ont trouvé et m'ont remis :
1" De nombreux morceaux d'autres poteries romaines,
notamment : a) La moitié d'une jolie petite coupe, d'un
très beau rouge, sans aucune ornementation, mais avec, à
l'intérieur, sa marque de potier PVGNIM ; elle mesure 0"^ 036
de hauteur; h) un fragment de vase de même couleur, d'assez
grandes dimensions, et dont la face externe est ornée de
dessins en relief représentant une série de personnages
séparés les uns des autres par des palmiers, lesquels sont
surmontés de petits médaillons avec une sorte de cigogne
au centre. Ces deux poteries sont de celles qu'on désigne
généralement sous le nom de samiennes.
146 DÉCOUVERTES GALLO-ROMAINES FAITES A PAKIS
2" Plusieurs frag-nients de tefjulse romaines, brisées et
sans marque aucune.
3" Quelques os d'animaux trouvés çà et là, que j'avais
emportés, à seule fin de déterminer les espèces dont ils
provenaient. Or, quelle ne fut pas ma surprise , lorstfu'a-
près les avoir nettoyés, j'aperçus, sur /rois d'entre eux,
des traits gravés très distinctement, qui représentaient des
chiffres romains. Le premier est une apophyse transverse de
vertèbre lombaire de bovidé, portant le chiffre V répété
deux fois sur la même face de l'os, Tun droit, l'autre renversé
VA; le second frag-ment d'os sur lequel on lit le chiffre
VI est indéterminable; le troisième enfin est un métatarsien
de jeune porcin [Sus scrofa) présentant sur lune de ses
faces des chiffres dits en miroir (HIV) (jui. retournés,
forment le nombre 8; sur l'autre, le nombre XX.
Assez intrigué par cette trouvaille, car je n'en connaissais
pas d'analog-ue, j'attendis, pour consulter à son sujet
MM. Héron de Villefosse et Salomon Reinach, la décou-
verte d'autres pièces semblables, s'il en existait encore dans
la sablière.
B. — La seconde fosse a été reconnue et fouillée le
25 février , soit quatre jours après l'ouverture de la pre-
mière. Elle est située à 6 '"90 en avant de la fosse n" 1 et à
droite. Sa forme est irrégulièrement oblong-ue. Sa long^ueur
est de 2 '"20, sa larg^eur de I '"20 et sa profondeur dans le
sable de 0"'(S0. Elle était également remplie d'une terre
sableuse. Les ouvriers y ont ramassé :
1° De nombreux nu)rceaux de poteries romaines noires et
trois morceaux de poteries roug'cs, ég'alement saniiennes.
mais sans caractère particulier;
2" Un curieux vase romain aussi en terre noire,
malheureusement brisé en un gn-and nombre de frag'uients
et alfectant la forme d'une grande bouteille, dont la hauteur
ne me paraît pas devoir être moindre de 45 à 50 centi-
mètres, bien que je n'aie pu la reconstituer qu'en partie et
BÉCOLVERTKS GALLO-ROMALNES FAITES A l'ARlS 1 47
avec la plus grande peine, vu le nombre de morceaux per-
dus ou brovés dans le travail des fouilles. Le col est de
0'"20 de longueur environ (il n'est pas entier) et son dia-
mètre le plus petit est de 0'"03; quant au fond (entier), son
diamètre est de 0 '" 09 ;
3° Une sorte de petite coupe également en terre noire,
mais beaucoup plus fine que celle de la bouteille, et presque
entière; le bord, presque seul, fait défaut; son plus grand
diamètre mesure 1 1 centimètres ;
i^ Quatre fonds de vase de même terre, plus un certain
nombre de bords d'autres vases tous noirs aussi;
5° De nombreux morceaux de tegulse romaines brisées i,
sans aucune marque non plus de potier, mais l'une d'elles
porte le chiffre XI, très bien gravé et, sur un morceau de
brique de la même époque, on remarque le chiffre V déjà
signalé sur les ossements de la fosse n" 1;
Ô'» Enfin, dans cette même fosse ou dans la terre l'envi-
ronnant, plusieurs os gravés ont été trouvés et recueillis, à
savoir : l'extrémité inférieure d'un tibia gauche de che-
vreuil [Cervus capreolus), longue de 0'" 10 et. présentant les
chiffres X et L ; u;i fragment de côte de ruminant, long de
0'"103, portant le chiffre V; un second fragment de côte
avec partie de son extrémité postérieure, sur lequel on lit
le chifTreX; deux fragments de diaphyses osseuses, fendues
longitudinalement; sur l'une d'elles on reconnaît d'abord le
nombre VI, puis le signe A; sur l'autre (fîg. 14), on aper-
çoit Il et un peu plus loin le signe >.
G. — La troisième fosse a été mise à découvert dans les
premiers jours de ce mois (mars 1903). N'en ayant pas été
averti, je n'ai pas pu assister à la fouille qui j a été faite.
Située à 6 "' 40 en avant et à droite aussi de la fosse n'' 1 ,
elle se trouve au delà de la fosse n° 2, dont elle est distante
seulement de 0™ 50 environ. Elle est toute petite, relati-
l. 11 n'en a été tronvé, jusqu'à ce jour, aucune qui soit entière.
148 DÉCOUVERTES GALLO-ROMAINES FAITES A PARIS
vement aux deux premières (l"'Ori de longueur sur 0"'')n
de largeur) , elle est creusée très peu profondément dans le
sable (0'" 28).
Cette fosse n'a donné que trois ou quatre petits bouts
d"os brûlés, des morceaux de poteries noires, deux petits
morceaux de poteries rouges et quelques fragments de tuiles
romaines ; le tout sans caractère particulier.
D. — Quant à la quatrième fosse, la dernière dont il me
reste à parler, elle a été, pour moi du moins, la plus inté-
ressante en ce sens que, prévenu de sa découverte assez à
temps, comme je l'ai dit tout à l'heure, j'ai pu assister à sa
fouille complète,
Elle est située à 10 "'80 de la fosse n" 1, à droite aussi,
et à 10 '"30 de la fosse n" 3. Sa forme est presque rectan-
gulaire, ses dimensions sont de 1 "' 58 de longueur sur l'"42
de largeur.
Elle est creusée dans le sable sur une profondeur de 0 "' i 1 .
Elle était remplie, comme les trois premières, d'un mélange
de terre et de sable. La présence de ce dernier lui donne,
comme dans les autres fosses, un aspect jaunâtre.
Ici, de même que dans les fosses 2 et 3, pas de vase funé-
raire renfermant des ossements humains plus ou moins
incinérés et brisés ou broyés, bien que j'y aie trouvé deux
pierres plates en calcaire grossier, analogues, quoique plus
petites, à celle qui recouvrait le vase funéraire de la fosse
n° 1.
Je n'ai trouvé ici non plus aucun vase romain louge ou
noir, même brisé, mais seulement de petits fragments de
poteries noires, et encore très peu nombreux.
Par contre, j'y ai recueilli, moi-même et en place, de
telle sorte que je ne saurais avoir cli' doute sur leur con-
temporanéité avec les poteries romaines :
1° L'extrémité supérieure du tiiùa droit (avec son extré-
mité articulaire] mesurant ()"'(IS."> de longueur, d'un jeune
chevreuil {Cervus capreoUis), profondément gravée du chill'rc
X sur luiic (les l'nces di' 1 os ;
DÉCOUVERTES GALLO-ROMAINES FAITES A PARIS 149
2° Un fragment de diaphyse osseuse, en partie fendu
par un trait de scie longitudinal, long de 0'"U93, et
portant gravés sur sa face externe, non plus des chiffres ou
des lettres, mais des traits en zigzag formant des chevrons
irréguliers, qui occupent presque toute la longueur de l'os;
3° Deux petits fragments de briques rouges, longs tous
les deux de 0"'0o et tous deux portant la même marque,
le chiffre XI très profondément gravé aussi ;
4" Un certain nombre de morceaux de tegulœ; sur Tune
de celles-ci, j'ai trouvé, gravée, assez superficiellement et
tout près du rebord, la lettre A. Ce n'est pas une marque
de potier, car elle a été gravée postérieurement à la fabri-
cation de la tuile.
Tel était le contenu de la fosse n'' 4, qui a été entière-
ment vidée en ma présence, je le répète, et dont la terre
sableuse a été revue par moi avec le plus grand soin après
son extraction, afin que rien de ce que cette fosse renfer-
mait ne m'échappât.
En dehors de ces quatre fosses, les ouvriers ont décou-
vertdeux petites poches creusées non plus dans le sable, mais
dans la terre seule et à peu près jusqu'au niveau de la couche
sableuse que, cependant, elles n'ont pas entamée, poches,
qui, toutes deux peuvent être regardées comme funéraires.
En effet, chacune d'elles renfermait, ainsi que j'ai pu le
constater de visu, un petit amas d'os broyés, extrêmement
menus, craquelés et brûlés, absolument comme ceux qui
étaient renfermés dans le vase funéraire de la fosse n" 1.
Mais ils étaient à même le sol et mêlés à quelques rares
matières charbonneuses. Chacun de ces amas était aussi
recouvert : l'un d'une pierre plate, sorte de dalle de grandes
dimensions (0'"63 de longueur, sur 0"^42 de largeur et
0"' 13 d'épaisseur), l'autre de deux pierres plus petites.
Dans ces deux poches, situées à 3 '"50 environ l'une de
l'autre et à 3 mètres l'une, 2'"90 l'autre de la fosse n° 4, des
fragments de poteries noires et rouges, tous très petits, ont
150 DÉCOUVERTES GALLO-ROMAINES FAITES A PARIS
été rencontrés ainsi que des fragments de tegulœ. Sur l'un
de ces derniers, il semble quon aperçoive, g-ravés près du
rebord de la tuile, un nouveau chilFre en miroir, un cinq
renversé (A) et la lettre P, mais celle-ci est tellement fruste
(jue je n'oserais pas Tairirmer.
Je dois ajouter que, en dehors de ces fosses, soit dans la
terre arable, soit dans la terre des dites fosses, réexaminée
avec soin, plusieurs autres os d'animaux gravés de chiffres
ont été trouvés, savoir :
1" Un os iliaque droit de chevreuil [Cervus capreoliis)
portant, sur la face externe de la cavité cotyloïde les chiffres
VI, puis I ; l'outil en gravant le V a même perforé l'os,
d'ailleurs toujours très mince en cet endroit, et a pénétré
dans ladite cavité cotvloïde ;
2° Un fragment de diaphyse d'os long présentant le
chllfre V;
.3" Un fragment d'os du bassin d'un grand ruminant
(probablement un bovidé), sur lequel on remarque un V et
le signe > .
On a également trouvé, près de la fosse n° 1, une sorte
de poids de fdet en pierre calcaire, assez tendre, de forme
ovoïde et percée d'un trou de suspension, près de son extré-
mité la plus petite, ainsi qu'un petit cube de pierre dure
dont une des faces est usée comme s'il avait servi de
meule.
Quehfues morceaux d amphore aux bords épais ont aussi
été ramassés en divers endroits dans la terre surmontant la
couche de sable.
Je dirai enfin, de façon à être aussi conqjlet que possible,
(jue le sol renfermait, à une faible profondeur, (piolques
morceaux de poteries vernissées du moyen âge, ainsi qu'un
bord de vase du xin*= siècle, orné de (piel(|ues-unes de ces
larges lignes rouges qu'on remarque sur certaines poteries
funéraires de cette époque.
En résumé, en plus de (pieh^ues vases gallo-romains
LIVRES OFFERTS 151
plus OU moins entiers, trouvés jusqu'à présent dans la
sablière du Hameau, les morceaux de poteries que j'y ai
recueillis (bords et fonds de vases) proviennent d'une cin-
quantaine de pots différents, tous aussi gallo-romains.
Telles sont les découvertes que j'ai faites à Paris, du
21 février 1903 à ce jour 27 mars, dans la sablière de la rue
du Hameau, qui me paraissent y démontrer l'existence
d'une nécropole g-allo-ï^omaine à incinération et que j'ai
l'honneur de soumettre à l'Académie.
LIVRES OFFERTS
Le Président souhaite la bienvenue à M. Murray, corresp'ondant
de l'Institut, qui assiste à la séance, et ofTre, en son nom, à l'Aca-
démie son ouvrage sui- les sculptures du Parthénon : The aculptures
of the Parthénon (London, 1903, in-8»).
M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts transmet
à l'Académie, de la part de l'auteur, M. Lampakis, d'Athènes, les
ouvrages suivants :
1° Mémoire sur les antiquités chrétiennes de la Grèce (Athènes,
1902, in-40).
2" Le couvent Je Daphni après les réparations (Athènes, 1899,
in-8").
M. Héron de Villefosse dépose sur le bureau de l'Académie une
brochure dont il est l'auteur, et qui est intitulée : Nouveau fragment
daté des allocutions d'Hadrien à l'armée de Numidie (Berlin, 1903 ;
extr. du volume intitulé : « Fcstchrift zu Otto Ilirschfeld »).
M. Barth fait hommage, au nom de l'auteur, M. le professeur
Kielhorn, correspondant de l'Académie :
1° De la troisième suite de la précieuse « Liste des inscriptions de
rinde du Sud », que M. Kielhorn publie en supplément dans VEpi-
graphia Indica.
1902. 11
152 LIVRES OFFERTS
2" Des Epif/J'nphic noies (pour 190."ij, que Tauleur pul)lie périodi-
quement dans les Nachrichten de la Société de Gottingue. Parmi ces
courtes notices, toutes intéressantes à divers titres, on remarquera
surtout celle où M. Kielliorn ruine le synchronisme que M. Liebich,
l'éditeur de la grammaire Candra , a cru pouvoir établir entre la
rédaction du commentaire de cette j^rammaire et les victoires de
Skandagupta sur les Huns Epbtalites, ainsi que l'analyse d'une longue
inscription, malheureusement très mutilée, provenant de Kasia en
Gorakhpur, qui débute par une invocation à Çiva, à la déesse boud-
dhi([ue Tara et au Buddha. Cette étrange association montre liicn
(ju'à cette épo([uc, xi'= ou xii« siècle, le Bouddhisme de l'Inde du Nord
n'avait rien à envier, en fait de dégénérescence syncrétique, à celui
du Népal et de Java.
M. Barbieh de MeyiNakd a la parole pour un hommage :
(' J'ai rhonncur d'oflrir à l'Académie, au nom de l'auleur, un Traite
de DK'Iriqiie arabe, traduit et commenté par M. René Basset, corres-
pondant de l'Institut et directeur de l'Kcole des Lettres d'Alger
(Alger, 1902, in-8°, xiii et 181 p.).
« La littérature arabe est riche en traités didactiques versifiés, des-
tinés à être appris par cœur. La concision exigée par la nature du
sujet a donné naissance à des commentaires qui, à leur tour, ont été
complétés par des gloses littéraires et lexicographiques.
K Un des plus célèbres parmi ces ouvrages lechnicpies, ou du moins
celui qui depuis longtemps est la base de l'étude de la piosotUe
arabe dans les Universités africaines, a été rédigé dans la première
moitié du viii<= siècle de notre ère et porte le titre de Khazreiljijah,
d'a[)rès le nom de l'auteur Dhya ed-l)in El Khazredjy. — C'est ce
document (jue le savant directeur de l'Ecole des Lettres d'Alger vient
de publier sous les auspices du Gouvernement général de l'Algérie.
« Ce petit poème, composé d'une centaine de vers qui seraient à
peu près inintelligibles s'ils n'étaient accompagnés de gloses très
nombreuses, renferme toutes les règles de la mélricjue arabe, ce qui
explicjue la vogue dont il jouit encore dans le liaul enseignement des
Mcdersahs. M. Basset l'a traduit et commenté avec un soin minutieux,
et si, parmi les vei'S cités par l'auteur arabe à l'appui des règles pro-
.sodiques, il s'en trouve quelques-uns dont la traduction peut paraître
incertaine, l'ensemble du dilTicile travail entrepiis par M. Basset fait
honneur, comme on devait s'y attendie, à sa profonde connaissance
de la langue classique et à l'érudition bibliographitjue dont il a déjà
donné maintes preuves.
SÉANCE DU 3 AVRIL 1903 153
« J'offre en outre, de la part de notre correspondant, deux bro-
chures qu'il vient de publier : 1° une légende en vers de style à demi
vulgaire intitulée : MoharninecI et le Chameau, qu'il a recueillie dans
les montagnes de TOuarsenis (département d'Alger) ; 2'' son Rapport
sur les études berbères et haoussa, qui a paru récemment dans le
Journal asiatique.
SEANCE DU 3 AVRIL
M. le Directeur de l'Enseignement supérieur écrit au Secré-
taire perpétuel pour lui faire connaître que Tinauguration du
Musée de Delphes aura lieu vers la fin de ce mois, entre le
"28 avril et le 2 mai.
Le Président de l'Académie Britannique adresse au Secrétaire
perpétuel la lettre suivante :
London, 26 mars 1903.
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
L'Académie Britannique a, dans sa séance plénière d'hier, à l'una-
nimité, adopté une motion par laquelle elle s'associe au deuil que
porte votre Académie en mémoire du membre éminent qu'elle vient
de perdre dans la personne de M. Gaston Paris, qui consacra sa vie
à des études dont toutes les Académies ont recueilli des bénéfices
qui ne pourront jamais être assez appréciés.
Veuillez ag-réer, etc.
Signé : Reay.
D'
Les remerciements de l'Académie seront adressés à l'Académie
Britannique.
Le Président annonce à l'Académie que, selon l'usage, la
séance du vendredi saint est avancée au mercredi précédent.
154 NOUVELLE INSCRIPTION DU TEMPLE D*ECHMOUN
M. Philippe Berger communique, de la part du savant orien-
taliste M. Schrœder, consul général d'Allemagne à Beyrouth, une
nouvelle inscription provenant du temple d'Echmoun à Sidon.
Cette inscription, dont le contexte dillëre sensiblement des
autres, qui sont toutes semblables, présente un intérêt capital,
parce qu'on y trouve le titre de Roi des rois, cherché en vain
jusqu'à présent dans l'épigraphie sémitique. Elle comble en
outre la lacune qui existait entre le roi Bodastoret et son grand-
père Echmounazar et nous fournit le nom d'un nouveau prince
de la famille royale de Sidon, Syddykjaton ^.
M. Daniel Serruys continue la lecture de son mémoire sur
l'élément verbal dans la composition lyrique des Grecs. Il déter-
mine la méthode et les résultats de son système par l'examen de
diverses périodes empruntées à Pindare et à Bacchylide.
M. A\'^En. présente quelques observations sur les conclusions de
cette communication.
M. le capitaine 'W^eill fait une communication sur un nom
royal égyjjtien de la période thinite au Sinaï^.
COMMUNICATIONS
DÉCOLVEUTE d'uNE NOUVELLE INSCRIPTION
DU TEMPLE d'eCHMOUN , A SIDON.
NOTE DE M. PHILIPPE BERGER, MEMIUIE DE l'aCADÉMIE.
Le .savant auteur de la Phônizische Sprache, le D'' Schr()dcr,
consul général d'Allemagne à Beyrouth, m'adresse la lettre
suivante (juc jr nit inpresse de communiquera rAcadcmie.
I . \'nir ri-;ii)rcs.
■J. \'(iii- t-i-aprcs.
NOUVELLE INSCRIPTION DU TEMPLE d'eCHMOUN 155
Elle a ti'ait à la découverte d'une nouvelle inscription pro-
venant des ruines du temple d'Esmoun à Bostan-ech-Cheikh,
près de Saïda.
Cette nouvelle inscription olîre un texte sensiblement
différent des autres, qui étaient jusqu'à présent toutes
identiques. Non seulement le nom de Sidon n'est suivi
d'aucun de ces vocables, topographiques ou mythologiques,
qui ont donné lieu à tant de controverses, mais la lacune
qui existe , dans les autres inscriptions , entre le nom de
Bodastoret et celui de son grand-père Esmounazar, est
comblée par un nouveau nom royal , Siddykjaton ; et ce
personnage royal porte, à notre grand étonnement, le titre
de « Roi des Rois », Melek-melakim , que l'on considérait
jusqu'à présent comme exclusivement propre au Grand
Roi , c'est-à-dire au roi de Perse , et dont on pouvait
contester la survivance à l'époque de la dynastie d'Esmou-
nazar.
Cette mention, si inattendue, soulève des difficultés qui
demanderont à être étudiées de près ; mais dès à présent il
faut reconnaître qu'elle apporte un élément tout nouveau
dans le débat soulevé par les inscriptions du temple
d'Esmoun , élément dont on ne saurait méconnaître l'im-
portance capitale pour cette période de l'histoire de la
Phénicie.
Voici la lettre de M. Schrôder :
Beyrouth, le 17 mars 1903.
Très honoré Monsieur,
J'ai eu Thonneur de vous adresser il y a deux mois une lettre
au sujet des inscriptions phéniciennes du temple d'Esmoun à
Sidon. Je m'empresse de vous communiquer aujourd'hui une
nouvelle qui vous intéressera sans doute. Je vous autorise d'en
faire l'usage que vous jugerez à propos.
Depuis environ quinze jours il se trouve ici, au Musée du
Collège Américain (Syrian Protestant Collège), une pierre
Io6 NOUVELLE LNSClill'TlON DU TEMPLE d'eCHMOUiN
découverte l'année passée à vSaïda et portant une inscription
phénicienne en trois lignes. La personne qui a servi d'intermé-
diaire pour l'achat de la pierre s'est engagée vis-à-vis du ven-
deur à ne pas le nommer ni indiquer l'endroit où elle a été
découverte. Mais il n'existe pour moi aucun doute qu'elle ne
provienne de Bostan-ech-Cheikh et qu'elle n'ait été extraite du
même mur de fondation qui nous a fourni les autres inscriptions
relatives à la fondation du temple d'Esmoun par le roi Hodach-
toreth. L'aspect extérieur de la pierre ainsi que le contenu de
l'inscription et son caractère paléographique le prouvent d'une
manière absolue. Je suppose que le bloc (qui a les mêmes
dimensions que les inscriptions de Hostan-ech-Cheikh et qui est
taillé de la même pierre calcaire molle que celles-ci) a été, après
le départ du commissaire ottoman Macridi Bey, extraite et enle-
vée du mur de Bostan-ech-Cheikh j)ar nu des ouvriers (pii y ont
travaillé pour le compte de Macridi Bey. La pierre est cassée en
deux morceaux, mais l'inscription est complète, sauf sept ou huit
lettres qui formaient le commencement du texte, l^es lettres
étaient peintes en rouge; on voit encore très clairement les traces
de la couleur.
M. H. Porter, conservateur de la collection d'antiquités du
Collège Américain, a eu l'obligeance de me montrer l'inscription,
qu'il a l'intention de publier prochainement. VA\e est, selon moi,
d'une importance capitale, parce qu'elle nous apprend le nom
du père du roi Bodachtoreth : Sadiki/.ufhou "îî^"'p~À* et complète
ainsi une lacune dans la nomenclature de la dynastie ICsmounaza-
rienne de Sidon. Mais ce (jui est le plus surprenant, c'est que ce
roi Sadikyathon ou Siddikyathon porte dans notre inscription le
titre de « Roi des Rois » melek melakim DjS^Z "Sc qu'on croyait
être réservé aux rois de Perse ou aux rois Ptolémées. Lorsque
j'ai vu pour la première fois la copie di' l'inscription faite par
M. Porter, je croyais à une erreur du copiste, mais un examen
minutieux de l'original m'a convaincu de la justesse de la lecture
C-""2 "jSî2 quoique le metn iinal, qui formait la dernière lettre de
la premièi-e ligne, ait disparu par suite d'un endommagement de
la surface à cet endroit. Voici la copie el la li iiiiscripliou du texte
phénicien :
NOUVELLE INSCRIPTION DU TEMPLE D ECHMOUN
137
Djiï -Sa nwau^N' -jSa -[i p 2
\:np 1^7 -jaïJN'S [""JSnS p "in2n 3
{Boclachiorelh, roi [des Sidom'cns]) et fils de Sadiqyalhon roi
des rois ,
Petit-fils d'Eschmounazar roi des Sidoniens ,
A construit ce temple à [son] dieu, à Esmoun, prince saint.
La lacune au commencement de la première ligne contenait
sans doute le nom du roi Bodachtoreth. On distingue encore le
n final de ce nom, qui est suivi par la lettre vavi 1. Cette lettre,
qui est très claire et ne peut être lue autrement, est une réelle
difficulté pour l'interprétation; elle paraît à cette place n'avoir
nulle raison d'être , mais elle y existe. Le fils de Sadiqjathon
serait-il un autre personnage que Bodachtoreth? Ce n'est pas
possible, parce que p p, etc., ne peut se rapporter qu'à Bodach-
toreth qui était le petit-fils d'Esmounazar, comme nous le savons
des autres inscriptions de Bostan-ech-Cheikh. Et en admettant
deux personnes distinctes séparées par la copulative 1 à la pre-
mière ligne, il faudrait lire p à la dernière ligne comme pluriel:
Ul « ils ont construit », et le mot suivant dSn « leur dieu » au
lieu de ""Sx « son dieu ». (La troisième lettre de ce mot ne se lit
plus sur la pierre, elle a disparu dans la fissure qui s'est formée
à cet endroit où la pierre est cassée.) Cette hypothèse me paraît
être très probable.
1S8 NOUVELLE INSCRIPTION DU TEMPLE d'eCHMOUN
Vous êtes plus compétent que moi à résoudre la difTiculté créée
par l'existence du vaiv devant les mots ^iT'pTÏ p, et je vous prie
de me faire l'honneur de me communiquer votre opinion à ce
sujet.
Quant à 1 authenticité de la pierre, je n'ai aucun doute.
Je vous prie, Monsieur, d'agréer l'assurance de mes sentiments
très distingués,
SciIRtlEDER.
Le nom du dieu phénicien Sadik (le Sydik de Sanchoniathon,
le père des Cabires, le plus grand des dieux; v. Movers , Die
Phoenizier, t. I, p. 265 et 652) se retrouve dans le nom d'un roi
à Chypre "jSîZpty. roi de Lapethos ; v. Babelon, Les Perses
AchéméniJes, etc., p. 111, et s'est peut-être conservé dans le
nom topographique de Djebel Siddiqn des géographes arabes,
qui désigne une contrée montagneuse à lest de Tyr (v. Glermonl-
Ganneau, Recueil dnrchéol. orient., l. \', p. 257, et Guy le
Strange, Palestine iimler the Moslems, p. 76).
Je n'ajouterai que quehjues mots à la communication de
mon éminent correspondant. Puisque M. Schroder, avec
une trop |j;rande modestie, veut bien me demander mon avis
au sujet des trois lettres \-^ (c et fils de », qui précèdent le
nom de Syddykjaton , je me permettrai de faire observer
que, d'après sa copie, la première lettre ne parait pas être
un vaw^ mais plutôt un knf. Dès lors il ne faudrait pas lire
ouhcn , mais kehen, ce qui semblerait désig^ner un titre se
rattachant à celui de fils, sans exprimer la filiation directe'.
Qui sait si cette mention insolite, rompant avec la «j^énéalo-
gie normale, n'expliquerait pas l'absence du nom de Syddyk-
jaton sur les autres inscriptions.
Cette hypothèse som])le confirmée par le titre de lloi des
Rois f[uo prend Syddykj.iloii. Il n'est pas permis d'y cher-
1. Il ot iiK'iiic pci'mis (le se iliMiiaiulci' s'il n'y aiiiail i)as un lien «Milcc ce
mot et lo I^Z fie la 2" Siilmiicnsis. G. /. i"., I. 1. qui irstc toujours obscur,
(^r. mon Mthnoire sur les inscriiilians de /'ondutidu du temple d'f'sinoun,
p. is-l'i.
NOUVELLE INSCRIPTION DU TEMPLE d'eCHMOUN 159
cher le nom d'un roi de Perse sous un déguisement phéni-
cien. On a beaucoup abusé de ces équivalences pour expli-
quer les noms propres inconnus qui venaient dérang^er des
théories préconçues. Avec ce système, il est possible de
tout expliquer. L'antiquité a connu ces équivalences, nous
en avons de nombreux exemples, mais je crois que jamais
elle ne les aurait appliquées à des noms aussi connus et
aussi intang-ibles que ceux des rois de Perse.
Il est plus vraisemble d'admettre, ou que ce titre était
un titre usurpé par un roi de Sidon , k une époque d'affai-
blissement de la suzeraineté perse, ou bien que, sans affecter
le pouvoir suprême, Syddykjaton voulait, par ce titre ambi-
tieux, marquer sa suprématie sur les autres princes de la
côte phénicienne. C'est -l'histoire de la grenouille voulant
égaler le bœuf.
Quoi qu'il en soit, je crois que c'est dans ce double titre
de Syddykjaton qu'il faut chercher la clef des difficultés
historiques que soulève la dynastie d'Esmounazar.
On ne peut s'empêcher de remarquer que cette nouvelle
inscription paraît à première vue peu favorable à la théorie
qui place cette dynastie , non à l'époque perse , mais après
Alexandre. Actuellement nous connaissons une série, non
plus de trois rois, mais de six rois ou personnages royaux,
qui se sont .succédé sur le trône de Sidon : Esmounazar I,
Tabnit, Ummastoret, Esmounazar II, Syddykjaton, Bodas-
toret. Même en identifiant, d'une façon assurément très
ingénieuse, Esmounazar avec Abdalonyme, et Bodastoret
avec Philoclès, il est bien malaisé de caser une aussi
longue suite de rois, tous appartenant à la même famille,
dans la période de transition, si courte et si troublée, qui
a suivi la mort d'Alexandre.
160
UN NOM ROYAL ÉGYPTIEN DE LA PÉRIODE THIMTE AU SINAÏ
PAR :M. R. WEILL.
Le fait que nous nous proposons de sig-naler est de nature
à jeter une lumière nouvelle sur l'histoire de cette très
ancienne période égyptienne, dite archaïque, ou thinite, ou
abyclénienne, qui précède la H'^ dynastie et nous est connue,
depuis 1897, parles découvertes d'Abydos, de Neg-adah et
d'IIiérakonpolis.
Il s'ag-it de la présence , sur deux bas-i-eliefs des mines
de turquoises du Ouady Magharah, au Sinaï, du cartouche
d'Horus de Mersekha, l'un des rois dont les noms reviennent
le plus souvent sur les empreintes de cylindres et les objets
divers tirés des tombeaux archaïques d'Abydos. Ces deux
bas-reliefs appartiennent entièrement à la période archaïque
par le style des figures et la composition des scènes, qui
sont accompagnées , en outre , de courtes légendes écrites
dans le système hiéroglyphique particulier à cette période.
Ils furent découverts par la mission anglaise de 18G8 au
Sinaï, et publiés, en 18()9,dans YOrdnance Survey of Ihe
Peninsula of Sinaï [Account of tJie Survej/. pi. IIIj. Birch,
dans VAccount même, commenta brièvement les scènes et
le nom royal, dont il ne put naturellement éclaircir l'énigme,
les premiers monuments significatifs de l'époque archaïque
étant destinés à venir au jour seulement en 18*l(». Mais la
lecture même de Birch confirme que c'est bien en présence
du Mersekha d'Abydos que nous nous trouvons.
Les gisements du Ouady Magharah étaient couramment
exploités parles l^lgyptiens de l'épixiur nuMiipliile, <jui y ont
laissé de nombreuses inscriptions. Lv j)lu.s ancien monu-
ment de cette localité était, croyait-on, celui de Snofroui,
le prédécesseur de Khéops (début de la W'' dynastie),
lorsqu'en 1894, M. G. Bénédite y signala l'existence d'un
IN NOM ROYAL ÉGYPTIEN DE LA PÉRIODE THINITE 161
bas-relief portant le cartouche de l'Horus youtirkha, qui
est le roi Zoziri. Les listes ég-yptiennes classent Zoziri vers
le milieu de la IIP dynastie, et certains faits connus depuis
longtemps concordent avec les récentes découvertes d'Hié-
rakonpolis pour situer son règ-ne à la fin de la période
archaïque, au point de passage du thinite au memphite.
Bien antérieure est la date de Mersekha, dont les monu-
ments représentent Tarchaïque en son moment le plus
caractérisé, que certains savants croient pouvoir identifier
avec la T'' dynastie manéthonienne.
L'existence d'inscriptions de Mersekha au Sinaï prouve
qu'à cette époque ancienne l'exploitation des mines avait
déjà commencé, et par suite, que les rois des dynasties
thinites avaient pris pied dans les régions à l'est de l'isthme.
Cela serait impossible, si ces souverains de la Haute-Egypte
n'avaient régné en même temps sur l'Egypte du Nord, de
sorte qu'on est conduit à admettre qu'à l'époque thinite,
l'unité politique de l'Egypte était déjà accomplie.
Il faut rapprocher de cette conclusion un certain nombre
de faits qui la corroborent : la récente découverte, dans la
nécropole de Saqqarah , de tombes thinites avec des objets
portant des noms royaux d'Abydos ; la mention, figurée ou
épigraphique, sur plusieurs monuments archaïques, d'expé-
ditions faites contre les Barbares de la marche orientale ou
septentrionale ; enfin , la tradition que rapportent Diodore
de Sicile et Plutarque, et suivant laquelle Menés lui-même
aurait envoyé une expédition au delà de la frontière d'Asie.
Les découvertes d'Abydos ont montré que tout n'est pas
invention pure dans les bribes d'annales anciennes que pos-
sédaient encore les compilateurs de l'époque thébaine et de
l'époque grecque. En ce qui concerne Menés, dont l'exis-
tence historique n'est encore établie par aucun témoignage
irrécusable, il se pourrait fort bien que le lointain souvenir
recueilli par Diodore et Plutarque eût son origine dans les
entreprises d'un roi des dynasties archaïques, Mersekha
162 SÉANCE DU 8 AVRIL 4903
peut-être, ou quelque autre des rois d'Abydos dont on décou-
vrira le nom , un jour, dans un recoin ûul)lié des gorges
sinaïtiques.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel offre, au nom des auteurs, les ouvrages
suivants :
La richesse rythmique musicale de l'antiquité. Leçon d'ouverture
du cours d'histoire delà musique professé en i 902-1 'J03 à la Sorbonne,
par M. Georges lloudard (Paris, 1903, in-8°).
Répertoire général de hio-bihlioçjraphie bretonne, par M, René
Kerviler. Livre premier : Les Bretons, fascicule 38 (Rennes, 1902,
in-8°).
M. Héron de Villefosse dépose, en son nom, deux brochures
intitulées :
1" Petites notes d'archéologie, IH, n"* 13 à 20 (extr. du Bulletin de
la Société nationale des antiquaires de France, 1902).
2" Musée du Louvre. Département des antiquités grecques et
romaines. Acquisitions de l'année 1902, par MM. A. Héron de
Villefosse et E. Michon (Paris, 1903, in-8°).
SÉANCE DU 8 AVRIL
(Séance avancée au mercredi, à cause du Vendredi Saint.
M. E. Lefèvre-Pontalis, président du Congrès archéologique
qui doit se tenir à Poitiers du 16 au '2\ juin, adresse à lAca-
démie un exemplaire du programme de cette réunion, en expri-
mant le désir de voir y assister des membres de lAcadémie.
SÉANCE DU 8 AVRIL 1903 163
M. le Gouverneur g^énéral^ de rindo-Chine écrit au Secrétaire
perpétuel que, conformément aux propositions de l'Académie, il
a prorogé d'un an le ternie de séjour de MM. Huber et Maître,
pensionnaires de l'École française d'Extrême-Orient.
M. Garolus Duran, président de la Société nationale des
Beaux-Arts, informe le Secrétaire perpétuel que les membres de
l'Institut pourront entrer à l'Exposition de cette Société, qui
aura lieu au Grand Palais du 15 avril au 30 juin.
M. Delisle communique la photographie d'une grande peinture
exécutée par Jean Fouquet et qui appartient à la même série
que les neuf peintures contenues dans le volume des Antiquités
juives conservé à la Bibliothèque nationale. Cette photographie
a été envoyée par M. Henry Yates Thompson qui possède cette
peinture et qui en a reconnu l'oi'igine.
Le PRÉsmENT donne lecture delà lettre suivante qu'il vient de
recevoir de M. Glermont-Ganneau :
Pai'is, 7 avril 1903.
Monsieur le Président et cher Confrère,
Ne pouvant, à mon grand regret, assister à la séance d'aujourd'hui,
je désirerais faire consigner au procès-verbal une courte observation
au sujet de l'intéressante inscription phénicienne nouvellement
découverte dans les ruines du temple d'Echmoun des environs de
Sidon, et communiquée par notre confrère M. Berger, dans la der-
nière séance.
J'attache une importance toute particulière à l'apparition, dans ce
texte, du titre de MelekMelakim « roi des rois » ; elle prouve au moins
une chose, que j'avais avancée autrefois et qui avait été vivement
contestée, à savoir que le titre protocolaire adon jnelakinn<. Seigneur
des rois » ou« des royautés » était d'origine égyptienne; qu'il n'avait
jamais dû être appliqué par les Phéniciens aux rois de Perse; enfin
que, si jamais on trouvait dans un texte phénicien le titre protocolaire
d'un roi de Perse, ce titre serait, au contraire, melek melakint, soit
justement celui que nous révèle la nouvelle inscription. En un mot,
je prétendais que les titres adon melakim et melek melakiin ne
devaient pas être considérés, ainsi qu'on le faisait généralement,
164 SÉANCE DU 8 AVRIL 1903
comme équivalents tant pour le sens que pour rapplication au pou-
voir suzerain.
Et maintenant, est-ce à dire que, dans la nouvelle inscription, le
personnage, jusqu'ici inconnu, Sidikyaton, qui semble porter ce titre
de melek melnkim, soit un roi de Perse, et que, par suite, comme
notre confrère M. Berger, si je ne me trompe, inclinait à le croire,
toute la dynastie echmounazarienne soit à classer définitivement à
l'époque achéménide et non, comme je l'avais supposé, postérieure-
ment à Alexandre"? Il ne faudrait pas se hâter de conclure dans ce
sens. Il serait bon denvisager une autre possibilité : c'est (jue, de
même que les Ptolémées portaient, au regard de leurs sujets phéni-
ciens, le titre traditionnel, spécifiquement égyptien, de Adon mela-
kim, de même les Séleucides ont pu, dans les mêmes conditions,
porter le titre traditionnel, spécifiquement perse de Mrlek Melakiin,
puisc[u'ils avaient, de fait, hérité de la partie essentielle de l'empire
achéménide. Je ferai remarquer qu'en tout cas l'identité de ce « roi
des rois », répondant au nom juscju'ici inconnu de Sidikyaton, est
aussi difficile à déterminer dans l'hypothèse perse ' que dans l'hypo-
thèse séleucide. L'une et l'autre ont, entreautres ressources, celle de
recourir à la conjecture de quelcjue usurpateur, par exemple, s'étant
plus ou moins légitimement emparé de ce titre qui implique, de
toute façon, une prétention à la suzei'aineté. Mais un tel fait a pu se
produire aussi bien après qu'avant Alexandre.
Je ne puis aujourd'hui ([ue poser la question, me proposant d y
revenir.
M. S. Reinacii étudie le sculpteur Strongylion, qui florissail à
Athènes vers 410 avant J.-C. et dont une Arlémis courant,
sculptée pour un temple de Méyare, a été imitée par Praxitèle.
Stron{^ylion était aussi l'auteur dune statuette d'Amazone <|ue
l'on transportait dans les bagages de Néron. M. S. Reinach
pense qu'une belle statue d'Artémis court-vêtue, découverte vers
1865 dans l'ile de Lesbos et conservée au Musée de Conslanti-
nople, (Iéri\e cruii ori;.;inaI de Strongriion; elle oll're, en elTet,
des analogies avec les motifs favoris de Praxitèle, mais elle est
d'un style plus archaïque, qui atteste encore l'inlUience de la
1. On pourrait, dans celle-ci, penser à la révolte du roi de Sidon Tenues
contre ArlaxcrxèsOcluis. Mais il faudrait préalablement dt-niontrcr que ce
Tennès ne fait ([u un avec notn- nouveau Sidikyaton, et qu'il prétendait
non pas seulement secouer le jou^, mais i)ren(lre la place de son suzerain.
LIVRES OFFERTS 165
grande école du cinquième siècle, en particulier de Polyclète et
de Phidias.
MM. Perrot et Heuzey présentent, à ce sujet, quelques obser-
vations sur le costume d'Artémis.
M. Héron de Villefosse communique le texte d'un certain
nombre de graffites tracés sur des poteries découvertes, il y a
plus de 25 ans, au sommet du Puy-de-Dôme, sur l'emplacement
du célèbre temple de Mercure. Ces petites inscriptions con-
tiennent en abrégé une formule votive de quelques lettres, où on
peut retrouver le nom gaulois du dieu adoré dans ce temple,
Vasso Kalete. Ces poteries inscrites sont les débris d'ex-votos
ofîerts par des gens de modesle condition, par des paysans qui à
l'époque romaine désignaient encore le dieu sous son nom pri-
mitif et vulgaire comme au temps de l'indépendance. M. Héron
de Villefosse rapproche ces poteries d'un groupe d'inscriptions
malheureusement perdues qui fut trouvé à la lin du xvii'* siècle
à l'embouchure du Rhin.
MM. Salomon Reinacu et d'ARBois de Jubainville présentent
quelques observations sur la restitution de ces inscriptions
votives.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le.sixième fascicule
des Comptes rendus des séances de l'Académie pendant l'année 1902,
novembre-décembre (Paris, 1902, in-8°).
Il offre, en outre, au nom de la Société des antiquaires de Londres,
le tome VIII de l'ouvrage publié par cette Société, intitulé Archaeo-
logia or iniscellaneous tracts relating ta anliquily (London, 1902,
in-4°).
SÉANCE DU 17 AVRIL
M. le Ministre de Finstruction publique et des beaux-arts
transmet à l'Académie, de la part du consul général à Jérusalem,
une série d'études concernant la basilique d'Abou Gosch ou
Kiriat el Enab, en Palestine, qui a été donnée à la France par le
gouvernement ottoman en 1873. M. le Ministre prie TAcadémie
de vouloir bien lui donner son avis sur Timportance de ces
documents.
M. Ghr. \'ournazo, président du Conseil municipal d'Athènes,
dans une lettre qu'il écrit au Secrétaire perpétuel, en réponse
aux remerciements que l'Académie a adressés à cette assemblée
au sujet de rallocation qu'elle a votée pour la restauration du
trésor athénien, à Delphes, rappelle que cette restauration est
due à riuiliative de l'I'xole française d'Athènes.
Le Président de la Société archéologique de Gonstantine
remercie l'Académie de la délégation donnée à M. R. Gagnât
pour la représenter aux fêtes du centenaire de celte Société.
Le Président annonce qu'un mois s'est écoulé depuis la mort
de notre regretté confrère ^L G. Paris, et consulte la Gonipa-
gnie pour savoir s'il y a lieu de procéder à son remplacement.
L'Académie décide, au scrutin, qu'il y a lieu, et iixe au ven-
dredi 15 mai l'examen des titres des candidats.
M. Philippe Hkrger présente la photographie de l'inscription
de Syddykyaton et s'exprime en ces termes :
« Depuis la séance du 3 avril, j'ai reçu de M. le I)"" Rouvier, par
l'intermédiaire du ministère de l'instruction publique, un mémoire
relatif à la nouvelle inscription du temple d'I^lsmoun. ^L lîouvier
y adopte la traduction de M. Schrôder, et il y développe les
vues auxquelles l'avait déjà antérieurement amené l'élude de la
numismatique des villes de Pliénicie.
SÉANCE DU 17 AVRIL 1903
167
« Ce travail est accompagné d'une photographie qui donne de
tout point raison à la lecture de M. Schrôder et me permet de
corriger celle que j'avais proposée il y a quinze jours à TAcadé-
mie sur la foi d'une copie faite à la hâte. Il faut lire pi et non
pj, « et fds » et non « comme fils », quel que soit d'ailleurs le
sens qui s'attache à cette expression'.
« Le rapport de M. Rouvier fait suite à ceux qu'il avait
adressés antérieurement au ministère et qui m'ont été d'une si
grande utilité pour élucider la question des inscriptions du
temple d'Esmoun. 11 paraîtra au Bulletin archéologique du
comité des travaux historiques; mais j'ai tenu à l'annoncer dès
à présent à l'Académie, afin d'assurer à M. le D'' Rouvier la part
de priorité qui lui revient, et de livrer au public savant cette
photographie, qui pourra prendre place avantageusement dans
nos Comptes l'endus.
1. A s'en tenir à la photographie, on pourrait se demander si le mot par
où débute l'inscription est bien Bodastoret, et s'il ne faut pas rattacher le
vaw à ce qui précède. Jusqu'à plus ample informé, je m'en tiens à la lecture
de MM. Schrôder et Rouvier, qui ont eu le monument sous les yeux,
lecture qui est d'ailleurs presque imposée par le contexte des autres
inscriptions.
1903. 11
168 SÉANCE DU 17 AVRIL 1903
M. IIkhon de Villefosse signale à rAcadémie une très curieuse
mosaïque découverte à V'illelaure (Vaucluse). Le tableau central,
environné de scènes de chasse, offre une représentation fort rare,
celle de la nymphe Callisto dont l'aventure a été racontée en détail
par Ovide dans les Métamorphoses. Callisto était la compagne
favorite de Diane. Jupiter jeta les yeux sur elle, prit les traits et
le costume de la déesse et triompha promplement de la résistance
de la jeune lille. Le mosaïste a choisi le moment où Diane, ayant
constaté la faute de sa compagne favorite, l'expulse de son
cortège et lui ordonne de s'éloigner. Un vase d'argent trouvé en
Espagne, près de Valence, et conservé aujourd'hui au Petit Palais
des Champs-b^lysées, dans la collection Dutuit, offre le commen-
cement de cette histoire amoureuse. On y voit Callisto avec
Jupiter costumé en Diane; c'est la scène I de l'aventure, la chute.
La mosaïque de Villelaure, dont le tableau central représente
Diane chassant Callisto, nous olfre la scène II, le chàlinienl.
Callisto y apparaît entièrement nue, dépouillée de ses vêtements
par les nymphes ses compagnes; son déshonneur éclate aux yeux
de tous; Diane irritée est debout devant Callisto el l'interpelle
avec un geste plein de menaces.
M. Châtelain fait une communication sur le manuscrit
d'IIvgin écrit en notes tironicnnes , offert au pape Jules II, et
célébré par Pierre Bembo dans une lettre du iO janvier 1513. Ce
manuscrit, cherché en vain dans la Bibliothèque du Vatican, sem-
blait perdu. Un volume exposé dans la vitrine de l'Ambrosienne
à Milan contient, outre divers traités de Bède, dont deux pages
sont montrées au public, une partie du traité d'IIygin de side-
riJnis, qui peut répondre à la description de Bembo. Aucun
éditeur ne s'en est servi pour établir son texte, et il semble avoir
échappé jusqu'ici aux recherches des paléographes.
yi. Salomon Reinach montre à l'Académie les photographies
d'une admirable figurine en ivoire, représentant une danseuse,
qui a été découverte à Cnossos (Crète) par M. Arthur I']vans.
Cette statuette témoigne d'un goût impré\u, non seulement
pour les mouvements très vifs, mais pour les formes élancées et
LE MANUSCRIT d'hYGIN EN NOTES TIRONIENNES 169
élégantes jusqu'à la gracilité. Ce n'est pas le début, c'est la fin
ou la pleine maturité d'une belle période de l'histoire de l'art,
hier encore complètement inconnue.
COMMUNICATION
LE MANUSCRIT d'hYGIN EN NOTES TIRONIENNES ,
PAR M. EMILE CHATELAIN , MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
Dans une lettre fameuse et qui n'a pas échappé à notre
regretté confrère Eugène Mûntz', Pierre Bembo^ félicite le
pape Jules II de la magnifique succursale qu'il vient de
faire décorer à la Bibliothèque ^aticane. Il le remercie
surtout de lui avoir confié un manuscrit fragmentaire du
traité d Hygin De sideribus transcrit en caractères obscurs
dans lesquels il avait reconnu l'écriture tachygraphique de
Gicéron, autrement dit les notes tironiennes :
Quod ad te superioribus diebus libei' e Dacia est missus notis
perscriptus cum vetustissimis , tuni aetate nostra inusitatis alque
incognitis, quaeque legi posse nullo plane modo videbantur, perpe-
tuuni in eo felicitatis tuae cursum tenoremque perspexi — Nam cum
mihi eum librum dédisses, ut si illas interpretari notas aliqua ratione
possem, id tenlarem tibique renuntiarem, volvere omnes ejus pagi-
nas atque inspicere dibgenter cœpi Cum singula perscrutarer
oculis, animadverti in extrema quadam pagina nostris litteris, exesis
tamen et dimidiatis fere scriptum versiculum, qui ostendebat illum
esse bbrum notis antiquis perscriptum , quilius qui usi fuissent
notarii essent appellati. Erat autem is quidem liber Higini commen-
1. La Bibliothèque du Vatican au XVl^ siècle (Paris, Leroux, 1886), p. 7.
2. Episl. fainil., V, 8.
170 LE MANUSCRIT d'iIYGIN EN NOTES TIRONIENNES
tariuruni de sideribus quaedain porlio. Eo lecto, statim adinonitus
sum ralionem esse Cieeronianam scribendi.
Quamobrem Higiniano altero, nostris litleris scripto, libro cum
Dacico illo collato, significationes varias multiplicesque sensus nota-
runi plurimariim pcrcepi.
Tous ceux qui ont étudié la tachygraphie latine, Gruter,
Kopp, Tardif, R. Foerster, AVilhelm Schmitz, en dernier
lieu M. Se. de Vries^, ont vivement regretté la perte de ce
manuscrit. Les historiens de la littérature latine, TeufTel -
et Martin Schantz-^, signalent aussi sa disparition. En eiîet,
nous possédons fort peu de textes en notes tironiennes qui
puissent intéresser les études classiques; sauf une épi-
gramme de l'empereur Auguste déchitfrée par Hagen , un
passage des lettres de Pline publié par M. de Vries, un
commentaire sur les Bucoliques de Virgile conservé dans le
manuscrit l'i de Chartres et qu'étudie en ce moment
M. Legendre , élève de l'Ecole des Hautes Etudes, on n'a
signalé, dans cette écriture, que des fragments des Pères de
l'Eglise.
Toutes les recherches que Schmitz a fait faire au Vati-
can sont demeurées sans résultat ; on a même exprimé des
doutes sur la valeur du témoignage de Hembo. Mais rien
ne prouve que le manuscrit d'IIygin soit jamais entré dans
la Bibliothèque apostolique. Tout au plus pourrait-on
admettre qu'il faisait partie de la nouvelle bibliothèque,
privée en quehjue sorte, de Jules 11; mais Bembo écrit
sitnplement, le 13 des calendes de février (20 janvier 1513)
que le pape lui a donné ce manuscrit à étudier; il ne dit
pas qu'il lui ait rendu, et comme Jules II mourut le mois
suivant (21 février 1513), on peut supposer que Bembo a
1. Exercilnliones palaeof/rajihicœ in Bibliotheca Univemilalift Lugduno-
Balai'ae LuKcl.-Balav., 181M), p. 20.
2. Geschichle der riimischen Litterahir. non beaih. v. L. Schwabc.
5' .\un.. p. r.iti.
3. Gcschichlp der riim. Lilleraliw. 2" Aufl., l. II, p. .i'ib.
LE MANUSCRIT d'hYGIN ES NOTES TIRONIENNES 171
gardé avec lui le précieux volume. Il persuadait au pape
que s'il trouvait des imprimeurs capables de reproduire ces
signes antiques, ce serait pour lui un nouveau titre de
gloire ^ Rien ne pouvait, suivant Bembo, illustrer davan-
tage son règne que de restaurer cet art trouvé par Cicéron,
si longtemps en honneur et alors ignoré totalement-.
Cicéron lui-même devait bondir de joie en pensant que son
invention, négligée pendant tant de siècles, était parvenue
à la connaissance de Jules II.
Il est probable que Bembo aura gardé le volume pour
étudier les caractères , ce qu'il ne pouvait faire alors qu'en
comparant un autre texte d'Hjgin, et pour chercher un
imprimeur capable de le reproduire. Quoi qu'il en soit,
personne, après Bembo, ne semble avoir connu le texte
tachygraphique d'Hygin.
Le dernier éditeur des Astronomica d'Hygin, M. Bunte^,
a coUationné les manuscrits 183 de Dresde (saec. ix-x),
Aug. 18, 16 de Wolfenbùttel (s. xii), Aug. 65, fol. (s. xv)
et le codex Hemsterhusii (s. xii). Mais on connaît beaucoup
d'autres exemplaires à Montpellier (n° 334, s. x), au Vati-
can (Regin. 1260, s. ix), à Paris (lat. 8663, s. xi), à Saint-
Gall ( n° 250, s. xi), à Bruxelles (n« 10078, s. xii-xm), à
Berne (n° 45, s. x), à Bàle (F. II. 33), à Leyde (Voss. 2.
1. Quam quidem quoniam tibi fortuna occasioneni tribuit. quo rei etiam
litterariae hac in parte futurorum hominum memoriae clarius nomen
commendetur et celebretiir luum : incumbe qua>so in eam curam, et animi
tui qui sua nia;;nilucline capcre omnia et complecti potest, partem aliquani
huic etiam cogitationi lar^iare, ut et doctis et probis (si qui sont, qui pro-
fecto sunt) perquisitis inipressoribus mandes, ut hoc scribendi genus in
lucem revocent. »
2. « Huictu bibliothecac quod ornamentum, quam venustatem, quam etiam
auctoritatem addere atque tribuere majorem possis, hoc illius divini prope
hominis invento in lucem reddito, hac scribendi arte restituta, plane non
video Atque ipse quidem profecto Cicero affîci laetitia est existimandus
si haec sentit, cum intellijiat ingenii sui egregia monumenta. quac tôt saeculis
in oblivionis nocte jacuerunt, ad tnam primum notitiam pervenisse. »
3. Hygini Axtronomica ex codicibus a se primum collatis rec. Bernhardus
Bunte. Lips., Weigel, 1S75.
172 LE MANUSCRIT d'hYGIN EN NOTES TIRONIENNES
92, S. xii) , au monastère bénédictin de Saint-Paul en
Carinthie (XXV, c. 16, s. xi). Il semble que si le manuscrit
de Bembo était conservé quelque part en Europe, il aurait
été signalé par ceux qui ont consacré une monographie ou
un article à l'astronomie d Hrarin.
Cependant il existe à Milan, dans la Bibliothèque Ambro-
sienne, un manuscrit qui pourrait répondre à la description
sommaire de Bembo. C'est un beau volume exposé sous la
vitrine aux regards des touristes. Cet usage des vitrines
installées dans la plupart des bibliothèques de l'Europe
pour l'instruction et l'agrément de la foule, a déjà joué
plus d'un tour aux savants. Le volume est ouvert à une
page qui contient non pas le texte d'IIygin, mais un traité
de Bède le Vénérable transcrit aussi partiellement en notes
tironiennes. On sait que le manuscrit M. 12 sup. renferme
Beda , de temporum rafione, de sex aetatihus miindi, etc.
\\ ilhelm Schmitz lui a consacré un court article', d'après
une communication de Gustave Lowe. On sait même qu'il
est palinqDseste en grande partie ; beaucoup de feuillets
portent la trace d'un sacramentaire copié en écriture onciale
du vi*^ au vu*^ siècle. On connaît d'autres manuscrits de
Bède où les notes tironiennes ont été employées soit pour
le texte soit pour les gloses ; celui-ci mériterait une étude
détaillée. Un calendrier placé en tête fournirait des données
intéressantes sur l'origine du volume ; par exemple au
6 janvier la mention : Adelgarius ahha ohiit die dominica
(les deux derniers mots en caractères tironiens) ; au 30 jan-
vier : In Melbodio monasterio depositio S. Aider/ unde vir-
ffinis, mais je n'ai pas assez relevé de mentions pour traiter
cette question.
Le texte de Bède fmit à la j)age 212. Les pages 213-238
contiennent une partie du texti' do l'Astrononiie d'IIygin;
1. l'ironiunH aii/'iler Anihnisianixchen liihliolhek (Hlniii. Mus. XXXI,
1876, p. ti31. nu Beilriiye ztir lal.Sprnch- iim! /.(Vcr.i/i/rA'HHJe, Lcipz., 1n7",
p. 259).
LE MANUSCRIT d'hYGIN EN NOTES TIRONIENNES 173
enfin les pages 239-2o4- forment un cahier copié au xv^ siècle.
La partie qui contient Hygin est d'une écriture du
ix*^ siècle, plus fine que celle qui a copié Bède. Les notes
tironiennes y alternent avec les caractères ordinaires.
A moins de trouver dans le volume des traces de l'écri-
ture de Pierre Bembo ou d'autres preuves, on ne peut pas
affirmer qne nous avons là l'exemplaire offert à Jules II ;
néanmoins la conjecture est assez vraisemblable.
Ce manuscrit ne vient pas , comme la plupart des plus
vieux monuments paléographiques de l'Ambrosienne, du
monastère de Bobbio. Sa provenance est inconnue. Pierre
Bembo ayant habité, après la mort de Léon X, Padoue et
Venise, le volume a pu s'égarer dans le Nord de l'Italie.
Peut-être aussi doit-on reconnaître notre manuscrit dans
le n" 31 de l'Inventaire des manuscrits du pape Jules II
remis au cardinal Louis d'Aragon sur l'ordre du sacré
Collège ^ quoique le titre ne mentionne que « Beda, de
temporibus ». Ce serait alors ce cardinal bibliophile qui en
aurait disposé en faveur de quelque ami.
Il est peu probable que Bembo ait eu sous les yeux un texte
transcrit entièrement en notes. Aujourd'hui que nous savons
à peu près ce que renferment les bibliothèques de l'Europe,
on peut dire que les Psautiers latins seulement offrent ce
caractère, et encore avec des titres en onciale parsemés çà
et là. Tous les autres textes tironiens sont mêlés de lettres
ordinaires, probablement parce que les scribes éprouvaient
de la difficulté à trouver la transcription tachy graphique de
certains mots.
Le texte vu par Bembo est désigné sous le titre De sideri-
biis, qui n'est pas commun. Les manuscrits donnent ordi-
nairement au traité astronomique d'Hygin les titres : poetica
astronomica^ de asironomia, de ratione spherse, de ornatu
1. Cf. Léon Dorez, La bibliothèque privée du pape Jules II (Rcv. des
Kibliothèques, VI, 1896, p. 97-124).
174 LIVRES OFFERTS
celi sive de fade ccli vel de i/mnf/inihus celcslihus^. La
suscription « Hyg-ini de syderiliiis tractatus egregius inci-
pit » n'a été signalée que dans un manuscrit perdu dont
le souvenir se trouve aux marj^es d'un exemplaire de l'édi-
tion de Muncker. Or un titre , tracé d'une écriture de la
Renaissance et presque effacé, du manuscrit de Milan laisse
voir encore : Hyginus de sidoribus.
Enfin Bembo rapporte que son exemplaire contenait une
partie seulement {quaedam portio) du traité, et le manu-
scrit de Milan en a conservé environ la moitié.
On peut donc, sans témérité, supposer que le manuscrit
de Milan est celui qui avait excité l'enthousiasme de Hembo
et que les savants cherchent en vain, depuis un siècle, dans
la Bibliothèque du Vatican. En tous cas, il n'était pas
superflu de signaler l'existence de ce manuscrit aux futurs
éditeurs d'IIygin et aux paléographes qui s'intéressent aux
notes tironiennes.
LIVRES OFFiniTS
Lo SF-cnicTAïKE PEnpÉTL'EL o(Tio à l'Académie :
i" 1)0 la part do M. Alexandro Vilalis, un ouvrago inlilulo : Corrcs-
pondnnco pnHliquc de Dominicjuo du Gabre, ^'vi'que de Lnd/^vo, Irrsn-
r'u-r drs urnirrs ù lù-mire {{052-1354), nmhaasadiiir '/'• l'rnnco à
Venise (Paris, 1903, in-S").
2" Do la pari do M. rordiiiando Colonna , un volunio inlilnlô : //
miisoo civico di Xnjmli ncW cv iiion.islcro di Sanfn .1/.///.I '// Donna
licfjin.i p Scnpcrie di nnlichilà in Xapoli dal IS98 n fnUo ;i;/<>sln l 'JO t
(Napoli. l'.M)-i, iii-folio).
:?■' Au nom (]i' M. lo l)-" Carton, los étudos suivantes : Chronique
,r.-irrl,r<,l<,;/i>- nnrd-afrir.iine fTunis, 1003, in-S» ; oxtr. iU' la Itevue
1. Cf. C. Ikusiun, .\euc Jiihrh. /'. l'hilnloijie, XCllI, Isdd, p. Tdl, nol.
LIVRES OFFERTS
175
tunisienne) ; Les nécropoles primitives de Chaouach, Tunisie (Paris,
in-8" ; extr. de L'Anthropologie),
M. IlÉnoN HE ViLLEFossE ofTrc à l'Académie, au nom de M. C.
JiiUian, professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux, un mémoire
intitulé : Sur le mode de formation des cités gauloises (Berlin, 1903,
in-8o : extr. du volume suivant : Festchrift zu Otto Ilirschfelds
sechzigsteni Gehurtstage.
On croit g-énéralement que les fleuves ont servi de limite aux cités.
M. Jullian établit, au contraire, que les cités, quand elles se consti-
tuèrent, ne prirent presque jamais un grand fleuve pour limite. Les
peuples gaulois s'assuraient la possession des deux rives d'un fleuve
afin de posséder les péages et de commander la route. Les mêmes
cités ont presque toujours un terrain de défense politique et un
terrain d'exploitation agricole, c'est-à-dire des terres hautes et des
plaines.
M. Héron de Villefosse offre, en outre, en son nom, un volume
intitulé : V argenterie et les bijoux d'or du Trésor de Boscoreale,
description des pièces conservées au Musée du Louvre (Paris, 1903,
in-i2).
M. Barth dépose sur le bureau une note qu'il a publiée dans
r <( Album Kern » (Leide, 1903, in-4'') sur une Inscription sanscrite
du Phou Lokhou (Laos).
M. Delisle offre à l'Académie :
1° De la part de M. Joseph Tardif : Coutumiers de Normandie,
textes critiques publiés par E. -Joseph Tardif, t. I, 2« partie (Paris et
Rouen, 1903, in-S»).
Le volume fait partie d'un recueil où sont publiés avec le plus
grand soin et d'après tous les manuscrits les anciens textes latins et
français du Couluniier de Normandie , c'est-à-dire d'un des plus
importants monuments du droit français du moyen âge.
Ce volume qui vient de paraître est consacré à une version en
langue vulgaire du très ancien coutumier qui nous est parvenu en
deux états : l'un présente un caractère purement français et a dû
être écrit sur les confins de la Normandie, de la Picardie et de l'Ile-
de-France; l'autre est un dialecte normand et a dû être fait dans la
Haute Normandie.
Cette partie du travail de M. Tardif n'est pas moins remarquable
que les deux volumes précédemment publiés auxquels l'Académie a
170 SÉANCE Dl 2i AVRIL 1903
donné, il y a quelques années, une des premières médailles du
concours des antiquités nationales.
3° De la part de M. L. Levillain:
Les statuts d'Adalhard pour Vnhhaye de Corhie (ix<'-x^ siècles)
(Paris, 1900, in-8"; extr. du Moyen Age);
Deux diplômes d'Hugues Capel en faveur de l'abbaye de Corbie ,
987 (Paris, 1899, in-8° ; extr. du Moyen Age) ;
Les réformes ecclésiaslù/ues de Noménoé (8i7-8i8), étude sur les
sources narratives (Paris, 1902, in-8°; extr. du Moyen Age);
Elude sur les lettres de Loup de Ferrif-res fParis, 1902, in-8"; extr.
de la IiiJ)liot/tèfjue de l'Ecole des (Jiar(es).
Ces travaux dénotent une très <,rrande connaissance des textes
historiques de répo([ue mérovingienne et de l'époque carolingienne.
L'auteur s'était déjà fait remarquer par un volume très important
sur les plus anciennes chartes de Corhie, aucjuel lAcadémie a
décerné l'an dernier le prix La Fons-Mélicocq.
SEANCE DU 24 A^'IUL
M. IIoMor.LE, directeur de ri''cole française d'Athènes, dans
une lettre qu'il adresse au Président, remercie TAcadémie d'avoir
bien voulu déléguer M. Collignnn pour la représenter aux fêtes
de Delphes. Il est heureux de ce témoignage du vif intérêt quelle
porte à l'entreprise de Delphes, et de celte nouvelle mar([ue de la
sollicitude dont elle u*a cessé d'entourer l'Kcole d'.Alhèncs
depuis sa fondation.
M. Maurice Croiset écrit à l'Académie pour se porter candidat
à la place de membre ordinaire vacante par la mort de M. Gaston
Paris.
M. Hamy comnuini<|ue des cxlrails d'une lettre de M. A.
Chevalier, chef de la mission scientilique du Chari-Lac Tchad,
SÉANCE DU 24 AVRIL 1903 177
subventionnée par l'Académie, sur les revenus de la fondation
Garnier. Cette lettre datée d'Udellé, 6 février 1903, fait savoir que,
depuis la lin de novembre, M. Chevalier est parvenu dans la région
du moyen Chari et a relevé le cours supérieur de ce fleuve et de la
plupart de ses affluents orientaux. Il a rencontré à 80 kilomètres
d'Udellé, par 827 mètres d'altitude, le point de convergence des
trois grands bassins de l'Afrique Centrale : Chari, Congo et Nil
et, conduit par le fils du sultan Snoussi, il allait partir à la
découverte d'un grand lac situé aux confins du Darfour, du Dar
Rounga et du Wadaï, et que les Arabes appellent Mamoun.
M. Chevalier se loue particulièrement de l'accueil du sultan
Snoussi et demande à l'Académie qu'il lui soit écrit une lettre en
arabe le remerciant des services qu'il a rendus à la mission. Les
collections recueillies par M. Chevalier et ses collaborateurs sont
intéressantes et comprennent notamment une collection de
phonogrammes recueillis chez les Bandas et chez les Kreich.
M. Héron de 'Villefosse présente à l'Académie une aquarelle
d'une parfaite exactitude, due au talent de M. Pinchart, et repré-
sentant la prêtresse carthaginoise découverte au mois de décembre
dernier par le R. P. Delattre. Cette statue, couchée sur un cou-
vercle de sarcophage, est rehaussée de très vives peintures, exé-
cutées avec la plus grande délicatesse. Sous l'étoffe transparente
on devine encore la couleur de la chair; les ailes qui recouvrent
les jambes et les protègent en se croisant sont peintes en bleu clair
et rehaussées de filets d'or; une bande de pourpre, bordée de filets
d'or, traverse le haut de la poitrine. L'aquarelle de M. Pinchart
permet maintenant d'apprécier, comme elle le mérite, la décou-
verte du P. Delattre. Renan, dans sa Mission de Phénicie^ disait,
en rappelant les sarcophages anthropoïdes de Palerme et de
Solonte dont les peintures ont disparu : « Il serait capital de
« trouver un sarcophage du genre de ceux dont nous parlons
« avec toutes ses peintures. » Le vœu de notre regretté confrère
est aujourd'hui réalisé, et on peut dire que le nouveau sarco-
phage de Carthage tient la tête dans la série à laquelle il
appartient. L'Académie doit s'en féliciter puisque c'est grâce à
sa généreuse intervention que le P. Delattre a fait cette très
importante découverte.
178 SÉANCE Di: 2i AVRIL 1903
Le Président fait la communication suivante :
« On sait ce que M. le duc de Loubat, correspondant de l'Acadé-
mie, a fait depuis longtemps pour favoriser les progrès des études
d'archéologie américaine. C'est à ses frais que des fouilles
importantes ont été exécutées dans l'Amérique centrale et que
de beaux ouvrages ont été publiés qui mettaient les América-
nistes en possession de documents précieux. Deux chaires consa-
crées à ces études ont été fondées par lui, une à Berlin et une
autre à Paris. Depuis que l'Académie, en lui conférant le titre
qu'il avait si amplement mérité, l'a associé à ses travaux, il a
voulu s'intéresser à d'autres recherches, à celles de l'archéologie
classique, qui tiennent une si grande place dans la vie et l'acti-
vité de notre Compagnie. Dans cette pensée, il a mis aux ordres
de M. Perrot, en diverses fois, depuis un an, la somme de
30.000 francs. Ces fonds, M. Perrot n'a pas cru pouvoir les mieux
employer qu'en les transmettant à notre confrère M. Homolle,
directeur de l'Ecole française d'Athènes. Celui-ci, après entente
avec M. le duc de Loubat, se propose d'user de ces ressources
pour achever le déblaiement du sol de File de Délos qui, com-
mencé depuis bien des années par l'I-xolc française, a déjà donné,
quoique incomplet, de si brillants résultats. Notre savant corres-
pondant a compris toute la grandeur de Tentrepriseà laquelle il
va fournir les moyens d'action nécessaires, et il vient de remettre
à M. Perrot une nouvelle subvention de 20.000 francs. C'est
donc de 50,000 francs en tout que, grâce à cette intelligente
libéralité, M. Homolle va disposer pour mener à bonne fin ce
grand travail qui a déjà valu à i'épigraphie et à l'archéologie
des découvertes si précieuses et qui, poursuivi dans des condi-
tions plus favorables encore, ne peut mnn(|uerde tenir toutes les
promesses des débuts.
« Celte généreuse initiative s'exerce, en ce moment, d'autant
])liis à propos que, celte année même. [);ii- 1111 article spécial de
la loi de finances, l'École française dWlhènes et l'I-À-ole française
de Rome vieiuiont d'être investies de la personnalité civile.
Nous voulons espérer que d'autres amis de l'antiquité suivront
l'exemple donné par M. le duc de Loubat, qu'ils ajiporteront à
nos deux colonies savantes ces dons et legs qu'elles ont mainte-
LIVRES OFFEKTS 179
liant la faculté de recevoir et dont elles feraient certainement un
judicieux et utile emploi. »
M. Charles Joret lit une note curieuse du D"" Bonnet, attaché
au Muséum d'histoire naturelle, sur les figures peintes dans un
manuscrit de Dioscoride conservé à la Bibliothèque nationale
(8-'
(grec 2179).
M. L. Havet signale dans les comédies de Plante diverses
interpolations dues à un Grec.
LIVRES OFFERTS
M. Helziîv offre à rAcadémie les n°* 111 cl IV du ciiujuièine volume
de la Revue (Vassyriolorjie et d' archéologie orientale, publiée sous sa
direction et celle de MM. J. Oppeht et E. Lediaia (Paris, 1902, 2 fasc.
in-4o).
Le Gérant, A. Picard,
MAÇON, PHOTAT FRERES, IMPRIMEURS
I
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT LWNNÉE 1903
PRÉSIDENCE DE M. G. PERROT
SÉANCE DU J" MAI
M. le Ministre de rinstruction publique et des beaux-arts
adresse à lAcadémie lampliation dun décret présidentiel, en
date du 3 avril 1903, autorisant rAcadémie à accepter la dona-
tion qui lui a été faite par le comité du monument Blanchet
d'une somme de six cents francs, dont les arrérages devront être
affectés à l'institution d'une médaille qui sera attribuée à une
découverte relative à l'histoire, la géographie ou l'archéologie
de l'Afrique du Nord.
M. Philippe Berger adresse au Secrétaire perpétuel la lettre
suivante :
Vendredi l^"" mai.
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Le R. P, Delattre m'adresse, pour être communiqué à noire Acadé-
mie, un nouvel objet qu'il vient de trouver dans ses fouilles de
Sainte-Monique. C'est une coupe en plomb, couverte d'ornemenla-
1903. 1.3
182 SÉANCE DU l""" MAI 1903
lions. (|ui polie uiu' inscription bilingue, phénicienne et grecque. La
partie phénicienne doit se lire le Ellin « aux dieux » ou « au dieu ».
L;\ partie procfjuo est plus mutilée. J'y distingue pourtant les lettres
Ct>HAM ou OH AMI, qui paraissent désigner soit celui qui a fait
l'oJTrande, soit le dieu auquel elle était faite.
Je vous remettrai une note à ce sujet pour nos Comptes rendus;
mais, empêché d'assister au début de la séance, je n'ai pas voulu
tarder davantage à faire connaître à l'Académie la nouvelle décou-
verte du R. P. Dclattre.
Il est procédé au scrutin pour le remplacement de M. Gaston
Paris (l;ms diverses commissions.
Sont élus :
Commission de V histoire littéraire de la France : M. X. \'alois.
Commission des travaux littéraires : M. Senart.
Commission des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome :
M. Châtelain.
(Commission dn j)rix de La (iranç/e : M. L. Dklisle.
M. Paul MiiVKU a la piirole pour une cnnimunication :
« Le Congrès international des sciences historiques qui s'est
récemment tenu à Rome, du "2 au 0 aviil , et auquel ont assisté
plusieurs membres de cette .Vcadémie ', est de création française.
Il a été fondé par feu René de Maulde, bien connu par ses Ira-
vaux sur le xv" siècle et en particulier sur Louis XII. La première
session eut lieu à La Haye en 1897, la seconde à Paris pendant
l'Exposition ; aucune ne jeta grand éclat ; la troisième a été
beaucoup plus brillante. Elle avait été préparée de longue main.
On sait (ju'eile devait avoir lieu l'an dernier. Par suite de divers
contretemps, elle fut remise à cette année. La date choisie,
coïncidant avec les congés de Pâques, permit à un grand nombre
de professeurs de s'y renth-e. I^c Comité d'organisation avait tout
prévu [)our assurer le succès de ces assises littéraires et le
confort de ceux tpii y prirent pari. Le titre de membre du
Congrès, (pi'on pouvait acquérir moyennant une souscription très
modique, donnail droit à d iiii|)iMi,iiites réductions sur les
1. MM. IJalicldii, H()iKiu''-Loticrr(i. ("liaxaiHics, Collignon, Dercnbourg,
Duchesne, Juret, Picot.
SÉANCE DU !«'■ MAI 1903 183
chemins de fer italiens, à Fenlrée gratuite dans tous les musées.
De plus, des expositions spéciales, des excursions archéologiques
avaient été organisées. Aussi Taffluence fut-elle très grande.
Le congrès était divisé en huit sections :
1"* Histoire ancienne, épigraphie, philologie classique et com-
parée;
2" Histoire du moyen âge et des temps modernes. Méthodo-
logie et sciences auxiliaires de l'histoire ;
3" Histoire littéraire ;
4'' Archéologie et numismatique. Histoire de l'art;
5° Histoire du droit;
6" Histoire de la science géographique. Géographie historique ;
1'' Histoire de la philosophie. Histoire des religions;
8° Histoire des sciences mathématiques, physiques, naturelles
et médicales.
« Le nombre des communications a été tel qu'il fut nécessaire
de diviser certaines de ces sections en sous-sections. La simple
énumération de tous les travaux lus au Congrès ou résumés ora-
lement exigerait beaucoup d'espace et présenterait d'autant
moins d'intérêt qu'une publication spéciale en donnera le texte
ou du moins l'analyse. Je me bornerai à mentionner ceux qui ont
pour auteurs des membres de notre Académie. Mgr Duchesne a
lu un mémoire sur l'état des évêchés d'Italie à la suite de l'inva-
sion lombarde. M. Babelon a fait une communication sur les
monnaies de Septime Sévère et de Caracalla relatives à l'Afrique;
sur une de ces monnaies est représenté le temple d'Eschmoun de
Garthage, devenu, depuis, le temple d"Esculape. M. GoUignon a
traité de l'origine du type des pleureuses dans l'art grec. M. P.
Meyer a présenté quelques remarques sur la propagation du
français en Italie pendant le moyen âge.
« Notre correspondant M. Krumbacher, de Munich, a traité du
Corpus de documents grecs du moyen âge et de l'époque moderne
(jue doit publier l'Académie de Munich.
« Plusieurs sections ont émis des vœux dont quelques-uns
doivent être mentionnés ici comme ayant trait à des questions
qui intéressent notre Académie, à savoir :
« Qu'une même prononciation du latin soit partout adoptée ;
« Qu'il soit dressé une bibliographie complète des documents
184 SÉANCE DU !•'•■ MAI 1903
relatifs à l'histoire italienne et un répertoire bibliographique de
la littérature italienne ;
« Que le prêt des manuscrits se fasse directement de biblio-
thèque à bibliothèque, sans passer par l'intermédiaire des Minis-
tères des alfaires étrangères ;
<( Que, comme travail préparatoire à la publication d'un grand
atlas historique de 1 Italie, on rédige un glossaire des noms de
lieux italiens.
« En principe, toutes les langues ont été admises à ce Congrès.
En fait, les seules langues employées ont été l'italien, le français,
l'allemand, l'anglais et, occasionnellement, dans la première
section, le latin. A ce propos, il n'est pas inutile de mentionner
ici qu'à la section de numismatique un savant allemand a proposé
de n'admettre à l'avenir comme langue commune dans les Congrès
que le français. Celte proposition paraît avoir été accueillie favo-
rablement.
« Il a été décidé que le prochain Congrès historique serait tenu
en iyOf) à Berlin. »
Le PHKsn)ENT remercie M. Paul Mi:vkk de l'intéressante com-
munication qu'il vient de faire.
M. Louis IIavet, prenant texte du vivu émis au Congrès de
Home pour l'uniformisation de la prononciation donnée par les
différents peuples au latin, demande que l'.Xcadémie s'associe
aux elVorts qui pourront être tentés en ce sens. Il signale le fait
que déjà divers maîtres de l'enseignement suj)érieur, comme en
Allemagne M. Biicheler, dans les Iles Britanniques M. Lindsay,
en France M. Victor Henry et M. Havct lui-même, ont person-
nellement mis en usage une prononciation rectifiée. Il fait
remarquer qu'il ne s'agit pas d'établir une prononciation idéale
et irréprochai)le, dont la définition pourrait donner lieu à de
difficiles controverses, mais de renoncer, dans chaque pays, à
des habitudes locales incontestablement fautives et, dans certains
cas, donnant inutilement lieu à des confusions. Le but à pour-
suivre est d'elfacer des dilférenees de prononciation qui n'ont
pas de raisons d'être sérieuses, ou, tout au moins, de les diminuer.
Ces disparates gratuites existent même à l'intérieur des pays de
LIVRES OFFERTS 185
langue Française, si bien que, par exemple, la finale du mot latin
référendum se prononce à Paris -indom et à Genève -ènndouni.
M. BoissiER dit que la règle adoptée par l'Académie française
est de prononcer à la française ce qui est devenu par l'usage un
mot français comme veïevendum et tunii/h/s.
M. Bouché-Leclercq fait un exposé de la discussion qui a eu
lieu à ce sujet. Il y a eu de grandes objections dans la section où
la proposition a été faite.
M. Paul Meyer dit que pourtant le vœu a été adopté par le
Congrès. Il reconnaît d'ailleurs que la chose a besoin d'être bien
examinée avant que Ion songe à la mettre en pratique.
M. JoRET croit que la proposition est acceptable.
M. Havet répète que, dans ses cours, il se conforme autant
que possible à cette règle.
M. BoissiER estime que si l'on généralisait le procédé, on
risquerait de détourner du latin le peu de fidèles qui lui restent.
La plupart des membres sont d'avis de prononcer le latin en
faisant prévaloir l'accent tonique.
M. L. Havet étudie divers passages du discours de Cicéron
Pro lege Manilia et de VAuliilaria de Plante (v. 437).
LIVRES OFFERTS
Le Phésident dépose sur le bureau de rAcadémie le deuxième
fascicule du tome IX (n° 19 de la collection) des Monuments et
Mémoires, publiés sur les revenus de la fondation Eug. Piot (Paris,
1903, in-4°).
186
LIVRES OFFERTS
M. Senart fait hommage à rAcadémie du compte rendu analytique
du Congrès international des études d'Extrême-Orient tenu à Hanoï
en décembre dernier :
X C'est un hommage qui revient de droit à l'Académie ; car on peut
dire (jue c'est lEcole ({u'clle patronne et sur laf|uelle s'exerce sa haute
direction qui a été lame du Congrès. Rien ne saurait faire à l'œuvre plus
d'honneur que ces rapides procès-verbaux. Non seuleinenl le directeur
M. Finot, iioinmé président du Congrès, l'a dirigé avec un tact remar-
quable, a harangué avec le talent le plus lin, mais tous les pensionnaii-es
ou attachés de l'Ecole ont pris aux travaux la part la plus active. Or
ces travaux qui s'étendent à toutes les études d'Extrême-Orient, et
où l'égyptologie même a eu parfois sa place, par leur intérêt. \ouv
variété, leur solidité, sont à la hauteur des prévisions les plus opti-
mistes. Je suis persuadé (pie je ne serai démenti par aucun juge com-
pétent si j'affirme que, parla qualité sinon par labondance, ce remar-
quable ensemble n'a pas à redouter la comparaison avec les assises
internationales similaires de l'Occident. Je suis certain que l'Acadé-
mie partagera la profonde satisfaction que j'éprouve à le proclamer;
à constater tout ensemble, combien de toutes parts ont afflué autour
de la jeune école les témoignages les plus tlattcurs et les plus pré-
cieux, et à quel point a fructifié, en un temps relativement si court,
l'œuvre à laquelle nous ne pouvons (pie nous honorer d'être associés.
Les gouvernements d'Autriche-IIongrie, des Indes néerlandaises,
d'Italie, du Siam y avaient des délégués ofTicieis. Des savants comme
•MM. lleger, lirandes, Pullè, Nocentini, Licblein et bien d'autres ont
pris au Congrès une part active, à côté de la jeune école japonaise
brillamment représentée par MM. Xanjiyo, Tahakusu, Fujishiina.etc.
Une impulsion nouvelle y a été donnée à de grosses entreprises
littéraires comme le manuel de philologie indo-chinoise, le diction-
naire ljou(ldhi(ju(' chinois-sanscril.
<' Nous avons donc tout lieu, je le réj)ète, de nous féliciter des
résultats obtenus, et je considère comme un devoir de saisir cette
occasion pour remercier, au nom de nos études, le Gouverneur
général de la sympathie éclairée ([ue, en ouvrant le Congrès en per-
sonne, il a manifestée [lour une tentative (jui pouvait paraître hardie
et (pii certaiiu'inciil a, plus i|u':iucnnr autre inaiiil'eslalion, caractérisé
et honoré la récente Exposition imio-cliinoise. »
M. Sknaht oITre en outre, en .sou nom, un mémoire qu'il a publié
dans r " Album Kern » sur le mol Xirvnna (Leide, 1903, in-4°).
M. Bahi'.ion :i la [laiole pour un hommage :
LIVRES OFFERTS 187
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de M. André de
Ridder, la seconde partie du Catalogue des vases peints de la Biblio-
thèque nationale {Paris, 1902, in-4°).
u Ce volumineux fascicule est, depuis quelques semaines déjà,
entre les mains de tous les membres de l'Académie; je n'ai donc pas
à en faire ressortir le mérite et l'importance. Je dois seulement, au
nom de M. de Ridder qui m'en a prié, et en mon nom personnel,
comme conservateur du Cabinet des Médailles, remercier l'Académie
qui a bien voulu, sur les fonds Eugène Piot, aider la Ribliothèque
nationale à faire les frais de cette publication. J'aime à croire, d'un
autre côté, que l'Académie trouvera que sa généreuse subvention a
été bien employée; pour mon compte personnel, je saisis avec
empressement l'occasion qui m'est offerte de remercier et de féliciter
publiquement M. de Ridder du soin, du zèle, de la science et aussi
de la rajjidité avec lesquels il a mené à son complet achèvement ce
catalogue considérable et si utile à tous les archéologues. »
M. Emile Picot a la parole pour un hommage :
« Vous savez, Messieurs, quels hommages ont été rendus à notre
éminent confrère, M. Léopold Delisle, à l'occasion du cinquantième
anniversaire de son entrée dans la Société de l'Histoire de France et
au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Le
bureau du Congrès international des Bibliothécaires a tenu à s'asso-
cier à ces hommages en faisant paraître une Bibliographie des travaux
publiés par M. Delisle depuis 1847 jusqu'à ce jour. Le volume, dont
j'ai l'honneur d'offrir un exemplaire à l'Académie, a été rédigé avec
un soin minutieux par M. Paul Lacombe; vous y trouverez les titres
de 1.889 publications faites par notre infatigable confrère dans tous
les domaines de la science historique. La liste des souscripteurs,
imprimée en tête de la bibliographie, contient les noms de neuf cents
érudits appartenant à tous les pays de l'Europe et aux États-Unis
d'Amérique. Un beau portrait, diî à M. Dujardin, complète le volume
supérieurement exécuté par l'Imprimerie nationale. »
M. Bouché-Leclercq offre, au nom de notre confrère, M. Clermont-
Ganneau, la 19*^ livraison du tome V de son Recueil d'archéologie
orientale (Paris, 1903, in-8°) et dont voici le sommaire :
§ 39. Fiches et notules (suite) : Chartimas, patrie de Didon. — Benê
Marzeha. — Confréries religieuses carthaginoises. — La Cène, la
fête phénicienne du Marzeah. — Barad ou Deber ; — § 40. Inscrip-
tions grecques de Sidon et environs ; — § 41 . Les inscriptions phé-
188 SÉANCE DU 8 MAI 1903
niciennes du temple d'Echmoun à Sidon ; — ,i 42. Où était l'embou-
chure du Jourdain à l'époque de Josué (pi. VI); — § 43. Monuments
palmyréniens; — § 44. Inscription grecque de Dora. — § 46. Fiches
et notules : L'ère de Tyr. — La date de la mosaïque de Nebi Younés.
— Inscription de Deir Sem an. — Sahouet (El-Khidhr). — 0£Ôç
' Aovxdrc/'k et 'Aramtâ; — J; 47. Inscriptions grecques du Pont; —
§ 48. Fiches et notules : La c Terre de Reseph ». — Chamim Roumira
et Chamim Addirim. — Sofsaf et Ménagadem; — ^^ 49. Inscription
gréco-palmyrénienne d'Egypte.
M. Salomon Reinach dépose sur le bureau de l'Académie son
Recueil de têtes antiques idéales ou idéalisées (Paris, 1903, in-S").
M. II. Omont a la parole pour un hommage :
« J'ai Ihonneur de déposer sur le bureau de l'Académie les fac-
similés, reproduits par les soins du Hév. A. Peterson, vicaire de Saint-
Barnabas, à Sutton (Angleterre), de deux papyrus d'Oxyrhynchus,
qui offrent peut-êtie les deux plus anciens spécimens jusqu'ici connus
de manuscrits du Nouveau Testament. Le premier contient les ver-
sets 1-9 du chapitre 1 de saint Matthieu; le second, les versets 1-7
du premier chapitre de l'Épitre de saint Paul aux Romains. »
SÉANCE DU 8 MAI
M. A. Thomas écrit à l'Académie pour se porter candidat à la
place de membre ordinaire laissée vacante par la mort de M. G.
Paris.
.M Pli. lh;H(a;u prcseiile l;i plio|(ii;r;ipliie du disque de plomb
avec inscription biiinj^ue dont il ;i annoncé la découverte à la
dernière séance. Les palinelks (jui le decorenl sont très élé-
gantes. Linscription, tant grecque que phénicienne, est de très
bonne époque, presque archaïque. l'>lle paraît devoir se lire :
(( .'\u dieu Phèamios »
Le reste de ce petit texte est presque entièrement ellacé.
SÉANCE Dl 8 MAI 1903
489
M. Berger présente ensuite une nouvelle épitaphe de prêtresse
trouvée par le R. P. Delattre. Elle porte :
« Tombeau d'Ummastoret, fille d'Esmounamas, la prêtresse. »
L'inscription a été trouvée en place, encastrée dans la pierre
fermant l'entrée du sépulcre '.
M. S. Reixacii communique, au nom de M. Clerc, directeur
du Musée de Marseille, un bas-relief découvert à Montsalier
(Basses-Alpes) et appartenant à M. l'abbé Arnaud d'Agnel. II
représente un groupe de trois personnages et une tête humaine
de grande dimension, posée sur une espèce de socle. Sur le socle
sont gravées des lettres grecques qui ne donnent pas de sens ;
M. Clerc suppose qu'on est en présence d'une sculpture et d'une
inscription ligures.
La note de M. Clerc est ainsi conçue :
« Le bas-relief dont j'ai l'honneur de communiquer une pho-
tographie à l'Académie a été découvert il y a quelques mois
dans un village des Basses-Alpes, Montsalier, situé à trois kilo-
mètres de Banon. (,)n a trouve en même temps quelques frag-
ments de poteries grossières , ressemblant aux poteries néoli-
thiques de la région et des lampes de terre cuite, dont l'une
porte la marque bien connue cVAgilis.
« Le bas-relief, actuellement en la possession de M. l'abbé
Arnaud d'Agnel, qui en a compris tout l'intérêt, représente un
1. Voir ci-après.
190 SÉANCE DU 8 MAI 1903
groupe de trois personnages, deux hommes qui saisissent et
paraissent entraîner une femme La femme est vêtue d'une robe
longue et d'un manteau qui l'enveloppe à la façon d'un châle. A
droite de ce groupe est une tôle humaine posée sur une espèce
de socle et beaucoup plus grande à proportion que les person-
nages. Sur le socle sont gravées six lettres grecques ; une autre
inscription, dont il ne reste plus que quelques lettres, court sous
les autres figures. Ces inscriptions, dont les caractères sont de
basse époque, ne paraissent oll'rir aucun sens.
« Ce petit monument, par sa provenance et par sa singularité,
soulève de nombreuses questions : il semble que l'on soit en
présence d'une sculpture ligure. M. Arnaud d'Agnel se propose
de publier un mémoire sur ce sujet, et je me borne à attirer
l'attention de l'Académie sur cette découverte. «
M. Delisle, au nom de la Commission des Antiquités de la
France, fait le rapport suivant :
« Un règlement remontant à une trentaine d'années a limité
à trois le nombre des médailles et à six le nombre des mentions
à décerner aux ouvrages qui sont envoyés au concours des Anti-
quités de la France.
« Depuis plusieurs années, la Commission des Antiquités s'est
trouvée fort embarrassée par le nombre et la valeur des ouvrages
qu'elle est appelée à juger. Elle a eu plus d'une fois conscience
de commettre de véritables injustices par suite de l'imiiossibililé
de récompenser plus de neuf ouvrages.
« Cette année, la Commission a entendu des rapports d'après
lesquels treize ouvrages ont été rangés dans la première catégo-
rie, c'est-à-dire jugés dignes de concourir pour une médaille.
« D'après le règlement actuellement en vigueur, la Commis-
sion ne pourrait pas même accorder une simple mention à quatre
de ces ouvrages.
« Pour parer à cet inconvénient et éviter de commettre des
injustices, la Commission, par un vote unanime, demande à
r.Académie de ne pas limiter à l'avenir le nombre des mentions
qui peu\ ent être décernées aux concurrents. »
La proposition de la Commission est adoptée.
SÉANCE DU 8 MAI 1903 191
M. Hamy donne connaissance à l'Académie, au nom de la Com-
mission de la fondation Garnier, des propositions suivantes :
1° Allouera M. H. Dufour, architecte diplômé, ancien attaché
à l'École française d'Extrême-Orient, une somme de 6.000 francs
pour reprendre les recherches qu'il a commencées pendant
l'hiver de 1901-1902 dans le monument khmer du Bnyon à
Ang'kor-Thôm (Siam).
M. Dufour a fait connaître dans une notice adressée à l'Aca-
démie l'intérêt que présente le Bâyon, l'étal actuel de ce monu-
ment et les fouilles qu'il reste à faire, notamment pour déblayer
les bas-reliefs qui décorent la première enceinte du monument
actuellement ensevelis sous les éboulements. Il demande pour
exécuter ce travail , qui lui permettrait d'achever de réunir les
matériaux d'une monographie complète, une somme de 12.000
francs, dont 6.000 seulement seraient à prélever sur l'exercice
courant, le reste de l'allocation étant imputable sur l'exercice 1904.
Cette campagne serait en eil'et entreprise en octobre et se prolon-
gerait jusqu'à entier achèvement.
La Commission attache le plus grand prix à l'achèvement des
études sur le Bâyon et propose à l'Acadéniie d'accorder à
M. Dufour pour les mener à bon terme une allocation de 6.000
francs renouvelable au commencement de 1904.
2° Accordera M. le capitaine Lenfant,de l'artillerie coloniale,
attaché à la section technique des troupes coloniales au Ministère
de la guerre, les moyens d'accomplir, de la fin de juin à décembre,
un voyage d'exploration destiné à relier directement par le
Mayo-Kabi, affluent de la Bénoué, par le chapelet des lacs et par
les marécages du Toubouri, dune partie Bas-Niger et la Bénoué,
de l'autre le Logone, le Chari et le Tchad. Cette route, signalée
déjà par Barth et sur laquelle M. Lenfant a recueilli pendant ses
longues navigations sur le Niger les renseignements les plus
précis, constituerait une voie de pénétration relativement rapide
et peu coûteuse qui permettrait de transporter dans notre terri-
toire du Tchad une tonne de ravitaillement en 60 jours au prix
de 400 francs , tandis qu'il faut actuellement cinq mois par le
Congo et que le prix de transport atteint 2.000 francs.
L'itinéraire de M. Lenfant serait neuf entre Garoua et le
Logone , et l'explorateur s'est mis en mesure de rapporter sur
192 sÉANCR 01 8 MAI I90:^
toute cette région inconnue les renseignements les plus complets.
En redescendant le Niger, il pousserait jusqu'à Hénin et setl'or-
cerait d'y recueillir quelques-unes de ces curieuses œuvres d'art
d'une civilisation nègre aujourd'hui disparue et qui ont été l'objet
de publications si intéressantes en Angleterre et en Allemagne.
La Commission de la fondation Garnier, fraj)pée de l'intérêt à
la fois scientifique et patriotique de l'entreprise de M. le capi-
taine Lenfant, propose à l'Académie de disposer en sa faveur
d'une annuité des revenus dont elle dispose, soit lô.OOO francs.
3" La Commission propose enfin de donner une somme de
L500 francs à M. le lieutenant Desplagnes, du 2*-' régiment de
tirailleurs sénégalais, pour continuer les recherches archéologiques
qu'il a commencées dans la vallée du Niger et dont il a entretenu
l'Académie dans sa séance du i juillet 190-2. Les résultais des
fouilles pratiquées dans un des grands tumulus de Goundam en
1901 sont assez intéressants pour faire espérer que celles qu'il se
propose d'entreprendre près de Gao seront également très fruc-
tueuses. M. Desplagnes commencerait par ouvrir un monument
funéraire dont la date est assez bien déterminée et qui appar-
tient à l'époque des Askia et, ayant ainsi assuré sa base d'opéra-
tion, il attaquerait les grandes salles de Suiiipi. etc.
La somme de 1.500 francs demandée par ce chercheur lui
permettrait d'avoir à sa disposition pendant quatre mois environ
une équipe de dix ouvriers noirs.
Ces '2'2.'i(H\ francs prélevés sur les revenus disponibles du legs
Benoît Garnier, il reste pour l'imprévu une sommede().0"2"J francs.
Les propositions de la Commission sont adoptées par l'Aca-
démie,
M. ]î.\ni:i.(iN communique à l'Académie un grand médaillon d'or
do Constantin cpii fait piirtie des collections de ^L Carlos de
Reistegui. Ce médaillon qui donne à Constantin le titre d'invic-
tii.s ('onsl;uilinii.s M;i.rinnis Auf/tislns, cl porte au revers la
légende: Fvlix udrenlu.s Aiu/u.slitniiii iio.slniriim , a été frappé
pour commémorer la célèbre entrevue de Constantin et de
Licinius, à Milan, en ff'vricr 'M'.\. (»n sait cpie c'est dans cette
conférence (pic fut pi-oclanic'C pour l;i picinièrc l'ois la hi)crté des
cultes.
SÉANCE DU 8 MAI 1903 193
M. Salomon Reinach commente une inscription, récemment
découverte à Rome, qui fait connaître les exploits d'un cocher
du cirque du temps de Domitien , Avilius Teres. L'inscription
indique les noms et le pays d'ori^'^ine des chevaux qui ont valu
ses nombreuses victoires à Avilius. Presque tous ces chevaux
sont africains ; quelques-uns sont grecs, g-aulois ou espagnols.
Dans d'autres documents du même genre, qui sont des « éloges •>■>
de cochers, ce sont toujours les chevaux africains qui sont les
plus nombreux. Pas une seule fois il n'est question d'un cheval
arabe. C'est que les Arabes, à l'époque de l'Empire romain,
avaient des chameaux et non des chevaux de sang, tandis que les
habitants de l'Afrique du Xord avaient les plus beaux chevaux du
monde et ne possédaient pas de chameaux. 11 faut descendre
jusque vers l'an 1100 après J.-C. pour trouver, dans un texte
grec, l'éloge du cheval arabe. Dans l'intervalle s'était produite
l'invasion arabe dans l'Afrique du Xord, qui reçut sans doute, à
cette occasion, un grand nombre de chameaux, mais à laquelle
les Arabes enlevèrent ses meilleurs chevaux; désormais, le cheval
barbe, introduit en Syrie et en Arabie, y fera souche de la race
arabe. C'est d'Afrique, et non d'Arabie, que les Egyptiens, les
Grecs et peut-être les Assyriens ont obtenu leurs meilleurs
chevaux ; si le cheval grec du Parlhénon ressemble à la fois au
cheval arabe et au cheval anglais, c'est qu'ils ont pour ancêtre
commun le cheval barbe. Ce dernier est probablement un dérivé
d'une des variétés de zèbres indigènes en Afrique et n'a rien de
commun avec le cheval quaternaire européen, qui a donné les
races communes de l'Europe et de l'Asie. L'hypothèse de la
provenance asiatique des chevaux de race noble est aussi dénuée
de fondement que celle de l'origine asiatique des Aryens.
MM. BoissiER, Hamy, Pottier et Heuzey présentent quelques
observations.
194
COMMUNICATION
VASE DE PLOMH AVEC INSCRIPTION BILINGUE
DÉCOLVEUT A CARTHAGE.
NOTE DE M. PHILIPPE BERGER, MEMBRE DE i/aCADÉMIE
Le R. P. Delatlre m'adresse, pour être communicjué à
l'Académie, un nouvel objet d'un réel intérêt, trouvé dans
les fouilles à Carthage. Voici ce qu'il m'écrit à son sujet :
(' G est un disque de plomb, de 0'" 095 de diamètre,
sorte de patère lég-èrement concave, dont la partie convexe
est décorée de palmettes et porte vers le centre une inscrip-
tion disposée en cercle. On y lit les lettres D^a"") qui si»>^ni-
lient sans doute : « aux dieux ». Le reste de rinscnj)tion
se compose de caractères appartenant, je crois, à l'alphabet
grec archaïque. »
Les observations du H. P. Delattre sont parfaitement
justes. Le mot Q'^N'i est écrit très nettement, en caractères
assez anciens; à sa suite, on lit, en grec archaïc[ue :
01 r! OHAMV^-
La dernière lettre est douteuse, et l'on [bourrait être lenlé
de lire '^r,:x[j.<.z-
Les deux lettres OZ ne sont p:is imn plus certaines, et
sont séparées du groupe <t)HAMV par un intervalle d'au
moins deux lettres que je ne réussis pas à lire'. De laiilre
côté, une lacune, occupant à peu ])rès un tiers de la circon-
férence, sépare les lettres OZ du mot D'^C"'.
1. Pcul-ctre, avant le s, faiiili'ait-il Miir li's Irari's il'iin aiid'c a.
VASE DE PLOMB AVEC INSCRIPTION BILINGUE
195
Comment faut-il agencer ces fragments d'inscription?
Pour le comprendre, il faut en rapprocher un ex-voto trouvé
à Garthage par M. de Sainte-Marie, et qui figure aujour-
d'hui à la Bibliothèque nationale '. Ce petit texte, unique en
son genre, porte, après la dédicace ordinaire les mots :
ce qua voué Euklea.
La partie grecque de l'inscription gravée sur la coupe de
plomb doit contenir de même le nom soit de la divinité,
1. Ph. Berger, Gazette archéologique. 1876, p. 117: Cl. S., I, 191.
96
VASE DE PLOMB AVEC INSCRIPTION BILINGUE
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VASE DE PLOMB AVEC INSCRIPTION BILINGUE 197
soit plutôt de celui qui a fait l'oirrande. Nous avons là sans
doute, non pas deux inscriptions, l'une en phénicien, l'autre
en grec , qui seraient la traduction l'une de l'autre , mais
une seule inscription, écrite en partie en phénicien, en par-
tie en grec.
L'étendue de la lacune qui a fait disparaître le début de
l'inscription grecque en rend la restitution assez malaisée;
cette lacune toutefois pourrait être notablement réduite, si
l'on suppose, avant les mots « aux dieux », la formule « ce
qu'a voué ». En elfet, à la distance voulue, on aperçoit les
traces d'une lettre qui pourrait être un alef^.
Gela nous donnerait :
OZ..ct>HAMV ûSxS [TTJ ur]N.
Ce qu'a voué aux dieux- 0'C,..(fqocii.\j.
Je laisse aux hellénistes le soin de déterminer le sens de
la partie grecque-^. Je me bornerai à faire remarquer la
forme très particulière du 9 ; on serait tenté de le prendre
pour un koppa; mais M. Foucart me dit que la paléographie
de l'inscription grecque ne permet guère de la faire remon-
ter plus haut que le iv"" siècle , et l'examen des quelques
caractères phéniciens conduit à une conclusion analogue.
Je joins à cette note deux autres inscriptions que m'a
communiquées le R. P. Delattre.
L'une est une nouvelle épitaphe de prêtresse, trouvée le
21 avril, en place, à l'entrée d'un caveau. L'inscription,
comme toujours, est gravée sur une pierre dont la face seule
1. Le R. P. Delattre, que j'ai consulté à ce sujet, m'a écrit, depuis la
lecture de cette note à l'Académie, que l'examen de l'original n'est pas favo-
rable à cette lecture.
2. Le mot Elim peut être pris, soit comme un pluriel » aux dieux », soit
comme un singulier « la divinité » ou « au dieu un tel ».
3. J'ai songé un moment à un dérivé du nom du dieu phénicien Paam,
qui a donné en grec les formes Poumaios et Pygmaios.
1903. 14
198
VASE DE PLOMB AVEC INSCRIPTION BILINGUE
a été dressée, équarrie et polie. Mais, au lieu d'être encas-
trée dans une dalle de fermeture, elle était fixée dans une
épaisse couche d'argile dont on avait clos l'ouverture de la
tombe.
En voici le texte et la traduction :
[Ossements] de Ummastoref, fille d'Esmounamas, la prê-
tresse.
Le R. P. Delattre m'annonce qu'il me donnera, par le
prochain courrier, des détails sur le contenu du caveau.
L'autre^est une inscription tracée à l'encre sur une
amphore. L'inscription est peut-être incomplète à gauche.
On voudrait lire pG^T « de Magon ». Le dernier carac-
tère, qui pourtant paraît très nettement tracé, me déroute
entière ment.
199
LIVRES OFFERTS
M. Louis Léger présente au nom de l'auteur, M. Constantin
Jirecek, membre de l'Académie des sciences de Vienne, la deuxième
partie de l'ouvrage intitulé : Die Hoinanen in den Stâilten Dalmatiens
wàhrend des Mittelallers (extr. des Mémoires de l'Académie des
sciences de Vienne, 1903), dont la première partie a déjà été offerte
à l'Académie (voir Comptes rendus, année 1902, séance du 10 janvier,
p. 17-18). Ce second fascicule comprend des textes romans de Dalmatie
de l'année 1284 à 1528. Ces textes sont au nombre de 18. Le fascicule
renferme en outre deux index : l'un comprend la liste des prénoms
romans, grecs, chrétiens ou autres ; l'autre, celle des noms slaves
employés en Dalmatie du x" au xvi« siècle.
M. Havet présente, au nom de M. l'abbé J.-M. Meunier, de la
Société de linguistique de Paris, un opuscule intitulé : La pronon-
ciation du latin classique (extr. de la Revue du Nivernais. Nevers,
1903, viii-38 p. gr. in-S").
« Cet opuscule, dit M. Havet, est précédé d'une dédicace émue à
la mémoire de notre illustre confrère Gaston Paris, qui avait encou-
ragé l'auteur et devait être son patron auprès du public instruit. Il se
présente modestement comme une œuvre de vulgarisation, mais une
œuvre faite on vue d'un but pratique. Pendant que le Congrès de
Rome émettait un vœu tendant à l'uniformisation, et par conséquent
à la réforme des prononciations nationales du latin, M. l'abbé Meunier
écrivait pour gagner à la même cause des lecteurs français, particu-
lièrement dans les milieux ecclésiastiques. Aussi invoque-t-il un
argument d'utilité qui a pu échapper aux champions laïques de la
réforme : au dernier concile du Vatican, certains évêques français
furent contraints au silence par la prononciation qui seule leur était
familière; « de tous les évêques qui s'exprimaient en latin au concile,
u les Français entendaient le moins et étaient le moins entendus ».
Quant aux arguments de théorie, tendant à déterminer la prononcia-
tion vraie de chaque son latin, ils sont présentés sous une forme
exacte, claire et convaincante, et ils permettent à tous les lecteurs
de se faire une opinion saine et solide. »
200 SÉANCE DU 15 MAI 1903
M. CoLLiGNON ofTre à l'Académie un fascicule de la Bibliothèque
(les Ecoles françaises d'Athènes et de Home contenant les Index du
Catalogue des Vases peints du Musée national d'Athènes, par MM. Max
CoLLiGNON et Louis Couve. Il annonce que la publication sera pro-
chainement complétée par un album in-4° où seront reproduits les
principaux types de vases.
M. IlÉHON DE ViLLEFOSSE offrc à TAcadémie, au nom de M. de Mély,
une brochure intitulée : Deux sarcophages anthropomorphes décou-
verts à Carthage (extr. de la Gazette des Beaux-Arts, 1903).
Il s'agit des deux derniers sarcophages découverts par le R. P.
Delattre, représentant l'un un prêtre et l'autre une prêtresse ; ce
dernier, comme on le sait, est rehaussé dor et de brillantes couleurs.
M. de Mély en fait ressortir tout le prix et les rapproche fort heureu-
sement des sarcophages de Sidon et du buste de la dame d'Elche.
M. Delisle présente à l'Académie le Cartulaire de l'abbaye de
Saint-Aubin d'Angers (Paris, 1903, 3 vol. in-8°), dans lequel M. le
comte Bertrand de Broussillon a réuni toutes les chartes de cette
abbaye antérieures au xiii" siècle, d'après un cartulaire rédigé vers
1170, et d'après les originaux et les copies disséminés dans les dépôts
de Paris et de l'Anjou. C'est une des plus riches séries de textes
diplomatiques du x'' au xii'' siècle que nous possédions pour l'Ouest
de la France.
SÉANCE DU 15 MAI
M. Lamoureux écrit au Secrétaire perpétuel pour lui faire
connaître que M. Fournier, son beau-père, aujourd'hui décédé,
a, dans une lettre laissée par lui, exprimé le désir que plusieurs
ouvraj^es qu'il a écrits sur Christophe Colomb et sur l'histoire
de la flécouverte de l'.Aniérique, non encore édités, fussent oiïerls
à l'Académie. M. Lamoureux prie la Compaj^nie de vouloir bien
agréer le don de ces manuscrits.
L'Académie accepte l'oUre de ces documents.
SÉANCE DU 15 MAI 1903
201
M. Babelon lit, au nom de M. Clermont-Ganneau, la note
suivante :
« Je viens de recevoir de M. Weber (lettre du 5 mai 1903),
ingénieur des ponts et chaussées de l'empire ottoman à Tripoli de
^RCf[>AIK?RV^F
jy.-
m
,,, '/-ii|'
Barbarie, le dessin et des estampages d'un petit monument intéres-
sant, provenant de Leptis Magna. C'est une colonnette de pierre
calcaire, haute de 1 "" 43, dont le fût, engagé dans un pilastre
plat, est surmonté d'un chapiteau sculpté dans le même bloc.
202 SÉANCE DU lo MAI 1903
Sur la face antérieure de l'abaque est gravée une ligne de carac-
tères romains ; l'inscription se poursuit en deux autres lignes
dans un cartouche formant la partie inférieure du chapiteau.
Le tout me semble devoir se lire :
Merc[urio) et Mi'nervx, Animos[a], summa fide.
« Dans la face supérieure de l'abaque est pratiqué un encastre-
ment rectangulaire montrant qu'il devait servir de socle à
quelque motif de sculpture disparu, peut-être quelque statuette.
Le tout devait être appliqué par sa face postérieure contre quelque
édifice de forme et de dimensions indéterminées'. »
M. PoTTiER signale la publication du troisième rapport de
M. Evans sur ses belles fouilles de Gnossos, en Crète {Annual
of Ihe hrilish school, Vlll, 11)01-1902). Outre la jolie statuette
d'ivoire dont M. S. Reinach a déjà présenté des photographies à
l'Académie et qui représente sans doute une femme faisant des
tours de voltige dans une course de taureaux, le principal monu-
ment à signaler est une mosaïque composée de plaquettes de
terre cuite émaillée : on y voit des maisons à deux étages, avec
des fenêtres à croisillons, dont l'architecture présente des analo-
gies avec certains types de maisons égyptiennes ; le Louvre
possède un petit modèle funéraire d'habitation égyptienne où
l'on remarque la même disposition. Sur d'autres plaquettes sont
figurés des personnages, des animaux, des plantes et arbrisseaux.
On peut citer encore sur un morceau de fresque une femme du
type mycénien connu, aux boucles éparses sur le front, aux
cheveux envolés derrière elle comme dans un mouvement de
danse rapide. Une chambre de culte contenait une grande quan-
tité de poteries et, dans le fond, sur une base formant estrade, des
autels à cornes avec une série d'idoles féminines en terre cuite
du caractère le plus primitif : une de ces déesses porte sur la tête
une colombe , détail à rapprocher des petites figures d'or trou-
vées à Mycènes. Il paraît certain que dès cette époque on ado-
1. En me reporlanl à mon carnet de voyape, je constate que la trouvaille
de ce monument m'avait été isi|,maléc lors de mon passa},-c à Khums en 1S95,
comme ayant été faite à Leptis Ma^na quelques années auparavant. La
colonnelte était, m'a-l-on assuré, surmonte d'une jolie statue de marbre
représentant une jeune lille drapée.
SÉANCE DU 15 MAI 1903 203
rait une sorte d'Aphrodite à la colombe. Le signe de la Double-
Hache continue à se trouver en grand nombre sur les menus
objets. Enfin, pour la première fois, on a recueilli des poteries
avec inscriptions peintes en caractères crétois.
M. Salomon Reinach rend compte, ainsi qu'il suit, des résul-
tats des concours des Antiquités de la France.
Les trois médailles réglementaires ont été attribuées aux
auteurs suivants :
l'^'' médaille de 1.500 francs : M. l'abbé Angot, Dictionnaire
historique de la Mayenne.
2*^ médaille de 1.000 francs: M. Gsell, Les monuments antiques
de r Algérie.
3'^ médaille de 500 francs : M. Espinas , Les finances de la
commune de Douai, des origines au XV^ siècle.
Vu l'importance des ouvrages présentés au Concours, la Com-
mission a été d'avis de demander à M. le Ministre l'autorisation
de disposer d'une quatrième médaille de 500 francs en faveur de
MM. Maître et de Berthou, pour leur ouvrage intitulé : Itiné-
raire de Bretagne.
Les mentions honorables ont été attribuées ainsi qu'il suit :
l""^ mention : M. l'abbé Dijon, L'église abbatiale de Saint-
Antoine en Dauphiné.
2*^ mention : M. Labande, Etudes d'histoire et d'archéologie
romane.
3*^ mention : M. de Romanet, Géographie du Perche.
4® mention : M. Alliot, Visites archidiaconales de Josas au
XV^ siècle.
S® mention : M. de Rochemonteix, Les églises romanes de la
Haute- Auvergne.
6*^ mention : M. Pagart d'Hermansart, L'administration muni-
cipale de Saint-Omer.
1" mention : MM. de Gérin-Ricard et l'abbé A. d'Agnel : Les
antiquités de la vallée de l'Arc.
204 SÉANCE DK 22 MAI 1903
8« mention : M. Portai, Histoire de la ville de Cordes.
9^ mention : M. Porée, Le consulat et radininistralion muni-
cipale de Mende.
LIVRES OFFERTS
M. DE BoiSLisLE présente, de la part de M. Emmanuel Rodocanachi,
une élégante réimpression en fac-similé de rexeniplairo unicpie qui
paraisse avoir subsisté dos « Réflexions sur les luiit l)éalitudes du
sermon de Jésus-Christ sur la montaoïic... », ojjuscule de piété
publié en 1685, à Paris, chez Lainl)ert Houland, imprimeur, liliraire
ordinaire de la Reine, et (juc la correspondance du résident florentin
Zipoli permet d'attribuer à la Grande Mademoiselle, fille de Gaston
d'Orléans. 1/exemplaire uniciue a été retrouvé à Florence, dans la
bibliothèque Riccardiana.
SÉANCE DU 22 MAI
M. Ph. Berger communique à TAcadémie la lettre suivante
suivante que lui a adressée M. G. liénédite :
Palais du Louvre, ce 15 mai 1903.
Cher Monsieur,
Pendant le séjour (jue je viens de faire en É^^ypli-, j'ai été presijue
le témoin d'un événement tragique qui a été pour l'Institut français
d'archéologie orientale, au moinciit lurme où l'on l'rtail le jubilé des
Écoles françaises de Rome et d'Athènes, un véritable i)aptême du
sang. Un jeune membre dtr notre école égyplologifpie du Caire,
M. Gomberl, quelques jours avant de terminer les fouilles qui consti-
SÉANCE DU 22 MAI 1003 205
tuaient sa période de travaux de troisième année , a trouvé la mort
dans les circonstances les plus inattendues et les plus douloureuses.
M. Gombert avait choisi le site de Tounah, à la limite du territoire
de la capitale du roi hérétique Aménôthès IV, pour y explorer des
terrains connus comme l'un des principaux gisements d'objets en
céramique émaillée, Tell el' Amarna, auquel se rattache ce site, ayant
été l'un des centres industriels les plus importants de l'Egypte pen-
dantle second Empire thébain. Les résultats obtenus avaient été, au
rapport de M. Chassinat, directeur de l'École du Caire, très satisfai-
sants, et M. Gombert pouvait clore très honorablement sa campagne,
lorsqu'il eut la fatale pensée de vouloir explorer l'éperon montagneux
sur lequel est gravée la haute stèle-frontière d' Aménôthès IV. En
courant sur le rebord en corniche qui se trouve à mi-côte, le malheu-
reux fit un faux pas et fut précipité de 15 mètres de haut sur la roche
vive qui affleure en cet endroit. Tout le monde, on a eu la consolation
de le constater, a fait son devoir après ce terrible accident, depuis
les fellahs employés aux fouilles qui ont porté les premiers secours
et prévenu les autorités locales, jusqu'à l'administration égyptienne
qui, dans tous les détails, a su faire face à toutes les circonstances
comme dans les pays les plus civilisés. Tout cela a été constaté par
M. Chassinat, qui s'est immédiatement rendu sur les lieux, accompa-
gné de M. Lacau, membre français de la commission du catalogue,
résidant à l'Institut archéologique, et, après les premiers pansements,
faits sur les lieux par le médecin égyptien du district et par le méde-
cin américain de la mission méthodiste d'Assiout, tous deux ont fait
le nécessaire pour ramener Gombert, les deux genoux brisés et épuisé
par une longue hémorragie.
Malgré tous les soins, l'infortuné expirait au Caire, à l'hôpital fran-
çais, le jour de Pâques, avant l'arrivée de son père et de sa sœur.
La colonie française du Caire 'ui a fait de touchantes funérailles
auxquelles a pris part l'élite des colonies étrangères ; par contre, en
France, ce douloureux événement est passé inaperçu. Je crois donc
accomplir un acte de solidarité scientifique et de bonne camaraderie
envers un jeune, en vous priant de transmettre en mon nom à
l'Académie des inscriptions une nouvelle qui ne peut pas lui être
indifférente, et je vous prie, cher Monsieur, de vouloir bien agréer
l'expression de mon plus entier dévouement.
G. Bénédite.
M. Maspero ne manquera pas de parler des travaux de M. Gombert
lorsqu'il communiquera à l'Académie les résultats des travaux de
l'École française du Caire, selon son habitude.
206 SÉANCE DU 22 MAI 1903
Cette communication fuit une impression douloureuse dans
l'Académie.
L'Académie procède à l'élection d'un membre ordinaire, en
remplacement de M. G. Paris, décédé.
Le Président donne lecture des articles du règlement concer-
nant l'élection d'un membre ordinaire.
Il rappelle les noms des candidats :
MM. Klie Berger, Maurice Groiset et A. Thomas.
II est procédé au scrutin.
Il y a 35 votants ; majorité, 18.
Au premier tour de scrutin, MM. Maurice Groiset et Thomas
obtiennent chacun 12 suffrages, M. Elie Berger 11.
Au deuxième tour de scrutin , M. Maurice Groiset obtient
15 suffrages, M. Élie Berger 11, M. Thomas 9.
Au troisième tour de scrutin, M. Maurice Groiset obtient
•22 suffrages, M. Élie Berger 8, M. Thomas 5.
En conséquence, M. Maurice Groiset, ayant obtenu la majorité
absolue des suffrages, est proclamé élu. Son élection sera sou-
mise à l'approbation de M. le Président de la République.
M. L. Havet annonce que la Commission du pri\ Honoré
Chavée a partagé le prix en trois parts égales entre : 1°MM. Cons-
tantin et Désormeaux pourleur Diclionnuîre savoyard.-^uhWé sous
les auspices de la Société Florimontane d'Annecy; 2° MM. Dottin
et Langoiiet pou.- leur Glossaire du parler de Pléchàlel (Ille-et-
Vilaine) ; et 3^^ M. Ch. Guerlin de Guer, pour ses ouvrages inti-
tulés : I. Le parler populaire dans la commune de Thaon
(Calvados); II. Essai de dialeclolo(/ie normande, et pour ses
autres publications relatives aux parlers normands.
L'Académie procède à l'élection d'une commission de six
membres qui sera chargée d'arrêter le règlement de la donation
de Clercq.
Sont nommés : MM. nii NOia i:, IIiazEv, Behger, Coli.ignon,
BaBEI.ON et POTTIER.
M. Charles Joret fait une communication sur la bataille de
Formigny gagnée le 15 août I i5(» sur les Anglais par le comte
SÉANCE DU 22 MAI 1903 207
de Glermont et le connétable de Richement. En comparant
entre elles les descriptions des chroniqueurs du xv" siècle et en
les suivant sur une carte des communes d'Aignerville et de
Formigny, il montre que la bataille n'a pu être livrée, comme
l'ont affirmé des historiens récents, sur le territoire de la seconde
de ces communes, mais sur celui de la première, sur un plateau
peu élevé qui domine un ruisseau voisin. Glermont, qui arrivait
de Garentan et avait passé dans la matinée la Vire près d'Isigny,
aperçut à 14 kilomètres l'armée anglaise; il la fit attaquer par
un détachement de cavalerie, puis dirigea contre l'ennemi le tir
de deux coulevrines qui, un instant, mit le désordre dans ses
rangs ; mais bientôt, revenant à eux, les archers anglais se pré-
cipitent sur les troupes françaises, qui reculent, et s'emparent
des coulevrines. Heureusement, par un mouvement tournant,
Brézé parvient à disperser les archers anglais et reprend les
coulevrines. Le combat devient donc général. Mais Glermont,
inférieur en nombre, aurait été battu, quand Richement, arrivant
de Trévières, traverse le ruisseau et attaque les Anglais en flanc
et par derrière ; ceux-ci s'étonnent et reculent ; deux de leurs
capitaines prennent la fuite avec leurs soldats, le reste de l'armée
est cerné, massacré ou fait prisonnier. Les noms de Guerre, Pré
aux Anglais, Souvenir des Anglais, Saignerie des Anglais ont
conservé le souvenir de cette sanglante journée qui amena la
délivrance définitive de la Normandie.
MM. DiEULAFOY et Lair présentent, à la suite de cette commu-
nication, quelques observations.
M. Daniel Serruys communique un fragment important des
actes du concile iconoclaste de l'an 815. L'histoire de cette
assemblée était connue. Après la déposition du patriarche
Nicéphore, Léon l'Arménien réunit un concile d'évêques icono-
clastes qui adhéra au concile hérétique de 754 et répudia le
concile de Nicée de 787. Une lettre de l'empereur Michel et la
vie de Théodore Studite conservent le souvenir de ces faits. Mais
les actes de ce synode hérétique semblaient perdus.
En fait, ils se trouvent reproduits dans un ouvrage encore
inédit du patriarche Nicéphore. Ce traité est l'œuvre principale
208 LIVRES OFFERTS
de cet auteur. C'est une réfutation méthodique et un historique
détaillé de riconoclastie. Il se divise en deux parties : la première
discute les décisions des conciles hérétiques, la seconde est con-
sacrée aux témoignages invoqués par les assemblées. L'ouvrage
est déjà signalé dans le catalogue des œuvres de Nicéphore,
dressé par Banduri. C'est le manuscrit même dont s'est servi
Banduri, qu'a utilisé M. Serruys.
Ce manuscrit fut donné par Lascaris à François P"". C'est un
beau codex du xiv^ siècle, écrit avec soin. Il se trouve à la
Bibliothèque nationale de Paris, sous le n" 1250. Les citations
hérétiques y sont toujours précédées de Tobèle. C'est grâce à
cette circonstance que l'on a pu réunir sans difTiculté les tron-
çons épars du document de 815.
Après avoir donné lecture à l'Académie du document reconsti-
tué, M. Serruys constate que si cette proclamation contient une
allusion méprisante à l'impératrice Irène, une critique acerbe du
deuxième concile de Nicée, et une adhésion formelle, — mais
inévitable, — au concile de 754, elle n'en présente pas moins
plus de circonspection et plus de modération que cette assem-
blée. Opposant cette attitude à la violence de l'iconoclastie
impériale au même moment, M. Serruys croit qu'on doit distin-
guer l'iconoclastie dogmatique de l'iconoclastie ofiicielle dont il
faut déterminer les causes propres.
LIVRES offe:rts
Le Secrétaire perpétuel présente, au nom de notre confrère,
M. le duc de La Trémoïlle, un ouvrage intitulé : Madame des Ursins
et la succession d'Espagne , fraymcnts de correspondance , tome II
(Nantes, 1903, 10-4°).
M. Delisle dépose sur le bureau do l'Académie la pnhlicalion que
Mgr Bellel a faite de la Bio-bibliographie de notre correspondant
M. le chanoine Ulysse Clicvalicr. Ce simple relevé de tiln-s d'où-
SÉANCE DU 29 MAT 1903 209
vrages et d'articles suffit pour uiettre en relief la part ([ui revient à
M. le chanoine Chevalier dans la renaissance en France des éludes
ecclésiastiques, de celles surtout qui ont pour objet la littérature
liturgique. 11 montre aussi l'étendue des services que nous rendent
journellement des dépouillements opérés avec autant de critique que
de patience.
La fête de famille que viennent de célébrer les amis de M. le
chanoine Chevalier coïncidait avec l'achèvement de la Topo-bibliogra-
phie. Ils ont, en même temps, rendu hommage au courage avec lequel
notre savant et infatigable correspondant se remettait à l'œuvre
pour compléter et refondre la Bio-bibliographie du moyen âge, l'un
des plus vastes et des plus utiles répertoires bibliographiques que la
fin du xjx'= siècle ait vu paraître.
SÉANCE DU 29 MAI
M. le maire de Chartres, dans une lettre qu'il adresse au
Secrétaire perpétuel, prie l'Académie de vouloir bien se faire
représenter à la cérémonie qui doit avoir lieu, à Chartres, le
7 juin prochain, pour l'inauguration du monument élevé à la
gloire de Pasteur parle département d'Eure-et-Loir.
Le Secrétaire perpétuel fait connaître qu'il a été décidé que
M. Ghauveau, délégué de l'Académie des sciences, représentera
l'Institut à cette cérémonie.
M. Gagnât fait connaître, de la part de M. le D'^ Carton, que
les fouilles de Sousse, subventionnées par l'Académie, ont com-
mencé. Elles ont déjà amené la découverte de lampes , de petits
autels et de stèles puniques, ainsi que de l'orchestre d'un théâtre.
Voici la lettre de M. le D'' Carton :
Sousse, 12 mai 1903,
Cher Monsieur,
Vous seriez bien aimable d'annoncer à l'Académie des inscriptions
et belles-lettres que je viens de commencer, à El Kenissia , les
210 SÉANCE DU 29 MAI 4903
fouilles pour lesquelles la savante Compagnie a eu la bienveillance
de m'accorder un subside.
Je me suis adjoint M. le capitaine Ordioni, dont le zèle vous est
bien connu, pour la direction des travaux. Le colonel a bien voulu
m'accorder quelques hommes, et les fouilles seront faites en partie
par la main-d'œuvre civile, en partie par la main-d'œuvre militaire.
Cela me permettra d'acheter trois ou quatre oliviers qu'il faudra
arracher pour dégager ou du moins explorer le théâtre. Los fouilles
ont porté jusqu'ici sur deux points. La nécessité de préparer la voie
d'accès à l'orchesti-e n'a permis, en effet, que d'employer quelques
hommes à ce travail, et on a pu, pendant quehjues jours, en mettre
en un autre point de la ville antique que nous explorons. A cet
endroit, que je pensais être la nécropole, on a trouvé un très grand
nombre (près d'une centaine) de lampes puniques, de petits autels
en terre cuite cl une stèle qui rappelle tout à fait certains monu-
ments votifs de Carthage et d'iladrumète. On y voit, en effet, au
centre, les cippes ou cônes qui se trouvent sur les stèles du Louvre
envoyées d'iladrumète par M. l'abbé Trihidez ; à gauche, est l'image
triangulaire, en haut d'une hampe; à droite, le caducée; le tout
flanqué de deux colonnes cannelées à chapiteau punique, et surmonté
du croissant renversé sur le disque. A la i)arlie supérieure, qui est
brisée, il y avait peut-être l'ura^us.
Au théâtre, on commence à descendre vers l'orchestre par un des
deux voinitorla situés à l'extrémité de la scène. Le monument semble
être enfoui à deux mètres de profondeur.
J'espère pouvoir, dans quelques jours, annoncer quelque trou-
vaille intéressante. Les travaux seront poussés avec activité.
M. l*li. Berger insiste sur rinlérêt des stèles présentant les
trois cônes juxtaposés ; ces stèles confirment les conclusions qu'il
avait développées dans le temps devant l'Académie, à propos de
stèles idenli((ues à celles-là, découvertes par M. labbé Trihidc/.
Il profite de cette occasion pour signaler à l'Académie la
découverte de deux cippes hémisphériques avec inscriptions néo-
puniques trouvés par le D"" Carton au cours d'une excursion de
la Société archéologique de Sousse, à llenchir Sidi Khalifas.
Ces deux inscriptions paraîtront dans le 2" Bulletin de la
Société archéologique de Sousse.
M. Li;(;i;i{ entretient l'Académie des travaux entrepris pour la
conservation de la croix dite de Bohême située sur le champ de
SÉANCE DU 29 MAI 1903
211
bataille de Crécy, commune d'Estrées-les-Crécy, qu'il a déjà
signalée à Tattention de ses confrères '. Une souscription entre-
prise sur son initiative a permis de déplacer cette croix, située
sur un terrain particulier, et de la transporter sur un terrain
communal appartenant à la commune d'Estrées-les-Crécy. Elle
est désormais élevée sur un soubassement, œuvre de M. Millevoye,
d'Amiens, qui porte une inscription commémorative et qui
signale à l'attention des passants cette précieuse relique histo-
rique. Les travaux de restauration de la croix sont loin d'avoir
épuisé le total des souscriptions qui ont déjà dépassé dix mille
1. Voir Comptes rendus, année 1902, p. 270, 282.
212 SÉAiVCE DU 29 MAI 1903
francs et auxquelles la Bohème el le Luxembourg ont largement
contribué. Les membres du comité , parmi lesquels figurent un
certain nombre de nos confrères de l'Institut (MM. l'>mile Picot,
Chuquet, Luchaire, Rocquain, Schlumberger, Thédenat), se
proposent de faire élever dans le bourg de Crécy un monument
dun caractère artistique pour lequel divers projets ont déjà été
présentés.
M. IIkron de \'ili.kfosse communique, au nom de ^L^L de
Gérin-Ricard et l'abbé Arnaud d'Agnel , une note sur la décou-
verte d'un trésor monétaire très considérable, faite à Tourves
en l.Sfif). Les détails relatifs à cette découverte sont consignés
dans un acte inséré dans un des registres de la Cour des comptes
de Provence. Toutes ces monnaies, au troisième type d'Apollon
avec revers à la roue accompagnée des lettres MA entre les
rayons, avaient été frappées à ^L^rseille. On recueillit une telle
quantité de numéraire que, d'après le rédacteur du document, on
l'évalua à la charge de vingt mules.
M. Charles Bayet, correspondant de l'Institut, a la parole
pour une communication :
« Le 2 mai, a eu lieu à Delphes la remise au gouvernement
grec des fouilles accomplies dans ces dix dernières années par
l'Ecole française d'Athènes sous la direction de M. lloniolle. On
sait comment elles ont été entreprises grâce aux subventions
votées par le Parlement et combien elles ont été fructueuses.
« Auparavant déjà, MM. Foucart et W'escher, M. Ilaussoullier
avaient ouvert la voie cl fait à Delphes d'importantes décou-
vertes.
« Grâce à un déblaiement méthodique, la topographie de la
ville sacrée a été fixée sur tous les points : les emplacements des
temples, des trésors, des nioiumients de tout genre apparaissent
nettement. Malgré les ravages qui ont accuinulé les ruines, de ce
sol que recouvrait, il y a (juelques années encore, le village de
Kastro , sont sortis d'admirables morceaux d'architecture et de
sculpture dont on peut juger à Paris même par les moulages qui
sont au Louvre. Cette grande entreprise scientifique si iieureuse-
SÉANCE DU 29 MAI 1908 213
ment conduite fait le plu.s grand hoiuieurà rarchéologie française
et à rÉcole d'Athènes. Aussi, le Ministre de l'instruction publique,
M. Chaumié, avait-il tenu à présider la cérémonie du 2 mai,
accompagné de M. Constans, ambassadeur de France à Constan-
tinople, de M. d'Ormesson, ministre de France à Athènes, du
directeur des beaux-arts et du directeur de l'enseignement supé-
rieur. Le gouvernement grec avait délégué M. Mavromichalis,
ministre de l'intérieur, chargé de l'intérim de l'instruction
publique, et M. Carapanos, ministre de la marine, bien connu
des archéologues par les fouilles de Dodone. Trois bâtiments de
la marine française et un bâtiment de la marine grecque mouil-
laient en rade d'Itéa. Les invités du directeur de l'bxole fran-
çaise se réunirent dans le Musée qui vient d'être achevé. Il a
été construit grâce à la libéralité de M. Syngros, mort récem-
ment, dont, par un juste hommage, le buste se dresse à l'en-
trée. L'architecte, M. Tournaire, a tenu à éviter toute inutile
recherche; il n'a cherché qu'à assurer aux monuments de la
sculpture qu'abrite le musée une installation simple, commode et
lumineuse. On y circule sans peine et on peut étudier chaque
œuvre dans tous ses détails. Dans les salles, largement ouvertes,
les monuments se succèdent par ordre chronologique et forment
ainsi comme une admirable histoire de la sculpture grecque
depuis le vi*^ siècle jusqu'à la domination romaine. C'est au pied
de la restauration du portique du Trésor de Gnide que les
discours ont été prononcés. M. Chaumié, dans une éloquente
improvisation, rappela que si jadis les Gaulois avaient paru
devant Delphes en ennemis, leurs descendants avaient tenu à
réparer l'outrage fait à Apollon en rendant pieusement à la
lumière les ruines de son sanctuaire. MAL Mavromichalis et
Carapanos parlèrent avec une affectueuse courtoisie de l'amitié
qui unit la Grèce et la France. M. Cavvadias, directeur des
antiquités, correspondant de l'Académie des inscriptions, qui, en
toute occasion, s'est montré un ami sincère de l'Ecole française
et a facilité ses travaux, fît l'éloge de l'Ecole et celui de son
directeur dans des termes émus. Bien d'autres encore prirent la
parole pour rappeler les services rendus par l'Ecole et par
AL Homolle. AL HomoUe à son tour retraça à grands ti'aits
l'histoire des fouilles et remercia de tous les concours qu il avait
1903. Ij
214 SÉA>CE DU 29 MM \W.\
reucoiili'c's. Celle ra(lieuï>c journée aura éle pour lui la juste
récompense de longues années d'un infatij^able labeur. »
M. Bayet ajoute : « Des lettres de M. de Morj^'-an du mois de
lévrier el du mois de mars donnent des renseignements sur les
fouilles de l'acropole de Suse. On a mis au jour une statue de
bronze, dun mètre 20 de hauteur, dont la tète est malheureu-
sement brisée, et qui représente la reine Na-pir-Azou, femme
du roi Ountach-Gal, du xvi'- s. environ av. J.-C. Ces détails sont
donnés par une inscription. La statue est en bronze plein et fort
lourde. Outre cette pièce importante, on a retrouvé nombre
d'objets intéressants, et M. de Morgan est fort satisfait des
résultats de cette nouvelle campagne. »
M. Ph. Bekceb communique, de la part de M. Perdrizet, un
petit monument acheté par lui à Saïda. C est une petite j)laque
(Ml bronze, qui porte, sur la face et sur le revers, en grec, les
mots : De la synaçjocjue d'Ornilhocomé. C'est la première men-
tion de cette synagog"ue de Juifs parlant g'rec ou de Syriens
hellénisés. M. Perdrizel propose d'identilier Ornilhocomc « le
bourg des Oiseaux » avec la ville (VOrnilhojwlis située entre
Tyr et Sidon , et mentionnée dans plusieurs textes littéraires de
l'antiquité.
M. PoTTn:H présente à l'Académie un fragment de vase grec
qui représentait un cheval modelé en ronde bosse el qui a été
récemment acquis par le Louvre dans une vente d'antiquités à
Paris. C'est un vase identique à celui dont les fragments oui été
retrouvés par ^L de Morgan à Suse, en Perse ^voy. Comptes
rendus, I9()'2, p. i"J(S). Grâce au iiou\eau fragment (pii porte
une signature d'arliste, nous pouvons maintenant nommer l'au-
teur de ces intéressantes cL'uvres céramiques, dont la leclmique
est remarquable. Il s'a|)pelait Sotadès, et il est connu par une
série importante, en particulier par de très jolies coupes à fond
blanc de l'ancienne collection V'an lîrenleghem, actuellement au
Musée Hritannique. Nous savons donc mainleuaiit (piil Iravail-
lail déjà enlre les deux guerres médiques, enlic i'.H) cl \H(), et
(|iril fabriquait non seulcmciil des coupes, mais aussi de très
beaux vases plastiques. Ces découvertes niiu\elles accroissent
sÉA^ci-: Di 29 MAI lîlOa 2lo
beaucoup rimporlance qu'on doit attacher dans riiistoire de la
céramique grecque à cette personnalité artistique^.
MM. Capitan, Breuil et Peyrony signalent à l'Académie de
nouvelles gravures préhistoriques qu'ils ont découvertes sur les
parois d'une grotte d'un accès fort difficile, la grotte de Bernifal,
située aux environs des Eyzies (Dordogne).
C'est la huitième grotte connue à parois gravées et la quatrième
signalée aux environs des Eyzies.
Elle est formée de trois grandes salles d'une longueur totale
de 72 mètres à parois couvertes de stalagmites épaisses. Les
figures ne sont visibles que dans la salle du milieu, plus sèche.
Elles sont au nombre de vingt-six, réparties en douze groupes.
Les auteurs en présentent les calques ou dessins.
On peut remarquer une tête de renne, une tête de caprin, une
tête d'antilope à gros museau ressemblant beaucoup au saïga qui
ne vit plus maintenant que dans les steppes du nord de la
Russie. Un bison est fort bien figuré. Un petit cheval courant a
les caractères du cheval sauvage actuel des steppes de Mongolie,
le kertsag ou tarpan (equus Prjwalski).
Deux figurations de mammouths recouvertes d'une couche de
stalagmite montrent les caractères de l'espèce : longues défenses
recourbées, front haut et bombé, toison épaisse.
Mais ce qui est spécial à cette grotte, c'est le nombre élevé (douze)
des signes triangulaires où l'on peut voir la figuration de la maison
ou de la hutte. L'un d'eux, jusqu'ici unique, semble représenter
une hutte couverte de terre ou de peaux jetées sur la charpente.
Plusieurs de ces figures sont gravées sur le corps des mam-
mouths. Elles semblent donc ainsi légitimer l'hypothèse suivante
basée sur les données ethnographiques actuelles. Ce serait
l'extension de celle proposée par AL llamy lors de la présenta-
tion à l'Académie, par les auteurs, des peintures de la grotte de
Font-de-Gaume : les préhistoriques figurant dans le fond des
grottes les animaux qui pouvaient leur être utiles, croyaient
prendre ainsi sur eux un pouvoir magique. Ils les enfermaient
donc virtuellement en effigies, dans le fond de la grotte, et enfin
(si on admet que les signes triangulaires représentent des mai-
sons) ils les marquaient de ces signes, comme une bête qui vous
1. \'oir ci-après.
21() l'autelh du vase grec trouvé a slse
appartient ; ou bien, par ce moyen, ils croyaient les enfermer
magiquement dans leur demeure représentée ainsi el, par là, en
devenir encore plus maîtres *.
COMMUNICATIONS
L AUTEUR DU VASE GREC TROUVÉ A SUSE.
NOTE COMPLÉMENTAIRE
DE M. E. l'OTTlUU, MEMUUE DE l'aCADÉMIE.
J'ai publié dans les Comptes rendus (^02, p. 428-438) les
fragments d'un curieux vase en forme de cheval, trouvé par
la Mission de Mory-an dans les fouilles de Suse. J*ai cherché
à démontrer que cette poterie, sortie d'un atelier attique du
v'' siècle, avait dû être emportée par un soldat de l'armée
perse après le sac d'Athènes en 48U. D'après la beauté de
la technique et de la matière, j'avais cru pouvoir attribuer
cette œuvre à l'une des meilleures fabriques, contemporaines
d'Euphronios, en la rapprochant du beau vase plastique en
forme de Sphinx (jue possède le Musée Britannique. Je suis
en mesure aujourd'lmi d'aller plus loin et de faire con-
naître le nom du fabricant lui-même. Un hasard heureux a
fait passer en vente tout récemment, à Paris, un fragment
de vase qui attira mon attention par sa ressemblance avec
les débris de Suse ( Collection d'antiquités (jrecc/ucs et
romaines, vente du II au 1 'i mai \W-\. p. 88, n" 389). Le
Louvre a pu l'accjuérir et j'ai plaisir à le mettre sous les
1. \'t)ii' ci-aprc6.
l'auteur du vase grec trouvé a suse 217
yeux de 1" Académie. C'est une simple base sur laquelle
sont posés les deux pieds de devant d un cheval, brisés au-
dessus du boulet. Long-. 0,11; larg-. 0,88o; haut. 0,037
(voy. la figure).
Quand on met côte à côte les morceaux trouvés à Suse
et le nouveau fragment , on constate que l'argile rosée et
le noir admirablement lustré ont un aspect tout à fait sem-
blable , que les dimensions des socles sont à peu de chose
près identiques, que de part et d'autre on a pris soin de
réserver la couleur de la terre sur l'arête supérieure du
rebord, formant comme une longue ligne claire entre deux
bandes noires. Les parentés de sujet et d'exécution sont si
ChEKO»''*'
grandes qu'on pourrait , à première vue , croire à deux
objets sortis du même moule : on sait que pour les vases
plastiques on usait souvent de ce procédé mécanique (voy.
les Monuments Piot^ IX, 1903, p. 137 et note 1). Cependant,
en mesurant avi compas les distances qui séparent les pieds
de l'animal du rebord extérieur, en comparant la hauteur
et l'épaisseur des fragments, on remarque quelques petites
(litlerences qui, à mon avis, ne permettraient pas de s'arrê-
ter à cette hypothèse. Mais ce qui est certain, c'est l'iden-
tité de provenance et de fabrication. C'est, sans aucun
doute, la main du même ouvrier.
Or, le nouveau fragment acquis par le Louvre porte une
inscription gravée en petites lettres sur la partie longue de
la base.
218 l'autelr du vase grec trouvé a suse
50T....
EP....
Ce qui est facile à restituer : IloT[âo£ç] '-[oîs] , So-xoy;;
ÏTzoiv. (ou kT.zir,7S'/).
L'auteur des deux vases en forme de cheval, l'un trouvé
à Suse, l'autre échoué dans une vente parisienne, était donc
Sotadès, céramiste athénien du v'^ siècle, bien connu par les
admirables coupes à fond blanc qu'il a signées et qui, de la
Collection van Branteghem, ont passé au Musée Britannique
(Frœhner, Catalogue de la Coll. van Branteghem, 18!)2,
n»* 163-166; Catalogue Brit . Mus., D 5, 6, 7).
La personnalité de Sotadès était déjà fort intéressante,
car la forme de ses coupes et les sujets pittoresques qui les
décorent attestent une profonde originalité. L'importance
qu'on peut attribuer à son œuvre devient plus grande encore,
maintenant (juon peut le ranger parmi les modeleurs de
vases. J'ai dit ailleurs {Monuments Piot, IX, p. 154) com-
bien il est rare de voir associés dans le même atelier les
deux genres de fabrication , les vases peints et les vases
plastiques. A cet égard, Sotadès doit être mis hors pair. On
pouvait d'ailleurs se douter de ses talents de modeleur, en
regardant les bols de la Collection van Branteghem [Cata-
logue, n"'' 159-162; Muséum of fine arts, Boston, 1899, p. 74,
n" 53; Catalog. Brit. Mus., D 8, 9, 10) qui sont ornés, non
de sujets peints, mais l'un dune grosse cigale modelée en
relief, les autres de saillies circulaires alternativement rouges
et noires. On y sent un goût particulier pour le décor plas-
ticjue. Nous avons maintenant des raisons sérieuses de lui
attril)uer, outre les deux vases en forme de chevaux, le
plus beau spécimen du genre, le Spbinx du Musée de
Londres, posé sur une base très sendilable et peint tout
entier d'une couverte blancbc ([ni rappelle la techni(jue
favorilr (lu ni.iitic et <[ui est comme son cachet personnel
FIGURES GRAVÉES A l'ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 219
[Journal of hell. studies, VIII, 1887, p. 1-5; Atlas, pi. 72-
73; Catal. Brit. Mus. E 788.)
Enfin, si nos déductions sont exactes, nous pouvons
situer avec exactitude dans la chronolog'ie ai-tistique l'époque
de Sotadès. II exécutait déjà ses belles œuvres plastiques
entre les deux guerres Médiques, de 490 à 480. Tout porte
à: croire que les coupes du Musée Britannique, d'un style si
libre et si élégant, sont postérieures à cette époque et
marquent une période plus avancée dans la carrière du
maître.
J'avais d'abord cru le nouveau fragment du Louvre iné-
dit. Mais M. van Branteghem m'ayant averti qu'il l'avait
vu autrefois chez M. Bourguignon, à Naples, j'ai recherché
dans les publications relatives à cette collection et j'ai trouvé,
en effet, la description de notre morceau dans un article de
M. Pollak [Roemische Mittheilungen, XIII, 1898, p. 87). II
aurait été recueilli à Capoue (Santa Maria di Capua Vetere).
M. Pollak fait remarquer fort à propos que le Sphinx du
British Muséum, dont nous parlons plus haut, est précisé-
ment de la même provenance.
LES FIGURES GRAVÉES A l'ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE
SUR LES PAROIS DE LA GROTTE DE RERMFAL (dORDOGNE) ,
PAR MM. LE D"" CAPITAN, l'aRBÉ BREUIL ET PEYRONY.
On sait que les grottes dont les parois ont été gravées
ou peintes à l'époqvie paléolitique sont jusqu'ici peu nom-
breuses. On en compte sept : Altamira en Espagne ; la
grotte Chabot sur les bords de l' Ardèche ; celle de Marsoulas
(Haute-Garonne); celle de Pair-non-Pair, aux environs de
Bordeaux, et trois aux environs des Eyzies : la Mouthe,
Font-de-Gaume et les Combarelles.
220 FIGURES GRAVÉES A L ÉPOOUE PALÉOLITHIQUE
"Nous avons déjà eu l'honneur de communiquer à l'Aca-
démie les résultats de nos découvertes et de nos investiga-
tions aux Combarelles et à Font-de-Gaume. Nous vou-
drions aujourd'hui lui signaler une grotte nouvelle, celle de
lîernifal. également dans les environs des Eyzies, où nous
îivons découvert une série i vingt-six figures réparties en
dou7.e groupes) de gravures analogues à celles de la grotte
la plus voisine, celle des Combarelles, mais avec quelques
particularités qui nous ont paru dignes d'attention.
Situation topographique. — Lorsque des Eyzies. on se
rend à Sarlat, on suit la route qui, au sud du village, (juitte
la vallée de la Vézère et s'engage dans h\ vallée de la
Beune, tributaire de la Yézère. Après avoir laissé à droite,
sur la hauteur, la grotte de la Mouthe, en sortant presque
des Eyzies, puis i kilomètre environ plus loin, celle de
Font-de-Gaume, et enfin à 3 kilomètres environ des Eyzies,
celle des Combarelles, on tourne vers le sud, en suivant
toujours la route de Sarlal qui est au tond de la vallée de
la Beune.
A 2 kilomètres environ de cette bifurcation, on arrive au
moulin de; Vieil-Mouly, à l'ouest de la route. On s'engage
alors dans un sentier ([ui traverse d'abord le fond de la
vallée tourbeuse, puis monte ii travers ])ois au centre à peu
près d'une gorge circulaire. A oOO mètres environ de la
route , et à 20 mètres au-dessus du fond de la vallée , en
plein milieu d'un taillis épais, s'ouvre un orifice (fort diHi-
cile à trouver d'ailleurs) (jui ressemble à celui d'un puits
étroit mesurant 00 à 80 centimètres de diamètre. 11 faut s'y
laisser glisser. A une profondeur de 1 "' 00 se trouve une
corniche, puis Torificc d'un second puits. 11 est alors néces-
saire d'y laisser descendre une ('■chelle de 'i mètres environ.
par la(pu'lle. en s'aidant d'une corde, on pénètre dans la
grotte en y entrant ainsi par \v plafond d'une des salles,
l'entrée ancienne se trouvant conqilètement obstruée parles
éboidis et les terres accumulées.
FIGURES GRAVÉES A l'ÉPOQUE PALÉOLITÏIIQEE 221
Description de la yrolte. — La grotte se compose de
trois grandes salles réunies par des couloirs. La première
salle, assez vaste, mesure 22 mètres de longueur sur une
largeur maxima de 8 mètres et une hauteur moyenne de 4 à
5 mètres. Elle communique par un couloir étroit, large à
peine d'un mètre, avec une seconde salle de 5 mètres envi-
ron de largeur sur 12 de longueur et 5 à 8 de hauteur.
Enfin un nouveau corridor de 3 mètres de large sur une
longueur de lo mètres conduit dans une dernière salle de
6 mètres de large sur une longueur de 20 mètres environ.
Aux deux extrémités de la grotte, des corridors pleins de
terre indiquent qu'elle continue dans les deux sens.
Les parois et le plafond sont particulièrement humides
et recouverts d'un enduit stalagmitique en général épais,
sauf dans la seconde salle. Naturellement cette grotte est
absolument obscure, ce qui est la règle pour la plupart des
grottes à gravures.
Fig. 1. Deux « signes de la maison ».
Description des figures. — Les figures sont surtout
groupées dans la seconde salle où l'enduit stalagmitique
paraît moins épais. Elles sont gravées assez profondément
sur la paroi calcaire et recouvertes d'une couche de stalag-
mite mince, mais fort dure. Elles sont placées de 0 "' 50 à
1 ™ 50 de hauteur au-dessus du sol actuel.
222 FIGURES GRAVÉES A l'éPOQUE PALÉOLITHIQUE
Les figures qu'on peut nettement distinguer sont les
suivantes, en commençant par la gauche :
N°l, — A 40 mètres de l'entrée, deux signes triangu-
laires formés de traits parallèles multiples empiétant l'un
sur l'autre et affectant la disposition que montre la figure 1 ^
A noter la forme divergente de la partie supérieure des
traits verticaux. Dimensions de chacune de ces fij^ures,
23 centimètres de largeur sur 20 de hauteur.
N*^ 2. — Une silhouette vague et indéterminable dos
d'un animal?).
Fig. 2. Figuration d'une liuttc ^?)
N" 3. — Une jolie tête à gauche avec départ des cornes
bien indiqué ; leur partie supérieure se perd sous la stalag-
tite. Il semble bien qu'il s'agit d'une tète de renne.
1. Cette figure, ainsi que les suivantes, a été exécutée |)ar nous, d'après
nos caUiues et dessins. A Hernifal, eonitne dans nos antres grottes, nous
avons fait imus-inénies relevés, dessins et calciues demi nous pniivnns ainsi
garantir l'i.vactitude.
FIGURES GRAVEES A l'ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 223
N" 4. — Une silhouette incomplète pouvant représenter
le haut de la tête et le dos d'un éléphant.
N° 5. — Un nouveau signe triangulaire auquel fait
suite :
N° 6. — Une figure de forme triangulaire à angles
mousses formée d'un trait continu et semblant recouvrir
un signe triangulaire à traits multiples (fig. 2).
Si alors on passe de l'autre côté de cette même salle,
presque en face de ces dernières figures , sur la paroi d'un
étroit diverticule, on trouve :
Un panneau montrant quatre images; d'abord :
N° 7. — La figuration d'un petit équidé courant avec
grosse tête, crinière dressée, queue glabre et insérée assez
haut.
Cet animal rappelle soit les hémiones, soit plutôt encore
le cheval sauvage actuel du désert de Mongolie, le kertag
ou tarpan (equus Prjwalski).
Fig:. 3. Petit cheval. En dessous, traits peints noirs, à droite rouges.
Derrière cet équidé, existe une jolie tête qui pourrait
bien se rapporter à une chèvre ou à un chamois.
Au-dessous, un assez grand signe triangulaire, à droite
duquel se voit un petit cheval (fig. 3) avec traits à l'ocre
rouge et au manganèse. La technique de la figuration de cet
22i F1GUKP:S GRAVÉKS a l'époque PALÉOLiniinl f.
animal est assez curieuse, comme on peut le voir, et dilîère
de celle des autres animaux.
N° 8. — l"n peu plus à droite de ce panneau, en revenant
vers l'entrée et sur la paroi d'un autre divcrticule un peu
c
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tt
[dus lar^e , «m \"il le corps (ruii clirval ;i drcilc dont la
tète est dinicilement perceptiMe smis la stala|;niite.
FIGURES GRAVÉES A L ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE
22S
N° 9. — En revenant toujours vers l'entrée, on trouve à
droite de la figure précédente un assez grand panneau. A
g-auche, la silhouette, malheureusement masquée en partie
par la stalagmite, d'un éléphant mesurant environ 90 centi-
mètres de longueur sur 70 de hauteur. Le haut front bombé,
la trompe et les défenses longues et recourbées sont nette-
ment indiquées, la queue est très visible, les pattes s'aper-
çoivent sous la stalagmite fort dure, ainsi que les stries
indiquant les poils sous le ventre. Deux grands signes
triangulaires se voient sur la tète et le corps de l'animal.
Derrière lui vient un mammouth très net, mesurant envi-
ron 60 centimètres de longueur sur 40 centimètres de
hauteur. Front bombé , œil , trompe , queue sont bien indi-
qués. Les grosses pattes terminées en champignon sont
Fig. 5. Signes de la maison placés derrière le mammouth de la fig. 4.
très visibles, ainsi que les traits multiples qui indiquent les
poils sous le ventre de l'animal et même le long des pattes.
226
FIGURES GRAVÉES A L ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE
Deux sig'iies triangulaires se voient sur son corps [i'v^. i).
Derrière lui, deux autres signes triangulaires bien com-
plets, superposés (fig. 5),
N" 10. — Au-dessous de ce dernier signe le plus bas
placé on voit le corps d'un animal à droite bien dessiné.
Malheureusement la tète disparaît sous la stalagmite. Lui
faisant face, tète contre tète, un bison très bien caractérisé
par sa bosse, son fanon très développé, sa grosse tète, ses
cornes courtes et la touffe de poils derrière la tête (fig. 6).
Il mesure 50 centimètres de longueur.
Fig. G. Gravure de bison.
N" 1 1 . — Enfin une jolie tète dantilope se voit un peu
plus à droite. Elle porte derrière l'oreille vl dans rti'ii des
touches peintes en noir. Son gros museau, la disposition
des cornes lui doiiiu'nl l'aspect de lantilope saïga qu'on ne
retrouve plus aujourd'hui ([ue dans les steppes du nord de
la Russie et de la Sibérie.
N" 12. — Signalons enfin, à l'auliv extrémité de la grotte,
dans un diverticule très èlioil, une pctilc tète peinte en
nianj.;;tnèse dont on ne voi[ ([uc If museau cl 1 o-d. la stalag-
FIGURES GRAVÉES A l'ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 227
mite recouvrant le reste. On peut également apercevoir au
dessus de cette tête quatre traits noirs, et en arrière deux
grands traits peints en noir également accostés chacun
d'un petit trait noir.
Telles sont les figures que nous avons pu reconnaître
très nettement sur les parois de la grotte de Bernifal. Il
existe bien d'autres traits que nous n'avons pu encore
identifier. D'ailleurs la stalagmite en recouvre un grand
nombre et masque certainement bien des figures.
Telles qu'elles sont , celles qui sont visibles forment
encore un intéressant ensemble de vingt-six figures diffé-
rentes réparties en douze groupes.
En somme, la grotte de Bernifal apporte une contribution
nouvelle à cette curieuse question des origines de l'art
décoratif. Les animaux qui y sont figurés ont les mêmes
caractères que ceux des autres grottes similaires. Les deux
mammouths présentent l'aspect typique déjà signalé : la
forme du front, les longs poils tombant sous le ventre qui
sont caractéristiques de cette espèce.
Les petits chevaux sont aussi très typiques et semblent
se rapporter, comme nous l'avons vu, à des animaux voi-
sins de l'hémione ou du kertag, le cheval sauvage encore
existant dans les steppes de la Mongolie. Le grand bison
montre bien les caractères de l'espèce.
La tète d'antilope si bien dessinée est un peu spéciale et
semble se rapporter à une espèce qui n'est guère connue
que par ses représentations, ses ossements, que l'on trouve
dans les foyers magdaléniens, n'ayant pas de caractères
différents de ceux de tous les caprins. La figuration d'une
tête à museau épais pourrait peut-être être attribuée au
saïga. La compai^aison avec les photographies des spécimens
encore vivants rend cette détermination très légitime.
Mais ce qui constitue un point nouveau dans la décora-
tion de ces grottes, c'est la série des figures triangulaires
que l'on peut voir représentées douze fois sur les parois de
228 FIGIHES GRAVÉES A L'ÉPdOri-; PALÉOLITHIQUE
notre grotte. Cette li§^ure était déjà connue, nous l'avons
sig-nalée aux Combarelles, gravée de chaque côté d'un petit
cervidé ; à Font-de-Gaume nous l'avons plusieurs fois rele-
vée, entre autres peinte deux fois sur l'abdomen d'un gros
bison.
A Bernifal , il existe toute une série de ces curieuses
images avec des détails assez particuliers (dont on peut se
rendre compte sur les dessins), et enfin une figure inédite
qui vient à la suite des précédentes; elle affecte une forme
ovale assez particulière (voir fig. 2). Il est à remarquer
aussi que ces images sont également tracées sur les deux
figurations d'éléphants.
Quelle peut être la signification de ces figures qui n'ont
jamais été signalées en aussi grand nombre qu'à Bernifal?
Est-ce un signe plus ou moins symbolique, comme on en
trouve sur les os gravés des foyers magdaléniens, ou la
représentation d'une hutte? En faveur de cette hypothèse
on pourrait invoquer la figure ovale qui termine la série
des images triangulaires; dans ce cas, elle pourrait repré-
senter une hutte couverte de peaux (comme celles du
Turkestan actuel par exemple) ou de terre, comme les huttes
des Esquimaux modernes.
Quant aux figures triangulaires, elles semblent bien repré-
senter une véritable charpente, toujours avec pièce centrale,
soit simple, soit formée de faisceaux de pièces s'élargissant
souvent par en haut, comme cela s'observe chez beaucoup
de sauvages actuels, et fermes latérales. On pourrait les
dénommer « le signe de la maison ». Or, si on accepte cette
détermination (|ui piniiit lorl rationnelle, on peut se deman-
der quelle est la signilication de ces signes tracés sur les
deux manmioutlis de Bernifal, identi(jues à ceux de l'ont-
de-Gaume peints sur le corps du grand bœuf, à ceux (|ui
sont gravés de chaque côté du petit cervidé des Comba-
relles. On peut émettre, pour repondre à cette (question, une
hypothèse déduite de celle proposée par M. Ilaniy à l'Aca-
FIGURES GRAVÉES A l'ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 229
demie des Inscriptions à la suite de notre présentation des
figures peintes de la grotte de Font-de-Gaume. M. Hamy
s'exprimait ainsi : <( Je suppose que si nos troglodytes ont
ainsi peint ou gravé ces singulières images d'animaux, c'est
avec l'assurance que celui qui les a tracées a acquis par là
même sur leurs espèces une influence analogue à celle que
possède le Blanc devenu le maitre de I'Ixdien dont il a pu
faire le portrait. »
Cette interprétation du savant professeur du Muséum
est fort plausible. Elle cadre bien avec la psychologie des
sauvages actuels qui, vraisemblablement, doit se rappro-
cher de celle des préhistoriques.
Appliquant donc ces données à l'interprétation des signes
représentant les huttes qui sont gravées sur les animaux,
nous dirons d'abord que la répétition de cette particularité
en diverses grottes permet de supposer qu'il ne s'agit pas
de signes gravés au hasard sur des figures existant aupara-
vant. Si donc les signes tectiformes ont été gravés ou
peints sur les animaux avec une intention voulue, on peut
émettre une première hypothèse : le magdalénien aurait
voulu ainsi marquer l'animal de son signe de propriété
comme le touareg marque de son ivasm les animaux qui lui
appartiennent, cette prise de possession virtuelle de l'image
de l'animal correspondant, pour le troglodyte, à la prise de
possession réelle de l'animal qui peut lui être utile. On
pourrait aussi supposer que traçant le signe représentatif de
la hutte ou de l'étable sur la figure de l'animal, il l'enferme
ainsi virtuellement, par une sorte de convention magique,
dans cette hutte ou cette étable et en prend ainsi posses-
sion d'une façon encore plus complète.
Quoi qu'il en soit de ces interprétations que nous ne
présentons d'ailleurs que comme de simples hypothèses,
il n'en reste pas moins un fait nouveau et intéressant que
nous révèle l'étude de la grotte de Bernifal, c'est celui du
grand nombre de ces signes figuratifs des huttes dont plu-
1903. 10
230 LIVRES OFFERTS
sieurs sont gravés sur des mammouths. D'autres lig-ures
d'animaux sont également intéressantes et se rapportent à
des espèces variées.
I'"u(in, il faut également noter ce fait, c'est que sur les
huit grottes à parois gravées et peintes à l'époque paléoli-
thi({ue qui sont connues actuellement , quatre se trouvent
aux environs des Eyzies et dans le voisinage les unes des
autres et certainement on en trouvera d'autres. 11 y
avait donc là un centre artistique remarquable, déjà connu
par les belles gravures et sculptures sur os. corne et ivoire
des stations de la Madeleine, des Eyzies et de Laugerie
Basse : les œuvres d'art des parois des cavernes s'y rattachent
donc d'une façon incontestable.
Ce sont ces diverses particularités qui nous ont engagés
à communiquer à l'Académie le résultat de nos observations
encore inédites et les premières faites dans cette grotte.
M NUES OFFKHTS
M. Haubieh de Meynabd a la parole pour un liomniag'e :
« .l'ai riioniieui- d'olTrir à l'Académie, de la paii (]e M. lU'iidiold
Dozoinioris, un Plan d'exécution d'une édition crilit/ue dca h'ssnis de
Mont.iifjne (Bordeaux, l',l03, in-8"). Celle brochure a élé, je crois,
mise eiilre les mains de la plupart de nos confrères par l'auleur lui-
même ; je n"ai donc qu'à en signaler 1res rapidement les mérites.
« On sait quelle autorité notre- savant correspondant possède dans
toutes les (jueslions relatives à Monlaii,nie. Kdileur d'une réimpres-
sion des Essais, il a vécu pendant plus de (rente ans dans lintimilé
du grand écrivain, intimité devenue plus étroite depuis la décou-
verte du fameux volume de Bordeaux qui renferme de si précieuses
annotations de la main de Montaigne. Le travail dont M. Dezeimeris
trace ici les grandes lignes donnerait naissance à une édition synop-
tique fpii [)ernieltrail di' suivre dans tous ses développements ce que
sé\ncl: dl 5 ji'iN 1903 231
Montaigne appelait « le train des mutations de sa pensée ». Grâce à
une ingénieuse disposition typographique et à quelques chiffres
inscrits en marge, on saisirait rapidement tous les changements qui
se sont introduits dans le texte des Essais, depuis l'édition de 1588,
du fait de l'auteur et de ses éditeurs successifs.
.< Un pareil programme ne pouvait être tracé que par un fin lettré
nourri de la moelle des Essais. J'ignore les motifs qui empêchent
M. Dezeimeris de mettre lui-même son plan à exécution; mais (juelle
que soit la date de la future édition vraiment critique, c'est aux
indications si judicieusement données par notre correspondant que
nous devrons de connaître dans ses plus subtiles fluctuations le
travail de pensée qui a valu à la littérature française un de ses
immortels chefs-d'œuvre. »
SÉANCE DU 5 JUIN
M. le Ministre de linslruction publique et des beaux-arts
adresse au Secrétaire perpétuel l'ampliatiou d'un décret en date
du '2 juin 1903, par lequel M. le Président de la République a
approuvé l'élection de M. Maurice Groiset à la place de membre
ordinaire laissée vacante par la mort de M. G. Paris.
Le Secrétaire perpétlel donne lecture du décret. Il introduit
ensuite M. Maurice Groiset et le présente à l'Académie.
Le Président souhaite la bienvenue à M. Maurice Groiset et
l'invite à prendre place parmi ses confrères.
M. G. MoYAUx, membre de l'Institut, président de la Société
centrale des architectes français, écrit au Secrétaire perpétuel
que la grande médaille d'argent de la Société centrale sera remise
à M. Durrbach, ancien membre de l'Ecole française d'Athènes,
professeur à la Faculté des lettres de Toulouse, à la distribution
solennelle des récompenses qui aura lieu sous la présidence de
232 SÉANCE DL- :i JLI.N 1VI03
M. le Ministre de rinslruction publique et des beaux-arts, le
samedi K{ juin, à 1 heure, dans la salle de llléniicycle de lÉcole
des Beaux-x\rts. M. Durrbach avait été proposé par l'Académie
pour celle dislinction à la Société centrale, à loccasion de ses
fouilles à Délos.
M. Ph. Bkrger communique à l'Académie une inscription
juive trouvée par M. Emile Gautier qui accomplit un voyage
scienlilique dans le Sahara central, à El R"ormali, dans la région
du Touat.
Cette inscription provient de la communauté juive établie
autrefois en cette région et qui a été détruite, ainsi que la
prouvé M. René Basset, parla persécution religieuse musulmane
à la lin du xv'' siècle.
M. J. Halévy a bien voulu, à la demande de M. Berger, étu-
dier cette inscription. C'est Tépitaphe dune femme, morte dans
sa jeunesse, en l'an 5089, c'est-à-dire 13:29 de notre ère '.
M. Gautier annonce qu'il a eu connaissance, au cours de son
voyage, d'une série d'autres inscriptions rupestres ou autres.
M. Berger demande à l'Académie de lui accorder une subvention
sur les fonds de la fondation Garnier, pour relever les monu-
ments épigraphiques du Sahara central.
La demande de M. Berger est renvoyée à la Commission
Benoît Garnier.
M. G. SciiLU.MBERGER doiiiie Iccture du rapport suivant :
« L'Académie ayant renvoyé à mon examen la série d'études
lr:nismises à M. le Ministre des alfaires étrangères par notre
consul général à Jérusalem, concernant la basilique d Abou
(losch ou Kiriat cl Knab près Jérusalem, (pii a été donnée à la
France par le gouvernement ottoman en 1IS73, j'ai pris connais-
sance de ces documents que j'ai étudiés avec le |)lus grand soin.
La lecture m'en a vivement intéressé. Outre la description par
le H. P. bénédictin dariadcr de diverses antiquités l'oi-l pré-
cieuses découvertes dans les fouilles faites autour du sanctuaire,
ces documents consistent >ui-t<iiil (buis la description laite [)ar
I . \'ii\r l'i-iipri'S.
SÉANCE DU O JUIN 1903 233
M. A. de Picllat des peintures qui ont été retrouvées dans
l'église de Saint-Jérémie. Ces peintures, malheureusement très
détériorées , constituent un ensemble décoratif très important
dont M. A. de Piellat a fait dans son rapport une description
détaillée. 11 en a relevé très habilement les fragments les plus
importants sur des planches annexées à son travail. Nous avons
là sous les yeux une série de peintures murales infiniment pré-
cieuses qu'on pourrait, avec M. de Piellat, rapprocher de celles
si connues de l'église de la Nativité à Bethléem, signées par le
maître grec Ephrem en Tannée 1169. Dans l'une comme dans
l'autre composition, on reconnaît « l'œuvre d'une main grecque
sous une influence latine », suivant l'expression très juste de
M. de \'ogiié dans ses Ecjlises de Terre Sainte.
« On ne saurait être assez reconnaissant aux RR. PP. Béné-
dictins d'avoir sauvé de la destruction cet ensemble décoratif si
important pour l'histoire du royaume latin de Jérusalem. J'espère
que le gouvernement français leur donnera tous les encourage-
ments possibles, toute l'aide nécessaire. L'esprit éclairé et l'éru-
dition de ces éminents religieux nous sont une garantie qu'aucune
restauration maladroite ne sera entreprise, que seules les plus
intelligentes mesures de conservation seront adoptées. Je ne
saurais attirer assez l'attention du gouvernement et de ses repré-
sentants en Palestine sur ces résultats si importants. Je sais que
M. Boppe, notre si distingué consul général à Jérusalem, partage
entièrement cette manière de voir, et ce m'est une vive satisfac-
tion de savoir en si bonnes mains nos intérêts d'art et d'archéolo-
gie en Palestine. »
M. H. Omont, au nom de la Commission du prix Brunet ,
donne lecture du rapport suivant :
« La Commission du prix Brunet a partagé par moitié le prix
de 3.000 francs entre jNIM. A. Claudin, pour les deux premiers
volumes de son Histoire de Vimprimerie en France^ et Auguste
Molinier, pour les trois premiers volumes de son manuel des
Sources de V histoire de France.
« La Commission a regretté de ne pouvoir accorder qu'une
mention très honorable aux deux volumes de M. Ernest Coyecque
de Y Inventaire de la Collection Anisson sur l'histoire de Vimpri-
merie et de la librairie à Paris. »
234 SÉANCE DU O JUIN 1903
M. FoucART l'ail une première lecture duii mémoire sur le
culte de Dionysos en Attique.
M. de Mély communique à l'Académie la photographie d'une
page d'un manuscrit de (iaignières, représentant une aiguière
de porcelaine blanche richement décorée d'une monture de ver-
meil, ornée de magnifiques émaux. Les écussons émaillés et le
nom de Jehane, gravé en relief sur le biberon, la devise inscrite
sur le pied : u Le temps est venu, Dieu en soit loué », permettent
de l'attribuer à Jeanne V, femme d'André d'Anjou-IIongrie, roi
de Jérusalem, de Naples et de Sicile, (juelle avait épousé en 1333
et qu'elle fit étrangler en 1345.
Cette aiguière appartenait en 1711 au dauphin ; en 1711^, elle
était dans le cabinet de M. Caumarlin, c'est là que (iaignières la
fit dessiner.
L'étude de cette très précieuse pièce d'orfèvrerie présenle un
double intérêt. Alors que les archéologues les plus éminents pré-
tendaient que tous les objets de porcelaine mentionnés dans les
inventaires et dans les comptes antérieurs au xvi" siècle étaient
simplement des objets de nacre, puisque à ce moment la porcelaine
occidentale n'était pas encore inventée et que les Portugais
n'avaient pas encore introduit en lùirope la porcelaine chinoise
(1518), elle vient prouver que les trésors royaux renfermaient
bien des objets de véritable i)f)rrelaine cliinoise, regardés d'ail-
leurs comme si précieux (pi'on les ornail des nionlurcs les plus
riches. L'exactitude du dessin permet ensuite de reconnaître un
échantillon de la porcelaine si rare de Ti ng - Yao, cé\lihre sousles
Soiuf (9()()-|-279). Enfin M. de Mély présente à l'Académie une
coupe de porcelaine chinoise de la même fabrique, en même temps
qu'un petit vase de sa collection, décoré de Irigrammes primitifs
simplement recouverts d'un émail assez imparfait, mais d'une
antiquité plus grande que la j)orcelaine de Tiinj-Yno.
M. Cii.WANNES exprime queUpies doutes sur Icpotpie de la
fabrication du vase présenté par M. de Mély.
23:;
I
COMMUNICATION
UNE INSCRIPTION JUIVE DU TOUAT,
PAR M. PHILIPPE lîERGER, MEMBRE DE l'aCADÉMIE
M. Emile Gautier, qui accomplit un voyage d'études
g'éographiques et géologiques dans le Sahara central, m"a
envoyé , par l'intermédiaire de M. René Basset , la copie
d'une inscription juive qu'il a relevée au Touat, dans l'oasis
de Bouda, et plus exactement au ksar de R'ormali.
(( La pierre sur laquelle est gravée l'inscription, écrit-il,
est encastrée à la base d'un pilier en pisé , qui a manifes-
tement servi jadis de support à la bascule d'un puits com-
blé. Les indiiçènes ne connaissent ni le sens, ni la lanarue
de l'inscription, ni sa date, ni son origine. De mémoire
d'homme elle a toujours été au ksar de R'ormali.
« La seule face visible de la pierre est un parallélo-
gramme irrégulier d'environ 0'" 30 sur 0'" 25. La pierre est
d'un grès' rouge très dur. L'inscription me paraît d'un tra-
vail remarquable , au moins pour le pays ; sans doute la
surface de la pierre n'a même pas été aplanie, les contours
des lettres sont souvent éclatés ; mais leur dessin est très
net, leur gravure en creux très profonde. C'est d'un travail
peu soigné à coup sûr, mais on dirait l'œuvre d'un profes-
sionnel, et non d'un sauvage qui s'amuse. Les habitants
actuels du Touat seraient tout à fait incapables de pro-
duire quelque chose de comparable. »
M. René Basset n'a pas eu de peine à reconnaître du
premier coup dans cette inscription une inscription juive, et
il me communique à ce sujet les très curieux renseigne-
ments qui suivent :
2'AQ UNE INSCKlPTrON JUIVE DU ÏOUAT
(( Que les indigènes ig-norent la nature de cette inscrip-
tion, la chose n'a rien d'étonnant. Cependant la légende
populaire, [)ul)liée il y a moins d'un demi-siècle, avait con-
servé le souvenir d'un mouvement anti-juif dans le Gourara
et le Touat , précisément à Bou .\li le Rormali. L'histoire
de cette persécution religieuse qui, à la fin du xv*" siècle,
fut dirigée par le marabout célèbre El Mer'ili, et ruina les
communautés juives dont la synagogue fut détruite, est bien
connue. J'en ai parlé dans l'introduction de ma iv" série de
Notes de Lexicographie berbère [Journal asiatique^ nov.-
déc. 1887, p. 381 et suiv.) ».
L'inscription retrouvée par M. Gautier est un témoin de
ces anciennes communautés juives, établies en plein Sahara,
environ au 27** degré de latitude nord, et qui ont été
détruites par la persécution à la fin du xv" siècle de notre
ère.
Grâce aux lumières de AL Joseph Ilalévy. à cjui j'ai sou-
mis la copie de M. Gautier, je suis à même d'en donner ù
l'Académie la traduction. On remarquera (ju'à plusieurs
reprises l'inscription est coupée par des formules, qui ne
sont pas écrites en entier, mais seulement, suivant l'habi-
tude , par la lettre initiale de chaque mot surmontée d'un
point.
Tj;[s;p -^"^Er • piSnlm]!
uS.i 3K2 D[-i]y[7]î; nnm
1. Ceci est le tombeau de \Monispa?], fille d'Amram :
Quelle repose en Eden!
2. de \Zafhalor/?]. ri elle cfif morte dans les douleurs
[de renfantement).
3. le samedi, vingtième d'Ah. (jui nous apporte la paix!
i. en Vannée 5089.
UNE INSCRIPTION JUIVE DU TOUAT 237
Ligne 1. Le nom de la défunte nSDJLlja = Monispa, est
douteux. Au contraire, le nom de son père, Amram =
□lay, est un nom très connu et qui est parfaitement en
situation ici.
Ces deux noms sont suivis de la formule (p)!? (nm)3
« qu'elle repose en Paradis » (Hal.).
Ligne 2. Cette ligne débute par le groupe très obscur
p1in[n7]2. Les lettres pl'^n sont certaines. Le 3 initial sem-
blerait indiquer qu'il s'agit d'un nom géographique = « à
(ou (( de ») Zithaloq ». Je ne le donne pourtant qu'avec de
grandes réserves. — A la fin de la ligne on lit : "i"if- « dans
les douleurs », ou peut-être yj21 (( dans sa jeunesse ».
Ligne 3. niUT^ « avi sabbat de », ou « en la semaine de »■.
On sait en effet l'habitude des Juifs de désigner chaque
semaine par un nom spécial ; mais il semble bien qu'on ait
affaire ici au jour de la semaine appelé sabbat et non à la
semaine elle-même. — Le nom du mois de Ab, cjui vient
ensuite, est accompagné des trois lettres pointées ^" Sn, qui
doivent contenir une formule. M. Halévy fait observer, d'une
façon fort ingénieuse, que le mois de Ab étant considéré
comme un mois funeste, on le faisait suivre en général d'une
épithète destinée à adoucir un souvenir pénible. Il suppose
que les trois lettres ^^n doivent être les initiales d'une
formule telle que : mSujS Nin : « qui nous apporte la
paix ».
Ligne 4. L'année 3089 corresponde l'année 1329 de notre
ère.
L'inscription du ksar R'ormali, datée de l'an 1329 de
notre ère, conlirme donc de la façon la plus heureuse les
renseignements que nous avons reproduits plus haut,
d'après M. René Basset, sur l'existence d'une communauté
juive dans cette région, jusqu'au xv^ siècle de notre ère.
Tout le monde comprendra l'intérêt exceptionnel, tant au
point de vue historique qu'au point de vue paléographique,
de la découverte que nous devons à M. Gautier.
238 UNE INSCRIPTION .UIVK \)V TOI' AT
Dans la lettre par laquelle il nramionçait cette décou-
verte, et qui est datée de Adrar de Timmi (Touat), 31 mars
1903, M. Gautier ajoutait :
« Les monuments épigraphiques , dessins rupestres,
inscriptions Tamacheq, ne sont d'ailleurs pas rares dans
rOued Zoulfana, la Saoura, le Touat, le Tadmaït, le Tidi-
kelt, le Mouvdir.
« Je sais qu'il en existe aux points suivants : Tar'it
(dessins d'animaux, grandeur nature); — Beni-Abbès ou,
plus exactement, Bou-Hadid (dessins schématiques de cha-
meaux, inscriptions arabes); — Ouled Mahmoud, une inscrip-
tion en caractères carrés qui semblent avoir de l'analogie
avec ceux de l'inscription de R'ormali; — Abani , dans le
Fenourel, district du ïouat (inscriptions noml)reuses sur la
nature desquelles je suis mal renseig^né) ; — Oued Tt)ureur,
dans le Tadmaït, à quelques centaines de mètres de Ilaci
Inazen (inscriptions Tamacheq) ; — une gorg-e du Mouvdir
parcourue l'an dernier par une colonne du commandant
Lapérine (inscriptions et dessins ruj)ostres . Je ne doute
pas que la liste ne soit incomplète. »
Il serait à souhaiter que l'Académie pût mettre à la
disposition de M. Gautier, qui fait à ses frais ce voyage
d'exploration, une certaine somme, prise sur les fonds du
legs Garnier, pour lui [)c rinettre de relever les inscriptions
du Sahara central, en particulier liiisc ription de l'Ouled-
Mahmoud, qui paraît bien être aussi une inscription juive, et
les autres de même nature qui pourraient lui être signalées.
Depuis la lecture de cette note à l'Académie j'ai reçu de
M. Gautier, par l'intermédiaire de M. Basset, restam[)age
en double exemplaire de l'inscription juive d'Ali JVormali.
L'estampage conlirine presque de tous points la lecture de
M. Ilalévy. Comme il nous est parvenu trop tard pour être
inséré dans la présente communication, nous le publierons
dans un des prochains fascicules du Jhillctin. Il importe en
LTVRKS OFFERTS 239
ellet de mettre sous les jeux du public les caractères mêmes
de cette très curieuse inscription , qui a le grand avantage
d'être datée d'une façon certaine.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel offre, au nom de l'auteur, M. le lieute-
nant L. Desplagnos, une Etude sur les luinuU du Killi dans la région
de Goundani (Paris, in-8° ; extr. de L' Anthropologie).
M. Omont dépose sur le l>ureau le tirage à part d'une communica-
tion qu'il a faite à la Société nationale des antiquaires de la France,
dans la séance du 14 janvier 1903, sur un manuscrit provenant des
Dominicains de Sainte-Croix de Ratisl)onne et acquis par la Biblio-
thèque nationale (Paris, 1903, in-8°, avec une planche).
M. G. ScHLUMBERGER ofFrc à l'Académie, au nom de l'auteur, M. L.
Bréhier, professeur à la Faculté des lettres de Clermont, un exem-
plaire du mémoire qu'il vient de publier dans le t. XII de la Byzanti-
nische Zeitschrift sur les Colonies d'Orientaux en Occident au com-
mencement du moyen âge, c'est-à-dire entre le v" et le vin" siècle :
« Depuis longtemps, en France comme en Allemagne, les historiens
se sont appliqués à déterminer les éléments romains et germaniques
dont l'amalgame a formé la civilisation de l'Occident. Très peu
d'entre eux au contraire se sont demandé si des influences plus loin-
taines ne s'étaient pas exercées sur la société barbare; le rôle de la
culture orientale en Occident a été sinon négligé entièrement, du
moins à peine signalé. C'est la lacune que M. Bréhier a tenté, avec
un réel succès, de combler dans le mémoire que je présente aujour-
d'hui à l'Académie. La matière était fort neuve. Grâce à de minu-
tieuses recherches, M. Bréhier n'en est pas moins arrivé à nous
présenter un grand nombre de faits qui fournissent des résultats très
intéressants. 11 commence par étudier les colonies d'Orientaux, c'est-
à-dire de Grecs, d'Asiatiques, d'Égyptiens qui sous le nom collectif
de « Syriens » vinrent s'établir, à l'époque romaine d'abord, puis à
l'époque barbare, dans les principales villes d'Occident, à Rome
240 LIVRES OFFERTS
surlout, puis clans toute l'Italio, dans les Gaules, la Germanie,
l'Espagne et jusqu'en Grande-Bretagne. Les documents fournis j)ar
l'auteur sur celle occupation ininterrompue de l'Occident par les
Orientaux jusqu'au viii'' siècle sont fort nombreux. 11 en est de même
pour ceux bien plus abondants qu'il a réunis dans son chapitre
second, lorsqu'il a voulu déterminer les limites de cette influence de
l'Orient sur l'Occidenl. La méthode adoptée par lui a été d'étudier
les importations orientales en Occident à celle époque, importations
commerciales , importations artistiques, importations d'ordre intel-
lectuel et moral. Les paragraphes consacrés au commerce et à l'art,
rénumération des productions et des objets d'art arrivés à celle
époque du fond de l'Orient en Italie, en Gaule, en Germanie, la
description de ceux de ces objets d'art existant encore, la plupart
conservés dans les trésors de nos églises, font du mémoire de
M. Bréhier une mine de renseignements les plus utiles et les plus
précieux. Ils nous font toucher du doigt cette influence encore si peu
connue de la- civilisation orientale sur toute rEuroi)e occidentale
durant le haut moyen âge. »
M. Oppert présente, au nom du directeur du Musée Britannique,
les cahiers XVI et XVII des Cuneiform texts publiés par l'adminis-
tration de ce grand établissement littéraire et archéologi({ue. Ces
deux fascicules, forts de cinquante planches chacun, ofl'rent la repro-
duction de briques contenant des textes sumérieiis et assyriens. Le
fascicule XVI contient les fragments delà collection que les Assyriens
nommaient Utiikki limniiti, les démons malins. L'édition nouvelle
complète, par de nouveaux documents, les inscrij)tions déjà connues
et qui ont été traduites dernièrement dans la Magie assyrienne de
M. Fossey. Le fascicule XVII contient des textes appartenant à la
même classe, se rapportant surtout au traitement magique des
maladies. Par la publication continue des textes assyriens conservés
dans le grand établissement anglais, l'administration du lirilish
Muséum a acquis im nouveau titre à la gratitude des savants et a
donné un exemple à suivre à d'autres adminislrnlions similaires.
M. Bartu présente de la part de l'auteur, M. Kielhorn, correspon-
dant de l'Académie, la suite de la liste des inscriptions de l'Inde du
Sud, que ce savant publie dans les fascicules de VEpir/raphia Indica.
M. Coi.i.iGNON présente ;i l'Académie, au nom de M. IIomoi.le, deux
fascicules du Bulletin df mrrexpondance Iwllénir/ue (1901, \'I-\1I, et
SÉANCE DC 12 JLIN l'.lU3 241
1902, I-VI). Il signale rintérôt et la variété des articles qui rem-
plissent ces deux fascicules, en particulier les études de M. Homolle
sur les frontons du temple d'Apollon à Delphes, celle de M. Mendel
sur ses fouilles de Tégée, de M. Jamot sur ses découvertes à Thespies,
de MM. Demargne (fouilles à Goulas), Jouguet (fouilles au Fayoum),
Jouguet et Jardé sur les inscriptions de Delphes, Chapot sur les
antiquités de la Syrie du Nord.
M. Gagnât offre, de la part de M. Ch. Normand, une brochure sur
Ilammani R'ihra (Aquae Calidae), station thermale de la province
d'Alger (Paris, 1903, in-8»).
SÉANCE DU 12 JUIN
M. Homolle, directeur de l'École française d'Athènes, adresse
au Président la lettre suivante :
Monsieur le Président et cher maître,
J'ai l'honneur de vous informer et vous prie d'annoncer à l'Acadé-
mie que la Commission du Congrès archéologique international
d'Athènes, réunie sous la présidence de S. A. R. le Prince héritier,
a voté la convocation du Congrès pour les vacances de Pâques de
l'année 1903.
L'Académie recevra sous peu une invitation à cette solennité
scientifique, avec le règlement du Congrès. Je n'ai pas voulu tarder
à lui faire connaître cette nouvelle qui la réjouira, j'en suis con-
vaincu, comme tous ceux qui s'intéressent au progrès de la science
archéologique.
Comme patronne de l'Ecole française, elle apprendra aussi, je n'en
doute pas, avec plaisir, que le gouvernement grec et la Commission
ont tenu à rattacher ce Congrès au projet dont l'Ecole française avait
pris l'initiative, lors de son cinquantenaire, qui avait reçu partout le
meilleur accueil et qui aurait été exécuté sans la guerre. Il a été
242
SÉANCE DU 12 JLl.N 1903
dôcidc égaltMiiont que le français serait la lanf;ue oiïîcielle du Cou<;ivs,
(jue le Directeur de FEcole française en serait le Secrétaire général,
et que, si le Congrès se divisait en sections, un membre de lEcole
d'Athènes remplirait dans chaciue section les fonctions de secrétaire.
Nous n'avons à tous égards qu'à nous féliciter et de l'hommage
rendu à notre langue et de l'estime témoignée à notre Kcole.
C'est aussi le seul point que jaie cru devoir vous signaler dès à
présent; le programme qui aous sera très j)r()(iiaiiieiiu'iil adressé
vous fera connaître tous les détails de l'organisation projetée.
Veuillez agréer, monsieur le Président et cher maître, les assu-
rances de mon respectueux dévouement.
T. llo.MULLli.
M. Héron de Villekosse coiiiniuniquc à rAcadémie, au nom
du R. P. Delatlre, un fragment d'inscription récemment décou-
vert à Djebba, l'antique Thi(jih;i :
« Mon confrère, le R. P. Ileurtehise , à qui ion doit déjà la
découverte de l'antique (jilliuni, a eu la bonne fortune de trou-
ver dans les ruines de Djebba un fragment d'inscription qui donne
le nom antique de cette localité. Elle s'appelait Thicjihn Bure
comme Thimidu Bure et Thuhursicum Bure qui sont des villes
anciennes, voisines lune de lautre. Dans ces appellations, Tad-
jonction de Bure devait être destinée à distinguer des localités
portant le même nom. On connaît une seconde Thin^ida et un
second Thul)ursicum. Il y avait aussi une autre Thiijiha^ suivant
la lecture faite par M. Gagnât dun texte fort nuililé existant
depuis longtemps dans lllenchir Hammam Zouakra'.
Le texte de Djebba a été tiouvé dans les ruines dun moulin
que mon confrère croit dépoque byzantine. II est gravé sur une
sorte de linteau, bloc long de 1 ■" T."). haut de (>'" 30 et épais de
0'" l.'). Voici d'ailleurs cette inscriplion :
CONSTANTINO VICTORE AC TR
///////////////////////////////////////////// ET CONSTAN
BB CAES-S-FLORET-THIGIB-BVR DEVOTA
VOT
X X
1. Cf. Tissol, (jéo(jr:ij)hic coiiijjurée ilc Ut pruvinte ruDutine d'Afrique,
t. II, p. 626.
SÉANCE DC 12 JUIN 1<)03 243
« Hauteur des lettres, 0'" 06 aux deux premières lignes et
0'" 07 à la troisième. A droite de l'inscription, un compartiment
renferme peut-être l'acclamation VOTA'XX. Cependant la lec-
ture VOT n'est pas certaine.
« L'extrémité de la pierre sur une longueur de 0'" 20 qui
devait être engagée dans la construction ne porte aucune trace
de lettres.
« La seconde ligne a été en grande partie martelée.
« A la troisième ligne, le B dans BVR est à peu près entière-
ment effacé. Les autres lettres sont absolument certaines.
« Il n'est donc pas douteux que le nom antique de Djebba
était Thicjiha Bure , et mon confrère me fait remarquer que
Djebba s'écrit en arabe Decljehha, mot renfermant un clal et un
djiin qui sont deux consonnes incompatibles, preuve de plus que
le nom actuel est d'origine antique. Il a conservé presque
intacte sa forme primitive. »
M. Héron de Villefosse fait observer que le village arabe de
Djebba avait déjà fourni une inscription intéressante, relevée
jadis par l'ingénieur Daux et dont la copie fut retrouvée dans les
papiers de L. Renier {Corp. inscr. lat., MIL 15445) ; mais on
ignorait le nom antique de Djebba. Grâce à la nouvelle décou-
verte du P. Heurtebise, on le connaît maintenant. Il résulte de
cette découverte que trois points antiques situés sur le versant
nord du Djebel Gorra, à une faible distance les uns des autres,
et placés sur une même ligne en se dirigeant de l'est à l'ouest,
s'appelaient Thuhursicum Bure, Thimida Bure et Thigiba
Bure. Il semble probable que le surnom de Bure doit être
une expression géographique antérieure à l'époque romaine et
servant à désigner la région dans laquelle sont situées les trois
localités. Il faut certainement chercher l'explication du mot
Bure dans le langage punique.
Le fragment appartient à une inscription en l'honneur de
Constantin le Grand : Constantino victore ac lr\iumphatore
semper Aucj[usio)]^
A la ligne 3, les points placés dans les mots [no]*BB CAES'S
remplacent vraisemblablement des lettres martelées ; la pierre
devait porter primitivement /io/;BB CAES-^S. Les trois Césars,
244
SÉANCE DL 12 JUIN 1903
fils de Constantin, devaient être mentionnés, Crispus, Constantin
le jeune et Constance : [Crispo^ el Conslan lino juniore et
Constante. \\iYh^ le meurtre de Crispus, le nom de ce prince fut
martelé; on elFaça en même temps un B et un S dans chacun des
mots indiqués plus haut; on remplaça chacune de ces lettres par
un point. Dans cette hypothèse, l'inscription aurait été f^ravée
entre les années 323 et 326.
Nous ne possédons que la partie droite du texte : on y ren-
contre la mention des vola vicennalia de Constantin, VOT'XX,
dans un compartiment séparé. L'ouverture de la vingtième année
du règne de (Constantin fut célébrée le 25 juillet 325 et coïncida
avec la tenue du concile de Nicée. Il devait y avoir à gauche du
texte un autre compartiment portant une mention de même
nature, comme on le constate notamment sur l'arc de Constantin
à Rome [Corp. inscr. lat.., \'l, I 139) et sur deux inscriptions de
Sétif [Ibid., Mil, 8477 et 8478).
M. Cagnat fait observer que dans l'inscription qu'il a copiée
autrefois et qui est une épitaphe, on lit :
Gimnia te genuit, tenet Thigihha sepultuni.
On en avait conclu que la ruine où Tépitaphe a été découverte
était Thicjihha. Il serait possible, étant donnée la trouvaille du
P. Ileurtebise, que cette ruine fût, au contraire, Gimma, et (jue
le personnage eût été enterré à Djebba. I.e tombeau où se lisait
répita[)he aurait été, dans ce cas, un cénotaphe, ou un tombeau
de famille sur lequel on aurait tenu à relater son nom.
M. Senart, au nom de la Commission du Prix ordinaire, dont
le sujet mis au concours était VEtude d'une période de l'his-
toire de l Indo-Chine, annonce que la Commission a décerné le
prix au mémoire adressé à ce concours sous la devise « Seras et
Indos ».
Le Priîsiukn r ouvre le pli cacheté qui accomjiagnail le mémoire
et fait connaître que l'auteur est M. L. Cadière, de la Société des
Missions étrangères de Paris.
M. Senart fait connaître ensuite (|iif la Commission du prix
Stanislas Julien a décerné Ir prix a M. Mauiicc Courant, pour
SÉANCE DU 12 JUIN 1903 245
son Catalogue des livres chinois, coréens, Japonais, etc. de la
Bibliothèque nationale.
M. Bougiii'l-Leclercq, au nom de la Commission du prix
Bordin, dont le sujet mis au concours était : Quels ont été les
sentiments des Romains et leurs principes de gouvernement à
regard des Grecs pendant la période républicaine, fait le rapport
suivant :
« La Commission a décerné le prix à l'auteur de Tunique
mémoire présenté au concours et portant la devise : Furor est,
si alienigenae homines, plus lingua et moribus et legibus quam
maris ierrarumque spatio discreti , hnec tenuerint, sperare
quidquam eodem statu mansurum (Liv. XXXI, 29j. »
Le Président ouvre le pli cacheté qui accompagnait le mémoire
et y lit le nom de M. Colin, ancien membre de ll'^cole française
d'Athènes.
M. Ph. Berger, au nom de la Commission des prix Bordin
(Orient) et Saintour (Orient), lit le rapport suivant sur les deux
concours :
(f La Commission, dit-il, s'est trouvée en présence d'un con-
cours remarquable par le nombre et la valeur des ouvrages pré-
sentés. Non seulement elle a dû écarter des ouvrages qui, en
d'autres années , eussent été certainement récompensés , mais
elle a dû n'accorder que des récompenses bien faibles à des
ouvrages qui représentaient un grand effort de pensée et de
travail. »
La Commission a décidé d'attribuer :
1° Sur le prix Bordin :
1.200 francs à M. Guidi pour son ouvrage intitulé Vocabolario
amarico-italiano ;
1.000 francs à M. Dussaud pour son Histoire et reliqion des
Nosairis ; 1 .000 francs à MM. Dussaud et Macler pour leur publi-
cation intitulée Voyage archéologique au Safâ;
800 francs aux Missionnaires catholiques du Thibet pour leur
Dictionnaire Ihibétain-latin-français .
1903. 17
2t6 SÉANCE Di: 12 Jii.N 1903
Le Prksident donne acte à ces diverses Commissions de prix
des conclusions de leurs rapports.
M. Paul jVIever, au nom de la Commission du prix Gobert,
annonce que la Commission présente pour le [)remier prix M. G.
Dupont-Ferrier, pour son ouvrage intitulé : Les officiers royaux
des hnilliarfes el sénéchaussées et les insliln Inms nuimu-chujues
locales en France à la fin du moijcn âge, el pimi- le second prix
M. Eugène Déprez, pour son volume sur Les préliminaires de la,
guerre de Cent ans. — La Papauté, la France et V Angleterre
{1328-1342).
La discussion et le vote auront lieu dans la prochaine séance.
M. Lugène Revilloutlil un mémoire sur de nouveaux Evangiles
apocryphes.
Va\ dehors des Evangiles selon les Hébreux et selon les l^gyp-
ticns, cahjués sur ceux de saint Matthieu et de saint ^L^rc, et
dont, pour le dernier du moins, (juelques fragments probables
nous sont récemment parvenus, rien n'était mieux connu par les
Pères des cinq premiers siècles ([ue les Iwangilcs de saint
Pierre, des XII Apôtres et de saint Barthélémy. M. Bouriant a
retrouvé, il y a quelques années, dans un niaiiuscril grec (que
Wessely date du temps de Diocléticn ou de Constantin"), un frag-
ment important de ri-.vangile de saint Pierre (|ui il semblait
l'ignorer) avait été cité par Origène, par Théodoret. etc. Quant
aux Evangiles des XII .\pôtres et de saint Barthélémy, le premier
avait été cité par Origène, par saint .\mbroise et par saint
Jérôme, et le second par saint Jérôme, par Bède et par le pape
Gélase, qui le condamne. M. Révillout vient de trouver dans des
manuscrits coptes trois fragnienls très iinporlanls de ce dernier
Evangile , donl raulcnr pnHcmhi . l'apôtre Barthélémy, se nomme
expressément à la première personne, comme saint Pierre dans
ri'^vangile ipii porte son nom. Il a retrouvé également dans des
manuscrits copies plusieurs fragments très importants d'un
autre texte, dont les j)remiers morceaux, se reliant à ceux-ci,
avaient été découverts el publiés par lui en LST,") dans ses .Apo-
cryphes coptes du Nouveau Testament. Sainl Pierre el saint
Barlhélemv y sont lonjours indKjues à la Iroisième personne.
SÉANCE UU 12 JLIN 1903 2i
i /
Nous navoiis doue pas allaire à lÉvangile de saint Pierre ou à
celui de saint Barthélémy, et tout nous prouve qu'il s'ag-it dans ce
document du troisième Evangile apocryphe, cité par les Pères,
c'est-à-dire de celui des XII Apôtres.
L'auteur, qui parle aussi parfois à la première personne, tout
en nommant chacun des apôtres à la troisième, et qui cite lui-
même les Evangiles canoniques, était censé avoir recueilli de la
bouche des divers Apôtres les traditions transmises par lui.
M. Révillout fait à l'Académie un résumé des renseignements
prétendus historiques, très curieux, y contenus sur le Christ, que
Tibère voulait nommer roi à la suite d'un rapport de Carius (l'un
de ses agents), et d'une mission de l'apôtre saint Jean à Rome, etc.
Il analyse aussi l'Evangile de saint Barthélémy, distinguant
toujours expressément Marie la Silencieuse, sœur de Marthe et
de Lazare, de Marie-Madeleine.
Les Évangiles de saint Pierre, de saint Barthélémy et des
XII Apôtres sont les seuls apocryphes jusqu'ici connus, d'ailleurs,
qui aient le même plan historique que les l']vangiles canoniques
auxquels ils sont parallèles. Ceux qui avaient été publiés par
Tischendorf, à l'exception (pour une période bien déterminée)
des Gesta. Pilati, n'étaient que des Evangiles de l'enfance ou des
Vies de la Vierge, de saint Joseph, etc.
M. Révillout a retrouvé, de plus, d'autres fragments analogues,
assez étendus, dont la provenance primitive est plus douteuse.
L'un, peut-être extrait aussi de l'Evangile de saint Barthélémy,
nous apprend que si Jésus trouva Judas aux enfers, c'est que ce
dernier savait qu'en y passant le Sauveur devait emmener tous
les morts à sa suite. Aussi n'avait-il pas hésité à se tuer pour
bénéficier de ce privilège, espérance qui, selon l'Évangile de
saint Barthélémy, fut déçue, puisque Jésus emmenant tous les
morts, laissa cependant à Lucifer Caïn, Judas et Hérode. Un
autre nous décrit la cène célébrée par Jésus et par les Apôtres,
et pendant laquelle Thomas lui dit que les juifs voulaient l'étran-
gler comme le coq alors servi sur la table. Jésus ressuscita ce coq
qui devait chanter trois fois cette nuit- là pour rappeler saint
Pierre au repentir.
Un autre intercale au milieu du récit de la Passion un épisode
singulier. C'est à propos de Judas qui reçut les trente pièces
248 SÉANCE Dr 12 JUIN lîlO.'i
frart,''ent des j^ninds-prétres. On iioup dil alors que la femme de
Judas était nourrice d'un fils de Joseph d'Arimathie. Cet enfant
de sept mois refusa de se laisser approcher par elle en la traitant
de bête féroce, parce que, disait-il, ces g^ens-là avaient reçu le
prix du sang innocent.
Plus curieuses assurément sont d'autres pages, malheureusement
très fragmentées et qui nous peignent Pilale faisant l'ofTice déjuge
d'instruction à propos du fait de la Résurrection du Christ. Ces
pages font suite, pour ainsi dire, au chapitre xni des Gesta
Pihih , c'est-à-dire de cet apocryphe célèbre sans cesse cité
comme authentique par les Pères du second, du troisième et du
quatrième siècle, et qui (ïisclu'ndoit' la démontré) constitue les
seize premiers chapitres de ce quon a nommé depuis l'Kvangile
de Nicodème.
A la lin du chapitre xni, il était dit que les juifs avaient donné
de l'argent aux soldats gardiens du tombeau pour dire c|ue les
Apotrcs avaient enlevé le corps de Jésus. Notre apocryphe,
dont le style se rapproche beaucoup de celui des Gesta Pilnli,
raconte que Pilate, voulant s'informer de la chose, interrogea avec
beaucoup d'habileté les soldats les uns après les autres, en obtint
des renseignements contradictoires prouvant leur mensonge ,
alla ensuite expertiser sur les lieux avec les ennemis du Christ et
les disciples. 11 eut aussi les aveux d'un centurion qui avait
assisté à la Résurrection et auiiuel il conseilla de coid'esser la
vérité sans craindre les juifs. Il est désormais pleinement con-
vaincu, baise les linceuls trouvés dans le tombeau, et se remé-
more les paroles de celui quil avait condamné. Aussi, quand les
juifs prétendent que le corps du Sauveur est celui qu'on vient
de trouver dans un puits voisin, il s"y rend, fait observer <(ue ce
corps (celui d'un des deux larrons) était encore environné de ses
bandelettes et, comme les prêtres insistent, il ajoute : « i''h bien I
remelte/.-le dans le tond^eau ! » Il comptait, en elTet, sur un
miracle. annoncé par Jésus, lui disant : « Les morts ressusciteront
dans mon tombeau. »
La suite de cet apocryphe, attribué expressément à (lamaliel,
préteiidiiiil a\oir assisté à tout, nous manfjue malheureusement.
A un Lvangiic de leufance encore inconnu a|iparliciit sans
doute le récit des aventures de Salonié. Ces aventures sont peu
SÉANCE DU 12 JUIN 1903 249
édiliantes. Salonié paraît dailleurs avoir joui d'une mauvaise
réputation. Le plus important des fragments de l'Évangile selon
les Égyptiens qui nous ait été cité par les Pères, est justement
relatif à une conversation entre le Christ et Salomé. Salomé
demande au Sauveur : « Jusqu'à quand les hommes mourront-ils? »
Jésus répondit : « Tant que vous autres femmes produirez des
enfants. » «J'ai donc bien fait de n'avoir point d'enfants », réplique
Salomé. Mais Jésus lui dit : « Nourrissez-vous de toutes sortes
d'herbes, à l'exception de celle qui est amère. » Or, l'herbe qui
est amère est le péché, selon tous les interprètes, et le Sauveur
reprochait à Salomé sa mauvaise conduite antérieure.
Selon notre apocryphe, Salomé était une demi-mondaine très
connue, qui avait autrefois acquis une grande fortune. Le saint
vieillard Siméon, qui bénit le Christ à sa naissance, était allé
alors la trouver comme si la réputation de sa beauté l'avait attiré.
Salomé très émue croit le reconnaître sans en être certaine. Sur
sa demande, elle l'emmène dans des chambres de plus en plus
secrètes, pour éviter de le compromettre. Enfin, il s'ouvre à elle
de ses intentions et lînit par la convertir, l^lle abandonna alors
sa maison et ses richesses. Il la baptise au nom de la Sainte
Trinité, qui lui a été révélée sur le Jourdain, que le Christ devait
plus tard visiter, il le sait. Salomé se retire à Bethléem où elle
construit des lieux de refuge pour y servir les voyageurs. C'est
là que viennent plus tard Joseph et Marie. Sur la demande de
Joseph, Salomé va chercher une sage-femme (comme dans le
proto-évangile de saint Jacques). La sage-femme et elle devaient,
d'après le dernier texte, assister au miracle qui lui montra, ainsi
qu'à Salomé, en Jésus le Fils de Dieu.
« Nous avons enfin, conclut M. Revillout. de nouveaux frag-
ments relatifs à la vie de saint Jean-Baptiste, à la vie de la
\'ierge, à son Assomption miraculeuse, à la vie de saint Joseph
et à celles des divers Apôtres.
<' Ces fragments se rapprochent beaucoup, comme genre, de
ceux que nous avions rapportés de notre mission d'Italie (1872-
187.3) et publiés en partie dans notre volume d'Apocrvphes. Nous
aurions une foule de remarques à faire sur la collection nouvelle
d'apocryphes récemment étudiés par nous. Mais ce que nous
avons dit suffit pour en donner une idée sommaire, et nous
2o0 sÉA.NCK Di I!) niy 1903
complons bientôt tout faire paraître dans le g-ros volume que
nous préparons et qui comprendra la lotalilé des documents
coptes de ce genre. »
M. ForcAHT commence la seconde lecture d'un mémoire sur le
culte de Dionysos en Atlique. Après avoir indiqué quelle fut la
nature de ce dieu en Thrace et à Thèbes, il montre que les
Athéniens connurent le culte de Dionysos dès le temps de leurs
premiers rois. A l^leusis, il fui associé à Déméter dès l'origine,
comme l'inventeur et le protecteur de ragricullure ; diirérent du
Dionysos tliéhain et d'Iacchos, il forme avec la déesse un couple
(jui semble reproduire celui d'Isis et d'Osiris. De même que leurs
modèles égyptiens, Dionysos et Déméter sont en même temps
les dieux des morts et les maîtres des régions souterraines où
rhomme descend après la mort.
LI\ r,i:S OFFERTS
Le SEciiKTAUti-: pehpéti el oITre à l'Académie :
i" An nom de la Société archéol()gi(|ue du (lé|)arl("mt'iil lic Constan-
tine, une pidjlicalion intitulée : Souvenir du <li)i/u;inli'nnirc ;
2*" Au iiiiin (le M. A. Planchemiult , arcliivisle-paléogi-aphe , le
Curlulaire (ht chiipUrc de S;iinl-L;iutl iI'Anjji'ra Angers, l',IO:{, 2 vol.
iii-lS":.
SÉANCE \)V W) JUIN
Le Pui.snn^.NT annonce la mort tle M. t^iiarles de draudmaison,
correspondant de l'Académie, décédé à Tours le I(i juin. M. de
Grandmaison était correspondant depuis ISUl'. Ses principaux
ouvrages sont le f.ihcr de srrris (les serfs de Marmouliers) ;
SEANCE DU
19 JUIN 1903 251
une Etude sur r/u'sfoire des arts en Tournine au XV*^ et au
XVI'^ siècle; Classement des Archives d'Indre-et-Loire, o vol.
d'inventaires (1878-1891).
M. Glermont-Gaxneau présente trois inscriptions grecques,
gravées sur plaques de marbre, qui, découvertes par lui en 1870
à Gaza, avaient été depuis transportées subrepticement à Tyr.
Avec l'autorisation de l'Académie, et, grâce au petit crédit spé-
cial dont elle dispose depuis quelques années pour ce genre
d'opérations, crédit qu'il serait bien désirable de voir augmenter,
il a réussi à les acquérir par l'obligeante entremise du P. Paul
de Saint-Aignan et à les faire venir à Paris. Il exprime le vœu
qu'elles soient mises à la disposition du Louvre moyennant le
remboursement des frais supportés par l'Académie, ainsi qu'il a
déjà été procédé, dans des circonstances analogues, pour d'autres
monuments. Ce sont trois épitaphes datées, dont l'une présente
un intérêt considérable pour la chronologie antique ; elle nous
permet, en effet, de déterminer avec la plus entière précision le
point de départ de l'ère de Gaza qui, comme l'a établi M. Clermont-
Ganneau', doit être fixé au 28 octobre de l'an 61 avant Jésus-
Christ. Ces documents nous font, en outre, connaître dans tous
ses détails le calendrier de Gaza, qui était modelé sur le calen-
drier égvptien, avec l'intercalation des cinq jours épagomènes,
ou complémentaires, entre le 23 et le 29 août (x^ et xi'^ mois,
Lôos et Gorpiaeos).
Sur l'avis de M. Heuzey, l'Académie approuve le prélèvement,
sur les fonds destinés à cet usage, d'une somme de 68 francs
pour l'achat de ces trois pièces qui seront rétrocédées au Louvre,
moyennant le remboursement du prix de l'acquisition et des
frais de transport.
1. Clermont-Ganneau , Archaeological Researches in Palestine, t. II,
p. 424 et suiv. Les trois inscriptions en question y sont publiées aux p. 401,
n" 2, p. 410. n° 13, et p. 411, n° 15; les dates des deux dernières corres-
pondent respectivement au 16 octobre 505, et au 5 juin 563 de notre ère;
c'est cette dernière (ainsi libellée : " le 11 du mois de Daesios, l'an 623,
selon le compiil de Gaza, XI" indiction »] qui a fourni la donnée fondamen-
tale pour la détermination de l'ère de Gaza.
252 SÉANCE DU 19 JllN 1903
Le Président annonce les résolutions que rAcadémie vient de
prendre en comité secret.
L Académie a accordé :
l'' Sur les revenus de la Fondation Piot :
Une somme de 1.000 francs à M. Degrand pour subventionner
ses fouilles dans le tumulus de Costievo, près de Philippopoli;
Une somme de "200 francs à ^U Bertaux pour faire exécuter
les photog:raphies d'un manuscrit de la Bibliothèque royale de
Naples, attribué à Charles VIIL
2" Sur les revenus de la fondation Benoît Garnier :
Une somme de 2.000 francs à M. l'huile Gautier pour sa mis-
sion dans le Touat, le Gourara et le Sahara central, alin de rele-
ver dans ces réglions les monuments épigraphiques qui y ont été
signalés dans ces derniers temps.
Le Président annonce enfin que la Commission du prix Allier
de Hauteroche (numismatique ancienne) a décerné, cette année,
le prix à M. Jules Maurice, pour Tensemble de ses travaux sur les
émissions monétaires de l'Empire romain pendant la période
constantinienne.
L'Académie procède au vole sur les conclusions du rapport de
la Commission du prix Goberl.
Pour le premier prix, M. Dupont-Ferrier obtient 35 suffrages;
M. Godefroy, 1 .
En conséquence, le premier prix Gobert estdécerné à ^L Dupont-
Ferrier, pour son ouvrage intitulé : Les officiers royaux des
bailliages el. sénéchaussées et les iiistilutious monarchiques locales
en France à la fin du moyen âç/e.
Pour le second prix, M. Dépre/. obtient 23 sulfrages ; .M. Kleiu-
clausz, 9; il y a 4 bulletins blancs.
En conséquence, le second prix Gobert est décerné à M. Eugène
Déprez, pour ses Préliminaires de la guerre de Cent ans.
M. Pb. Bkkger commence la lecture duii mémoire sur la
mission de M. Perdri/.et à Sidon.
\L Perdrizet a étudié sur place toutes les questions se rappor-
tant à remplacement et à larchitecture du temi)le dEsnioun,
ainsi qu'à la découverte des inscriptions de fondation. Il a réussi
LIVRES OFFERTS 253
à se procurer trois nouvelles de ces inscriptions, dont deux sont
les deux parties de l'inscription que M. Berger avait déjà publiée
sous le n° i d'après un estampage défectueux.
M. Berger présente à l'Académie une des inscriptions rappor-
tées de Sidon par M. Perdrizet, et il montre sur la pierre elle-
même les signes qui permettent d'en affirmer l'authenticité. Il
montre enfui, comme objet de comparaison, une inscription
fausse qui vient du même endroit et il fait ressortir les profondes
différences des deux monuments.
M. FoucART continue la seconde lecture de son mémoire sur le
culte de Dionysos en Attique.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel présente :
1° Au nom de M. Oppert, l'une de ses premières publications,
Imprimée en 1847 : Das Lautsystem des Altpersischen (Berlin, 1847,
in-8"), et L'année de Méton (Paris, 1903, in-8°; extr. de la Revue des
études grecques) ;
2° Au nom de M. Omont : Discours prononcé à la séance générale
du Congrès des Sociétés savantes à Bordeaux, le samedi 1S avril 1903
(Paris, 1903, in-8°).
SÉANCE DU 26 JUIN
An nom de la (jonimission tle la l'ondaliou JjciioîI (ianiier.
M. IIamv annonce que le capitaine Lenlanl va parlir dans une
quinzaine de jours pour sa mission. Il a donné à son canot en
fer, qu'il a l'ait construire à cet elFel , le nom de « Benoît
Garnier ». C'est avec une partie des fonds du legs Garnicr quil
a été construit. Le canot, partant de Hezons , va descendre la
Seine pour remonter ensuite le Niger.
M. FoucART continue la seconde lecture de son mémoire sur
le culte de Dionysos en Attique.
M. Philippe Bkrger cède la parole à M. Perdrizet, présent à
la séance, pour rendre compte lui-même de sa mission.
M. Perdrizet rend compte de la mission que lui avait confiée
l'Académie et qui avait pour objet l'étude du sanctuaire
d'Echmoun, près Sidon. Ce sanctuaire consistait en une grande
enceinte, en blocs énormes, qui est toujours restée apparente;
elle a été signalée pour la première fois par Gaillardot. Les
inscriptions phéniciennes au nom du roi Bodachtoret qu'on a
trouvées dans les fondations sont au nombre de sept; quatre sont
au L()u\ie, deux au musée Ottoman, une à IT niversité presby-
térienne de Beyrouth, Le sanctuaire d'Echmoun, dédié dans la
première moitié iln i\'' siècle, fui probablement détruit par
Artaxerxès en 348.
L'Académie procède à la nomination dune commission qui
sera chargée de vérifier les comptes des recettes et dépenses de
l'Académie pendant l'année 1902.
i^iiiit <lésitrnés : MM. Scmlu.mberger et Longnon.
■n'
M. \'ictor Bérard communique à l'Académie, au nom de M. le
professeur llalblierr, l'empii-iiile d un sceau égy])lien ti-ouvé dans
SÉANCE DU 26 JUIN 1903 2oo
les fouilles d'Ha^ia Triacla , près de Phaistos (Crète). Ce sceau
provient des ruines d"un tombeau à coupole. Il semble avoir fait
partie d'un collier d'or dont les pendeloques (lions accroupis et
tètes de taureau) sont tout semblables ou même identiques à
celles d'un collier trouvé à Mycènes (vi'' tombeau). Ce sceau
porte le nom de la » femme royale Tii », femme d'Aménophis III.
On sait que les fouilles de Mycènes avaient déjà livré un scarabée
de la même reine Tii et des cartouches du même Aménophis III.
Voilà donc une date de concordance entre les civilisations de la
Crète et de Mycènes. Cette date nous reporte au xv"^ siècle avant
J.-C. : c'est exactement la date que nous donne la Chronique
de Paros pour l'arrivée en Grèce des Kekrops, Danaos, Kadmos
et autres colons égypto-phéniciens.
M. E.Cartailhac, correspondant de l'Institut, fait en son nom et
au nom de M. l'abbé Breuil une communication sur les peintures
de la grotte d'Altamira près Santander (Espagne).
Ces peintures couvrent les parois et le plafond de la grotte ; ce
sont des figures noires d'animaux et de signes inintelligibles, les
premières tracées ; puis des figures triangulaires, scaliformes, et
des animaux peints en rouge plat ; par-dessus cette double
couche, de nombreux graffites, figurant des cerfs, biches, huttes
et bonshommes ont été légèrement gravés; enfin une dernière
couche de peinture a été pratiquée, très supérieure aux précé-
dentes par la valeur et les dimensions des animaux représentés
(sangliers, biche, cheval, bisons); ils atteignent 2"" 20, et sont en
rouge et noir. Les attitudes sont si bien saisies , ainsi que le
modelé, que cela suppose des artistes à culture approfondie, et
dont la technique s'était peu à peu améliorée. L'identité de ces
œuvres d'art avec celles des grottes françaises est absolue ; c'est
l'œuvre d'une même école d'art, obéissant aux mêmes préoccupa-
tions, suivant des coutumes identiques. Une semblable unité et
de telles coutumes sont si frappantes qu'il faut admettre qu'elles
étaient le résultat de pratiques religieuses, qui nous donneraient
aussi l'explication de ce fait que seuls certains animaux, tous
comestibles, ont été figurés à l'exclusion de tous les autres ^
J , ^'oi^ ci-après.
2:wi
COMMI MCATION
LKS l'KiN 1 1 iii.s l'itKiiisKMiKii i:s iii: i.\ (;ii(»i II': i)'\i.i\MiitA
A s\Mii.i,A.\\ i;si'A(;M':j,
><iir; mi: \i. i.mii.i: cAitiAii.iiAc, (;mhui:si'()M)\m' i»i; r.' \": mikmiii,
i;t |)|; m. i." muii-; ii i;i;i.i il.
Ln ^lollc d'Allimirn, nu snniincl d'iino cDllino flo ce nom,
prôs Siiulillaiin del Mar, j)roviiice du SauLaiidc-i', l'ut sifiï'nalée
dôs 18S() par un aiclK'olo^^uc do ce pays. M. de Sautuola,
comme rciircruiant de n()nd)rt'ux dûhris di; cuisine et d'in-
dustrie de l'â^c de la pierre, et des p(;iiilures en rouge et
noir li;^uraiil dans d assez <j;randes dimensions dlvei's ani-
maux, (les peintures élranges étaieni alors uniques en leur
f^'-enre, leur A^(! n'était pas li.xé. Les Mnlrrimu pnii/- l'/iis^
/(lire (le I lioiiiiiic j)ul)lièi'ent sur cette déeou\frle \\\\ rapport
iiumilieiix de M. llarlt', m^M'iiieiir des |)onts et chaussées,
l'oil au eoii|-;iii| de l^ii-eln'olo^ie pridiisl ori([Ue , et (jui avait
l)ien \()ulu proliler d un V(tya}^'-e au nord de l'ivsj^a^ne pour
pousscîr jus(pi';i la j^'-rotte. (lef examen, d'ailleurs ra|)ide, ne
lui pas l'avoiaMe ii r.ill rihui ion ;i I ;'i^;-e de |,i pierre de ces
peintures souNcnt très |)eiTe(lioiiin''es, très Iraiclies en
apparence, et (prmic lumière artiliei(dle assez, vive pouvait
seule éclairer convenablement. L'i'tude de cettt^ grotte resta
ainsi su|)erli(ielle et incomplète. Mais dans ees dernières
années, <!t dès IS'.M», r;illenliou lut i ;i|)ii('l(''c sur elle. Des
découvertes (dl'ectuées dans jylusieurs grottes françaises,
princi|)alemenl |)ar MM. Mmile llivière, Daleau, (lapitan et
par nous-mêmes, ont di'inontré (pie roinementatioii des
cavernes par l.i gravure au ti'ait et \)\\r des peinlures en
rouge et en ninr, a ini monii'nl assez, ancien du (pialeiMiaire
LES PEINTURES DE LA GHOTTE D ALTAMIRA 2o i
et de l'âg-e de la pierre, était un fait dont il importe de
rechercher d autres exemples et d'étudier avec soin tous les
aspects.
Après avoir entendu notre communication sur la grotte
de Marsoulas (Haute-Garonne) , l'Académie n'hésita pas à
partager cette opinion et voulut bien nous aider à pour-
suivre ces investigations.
Quelques semaines après, nous nous rendions en Espagne.
L'examen de la grotte d'Altamira exigea un mois de travail
assidu. Il lui fut à première Aue et, grâce à notre connais-
sance des autres cavernes ornées, tout à fait favorable. Nos
anciennes objections, celles de M. Harlé n'étaient pas sou-
tenables; et M. Harlé lui-même, retournant pendant les
vacances de Pâques à Altamira, vingt ans après sa première
A-isite, et reconnaissant enfin l'ancienneté des peintures,
adhérait pleinement à nos conclusions.
La région appartient au calcaire crétacé. Son aspect
révèle une grande circulation souterraine des eaux. Sur de
nombreux points, le sol a des ellbndrements circulaires. La
grotte est entourée de semblables dépressions qui révèlent
des grottes écroulées. Elle-même est le type parfait de cet
accident. On marche dans plusieurs galeries sur un plafond
tombé dont les grandes plaques polygonales sont encore
contiguës, tandis qu'une assise formant voûte est craquelée
et soutenue sur de vastes largeurs par de simples pressions
latérales. La ruine sur quelques points est imminente, et la
circulation des visiteurs devient de jour en jour plus dan-
gereuse.
Une série d'amples éboulements a ainsi ouvert la première
partie de la caverne sur une longueur de 230 mètres. Plus
loin, et suivant les dislocations préalables de la roche,
existent des galeries étroites et surbaissées dues à Laction
des courants. L'une d'elles a 50 mètres de long.
Les traces de 1 habitation préhistorique sont considé-
rables et localisées à l'entrée. L'homme a dû fréquenter
2o8 LES PEINTURES DE LA GROTTE d'aLTAMIRA
longtemps et longuement cette place. Un très large dépôt
de plus d'un mètre d'épaisseur couvre le sol et se compose
de cendres charbonneuses pétries de coquilles comestibles
prises à la mer voisine et d'os cassés. A ces rebuts de
cuisine sont associés abondamment des débris d'objets
ouvrés, en pierre et en os.
Des portions importantes de la voûte sont tombées de
nos jours sur ces couches irrégulières. On peut reconnaître
que la première galerie qui , dans ces parages , présente
aujourd'hui un aspect ruiné et menaçant, était pour les
anciens hommes un vaste souterrain non morcelé où pour-
tant la lumière du jour ne pouvait porter bien loin.
Une partie notable du plafond, au milieii de l'ébranlement
général, a résisté et se maintient encore sur une salle
annexe de cette galerie. C'est là sur une surface de 40 mètres
de long sur 10 de large que sont accumulées les peintures
polychromes qui avaient attiré l'attention de M. de Sautuola,
et dont il avait publié en noir une petite esquisse. Notre
enquête nous permet d'assurer que plus près de l'entrée la
voûte était également peinte. D'ailleurs on retrouve dans
les galeries qui suivent, et juscju au fond de l'étroit boyau
qui termine la caverne, des animaux en peintiu'e noire,
d'autres gravés au trait et quantités de signes singuliers.
Les signes noirs sont distriliués irrégulièrement sur les
parois de droite et de gauche de la seconde et de la der-
nière partie du souterrain. Ils sont à portée de la main,
mais pas toujours aux endroits qui s'aperçoivent d'abord,
ce qui permet sans doute d'écarter l'idée que ce sont des
points de repère pour faciliter la circulation, l^n général
plusieurs traits les composent et leur donnent ([uekjue ana-
logie avec des caractères d'écriture. .Mais ([uel([ue simples
qu'ils soient, réduits à deux ou trois touches ou plus com-
[)li(jués. ils varient sans cesse, on n'en \(Mt pas deux si'iii-
blables.
Les signes [)urement linéaires font place quebiiu'fois à
LES PEINTURES DE LA GROTTE d'aLTAMIRA 259
des fîg^ures compliquées, soit à des silhouettes d'animaux,
bœufs, chevaux, poissons, soit à des imag-es qui ressemblent
k des boucliers ornés de dessins variés.
Quatre signes de ce genre, mais tout à fait simples, tels
que des 0 avec deux barres, sont au plafond d une anfrac-
tuosité étroite , haute , profonde de quelques mètres seule-
ment, au bout de la première galerie. L'importance mysté-
rieuse de ce diverticule est affirmée par la présence d'autres
signes compliqués et les seuls qui soient tracés en rouge
dans les galeries profondes, où abondent les noirs. A
gauche , une corniche saillante est en dessous couverte de
bandes étroites, scaliformes, qui s'étalent et se multiplient
aux endroits larges , épousant ainsi toute la surface dispo-
nible. Les parois à droite sont marquées par quelques
rubans pareils, mais vite interrompus, et d'un tracé bizarre.
Nous retrouverons les signes rouges dans une grande
salle voisine de l'entrée.
L'ancienneté des signes noirs est démontrée par ce fait
qu'ils sont coupés par des gravures, du moins par deux des
meilleures et des plus caractérisées figures tracées à la
pointe qui constituent la seconde série des œuvres humaines
de la caverne.
Elles représentent des animaux à l'exclusion de tout
dessin linéaire ou fantaisiste. Semblables à des esquisses
d'album, elles sont bizarrement tracées d'une main exercée;
ce sont des croquis de bœufs et de chevaux, surtout des
têtes de biches. On reconnaît, sans aucun doute possible,
le style, la facture des dessins sur os de notre âge du renne,
des gravures déjà remarquées sur les parois de nos cavernes
françaises.
La distribution des gravures est aussi étrange que celle
des signes. Elles sont parfois sur des façades d'un abord
difficile ou dans des recoins. Trop légères pour être aperçues
du passant, visibles seulement pour celui qui les recherche
avec expérience et une bonne lumière artificielle, elles ne
260 LES PEINTURES DE LA GKOTTE DALTAMIRA
peuvent pas être une décoration banale. Ce n'est pas davan-
tag'e le résultat d'un caprice, puisque nous avons des docu-
ments semblables, des dispositions identiques des bords du
Rhône à la Gironde et du Périg^ord aux Pyrénées canta-
briques.
Ça et là, on rencontre des concrétions stalagmitiques
dont les amples cascades descendent des cheminées béantes
de la voûte ou s'étalent en escaliers aux changements de
niveau des galeries centrales. Elles sont très tendres ordi-
nairement et portent çà et là des traces bien distinctes. Les
unes , un peu partout , sont de larges coups de griffe ,
vestiges du passage des ours essayant de grimper ou de se
retenir dans une glissade. Les autres, plus localisées, sont
des contours d'animaux profondément incisés, souvent
enchevêtrés. De tels dessins , également énergiques , som-
maires et confondus, se voient exactement dans les grottes
d'Aigueze (Gard) et de Pair-non-Pair (Gironde). Celle-ci
surtout peut-être regardée comme la plus ancienne des
cavernes ornées. L'indication comparative a donc sa
valeur.
Attachons-nous maintenant à indiquer les œuvres d'art
multipliées sur le plafond de la première salle. Celui-ci est
fissuré complètement et en tous sens. Les fentes sont
béantes; de plus, l'épaisse couche qui le forme s'est séparée
des assises supérieures et n'est retenue dans son mouve-
ment de descente que par des pressions latérales. Situation
précaire au plus haut point qui s'est aggravée depuis vingt
ans. Ce plafond est ainsi suspendu à deux mètres environ
au-dessus du sol dans la majeure partie de la salle; mais
d'un côté cet intervalle est très réduit et le visiteur ne peut
circuler que courbé en deux. Les changements accomplis
depuis les temps préhistoriques n'ont pas sensiblement
modilié cet état de choses. Cependant cette voûte, même
aux endroits ([uOu ne pcul bien voir qu'en se couchant sur
la terre, ollVe des gravures et des peintures.
LES PEINTIRES DE LA GROTTE d'aLTAMIRA 261
Les gravures sont disséminées au hasard, sur presque
toute la surface, et si nombreuses que nous en découvrions
encore au dernier moment de notre séjour. Ce sont, comme
dans les profondeurs de la caverne, de nouvelles éditions
de nos fins graffiti de l'âge du renne. On observe très peu de
variété dans la famie figurée : des chevaux, des bœufs, un
beau cerf à ramure très développée , surtout des têtes de
biches.
Mais en outre il y a des silhouettes qui nous paraissent
humaines, bien qu'elles soient d'un dessin très inférieur à
celui des animaux. Il semble que l'artiste ait surtout visé à
bien marquer un geste : l'homme étant vu de profil, les
bras sont levés dans l'attitude classique des adorants, les
mains à la hauteur de la figure.
De plus, en comparant les têtes, on peut noter que dans
la plupart le visage humain disparaît comme s'il était rem-
placé par un masque à museau bestial. En les examinant,
on ne peut que songer à ces déguisements si fréquents chez
les primitifs ayant survécu jusqu'à nos jours, par exemple
chez les Peaux-Rouges qui en faisaient usage dans leurs
cérémonies religieuses.
Çà et là, plus de vingt fois, on voit un dessin gravé, une
foule de traits divergeants d'un sommet et contenus dans
une courbe demi-circulaire rappelant la manière des Eski-
mos pour figurer leurs huttes.
Une série de peintures en noir et en rouge se rattache à
ces diverses gravures , parce qu'elle constitue avec elles ,
sinon avant elles, la plus ancienne ornementation du pla-
fond. Ces peintures représentent des animaux et sont tan-
tôt en noir des croquis d'une touche habile, accentués d'un
trait plus large, d'empâtements même pour mettre les
reliefs en saillie, tantôt en rouge avec teinte plate et uni-
forme couvrant tout. La gravure a marqué plus ou moins
le contour, surtout l'extrémité des membres et les détails
de la tête, les yeux, le museau. Les peintures rouges ont
1903. 18
2G2 LES PEINTURES DE LA GROTTE d'aLTA!MIRA
eilacé parfois les peintures noires qui, dans toute la grotte,
paraissent ainsi les plus anciennes.
Ces fresques sont fort altérées par suite de leur antiquité
plus haute, probablement aussi à cause de leur situation les
exposant au lavage par les eaux de condensation.
Nous avons remarqué l'une d'elles, roug-e, composée non
pas d'une couche unie, mais d'un semis de taches, d'un
véritable pointillé. Le même système est pratiqué pour plu-
sieurs figures de la grotte de Marsoulas (Haute-Garonne).
Le dessin d'une main humaine, de petite taille, pourrait
être le résultat de l'application même de la main enduite de
rouge suivant le procédé bien connu en Algérie , mais en
tous cas elle a été repeinte.
Enfin un espace notable du plafond, la partie centrale et
terminale, est garni par une accumulation de signes rouges.
Là un signe, contrairement à ce que nous observions pour
les signes noirs , revient fréquemment , mais il se présente
dans tous les sens et forme des groupes particuliers et
variés. Il est évident que la répétition de ce signe a été
systématique, il était d'interprétation courante. On peut
du moins le supposer. II pourrait être, comme dans les
inscriptions ornementales ou magi([ues des Eskimos, l'image
déformée de la pirogue, du kajah. Tout cet ensemble de
dessins en désordre et qu'il a été malaisé de relever avec
le plus grand soin attend une explication.
Mais plus loin, recouvrant les gravures et les peintures
primitives, s'étend une décoration autrement étonnante,
d'une valeur bien supérieure. Vingt-cinq animaux , soit
vingt-et-un bisons, deux sangliers, un cheval, une biche, de
1 "' 25 à 2'" 20 de longueur, sont plus ou moins juxtaposés.
Ils sont placés dans tous les sens et posés dans un profil
atténué (jui dégage en général les quatre pieds et sépare
aussi les cornes des bovidés. Ils sont debout, sauf cinq bisons
dont les membres sont ramenés contre le corps et qui alfectent
ainsi l'allure des bœufs couchés et ruminant, ou mieux
LES PEINTURES DE LA GROTTE d'aLTA3I1RA 263
ramassés dans un bond et pointant les cornes en avant.
Même dans ces images singulières, l'exactitude des propor-
tions, la rigueur des lignes laissent peu à désirer. Cette
perfection du dessin est bien secondée par une technique
perfectionnée , par l'utilisation de toutes les teintes et des
effets qui peuvent résulter du mélange et de la juxtaposition
du noir et du rouge. Les attaches des membres et les
membres eux-mêmes se détachent en relief brusque, grâce
à des bandes claires obtenues par le lavage habile de la
couleur. Une légère gravure préalable ou de simples raclages
dessinent ordinairement l'esquisse de l'animal représenté.
Le trait des pieds, des veux, des narines, des cornes est
plus accentué. Certaines parties ou particularités ne sont
parfois que gravées. Souvent les reliefs naturels de la pierre
ont été utilisés. Les larges mamelons qui hérissent le pla-
fond ont déterminé le choix de la place et la direction du
corps de telle sorte que tout ou partie de l'animal se pré-
sente avec l'apparence d'une sculpture coloriée.
Parmi les curiosités de ces ouvrages , il faut citer les
superpositions. Il n'y a pas seulement d'abondantes traces
des plus anciennes peintures : on constate que de grandes
peintures polychromes ont été, elles aussi, à moitié effacées,
lavées pour faire place à d'autres. Aurait-on voulu établir
plusieurs plans dans ces représentations figurées? Un jeune
poulain (?) est peint sur le corps d'un cheval. Ailleurs, un
sanglier se présente avec huit pattes. Une première figure
avait donc cessé de plaire.
Ainsi les peintures, faites incontestablement à l'aide d'un
pinceau, et qui représentent un travail considérable, n'ap-
partiennent pas au même temps. Comparées à celles de
Marsoulas et de Font-de-Gaume , elles témoignent d'une
réelle supériorité, d'une évolution de l'art; elles supposent
une culture ancienne , des traditions bien établies , des
études approfondies.
Au point de vue de l'âge qu'il convient de leur attribuer,
264 LES PEINTURES DE LA GROTTE D ALTAMIRA
elles se prêtent un mutuel appui. Nous n'avons pas à Alta-
mira comme à Font-de-Gaume de puissantes stala<^mites
dont l'arrivée sur les peintures d'une fraîcheur étonnante
démontre l'antiquité des œuvres quoique sans la préciser.
Nous n'avons pas l'imagée du mammouth comme à Font-
de-Gaume, aux Combarelles, à Aigueze, fixant cette anti-
quité. Mais par la comparaison de nos diverses cavernes,
qui ont toutes des traits communs à côté de leurs caractères
spéciaux, soit pour les g-ravures, soit pour les peintures, par
l'étude des gisements préhistoriques de ces mêmes stations,
nous aboutissons à une conclusion ferme. La différence de
la latitude sufTit à expliquer certains faits obscurs, quelques
divergences.
En résumé, les gravures et les peintures de la grotte
d'Altamira appartiennent à une époque exactement déter-
minée qu'il faut placer au commencement du bel âge du
renne proprement dit. Ce sont des œuvres d'art paléoli-
thiques.
Les faits observés à Altamira montrent, plus complète-
ment que partout ailleurs, l'importance qu'avaient ces
images dans les préoccupations et la vie sociale des primitifs
qui les ont exécutées; ils laissent soupçonner l'existence
dans une grande partie de notre Occident des mêmes
croyances, des mêmes pratiques superstitieuses. Ils alfirment
l'unité de la population.
LIVRES OFFERTS 263
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel présente au nom de l'auteur, M. Guy de
Lusignan, le second volume du Nouveau dictionnaire illustré français-
arménien. I-Z (Paris, 1903, in-8°).
Parmi les ouvrages offerts à l'Académie, le Secrétaire perpétuel
signale l'étude de M. Charles Joret sur la Bataille de Formigny. C'est
un recueil de toutes les descriptions faites, au xv« siècle, du célèbre
combat, qui mit fin à la domination anglaise en Normandie. Les
conclusions auxquelles arrive l'auteur diffèrent singulièrement de
celles des historiens modernes ; mais comme il nous donne les textes
sur lesquelles il s'appuie, il fait ainsi les lecteurs juges de la ques-
tion, et nous croyons que plus d'un se rangera à son avis.
Le Gérant.^ A. Picard.
MACO>", PROTAT FRERES, IMPRIMEURS
•w
ACADEMIE
DES
INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES
ANNÉE 1903
ï 0 M E 1 1
MAÇON, rilOTAT FUliUKS. IM l'KI M i: f lt>
ACADEMIE
DES
INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES
COMPTES RENDUS
DES
SEANCES DE L'ANNÉE
1903
TOME II
PARIS
ALPHONSE PICARD ET FILS, ÉDITEURS
MBRAIRES DES ARCHIVES NATIONALES ET DE LA SOCIÉTÉ DE l'ÉCOI.E DES CHARTES
82, RUE BONAPARTE, S "2
M D CCCC III
Comptes rendus des séances
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1903
PRÉSIDENCE DE M. G. PERROT
SÉANCE DU 3 JUILLET
M. le marquis de Vogué communique à l'Académie l'estam-
page, envoyé par M. Maspero, d'une inscription araméenne gra-
vée sur une stèle de grès provenant d'Assouan (Syène, Eléphan-
tine) et conservée au musée du Caire. Le monument est mutilé
en haut et en bas : l'inscription ne comprend plus que cinq lignes
dont trois seulement sont intactes.
Elle se traduit ainsi :
fils de Marna ou Ahdmarna
chef de la garnison de Syène, a fait
dans le mois de siivan, qui est mehir,
de Vannée sept d'Artaxerxès Roi
[à] Dieu
Le nom du dieu est assez mutilé et M. de Vogiié se réserve de
l'étudier plus à loisir. La question de date est assez délicate et
M. de Vogué la discute sous ses divers aspects '.
l. Voir ci-après.
1903.
19
2f)8 SÉANCE DU 3 JUILLET 1903
M. i)K \'oGLÉ analyse ensuite un mémoire du R. P. Ronzevalle
sur un bas-relief trouvé à Emèse et sur plusieurs monuments
palmyréniens*.
M. Gagnât lit une lettre de M. le D'' Carton sur l'état des
fouilles qu'il exécute à El Kenissia, près de Sousse, pour le
compte de l'Académie, avec le concours de M. le capitaine
Ordioni.
Le dégagement du théâtre est poursuivi méthodiquement. On
y a découvert presque entièrement les parascenia, le mur du
fond de la scène et une partie de l'orchestre.
Les découvertes les plus intéressantes sont faites dans un
sanctuaire orienté à l'est, et qui renferme des autels en maçon-
nerie, entourés de stèles votives à emblèmes puniques. Au pied
de ces dernières, plus de deux cents lampes puniques, des
ossuaires renfermant les restes de petits animaux sacrifiés ont été
découverts à côté de bride-parfums , de statuettes en terre
cuite, etc. .Au fond de l'aire sacrée, on découvre en ce moment
un grand escalier dont les marches, en partie seulement mises
à jour, peuvent être suivies déjà sur 20 mètres de longueur 2.
M. S. Reinacu a la parole :
« Je demande la permission d'annoncer à l'Académie une
découverte importante en elle-même, plus importante par les
espérances qu'elle fait concevoir.
« Dans un lot de papyrus découverts par eux à Oxyrhynchus,
ALVl. Grenfell et llunt ont déchiffré des fragments considérables
d'une epitome de Tite-Live, livres .'^-39 et 19-55.
« Les livres 49-55 ne nous sont pas parvenus, et la nouvelle
epitome est fort différente de celle que nous possédons.
« On sait que les papyrus latins sont relativement rares. Le
fait que Tilc-Live est représenté parmi les auteurs que l'on lisait
et que Ion résumait en l''gypte à l'époque romaine est bien
propre à éveiller la curiosité.
1. Voir ci-aprcs.
2. Voir ci-après.
INSCRIPTION ARAMÉENNE TROUVÉE EN EGYPTE 269
« MM. Grenfell et Hunt annoncent, en outre, la découverte
d'une nouvelle série de sentences attribuées à Jésus-Christ et
celle d'une ode qu'ils attribuent à la prêtresse Corinne.
« A aucune époque, depuis le xv" siècle, le trésor de la littéra-
ture antique ne s'est enrichi aussi rapidement que de nos jours ;
et l'on peut dire, malgré les résultats acquis, que le travail
d'exhumation systématique des papyrus est encore à ses débuts. »
M. Bréal rappelle que, il y a deux ans, il disait que l'Eg^ypte
serait une mine féconde à exploiter en fait de découvertes
antiques. Il ne croyait pas que la découverte signalée par M. S.
Reinach viendrait lui donner si vite raison. Il se demande pour-
quoi la France ne prend pas une part plus grande à ces décou-
vertes, et il exprime le vœu qu'une somme soit prélevée, tous
les ans, sur les reVenus de la Fondation Piot, pour achat de
papyrus.
La pi^oposition de M. Bréal est renvoyée à l'examen de la
Commission Piot.
L'Académie procède à l'élection d'un membre de la Commis-
sion du prix Prost.
M. LoNGNON est réélu.
M. FoucART continue la lecture de son mémoire sur le culte de
Dionysos en Attique.
COMMUNICATIONS
INSCRIPTION ARAMÉENNE TROUVÉE EN EGYPTE,
PAR M. LE MARQUIS DE VOGUÉ, MEMliRE DE l'aCADÉMIE.
Le monument provient d'Assouan et est conservé au
musée du Caire. C'est une stèle de grès qui, dans sa forme
primitive, était plus haute que large. Mutilée en haut, en
bas et légèrement sur la droite, elle mesure aujourd'hui 0 '" 26
270 INSCRIPTION ARAMÉENNE TROUVÉE EN EGYPTE
de haut sur 0 " 45 de large. Les lettres sont gravées avec un
certain soin, les mots sont séparés, les lignes sont comprises
entre des traits parallèles, distants de 0'" 052.
Nous la lisons ainsi qu'il suit :
NJIQ 12
vni2 in ]VD UV2
Le premier mot visible paraît, ii première vue, devoir se
lire 12, pis de, et s'appliquer à l'auteur de l'inscription, dont
le nom devait se trouver à la ligne précédente, actuellement
disparue. Pourtant, une objection se présente : la seconde
lettre est un peu courte pour un resch : si l'on veut bien
examiner la photographie jointe à cette note, on remar-
quera que dans tout le reste de l'inscription les daleth et les
resch sont soigneusement différenciés par la longueur de
leurs hastes respectives; on remarquera ensuite que les
deux lettres de ce mot 12 sont liées eL offrent la plus frap-
pante analogie avec les deux lettres également liées qui se
trouvent à la fin de la seconde ligne où elles entrent dans
la composition du mot incontestable 12", a fait . On remar-
quera enfin que le commencement de la première ligne
paraît mutilé et qu'une lettre peut avoir disparu dans la
cassure de la pierre. On peut donc supposer que cette lettre
était un V et lire au lieu de n:id 12, fils de Marna, le nom
propre N2iai2y, Ahdmarna, qui est au moins aussi satisfai-
sant. On a cru lire sur une inscription très mutilée de
Chypre (C. /. .S., I, n" 16) le nom ^:i^2-2y qui serait l'équi-
valent phénicien du nom araméen.
Les trois lignes qui suivent n'ollVent aucune difficulté ; à
o
CM
O
0^
1
INSCRIPTION ARAMÉENNE TROUVÉE EN EGYPTE 271
la dernière le mot N*n;N, Dieii^ est seul certain : nous tra-
duirons donc :
. , . .fils de Marna ou Abdmaima, chef de la garnison de
Syène^a fait dans le mois de siwan,qui est rnéhir,de l'année
sept d'Artaxerxès Roi [à] Dieu
L. 2. 11D. La ville de Syène, frontière de l'Eg-ypte et de
la Nubie, aujourd'hui Assouan rj'j-^' ; il est probable que
le nom se prononçait alors comme aujourd'hui Souan ; cette
prononciation est d'accord avec l'orthographe égyptienne
^^ {^Brugsch, Dictionnaire géoyr. de Vanc. Egypte, p. 6G6).
Nous pensons que cette orthographe est aussi celle de la
Bible. Le nom, il est vrai, se trouve deux fois dans Ézéchiel
(XXIX, 10 et XXX, 6) écrit HJID, mais nous pensons avec
Gesenius que dans les deux cas le n final est locatif; le
prophète annonce que l'Egypte sera ravagée dans son
entier et, pour exprimer cette idée , il dit : ^^y^ ^"'"^^'^P
« depuis Magdol jusqu'à Syène » , c'est-à-dire depuis la
ville frontière du Nord jusqu'à la ville frontière du Sud :
en faisant abstraction de cette désinence, il reste pour le
nom de la ville le mot 11D identique à celui de notre inscrip-
tion. Les Septante le transcrivent ZIouyjvy], les Grecs en ont
fait Hur^v/].
Les Perses ne dépassèrent pas ce point ; une garnison
l'occupait et gardait la frontière : l'auteur de ^inscription
était le chef de cette garnison ; K^Ti 21, le mot N'Sti dési-
gnant un corps de troupe, avec une acception analogue à
celle de notre mot forces.
Le relatif ""î est un peu effacé, mais il est certain.
L. 3. '[*l''P, siivan, troisième mois du calendrier hébraïque,
qui concorde ici avec le mois égyptien "iTîa, Méhir, deuxième
mois de la tétraménie d'été ou sixième mois de l'année.
L. 4. UJDunmN. Nom du roi de Perse que les Grecs ont
272 INSCRIPTION ARAMÉENNE TROUVÉE EN EGYPTE
transcrit 'Ap-xcipz-q; et qui, sous cette forme, s'est introduit
dans la langue courante de l'histoire. L'orthographe de
notre inscription est identiquement celle que les Eg'yptiens
ont adoptée dans la transcription hiérog-lyphique du même
nom; les lettres correspondent exactement les unes aux
autres :
Il faut donc prononcer ylr^a/i-.ses-sa et vocaliser ^'CùTirTix.
Je laisse aux savants compétents le soin de rechercher
comment cette transcription se concilie avec la forme réelle
du nom perse telle qu'elle est connue par les inscriptions
cunéiformes, et celui d'expliquer l'introduction de la lettre R
dans la transcription g-recque 'Ap-açÉp^Yjç. D'après M. Justi
[Iranisches Namenhuc/i, p. 34), le nom perse des inscrip-
tions est « ArtaysaOra » , le son (( 6r » étant rendu par un
seul caractère ; d'après le même auteur, le même nom ,
sur le vase triling-ue de Saint-Marc de Venise, est écrit
« Arta'/casda ». Dans les transcriptions babyloniennes, il est
(( Artaksatsu », selon M. Oppert (( Artaksassu » [C. I. S.,
II, n° 67). On voit qu'il règ-ne une certaine incertitude sur
cette matière. Il n'y en a aucune sur la concordance de la
transcription araméenne et de la transcription égyp-
tienne.
Dans la Bible, ce nom est appliqué à deux personnages
différents : au roi qui interronq)il la reconstruction du
temple de Jérusalem, et à celui (|ui, au contraire, favorisa la
renaissance Israélite. Le nom du premier de ces rois est écrit:
Nnc-wnmx (Rsdras, IV, 7); celui du second NnD'>:*nnix - Esdras,
VII, 7, 11, 12, etc.).
Le second, comme nous pensons le démontrer, est le
même que celui de notre inscription. On remarquera que
l'orthographe est la même, sauf pour la terminaison, où le
INSCRIPTION ARAMÉENNE TROUVÉE EN EGYPTE 27.3
UT final est durci en n, mais le D caractéristique se trouve
également dans l'une et dans l'autre transcription.
Trois souverains du nom d'Artaxerxès ont régné sur la
Perse : Artaxerxès I Longuemain (46.j-42o), Artaxerxès II
Memnon (40S-358) et Artaxerxès III Ochus (358-342). Mais
de ces trois souverains le premier seul a exercé sur l'Egypte
une autorité continue et relativement paisible. Quand le
second est monté sur le trône, l'Egypte avait déjà secoué le
joug étranger : les dynastes indigènes avaient repris le pou-
voir pour le garder soixante et quelques années. Ce n'est que
dans la 16" année de son règne qu'Artaxerxès III soumit de
nouveau l'Egypte et y rétablit le régime qui dura jusqu'à la
conquête d'Alexandre. Le seul de ces trois monarques qui
ait pu tenir garnison à Syène pendant la septième année de
son règne est donc Artaxerxès I, et l'inscription est de
l'année 458 av. J.-G. Les inscriptions hiéroglyphiques au
nom d'Artaxerxès trouvées jusqu'ici appartiennent au
même règne : deux sont datées des années 5 et 16 '. Elles
sont donc à peu près contemporaines de notre monument.
On s'accorde aussi généralement à considérer le roi, pro-
tecteur d'Esdras, comme le même Artaxerxès I. Notre
monument est donc exactement contemporain du précieux
document inséré dans le récit d'Esdras, la lettre royale, le
firman qui lui est remis pour les « satrapes et pachas de
l'autre côté du fleuve » et qui est de cette même année sept
du roi de Perse (Esdras, VII, 7). La langue de ce document
original est celle même de notre inscription, sauf que le
relatif """t a été modernisé en n par les scribes des époques
plus récentes. La concordance ne manque pas d'intérêt.
L. o. Le commencement de la ligne a beaucoup souffert :
il contient le nom du dieu auquel la stèle était consacrée ;
la lecture en est difficile ; les lettres certaines sont "Ti.Ji.l,
1. Rosellini, Mon. delV Egitto, P. I, t. II, p. 185, pi. XII. — Lepsius
Denkmàler, I\eues Reich, Abt. III, pi. 283. — Longpérier, Revue archéol.,
t. I, p. 447 et 497.
274 INSCRIPTION ARAMÉENNE TROUVÉE EN EGYPTE
la seconde est un : ou un î. Notre savant confrère,
M. Maspero, ne retrouve pas dans ces lettres les éléments
d'un nom connu du Panthéon égyptien; on n'est même pas
sûr que le 1 soit le début du nom ; c'est probable pourtant,
car il faut réserver au commencement de la ligne la place
nécessaire à la préposition S. Force nous est de laisser la
question en suspens.
Nous avouons aussi notre impuissance à assignerune signi-
fication raisonnable au mot qui termine la ligne mil, drwt,
sans doute une épithète de la divinité adorée par le chef de
la garnison perse de Syène.
Il nous reste à dire un mot de la paléographie de notre
texte : le fait qu'il est daté donne une valeur spéciale aux
indications qu'il peut fournir. En l'absence de cette date,
nous ne lui aurions certainement pas attribué un âge aussi
reculé : nous lui aurions assigné non la première moitié du
v'' siècle, mais la seconde. En effet, les deux lettres caracté-
ristiques, celles qui nous ont servi à établir les règles de
cette période de la paléographie araméenne', le zaïn et le
iod, s'y trouvent avec la forme récente ^| qui, en Mésopo-
tamie du moins et en Syrie , n'apparaît pas avant les der-
nières années du v'' siècle. Un texte 2, daté de l'an 18 du
même Artaxerxès (437 av. J.-C.^l et écrit à Babylone, con-
tient encore la forme archaïque "Z_. H <^'st vrai qu'en posant
ces règles nous avons eu le soin de déclarer qu'elles n'avaient
rien d'absolu et que les limites fixées par nous pouvaient
varier suivant les lieux et suivant la distance de provinces
plus ou moins éloignées les unes des autres. Nous sommes
obligés aujourd'hui de reconnaître que la nmtation s'est
opérée en Egypte un peu plus tôt qu'en Mésopotamie. L'écri-
ture que nous avons appelée de transition , celle qui , avec
des formes seml)lables à celles de notre inscription, contient
1. Voy. Corpus Inscr. Sem., II* partie, L. I, p. m.
2. C. /. 5'., 11° partie, n" 67.
INSCRIPTION ARAMÉENNE TROUVÉE EN EGYPTE 275
encore les formes archaïques du zaïn et du iod , "-"LTh.-, se
trouve en Egypte sur la stèle datée de l'an 4 de Xerxès ^
(482 av. J.-C). C'est donc entre cette date et l'an 458 qu'il
faut placer la modification de ces caractères.
N'oublions pas d'ailleurs que l'inscription de la pierre à
libations du Sérapéum (C. /. 5., 11° p., n» 123), dans laquelle
le iod a invariablement la forme H, contient aussi des heth^
des resch et des daleth à boucles fermées, d'un aspect tout
à fait archaïque. L'époque de transition a donc eu, en
Egypte, des limites assez indécises, et cette indécision
même donne une certaine latitude dans l'application des
règles ordinaires de la paléographie.
Nous maintiendrons donc à la stèle araméenne d'Assouan
la date de 458 avant notre ère.
P.-S. — Depuis l'impression de ce qui précède, nous
avons reçu de M. Maspero un excellent cliché fait au Caire
d'après le monument même et à l'aide duquel a été exécutée
la planche jointe à la présente communication. Certains
détails, qui n'apparaissaient pas sur l'estampage, sont ici
visibles et sont de nature à inspirer quelques observations.
Le trait qui suit les deux premières lettres de la première
ligne et qui m'avait paru, sur l'estampage, être le fait d'un
accident, semble bien devoir être considéré comme tracé
avec le même instrument et par la même main que le reste
du texte : ce serait alors un zaïn ; après le mot suivant il
semble aussi qu'on doive lire le prénom n:T. Si ces deux
lectures sont admises, il y aura lieu de reviser l'interpréta-
tion du commencement, et de substituer une conjecture à
une autre, sans toutefois espérer atteindre à la certitude. Au
premier mot de la cinquième ligne, la seconde lettre visible
paraît bien être un /j/ie, mais la lacune reste aussi indéchif-
1. G. /. S., I^ partie, n» 122.
276 BAS-RELIEF TROUVÉ A ÉMÈSE
frable et la forme du nom divin aussi obscure. Enfin il est
évident, d'après les traces visibles, que l'inscription se
continuait au delà de la cinquième ligne.
ANALYSE D UN MÉMOIRE DU R. P. RONZEVALLE
SUR UN HAS-RELIEF TROUVÉ A ÉMÈSE
ET PLUSIEURS MONUMENTS PALMYRÉMENS,
PAR M. LE MAKQUTS DE VOGUÉ, MEMBRE DE l'aCADÉMTE.
Le R. p. Ronzevalle, missionnaire en Syrie, l>ien connu
de l'Académie par ses travaux et ses recherches sur les
monuments et les inscriptions antiques, a communiqué à
l'Académie, dans sa siance du 18 avril 1902 {Comptes
rendus, 1902, p. 235), la photographie d'un curieux bas-
relief découvert à Iloms, l'ancienne Emèse, et entré depuis
cette époque dans une collection européenne. Cette com-
munication était accompagnée d'une explication très som-
maire que l'auteur se réservait de compléter ultérieurement.
Ce complément est parvenu à l'Académie sous la forme
d'un mémoire très éten;hi : il a été remis à M. (h> Vogué
qui s'est chargé de l'analyser et en rend compte dans les
termes suivants.
Il rappelle d'abord que le monument, mutilé sur toutes
ses faces, ne présente plus que trois ligures : l'une ;i droite,
virile, portant une lance et accompagnée du nom Kipajvco;
la seconde, féminine, drapée, accompagnée du nom 'AOr,va;
la troisième, virile, en costume d'odicier romain, la tète
entourée d'un nimbe à rayons solaires; le nom cjui l'accom-
pagnait a disparu dans la cassure ; d'une (jualrième ligure
à gauche, il ne reste qu'un fragment de pied.
BAS-RELIEF TROUVÉ A ÉMÈSE 277
Une inscription grecque, en deux lignes, est gravée sur la
base; le P. Ronzevalle la lit et la restitue ainsi qu'il suit :
[c osiva Tou osïvo;] y-àp (jwr/jp-aç aû-ou y.è -[wv Té/.vwv (?)
àvsGYjxev].
Il voit, dans la première figure à droite, le dieu Bel , le
grand dieu de Palmvre, que l'auteur du bas-relief aura
identifié avec Jupiter Keraunios, à cause de certaines analo-
gies d'attributs. La fisrure d'Aglibol , le dieu lunaire, est
bien connue : elle est caractérisée par un grand croissant
attaché aux épaules du personnage imberbe qui le repré-
sente et qui porte d'ordinaire le costume d'un officier
romain; cette figure ne se trouve pas sur ce qui reste du
bas-relief : c'était celle qui a disparu dans la mutilation de
gauche. Le personnage qui suit du même côté correspond
donc au 'lapfiojXw de l'inscription : c'est larhibol, le dieu
palmyrénien bien connu ; mais ici se présente une difficulté :
larhibol a été jusqu'à présent considéré comme une divi-
nité lunaire. M. de Vogiié a plus que tout autre contribué
à accréditer cette attribution : il a cru avoir démontré que
le nom larhihol est identique au Me no tyran nus des
inscriptions romaines, épithète d'Attys [Syrie centrale^
Inscriptions, p. 63), dieu classé jusqu'à présent parmi les
divinités lunaires ; or la figure du bas-relief d'Emèse, nim-
bée de rayons, est évidemment de nature solaire ; d'où une
contradiction apparente. Le P. Ronzevalle la résout en
démontrant par de nombreux exemples, heureusement
rapprochés, que larhibol était bien une divinité solaire.
Son principal argument est tiré d'une tessère en terre
cuite, provenant de Palmyre et appartenant aujourd'hui à
M. Schlumberger. Ce petit monument , dont il donne une
278
BAS-RELIEF TROUVÉ A ÉMÊSE
très minutieuse et très savante description, porte sur une
de ses faces la fig-ure de deux divinités viriles, imberbes,
armées, identiques de costume et d'aspect, sauf que l'une
porte sur ses épaules le croissant caractéristique d'Aglibol
Tessère en terre cuite de Palmyrc.
(Agrandissement.)
et l'autre sur sa tête le nimbe radié d'une divinité solaire :
la première est accompagnée du nom ''^'2'iyj, la seconde du
nom Sl2''n"|i très distinctement écrit : le doute n'est donc pas
possible, c'est larhibol. M. de Vog-ûé ne peut que s'incliner
BAS-RELIEF TROUVÉ A ÉMÈSE 279
devant Tévidence des faits, tout en faisant observer que cette
rectification ne détruit pas nécessairement l'identification
qu'il a proposée de larhibol et de Ménotyrannus ; elle oblige
seulement à reconnaître aussi à ce dernier dieu un caractère
solaire, ainsi qu'à Attys, conclusion qui n'est pas incom-
patible avec le rôle attribué à ce dieu, comme parèdre de
déesses , d'un caractère lunaire et tellurique , telles que
Vénus ou Cybèle.
La figure féminine qui se voit sur le bas-relief d'Emèse,
entre Bel et larhibol, n'offre aucun des attributs de Minerve
Athénè , malgré le nom d"A6Y]va qui l'accompagne. Aussi
le P. Ronzevalle ne la considère-t-il pas comme la divi-
nité grecque : il estime que ce nom, étranger à la Syrie,
aura été écrit par suite d'un de ces rapprochements arbi-
traires, bâtis sur des analogies apparentes, qui sont fré-
quents dans la mythologie antique et sont du même ordre
que le rapprochement de Bel et de Zeus Keraunios. 11 pense
que le vrai nom de la déesse est Sémiramis, nom qu'il
déduit de la restitution assez hardie du dernier mot de
l'inscription gravée sur la plinthe du bas-relief. Nous ne
saurions reproduire la longue et érudite dissertation par
laquelle l'auteur essaie de justifier cette identification et de
démontrer que le culte de Sémiramis occupait une place
importante parmi les cultes syriens : nous ne pouvons nous
empêcher de penser que son argumentation , basée sur la
reconstitution hypothétique d un mot très mutilé, repose
sur des fondements bien fragiles et qu'il serait imprudent
d'admettre ses conclusions sans attendre qu'elles soient
confirmées par des documents plus explicites.
Le P. Ronzevalle se livre ensuite à une discussion très
approfondie du caractère spécial des divinités palmyré-
niennes : il s'y montre très au courant de tous les monu-
ments découverts dans les ruines de la célèbre cité et
des travaux auxquels ils ont donné lieu. Par d'ingénieux
rapprochements, par la discussion des opinions émises, il
280
BAS-RELIEF TROUVÉ A ÉMÈSE
s'efforce de démontrer que Malakbel était une forme secon-
daire du soleil , caractérisée par l'absence de nimbe radié ,
que Bel était le dieu suprême, que le mot m'', partie inté-
grante du nom diarhibol, n'est pas nécessairement le mot
signifiant lune en hébreu ; il donne, des tessères mytholo-
.-..^i
ïessère de l'almyrc.
(Agrandissement.)
g-iques si nombreuses provenant de Palmyre, des explica-
tions nouvelles et parfois meilleures que celles de ses
devanciers, mais il émet aussi des hypothèses qu'il serait
didicile d'accepter sans réserves. Nous espérons qu'une
publication intégrale de son travail permettra aux spécia-
BAS-RELIEF TROUVÉ A ÉMÈSE 281
listes de profiter des faits qu'il a acquis et de discuter les
problèmes qu'il a soulevés sans les résoudre.
Parmi les monuments nouveaux qu'il a produits se
trouve une très intéressante tessère en terre cuite de 0™ 021
sur 0"^ 016 aujourd'hui conservée à l'Université Saint-
Joseph de Beyrouth. Elle représente le buste du dieu
Malakbel imberbe , la tête recouverte d'une abondante
chevelure bouclée, sans rayons, accompagnée de l'inscrip-
tion en deux lignes :
SidStd Malakhel
iQin la Gad Taïmai
Ce texte confirme la restitution que M. Mordtmann a faite
des mêmes mots dans une inscription de Palmyre (Vogiié,
n° 3, Inscr.^ p. 7), où ils accompagnent également le nom
de Malakbel et correspondent au grec Tùy-Q 0ai;j.£îoç, « la for-
tune de Taïniaï^ ». Le P. Ronzevalle considère que cette
expression ne désigne pas une personnification de Malakbel,
mais une divinité distincte, opinion qui ne paraît pas s'ac-
corder avec la teneur du petit monument qu'il décrit.
Le mémoire du P. Pionzevalle se termine par la descrip-
tion d'un monument funéraire également trouvé à Homs et
qui ne manque pas d'intérêt : il représente un buste de
femme, d'un style meilleur que la plupart des sculptures
analogues provenant de Palmyre, et qui est accompagné de
l'inscription suivante gravée en caractères palmyréniens :
xî;i3, m2 457 nju7 nurn
nnx
1. yoy. Glermont-Ganneau, Rec. d'arch. orient., III, p. 164, 244.
282 BAS-RELIEF TROUVÉ À ÉMÊSÈ
Hélas! Salmat fille de Bor'a fils de Zabd'athi; femme de
NBOLA fils de NBOZA, [elle est morte au mois] de Tisri
de Vannée 457 (14o ap. J.-C).
Le P. Ronzevalle croit pouvoir déduire des circonstances
de ces deux découvertes , que le bas-relief et le buste ont
été exécutés, non à Palmyre, mais à Emèse même, et il
conclut de ce fait, supposé démontré, que Técriture dite
palmyrénienne. n'a pas seulement été en usage dans la
grande cité araméenne, mais qu'elle a été employée dans
toute la Syrie proprement dite : il propose de l'appeler
syrienne.
M. de Vogué croit difficile de prouver que les monuments
ne proviennent pas de Palmyre. Le buste funéraire paraît
appartenir à une famille dont le tombeau existe à Palmyre
et dont la généalogie a pu être reconstituée. Les portraits
sculptés que renfermait ce tombeau ont été enlevés et se
trouvent aujourd'hui dispersés dans diverses collections
d'Europe et de Syrie ; le buste semble provenir de la même
source. Quant au grand bas-relief, des témoins, que le
P. Ronzevalle assure être dignes de foi, affirment qu'il a
été trouvé dans les fondations d'une maison ancienne ; cette
circonstance, même en la supposant démontrée, ne suffît
pas à elle seule à détruire les arguments tirés des noms des
divinités, de la nature de la pierre, de tous les détails qui
rattachent le monument à la ville de Palmyre : il a pu en
être emporté à une date éloignée , et avoir été enfoui à la
suite de démolitions et de reconstructions.
Ces deux monuments ne suffisent donc pas à démontrer
la thèse du P. Ronzevalle sur l'alphabet palmyrénien, au
moins dans ce qu'elle paraît avoir de trop absolu. ^L de
Vogué est d'ailleurs tout disposé à admettre que l'usage de
cet alphabet n'a pas été strictement limité au territoire de
Palmyre : il a pu , pendant les premiers siècles de notre
ère, être plus ou moins employé dans la Syrie septentrionale.
FOUILLES EXÉCUTÉES A EL KENiSSIA 283
dans la région jjlus ou moins étendue qui subissait l'in-
fluence de la grande cité commerçante, à l'époque de sa
remarquable prospérité, mais on ne saurait, sans autres
preuves, aller au delà. On sait en effet, par les monuments
connus jusqu'ici, qu'à la même époque l'écriture des popu-
lations nabatéennes de la Syrie méridionale, bien qu'appar-
tenant à la même famille épigraphique, et celle des popula-
tions aramaïsantes de la Galilée , se distinguaient par des
caractères spéciaux.
RAPPORT DE M. LE D'' CARTON
SUR LES FOUILLES EXÉCUTÉES A EL KEMSSIA , PRÈS DE SOUSSE
5
L'enlèvement des terres qui recouvrent le théâtre a mis
au jour un édifice de dimensions assez exiguës, mais dont
le plan se lit maintenant très nettement. Les deux vornito-
ria placés aux extrémités de l'hémicycle sont dégagés. La
moitié des parascenia, le mur du fond de la scène et une
partie de l'orchestre sont actuellement découverts.
La pierre de taille étant ici, comme dans tous les envi-
rons de Sousse, à peu près introuvable, presque tout le
monument est en blocage, que l'on avait revêtu de stuc.
Mais on y a retrouvé un certain nombre de pierres intéres-
santes pour l'étude de sa décoration : gradins taillés, par
économie, en forme de prisme triangulaire, corniches sim-
plement épannelées et qui ont dû recevoir un revêtement
de stuc figurant les détails de l'ornementation, dalles ayant
revêtu le sol de l'orchestre, etc.
Devant l'entrée d'un vomitorium, on a trouvé, sous la
surface du sol antique , un magnifique pilier en grandes
pierres de taille, qui doit être le vestige d'un édifice anté-
1903. 20
284 FOUILLES EXÉCUTÉES A EL KENISSL\
rieur au théâtre, et dont on retrouvera peut-être d'autres
traces.
Ksiba, dont le nom antique nous est encore inconnu, a,
en effet, dû être un centre de quekjue importance à l'époque
punique, à en juger par ce qui a été découvert dans le
sanctuaire que jai déjà signalé très brièvement à l'Acadé-
mie dans un rapport antérieur.
Les travaux, poussés depuis avec activité, ont fait décou-
vrir un ensemble des plus intéressants, et il est possible de
donner dès maintenant une idée de l'aspect qu'il présen-
tera probablement, lorsqu'il sera complètement dégagé.
Un mur en blocage, reconnu actuellement sur une lon-
gueur de ()0 mètres, limitait vers le Nord un rectangle ou
un carré à l'intérieur duquel on a découvert un nombre
prodigieux d'ex-voto puniques, rappelant l^eaucoup, par
leur couleur et leur disposition , ceux de Dougga , de
Tubernuc et de Maxula. Chacun d'eux comprenait deux ou
trois lampes puniques (il en a été trouvé plus de 200) avec
ou sans pied, du type habituel, à trois becs plus ou moins
fermés, et qui ont été aUumées. comme le prouve un liseré
de noir de fumée déposé sur les ouvertures. A côté de ces
lauqîes était une ^ olla » à panse assez élancée, fermée par
un couvercle en terre, et renfermant les restes de petits
animaux sacrifiés. C'est prolial^lement l'existence de ces
« ossuaires » qui a poussé mes prédécesseurs à Ksiba, et en
particulier M. Molins, à croire qu'il y avait ici une nécropole.
Eu (k'hors de ces deux sortes de récipients, le contenu
classique de chaque ex-voto comprenait encore plusieurs
petits unguentRria fusifornies , et une ou deux petites
burettes, en terre cuite.
D'autres objets ont éti- Ironvi's, mais moins fréquem-
ment, il côté des précédents : pt-tits brûle-parfums en terre
cuite ou en calcaire, en forme d'autels « cornus », un avant-
bras de statuette de grandes dimensions, et d'autres sta-
tuettes v\\ li'rre cuite, le plus souvent brisées.
FOUILLES EXÉCUTÉES A EL KENISSIA 285
Ces dernières sont d'un modèle assez g^rossier, en terre
mal cuite. L'une d'elles représente une femme debout,
tenant devant elle, sur sa poitrine, une boîte à parfums, où
elle puise de la main droite, et de laquelle semble pendre
une espèce de bourse, peut-être un sachet renfermant des
grains d'encens.
Une autre de ces statuettes représente un personnage
accroupi, ayant sur les genoux une grappe de raisins. Une
autre enfin représente un personnage serrant sur sa poi-
trine une colombe, de la main droite, et tenant une boîte
de la main gauche.
On a émis l'opinion que quelques-uns de ces petits monu-
ments représentaient des divinités : je me demande si ce ne
sont pas tout simplement des dédicants.
Coïncidence curieuse et qui, à mon avis, n'est pas for-
tuite, ces statuettes sortent certainement du même moule
que celles de la collection Gandolfe, qui ont été photogra-
phiées par M. Gagnât et reproduites par lui dans ses Explo-
rations (2*" fascicule).
On a supposé que ces dernières provenaient de l'Henchir
Biniana. Il résulte de mes propres informations que cette
provenance semble douteuse, et il est possible que ces
petits monuments proviennent du sanctuaire étudié ici,
lequel semble malheureusement avoir été bouleversé à
plusieurs reprises pour la recherche du bibelot. Chaque
ex-voto ou groupe d'objets, enfoui dans le sol, était accom-
pagné de stèles.
L'une d'elles, que j'ai déjà signalée, offre trois cônes
posés chacun sur un piédestal flanqué de hampes portant
à droite une image triangulaire dite de Tanit, à gauche le
caducée. Elle rappelle tout à fait, et comme façon et comme
symbolique, les monuments envoyés au Louvre par M. l'abbé
Trihidez et trouvés à Sousse.
Sur une autre stèle, les cônes tendent à l'anthropomor-
phisme : le cône central a une face humaine grossière, les
286 FOUILLES EXÉCUTÉES A EL KEMSSIA
cônes latéraux ont seulement un cou bien dessiné, mais pas
de tête.
Parmi les autres pierres qui ont été trouvées, je dois
signaler celle où est représenté une « Tanit » à posture
bizarre, ouverte en bas. Beaucoup portent les palmettes et
cet emblème en forme de gril que je soupçonne représenter
quelque étendard. La plupart de ces petits monuments sont
extrêmement grossiers. Ce sont souvent de simples galets
empruntés au lit de la rivière voisine, et je me demande si
cette grossièreté n'est pas voulue et due à quelque influence
d'un culte bétylique.
Ces stèles étaient plantées autour de gros cubes de
maçonnerie que l'on a pris jusqu'ici pour des mausolées, et
qui me semblent être des autels.
La découverte la plus imposante qui ait été faite en ce
point est celle d'un escalier gigantesque par sa largeur. On
en a découvert actuellement une trentaine de mètres, et
lune de ses extrémités seulement est au jour. Auprès de
celle-ci est une cella^ et un autre escalier, plus petit et plus
profond, qui semble avoir été caché et recouvert en partie
par le grand. En arrière de l'escalier s'étend une plate-
forme d'environ 2 mètres de largeur, et derrière lui une
autre marche.
L'impression première produite sur moi par cet ensemble
est celle de quelque vaste sanctuaire avec area précédant
de petites cellœ , rappelant assez celui de Baal-Saturne que
j'ai étudié à Dougga.
J'ajouterai à ce qui précède que le grand emmarchement
est tourné vers l'est.
Jusque maintenant, toutes les stèles trouvées sont anépi-
graphes, et il a été impossible de les dater d'une manière
même approximative. L;i présence (U-s lanqies puniques
t'ih'-même ne me semble pas concluanlc h'ui- l'onne ayant
pu être conservée, h titre simplement rituel, dans un sanc-
tuaire néo-punique.
LIVRES OFFERTS 287
Les travaux vont être poussés en ce point avec précau-
tion, et on peut espérer qu'ils permettront de jeter quelque
lumière non seulement sur l'histoire de la petite ville, mais
encore sur celle de la relig-ion punique.
Quelques sondag-es pratiqués en d'autres endroits de la
ville antique ont fait découvrir des mosaïques à ornements
géométriques qui ne sont pas encore entièrement dégag'ées,
des chambres aux parois ornées de fresques, un ensemble
formé d'un vaste rectang^le ouvert à l'est, au fond duquel
sont de très grandes citernes (du type des citernes publiques")
et dont les deux côtés sont formés par une série d'édicules
de petites dimensions , se faisant face , s'ouvrant sur le
rectangle, au sol revêtu de mosaïques, et ayant dû renfermer
des appliques en marbres variés et très riches. J'ig-nore,
jusque maintenant, si l'on est en présence d'un sanctuaire,
d'une place publique ou du « macellum ».
J'ajouterai en terminant que Ton trouve, aux environs
immédiats de Ksiba , des groupes de ruines intéressants ,
que je me propose d'étudier un jour.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau de rAcadémie la
première partie du tome XXXVIII des Notices et eottraits des manu-
scrits de la Bibliothèque nationale (Paris, 1903, in-4°).
Le Secrétaire perpétuel offre ensuite :
1° Au nom de notre confrère, M. Emile Picot, un recueil de Chants
historiques français du XVI'' siècle. Bègnes de Louis XII et de Fran-
çois /«■• (Paris, 1903, in-S") ;
2° Au nom de M. Vincenzo Crescini, une brochure intitulée Gastone
Paris (Venezia, 1903, in-S").
288 LIVRES OFFERTS
M. Cleumont-Ganneau offre à lAcadémie, de la part des auteurs,
M. le D"" Lortet , corres[)ondant de l'Académie des sciences, et
M. Gaillard, chef des travaux au Muséum de Lyon, un ouvrage inti-
tulé : La faune mnmifiâp de l'ancienne Egypte.
Ce beau volume , ilhislré par de nombreuses gravures exécutées
avec une scrupuleuse exactitude, n'intéresse pas moins l'archéologie
que l'histoire naturelle. 11 contient les résultats détaillés de l'examen
scientifique aucjuel les auteurs ont soumis des centaines de momies
comprenunt des spécimens des animaux les plus divers : mammi-
fères, oiseaux, reptiles, poissons et même mollusques. 11 constitue
une premièi-e série, les auteurs se proposant de poursuivre cette
étude ({ui, jusqu'à ce jour, n'avait pas été faite d'une façon systéma-
tique. Elle soulève des questions très importantes, depuis celle de
l'idée religieuse à laquelle obéissaient les Egyptiens en faisant ainsi
au corps de l'animal, comme au corps de l'homme, les honneurs de
l'embaumement, jusqu'à celle de la fixité des formes anatomiques à
travers les siècles. 11 ne semble pas jusqu'ici qu'on ait constaté des
différences morpliologiejues appréciables avec les espèces congénères
et contemporaines. L'ibis seul paraît faire une exception que je
crois devoir signaler : la longueur du tarse chez l'ibis momifié est
notablement supérieure à celle qu'on observe chez l'ibis actuel, 96 à
124 millimètres chez le premier, 80 à 10") millimètres chez le second.
Ce raccourcissement reniar(jual)le des membres postérieurs est attri-
bué par le D'' Lortet à une modification des conditions d'existence de
cet oiseau de marais. Quant au principe même de l'emijaumement
des animaux, pratiqué sur une si grande échelle par les Egyptiens,
l'auteur incline à l'expliipier par une conception plutôt philosophique
que religieuse et il le rallaclie nettement à la doctrine de la métemp-
sycose.
M. le M'* DE Vogué a la parole pour un hommage :
« .lai l'honneurde déposer sur le bureau de l'Académie le 3«et der-
nier fascicule du tome I' ' de la jjartie araméenne du Corpus insfrijiHo-
luini semidcariim. 11 comprend la suite des inscriptions nabaléennes
trouvées dans la région de Pétra, et la moitié environ des inscriptions
sinaïtiipies. 11 s'est écoulé depuis la publication du fascicule précé-
dent un laps de temps plus considérable que nous l'aurions voulu.
Les explorations successives de Pétra nous on! oliii^é, en ihius appor-
tant de nouveaux documents, de remanier plusieurs fois le texte
relatif à cette partie du Corpux. D'autre part, la préparation du texte
des insciiptions sinaïliques, euai)parence fort simple, rencontrait des
LIVRES OFFERTS 289
difficultés particulières. Il a fallu attendre tout d'abord d'avoir Ten-
semble des planches sous les yeux, afin d'identifier les textes publiés
antérieurement avec les copies de M. Bénédite; ce travail fastidieux,
mais indispensable, n'a pu être mené à bonne fin qu'à l'aide de tables
provisoires qui ont exigé la confection de plus de huit mille fiches, et
la comparaison minutieuse de toutes les copies entre elles. Enfin, à
cause des nombreux rapprochements qu'il était nécessaire de faire
entre certaines inscriptions, il a été impossible de mettre ce fascicule
à l'impression avant que les planches et le texte du fascicule suivant
n'aient été définitivement établis. Nous avons donc en réalité préparé
deux fascicules assez volumineux. Le bon à tirer de celui que je
présente aujourd'hui a été donné à l'Imprimerie nationale il y a plus
d'un an ; la copie du fascicule suivant a déjà été remise à cet établis-
sement, et nous formons le vœu que, sans se départir en aucune
façon du soin minutieux qu'il apporte à la publication de notre grande
œuvre, il n'en retarde pas trop l'apparition par des lenteurs nouvelles.
Si notre désir se réalise, nous pourrons présenter à l'Académie, dès
l'année prochaine, le l'^'' fascicule du tome second, qui comprendra la
fin des inscriptions nabatéennes. II ne restera plus à publier, pour
compléter la partie araméenne, que les inscriptions palmyréniennes.
Mais aussi il sera nécessaire d'ajouter à notre second volume un
supplément contenant les inscriptions découvertes depuis que notre
publication est commencée; cette tâche nous sera grandement faci-
litée par le Répertoire d'épigraphie sémitique dans lequel la matière
aura déjà été soigneusement élaborée. »
M. de Vogué offre ensuite à l'Académie, de la part de l'auteur,
M. René Dussaud, le rapport de la mission qu'il a remplie , dans le
Safa , le Haouran et les autres régions désertiques de la Syrie
moyenne (Paris, 1903, in-S").
Ce travail, fait en collaboration avec M. Macler, renferme un
nombre considérable de textes nouveaux, recueillis avec le plus
grand soin, expliqués et commentés avec science. Il comprend en
outre la plus grande collection d'inscriptions safaïtiques qui ait été
relevée depuis celle que M. de Vogiié a rapportée avec Waddington
en 1862. Seulement MM. Dussaud et Macler ont sur lui l'avantage
d'avoir su déchiffrer ces textes difficiles. On trouvera dans leur
rapport un glossaire très complet de la langue de ces inscriptions et
de nombreux aperçus sur les mœurs, les croyances, l'état social
des populations arabes qui les ont gravées dans les premiers siècles
de notre ère. L'Académie reconnaîtra avec satisfaction que M, R.
200 LIVRES OFFERTS
Dussaïul a entièrement répondu aux espérances qu'elle avait fondées
sur la mission qu'elle lui avait confiée.
A ce rapport est jointe une intéressante brochure sur diverses
questions de mythologie syrienne.
M. Oppert présente de la part de l'auteur, M. \v chanoine François
Martin, un ouvrage intitulé: Textes religieux assijriciis ri Ijahylnnims
(Paris, 1903, in-8«). Cet ouvrage est la traduction des poèmes reli-
gieux publiés surtout par M. Craigh, en partie bilingues, en sumérien
avec la traduction assyrienne. L'œuvre fait grand honneur à son
auteur, qui a étudié la situation des personnages sacerdotaux et
donné, des différentes pièces, en partie poétiques, une traduction i\\\\
a rendu exactement le sens, dans bien des cas obscur. Cet ouvrage
présente pour les vétérans de la science assyriologi«iue la preuve
consolante qu'en France, contrairement à ce qui est remarqué pour
d'autres pays, cette nouvelle science n'est pas en état de décrois-
sance.
M. Oppf.ht présente ensuite do la part de son frère, M. Gustave
Oppert, une très savante et minutieuse étude sur Tharshih et Ophir
(Berlin, 1903, in-8°). L'auteur, qui ne laisse de côté aucun document
antique, résout la question de Tharshih dans le sens de l'identification
avec Tartessus d'Espagne, contrairement à d'autres opinions «pii se
sont fait jour, en donnant toutefois au nom de Tharshih une significa-
tion plus étendue que celle de la ville de Tartessus et englobant une
grande partie de l'Espagne méridionale. Quant à Ophir, M. Oppert se
décide pour l'opinion généraienn-nt admise aujourd'hui, (pii identifie
rOphirde Salomon avec la partie méridionale de rAfri(pie orientale.
Sul)sidiairement, l'auteur étend la désignation d'Ophir à l'Inde, en se
fondant sur difTérentes raisons étymologicjues. Le travail démontre
que l'auteur, pour résoudre cette question intéressant le commerce
antique, s'est engagé dans des études laliorieusemcnl conduites.
M. Babelon a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de déposer sur U- l)ureau, de la part de fauteur,
M. le docteur Jules Bouvier, une brochure intitulée : Les rois phéni-
ciens (le Sidon , d'après leurs monnaies sous la di/nastie des Acliémé-
nides (extrait de la Revue de nuinismulii/ue de l'.l02). M. Bouvier
reprend dans ce travail numismatique le problème si intéressant et
qui est d'actualité même, au sein de l'Académie, de la succession
chronologique des rois de Sidon avant l'arrivée d'Alexandre. Il a uti-
LIVRES OFFERTS 291
lise avec compétence et critique un grand nombre de monnaies, pro-
venant de trouvailles nouvelles et entrées dans sa collection parti-
culière, qui étaient demeurées inconnues jusqu'ici. C'est en s'appuyant
sur ces nouveaux documents que M. Rouvier croit pouvoir établir
chronologiquement une série indiscontinue de quatorze rois sido-
niens depuis Tetramnestos, vers 475 avant J.-C, jusqu'à Abdalonyme
en 332. Je crois, pour ma part, que cette liste doit être réduite et que
plusieurs des groupes monétaires établis par M. Rouvier appar-
tiennent non pas à des rois différents, mais à un seul et même
prince. Quelque réserve qu'on puisse faire à ce point de vue sur la
liste de M. Rouvier, il demeure acquis que son travail doit être
désormais la base des recherches qui pourraient encore être entre-
prises sur la chronologie sidonienne dans la période de la domination
achéménide sur la Phénicie, et c'est à ce titre que je le recommande
en particulier aux épigraphistes qui ont tant agité la question de la
place à assigner au règne d'Eschmounazar et à la dynastie de ce
prince. »
M. S. Reinach présente à l'Académie, de la part des auteurs,
M. Louis Chassaigne et Gustave Chauvet, un ouvrage intitulé ; Ana-
lyses des bronzes anciens du département de la Charente [Ruîïec, 1903,
in-8°).
Cette monographie, due k la collaboration d'un chimiste et d'un
archéologue, est fort importante; elle établit, d'une manière défini-
tive, que les bronzes très anciens de la Charente sont de fabrication
indigène, parce qu'ils présentent, dans leur composition, des diffé-
rences essentielles avec les bronzes analogues de l'Europe centrale.
M. G. Perrot offre, de la part de M. Gauckler, correspondant de
l'Académie et directeur du service des antiquités à Tunis, le Compte
i^e?idu de la marche du service en 1902 (Tunis, 1903, in-8°), rapport
adressé au résident général, et le septième fascicule de VEnquête sur
les installations hydrauliques romaines en Tunisie (Tunis, 1903, in-8°),
jadis entreprise par ordre de M. Millet, alors résident.
Dans le Compte rendu, on remarquera des renseignements inédits
sur les résultats qui ont été donnés par les principaux chantiers de
fouilles que le service a entretenus, au cours de la dernière année,
à Cartilage, à Dougga, à El-djem, à Bougrara , à Ferryville, à
Chebba, etc.
Le cahier de Y Enquête est plus important que les deux fascicules
précédents ; il renferme, entre autres études de détail, une très bonne
292 SÉANCE DU 10 JUILLET 1903
monographie de ralimentation en eau du Kef, qui est due à un des
meilleurs collaborateurs du service, le lieutenant du génie Renault.
M. E. PoTTiER fait hommage à l'Académie, de la part de M. G.
Vasseur, professeur de géologie à l'Université d'Aix-Marseille, d'une
Note sur V industrie ligure en Provence au temps de la colonie
grecque (47 pages et 5 planches ; extrait des Annales de la Faculli' des
sciences de Marseille, t. Xlll, fasc. III). M. Vasseur a exploré avec
beaucoup de soin un plateau rocheux, situé entre Aix <>t Marseille,
qui constitue une position stratégique facile à défendre et (}ui avait
dû attirer de bonne heure l'attention des populations primitives; on
y avait remarqué depuis longtemps des vestiges antiques et on y avait
ramassé des monnaies grecques. Par des fouilles bien conduites,
M. Vasseur a réussi à enrichir considérablement le groupe d'antiquités
recueillies sur ce point : silex, monnaies, terres cuites, poteries, et
il a pu suivre, pendant la durée d'environ cinq siècles, du vin" au i*'"'
av. J.-C, la possession de ce plateau p.u- une population qu'il croit
devoir rattacher à la race ligure, en se servant sur ce point des
derniers travaux publiés par MM. Michel Clerc et Camille Jullian. Je
signalerai surtout la découverte de poteries de style géométricjue, de
fragments probablement ioniens à figures noires et rouges, qui
attestent des relations avec les contres grecs dès le vu" et vi" siècle
et qui sont, je crois, avec les œnochoés du type de Santorin cpie
possède le Musée de Marseille (Dumont et C.hapWin, Céramirj . grecq.,
Il, p. 120), les documents k>s plus anciens qu'on ait encore trouvés
en France en fait d'importations de céramique grecque.
SKANCK DU 10 JUILLET
M. le Ministre de rinstruolion pMhIi(|ue et des beaux-arts, dans
une lettre qu'il adresse au Président de l'Institut, annonce que
la distrihnliiin des jji'ix du (concours général ciilic les lycées et
collèges de la Seine et de Versailles aura lieu sous sa présidence
le 30 juillet, 'à 10 heures du matin, à la SorI)onne,ct il exprime le
SÉANCE DU 10 JUILLET 1903 293
- désir que rinstitut soit représenté à cette cérémonie par une
députation officielle.
L'Académie désigne MM. Perhot, Wallon et Dieulafoy.
Le secrétaire du Comité formé pour ériger une statue à Jules
Simon informe lAcadémie que l'inauguration du monument
aura lieu dimanche prochain, 12 juillet, à 9 heures du matin,
place de la Madeleine, et il adresse quelques cartes d'invitation
pour être mises à la disposition des membres de l'Académie.
M. Emile Picot, au nom de la Commission du prix de La Grange,
fait le rapport suivant :
« J'ai l'honneur de présenter à TAcadémie le rapport de la
Commission du prix de La Grange. La Commission a décerné
ce prix à M. A. Guesnon, pour l'ensemble de ses travaux publiés
dans Z,e moyen âge et ailleurs, sur les trouvères artésiens. L'Aca-
démie n"a pas oublié l'importante communication que M. Guesnon
lui a faite, dans sa séance du "28 juillet 1899, sur un registre de
la Confrérie des jongleurs et des bourgeois d'.\rras , commencé
au début du xni'' siècle et continué sans interruption jusqu'après
le milieu du xiv". L'étude de ce registre a permis à l'auteur de
fixer la date de la mort d'un certain nombre de nos anciens
poètes, en particulier de Jean Bodel et de Jean Bretel. »
M. DE Barthélémy, au nom de la Commission du prix Prost ,
donne lecture du rapport suivant :
« La Commission , pour le concours Prost, a décidé de don-
ner, sur les arrérages de la fondation, deux récompenses :
« 1° Une récompense de 900 francs à ^L Ptister pour le tome I'"^
de son Histoire de Nancy ;
« 2° Une récompense de 300 francs à M. Paul Marichal, pour
un travail intitulé : Remarque? chronologiques et topographiques
sur le Carfulaire de Gnrze. »
LWcadémie donne acte à ces deux Commissions des conclusions
de leurs rapports.
294 SÉANCE DU 10 JUILLET 1904
M. Salomon REiNACH,au nom de la Commission des antiquités
de la France, donne lecture du rapport sur le Concours de cette
année.
Le rapport est approuvée
M. FoucART achève la seconde lecture de son mémoire sur
le culte de Dionysos en Atlique.
M. Maurice Croiset lit une note sur le sens du mot oiV-y, et
ridée de justice dans Homère. Il montre que la langue homérique
ne contient aucun mot qui exprime l'idée abstraite de justice,
dans toute son étendue. Le terme o^xr, signifie proprement
« déclaration » et s'applique spécialement à une sentence arbi-
trale. La sentence de l'arbitre a été comme le noyau autour
duquel se sont cristallisées des notions éparses, et le terme qui la
désignait est devenu peu à peu le nom de la vertu sociale par
excellence. Mais cette élaboration ne s'est accomplie que dans la
période postérieure à la composition des poèmes homériques.
1. '\'(>ir ci-après (Appendice).
APPENDICE
RAPPORT
FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE
SUR LES OUVRAGES ENVOYÉS AU CONCOURS DE l'anNÉE 1903,
PAR M. SALOMON REINACH , MEMRRE DE l' ACADÉMIE ,
et lu dans la séance du 10 juillet 1903.
Messieurs ,
Notre Commission n'a pas attendu , pour vous faire la
confidence de ses embarras , qu'elle eût achevé le travail
dont vous l'avez chargée. A deux reprises, l'un de nous s'est
adressé à l'Académie pour obtenir d'elle que certains
ouvrages spéciaux fussent dirigés dans des voies moins
encombrées et que le nombre des mentions dont nous
disposons fût accru. Vous avez bien voulu, en dernier lieu,
nous autoriser à proportionner le chiffre des récompenses à
l'importance et à la valeur du concours; c'est là une déci-
sion dont nous devons d'abord vous remercier, car elle nous
permet d'assurer le témoignage public de votre estime à
des auteurs qui ont tout fait pour la mériter.
Le Concours de 1902 n'avait réuni que 19 concurrents,
contre 34 en 1901, 31 en 1900 et 35 en 1899 ; nous avons
eu, cette année, à examiner 33 envois, formant un ensemble
de 46 volumes ou brochures. Un premier classement a
296 CONCOLRS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE
donné ce résultat remarquable que treize envois ont été
jugés (li<:fnes de prétendre aux neuf récompenses dispo-
nibles; si ce nombre n'avait pas été aug-menté par l'addi-
tion d'une médaille et de trois mentions, nous aurions été
placés dans la nécessité pénible de méconnaître le savoir et
le talent. Grâce ii la bienveillance de l'Académie, nous
pouvons attribuer douze récompenses ; un ouvragée dune
incontestable valeur, celui de M. l'abbé Vacandard sur saint
Ouen, évêque de Rouen, n'a été écarté qu'en vue d'un autre
Concours, auquel il a paru expédient de le réserver.
Le titulaire de la première médaille est M. l'abbé Angot,
auteur du Dictionnaire historique de la Mayenne^ dont le
premier volume, comprenant les lettres A-C, avait été
soumis à votre Commission en 1901. (]e Dictionnaire^
aujourd'hui terminé, fruit de vingt-cin(} ans de travail, est
con^u sur le même plan que le Dictionnaire de Maine-et-
Loire du regretté (^élestin Port; mais alors que d'autres
imitateurs de Port étaient demeurés loin de leur modèle,
celui-ci s'en est rapproché autant que le permettait l'état
des archives locales, beaucoup moins riches pour le Maine
occidental que pour l'Anjou. Quand on songe» que l'auteur
est un modeste ecclésiastic{ue , curé d'une bourgade des
environs de Laval , on est vraiment confondu de la masse
extraordinaire de documents qu'il a pu mettre en œuvre,
de l'esprit criticjui' ([uil a porté dans ce travail, de la discré-
tion toute scientili(iuc avec la(juelle il a sacrifié une grande
partie des notes et documents recueillis par lui ])our ne
donner (jue ICssrnti.'l sous une fornu- précise, dans des
notices d une éiéij^ante sobriété. M. l'abbé Any^ot n'a rien
négligé pour faire de son hidinnnairc une œuvre vraiment
originale; il n'a jamais utilisé sans contrôle le travail de
ses devanciers et quand cui c()nq)are ses articles à ceux de
tel de ses prédécesseurs, on reconiuiîi aisément ce qu il y a
ajouté de renseignements puisés à bonne source, ce qu'il a
CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 297
rectifié ou éliminé à bon escient. Assurément, dans un
aussi vaste ensemble, comprenant plus de 1.700 grandes
pages, il s'est glissé quelques menues inexactitudes ; mais
le même soin, la même sûreté de méthode paraissent dans
toutes les colonnes du Dictionnaire. C'est, pour tout dire,
un ouvrage monumental, qui mérite désormais d'être cité
comme un modèle et que nous avons eu un véritable plaisir
à récompenser.
La seconde médaille est attribuée à M. Stéphane Gsell,
auteur d'un ouvrage en deux volumes sur les monuments
antiques de l'Algérie. C'est le travail le plus considérable et
peut-être le meilleur dont l'archéologie de l'Afrique fran-
çaise ait encore été l'objet. 11 porte enfin l'ordre et la clarté
dans la masse énorme de matériaux qui s'étaient accumu-
lés depuis la conquête, tant dans les grandes publications
de luxe, restées inachevées, que dans les longues séries de
volumes publiés par les sociétés savantes. Mais cet ouvrage
n'a rien d'une compilation. L'auteur connaît admirablement
l'Algérie ; il a payé de sa personne en dirigeant des fouilles,
en explorant des régions peu étudiées, où il a recueilli des
centaines de textes épigraphiques inédits, dressé les plans
de monuments romains et d'églises chrétiennes. Son vaste
savoir archéologique, dont témoignait déjà , presque au
début de sa carrière de savant, la belle relation des fouilles
qu'il conduisit à Vulci, lui a permis d'exprimer des opi-
nions personnelles et autorisées sur les monuments les
plus divers, depuis les dolmens jusqu'aux chapelles byzan-
tines. Ce manuel d'archéologie algérienne sera particuliè-
rement précieux à une époque où les fouilles et les explo-
rations méthodiques ont pris un si grand développement
dans ces réglons. M. Gsell est trop modeste en traitant son
ouvrage de prématuré et d'incomplet. 11 arrive à son heure;
il donne tout ce qu'on pouvait attendre, tout ce qu'on pou-
vait raisonnablement demander. Les progrès ultérieurs des
298 COxNCOLRS DES ANtIQtiTÉS DE LA FRANCE
études africaines seront dus, dans une large mesure, à
l'influence d'un livre long-temps attendu qui marque exacte-
ment Tétat de nos connaissances et devient le point de
départ obligé de toute recherche nouvelle sur ce terrain.
M. Espinas, auquel nous décernons la troisième médaille,
est l'auteur d'un livre excellent sur les finances de la com-
mune de Douai, depuis les origines jusqu'au xv'" siècle. C'est
le fruit d'un dépouillement minutieux des archives de la
ville de Douai , éclairé par des rapprochements continuels
avec les actes relatifs au régime financier des autres villes
de la Flandre. Nombre de questions importantes ont été
traitées par M. Espinas d'une façon très instructive et à
laide de documents nouveaux, par exemple l'intervention
de la commune dans la tutelle des mineurs et la constitution
des rentes perpétuelles ou viagères créées au profit des
souscripteurs aux emprunts municipaux. L'auteur ])araît
avoir lu très attentivement tout ce qui a été écrit en France
et en Allemagne sur les communes; son érudition est d'ail-
leurs vivifiée par un long commerce avec les sources origi-
nales, qui l'a mis à même de prendre parti dans des ques-
tions singulièrement ardues et parfois obscures. Cette
histoire financière d'une ville est bien plus (ju'une mono-
graphie d'intérêt local : elle constitue un chapitre, indispen-
sable désormais aux médiévistes, de l'histoire économique
et fiscale de notre pays.
MM. Léon Maître et Paul de Berlhou, auxquels revient
la ([uatrième médaille, ont publié, d'après un manuscrit de
la Hibliothè((ue nationale. V Ilinérairc de liretnr/ne de
Dubuisson-Aubenay. Ce Dubuisson fui un des hommes les
plus instruits de la première moitié du xvii' siècle ; travail-
leur infatigable, il a laissé de nombreux manuscrits qui
témoignent d'un goût éclairé pour l'histoire, la géographie
et les antiquités. Le manuscrit (jue nous possédons est la
CONCOURS DES AiNTIQUlTÉS DE LA FRANCE 299
mise en œuvre des notes recueillies par lui durant un
séjour de six mois qu'il fît en Bretag-ne, de septembre 1637
à la fin de février, à la suite de Jean d'Estampes- Valençay,
chargé en Bretagne d'une mission administrative. Si
Dubuisson fut un voyageur curieux et bien informé , on
peut dire qu'il a trouvé des éditeurs dignes de lui. Le texte
de Vltinéraire a été établi avec soin ; ce n'était point là
une tâche facile, car, outre que l'écriture du manuscrit est
très fine , la lecture en est souvent rendue pénible par les
ratures et les surcharges. L'annotation de MM. Maître et de
Berthou est d'une extrême richesse ; par moments , elle
semble même trop riche, mais les informations cju'elle nous
apporte en grande abondance ont toujours été puisées aux
meilleures sources et dûment contrôlées. L'intérêt de cette
publication n'est pas seulement considérable pour la con-
naissance de l'état de la Bretagne au xvn*' siècle, mais pour
celle des antiquités de ce pays ; car Dubuisson a vu et décrit
les monuments « celtiques » des environs de Locmariaker
alors cju'ils n'étaient pas encore aussi détériorés qu'aujour-
d'hui. Ce qu'il dit des voies romaines est également important
à retenir, car le tracé de ces voies était bien plus reconnais-
sable en 1637 que de nos jours. MM. Maître et de Berthou
auraient rendu service à la science rien qu'en publiant le
texte de Dubuisson; comme ils l'ont édité avec des notes
copieuses et savantes, ils ont fait à la fois œuvre utile et
œuvre d'érudits.
La première mention est décernée k Dom H. Dijon,
auteur d'une monographie historique et archéologique sur
l'église abbatiale de Saint-Antoine en Dauphiné. C'est une
étude consciencieuse et bien documentée sur un des plus
beaux monuments gothiques du sud-est de la France.
Construite entre la fin du xiii® siècle et la fin du xv*", cette
église offre des spécimens de toutes les variétés de l'art
gothique depuis son apparition dans la vallée du Rhône
jusqu'aux approches de la Renaissance. Dom Dijon a fait,
1903. 21
300 CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE
avec beaucoup de sag-acité, le départ entre ces diverses
variétés. Il a résumé très clairement, et avec plus de préci-
sion qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, l'histoire de ré<i^lise de
Saint- Antoine; dans une seconde partie, il en a donné une
description minutieuse, ne négligeant rien de ce qui pouvait
contribuer à l'interprétation des œuvres d'art de l'abbaye.
Partout il a fait preuve d'un jugement sain et indépendant,
joint à une intelligence remarquable de la beauté artistique
et à une judicieuse appréciation des styles ; ces qualités
apparaissent particulièrement dans l'étude qu'il a consacrée
au portail , œuvre à laquelle travailla Le Moiturier d'Avi-
gnon, comme l'a démontré M. Marquet de Vasselot, et oii
d'autres ont voulu, sans doute à tort, reconnaître l'influence
de n)aîtrcs italiens.
La seconde mention récompense le volume de M. Labande,
Études d'histoire et d'archéologie romane^ Provence et £as-
Lanç/uedoc^ éyliscs et chapelles de la région de Bagnols-
sur-Cèze. Un modeste travailleur de province, Léon Alègre,
avait passé sa vie à étudier l'histoire et les antiquités des
environs de Bagnols, où il a fondé une bibliolhè(jue et un
musée. Le crayon en main, il parcourait les campagnes du
Gard et de Vaucluse à une époque où une foule de monu-
ments religieux, détruits depuis ou défigurés par des restau-
rations, étaient encore debout ou presque intacts. Il a laissé,
entre autres preuves de son activité, une curieuse collection
de croquis représentant des églises et chapelles romanes
de la contrée. L'Académie de Vaucluse a chargé M. Labande
d'en accompagner la publication d'un texte explicatif, dont
il a soumis un tirage à part ;i notre examen. M. Labande est
un archéologue sagace et averti, qui a tiré le meilleur parti
des documents qui lui étaient confiés ; non seulement il a
décrit avec soin une cinquantaine d'édifices, mais il a joint
à ses descriptions des renseignements historiques d'un vif
intérêt. Enfin, dans deux chapitres rédigés par lui, il a
CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 30l
résumé tous les caractères des monuments religieux de la
région, appartenant à l'époque romane. On trouve aussi,
dans ce volume , des reproductions exactes de plusieurs
bas-reliefs gallo-romains qui n'avaient pas encore été étu-
diés avec l'attention qu'ils méritent. C'est, en somme, un
travail archéologique fort estimable qui, perpétuant le sou-
venir d'Alègre, fait également honneur à l'Académie de
Vaucluse et au savant qu'elle en a chargé.
M. le vicomte de Romanet obtient la troisième mention
pour un ouvrage sur la Géographie du Perche et la chrono-
logie de ses comtes, suivi de pièces justificatives formant le
Cartulaire de cette province. L'auteur a travaillé quinze ans
à ce livre, qui apporte à l'histoire locale nombre de faits
nouveaux et d'une réelle importance. Il ne s'est pas contenté
de déterminer, avec plus de précision que ses devanciers,
les origines et la formation du comté du Perche ; il a aussi
rectifié sur plusieurs points la succession des comtes de
cette province , telle que l'avaient établie les Bénédictins
dans VArt de vérifier les dates. On doit signaler encore
l'intérêt que présente le troisième chapitre, relatif à la suc-
cession du Perche, ouverte en 1226 par la mort du comte
évèque Guillaume. Le Cartulaire du Perche, formant la
seconde partie du volume, ne comprend pas moins de
215 pièces puisées aux sources les plus diverses; le texte
de ces documents a été établi avec soin, bien que la correc-
tion typographique laisse à désirer. Quelques menues erreurs,
que l'on peut relever çà et là, n'empêcheront pas ce livre
d'occuper un bon rang parmi les monographies que l'his-
toire de nos anciennes provinces a suscitées.
La quatrième mention est attribuée à l'ouvrage de
M. l'abbé AUiot, ^isites archidiaconales de Josas au
XV^ siècle. Le registre des Archives nationales qu'a publié
l'auteur embrasse une période de treize ans, 1458-1470; il
302 CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE
renferme le procès-verbal de 1273 visites dans les églises
dun archidiaconé qui occupait la partie méridionale du
diocèse de Paris. Ce document abonde en renseignements
sur l'état matériel et moral des paroisses placées sous la
juridiction de l'archidiacre de Josas. La misère y était
grande et les désastres de la guerre de Cent ans étaient loin
d'être réparés quand les troubles des premiers temps du
règne de Louis XI s'y firent cruellement sentir. Les mœurs
des populations laissaient beaucoup à désirer et celles du
clergé étaient loin d'être irréprochables. L'archidiacre en a
tracé un assez triste tableau, dont M. labbé Alliot donne
un résumé judicieux et instructif. Les procès-verbaux de
visites de paroisses rurales sont fort rares avant le xvi'^ siècle ;
cette circonstance augmente l'intérêt d'une publication faite
avec soin et conscience qui , outre les informations quelle
apporte sur la condition des paysans, enrichit de beaucoup
de détails curieux 1 histoire de plusieurs paroisses des envi-
rons de Paris.
C'est à la mémoire de M. de Hoc;hemonteix (pie nous
rendons hommage en décernant la cinquième mention à son
beau volume , Les églises romanes de la Haute-Bretagne.
Archéologue érudit, bon observateur, M. de Rochemonteix
avait consacré de longues années à l'étude de l'école d'Au-
vergne, une des premières dont l'existence ait été reconnue,
mais dont on était loin d'avoir encore fixé exactement les
caractères. Ce n'est pas à dire que l'auteur ait épuisé la
question ni abouti, sur tous les points en litige, k des conclu-
sions inatta(|uables; mais son ciuvre conservera une réelle
valeur grâce à l'exactitude des descriptions dont elle est rem-
plie et à l'excellence des illustrations qui les accompagnent.
M. Pagart d"IIermans;nf . titulaire de la sixième men-
tion, est depuis longtemps connu di' 1 Académie pour ses
intéressantes éludes sur le nord-est di' la l'rance. L'(»u-
CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE 303
vrag"e qu'il nous a adressé , Les officiers de ville attachés à
Vancienne administration municipale de Saint-Omer et les
argentiers^ est un recueil de quatre excellentes monog-ra-
phies ayant pour objet les conseillers et les procureurs de
ville, les greffiers et les argentiers de Saint-Omer. Dans
chacune d'elles on peut relever des détails inédits et des
réflexions judicieuses. M. Pagart d'Hermansart, tout en
suivant ses personnages municipaux, rencontre sur sa route
des faits historiques d'une portée générale, des transforma-
tions juridiques, dont il saisit bien le sens et le caractère.
Il y a là des qualités qui rehaussent l'érudition et rendent
plus fécondes les minuties où elle se complaît.
Dans un concours dune force moyenne, ce n'est certes
pas une septième mention que l'on eût attribuée au volu-
mineux manuscrit de MM. Henry de Gérin-Ricard et de
M. l'abbé Arnaud d'Agnel sur les antiquités de la vallée
d'Arc. Quand les auteurs de ce savant mémoire l'auront
imprimé avec les cartes et les illustrations qu'il comporte,
nous posséderons, pour une région de la Provence, une
monographie archéologique qui pourra être proposée en
exemple. MM. de Gérin-Ricard et Arnaud d'Agnel ont
exploré longuement le pays ; ils en connaissent toutes les
particularités géographiques, toutes les voies de communi-
cation, tous les monuments; en outre, ils sont informés de
tous les travaux antérieurs, sans en excepter les collections
manuscrites. Leur ouvrage, d'ailleurs, ne contient pas seule-
ment des faits topographiques et archéologiques , mais des
recherches d'une portée plus générale sur la condition du pays
au temps des Romains. On ne peut que souhaiter la publi-
cation d'un manuscrit dont les erreurs de détail, d'ailleurs
peu nombreuses, disparaîtront sans doute à l'impression.
M. Portai, qui obtient la huitième mention, a écrit,
d'après les sources, une intéressante histoire de la ville de
304 CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE
Cordes, dans le Tarn. L'auteur a tiré un excellent parti des
archives départementales et communales dont il a la garde
et l'inspection : chemin faisant, en élucidant le passé d'une
petite ville, il a mis en lumière des faits intéressants pour
l'histoire de France, par exemple au sujet des francs archers
sous Charles VII et à la fin du règne de Louis XI. Le méca-
nisme des institutions communales , les persécutions reli-
gieuses du temps de l'hérésie alhigeoise, l'organisation de
l'enseignement au W" siècle, d'autres questions encore,
ont été exposées avec netteté et précision. La plus grande
partie du livre concerne une épo({ue qui sort du cadre assi-
gné à ce concours ; c'est par ce motif seul qu'il est nommé
à -cette place, et non dans un rang plus élevé.
La neuvième mention est décernée à M. Ch. Porée, pour
une substantielle monographie : Le consulat et l' administra-
tion municipale do la ville de Mende. On y trouve des
pièces importantes qui éclairent d'une lumière nouvelle
quelques épisodes de l'histoire du tiers-état dans le Midi de
la France , en particulier les longues luttes que les habi-
tants de Mende eurent à soutenir contre leurs évêques.
L'établissement du consulat en 14(57, dû à Louis XI, a éga-
lement été l'objet d'une bonne étude; M. Porée. (jui est
archiviste, publie correctement les textes et sait en faire
ressortir les enseignements.
D'autres travaux, Messieurs, auraient certainement été
mentionnés en bonne place si la force exceptionnelle du
Concours n'avait porté préjudice à leurs auteurs. Qu'il nous
soit du moins permis de signaler, sans prétendre en épui-
ser la liste, quelques ouvrages utiles et estimables, le Tou-
lon ancien de M. Mougin, les études archéologiques de
M. Robert, la monographie de M. Rance de Guiseuil sur
les chapelles de Notre-Dame de Dole, YUxellodunum de
M. Gras, Vltinéraire de la reine Marguerite de Valois en
CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA. FRANCE 305
Gascogne, de M. Ph. Lauzun, la belle publication du Psau-
tier huguenot par M. H. Expert, Y Histoire de Parisot
(Tarn-et-Garonne) par M. J. Lombard. Ces livres, et
d'autres encore que nous avons lus, attesteraient, à défaut
de ceux que nous avons désignés à vos suffrages, le niveau
élevé auquel sont parvenues et où se maintiennent dans
notre pays les études d'archéologie et d'histoire dont il est
l'objet.
Les Membres de la Commission des Antiquités de la France,
Léopold Delisle, Paul Meyer, Héron de Villefosse,
Auguste Longnon, Paul Viollet, Anatole de
Barthélémy, R. de Lasteybie, Salomon Reinach.
L'Académie, après avoir entendu la lecture de ce rapport,
en a adopté les conclusions.
Certifié conforme :
Le Secrétaire perpétuel,
II. Wallon.
306
LIVRES OFFERTS
M. Barth offre, de la part de Tauteur, M. Kielhorn, correspondant
de l'Académie, la suite de la « Liste des inscriptions de l'Inde du
Sud », que ce savant publie dans VEpujraphia iiulica.
M. DE VoGi'É offre à TAcadcmie de la part de M. Ch. Kohler, secré-
taire de la rédaction de la Revue de l'Orient latin, deux ouvrages :
1° Anali/se et extraits des chartes de Vabhaye de N.-D. de la
vallée de Josaphat (Paris, 1900, in-8°; cxlr. de la Revue de V Orient
latin). Après la chute du royaume de Jérusalem, les archives de
cette célèbre abbaye furent transportées en Sicile : une partie des
orio-inaux retrouvés aux archives de Palerme par M. Fr. Delaborde
ont été publiés par lui. Il n'a pas eu connaissance d'un registre con-
servé à la bibliothèque communale de cette ville et contenant d'an-
ciennes copies de documents qui ont disparu. Ce sont les pièces de
ce registre que M. Kohler a analysées avec grand soin et accompa-
gnées de commentaires qui en rehaussent la valeur.
2° Mélanges pour servir à r histoire de l'Orient latin et des Croisades.
C'est un recueil d'articles insérés dans la Revue de l'Orient latin, con-
cernant pour la {)lupart des documents inédits d'un réel intérêt et
étudiés avec une rare compétence. Le volume contient en outre le
dépouillement complet, en ce qui touche la Palestine, les i)èlerinoges,
les croisades et l'Orient latin, des Acta sanctorum des BoUandistes :
travail considérable et d'une grande utilité pour les chercheurs.
M. G. Scni.uMHEnGKR offre à l'Académie de la part de M""* Auguste
Brachet un exemplaire du volume de son défunt mari, intitulé :
Patholnr/ie mentale des rois de France. Louis XI et ses ascendants;
une vie humaine étudiée à travers six siècles d'hérédité (Paris, 1903,
in-R»), volume dédié à la mémoire de Littré, éditeur (rilippocrate,
et dont cette femme aussi iuslruite que distinguée vient de terminer
la publication.
« Une première édition de ce grand ouvrage, Urée à petit nombre
en 1896, n'avait point été mise en vente. Auguste Brachet, déjà fort
malade, avait commencé la pid)licalion de cette seconde édition très
améliorée. La mort est venue interrompre ce travail que sa coura-
geuse veuve vient de conduire à bien avec un soin pieux.
LIVRES OFFERTS
307
« Ce livre n'est pas celui de toulle monde. Il suscitera certainement
de nombreuses et ardentes polémiques. On pourra chercher à éta-
blir, peut-être victorieusement, que la thèse de M. Brachet n'est pas
la bonne. Ce n'en est pas moins une œuvre do premier ordre,
passionnante, féconde en aperçus entièrement nouveaux, qui surtout
a nécessité d'immenses recherches. M. Brachet a commencé dès 1870,
sur le conseil de son maître Littré, à écrire l'histoire pathologique
(inétudiée jusqu'ici) dos dynasties européennes. Il ne se décida que
plus tard à déférer au conseil de l'homme qui, on ce siècle, a le
mieux connu l'histoire de la médecine, et à affronter cet immense
labeur en le limitant toutefois à un seul chapitre : l'histoire patho-
logique de la royauté française. Dans le livre que je présente à l'Aca-
démie, il a tenté d'expliquer Louis XI par l'étude pathologique de
ses ascendants en remontant jusqu'à six siècles en arrière. 11 serait
difficile de trouver un ouvrage plus difficile à résumer et, pour ma
part, je déclare simplement qu'une telle œuvre est au-dessus de mes
forces. 11 faudrait résumer longuement chaque chapitre. Le lecteur
n'a qu'à ouvrir le livre, il ne le posera plus. Seulement pour plaire au
désir pieux de la veuve de mon ancien ami, j'attirerai plus spéciale-
ment l'attention sur quelques chapitres plus particulièrement curieux,
celui par exemple où Brachet a étudié la terrible épidémie qui frappa
l'armée de la croisade au siège de Saint-Jean-d'Acre au printemps de
l'an 1191 et à laquelle faillirent succomber les deux rois Philippe
Auguste et Richard Cœur de Lion, et qui n'était autre que la suette ;
celui aussi, si dramatique, sur l'épisode du mariage de Philippe
Auguste et d'ingeburge de Danemark. »
M. L. Léger offre de la part de M. le professeur Modestov un tra-
vail intitulé : La questione etrusca (extrait de la Rivista d'Ilalia.
Rome, juin 1903). M. Loger a déjà appelé l'attention de l'Académie
sur les travaux antérieurs de M. Modestov (voir Comptes rendus,
année 1902, p. 18).
M. Clermont-Ganneau offre à l'Académie, de la part do l'auteur, le
P. Barnabe d'Alsace, un petit volume imprimé à Jérusalem et inti-
tulé : Questions de topographie palestinienne. Le lieu de la rencontre
d'Abraham et de Melchisédech, avec un appendice sur le tombeau de
sainte Anne à Jérusalem (Jérusalem, 1903, in-S», avec une carte et
quatre plans). L'auteur y traite avec la méthode critique divers pro-
blèmes posés par la tradition biblique et évangélique sur le terrain
de la géographie et de l'archéologie.
308 LIVRES OFFERTS
M. DiEULAFOY offre à l'Académie de la part de son auteur, M. Beu-
danl, administrateur-adjoint de commune mixte, un choix de textes
écrits en arabe moderne et extraits dune revue excellente, le
« Machriq » : Un coup d'œil nur Farahe moderne (Alger, 1901, in-8°).
Ces textes, accompagnés dune traduction française, peuvent être
d'un grand secours pour les élèves désireux de se perfectionner dans
l'élude de la langue parlée de nos jours par les lettrés. « Je me serais
d'ailleurs gardé d'en faire l'éloge — ajoute M. Dieulafoy — si je n'avais
pris l'avis de nos savants confrères. »
M. Dieulafoy offre ensuite à l'Académie, de la part de M. José
Gestoso y Ferez, bibliotliécaire-archiviste de la ville tle Séville, un
nouveau travail relatif à des documents colombiens ignorés jusqu'ici :
Nuevos documenlos Colomhinos, par M. José Gestoso y Ferez (Séville,
1902, in-8°). 11 rappelle que c'est à ce savant que sont dues les Études
sur Séville monumentale, le Dictionnaire des artistes et ouvriers d'arts
appartenant aux écoles de la même ville et de nombreux travaux
qu'il a eu déjà l'honneur de présenter à l'Académie.
Aujourd'hui, il s'agit d'une enquête ouverte à la requête d'un
Chartreux, frère Gaspar Gorricio, pour prouver l'authenticité d'une
concession de terrain faite dans les Indes Occidentales par les rois
catholiques en faveur de Christophe Colomb. Cette enquête, intéres-
sante par elle-même, l'est surtout parce qu'elle contient une amplia-
lion du décret royal dont on a depuis découvert l'original dans les
archives de la duchesse de Berwick et d'Albe.
A cette enquête sont joints quinze documents, également ignorés,
extraits des Archives générales du Frotocole et ayant également trait
à Colomb ou à ses héritiers. Ce sont des baux, des reçus et notam-
ment des procurations données par le grand navigateur avant de
s'embarquer.
M. H. Omont dépose sur le bureau, au nom de M. Daniel Serruys,
ancien membre de l'Ecole française de Rome, un exemplaire de son
Cnlalogue des manuscrits conservés au gymnase grec de Salonique
(Paris, 1903, in-S", 82 pages; extrait de la Revue des bibliothèques,
janv. -avril 1903) :
« La bibliothè(|ue du gymnase grec de Salonique se compose d'un
petit nombre de manuscrits récents, qui constituent le fonds de
l'école proprement dite, et d'une centaine de manuscrits anciens pro-
venant de la collection métropolitaine, en partie détruite récemment
par un incendie. Dans un court séjour à Salonicjue, M. D. Serruys a
pu très heureusement débrouiller le chaos dans lequel se trouvaient
LIVRES OFFERTS 309
les manuscrits échappés au feu; il en a rédigé avec beaucoup de soin
un inventaire détaillé, et on lui sera reconnaissant de la publication
de ce catalogue, qui permet de se rendre un compte très exact de ce
que contiennent les manuscrits grecs, au nombre de 150 environ,
aujourd'hui encore conservés au gymnase grec de Salonique. »
M. Châtelain présente la notice suivante : Eugène Mûntz. Notice
biographique, par C. Enlart ; Bibliographie, par G. de Manteyer
(extrait des Mélanges d'archéologie et dliistoire publiés par l'École
française de Rome, t. XXIII ; Rome, 1903, in-S").
Il La notice biographique est due à M. Enlarl, collaborateur d'Eugène
Mûntz à la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts, et fort compétent
sur le sujet. La bibliographie, œuvre de M. G. de Manteyer, comprend
448 numéros, sans compter les articles de la Revue critique et ceux de
la Grande Encyclopédie; elle doit être absolument complète, ayant
été contrôlée par l'auteur lui-même en 1900. Enfin, M. Léon Dorez a
ajouté la liste des publications de Mûntz de 1900 à 1902. En attendant
la notice que je dois écrire prochainement sur mon regretté prédé-
cesseur, je suis heureux d'offrir à l'Académie cet hommage collectif
de trois anciens membres de l'École française de Rome, qui facilitera
singulièrement la tâche de tous ceux qui voudront étudier la vie et
les ouvrages d'Eugène Mûntz. »
M. Delisle offre à l'Académie de la pai't de M. Germain Lefèvre-
Pontalis un ouvrage intitulé : Les sources allemandes de Vliistoire de
Jeanne d'Arc. Eberhard Windecke (Paris, 1903, in-8°).
M. Germain Lefèvre-Pontalis a entrepris d'étudier l'histoire légen-
daire de Jeanne d'Arc en Allemagne. Dans le volume présenté à
l'Académie, il a soumis à une critique très perspicace les récits
relatifs à la Pucelle qu'un chroniqueur mayençais de la première
moitié du xV siècle a insérés dans la Chronique. Il en a recherché
les origines, en a discuté le texte et les a comparés avec les autres
témoignages. Les développements qu'a pris le commentaire nous ont
valu des observations originales et très judicieuses sur divers points
de l'histoire de Jeanne d'Arc. C'est ainsi que l'auteur a été conduit à
discuter la question de l'authenticité de la fameuse lettre adressée
aux Anglais par Jeanne d'Arc. L'insertion de cette lettre dans la
Chronique allemande lui a fourni un nouvel argument pour réfuter
les objections qui lui ont été faites dans ces derniers temps.
SÉANCE DU 17 JUILLET
M. Finot, directeur de Tl-lcole française d'Extrême-Orient,
adresse au Secrétaire perpétuel la lettre suivante :
Hanoï, le 12 juin 1903.
Monsieur le Secrétaire perpétuel ,
J'ai le regret d'annoncer à l'Académie qu'une partie des collections
de l'École française a été détruite par le cyclone qui a dévasté la
ville de Hanoï dans la nuit du 7 juin.
Ces collections étaient restées dans la salle qu'elles occupaient
durant l'Exposition, à l'extrémité gauche du Palais. Nous n'atten-
dions que l'achèvement des travaux de réparation nécessités par
l'état de ce bâtiment, pour y installer notre musée. L'ouragan a
éclaté avec une force et une rapidité telles qu'aucune mesure de pré-
servation n'a pu être prise. Les fenêtres arrachées par le vent
livrèrent passage à des torrents de pluie. Les hautes et massives
portes-fenêtres qui fermaient les deux extrémités de la salle furent
violemment descellées et précipitées à l'intérieur, écrasant les
vitrines sous leur poids.
Pendant ce temps notre bibliothèque était également en péril. Une
partie de la toiture était enlevée et l'eau ruisselait ;t travers les
plafonds, noyant les papiers et les livres. La nuit se passa à les
pro léger.
Nous pouvons aujourd'hui nous rendre compte des dommages
subis. Ils sont considéiables, mais heureusement fort loin de la
destruction totale que nous avons un instant redoutée. La perle la
plus sensible est celle (l'un bon nombre de magnifiques porcelaines
chinoises et de manuscrits précieux. Mais d'autre part nous avons eu
lagréable surprise do constater ([ue notre série de peintures chinoises,
sans égale en Kurope, avait victorieusement résisté h l'action de
l'eau et que la plupart d'entre elles reparaissaient, une fois séchées,
avec quelques taches sans doute, mais avec la netteté de leurs con-
tours et la beauté de leur coloris. Les jades et les bronzes sofft
SÉANCE DU 17 JUILLET 1903 311
intacts. Une partie des cloisonnés a été épargnée. La bibliotiièque a
relativement peu souffert.
Nous avons évacué le palais de l'Exposition, qui devra être à nou-
veau restauré et aménagé. La création d'un musée est, par suite,
indéfiniment ajourné.
Le cyclone a ruiné partiellement les magasins et les ateliers de
notre imprimeur, M. Schneider. Notre Bulletin éprouvera de ce chef
quelques retards et certaines difïïcultés d'exécution, mais la publica-
tion n'en sera pas interrompue.
En informant l'Académie de ce malheureux événement, je tiens à
lui donner l'assurance que l'École en sort appauvrie sans doute, mais
non désorganisée, et que l'œuvre scientifique entreprise ici sous son
haut patronage se poursuivra avec la même activité que par le passé.
Veuillez agréer, monsieur le Secrétaire perpétuel, l'expression de
mes respectueux sentiments.
L. FiNOT.
La lecture de cette lettre est écoutée avec un douloureux
intérêt. Les remerciements de l'Académie seront adressés à
M. Finot et à son personnel pour l'énergie qu'ils ont mise à
préserver autant qu'il était possible les collections de l'Ecole.
M. Gagnât écrit au Secrétaire perpétuel pour le prier d'annon-
cer à l'Académie qu'il a été avisé d'une découverte faite à Souk-
Ahras par M. le D"" Rouquette, médecin-major. Il s'agit d'une
fort belle lampe de bronze trouvée, avec une partie de son can-
délabre, dans les ruines d'un édifice de l'époque chrétienne.
M. Ph. Berger adresse au Secrétaire perpétuel la lettre sui-
vante :
Giromagny, le H juillet 1903.
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Le R. P. Delattre m'annonce la découverte de deux nouvelles urnes
à inscriptions. Voici ce qu'il m'écrit à ce sujet :
« Je suis heureux de pouvoir joindre à ma lettre le croquis de deux
amphores à queue ou « urnes à queue », comme je les appelle, depuis
que j'ai commencé à les trouver dans les sépultures de la nécropole
voisine de Sainte-Monique.
312
SÉANCE DU 17 JUILLET 1903
« Vous savez que ces sortes d'amphores, qu'il ne faut pas con-
fondre avec les amphores à base conicjue toujours plus grandes, se
rencontrent dans presque toutes les sépultures puniques du iv'' siècle.
Mais il est excessivement rare d'en trouver ayant reçu une inscrip-
tion. Depuis le commencement des fouilles nous n'en avions trouvé
que cinq, dont deux portant une inscription écrite à l'encre et trois
avec caractères tracés au charbon ou à l'aide d'une sorte de ci'ayon.
Suite de L'Inscription,
en A.
Urne à inscription trouvée à Garlhage.
Parmi ces trois dernières, deux sorties d'une même tombe donnaient
le nom du défunt : Eschmounazar (voyez .?« /?iots de fouilles, p. 0,
fig. 14).
« C'est une paire de même genre que nous venons de trouver.
Chaque exemplaire porte écrit au charbon : Tombeau de Bodasloreih,
SÉANCE DU 17 JUILLET 1903 313
avec le nom du Carthaginois suivi de quatre lettres dont je vous
laisse déterminer le sens.
« Dans la même chambre on recueillit encore trois autres urnes à
queue, mais comme à l'ordinaire sans inscription. Ces sortes d'urnes
étaient destinées à renfermer des liquides , et nous en avons trouvé
un bon nombre encore bouchées à l'aide d'un gâteau d'argile appliqué
à la main. »
Les quatre lettres auxquelles fait allusion le R. P. Delattre sont
assez malaisées à interpréter. Grâce à leur i-eproduction sur les deux
vases, on peut les déterminer avec assez de certitude. Elles doivent
se lire ^1N* ou (T'Xl. La cambrure de la première lettre empêche d'y
voir un kaf; quant à la dernière, on serait tenté, malgré la longueur
de la queue, de la prendre pour un iod; mais le second exemplaire
présente les traces de trois barres transvei'sales qui ne peuvent
guère s'appliquer qu'à un hé. S'il en est ainsi, il faudrait prendre le
vav dans le sens de la conjonction « et », les trois lettres finales
représentant un second nom propre.
Il faudrait alors traduire : Tombeau de Eodasforelh et de Arah,
malgré ce que cette double mention a d'insolite.
Si, au contraire, la dernière lettre est un iod, peut-être pour-
rait-on chercher dans ces quatre lettres un ethnique qui resterait à
trouver <.
En tous cas, ces vases étant destinés à renfermer des liquides, le
mot keber « tombeau» ne désigne pas le vase lui-même, mais la
chambre funéraire à laquelle ce vase appartenait.
M. Hamy, dans une lettre qu'il adresse au Secrétaire perpé-
tuel, communique à l'Académie les dernières nouvelles qu'il a
reçues de la mission Chevalier subventionnée sur les fonds de
la fondation Benoît Garnier.
C'est d'abord une lettre du 14 mars de M. l'interprète de
l""*^ classe Grech , résident de France à Ndellé, qui annonce le
départ, à la date du 9 mars 1903, de MM. A. Chevalier et Courtet
dans la direction du lac Mamoun. C'est grâce à l'intervention de
M. Grech que nos explorateurs ont obtenu de Snoussi les
moyens de transport, les vivres, etc., nécessaires à cette entre-
1. J'ai aussi songé à une formule funéraire, quoique le laconisme
habituel de ces petits textes ne se prête guère à une semblable interpré-
tation.
314 SÉANCE DL: 17 JUILLET 1903
prise, un guide recommandable , Aïssa Oui Kr Rif, et une
escorte de huzingierre capable de tenir tête aux indigènes, 11
était convenu que nos explorateurs resteraient toujours au lac
Manioun , qu'ils en feraient le tour et quils reviendraient à
Ndellé par un autre chemin.
Une seconde lettre, datée du 10 avril, est de M. Chevalier qui
annonce le retour des explorateurs de Mamoun et la réussite de
leur entreprise.
« Nous avons pu voir, écrit M. Chevalier, un coin du I)ar
Kounga, et entrer en relation avec les chefs des GouUa Ilomer,
habitants du Mamoun. Jai été, continue-t-il , un peu déçu en
trouvant seulement, autour dune nappe deau étendue, un
immense marais avec çà et là des llaques d'eau et des canaux
remplis de plantes aquatiques, habiles par des hippopotames et
des lamantins.
« Il n'est pas douteux qu'une grande partie de la région est
complètement couverte d'eau à l'hivernage.
« Il n'y a nulle part de li'ace d'habitation sur pilotis
Les Karas et les Fongoros habitent les premiers à l'Est , les
seconds au N.-E. du Mamoun, »
La mission se reconstituait, au moment du départ de la lettre
de M. Chevalier, pour prendre la route du Fort Archambaull.
Nos voyageurs espéraient arriver au Tchad à la fin de juillet, au
moment de la crue.
M. Maxime Gollignon donne lecture d'une élude' sur une lêlc
en marbre provenant d'Egypte, acquise par le Louvre en 1901.
C'est une tête plus grande que nature, représentant un athlète
aux oreilles tuméfiées. Le style, l'expression du regard dirigé
vers le haut, font songer à l'école de Scopas, et dénotent un ori-
ginal grec. La provenance égyptienne ajoute à l'intérêt du monu-
ment. C'est un document important pour l'étude des rapports
artistiques entre ri''gyple des Ptolémée et les écoles de la Grèce
propre dont l'influence s'est exercée à Alexandrie au début de la
période gréco-égyptienne. La têlo du Louvre offre en outre une
particularité curieuse pour l'étude de la techni<pie du marbre.
Le nez et le menton présentent des sections nettes, à la surface
soigneusement polie, in(li(pi;iiit l'emploi de moi-ceaux rapportés.
LES (( GOURDEIZIOU » BRETONS 315
MM. Salomon Reinacu et Gauckler, correspondant de Tlnsti-
tut, présentent au sujet de cette communication quelques obser-
vations.
L'Académie fixe au 13 novembre la date de sa séance publique
annuelle. Elle désignera, vendredi prochain, celui de ses membres
qui sera chargé de faire une lecture dans cette séance.
M. d'Arbois de Jubainville a la parole pour une communica-
tion :
« Il y a dans l'année bretonne une période initiale commen-
çant soit le '25 décembre soit le 1'''' janvier. Elle dure douze jours,
elle s'appelle gourdeiziou , c'est-à-dire littéralement « les sur-
jours », « les jours supplémentaires)). Ce sont ceux qui, ajoutés
aux 354 jours de l'année lunaire, en font une année solaire de
366 jours. Ces douze jours se retrouvent avec une valeur
mythique en Allemagne : pendant ces douze jours a lieu la chasse
de Wotan ou Odin.On les trouve aussi dans l'Inde où, comme en
Bretagne, ils présagent le temps qu'il fera pendant l'année dans
chacun des douze mois correspondants. Il y a là, à l'origine, une
distinction savante entre l'année solaire et l'année lunaire qui,
probablement, a été empruntée aux Babyloniens par les Indo-
européens. C'est une découverte due à MM. J. Loth et Vallée ^. »
COMMUNICATION
LES « GOURDEIZIOU » BRETONS ET LEUR ORIGINE BABYLONIENNE,
PAR M. d'aRBOIS DE JUBAINVILLE, ME3IBRE DE l'aCADÉMIE.
Quel a été le domicile primitif des Indo-européens? Une
raison a été donnée pour le rapprocher du grand empire
babylonien, c'est l'importance prise par le nombre douze
1. Voir ci-après.
1903. 22
316 LES « GOLRDEIZIOU » BRETONS
chez les Indo-européens. Cette importance est en contra-
diction avec le système décimal qui, dans le g^roupe indo-
euiopéen, sert de base à la formation des noms de nombre.
Un emploi caractéristique du nombre douze vient d'être
mis en lumière par une découverte encore inédite qu'a faite
notre confrère M. .1. Loth, en associant sur ce point ses
oITorfs avec ceux d un autre breton M. Vallée. On sait
qu une croyance superstitieuse, répandue en Allemag^ne,
met la chasse mythique de Wotan ou du démon dans les
douze nuits qui se comptent du 2o décembre au 6 janvier;
elles correspondent aux douze nuits saintes qui. dans hi
littérature brahmanique, sont 1 imag-e de l'année sui\ante.
On a reconnu dans les jours correspondant à ces douze
nuits les jours supplémentaires au moyen desquels l'année
lunaire de 334 jours se transforme en une année solaire de
366 jours.
Ces douze jours sont encore connus en Bretag'ne : dans
la Cornouaille, c'est-à-dire dans l'ancien duché de Quimper,
on les appelle (jour-deiziou ou gourdeziou , mot qui veut
dire « jours en sus », (( jours supplémentaires », littérale-
ment « sur-jours ». Guiir est le même mol (|ue la préposi-
tion grecque 'jrAp. Le sens de gourdeiziou est établi par un
autre usage de ce mot : il est employé pour désigner les
jours qui sont en sus de la durée ordinaire ([u'a la gesta-
tion des animaux femelles. Il y a des vaches qui ta relent à
vêler plus que les autres, on parle de leurs goiirdcio dans le
Goelo, subdivision du diocèce de Saint-Brieuc. ot (/ourdcio
est la prononciation locale du gourdcziou cornouaiUais.
En Cornouaille comme en Allemagne , les douze jt)urs
sont ceux qui s'écoulent du 23 décembre au (1 janvier, c'est-
à-dire que, conformément à un \u'il usage cinétien, on fait
commencer l'année au 25 décembre. C'est en 1732 (pu-
Grégoire de Hostrenen a publié son l)i(/l'iiiii;(i/-c français-
breton. On y lit (pie ces dt)uze jours étaient les |)remiers de
Tannée; — c'est comme les douze nuits des Indous, — et
LES <( GOURDEIZIOU » BRETONS 317
Grégoire de Rostrenen parle de « l'opinion qu'a le peuple
que la qualité de ces douze premiers jours de l'an dénote
celle des douze mois ». C'est la doctrine brahmanique.
Cette période de douze jours ou douze nuits est donc une
croyance indo-européenne; elle résulte de la connaissance
de Tannée solaire et de son rapport avec Tannée lunaire. Il
est difficile d'admettre qu'une notion astronomique aussi
précise, associée au nombre douze, ne soit pas d'origine
babylonienne.
J'ai déjà fait observer que le char du guerrier chez les
Grecs homériques et celtiques, et les javelots dont ce guer-
rier est armé paraissent d'origine hittite. La monogamie
des Grecs, des Romains, des Irlandais ressemble beaucoup
à celle que nous trouvons dans la loi d'Hammurabi, § 146
et suivants.
Remarquons bien ceci, § 170 : Si quelqu'un a des enfants
de son épouse légitime et d'une femme esclave, les enfants
de la femme esclave n'hériteront pas, à moins que le père
n'ait décidé que les fds de l'esclave seraient égaux aux fils
de la femme légitime. C'est un droit que le père romain n'a
pas, mais si le père babylonien n'exerce pas ce droit, sa
succession, comme à Rome, va aux enfants de l'épouse
légitime à l'exclusion des enfants de la femme esclave.
La prêtresse vierge dont il est question aux § 178 et sui-
vants nous offre le prototype de la vestale romaine et de
la déesse vierge Artémis des Grecs.
II semble donc y avoir eu à une époque fort reculée, plus
de deux mille ans avant notre ère, contact entre les Indo-
européens et les Babyloniens, et un des faits qui Tétabht est
la découverte faite par MM. J. Loth et Vallée du sens qu'a
le mot breton gourdeiziou.
Ajoutons enfin que la déesse Ana ou Anii , mère des
dieux en Irlande, suivant le glossaire de Cormac, fin du
ix" siècle ou commencement du x°, paraît identique à une
divinité babylonienne : Ana chez les Babyloniens est le
318 SÉANCE DU 24 JUILLET 1903
ciel, dont la forme masculine Anou et la forme féminine
Anat forment un couple divin de qui toute chose est née.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le deuxième fasci-
cule des Comj)les rendus des séances de lAcadéraie pour rannée 1903,
mars-avril (Paris, 1903, in-S").
11 ofTrc 011 outre au nom de Tauleur, M. Andréa Moschelti, direc-
lour (lu Musée de Padoue, un ouvrage intitulé : // Museo civico di
Padova (Padova, 1903, in-4<').
SÉANCE DU 24 JUILLET
M. PoTTiER , président de la Société des études grecques,
transmet un vu'u émis par rAssociation pour que 1 Académie
des inscriptions donne suite à un iirnjet qui émane du Congrès
des sciences historiques, tenu à Rome en 190;L On a proposé
de faire une publication des écrivains byzantins ayant traité de la
philosophie , un Corpus philosophorum dont les ouvrages sont
encore inédits. Le Congrès a demandé que les représentants de la
science française se missent d'accord avec les savants italiens
pour faire recherciicr dans les bibliothèques privées ou publiques
les manuscrits de ce genre, pour en dresser un état exact.
L'Association des études grecques, saisie de ce projet par un de
ses membres, M. Paul Tannery, a estimé qu'elle devait s'adresser
SÉANCE DU 24 JUILLET 1903 319
à rAcadémie pour lui demander de s'associer à ce vœu et de
l'appuyer, en recherchant par quels moyens pratiques on pourrait
donner suite à cette proposition.
Le Président pense qu'on pourrait nommer une commission,
composée d'hellénistes et de byzantinistes, qui étudierait la ques-
tion et présenterait un rapport au mois d'octobre.
L'Académie désigne MM. Alfred et Maurice Croiset, Weil,
ScHLUMBERGER, PoTTiER, pour faire partie de cette Commission.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture de son rapport sur les
travaux des Commissions de publication de l'Académie pendant
le premier semestre de 1903 ^
M. Gagnât, au nom de la Commission du prix Bordin, fait le
rapport suivant :
« La Commission a reçu deux mémoires sur la question mise
au concours : Etude des monographies qui composent /' « Histoire
Auguste ». Elle estime que le prix doit être partagé également
entre les deux. »
Le Président donne acte à la Commission des conclusions de
son rapport. Il ouvre ensuite les plis cachetés qui accompa-
gnaient les deux mémoires et y lit :
« Pour le mémoire inscrit sous le n° 1, le nom de M. Charles
Lécrivain, professeur à la Faculté des lettres de Toulouse;
u Pour le mémoire inscrit sous le n° 2, le nom de M. Léon
Homo, ancien membre de l'Ecole française de Rome. »
Les noms de MM. Lécrivain et Homo seront proclamés dans
la séance publique annuelle de l'Académie.
L'Académie désigne, comme lecteur à sa séance publique
annuelle, M. Maurice Croiset.
M. Salomon Reinach montre à l'Académie les photographies
de huit têtes en pierre, de grandeur naturelle, qui n'ont pas
encore été étudiées par les archéologues. Sept d'entre elles
1. Voir ci-après.
320 SÉANCE DU 24 JUILLET 1903
décorent les angles des croisées d'ogives dans la chapelle du
château de Saint-Germain, construite vers 1240 par saint Louis,
défigurée sous Louis XI\', restaurée de nos jours par M.\L Millet
et Daumet et convertie, depuis 1900, en un Musée des monu-
ments chrétiens de la Gaule. De ces huit têtes, six sont des têtes
d'homme; deux têtes d'homme et une tête de femme portent la
couronne royale. M. Reinach essaye d'établir que ce sont des
portraits contemporains de saint Louis, de sa mère Blanche ou
de sa femme Marguerite, de sa sœur Isabelle, de ses trois frères
encore vivants en 1240, Robert, Alphonse et Charles, enfin de
ses deux frères morts en bas âge, Philippe et Jean. L'iconogra-
phie de saint Louis et de sa famille, jusqu'à présent très pauvre
ou môme nulle, se trouve ainsi constituée par des documents
dont la valeur d'art est incontestable et qui présentent, suivant
M. Reinach, toutes garanties d'authenticité.
M. Abel Lefranc, professeur à l'I'xole des Hautes Etudes, fait
une communication sur un prétendu V" livre original du Pan-
tagruel de Rabelais, imprimé en 1549, demeuré entièrement
inconnu jusqu'en 1900, et dont un exemplaire unique fut alors
découvert — à Prague, croit-on — par un grand libraire de
Munich. Bien que la presse érudile de tous les pays se soit occupée
de cette trouvaille retentissante et que l'on fût généralement
d'accord pour ne pas reconnaître, dans ce livre, la main de
Rabelais, aucune des questions de critique que soulève son texte
n'avait encore été résolue. M. Abel Lefranc expose à l'Académie
la solution complète et définitive de ce problème d'histoire
littéraire. A l'aide de (|uelques extraits du mystérieux volume
publiés par divei'ses revues savantes, il est parvenu d'abord
à en décou\ lii" les deux sources littérales et ensuite à en reconsti-
tuer de la façon la plus sûre le texte intégral. Le pseudo-Rabelais
■ de 1549 est le résultat d'une combinaison d'un certain nombre
de chaiMlrcs : 1" d'une traduction française anonyme, parue
chez 1'". .Liste, à Lyon, et chez D. Janot, î\ Paris, de la célèbre
Nef (les fous publiée en 1 49 i par le slrasbourgeois Sébastien
Brant, et 2" d'un autre ouvrage intitulé : Les Jiecjnars Iraversnnl
les pei'i lieuses vityes des folles fanées du monde, par Jean
Bouchet,de Poitiers, ami intime de Rabelais, publié chez Vérard,
RAPPORT DU SECRÉTAIRP] PERPÉTUEL 321
vers 1507, et souvent réédité depuis. La substance du volume de
1549 est totalement empruntée à ces deux textes antérieurs de
cinquante ans, ou environ, à son apparition.
L'auteur du faux V" livre s'est contenté d'entremêler ou de
juxtaposer une série de chapitres copiés servilement tantôt dans
l'un , tantôt dans l'autre de ces ouvrages. 11 s'agit donc d'un
simple plagiat littéraire. L'auteur de cette édition, devenue si
célèbre depuis trois ans, a pris le grand nom de Rabelais pour
assurer à sa rapsodie un succès qu'elle ne pouvait atteindre par
elle-même.
APPENDICE
RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPETUEL DE l'aGADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET
belles-lettres sur les travaux des commissions de publication
de cette académie pendant le premier semestre de 1903, lu dans
la séance du 24 juillet 1903.
Messieurs ,
Depuis le dernier rapport, TAcadémie a publié les volumes
suivants :
1° le tome 37 des Notices et extraits des manuscrits conte-
nant le Synodicon orientale ou Recueil des synodes nestoriens
édités et traduits par M. J.-B. Chabot;
20 }j^ jre partie du tome 38 du même recueil contenant divers
articles qui ont été déjà publiés en tirage à part : Le manusci-it
hébreu n° 1388 de la Bibliothèque nationale {une ILigr/adah
pascale) et V iconographie juive au temps de la Renaissance, par
M. Moïse Schwab; — Le livre des appareils pneumatiques et
des machines hydrauliques par Philon de Byzance, édité d'après
les versions arabes d'Oxford et de Constantinople et traduit en
322 RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
français par le baron Carra de Vaux, membre du conseil de la
Société asiatique de Paris; — Notice du ms. nouv. iicq. franc.
10050 de la Uibliolhc([iie nationale, contenant un nouveau
texte français de la Fleur des Histoires de la terre d'Orient
de Hayton, par M. II. Omont ; — Notice d'un manuscrit de
Trinity Collège [Cambridcje), contenant les vies, en vers fran-
çais, de saint Jean l'Auntônier et de saint Clément, pape, par
M. Paul Meyer; — Notice du ms. nouv. acq . lat. 763 de la
Bihliolhèque nationale, contenant plusieurs anciens glossaires
grecs et latins, et de quelques autres manuscrits provenant de
Saint-Maximin de Trêves, par M. M. Omont;
3" le troisième et dernier fascicule du tome 1" de la partie ara-
méenne du Corpus inscriptionum semiticaru m. Ce ïasc'icu\e com-
prend la suite des inscriptions nabaléennes trouvées dans la
région de Pétra, et la moitié environ des inscriptions sinaïtiques.
Et des ouvrages publiés sous le patronage de l'Académie ont
paru les fascicules Iti, 17 et 19 (le 18" a précédemment paru) des
Mémoires et monuments Piot.
Voici la situation des autres ouvrages en cours d'impression :
Historiens orientaux des Croisades. Tome V. — L'impression
de ce volume n'a pas été interrompue pendant le premier semestre
de cette année. Quatorze feuilles sont tirées et cinq feuilles
viennent d'être envoyées à l'Imprimerie nationale en bon à tirer.
M. Barbier de Meynard compte mettre à prolit le temps dont il
peut disposer plus largement pendant le second semestre pour
terminer la traduction de l'appendice [Ez-Zeil] qui termine la
chronique arabe des Deux jardins.
Historiens arméniens, i'. 11. La préface, qui retardait
depuis si longtemps la publication de ce volume, est iiuioiinl hui
écrite. Elle a été rédigée par M. Kohler sous la direction de
notre regretté confrère M. Gaston Paris. Le manu.^^crit va être
envoyé à l'Imprimerie et le volume ne lardera pas î\ paraître.
Recueil des historiens de France, l. .\X1\'. — La table de la
Chronique de l'Anonyme de Béthune, qui termine le volume, est
bonne à mettre en pages.
RAPPORT DU SËCRÉTATRE PERPÉTUEL 323
De la partie préliminaire de ce volume les cahiers 1-26 sont
en bons à tirer; — les cahiers 27-41 sont en épreuves: — le
reste est ou composé en placards ou livré en manuscrit aux
compositeurs.
Pour la nouvelle série in-4° du « Recueil des historiens de
France », le tome II des Ohituaires a "22 feuilles bonnes à tirer;
les Introductions des tomes I et IV des Pouillés sont en prépa-
ration ; celle du tome 111 comprend déjà 10 feuilles.
Histoire littéraire de la France^ t. XXXIII. — Un nouvel
article de M. Paul Meyer, Compilation de V Historia Monacho-
rum de Bu fin, a été envoyé pour ce volume qui comprend
aujourd'hui 44 feuilles.
Mémoires de l'Académie, t. XXXVII, l'^ partie. — Même
situation que dans le précédent rapport.
Mémoires des savants étrangers, 1""^ série, t. XI, 2*^ partie. —
Ce volume a reçu une notice, qui vient de paraître en tirag-e à
part, de M. Euting-, correspondant de l'Académie, sur un papyrus
égypto-araméen de la Bibliothèque impériale de Strasbourg.
Notices et extraits des manuscrits, t. XXXVIII, V^ partie. —
Il a été envoyé tout récemment à Tlmprimerie nationale quinze
notices que notre regretté confrère M. Hauréau avait rédig'ées
pour ce recueil et qui ont été revues par MM. Delisle et P. Meyer.
Corpus inscriptionum semiticarum , partie araméenne. — Le
3^ fascicule du tome I, comme nous Tavons annoncé plus haut,
vient de paraître. Une partie de la copie du l-'' fascicule du
tome II a été envoyée à l'Imprimerie. Ce fascicule comprendra
la fin des inscriptions nabatéennes, et il ne restera plus à publier,
pour compléter la partie araméenne, que les inscriptions palmy-
réniennes.
Pour la partie himyarite, même situation, de même que pour
la partie phénicienne.
Une nouvelle livraison du Répertoire d'épigraphie sémitique,
comprenant six feuilles d'impression, est actuellement mise en
pages et paraîtra très prochainement.
324
KAPPrtRT DU SECRETAIRE PERPETUEL
Recueil des inscriptions grecques. — A la date du 1*' juillet,
il a été imprimé, faisant suite au 2* fascicule du tome III, (juafre
feuilles, et faisant suite au 2'^ fascicule du tome I, une feuille. Le
reste des deux fascicules [3" du tome 1 et 3*" du tome II) est à
l'impression.
Charles et diplômes. — M. d'Arbois de Jubainville nous
adresse le rapport suiwint :
(( L'édition des actes de Philippe I*"" entreprise par M. Pi-ou est
aujourd'hui presque entièrement en épreuves. Le bon à liier des
quatorze premières feuilles a été donné. Une circulaire adressée
par M. le Ministre de l'instruction publique aux archivistes des
départements a eu j)our résultat l'envoi du catalogue des diplômes
royaux conservés en original ou en copie dans la plupart des
archives départementales et qui émanent soit des derniers Caro-
ling-iens soit des premiers Capétiens, depuis l'année 840 jusqu'à
l'année I22IL Chacun des futurs éditeurs des actes royaux a reçu
la copie de ce qui, dans ces catalogues, concerne le roi ou les
rois dont il doit publier les diplômes.
« Quant au dépouillement qui se fait à la Bibliothèque nationale,
département des manuscrits, voici la liste des collaborateurs avec
l'indication des fonds ou des parties de fonds dépouillés par eux
depuis la fin du mois de décembre dernier :
« M. Lauer, volumes 285-01)0 de la collection Moreau ;
« M. Poupardin, fonds jiréipiigny ; n"^ 1- 18613 du fonds latin ;
(c M. Halphen, Mélanges Colbert; les cinq premiers volumes
de la collection de Champagne ;
« M. Bourgin, les dix-neuf premiers volumes de la collection
de Bourgogne;
« M. Martin, collection De Camps; les dix-neuf premiers
Aolumes de la colleclion fonlaiiion ;
« M. Giard, collection Du Chesne. »
On voit l'utile concours dont notre savant confrère, ancien
élevé de l'I'A'ole des Chartes, s'est assuré parmi les élèves récem-
ment sortis de cette l'X'ole.
11. Wau.on.
325
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel offre à TAcadémio, au nom do Tauteur,
M. Guesnon, quelques-unes des publications qui lui ont valu récem-
ment le prix de La Grange :
Recherches biographiques sur les trouvères artésiens (Paris, 1895,
in-S") ;
Nouvelles recherches biographiques sur les trouvères artésiens
(Paris, 1902, in-S") ;
La satire à Arras au XIII^ siècle (Paris, 1900, in-S'') ;
Une édition allemande des chansons d'Adam de La Haie (Paris,
1901, in-8o; extr. du Moyen-Age).
M. Delisle dépose sur le bureau de l'Académie, au nom de M. G.
Maçon, conservateur adjoint du Musée Condé, une brochure inti-
tulée : Chantilly et le connétable Henri de Montmorency (Senlis. 1903,
in-8°).
M. Saglio offre à l'Académie le 34« fascicule du Dictionnaire
des antiquités grecques et romaines. Ce fascicule débute par un
considérable article de M. Ardaillon, de l'Université de Lille, sur
l'exploitation des mines chez les anciens et se termine par un travail
sur les Mores, c'est-à-dire sur la coutume et le droit coulumier, par
M. Edouard Cuq, de la Faculté de droit de Paris. Comme toujours,
des remerciements doivent être adressés à plusieurs membres de
l'Académie, à MM. Gagnai, Babelon, Bouché-Leclercq, à M. Boissier
qui a écrit sur le mime latin un vif et savant article; M. Dalmeyda a
rédigé la partie grecque du même sujet avec une parfaite connais-
sance des derniers travaux auxquels il a donné lieu. Les autres
articles sont dus pour la plupart à des professeurs de nos Univer-
sités : MM. Albert Martin, correspondant do l'Académie ; Clerc, Lafaye,
Fougères, Dûrrbach, Beauchet, Lécrivain, Toutain, Fabia, de Ridder.
A côté d'eux méritent d'être particulièrement nommés M. Franz
Cument qui a traité de Mithra et de son culte, sujet qui lui appartient
de droit et qu'on ne peut désormais aborder sans recourir à lui ; et
M. Karo, jeune savant italien, actuellement professeur à l'Université
de Bonn, auteur d'un article sur les colliers [monile).
326 SÉANCE DU 34 JUILLET 1903
M. Clermont-Ganneau dépose sur le bureau de rAcadémie les
livraisons 20-23 du tome V de son Recueil d'archéologie orientale
(Paris, 1903, in-8°), dont voici le sommaire: § 50. Inscriptions
grecques de Djerach; — ^ § 51. Sur deux épitaphes puniques ; — § 52.
La notion de la sainteté chez les Sémites ; — § 53. La « Porte de
Nicanor » du Temple de Jérusalem (pi. Vil); — § 54. L'autel de
Kadès ; — § 55. Le mont Hermon et son dieu, d'après une inscription
inédile (pi. Vlll); — i; 56. Ficliex et notules: Nouvelle inscription
phénicienne de Sidon ; — Inscription nabaléenne dOunim el-Qotain ;
Inscriptions grecques du Haurân ; — Kaioumas ; — Inscriptions
grecques de Bersabée; — La prise de Jérusalem par les Perses; —
Inscriptions grecques d'Antinoé; — Beo; 'Afî[JiOr,vo; et 'Aramta.
SÉANCE DU 31 JUILLET
M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts
adresse au Secrétaire perpétuel la lettre suivante :
« Le Comité d'admission du groupe III de l'Exposition inter-
nationale de Saint-Louis (États-Unis) en 1904 vient d'appeler
mon attention sur l'intérêt que présenterait la participation de
l'Académie des inscriptions et belles-lettres à cette importante
manifestation scientifique.
« Je vous serais reconnaissant de me faire connaître, dans le
plus bref délai, s'il est dans les intentions de votre Compagnie
d'y prendre part, et, dans l'alfirmative, je vous prierai de m in-
diquer les publications quelle désirerait y faire figurer. »
Le Président fait observer (|ue l'Académie n'a pas l'habitude
de prendre part aux T^xpositions. La nature de nos travaux ne
comporte pas l'envoi de volumes, qui ne seraient que des parties
de nos collections.
L'Académie adopte lavis du Président.
SÉANCE DU 31 JUILLET 1903 32*7
M. Philippe Berger adresse au Secrétaire perpétuel la lettre
suivante :
Ballon d'Alsace, le 24 juillet 1903,
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
La région du Donon, si riche en antiquités préhistoriciues et gallo-
romaines, vient encore de nous livrer un monument antique, sur
lequel je crois devoir appeler l'attention de l'Académie.
C'est une grotte, creusée dans la paroi de la montagne, très
abrupte en cet endroit, au lieu dit la Roche de Trupt. Elle se compose
dune grande chambre et de deux chambres plus petites situées au-
dessus 'de la première, dont le faîte et les parois sont formés de
grandes dalles de pierre. Une dalle plus grande que les autres, incli-
née à 45 degrés, protégeait l'entrée de la grotte. L'auleur de la
découverte, M. Frœlich, a publié la description de ce monument dans
le dernier numéro du Bulletin de la Société géographique de l'Est.
Ayant appris par lui que cette grotte portait en plusieurs endroits,
soit sur le banc qui en occupe toute la profondeur, soit sur les parois
latérales, des caractères graphiques, je l'ai prié d'en faire prendre la
copie.
Je vous envoie ci-jointe la photographie du dessin fait avec grand
soin par M. Paul Rœderer. M. Frœlich l'accompagne d'une note
rédigée avec le concours de M. Perdrizet.
Les caractères atteignent jusqu'à une hauteur de 0™ 70 ; ils ont été
obtenus par le raclage de la surface au moyen d'une pierre.
Il ne faut pas les confondre avec d'autres signes, des croix bou-
lonnées et même un commencement d'inscription grecque, qui ont
été gravés avec une pointe métallique. Nous retrouvons là la succes-
sion d'inscriptions d'époques différentes dont beaucoup de monu-
ments préhistoriques nous otTrcnt l'exemple.
Il m'a semblé reconnaître une certaine analogie entre ces carac-
tères et ceux que M. Cartailhac a retrouvés mêlés à des figures
d'animaux au cours de sa récente mission en Espagne. Aussi j'ai
pensé qu'il ne serait pas sans intérêt pour l'Académie de les avoir
sous les yeux et de pouvoir les comparer.
Veuillez agréer. Monsieur le Secrétaire perpétuel, l'expre&bion de
mon bien respectueux attachement.
P. S. — Je vous serais reconnaissant d'insérer à la suite de cette
lettre la note de M. Frœlich dans nos Comptes i^endusK
1. Voir ci-après.
328 SÉANCE DU 31 JLILLKT 1903
M. Ha.mv adresse au Secrétaire perpétuel la lettre suivante :
Le Wast, par Colembert (Pas-de-Calais), 23 juillet 1903.
Monsieur le Secrétaire perpétuel et très honoré confrère.
Je groupe et je vous adresse, pour que nos confrères et en parti-
culier les membres de la commission Benoit Garnier puissent en
prendre connaissance, un article fort bien renseigné que vient de
publier la Dépêche coloniale sur la mission Lenfant que l'initiative de
TAcadéraie a permis d'organiser. Vous remarquerez que l'auteur de
cet article rend justice à notre Compagnie qui montre, dit-il très
justement, que les initialioes nniionnles les plus modernes ne lui sont
pas indifférentes.
Notre voyageur est parti dans d'excellentes conditions, le lo de ce
mois, sur lo Paraguay, des Chargeurs réunis; il complétera son
détachement à Dakar et ira débarquer à Foreados, dans l'enclave
française du Bas-Niger, où il organisera sa tentative de pénétration
sur le Logone et le Tchad par la Bénoué, la Mayokabbi et les marais
de Toubouri.
Je vous prie de communiquer ces nouvelles à l'Académie, qui sera
très exactement tenue au courant des progrès de Tenlreprise qu'elle
patronne si généreusement.
L'article signalé par M. le D"" Ilamy est mis à la disposition
des membres de l'Académie.
M. Clermont-Ganneau fait la communication suivante :
« M. de Mathuisieulx a rapporté de Leptis Magna (Tripoli-
tainc) la photographie dune longue inscription romaine dont
M. Gagnât vient de donner une transcription. M. Glermout-
Ganneau rappelle que plusieurs années auparavant il avait
exploré lui-nicnic les mines remarquables de celte ville; il y
a\ ait pris un estampage de cette même inscription ainsi que de
plusieurs autres encore inédites. Grâce à cet estampage, il a pu
combler les lacunes du premier décliiirrement et reconnu qu'il
s'agissait d'un décret de Leptis Magna, dédiant une statue hono-
rifique au gouverneur de la province de Tripolitaine, Flavius
\'ictor Calpurnius, personnage qui apparaît ici pour la première
fois. M. Clermont-Ganneau a réussi, en outre, à décliilTrcr le
nom même de la ville, sous la forme de Lepcis au lieu de Leptis,
SÉANCE DU 31 JUILLET 1903 329
forme très intéressante pour la philologie punique. Parmi les
autres inscriptions découvertes par lui dans la région de Leptis
Magna, M. Clermont-Ganneau signale une dédicace à la grande
déesse carthaginoise qualifiée de Celestis sanctissima '. »
M. Omont et Châtelain sont adjoints à la Commission nommée
dans la dernière séance pour étudier, sur la proposition de
M. E. Pottier, le projet dune publication dun Corpus des phi-
losophes byzantins.
M. Bouché-Leclercq donne lecture, au nom de M. d'Arbois de
JuBAiNviLLE, de la note suivante :
(( Par Columelle, De re rustica, livre I, c. 1, §6, et par Isidore
de Séville, Origines, t. XV, c. 15, § 6, nous savons que les
Gaulois avaient une mesure de surface rurale qu'ils appelaient
candeluin. Candetum pour canletum est un dérivé du nom de
nombre gaulois 'canton « cent ». Le candelum était un carré dont
le côté, comme nous l'apprenons par Columelle et Isidore, était
long de cent cinquante pieds romains; ce côté consistait donc en
un multiple par cent d'une mesure gauloise de longueur égale à
un pied romain et demi. Or le pied romain et demi , c'est la
coudée, cubitus en latin'-, égale à quatre cent quarante-quatre
millimètres; le pied romain vaut 0"' -iQôdont la moitié cstO™ 148
qui ajoutés à 0"^ -296= 0" 444.
« La coudée, qui explique ainsi le candetum rural des Gau-
lois, rentl compte également de la lieue gauloise. On sait que la
lieue gauloise, leuga, égalait un mille romain et demi-^. Le mille
romain , c'est mille passus, et chaque passus =^ cinq pieds; le
mille romain contient donc cinq mille pieds; par conséquent la
lieue gauloise contient cinq mille coudées ou cinquante fois le
côté du candelum rural gaulois. Le passus romain vaut 1'" 48,
le mille romain 1 .480 mètres, la lieue gauloise 1.480 mètres plus
740 = 2.220 mètres. Or, 2.220 mètres = 0"' 444 X 5.000 et aussi
44™ 4 (côté du candetum) X 50.
1. Voir ci-après.
2. \'ilruvc, 1. III, c. 1, § 7.
3. Voir les textes réunis par Alfred Ilolder, Altkellischer Sprachsclialz ,
t. II, col. 197, 198.
330 SÉANCE DU 31 JUILLET 1903
« A côté du candetum rural, les Gallo-romains avaient, suivant
Columelle et Isidore , un candelum urbain dont le côté égalait
cent pieds romains, soit 29™ 60 au lieu de 44™ 4. Son introduc-
tion paraît avoir été le résultat de la conquête romaine. Les
Romains construisirent en Gaule un grand nombre de villes
nouvelles: Auçfusta, Aoust (Drôme); Augusta, Aoste (Isère);
Augusta Suessionum, Soissons ; Augusla Viromanduorum,
Vermand ; Auguslo-bona , Troyes; Augusto-danum , Autun;
Augusto-durum, Baveux; Augusto-magus , Senlis; Augusto-
/leme/um, Clermont-Ferrand; Augusto-ritum, Limoges; Caesaro-
diinam. Tours; Caesaro-magus, Beauvais; Julio-bona, Lille-
bonne; Julio-magns, Angers. De là, par une sorte de transac-
tion, l'introduction d'un candelum urbain, multiple du pied
romain, tandis que, pour la mesure des champs, on conservait
Tantique candelum gaulois, multiple de la coudée, comme la
lieue gauloise, supplantée par le mille romain au sud de Lyon. »
M. Mmile Mâle, prolesseur au Lycée Louis-le-Grand, étudie
linlluence du théâtre sur l'art à la fin du moyen âge. Il montre
que la représentation des Mystères a fait entrer dans la peinture
et dans la sculpture du xv" siècle plusieurs thèmes nouveaux. Il
explique de la sorte quelques œuvres d'art qui étaient demeu-
rées énigmatiques. Deux miniatures de Fouquet à Chantilly
montrent une vieille femme guidant les soldats au jardin des
Oliviers et forgeant les clous de la croix. Ce personnage figure
dans les Mystères ; ce qui prouve que Fouquet en peignant sa
célèbre suite de la Passion s'est sans cesse inspiré du théâtre de
son temps. Une foule d'autres œuvres d art, le vitrail de l'Ascen-
sion à Saint-Taurin d Évreux, le \itr;ill de Justice et Miséricorde
à Saint-Patrice de Rouen, la Cène de Thierry Bouts à Louvain,
le tableau des saintes femmes au tombeau attribué à Hubert van
Kyck, etc., reproduisent très exactement des scènes du théâtre
du xv** siècle. Les Mystères n'ont pas seulement intrctduit dans
l'art des scènes nouvelles, ils ont profondémcnl modifié la vieille
iconograj^hic du \in" siècle, et inspiré aux ;irti>lcs des agence-
ments tout nouveaux.
M. Charles Jomn lit une notice de M. le D' lionnel, assistant
au Muséum d'histoire naturelle, sur un manuscrit arabe de
INSCRIPTIONS DE LA ROCHE DE TRUPT 331
Dioscoride, de la Bibliothèque nationale, orné de miniatures
curieuses, car elles ressemblent, pour la plupart, à celles d'un
manuscrit grec du même Dioscoride, et nous montre que tous
deux ont eu une source commune beaucoup plus ancienne.
M. Léon Dorez signale cinq actes de vente, datés de 1315 à
1345, et qui pourraient autoriser dans une certaine mesure à
croire que la famille de Jeanne d'Arc était d'origine lorraine.
COMMUNICATIONS
LES INSCRIPTIONS DE LA ROCHE DE TRUPT,
PAR 31. FRŒLICH.
L'inscription elle-même couvre dans toute sa long^ueurle
banc de la caverne inférieure , ainsi que la paroi formant
dossier au banc. Une copie minutieuse en a été exécutée par
mon coUèf^ue et ami M. Paul lîœderer, qui a fait deux
visites à la roche de Trupt, le 13 et le 14 juillet.
La longueur de Tinscription (qui est aussi la longueur du
banc et, en même temps, la profondeur de la caverne) est
de 2 m. 80.
La hauteur des plus grands caractères est d'environ
70 centimètres.
Pour avoir la disposition exacte des inscriptions, il con-
vient de plier la photographie à angle droit dans le sens du
trait qui sépare les deux grandes lignes.
L'examen de l'inscription donne une toute autre impres-
sion que celle, très superficielle, que j'avais rapportée de
ma première visite.
1903. 23
1^32 INSCRIPTIONS DE LA HOCHE DE TKLI'T
Sauf le mot inachevé (?) à droite, gravé par un instru-
ment en métal tranchant, les deux lignes principales se
rapprochent des alphabets étrusques, osques, ligures, gau-
lois, italiotes, phéniciens, dont parle M. Camille Jullian
dans la Revue des études anciennes de Bordeaux, tome II,
1900; Notes (jallo-romaines.Y , Plac/uede plonih d'Eyguière
(p. 47-55) et VI, Inscription de Carpentras (p. 136-141 j.
Les deux lignes, aux caractères de grandeurs si inégales,
sont gravées par un seul et même procédé, c'est-à-dire
évidemment au moyen d'une pierre : ce n'est ni de la taille,
ni de la gravure, mais du raclage, travail de longue persé-
vérance. Au diamètre , les creux se présenteraient ainsi :
////////Y/////// • Ces creux, dans les pleins, ont jusqu'à 2 à 3 cen-
timètres de profondeur, sur 2 à 4 centimètres d'épaisseur,
tandis qu'aux extrémités, les creux remontent insensible-
ment jusqu'à la pointe, où ils se confondent pour ainsi dire
avec la surface de la pierre.
Les nombreuses petites croix *f* (d'exorcisme?) sont gra-
vées à l'aide de pointes métalliques; elles n'ont donc, en
tout cas, rien de commun avec les grands caractères.
La dernière croix au bas, à gauche, bien que sans les
quatre boules, est une des croix postérieures, tandis que le
signe ^ à coté fait partie des inscriptions primitives.
Le poisson, salamandre ou lézard, est d'une gravure com-
parable à celle deshiéroglyphes derobélisque,7r777777777'//77(dia-
mètre) ; la figure est descendue à vif et à plat; elle est donc
gravée au métal et n'a rien de commun non plus, par con-
séquent, avec la gravure des caractères.
Sur le petit rectangle, à gauche, sont reproduites des
inscriptions gravées sur le sol d'une des deux cavernes
supérieures ; elles paraissent aussi plus récentes.
D'après M. Perdrizet, si l'inscription se trouvait en pays
grec, on pourrait peut-être se permettre de considérer les
caractères paraissant grecs comme l'amorce de la dédicace
riANIK ^INYMOAIlj ; si l'inscription est restée inachevée,
LEPCIS ET LEPTIS MAGNA 333
c'est parce que le graveur aurait gauchement fait ses pré-
visions et se serait laissé arrêter en route par le gros trait
primitif d'un creux très profond.
M. Jullian paraît localiser l'emploi de son caractère aux
régions du Midi, et voici qu'il se révèle dans le Nord-Est!
Les deux inscri^stions décrites par M. Jullian dans la
Revue des études anciennes de Bordeaux se rapportent à des
petites plaques de plomb. Elles sont minuscules compara-
tivement à l'inscription de la Roche du Trupt qui , je le
répète, a 2 m. 80 de long. A en juger d'après les articles
de M. Camille Jullian, elle serait d'une extrême impor-
tance.
L'estampage serait donc une assez longue opération, et,
en raison de la grande dimension des caractères, il faudrait
le pratiquer non pas avec du papier, mais avec des feuilles
de carton-buvard. L'eau nécessaire, il est vrai, ne manque-
rait pas : il existe une source ou plutôt un ruisselet descen-
dant de plus haut, à une cinquantaine de mètres sur la droite
du rocher.
LEPCIS ET LEPTIS MAGNA,
PAR 31. CLERMONT-GANNEAU, MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
M. Méhier de Mathuisieulx vient de publier' une intéres-
sante étude sur les ruines de Leptis Magna, la célèbre cité
africaine, patrie de l'empereur Septime Sévère. Il rappelle
qu'avant lui ces ruines, les plus remarquables peut-être de
l'Afrique du Nord, ont été très rarement visitées. La chose
s'explique par les difficultés de toute sorte auxquelles se
heurte le moindre voyage en Tripolitaine. Ces difficultés
1. Noav. archives des miss, scient., X, pp. 245-277.
334 LEPCIS ET LEPtiS
n'ont fait que croître depuis une dizaine d'années, par suite
d'une situation politique très délicate sur laquelle je n'ai
pas à insister. Il faut féliciter le courag^eux explorateur
d'avoir réussi à en triompher.
Aux noms qu'il cite de ses devanciers, très peu nombreux,
Durand, Delaporte, Smith, Barth, Rohlfs et Cowper, je
demanderai la permission d'ajouter le mien. J'ai eu en effet,
au cours d'une exploration entreprise en Tripolitaine et en
Cyrénaïque, l'occasion de visiter Leptis Magna, quelques
années avant lui. Profitant de certaines circonstances excep-
tionnellement favorables, j'ai pu y séjourner du 23 au
27 mars 1893, et y exécuter bon nombre de relevés archéo-
logiques et épigraphiques , croquis, photograjjhies, estam-
pages, qui, jusqu'ici, sont malheureusement demeurés iné-
dits, comme, d'ailleurs, tous les autres résultats de cette
longue et laborieuse campagne dont les hasards m'ont
entraîné bien au delà des limites de mon plan primitif.
Quand j'aurai le loisir de mettre en œuvre ces divers
matériaux, je crois que je pourrai sur plus d'un point et, en
particulier sous le rapport de l'épigraphie, compléter utile-
ment la relation, du reste très consciencieuse, de M. de
Mathuisieulx. Je me bornerai, pour aujourd'hui, à parler
avec quelque détail d'un des monuments vus irar lui à
Leptis Magna.
M. de Mathuisieulx dit n'avoir relevé dans les ruines de
Leptis que trois inscriptions romaines , dont une seule ne
ligure pas encore au Corpus Inscr. La t. 11 en a exécuté une
photographie qui a permis à M. Gagnât d'en entreprendre
le déchiffrement. Or, en me reportant à mon carnet de
voyage (p, 159j, j ai constaté que j avais déjà, de mon côté,
relevé cette inscription en 1895. J'en avais pris alors un
bon estampage. Je regrette que mon savant confrère ne
l'ait pas eu à sa disposition , car il lui aurait permis d'in-
troduire dans sa lecture et ses compléments plusieurs modi-
fications et améliorations dont ({uclques-unes , comme on
va le voir, sont d une réelle importance.
LEPCIS ET LEPTIS MAGNA 335
Je reproduis ci-dessous la transcription de M. Cag-nat, et
je la fais suivre des leçons nouvelles fournies par mon
estampage ; celui-ci ne commence qu'à la lig-ne 4.
L'inscription est gravée sur un beau cippe quadrangu-
laire, de marbre blanc, mouluré, A partir de la lig-ne 17,
les caractères deviennent de plus en plus petits et sont
d'une exécution négligée ; ils tombent de 0 '" 04 à 0 "' 02 de
hauteur ^.
1 \N 1////////////////////////////
. 2 ////////////////////////////////
3 I//////////////////////////////7/
: 4 \ O M ////////////!////////
5 |H O N E s T I S S
6 /CNOSCENDI
7 /pERPENSO-Q
8 -/mEATO//////////OB
9 .^ayi 'ÈM PVB-ET ORclinem
10 f/ec«r| O N V M OpERIBVS FECER''^ «m
11 PLIOREM-INSTAVRATORI MOENIVM puhli
12 CORVM-QVOD EIVS INNVMER^'* C\RC^ se
13 AC SVOS OFFICIA SVPRA GENITALIS Cli"'^
14 AFFECTVM IIICIS MAGNA INCLITA f\de
15 DEVOTIONE PRAEST^NS MVLTA TRANSme
16 RITA MIR//////AMIB ^ENACISSIMa MEMOR'a
17 ORD\U\ll,llllllllllll/llllROSiyC\llllllllllll/Hlllllllll/l'
18 PRMIIIIillllllllllll/paTROHO SVO//////////M Hllde
19 CREVIT INDIVIDVVM MVTVI AMORIS AFFec
20 T\/Mlllll/llll/ OPII/I CONSTITVIT ^-^C DEDIC
Ligne 4 : après M , on distingue la partie inférieure de
deux hastes pouvant avoir appartenu à un N. Après le I
isolé, un V.
1. Il faut tenir compte, pour le déchinVement des parties frustes, de ce
que les m sont du type M-
336 LEPCIS ET LEPÏIS MAGNA
L. 6 : GNOSCENDI.
L. 7 : QV-.
L. 8 : ? corn M EATO/'c , ou — ri? traces des deux der-
nières lettres.
L. 9, à la fin, il semble y avoir E'AQNlIlllIlHlj , et non
ET ORdinem.
L. \0 : la restitution [decur]ionum devient très problé-
matique si l'on doit, comme je crois, écarter celle de
or[dinem] à la ligne précédente ; de plus , il y a immédia-
tement avant le I , un pied de haste verticale qui semble
l'exclure matériellement. La restitution o[o]eribus est éga-
lement à écarter : la première lettre est un G certain, et il
y a place ensuite pour deux lettres, et non pour une seule ;
je propose : Gf/îERIBVS.
L. il : la ligne se termine exactement à PVB. contre le
bord de l'encadrement ; la syllabe //, dont naturellement la
restitution s'impose, doit donc être gravée hors cadre. Cette
observation s'applique à quelques autres fins de lignes
subséquentes.
L. 12 : CIRCA SE.
L. 13 : CIVIS.
L. 14 : lire LEPCIS, absolument certain, avec L traitée
en majuscule, au lieu du groupe incompréhensible IIICIS ;
c'est le nom de Leptis Magna , sous une forme extrê-
mement intéressante sur buiuelle je reviendrai tout à
l'heure. A la fin, FI DE.
L. 15, à la fin, et 1. Ki, au début: MVLTIFARIAM
SENS(<' RIT ; ici encore, le deuxième E doit être gravé
hors cadre,
L. 16. après RIT. terminaison de aonnerit, je lis :
MERITO r?/)M El//.s /ENACISSIME MEMOR PiiR?
L. 17 : ORDINI S (ainsi séparé anormalement) V/r. (?) et
POPViii /'IROS. Il " y a pas trace de point après le second
P. Il est très didicile de voir, par suite du mauvais état de
la pierre, s'il faut lire POP iili) ou POPVLI. en toutes
LEPCIS ET LEPTIS MAGNA 337
lettres, et, d'autre part, si nous avons affaire à des VIII — .
des VII — , ou des || viri. On pourrait hésiter encore entre
V [quinque], Il — , ou III viros. En tout cas, il semble bien
qu'il s'agit d'une commission municipale représentant à la
fois le Sénat des deux classes et le peuple. Puis : FL*
V/CTO/I Ca/PVRNIO V(./).)-
L. 18 : PRAESIDI PRO*'. TWipoL PATRONO SVO Sta-
/VAM DE.
L. 19 : entre CREVIT et INDIVIDVVM, intercaler ET Oh.
A la fin, AFFEC.
L. 20 : entre TVM et CONSTITVIT, lire : EAmdEm SE
PROPTeR. A la fin, AC DEDICA.
L. 21 (omise) : se compose uniquement de la svllabe
VIT g-ravée en rejet, et en caractères cursifs, au milieu de
la ligne; c'est la fin du mot dedicavit.
Grâce à ces diverses corrections, dont plusieurs — et non
les moindres — sont certaines, nous obtenons, du moins à
partir de la ligne 9, un texte à peu près cohérent et qui
prend en outre une véritable valeur historique :
1 ni
2
3
4 omn . . . iii
5 honestiss[im
6 gnoscendi
7 pej-penso^ qii . . . .
8 ? com]meato[r]i? ob . . . .
9 qui [r]em puh{licam) exqii . . .
10 t]ionum g[en\eribus feceri[t am-\
1 1 plioi-em , instaurafoT-i mœnium puh[li-]
12 corvm , quod eiiis innumer[a] circa se
13 ac siios officia s[u]pra genitahs civis
14 affectum Lepcis Magna, inclifa fid[e],
15 devotione praes[la]ns, mullifariam sens[e-]
16 rit, nie[ritoru\m ei[u.s t]enacissime menior, [per]
338 LEPniS KT LEPTIS MAGNA
17 ordinis? utr[iusqiie?)[et]populi' ??? v iros, Fl[avio) V[i]clo[r\i
C[a( purnio, v[iro) [p{erfectissimo)],
18 praesiJi pro[viinci!e)] TnpolitaiuL'),palronosuo,slat]uam de-
19 crevil et, o[/>] individuum mutui amoris affec-
20 /uw, ea[ind]e[m] sepropl[e]r consliluil ac dedi'ca-
21 vit
Comme on le voit, il s'agit de Térection d'une statue
honorifique faite par la ville de Leptis Magna, et par les
soins du comité exécutif de sa municipalité, à son patron,
gouverneur de la province de Tripolitaine, Flavius Victor
Calpurnius, en reconnaissance de services considérables
qu'il lui avait rendus. Le nom de ce personnage, jusqu'ici
inconnu, vient enrichir la liste encore si pauvre^ des gou-
verneurs de cette province. Il est regrettable que la dispari-
tion du préambule, qui contenait peut-être le nom de 1 em-
pereur régnant, ne nous j^ermette pas de déterminer l'époque
du document ; il aurait peut-être fait faire un pas à une
question très controversée parmi ceux qui s'occupent de
l'histoire de l'Afrique romaine, celle de la date de la création
de la Tripolitaine comme province autonome. Je laisse aux
spécialistes le soin de voir si l'on ne pourrait pas, du moins,
tirer à cet égard ([uelque indice chronologique, de l'écriture
et du style de cette inscription. Pour ma part, je croirais
volontiers qu'elle n'est pas antérieure au règne de Dioclétien;
je n'oserais, pourtant, rien adirnuT, n'étant pas ici sur mon
terrain familier.
Je me bornerai à appeler l'attention sur un point qui
intéresse pai'ticulièrement la philologie punicjue : la forme
Lepcis^ sous laquelle apparaît ici le nom de cette célèbre
ville généralement connue sous celui de Leptis. Déjà, l'on
avait été conduit, par d'autres considérations, à admettre
que la forme originale devait être Lcpcis et que Leptis n'en
J. \'oir Pallu de Lesserl, Fastes des provinces africaines, II, pp. 299-304.
LEPCIS ET LEPTIS MAGNA 339
était qu'une altération consacrée par Tusag-e. On a, dans
une inscription trouvée à Lambèse, l'ethnique Lepcitana
appliquée à une femme d'orig-ine servile {yerna). D'autre
part, nous possédons une série de monnaies attribuées à
Leptis, où le nom de cette ville est écrit en caractères
puniques ou néo-puniques : "ipS; , Lepki. Mais ces témoi-
gnag-es épig-raphique et numismatique étaient discutables
dans une certaine mesure. La forme Lepcitana pouvait être
due à une incorrection accidentelle; la même inscription
porte FIXIT = VIXIT. Quant à l'attribution à Leptis des
monnaies à lég^endes puniques, elle pouvait être contestée.
Et puis, on était toujours en droit d'alléguer que, dans l'un
comme dans l'autre cas, il pouvait s'agir non de Leptis
Magna de la Tripolitaine, mais de Leptis Parva de la Byza-
cène. Aujourd'hui, l'hésitation n'est plus permise, La leçon
de la pierre est indubitable et, comme nous avons affaire à
un document officiel, de provenance assurée, elle doit faire
foi pour nous. L'existence de la forme Lepcis est désormais
établie. Cette forme — à prononcer, bien entendu, Lepkis,
avec le c dur — doit être la forme autochtone, punique ou,
plutôt libyco-numide^. La transformation en Leptis, forme
consacrée par l'usage, peut être due soit à un besoin eupho-
nique de l'oreille ou de la bouche gréco-latine, soit à l'influence
d'une étymologie populaire, voire à ces deux causes réunies.
Au point de vue de cette dernière, il faut tenir compte
d'une paronomasie possible entre AéTciiç et astïtt^ «petite»,
paronomasie visant peut-être les déterminatifs distinctifs
des deux Leptis homonymes. Magna et Parva (cf. Lepti-
minus).
Cette inscription n'est pas la seule que j'ai rapportée de
Leptis Magna. J'en ai recueilli, soit dans les ruines de la
1. Cf. ce que nous dit Salluste [Guerre de Jugurtha, 78, 4) du changement
survenu dans la langue parlée à Leptis Magna : « ejus civitatis lingua modo
conversa connubio Numidaruni ; leges cultusque pleraque Sidonica. »
340 LKPCIS I;T LEPIIS .M\(i.\A
ville même, soit dans les environs, plusieurs autres qui ont
échappé à M. de Mathuisieulx. Je ne me suis attaché qu'à
celles qu'en raison de leur position je supposais n'avoir pas
déjà été vues par mes devanciers. Dans le nombre, je signa-
lerai l'épitaphe suivante, dont j'ai pris un estampag-e.
Gros bloc cubi(jue dont la face antérieure est seule dres-
sée ; trouvé près d'un sépulcre récemment fouillé , un peu
avant d'arriver aux ruines de Leptis Dans un cartouche à
oreillettes triangulaires. Hauteur des lettres 0'" 04 et 0"^ 03.
CALPVRNIAE BARGYdDENI
E/
CALPV R N I O • CEREALI-ET
CALIRNIO-CANDIDO
FECIT CAJLPVRNIA LiCINIA SADITH
|/|/RENTIBVSSVIS-EIIRATI\1!IETATISCIVSA
Calpurnipe Barguddenie\t\ Calpurnio Cereali et Cal[pu]r-
nio Candido, fecit C[a/p]urnia Licinia Sadith [pa\rentibus
suis e[i f^rat[rï\^ \pi\etatis c[a\usa.
On remarquera dans cette famille la fréquence du nom
de Calpurnius] il avait pu être rendu populaire à Leptis
Magna par le gouverneur de la Tripolitaine à (jui la ville
était redevable de tant de bienfaits. Les noms /iar;/uddenus^
et Sadith sont intéressants pour l'onomastique punicjue ; il
est à noter que ce dernier est transcrit sans désinence
latine, fait qui s'observe surtout dans les noms propres
féminins.
Sur un bh)c do calcaire mouluré, do 0'" ."() i\e largeur,
1. Api)arcnf('' vrnis('iiil)lal)lomonl aux noms africains Gi/(/(iem,Gi/(/(/cni,otc.
L'origine de l'élément initial bar demeure obscure: on ne saurait évidem-
ment songer ici à l'araméen.
LEPCIS ET LEPTIS MAGNA
341
gisant isolé sur la plag-e, peu avant d'arriver aux ruines
de Leptis. Le dessus du cippe est concave (copie) :
DISMANVSI3VS
C L A^ D A I / A B N A
S O T E R I C
Diis Manihus. Claud[i)e [S]ah[i)nse [?) Soteri[cus'l]
Vers Kasr ed-Douêirât, dans le sud de Khoms, grand
mausolée architectural, ruiné, en forme de tour carrée à
deux étages (photographié sur deux faces); débris d'une
statue en marbre ; blocs sculptés épars autour ; parmi eux
un fragment du toit en pierre orné d'imbrications arrondies.
A vingt minutes plus au sud, autre monument funéraire du
même type (photographié) ; sur un bloc de marbre tombé
au pied , et portant une amphore sculptée sur la face laté-
rale gauche (copie) :
i
U I E S- I VV
B V S • B O |/|//
I
M E M O R I A
B I A E • A N N
\ r A E • Q V A E
I I S • XV I • V
ALI PVDICITI ï
[Dn]s [Maiii]bus? Bo[nse]
memoria[e] [? Vi\hiae Ann[i8e\
.... nse, quœ [vixit ann]is
XVI, \yirgin\ali pudiciti[a\.
342
LEPniS ET LEPTIS MAGNA
Épitaphe d'une jeune lille morte à seize ans.
Même mausolée; sur un autre bloc de marbre blanc,
mouluré, à moitié enfoui et déterré à grand' peine. Dans
encadrements variés. Hauteur totale : 0'" 30. Longueur de
la ligne 9=^ 0"^ 34. Copie :
<^> N V M C^ D E///
^^ /////
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/ NB////
Am 0 R 1
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Àj I a N 0
^^yN 1 s A N N V 1
^-rflGAGAENEROS
TATEORNATIQVIVIX
ANNXXII MIIIC^ET
"^BEAAA///////SSV;
I V M C I V I V M S V O '///^
L. 1 : [?aeter]num de....K — L. 2 : /)//.s- Ma]n[i]b[us]?
L. 3 : [Bonse nic\niori[œ]?''. — L. 4-9 : [D\ioge[nis?]
1. De[o]'? Je n'ose penser à leternum decUis]. Je ne sais, cl n'ai i)as le
temps de vérifier si rexprossion se leirouve dans l'épi^'raphie funéraire
d'AIViciue. Klle rappellciait quelque peu, en tout cas, la fornuile palmyré-
nienne N^^"">...ipi'l, bI; TEtijiriv a!(ov;av.
2. Heslilulion sup:},a'rée par l'insci-iplinn ])récé(l<'nte. Il vaudrait pcul-être
mieux, dans l'une et l'autre, i-estiliier l/unn mcmuria , et délaclier au datif
les noms des défunts.
LEPCIS ET LEPÏIS MAGNA 343
. . .ntiano? [?ordi]nis aniiui? [? lo]n[g)a gaenerositate [sic]
ornati^qui vix[it^^ ann{os) XXII, mienses) III, et... — L. 11 :
civium suo[rum].
Tout près du mausolée, dans la marg-elle d'un puits :
fragment de statue en marbre blanc, homme vêtu de la
toge, tenant un rouleau (?) de la main gauche; probable-
ment le défunt, ou un des principaux défunts.
Je mentionnerai aussi, seulement pour mémoire, un cer-
tain nombre de signes lapidaires très curieux que j'ai
découverts (copies et estampages) gravés au centre de plu-
sieurs blocs entrant dans la construction du soubassement
d'un des pilastres à tambours semi-circulaires, encore debout
(au point marqué N sur le plan de M. de Mathuisieulx) ^.
Plusieurs de ces signes sont empruntés k l'alphabet latin
W^ — AB ; d'autres à l'alphabet punique ou néo-punique :
^ ^*V* ^^^ ^^^^ tantôt isolés, tantôt groupés deux à deux ;
on remarquera que , dans les groupes de deux , les lettres
associées se suivent dans leur ordre alphabétique respectif :
a-j-A, qoph -j- rech. Sur un autre bloc détaché auprès de
la grande dédicace au gouverneur Victor Galpurnius : un H-
Enfin, puisque l'occasion s'en présente, j'ajouterai que
j'ai pu faire l'excursion d'El-Mergeb (spécula, Gv.zr.ii) occu-
pant une position dominante dans l'ouest de Leptis Magna,
excursion que M. de Mathuisieulx regrette avec raison de
n'avoir pas faite. J'y ai découvert l'emplacement d'un
ancien sanctuaire qui était consacré à la grande déesse
punique qualifiée de Caelestis Sanctissima , et qui s'est
transformé, dans la tradition locale, en un sanctuaire très
vénéré, placé sous l'invocation de Sidna Ali. On j remarque
une sorte de grande plate-forme taillée dans le roc , avec
1. Cf. la gravure photographique, pi. IV, op. cit.
2. Doit être un M latin renversé plutôt qu'un i grec ou un W phénicien
archaïque.
344 LEPCiS ET LEPTIS MAGNA
une paroi verticale faisant face au sud. Cette paroi est
percée de trous en formes de niches grossières, où les indi-
gènes viennent encore déposer leurs ex-votos, lampes, etc.
Au pied, j'ai lieu de croire qu'il existe une caverne sacrée
qu'il serait intéressant d'explorer. Sur cette paroi est gravée
une inscription romaine, qui est inédite, je pense ; tout au
moins ne figure-t-elle pas au Corpus I. L. Elle consiste en
une ligne longue de 3 '" 23, avec, au-dessous, une seconde
ligne très courte, en caractères beaucoup plus petits, for-
mant rejet. Les dimensions du texte, sa position et surtout
un vent terrible qui souillait alors sur le plateau, ne m'ont
pas permis de l'estamper. Voici le fac-similé de la copie de
mon carnet, hauteur des lettres, 0"" 12 en moyenne :
eCLLST 1 SÎANLTlSSlA\APKQN]\Ar!|^^^\AVS
Celestis sancfissima, propitia camus
Je ne sais au juste comment restituer les caractères
douteux et mutilés intervenant enlve propitia et eamus\ il
est dilïicile d'en tirer matériellement : propitinm 1c JihIjch-
mus, ce qui donnerait un sens assez satisfaisant.
Dans le trajet entre Khoms et Kl-Mergeb, j'ai rencontré
toute une série de magnifiques mausolées construits en
forme de tours carrées, sur des monticules couverts de
ruines. Au pied de l'un d'eux, parmi les blocs jonchant le
sol, j'en ai trouve; un port;iiil linscription suivante gravée
dans un cadre mouluré. La Iii;iu' I est en caractères phis
grands.
LEPCIS ET LEPTIS MAGNA 345
I ■ TE LAAA
E D I C
S A T V R N
l\H\IP'll
I[ulio) Tela[moni\ , rnedic[o] Satiirn = \ini f[ilio)] (ou :
Saturn[ina] [v]ir[o] p[osuit]? ou peut-être mieux : Satiirn-
[inus] \ pat\ri eic?)
Avec réserve sur les cas, bien entendu.
Le nom de Telamo ou Telamon semblerait indiquer une
orig-ine ou des attaches grecques du personnage, ce qui ne
serait pas en désaccord avec sa profession. Déjà Leptis
Magna nous avait fourni l'épitaphe trilingue, latine, grecque
et néo-punique, d'un médecin, Boncar Clodius, et de sa
mère Byrycth (3^-1^) '.
Un de mes plus grands regrets, en quittant Khoms, a été
de laisser derrière moi un magnifique monument provenant
des ruines de Leptis, un bas-relief en marbre d'une beauté
singulière représentant trois femmes drapées (les Charités?),
marchant à la file, de profil, à gauche, et se tenant par les pans
de leurs tuniques. Je l'avais découvert, caché chez un indi-
gène-, au moment de mon départ, trop tard pour en prendre
une photographie. J'avais essayé d'acquérir ce morceau qui
aurait fait bonne figure au Louvre; malheureusement, là
1. CI. L., VIII, SuppL, 15-16.
2. M. de Mathuisieulx m'apprend qu'un richissime Anglais, M. Co^vpe^,
qui a passé à Khoms quelques mois après moi, a acquis ce superbe mor-
ceau au prix de 500 francs. On lui en aurait olTert, depuis, 50.000 francs
qu'il a refusés, ayant l'intention d'en faire don au British Muséum. Il en a
publié, paraît-il, la photographie dans un volume, intitulé The Hills of the
Grâces, qui ne m'est pas encore accessible.
346 LIVRES OFFKRTS
encore, j'ai été arrêté par rexiguïté de mes ressources et
j'ai déploré, une fois de plus, de n'avoir pu obtenir, comme
je l'avais demandé au moment d'entreprendre cette mission,
l'allocation d un petit crédit éventuel qui m'aurait permis
de profiter et de cette occasion et d'autres encore du même
genre qui se sont offertes à moi au cours de mon vovage '.
LiviiEs offp:rts
Le Président offre, au nom cIcM.deBoislisle, le cinquante-septième
volume de sa publication des Mémoires de Saint-Simon Paris, 1903,
in-8"j. Si M. de Boislisle était présent, il le complimenterait du zèle
avec lequel il poursuit cette publication, sans que les volumes qui se
succèdent d'année en année cessent de témoigner d'un travail
approfondi.
M. Omont dépose sur le bureau un volume quil vient de i)uljlier :
Listes des recueils de fac-similés et des reproductions de manuscrits
conservés à la Bibliothèque nationale (Paris, 1903, in-8° ; extr. de la
Revue des Bibliothèques).
1. C'est ainsi ique j'ai dû, faute de quelques centaines de francs, laisser
ccliapper A Bcnfrliazi de belles ampliores ijanatlu'-naïqucs, signées et datées,
provenant de Cyrène, et, en Crèle, une lanlette de terre cuite, avec
inscription préhistorique, provenant de (>nossos, le premier spécimen
connu de celles recueillies depuis par M. Kvans (voir ma communication,
Comptes rendus, 1901, p. i3 et 16.sj.
SÉANCE DU 7 AOUT
M"'® Lahure a envoyé au Secrétaire perpétuel une photogra-
phie du lancement du canot » Benoît Garnier » qui, de Bezons,
est parti pour le lac Tchad où il doit conduire, par le Niger et
ses affluents, le capitaine Lenfant. Le fds de M""^ Lahure est un
compagnon du capitaine Lenfant dans cette importante explo-
ration, aux fonds de laquelle la fondation Benoît Garnier a
concouru.
M. CoLLiGNON, au nom de AL Xaville, correspondant de l'Institut,
donne lecture d'une note sur le fronton oriental du temple de
Zeus à Oljmpie L
MM. Heuzey et PoTTiER présentent à ce sujet quelques obser-
vations.
M. HoMOLLE entrelient l'Académie des fouilles de Délos et
donne lecture, à ce sujet, des extraits suivants de deux lettres
qu'il a reçues de AL Diirrbach , membre de l'École française
d'Athènes :
Myconos, dimanche 26 juillet 1903.
La semaine épigraphiqiie a été un peu meilleure. Un des premiers
coups de pioche, à l'angle Nord-Ouest du sanctuaire, a mis à jour,
dans un mur, un assez gros fragment de compte, — une cinquantaine
de lignes, — datant, je crois, du milieu du iii^ siècle. En outre,
d'autres petits fragments se sont trouvés dans les mêmes parages,
que nous allons continuera explorer.
Sur la terrasse au Sud-Est du temple, non loin de la base de
f'.^iKapTÎôr,;, on a rencontré un énorme trou dans le rocher, et on
s'est aperçu à le déblayer qu'il était rempli de morceaux de marbre,
1. Voir ci-après.
1903. 24
348 SÉANCE DU 7 AOUT 1903
colonnes, pièces d'architecture, etc. On en a retiré un certain nombre
de fragments (rinscriptions, morceaux de comptes, décrets de proxénie
assez maltraités, un décret en l'honneur de P. Cornélius Scipion, — un
autre, fort rongé aussi, en faveur d'un musicien-poète, — une dédi-
cace archaïque, un disliipie gravé sur le pourtour d'un chapiteau
votif ('ApT£jj.[Oo; xoo' 'à^aÀri.' [àvÉOs/.cV AEME. POM— ajTcT — ajTo; xal
r.7.Xoi; î-jyjx'j-v/ot fJîy.oL-h]. Tout cela n'est pas encore merveilleux; mais
c'est au moins l'indication que Délos n'est pas épuisée, et j'espère
que nous trouverons encore.
Les diirérents chnnliers continuent dans les directions (jue nous
avons signalées et, sur certains points, la fouille prend déjà tournure.
Ma maison est aujourd'hui complètement débhiyée; je l'aurais crue
plus riche; nous n'avons trouvé en [)lace ni slucs de belle qualité ni
mosaïque intéressante; elle n'aura sa valeur que dans l'ensemijli' (pie
je fais ncïttoyer. Le déblaiement de ce côté est très long, bien (pie
deux équipes y travaillent; ramoncellemcnt des terres et des pierres
est énorme. De ce côté, c'est-à-dire sur le front Est du Tétragone, je
crois (ju'il faut renoncer à trouver les restes de quelque édilice public;
je ne \ois [nnloul (pie des murs de maisons p;irticulières, et j'ai
1 impression (pie du coté Sud les iiiais(His eominenceiil aussi tout de
suite, de sorte que je ne verrais pas pour le moment (.l'iiilérèl à
diriger de ce c(jté les recherches
Délos, mardi 28 judlel 1903.
L'objet de ce mot, que Soliri va emporter tout à l'heure, est de
vous faire savoir que le trou dont je vous ai [)arlé avant-hier — devant
le temple — continue à fournir d'une manière inespérée marbres et
inscriptions. Il a fallu établir une chèvre pour extraire les marbres ;
car ce puits, taillé à pic dans le rocher, a un diamètre de o à 6 mètres,
et on est à une profondeur de 3 à 4 mètres. Quatre ouvriers se
meuvent avec peine au fond dans l'eau et la boue. Nous en avons
retiré déjà une douzaine de textes; il y en aura d'autres selon toute
apparence. Parmi les inscriptions trouvées depuis dimanche, il y a
un très long fragment d'inventaire athénien, 90 lignes environ :
marbre et écriture identi(jues à la grande plaque de Callislratos que
j'ai copiée l'an dernier à Myconos, — une série de trois dodécades
avec les trois noms d'archontes, conduites par le prêtre à vie et
épimélète C. Musonius Rufus (cette série doit être antérieure à celle
qu'a pu!)iiée (^olin et à ma projire liste de l'an dernier; je la croirais
du 1"'' siècle de notre ère), — deux débuts de déciets (jui s arrêtent
malheureusement trop tôt :
SÉANCE DU 7 AOUT 1903 349
1" "ESoÇîv T^i [ÎO'jXrji xatxôji SrJpLco'.. "Aji-voç TXrjai[JLévou
£'.;;£'/ ÈtïîiÔt) EuTuyo? <I»tXo)TOJ Xto? otxîov sv
[i\T)']Xoji xal 3'jv£pya!^du.ivo; àrro to'j Btzat'ou [toiji;
AAXI'N TzXc'o'JCTlV k'vT£ TOÏÇ ïfJLTUpOaOcV
["y(_povot; ôicj téXïi to'j; t£ Ôsoù; a£6o'[i.£vo; >'-a[îJ
upoji xat ArjXio'j; xaî vuv Sià tv)'/
[XfDV
2" Début intact; à gnuche, il manque deux ou trois lettres :
. , .owpo; OcOsâvrov tlr.v/' iiT'oOrj Mvr,'-
[axJXxo; TEÀEaapytôo'j ArjÀioç TZOo'Çvn-
[a; aùjxwt 'jr:<xpy oJiriZ [j.z-x tojv A-
[TirxjaTp'.x.r,; -oAÀà; xa! [J-^'[i-
[Xàç] yp£Î[a;] ;:ap£ayr|7at T(JJi or[|j.ojL
r X7]; aTzaviiixiat. aîxoyxa-
A l'aou; a)Cp£cX£v rj 7:0X1;
ÈjyupaTavxaç à-£7-
[x£iX£v j--oXXâxi; -f^'. -J-
[Xct ] E'.a: xa! xo-Jxo
à-oûoOvai
eJÎç Arp.ov
£VOX
M. PoTTiER lit une note de M. Degrand, consul de France à
Philippopolis, sur une sculpture rupestre des environs de
Schumla. Elle représente un cavalier, suivi d'un chien, com-
battant une bête fauve. Elle est accompagnée d'une assez longue
inscription que l'on n"a pas encore pu déchilTrer, car le relief se
trouve à environ 30 centimètres de hauteur sur une falaise à pic.
M. Pottier exprime le vœu que M. Degrand puisse utiliser une
partie des fonds qui lui ont été alloués sur le legs Piot pour
prendre un moulage du bas-relief et de l'inscription.
M. Salomon Reinach présente à l'Académie une note de
M. Emile Bourguet, maître de conférences à la Faculté des lettres
de Montpellier, sur le système métrologique de Pheidon d'Argos.
Il résulte d'une inscription de Delphes que, dans ce système, le
médimne contenait 45 1. 46. La table à mesures trouvée à Gytheion
est conforme à ce système et prouve en outre que Pheidon avait
350
FRONTON DU TEMPLE DE ZEUS A OLYMPIË
adopté une seule échelle pour les mesures des solides et des
liquides.
M. Glermont-Ganneali fait une nouvelle communication sur les
sépulcres à fresques de Guigariche et le culte de Mithra en
Afrique. '
Il croit devoir renouveler le vœu qu'on ne laisse pas partir
un missionnaire sans lui donner les moyens de profiter des
bonnes occasions qui peuvent s'offrir à lui d'acquérir des objets
intéressants. Il fait observer qu'il a lui-même éprouvé l'in-
convénient de l'état de choses actuel lors de ses voyages en
Cyrénaïque, en Crète et en Tripolitaine (1895). C'est ainsi qu'il
a dû renoncer à acquérir pour des prix très modiques :
1'^ En Cyrénaïque, de grandes amphores panathénaïques avec
des noms darchontes inédits, utilisables pour la chronologie;
2*^ En Crète, la première tablette de terre cuite portant des
caractères, connue antérieurement aux découvertes de M. Evans ;
3*^ En Tripolitaine, un beau bas-relief en marbre de Leptis
Magna, acquis plus tard pour 501) francs par un touriste anglais.
COMMUNICATIONS
A PHOPOS DU FRONTON ORIENTAL DU TEMPLE DE ZEUS A OLVMPIE.
UNE IIVPOTIIÈSE,
PAK M. NAVILLi:, COURESPONDANT DE L INSTITUT
L'interprétation de la scène qui orne le fronton oriental
du temple de Zeus à Olympie n'a pas encore été donnée
dune manière satisfaisante. Ce ne sont pas les essais ({ui
ont manqué. On peut s'en rendre compte à la lecture de
J . Ynir ci-aprrs.
FRONTON DU TEMPLE DE ZEUS A OLYMPIE 331
l'intéressant travail de M. Wernicke^, qui passe en revue
toutes les reconstitutions faites depuis la découverte des
sculptures, et qui en propose une nouvelle. Les unes comme
les autres conduisent à des résultats dont aucun n'est défi-
nitif. Qu'on place les figures comme l'on veut, qu'on mette
Pélops à la droite du dieu ou à sa gauche, que tel person-
nage secondaire soit devant les chevaux ou tel autre, l'en-
semble fait un contraste frappant non seulement avec le
fronton occidental, mais avec la plupart des frontons qui
nous ont été conservés.
Ces sculptures représentent en général un moment très
court de l'événement qu'elles rappellent. Ce n'est pas tout
à fait ce que nous appellerions une photographie instanta-
née, mais c'est quelque chose qui s'en rapproche beaucoup.
Voyez le fronton occidental d'Olympie ; c'est un épisode
pris sur le fait de la lutte héroïque entre les Centaures et les
Lapithes. Un Centaure vient de saisir Déidamie , Pirithoûs
se précipite à son secours, et immédiatement le dieu, qui
est peut-être considéré comme invisible, intervient pour
délivrer ses protégés. Tout cela n'a aucune durée. La pose
de Déidamie, elle l'a eue quelques secondes à peine, et le
geste du Centaure n'a pas duré plus longtemps. De même
dans les frontons du Parthénon, comme dans celui de l'Ouest
par exemple, nous voyons, pour employer les mots de
M. Collignon, « Athéna le corps rejeté sur la gauche par
un mouvement violent, Poséidon par un mouvement inverse
se reculant vivement vers la droite. » Ici encore, le sculpteur
avait choisi un moment de l'action extrêmement court.
Rien de semblable dans le fronton oriental d'Olympie.
Pausanias nous dit qu'il représente les préparatifs de la
course en chars d'Oinomaos et de Pélops : to èp^ov tou
opé[j.o'j T.ctpoi ày.çoTspwv èv Trapaay.suyj. Mais n'y a-t-il que cela?
Pausanias a-t-il saisi l'idée qui a inspiré l'artiste? A-t-il
1. Jahrbuch des k. Deutschen Inst., vol. XII, p. 165.
352 FRONTON DU TK.MPLE DE ZRUS A OLYMPIE
fait quelque effort pour la saisir? Ou plutôt ne s'est-il pas
borné à nous répéter ce qu'on disait de son temps à Olympie,
où peut-être la tradition relative au sens de ces sculptures
s'était perdue? Car à considérer ce fronton, tel qu'il est
reconstitué au musée d'Olvmpie, on est frappé d'emblée du
manque d'intérêt de la composition. Les personnages se
présentent comme les figurants d'un cirque qui viennent
saluer les spectateurs avant de commencer leurs exercices,
et qui attendent les applaudissements. Aucun mouvement
quelconque, et surtout aucun élément dramatique qui
anime cette scène dont la froideur paraît choquante dans
vin monument comme celui-là.
On s'attendrait à ce qu'à l'entrée du temple de Zeus ,
d'un édifice aussi fameux , qui devait contenir la statue de
Phidias, on eût placé une scène attirant les regards, et sur-
tout évo(juant chez les spectateurs un sentiment de .sympa-
thie pour l'un ou l'autre des héros, une curiosité anxieuse
sur l'issue de la redoutable partie qui va se jouer. Mais si
l'on se contente de l'interprétation reçue, qui est celle de
Pausanias, il n'y a là rien qui fasse éprouver au spectateur
autre cho.se qu'une admiration calme de la technique et du
style des figures. On se demande quelle a été l'idée de
l'artiste, et même s'il en avait une, ou s'il a voulu simple-
ment nous montrer une galerie de personnages de l'époque
de Pélops et d'Oinomaos.
Voici deux héros qui s'apprêtent à monter sur leurs chars.
Lequel sera le vainqueur? Rien ne nous le fait prévoir ; et
pourtant, puisque Pélops doit devenir le héros d'Olympie,
il serait naturel que quelque chose, ne fût-ce qu'un geste,
indiquât que son triomphe est assuré. Ce geste, Zeus ne le
fait pas; il tourne la tête du côté de Pélops, mais il reste
impassible, ot l'on ne saurait dire (juel rôle joue dans ces
préparatifs le grand dieu, la divinité du temple et de la
localité, qui assiste en simple spectateur ; tandis que, comme
Athéna au Parthénon, il devrait être la personne centrale,
FRONTON DU TEMPLE DE ZEtS A OLYMPIE 353
à laquelle toute la scène se rattache, et de la A-olonté de
laquelle dépend la manière dont l'événement se déroule.
Ces diverses considérations, les lacunes si manifestes que
révèle l'interprétation dont on s'est contenté jusqu'à pré-
sent, m'ont conduit, à la suite de deux visites à Olympie, à
rechercher s'il n'y avait pas une autre explication qui pût
introduire dans la scène l'élément dramatique qui a l'air de
faire complètement défaut. Il n'y a là, je ne puis assez le
répéter, qu'une hypothèse, à l'appui de laquelle je ne saurais
apporter aucun argument tiré de la tradition, et dont je ne
puis en somme plaider que la vraisemblance.
Les figures qui ont été le point de départ de l'hypothèse,
c'est le groupe de droite composé du vieillard assis à terre
et s'appuyant sur sa main gauche, tandis qu'il se prend la
barbe de la main droite; derrière lui, un jeune homme qui
joue avec son pied ; puis dans l'angle, celui qu'on a appelé
le Kladeos et M. Furtwàngler un spectateur, et qui paraît
prêter une attention intense à ce qui se passe. Il s'avance
autant qu'il peut et tend l'oreille ; évidemment, ce qu'on dit
ou ce qu'on va faire le préoccupe vivement.
Le vieillard est affaibli par l'âge. 11 a besoin de son bras
gauche pour se maintenir à moitié soulevé ; le geste qu'il fait
en se prenant la barbe de la main droite, c'est un geste de
douleur, ou même de désespoir, quelque chose comme ce
que fait Priam lorsque, n'aj'ant pu obtenir d'Hector qu'il
renonce à combattre Achille, il saisit de ses deux mains ses
cheveux blancs pour se les arracher. Si nous voulons nous
rendre compte des sentiments qui animent les divers per-
sonnages, c'est au geste qu'il faut regarder bien plus qu'à
l'expression du visage. Celle-ci est presque nulle, ou fort
peu marquée. A voir dans le fronton occidental la tête de
Déidamie ou celle de Pirithoûs, on ne se douterait pas que
l'épouse est attaquée de la manière la plus brutale par un
Centaure, et que l'époux est dans le fort de la mêlée et frappe
de grands coups pour délivrer Déidamie. De même, la physio-
354 FRONTON DU TEMPLE DE ZEUS A OLVMPIE
nomie du vieillard ne nous indique pas toute la profondeur
de son chagrin : il faut le geste, si caractéristique, pour le
faire ressortir clairement à nos yeux.
Mais qui peut être ce vieillard si douloureusement affecté
par les préparatifs de la course? C'est ici que je me permets
de hasarder une conjecture, que je tire par analogie de la
tragédie d'Œdipe Uoi. Je crois que c'est un Tirésias, un
devin, qui était peut-être connu dans la tradition locale de
1 Klide. Il est venu dire à Oinomaos que Zeus lui défend de
faire cette course, et que s'il contrevient à cet ordre, s'il
s'obstine à provoquer Pélops , il marche à une catastrophe
inévitable. On connait la scène où le prophète aveugle de
Thèbes révèle à OEdipe que c'est lui qui est le criminel, qui
a attiré sur sa ville la colère des dieux. Le roi s'emporte
contre le devin, et ne veut rien entendre; et Tirésias s'éloigne
en déclarant à OEdipe que l'accomplissement de ses paroles
n'est que trop certain. Ici nous ne connaissons pas de devin
ou de prophète ; du moins la légende n'en a pas conservé le
souvenir. Nous savons seulement par ApoUodore qu'il y
avait eu un oracle d'après lequel Oinomaos devait périr de
la main de son gendre. Maintes fois il crut faire mentir la
prophétie en provoquant les prétendants à une course de
chars dans laquelle il les tuait traîtreusement. Mais en dépit
de tous les eftorts d'Oinomaos l'oracle devait s'accomplir.
Et lorsque les deux héros s'apprêtent à se lancer dans cette
course qui doit être fatale à Oinomaos , le moment que
Pausanias appelle les préparatifs, ■zxpx^v.vjr,, ne prend-il pas
un autre caractère, si l'on sait que le roi a reyu un avertis-
sement solennel , et qu'il n'a pas voulu en tenir compte?
Faites du vieillard un devin, un prophète, ce qui paraît
tout h fait en harmonie avec l'apparence que le sculpteur lui
u donnée, et vous introduisez dans la représentation l'élé-
ment dramatique (ju On y chercherait vainement sans cela.
Comme Tirésias, le vieillard faible et chancelant a été
amené par un jeune homme qui est assis derrière lui, et qui
FRONTON DU TEMPLE DE ZEUS A OLYMPIE 3S3
ne s'inquiète nullement de ce qui se passe. Il est tout
occupé de son pied, où il s'est peut-être blessé en marchant.
Le vieillard a annoncé à Oinomaos que l'oracle ou la
volonté de Zeus s'oppose à ce qu'il essaie de lutter avec
Pélops, et que la désobéissance ne peut que lui être fatale.
Mais Oinomaos n'a pas plus de respect pour les avertis-
sements du devin, qu'OEdipe pour les révélations de Tirésias.
Et c'est le moment où Oinomaos, bravant volontairement la
défense du dieu, va monter sur son char, et où le vieillard,
atterré des conséquences qu'il n'entrevoit que trop claire-
ment, fait un geste de désespoir; c'est ce moment, de très
courte durée, que l'artiste a choisi pour le fixer par la
sculpture. On conviendra que cette interprétation donne à la
scène un intérêt dramatique qu'elle n'avait pas auparavant.
Il ne s'ag-it plus de figurants qui se présentent simplement
au spectateur, mais de deux héros qui vont se lancer dans
une joute tragique. Quand chacun monte sur son char, on
sait que l'un d'eux, aveug-lé par sa présomption, va payer de
la vie son mépris pour les ordres de Zeus. Le devin qui est
là, et sur la figure duquel se peint la consternation la plus
profonde, a parlé en vain : le roi est resté sourd à sa voix.
Il me semble aussi que celte interprétation donne vme
certaine vie à la fig-ure de Zeus, et explique jusqu'à un cer-
tain point sa présence; quand même, je ne puis m'empêcher
de croire qu'il est supposé invisible. Zeus est ici le pouvoir
suprême dont les ordres ont été exprimés par la bouche du
devin. D'un côté, son protég-é Pélops; de l'autre, Oinomaos
en révolte contre la volonté du dieu. Le passant arrivant
devant le temple, et levant les yeux vers le fronton, voyait
ici le favori du dieu, le futur héros d'Olympie vers lequel
le dieu tournait la tête, et là le rebelle averti courant aveu-
g-lément à sa perte ; et il pouvait en tirer un enseig-nement
sur le danger qu'il y avait à violer les commandements du
grand dieu du temple : « Discite justitiam moniti et non
temnere divos ».
356 FRONTON DL" TFCMPLE DE ZKLS A Ol.VMl'll-:
Comme pour OE lipe Roi, une œuvre littéraire avait-elle
conservé le souvenir dune scène de ce ^enre ? Nous savons
que Sophocle avait composé une tragédie d'Oinomaos. Y
avait-il introduit un Tirésias? Nous Tig-norons absolument,
et nous n'avons aucune raison de le supposer, pas plus que
le contraire. Le point de vue qui vient d'être développé est,
ainsi que je le disais au début, une hypothèse que je livre à
l'appréciation des archéologues. Ce qui me paraît la légiti-
mer, c'est qu'elle fait voir ce fronton sous un jour plus favo-
rable. Elle suppose chez l'artiste un plan, une idée, l'inten-
tion de représenter le moment solennel qui va décider
l'action, l'instant oîi Oinomaos prend cette résolution fatale
dont les conséquences sont irrévocables. Ces conséquences
sont en même temps un enseignement à l'adresse de ceux
qui bravent volontairement les commandements de Zeus.
Enfin, cela met de l'unité dans cette scène, où l'on ne voyait
que des personnages rangés côte à côte, sans rien qui les
rattachât les uns aux autres. Sans doute il n'est pas possible
d'apporter de preuves positives à l'appui de cette interpré-
tation. Néanmoins, devant une œuvre comme ce fronton, ce
que nous avons à rechercher en premier lieu, c'est où l'artiste
a puisé son inspiration. Et si, ne le découvrant pas à première
vue, nous nous contentons trop facilement de l'explication
de Pausanias. j'estime que nous faisons tort à l'artiste, car
nous lui refusons toute inspiration, et nous constatons qu'il
a choisi le plus fameux temple de la Grèce pour y étaler la
faiblesse de sa conception artistique.
337
LES SÉPULCRES A FRESQUES DE GUIGARICHE
ET LE CULTE DE MITHRA EX AFRIQUE,
PAR M. CLERMONT-GANNEAU, MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
Les deux tombeaux antiques décorés de fresques et d'ins-
criptions peintes, dont j'ai parlé plus haut (pp. 79 et 116)
ont été découverts au lieu dit Guig-ariche. à 7 kil. à l'ouest
de Tripoli de Barbarie, à oOO mètres environ de la mer, au
1. Guigariche. — Sépulcre A.
bord de la route qui se dirige vers la frontière tunisienne.
Ils consistent en deux chambres contig^uës creusées dans le
roc tendre, dans lesquelles on descend par un escalier de
7 marches ; l'une est à ciel ouvert, l'autre plafonnée par le
358 LES SÉPULCRES A FRESQUES DE GUIGARICHE
roc. Chacune d'elle contient une niche carrée , recouvrant
une cuve funéraire avec son couvercle plat encore scellé.
Les deux niches, ainsi que leurs couvercles et les parties
adjacentes de la paroi, sont revêtues d'un enduit stuqué sur
lequel ont été exécutées les décorations peintes k fresque,
d'une grande richesse de couleurs.
Sépulcre A. — Les peintures ont beaucoup souffert. Au
fond de la niche : au milieu d'arbres et darbustes, un
homme étendu (la tête est détruite) , accoudé sur le bras
gauche, vêtu d'une riche tunique. Ce doit être le portrait
du défunt. Sur les parois latérales, deux génies (nus) éten-
dus, et portant les mains à leur tête en signe d'aiïliction.
Sur la paroi de la cuve, une scène en grande partie détruite ;
on n'y distingue plus qu'un personnage vêtu d'une tunique
longue, debout, de face, et étendant les bras. Au-dessus de
la niche, dans un cartouche rectangulaire accosté de deux
paons, en caractères peints en ]>lanc sur fond rouge clair :
A E L I V S M A / // V S I V R A T A N I
BIXIT ANNVS//////////////////-
P L V S M !/////////////////•
Aelius Mag[nus] lurntani (filius), [v)ixif. ann[o)s ,
plus mi[nus].
Sur le couvercle, un lion bondissant à gauche, la partie
antérieure détruite ; au-dessus :
/////ILEOIACET, [qu]i Icojacct.
La restitution se justifie par la teneur de l'épigraphe de
l'autre sépulcre qui fait le pendant de celle-ci.
Sépulcre B. — Beaucoup mieux conservé et d'une exé-
cution supérieure sous le rappm t du dessin, de la couleur et
de la richesse de la décoration. Au l'oiul de la niche : dans
1
I
f
LES SEPULCRES A FRESQLES DE GUIGARICHE
359
360 LES SÉPULCRES A FRESQUES DE (iUIGARlCHE
un grand médaillon circulaire encadré dans une couronne
jaune, enrichie de pierreries, buste de femme vue de face,
tenant de la main gauche un rouleau de papyrus ou parche-
min, la droite appliquée sur la poitrine; à Tannulaire gauche,
bague ornée d'une gemme bleue (saphir?); coiffure en
forme de serre-tête volumineux, grande écharpe blanche
faisant guimpe , robe bleu clair. Le médaillon est soutenu
à droite et à gauche par deux jeunes femmes vêtues de
longues robes, Tune rouge foncé avec bande verte, l'autre
verte avec bande rouge ; dans le champ sont semées des
roses rouges à tiges , peut-être une allusion à la fête funé-
raire des rosalia ? Faces latérales de la niche : deux génies
ou personnages allégoriques, nus, étendus, éplorés, sur une
draperie rouge, appuyés sur un faisceau (?). Sur le plafond
de la niche, un paon faisant la roue. Au-dessous, sur
la paroi de la cuve, scène du cirque : course de quatre
chars quadriges, dont un culbuté par suite d'un accident,
entre les deux metse en forme de massif à trois cônes aigus.
Les cochers portent des toques et casaques de couleurs
variées indiquant les écuries auxquelles ils appartiennent.
Sur la paroi , à droite et à gauche de la niche , deux per-
sonnages debout , de face , imberbes , vêtus de tuniques
courtes richement brodées, tenant chacun un chandelier bas
à bobèche conique évasée, d'où sort un long cierge allumé.
Sur la paroi, au-dessus de la niche, dans une couronne
jaune, ornée de gemmes bleues et soutenue par deux génies
nus et ailés (ailes bleues, draperies rouges flottantes), une
palme à la main, inscription peinte en blanc sur fond rouge :
D-M-S-
AELT AARISVTH
VIXITANNVS
SEXAGINTA
PLVSMINVS
D[iis) M^Htiibus) (s)acruni. AeL[i)a Arisutli, vixit ann[o)s
scxaginla^ [Ans ininu.s.
LES SÉPULCRES A FRESQUES DE GUIGARICHE
361
Sur le couvercle de la cuve : une lionne (caractérisée par
l'absence de crinière), bondissant à gauche; sur le corps
même de l'animal, en caractères rouge foncé :
QVAELEAIACET, quas lea Jacet.
3. Guigariche. — Sépulcre B.
Le principal intérêt de ce monument, remarquable à tous
ég-ards, c'est, comme je l'ai indiqué, qu'il jette une lumière
inattendue sur un des points les plus obscurs et les plus
controversés du culte de Mithra : ralïiliation des femmes à
ce culte. Le mari et la femme, ensevelis cote à côte dans
ces riches sépulcres , avaient respectivement les grades de
Lion et de Z/fo/i/ie correspondant au quatrième degré de l'ini-
tiation ; par conséquent, ils appartenaient à la catégorie des
[xe-i/cv-s; « participants » (à la communion sous les trois
espèces, pain, eau et vin), catégorie supérieure à celle des
simples iJ-Y)p£-oDv-£ç « servants ». Le grade de Lion apparaît
souvent dans les inscriptions; celui de Lio/i/ie était jusqu'ici
sans exemple. Cette découverte vérifie le dire de Porphyre
362 LES SÉPULCRES A FRESQUES DE GUIGARICHE
(f/e Ahst. IV, 16) qui, h côté des Lions mithria({ues, men-
tionne les femmes Oa(vac « Hyènes » ; elle justifie, en outre, la
correction Asa-^vx; « Lionnes », qu'on avait proposée depuis
longtemps d'introduire dans ce passage. Elle rend très pro-
bable l'opinion qui, malgré certaines objections', voulait
reconnaître des adeptes mithriaques dans les XéovTsç et les
àcTc'c [Aigles, degré mithriaque supérieur) dans diverses
inscriptions grecques d'Asie Mineure-. On remarquera que,
dans le mausolée d'où proviennent ces dernières inscrip-
tions, le couvercle d'un des sarcopliages est surmonté d'un
grand lion couché, qui rappelle tout à fait celui des cou-
vercles de nos cuves funéraires de Tripolitaine. Il est à
supposer que les deux personnages tenant à la main des
cierges allumés sont dans un rapport étroit avec les céré-
monies des mystères de Mithra. Je reviendrai ailleurs sur
cette question fort importante de l'introduction des mystères
mithriaques en Afrique, où, jus([u"ici, on n'en avait constaté
l'existence que dans de rares inscriptions d'origine étran-
gère (à Lambèse et dans les garnisons des défilés de l'Aurès
et de la lisière du Sahara , épitaphes de divers ofFiciers et
centurions).
Je me bornerai aujourd'hui à appeler l'attention sur les
noms de nos défunts, noms ([ui les caractérisent nettement
comme Africains pur sang. Aelius Maxinms est fils de Iiirn-
tanus ; ce patronymique (jui rajipelle le nom néopuni(|ue
imy"» (néopunique n" 2o) ou lyriv [id. n" ")i\ répond, en
tout cas, exactement à celui de "J-ZnyiV, transcrit lunilhe
(génitif) dans l'inscription bilingue d'El-Amrouni'* (confins
de la Tripolitaine et de la Tunisie). Le nom de lurn/.iniis
1. Cumnnt, Textes el monuments (ujurès <lii cnlli' île Millini. II. p. 172.
2. StcrrcU, The Wolfe ej-peililion. iv • l.'j.'Ul.) 1, iv 2t).
3. (jlerm<ml-(îaiii)ciiii, A'//;(/('.s (l'iirchèolixjie orientale, l. 1, p. lôij et sui\-.
On sait que la nasalisation finale dans les noms propres néo-puniques est
très insla])le, et disparaît souvent dan»; les lianscriptions latines : Iiirntx =
Itir;itlue, est pour liiralliani. On renianjuera, en outre, (pie le défunt porte,
comme le nôtre, le nom de Muximiis, transcrit N'Zw'ZV*^.
LIVRES OFFERTS 363
est vraisemblablement libvco-nuniide. Celui de la femme,
Arisiith, au contraire, est purement sémitique; c'est la
transcription du nom de femme nU7nx , très fréquent dans
l'onomastique punique, étroitement apparenté à l'hébreu
rtt''"'s\*, desiderium, et apparemment abrégé du nom féminin,
non moins fréquent : ^VznuJlN' , desideriiim Baali. La façon
dont est rendue ici la vocalisation de la finale, uth et non eth
ou ath^ est très intéressante pour la philologie; elle semble
plutôt correspondre à la terminaison m , des substantifs
féminins abstraits, qu'à la terminaison ni du pluriel féminin.
Je reviendrai ailleurs sur ce point. Je ferai seulement remar-
quer, pour l'instant, que le nom est transcrit pour ainsi dire
à nu, sans l'addition d'une désinence latine. C'est un fait
qui se produit surtout dans la transcription des noms
propres féminins; comparer Bijrycth et Sadith, dans des
inscriptions de Leptis Magna '.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau de l'Académie :
i" VAnnuaire général de V Indo-Chine pour 1903 (Hanoï, 1903,
in-8o);
2" Bibliothèque de l'École des Chartes. Table des lonies XLl-LX
{1880-1899), par M. Dieudonné (Paris, 1903, în-8°).
1. Cf. supra, p. 340 et 345.
1903. 25
SÉANCE DU 14 AOUT
M. Clermont-Ganneau reprend Fétude d'un papyrus araméen
découvert récemment en Egypte et publié par M. J. Euling dans
la 2" partie, P" série du t. XI des Mémoires présentés pur divers
sav/iJ}fs à VAcHclémie des inscriptions et helles-lettres. W fait
d'abord ressortir, en quelques mots, l'importance historique de
ce document qui est daté en toutes lettres de Tan XI \' du roi
Darius et mentionne un salrape d'Egypte nommé Arsamès;
ainsi se trouve confirmée d'une façon inespérée, comme l'a
reconnu du reste M. Euting, l'opinion de M. Clermont-Ganneau
qui, conlrairemenl à celle reçue jusqu'alors, avait proposé
autrefois de classer à l'époque perse et non pas ptolémaïque les
divers monuments aramécns trouvés en Egypte. M. Clermont-
Ganneau rectifie ensuite, sur une série de points très importants,
les lectures et la traduction de M. Euting. 11 montre qui! s'agit,
en réalité, d'une requête adressée au satrape gouverneur d'l*]gypte,
pour dénoncer les agissements criminels des prêtres égyptiens
du Serapéum ([ui, après avoir gagné à prix d'argent le sous-
gouveraeur de l'endroit, avaient profité de travaux de réparations
exécutés à la forteresse d'Eléphantine, dans la Ilaute-Egypte,
pour boucher un puits servant aux besoins de la garnison de
cette place-frontière. Il est probable que ce puits n'est autre que
celui du fameux nilomètre qu'on voit encore aujourd'hui dans
l'Ile d'Eléphantine, laquelle est désignée dans le document
araméen sous son nom égyptien de Yèh ou Yèhou. Les pétition-
naires, après ii\oii- rajipeli' (|u"ils ont toujours été de fidèles
sujets du grand roi, invitent le satrape à faire ouvrir, par l'in-
termédiaire des autorités perses de la région , une entpiète qui
démontrera, disent-ils, le bien-fondé de l'accusation articulée par
eux.
SÉANCE DU 21 AOUT
M. le Ministre de Tinslruction publique et des beaux-arts
transmet à rAcadémie les mémoires de MM. Jardé, Bizard et
Xoual, membres de TEcole française d'Athènes,
Renvoi à la Commission des Ecoles françaises d'Athènes et de
Rome.
Dans une autre lettre, M. le Ministre fait connaître à l'Acadé-
mie que M. le Directeur de l'Ecole française d'Athènes lui a
exprimé le désir de voir accorder une troisième année de séjour
à ladite Ecole à MM. Jardé et Lefebvre et une deuxième année
à M. Bizard.
Renvoi à la même Commission.
M. Finot , directeur de l'Ecole française d'Extrême-Orient,
écrit au Secrétaire perpétuel pour lui faire connaître à quelles
dates expire le terme de séjour des trois pensionnaires actuels de
l'École : M. Parmentier, le 6 octobre 1903; M. Maître, le 31 dé-
cembre 1903; M. Huber, le 31 décembre 1903. MM. Parmentier
et Maître sollicitent une prolongation. Quant à M. Huber, son
temps d'études paraît suffisant, et la bourse, dont il est titulaire,
peut être considérée comme disponible à partir du l*^"" janvier
prochain.
Renvoi à la Commission de l'Ecole française d'Extrême-
Orient.
M. Degrand, consul de France à Philippopolis, à qui l'Acadé-
mie a accordé, sur les fonds Piot, une subvention pour achever
ses fouilles dans le tumulus de Costievo , adresse à l'Académie
une note sur une récente trouvaille faite dans sa circonscription :
le trésor de Izguerli.
Renvoi à la Commission Piot.
366 LIVRES OFFERTS
M. L, Delisle lit une note relative à un manuscrit de saint
Augustin sur papyrus, dont une partie est à Genève, l'autre à
Paris. Un feuillet autrefois signalé par M. de Murait, qui n'avait
pu l'identifier, vient d'être reconnu à la Bibliothèque impériale
de Saint-Pétersbourg par M. Ludwig Traube, correspondant de g
l'Académie à Munich. M. Delisle rappelle les vicissitudes éprou-
vées parles manuscrits de la Bibliothèque de Saint-Germain-des-
Prés, dont faisait partie le manuscrit en question.
M. Bouché-Leclercq , qui achève en ce moment l'impression
du premier volume d'une Histoire des Lagides, communique à
l'Académie une note relative à l'un des nombreux problèmes
historiques agités dans le second volume. Il s'agit de déterminer
la personnalité de deux Ptolémées dont les noms spécifiques,
inconnus des historiens anciens, figurent sur les listes du culte
dynastique , Ptolémée Eupator et Ptolémée Néos Philopator. La
conclusion de cette étude est que Ptolémée Eupator était un fils
de Ptolémée \l Philométor, et Néos Philopator, le fils de
Ptolémée Evergète II que les historiens appellent Memphitès.
En ce qui concerne les numéros d'ordre, M. Bouché-Leclei'cq
estime qu'il vaudrait mieux suivre la tradition antique en laissant
hors cadre ces princes qui n'ont pas régné ; mais l'usage de les
intercaler dans la série des rois ayant prévalu , il se rallie au
système qui attribue le numéro VII à Eupator et le numéro IX
à Néos Philopator.
LIVRES OFFERTS
M. L. Delisle dépose sur le bureau de l'Académie un mémoire
intitulé : Deux lettres de Nicolas Le Fèvre au Père Sirmond [1396-
1599), suivies d'une note autographe de S. A. R. le duc d'Aumale sur
son exemplaire des opuscules de N. Le Fèvre (Nogent-le-Rotrou,
1903, in-S"). M. Delisle a dédié cette publication à M. Gaston Boissier,
SÉANCE DU 28 AOUT 1903 367
secrétaire perpétuel de l'Académie Française, membre de l'Académie
des inscriptions et belles-lettres, à l'occasion de son 80"= anniversaire
(15 août 1903).
M, Héron de Villefosse offre à l'Académie au nom de l'auteur,
M. le docteur Carton, médecin militaire, président de la Société
archéologique de Sousse, un travail intitulé : L'hypogée du labyrinthe
de la nécropole d'Hadruniète (extr. de la Société archéologique de
Constantine, in-8°, 1903).
Au mois de septembre 1892, M. G. Doublet entretenait l'Académie
des inscriptions d'une célèbre mosaïque découverte à Hadrumète en
1860 et représentant Thésée, le Minotaure et le labyrinthe; il en
racontait la disparition, en publiait un dessin et en expliquait les
scènes (Comptes re/idus^ 1892, p. 318-329). M. le docteur Carton a pu
reconstituer, à l'aide de renseignements fournis par le capitaine
Hannezo,les principales dispositions de l'hypogée où cette mosaïque
avait servi de pavage; il donne d'intéressantes indications sur les
trouvailles faites autrefois à l'intérieur du monument funéraire; il
insiste particulièrement sur la forme extérieure du tombeau encore
apparent et qui lui paraît offrir un type jusqu'ici unique en Afrique.
M. Oppert dépose sur le bureau une note intitulée lahveh? qu'il a
publiée dans la Zeitschrift fur Assyriologie (Strasbourg, 1903, in-8°).
SÉANCE DU 28 AOUT
Le Président du Comité du monument Charles-François Dupuis,
ancien membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres,
invite la Compagnie à se faire représenter à l'inauguration de ce
monument, qui aura lieu le dimanche 27 septembre prochain, à
Échevannes (Côte-d'Or).
L'Académie, dont les membres sont en ce moment presque
tous absents de Paris, regrette de ne pouvoir se faire représenter
à cette cérémonie.
368 SÉANCE DU 28 AOUT 1903
Le Président annonce que l'Académie a accordé une prolonga-
tion d'une année de séjour à MM. Parmentier et Maître, pen-
sionnaires de l'École française d'Extrême-Orient.
M. Châtelain communique diverses notes écrites en tachygra-
phie latine dans le manuscrit de Tours n" 286, qui contient le
traité de saint Augustin sur la musique. Un feuillet laissé en
blanc par le copiste (fol. 115 v°) a été couvert de notes étymo-
logiques et historiques, entre autres sur les vêtements du grand-
prêtre des Hébreux. L'intérêt de ces notes consiste surtout dans
le rapprochement qu'on peut faire avec des gloses analogues,
déchilîrées jadis par Julien Havet dans un autre manuscrit de
Toui's dont il ne subsiste qu'un feuillet sauvé de la destruction
par M. Desnoyers et conservé aujourd'hui à la Bibliothèque
nationale (voy. Comptes rendus, 1886, p. 381 j. Ces diverses
gloses se complètent réciproquement, et avec l'une on peut arri-
vera lire plus facilement l'autre, dont les caractères sont presque
efîacés.
Dans le manuscrit de Tours n'^ 106, à propos de l'incendie de
la basilique de Tours allumé en 903 par les Normands, la lecture
rectifiée dune note tironienne permet de reconnaître un monas-
tère au lieu d'une place forte.
M. Sknakt lit un mémoire de M. Adhémar Leclôre, résident de
France au Cambodge, sur la charte de fondation d'un monastère
hindou du xvii" siècle '.
1. Voir ci-après.
369
COMMUNICATION
MÉMOIRE DE M. ADHÉMAR LECLÈRE,
RÉSIDENT DE FRANCE AU CAMBODGE,
SUR UNE CHARTE DE FONDATION d'uN MONASTÈRE BOUDDHIQUE
OÙ IL EST QUESTION
DU ROI DU FEU ET DU ROI DE l'eAU.
I. — L'histoire du Cambodg-e ancien et même moderne
nous otTre un grand nombre de problèmes dont la solution
n'est pas facile à donner. L'un d'eux est relatif aux deux
personnages que les Cambodg-iens désignent sous le nom de
sdach phlœung (( roi du Feu » et de sdach tuk « roi de l'Eau »,
et qui se désig-nent eux-mêmes sous le nom de patao ya et
de patao nhé, mots qui ont le même sens. Ces deux rois
sont les chefs, sans aucune autorité politique, d'une tribu
sauvage , les Jaray, établie au Nord du haut plateau situé
entre le Srê-Pok ou Boung-Krong- à l'Ouest, et la chaîne
annamitique à l'Est, entre les parallèles 13 et 14 et les lon-
gitudes lOo et 106. Cette région est traversée du Sud au
Nord par la route qui, partant de Kratié (au Cambodge),
passant par le ban Dou (ou Darlak) , remonte au Nord et
conduit à la mission catholique de Kantoum , au pays des
Bahmars.
Cette tribu sauvage, ainsi que les tribus dont l'habitat est
plus au Sud, les Rhadès, les Aray et les Raglay, parle la
langue chame qui, vous le savez, Messieurs, est un dialecte
d'origine malaise. Ces tribus n'ont aucune forme de gou-
vernement et pas même de chefs de villages reconnus et
proclamés ; elles n'ont pas de lois, mais seulement des cou-
tumes qui se ramènent à presque rien. Elles vivent dans
370 LES ROIS ur feu et de l'eau
un état de guerre perpétuel, non seulement avec les vil-
lages des races ou des peuplades voisines, mais entre
villages de même origine. Les habitants sont presque nus
puisque leur seul costume est une longue écliarpe , large
de cinquante centimètres à peine , qui , après avoir fait le
tour de la taille et passé entre les jambes, retombe dun
bout en petit tablier devant, et, de l'autre bout, le long de
la cuisse droite, après un nœud bouclé sur la hanche. Ils
croient aux sorciers, aux fétiches, aux sorts jetés, et c'est
toute leur foi. Ce sont donc de vrais sauvages. Or, d'où
vient qu'ils parlent le dialecte cham, c'est-à-dire une langue
qui fut celle d'un peuple de llndo-Chine qui a perdu sa
nationalité et qui n'existe plus qu'à l'état de pauvre tribu
refoulée opprimée par les Annamites, à l'extrémité sud du
pays qui fut leur royaume, un royaume puissant de civilisa-
tion et de foi hindoues? Ce n'est pas le moment de le
rechercher.
Un autre problème plus spécial aux Jaray se pose en ces
termes : « De})uis la plus haute antiquité , disent les Cam-
body^iens et les Jarav, nous avons des relations ensemble. »
Et les Jaray ajoutent : « Avec les Cambodgiens nous avons
combattu les ennemis du Nord, de l'Est, du Sud et de
l'Ouest. » Ce qui est certain, c'est que le roi du Cambodge
envoyait encore, il y a quarante ans, un tribut (?) au roi du
Feu et au roi de l'Eau, et que ceux-ci, en retour, lui adres-
saient un peu d'ivoire , une corne de rhinocéros et chacun
un pain de cire d'abeille portant l'empreinte de leur pouce
droit. C'était le reçu qu'ils donnaient du tribut et leur
signature. Nous connaissions ce fait depuis longtemps.
M. Moura l'avait signalé dans son lioi/aiime ihi Cambodge
et d'autres écrivains l'avaient relaté. Moi-même, j'avais fait
il Kratié — d'où partait en dernier lieu \e tribut et où
])aivenaient les ])ains de cire, — une enquête et recueilli
quehjues notes que j'ai publiées; mais aucun document otïi-
ciel n'avait encore été produit, et même on ne savait plus
LES ROIS DU FEU ET DE l'eAU 371
très exactement quels étaient les objets que le roi du Gam-
bodg-e envoyait et en quel équipage cet envoi avait lieu.
11. — Je viens de découvrir un intéressant document qui,
sans me révéler Torigine , la cause de ce tribut du roi du
Cambodf^e aux rois du Feu et de l'Eau, les pataos des Jaray,
démontre qu'il était déjà une redevance au commencement
du XVII'' siècle, en l'an 1601 de notre ère, et qu'il était déjà,
à cette époque, considéré comme très ancien. Ce document
est une véritable charte de fondation d'un monastère boud-
dhique, le véath (Vihara) de Sàmbok, un petit villag-e situé
sur la rive g-auche du Mékong et qui était encore une ville
importante au xvu*' siècle. Sàmbok, dans cette charte du
roi Saupor ou Sauriyopor, est dit porte du royaume [thvéa
nokor), et son gouverneur est chargé de transmettre, à la
capitale, les lettres et autres objets qui sont envoyés au roi
du Cambodge par les rois du Laos, et de transmettre au
sdach phlœung et au sdach tuk des Jaray les objets que le
roi leur envoie tous les trois ans.
Cette charte comprend donc deux parties : la partie rela-
tive à la charte de fondation du monastère, et la partie
relative au roi du Feu et de l'Eau.
La première partie sur laquelle je passerai rapidement,
parce qu'elle ne se rattache à la seconde que très incidem-
ment, comporte l'ordre royal donné à deux hauts fonction-
naires, — le Prah Maha Mataréach et TOkiiha Kamarâthi-
réach, — d'élever avec des matériaux royaux le Prah
Vihara, le Prah Çhî ou sainte statue, et le Prah Chetdey
ou saint cetiya , au srok Sàmbok , la « porte du saint
royaume »; puis l'ordre de conduire et d'affecter à ce
monastère, à titre de khnhôm ou esclaves, quarante familles
d'esclaves royaux qui sont dites « dans la détresse et venues
en grâce » [Komsat mok prôs), expression qui désig^ne certai-
nement des familles réduites en esclavage d'État à la suite
d'un crime ou d'une faute g-rave de leur chef. Les noms des
quarante chefs de famille sont tous donnés, et chaque nom
372 LES ROIS DU FEU ET DE l'eaU
est suivi du mot kriwr, famille, c'est-à-dire « avec sa
famille»). Tous ceux-là, dit la charte, sont amenés, employés,
affectés à la garde {rakhasa) du Prah Vihara, du Pral.i Çhî,
du Prah Cetiva.
Ensuite Tordre royal détermine les limites du territoire
donné en offrande au Prah Srey Ratana Trey, et il répète,
en cambodgien, « trois précieux joyaux ». Ce territoire
s'étend le lonsr du errand fleuve, de Tembouchure de la
rivière Kandal-Chrum à rem]>ouchure de la rivière Kakot,
puis derrière jusqu'aux rizières Kung et Trêng au Nord et
jusqu'à la mare Skor au Sud. Et la charte nomme les
rivières, les mares qui font partie de cet apanage sacré
destiné à fournir le bois, le rotin, l'herbe à toiture néces-
saire à l'entretien par les quarante familles de khnhom du
monastère et du temple, afin, dit la charte, « qu'on ne
laisse pas déchoir la sainte fondation -). Et l'Oknha ^'ongsa
Anchit, qui est un petit dignitaire à six degrés encore
existant, est chargé de commander les komlah ou esclaves
du monastère. Les descendants de ces komlah du xviT siècle
étaient encore esclaves du monastère de Sàmbok, il y a
quelques années, et c'est nous qui les avons libérés en leur
abandonnant le territoire sacré sur lequel eux et leurs
ascendants avaient peiné pendant trois siècles.
En outre de ces esclaves et de ce territoire , le roi don-
nait au monastère la moitié du produit de l'impôt perçu
dans « le bienheureux et prospère village » sur les commer-
çants qui y apportaient du bétel, des plateaux en bois et à
pied, dits fôk, des plateaux en bois sans pied, dits spok^ des
malles, des vaisselles, des étoffes. J'observe que le mot
impôt, /)an, est dit kàp.
L'autre moitié du produit de l'impôt, — et c'est par elle
que nous revenons au roi du Feu et au roi de l'Eau, — est
la part du gouverneur de la province, non parce qu'il est le
ciu'f du pays, — cela est visible, — mais parce qu'il a à
assurer le service des lettres royales et des présents venant
LES ROIS DU FEU ET DE l'eAU 373
du Laos et celui des objets que le roi envoie tous les trois
ans aux rois des Jaray. A cet effet, il est remis au g'ouver-
neur, en outre de la moitié des impôts ci-dessus dits, un
palanquin royal pour porter en cérémonie ces lettres ou pré-
sents et deux parasols pour les abriter, plus, chaque année
probablement, deux mesures de riz blanchi, trois mesures
de sel, trois cents noix d'arec, trois cents feuilles ou paquets
de feuilles de bétel, deux pots de chaux à chiquer et quatre
livres de tabac.
III. — La seconde partie de la charte porte : « Voici la
loi relative aux objets qu'on conduira au roi du Feu et au roi
de l'Eau», et tout de suite vient la liste de ces objets :
deux éléphants mâles, deux palanquins de couleur rouge
avec étoiles pour monter ces éléphants, soixante buffles,
deux lang-outis à brodures, deux vêtements à rayures, deux
matelas, deux oreillers, deux coussins pour aisselles, deux
nattes de Poursat, deux autres nattes en chi chuot (?i, deux
radeaux, deux services à riz, deux à eau, deux costumes
rouges complets, deux paires de tambourins, deux paires
de flûtes grandes et petites, deux parasols à longs manches,
deux bols de cinq couleurs, cent bols à riz, cent bols à
soupe, cent serviettes, cent bols à bord, deux voitures de
sel, cinq cents lingots de fer, vingt lingots de plomb, deux
paires de peignes fins et non fins, quatre ciseaux à bois à
manche cerclé, deux langoutis de cérémonie de chacun cinq
coudées , deux cents aiguilles , deux pièces d'étotfe dite
loihtong, deux pièces de soie pour les danseuses, pour le
prah khan (qui est l'arme sacrée), pour le prah rompot (qui
est le rotin sacré), deux turbans en soie rouge, longs de cinq
coudées, un chapelet de graines de phtî, long de vingt
ampans, deux petits bols en cuivre, deux cents petits bols
en porcelaine, deux couteaux, dits konihet préa, deux cou-
teaux à nettoyer le rotin , deux couteaux à débroussailler,
deux éventails en papier, deux cents bagues en cuivre, deux
cents hameçons, deux calottes rouges, dix livres de noix
374 LES ROIS DU FEU ET DE l'eAU
darec et de gambier, dix livres de tabac, deux monocordes,
deux guitares à trois cordes, deux autres à trois cordes sur
noix de coco, deux flageolets, deux plateaux à pied pour
recevoir Veau du serment, deux bols en bambous raisinés
avec couvercles posés sur deux plateaux, deux plateaux en
bois avec les ustensiles d'usage pour la chique, deux ciseaux
h arec, deux pots en cuivre pour la chaux à chiquer, deux
autres plateaux à arec. Cela représente un présent ou,
comme disent les Jaray, un tribut de valeur, et néces-
sitait un convoi considérable se dirigeant de Sâmbok vers
le pays des Jaray, le srok Ayonapar, ainsi que le nomme
la charte , le long des pauvres sentiers et au travers des
cours d'eau qu'il fallait franchir sans ponts et sans barques.
Mais ce tribut de trois en trois ans n'est pas tout ce que
les rois du Cambodge envovaient aux rois du srok Avona-
par. « Si l'un des deux rois (du Feu ou de l'Eau) vient à
mourir, dit la charte, et que l'autre demeure, on enverra sur
un éléphant femelle et sur un éléphant mâle un prasoda tout
préparé pour la levée du corps. » Et la charte nomme les
trois dignitaires qui doivent conduire ce prasoda « jusqu'au
bout )) ; ce sont ceux qui conduisaient les présents tous les
trois ans au pays des Jaray.
Cette nomenclature , certains détails nous permettent
aujourd'hui d'avoir une idée sur la condition d'alors des
deux pauvres sauvages que plusieurs voyageurs français, —
entre autres le capitaine Cujet en 1801, — ont trouvés sem-
blables aux autres sauvages, pas plus riches et sans autre
prestige, disent-ils, que celui dont jouissent les sorciers. Le
roi du Feu et le roi de l'Eau vivaient chacun chez eux,
])uisque tout ce (jui leur est destiné se trouve en double ;
ils avaient encore un corps de danseuses et un corps de
musiciens à l'instardes rois cham, cambodgiens et laotiens ;
ils marchaient sous le parasol qui, en Indo-Chine, est porté
au-dessus de la tète des rois ; et , à des époques détermi-
nées, assurément les dignitaires leur prêtaient serment à la
LES ROIS DU FEU ET DE l'eAU 37S
mode des rois indo-chinois de civilisation arienne et des
rois malais et javanais. J'ajouterai qu'ils étaient incinérés
après leur mort et que cette coutume de brûler leurs cadavres
a persisté jusqu'à aujourd'hui pour eux, bien que les autres
Jaray enterrent leurs morts.
Cette pompe de cour, qui a disparu , qu'on ne pouvait
pas supposer avant la découverte de la charte de fondation
que j'étudie ici, est encore attestée par un autre passage,
par celui qui concerne la manière dont les présents du roi
du Cambodge doivent être remis au roi du Feu et au roi de
l'Eau.
« Avant (de se présenter aux deux rois), dit la charte, ils
(les trois dignitaires ci-dessus nommés) prendront des fruits
du sambuor (sorte de cassia résineux, acacia riipata) et s'en
savonneront (c'est-à-dire se purifieront). Cela fait, les
cadeaux étant placés sur deux lignes, l'un deux parlera au
nomduroi (du Cambodge) etfera traduire son discours dans la
langue du pays, puis il s'assoira au milieu (entre les cadeaux
probablement et entre les deux autres dignitaires), puis il
répétera trois fois son discours. » Voilà bien un protocole, et
un protocole sévère, très honorable pour les rois de l'Eau et
du Feu. La charte continue : « Quand il prendra la parole
pour présenter les souhaits du roi, on soufflera dans les
flûtes grandes ou petites, ensemble, conformément à l'usage
jaray. Alors, le principal ambassadeur présentera la lettre
royale 1 du Prah chau Longvek Krung Kambujâdhipati
Sîrîsîrîn Indipat qui est le maître suprême au-dessus
des têtes, puis il énumérera au nom du roi les cadeaux
[bàndakar] apportés jusqu'au srok Ayanapar. Cela fait, il
formera en nommant le roi de l'Eau et le roi du Feu, les
1. Les Jaray ou quelques-uns crenlre eux savaient donc encore lire?
M. Moura s'élevait clans son Royaume du Cambodge contre l'opinion que
les deux rois jaray conservaient les Annales de leur pays et des inscrip-
tions anciennes. On voit maintenant que cela est possible quoique impro-
bable. On a bien trouvé chez les Ghams des manuscrits qu'on niait y être.
376 LES ROIS DU FEU ET DE l'eAU
neveux à la place de leur oncle (le roi du Cambodge) , le
souhait quils soient prospères et conservent leurs titres;
qu'ils continuent de garder le prah khan et d'habiter le
sommet du mont Oudam prakath , qu ils demeurent les
âmmac/ias (souverains) de tous les pays r/iadès, Jaray et
pnonf/s ainsi qu'ils le sont depuis ranti([uité jus(ju'à main-
tenant, de bien garder les roules el les forèls contre tous
les ennemis , de distinguer ceux qui se présenteront avec
de bonnes intentions de ceux qui se présenteront avec des
intentions méchantes; qu'ils demeurent en paix, puissants,
heureux et prospères; que tous les dévalas, les téprakh
(génies des forêts), les arakh (génies des villages) leur
assurent longue vie, l'abondance toujours et longue auto-
rité. »
Voilà un long souhait; s'il n'est pas celui d'un roi vassal,
il n'est certes pas celui d'un roi suzerain, bien que le
roi du Cambodge se dise loncle des rois du Feu et de
l'Eau, et qu'il les nomme ses neigeux. C'est celui d'un allié,
c'est le souhait qu'un roi forme en faveur d'un roi puissant,
et pas du tout ridicule , ainsi qu'aiment à le dire les Cam-
bodgiens d'aujourd'hui, car il semble bien que les pataos
jaray gouvernaient alors les Rhadès et les Pnongs, et il est
certain qu'ils n'étaient pas les pauvres diables que nos
voyageurs ont trouvés et qui gardent encore religieusement
l'arme sacrée et le rotin sacré des rois leurs ancêtres.
Cette charte met au point la tradition cambodgienne et
nous dit ce qu'il faut en croire, 11 est regrettable qu'elle ne
nous renseigne point sur l'origine de l'hommage, — car c'est
bien un hommage que nous rencontrons ici, — et ce à quoi
fait allusion cette phrase : « qu'ils gardent bien les roules
et les forêts contre les ennemis », et si c'est parce qu'ils
les ont bien gardées au cours d'une guerre et parce qu ils
ont rendu ainsi un grand service au srok khmêr, que le roi
du Cambodge leur payait un Irihiit, leur faisait hommage.
Mais alors à quelle époque faut-il faire remonter ce service
LES ROIS DU VEU ET DE l'eAU 377
et cette redevance? A très loin dans le passé, car la charte se
termine ainsi : <( D'autrefois jusqu'à maintenant, on dit qu'il
faut tous les trois ans monter une fois pour saluer ( c'est
bien l'hommag-e) le roi de l'Eau et le roi du Feu. » Avait-on
déjà oublié le service rendu? Cet (( on dit » le laisserait
croire. Alors il se perdait dans la nuit des temps, « Aujour-
d'hui, bien qu'on ait suspendu parce que la voûte inférieure
(la terre) était ag-itée, on a fait l'envoi. »
Le problème du tribut payé par le roi du Cambodge au
roi du Feu et au roi de l'Eau , n'est pas résolu ; du moins
savons-nous mieux ce qu'étaient encore ces deux person-
nag^es, au commencement du xvii" siècle, et les données de
la question sont mieux posées.
IV. — Un autre document cambodg-ien parle encore des
pataos des Jaray, c'est une sorte de rituel des fêtes à l'usag-e
de la Cour. J'y trouve ceci : <( Chaque fois que le roi, afin
de faire cesser la sécheresse, d'attirer les pluies, décidera
de s'adresser aux cinq kshatriyas protecteurs du royaume, —
Narayano, Shiva, Ganésa, Kajjayana et Prah khan, — on
sortira le morceau d'ivoire , la corne de rhinocéros et le
vêtement envoyés par le roi du Feu et le roi de l'Eau, et on
les arrosera d'eau lustrale, pendant que les quatre Maha
chay (Mahajaya) s'accroupiront dessous et pousseront des
cris de grenouille. »
' On le voit, on ne parle que très incidemment des pataos
des Jaray, mais que viennent faire ici les objets qu'ils ont
envoyés au roi du Cambodge et pourquoi les arrose-t-on
solennellement ? C'est , Messieurs , parce que le roi du Feu
passe dans toute l'Indo-Chine pour un être en puissance de
déchaîner la foudre, d'arrêter le soleil et de produire le feu,
alors que le roi de l'Eau a la réputation d'un gaillard qui
peut déchaîner les eaux et produire l'inondation.
La royauté des rois des Jaray n'est-elle donc que le règne
des sorciers sur des esprits crédules? Je ne le crois pas et
je les envisage dans le passé comme des rois véritables
378 INSCRIPTIOiN ÉGYPTO-PHÉNICIENNE DE BYBLOS
régnant non sur les esprits, mais comme dit la charte que
j'ai analysée, sur les Rhadès et sur les Pnongs.
APPENDICES
INSCRIPTION KGYPTO-PIIKNICIENNE DE BYRLOS.
NOTE DE M. CLERMONT-GANNEAU, MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
Voici deux reproductions du monument ég-ypto-phénicien
de Djebail — l'antique Gebal ou Byblos — dont j'ai parlé
plus haut (p. 71), La première est faite d'après l'estam-
page, la seconde d'après une photographie directe du
fragment original.
Les cartouches hiéroglyphiques contiennent, comme je
l'ai dit, les nom, prénom et titre du Pharaon Ciiechank I.
L'inscription phénicienne se compose de trois lignes inter-
calées entre les cartouches; la troisième est gravée dans le
sens opposé à celui des deux premières, ce qui semble
indiquer que le monument, du moins à l'époque h laquelle
y a été ajoutée l'inscription phénicienne, devait être posé
normalement h plat, sa principale face gravée étant hori-
zontale.
Les lignes 1 et 2 sont incomplètes à droite et à gauche.
La ligne 3, incomplète à droite, est complète à gauche; elle
est, en effet, suivie d'un grand espace vide, montrant que
nous avons là la fin de l'inscription.
INSCRIPTION ÉGYPTO-PHÉMCIENNE DE BYBL03 379
Voici ce que m'a donné le déchiffrement :
?ï;Sa l 'lyiiN 1 N?.... 1
SriS 1 arjni i Saa? — 2
Sza hy 3
Les mots , aux lignes 1 et 2 , sont séparés par de petits
traits verticaux; c'est là un indice d'antiquité relative; il
est confirmé par l'aspect paléog-raphique des caractères,
dont plusieurs rappellent ceux de la stèle de Mesa et des
plus anciens spécimens de l'écriture phénicienne proprement
dite. On remarquera la disposition presque verticale des
zigzag^s du mem. Seul, le chin présente une forme avancée,
telle qu'on l'observe sur la stèle du roi Bvblos Yehaumelek.
Paléographiquement, notre texte paraît être antérieur à
celui-ci , mais on ne saurait songer sérieusement à le faire
remonter à l'époque de Chechank I. Force est d'admettre
qu'il a dû être gravé après coup sur un monument ou un
fragment de monument érigé par ce Pharaon, et réutilisé
plus tard par un Phénicien , nous essaierons de voir tout à
l'heure dans quelles conditions,
L. 1. Le nom propre TJ21H, Abihaal., est certain. Il s'est
déjà rencontré, avec l'orthographe pleine Sî?2'lN\ sur un
ancien sceau phénicien publié autrefois par le duc de Luynes ^ .
ACarthage, nous le retrouvons, sous la même forme qu'ici
(C. /. S., I, 378) et aussi sous la forme contractée Sun [ici.,
1407), comme nom de femme; dans une autre inscription
punique (id., '^05), SyZN, qui semble en être encore une
autre forme contractée , comme nom d'homme. Quoi qu'il
en soit ici, nom d'homme ou nom de femme, il est maté-
riellement impossible, malgré la tentation qu'on pourrait en
1. On en trouvera une reproduction dans mes Fraudes archéologiques,
p. 278, fig. 20.
1903. 26
380
INSCRIPTION ÉGYPTO-PHÉNICIExNNE DE.BYBLOS
avoir, de croire quil est suivi du^mol "Ç^. et que nous aurions
affaire à quelque Abibaal, roi de Gebal: la 3'* lettre du mot
^.^p/ft^^»^-^ ,^i-" '<"
'^.li
f I wajt*^
W^
.--jw»'" jtj-mw»"
{KS^
J
est sûrement un chin , suivi d'une autre lettre dont il ne
reste ^jlus qu'un petit trait oblique \ , appartenant peut-être
INSCRIPTION ÉGYPTO-PHÉNICIENNE DE BYBLOS
381
à un ffuimel ou à un tau. Le sens m'échappe. Serait-ce un
ethnique ou un nom grec, ou mieux, quelque mot qui,
combiné avec les suivants, définirait un certain titre?
A en jug-er par la configuration de la pierre, il doit man-
quer peu de chose au commencement de cette ligne, laquelle,
de plus, paraît bien être le début même de l'inscription.
On (pourrait restituer : n[;i21 ^*k], u ce qu'a érigé » ; ou :
382 INSCRIPTION ÉGYPTO-PHÉNICIENNE DE BYBLOS
n[)r2 UJ>î], ace qu'a offert ». Je préférerais le premier verbe
si, comme je le suppose, il s'agit dune inscription funéraire
et non pas religieuse.
L. 2. Le nom de Hza, <( Gebal )),est certain ; celui de Diri,
(( rÉgypte », plus que probable, bien que le tsadé^ii quelque
peu souffert et soit difficile à discerner. Cette mention for-
melle de l'Egypte a, en l'espèce, une valeur particulière,
étant donnée l'origine notoirement égyptienne et même
pharaonique du monument. Toute cette première partie
du texte, avec des lacunes malheureusement irrémédiables,
pourrait être comprise à peu près ainsi : « qu'a érigé Abi-
baal de Gebal, en Egypte. » Nous aurions
alors affaire à quelque Giblite résidant en Egypte à un titre
quelconque, soit officiel, soit privé, et y ayant gravé après
coup , dans sa langue nationale , cette inscription sur une
stèle ou un fragment de stèle égyptienne; par suite de
circonstances inconnues, la pierre aurait été rapportée ensuite
d'Egypte à Byblos, peut-être avec le corps même du défunt,
s'il s'agit bien d'une épitaphe.
A la fin de la ligne, je doute qu'il faille chercher dans
Syzb un nom de divinité : soit (en restituant ['^-S rij'^ïii)
la Baalat de Gebal, soit un Baal quelconque ; dans ce cas,
le nom divin serait sûrement précédé de quelque titre
religieux, tel que r2-»S, ^IN^, etc. J'aimerais mieux y voir
le commencement d'un nom théophore de personne, ayant
pour premier élément Baal ; ce serait le nom du défunt :
(( pour Baal-x. » On pourrait même peut-être, à la grande
rigueur, si Abibaal est ici un nom de femme — chose fort
possible , comme nous l'avons vu — prêter au mot T>*2 le
sens hébreu de « mari »,bien qu'il ne se soit pas encore, que
je sache, rencontré en phénicien; nous aurions alors à
restituer : [a^S ^'^Sy2SJ, « pour son mari .r, fils de x ». Mais
1. Avec le suffixe féminin en H, tel qu'il était usité dans le dialecte des
Byblos (cf. C. 1. S., 1, 1).
INSCRIPTION ÉGYPTO-PHÉXICIENNE DE BYBLOS 383
l'autre hypothèse est plus simple et demeure plus vraisem-
blable.
L. 3. Là encore, ^^^ ^^ ne doit pas nous faire illu-
sion. Bien que la restitution Sy[i] s'impose presque, il ne
faudrait pas s'imaginer qu'il est question d'un u Baal de
Gebal » , dieu inconnu par ailleurs. Le mot Sy2 doit être, à
mon avis , pris au sens de « citoyen )^ , qu'il a souvent en
phénicien, et surtout en punique : « citoyen de Gebal. » Ce
serait le qualificatif indiquant l'origine du défunt, mort en
Egypte et, après y avoir reçu les honneurs funèbres, rapa-
trié avec son épitaphe, dans quelque galère giblite, par les
soins de Abibaal, personnage de sexe indéterminé, qui lui
était attaché par des liens, plus ou moins étroits, d'origine,
de parenté, voire même de mariage.
Le tout pourrait se traduire à peu près ainsi :
Qu'a érigé Abihaal, ^ de Gehal, en
Éffypte, pour Baal-x . citoyen de Gebal.
1. Quelque part, dans la lacune, pouvait être intercalé un patronymique
introduit par "Tl ou 712, et c'est alors à un tiers personnage que se rappor-
terait la justification, malheureusement détruite, de la résidence en Egypte.
Peut-être y avait-il tout simplement : DI^DH S2:i["inD] , « marchand
giblite en Egypte? » Cf. l'expression similaire dont j'ai démontré l'existence
dans une inscription de Carthage (cf. Comptes rendus de l'Académie, 1899,
p. 614, et Recueil d'archéologie orientale, t. V, p. 314).
Je dois dire, toutefois, que la trace de lettre précédant le nom de Gebal,
au début de ce qui reste de la ligne 2, ne semble pas avoir appartenu à un
rech; c'est un trait oblique (\ ) faisant songer plutôt à un taw du type X-
Cela conduirait, dans ce même sens, au féminin nifiD. " marchande »;
Abibaal serait alors décidément un nom propre féminin. Nous avons déjà
un exemple certain {Rec. d'arch. or., l. c.) de femme phénicienne faisant
le négoce.
384
II
JUPITER HELIOPOLITANUS.
NOTE COMPLÉMEiNTAlRE, PAR M. CLERMONT-GANNEAU,
MEMBRE DE l' ACADÉMIE.
Dans une communication précédente (cf. supra, p. 91).
j'ai sig-nalé succinctement un monument du Louvre (salle
phénicienne du rez-de-chaussée) où je proposais de recon-
naître une figuration du type considéré généralement comme
celui du Jupiter Heliopolitanus. C'est un fragment de sta-
tue, ou plutôt de haut relief, rapporté autrefois de Sarba,
JUPITER HELIOPOLITANtlS 385
près Djouni, par Renan ^ qui s'était borné prudemment à
le définir : « Fragment d'une statuette à gaine )>. Depuis,
on y a ajouté une étiquette (n° 39), qui existait jusqu'à ce
jour et qui était ainsi libellée : fragment d'une statuette
ARCHAÏQUE DE PALLAS. Comme il est facile de s'en convaincre
par l'examen de la reproduction que j'en donne ci-contre
et par la comparaison avec la figurine de bronze gravée
p. 90, la divinité en question n'est pas une déesse, et
l'œuvre n'a rien d'archaïque; c'est, à n'en pas douter,
une nouvelle et intéressante réplique de l'idole fameuse
adorée dans le sanctuaire de Baalbek à l'époque des Anto-
nins et des Sévères.
Puisque l'occasion s'en présente , je compléterai la des-
cription que j'ai donnée de la statuette de bronze de
M. Lôytved par un détail important que celui-ci m'a fait
connaître depuis : derrière le dos du dieu est appliqué un
aigle qui le tient entre ses serres. Ainsi étroitement associé
à une divinité solaire l'oiseau symbolique de Jupiter est
assurément bien à sa place; il intervient, d'ailleurs, dune
façon plus ou moins marquée dans plusieurs des figurations
connues jusqu'ici du Jupiter Heliopolitanus. Toutefois, le
rôle accentué qu'il joue ici, d'une part, d'autre part la face
imberbe et efféminée qui caractérise toujours le jeune dieu,
font qu'on se demande si l'ensemble du groupe ne répon-
drait pas à quelque conception, évoquant, dans l'ordre de la
mythologie iconologique, l'idée d'une sorte de Ganymède
oriental. Il y aurait lieu de voir, d'autre part, si la figura-
tion n'aurait pas certains rapports avec le culte, encore si
mal connu, d'Antinous.
1. Mission de Phénicie, p. 843, n° 70.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel offre, au nam de l'auteur, M. Ernest Jovy,
un volume intitulé : Études et recherches sur Jacques-Bénigne Bossuet,
évéque de Meaux (Vitry-le-François, 1903, in-8°).
M. Clermont-Ganneau dépose sur le bureau de l'Académie, la
24* livraison du tome V de son Recueil d'archéologie orientale. Cette
livraison contient les articles suivants : § 56. Fiches et notules : Nou-
velle inscription phénicienne de Sidon. — Inscription nabatéenne
dOunun el Qotain. — Inscriptions grecques du llauràn. — Kalounios.
— Inscriptions grecques de Bersabée. — La prise de Jérusalem
par les Perses. — Inscriptions grecques d'Antinoé. — 0eô; 'Ape-
[jLÔrjvdîet 'Aramta (suite et fin). — § 57. Deux statues phéniciennes à
inscription. — § 58. Nouvelle inscription grec(jue du pays de Tyr. —
§ 59. Fiches et notules : Echnioun de Sidon et Meikart de Tyr. —
Ilamelielot et 'Ain el Djâloût. — Inscriptions grecques du Pont. —
La destination des inscriptions sinaïtiques. — Inscription du Safâ.
— Ardoula. — L'inscription de Pachomios du Ouàd er-Rebâbé. —
Hiereus (R. A. O., V, 167).
Le Gérant, A. Picard.
MAÇON, TROTAT KHKHES, IMPRIMEURS
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1903
PRESIDENCE DE M. G. PEHROT
SÉANCE DU 4 SEPTEiMBRE
Le Président de la Société éduenne des lettres, sciences et
arts, à Autnn, écrit à lAcadémie pour la prier de vouloir bien
se l'aire représenter à l'inauguration, qui doit avoir lieu à Autun,
le 19 septembre, du buste de M. Bulliot, son ancien président,
correspondant de l'Institut.
L'Académie délègue M. Héron dk Villefosse.
M. Ph. Bergek communique au Secrétaire perpétuel la lettre
suivante qui lui a été adressée par le R. P. Delattre.
Saint-Louis de Charthage, 24 août 1903.
Cher Monsieur,
Je tiens à vous dire (jue nous avons Irouvé samedi dernier un
second exemplaire du disque en plomb avec caractères puniques et
grecs archaïques. Cette fois l'inscription est intacte. La voici :
A EO A? KJ) H A M Y^ytiJ^^- Vous pouvez considérer ma lecture comme
1903. 9-
388 SÉANCE DU 4 SEPTEMBRE 1903
certaine. Toutes les lettres sont nettes, et il y a un intervalle d'un
cenliniMre et demi entre le commencement de l'une et l'autre
inscription.
Veuillez m'excuser d'être si bref, mais je tiens à vous envoyer ce
document au plus tôt, et le courrier va partir.
Agréez, cher Monsieur, l'hommage de mes sentiments respectueux.
A.-L. Delattre.
M. Clermont-Ganneau a la parole pour une communication :
c Le manuscrit de Tours n° 286 contient d'intéressantes notes
tironieunes qui ont été déchilîrées par M. Châtelain ' avec sa
maîtrise habituelle. Elles semblent s'appli(|uer à des extraits
d'une sorte de glossaire gréco-latin- dont l'auteur inconnu se
livre aux jjlussingulières fantaisies étymologiques. Parmi celles-ci,
il en est une qui est une véritable petite énigme et a vivement
piqué la curiosité de ceux qui, comme moi, assistaient à l'inté-
ressante communication de notre savant confrère. 11 s'agit de
rélvmologie du mot Xû/voç c lampe ». La glose se présente sous
cette forme, dans le manuscrit : ,
AIXNOC A€reT6 AIA T0YAY6IN T00rM€N HTOYN
TOCKOTOC
C'est-à-dire :
1[6)/Vjç, X£y£T(ai) oià toO' X'Jî'.v -oo'nxzv ['!) yî(Y)ouv to ocoto;.
lychnos, « ta lampe », esl ainsi appelée j)arce (/u'elle dissipe
le <iii bien les ténèbres .
L'idée de l'auteur est claire. Il prétend expliquer ÀJ/vo; par le
verbe Àuc-.v, en prenant pour base la syllabe Xj commune aux
1. .Vcadéniic des inscriptions, séance du 2N août HK)3.
2. Il parait être de la t'aniille de ces glossaires doiil le iiis. latin "63,
rcceinnient entré à la Bibliolhècpie nalionale et étudié pai- noire savant
confrère M. Oinont \Sol. al exlr. des mss., t. ;5n, p. :M I li sui\. , nous a
conservé un nouveau et inléiessant spécimen. Cf., en particulier, op. cil.,
p. 372, les Glose in verhis (jrecorum.
SÉANCE DU 4 SEPTEMBRE 1903 389
fleiix mots. Il ne s'agit plus ensuite pour lui que de tirer de ce
verbe, par un expédient plus ou moins ingénieux, un, ou plutôt
deux sens , susceptibles de s'adapter à un double rôle que joue
ou semble jouer la lampe dans la réalité.
L'étymologie est bien dans le goût de l'époque; elle est digne
de figurer à côté de celle qui la [)récède et d'après laquelle le
loup, Xûxo; , est ainsi appelé « eo quod in nocle oculi eius
lucent ».
La lampe donc dissipe l'obscurité — voilà qui ne souffre pas de
difïlculté.Mais, dans l'esprit de l'auteur, l'action exprimée parle
verbe Àûetv, s'exerce, et cela avant tout, sur autre chose encore : to
oyasv. Qu'est-ce que ce peut bien être? On pourrait croire tout
d'abord que sous cette graphie se cache quelque mot défiguré ayant
un sens analogue à celui de axoroç. Mais en cherchant dans cette
voie, on ne trouve aucune correction satisfaisante. D'ailleurs, le
fait de « dissiper les ténèbres « est sufTisamment exprimé, et l'on
ne voit pas ce que gagnerait l'explication à être renforcée, ou
plutôt affaiblie par quelque synonyme de ctxôtoç. D'autre part,
l'emploi de la conjonction Tjyouv, « ou bien », implique plutôt, au
contraire, que l'auteur vise quelque chose d'essentiellement diffé-
rent de (jXÔtûç. En conséquence, je proposerais une correction
toute simple et très paléographique : TO OTMCN = TO
€AAION. fô ('£Xato)v, « l'huile», en prêtant à Xûeiv un double
sens qui devait sourire à l'esprit subtil de notre naïf linguiste :
« la lampe dissipe les ténèbres, mais en même temps consume
l'huile qui la remplit. » La phrase pourrait se traduire littéra-
lement en latin, où le verbe « dissipare » se prête bien aux deux
nuances : « lychnos, ita dicitur eo quod aut oleum, aut tenebras
dissipât. » A l'appui de la conjecture on peut rapprocher le nom
grec de l'huile à brûler : Xu/véXatov; à lui seul, il pouvait suggéi-er
l'idée première de cette étymologie populaire.
M. Clermont-Ganne.\u communique ensuite deux notes: lune,
sur le TTaupcoôsîç ot' vjjxa; de l'hymne du 7'n'sagios, et Arifxa;,
nom légendaire du mauvais larron ^; l'autre, sur les Bohémonds
1. Cf. Recueil d'archéoloyie orientale, t. V, p. 396.
390 LE TRÉSOR d'iZGHERLÎ
princes d'Antioche, successeurs de Renaud deChâtillon, d'après
les témoignages arabes'.
M. Babelon donne lecture d'une communication de M. Degrand,
consul de France à Philippopolis , sur le trésor d'Izgherli ^.
M. Babelon estime que les plats du trésor d'Izgherli sont d'ori-
gine persane.
COMMUNICATION
LE TRÉSOR d'iZGIIERLI
note de m. degrand, consul de france a philippopolis
(Bulgarie).
Un Israélite m'apporta dernièrement cent cinquante mon-
naies d'or des empereurs Alexis U""^ Jean II et Manuel U'"
dont le parfait état de conservation était tellement surpre-
nant que je lui demandai où il se les était procurées; elles
provenaient, assurait-il, dune importante trouvaille faite
récemment dans les environs de Talar-Pasardjik.
Peu après, le préfet m'annonçait lui-même qu'une décou-
verte importante de monnaies avait eu lieu dans cette région,
et que, d'après les bruits en circulation dans le village,
on évaluait à 18 ocques (à peu près 25 kilogrammes) le
poids des pièces d'or trouvées par les villageois qui se les
étaient partagées en les mesurant avec leurs bonnets de
peau de mouton. Il ajoutait (|ue le gendarme qu'il avait
envoyé sur les lieux lui avait rapporté deux cent cinquante
pièces qu'il avait transmises au musée de Sofia.
1. Ci. Ueciieil d'archéolo'jie oiiendde. I. A', p. 30".
2. Voir ri-api'ès.
LE TRÉSOR d'iZGHERLI 391
Il résulte des informations qui m'ont été fournies que les
monnaies de ce petit lot étaient également aux effig-ies des
trois Comnène.
Bientôt, j'apprenais qu'on avait apporté aux changeurs
de cette ville, qui les fondaient, quinze kilogrammes de ces
mêmes pièces d'or et qu'à Talar-Pasardjik ainsi qu'à Phi-
lippopolis, les jours de marché, les paysans offraient des
pièces analogues que les changeurs leur achetaient à six et
sept francs pièce.
Toutes ces monnaies provenaient du village d'Izgherli.
On ajoutait enfin qu'on y avait également trouvé d'autres
objets de valeur, entre autres une croix en or qui avait été
aussitôt fondue, un petit vase en argent et dix plats en
argent massif que leur inventeur avait apportés et immé-
diatement vendus ici à raison de 0 fr. 60 le gramme, et que
l'acquéreur faisait fondre pour pouvoir les exporter plus
facilement.
Les recherches auxquelles je me suis livré m'ont révélé
l'exactitude de ces dires ; une partie des plats avait déjà été
fondue; il m'en a été montré trois que le détenteur, séduit
par Fétrangeté de leur décoration , veut essayer de vendre
comme antiquités, espérant en tirer meilleur profit ; il m'a
autorisé à les photographier.
En présence de ces faits, il m'a paru intéressant d'étu-
dier l'emplacement où ces objets avaient été découverts.
A 16 kilomètres de Talar-Pasardjik, ville peu distante de
Bessa-Para, l'ancienne capitale des Besses, on rencontre le
petit village d'Izgherli et. à deux kilomètres dans I'e.-n.-e.,
s'élève une colline de 170 mètres de hauteur sur laquelle,
au milieu de blocs de pierres, poussent clairsemés de petits
chênes. Cette colline est appelée dans le pays « colline du
tradiçte » (colline du château), nom que lui auraient valu les
débris de pierres et de briques qui en couronnaient autrefois
le sommet. lerelchek, dans son très intéressant ouvrage sur
la Bulgarie (page 120), signale ainsi cet endroit : « Vers
392 LE TUliSOit blZGHKRLI
Vetren, en allant vers Philippopolis, existe un monticule
sur lequel on voit les ruines d'ini ancien château ou forte-
resse. »
En cet endroit, voulant enlever deux quartiers de roche
d'une clairière où il se proposait de planter de la vigne ,
étant parvenu à déchausser et retourner un de ces blocs
avec l'aide de ses compagnons, un paysan trouva dans l'in-
tervalle existant entre les deux blocs quelques pierres, et
dessous, deux pots en terre remplis de pièces d'or qu'ils se
partagèrent, ainsi que je l'ai dit précédemment.
Quelques jours plus tard, à peu de distance de cet endroit,
un autre villageois dlzgherli , ayant aperçu une roche
marquée d'une croix, commença à son tour des recherches
qui amenèrent, dans des conditions absolument identiques,
la découverte de dix plats en argent massif et d'autres
objets.
Ces découvertes étaient bien faites pour engager les gens
d'izgherli à continuer l'exploration de leur colline; ils n'y
ont pas manqué, ainsi que l'attestent les innombrables petits
trous que j'y ai vus : tentatives faites sans méthode, point
n'est besoin de le dire, et surtout sans persévérance, tant était
grande l'impatience des travailleurs en (juète d'objets de
valeur facilement réalisable , espérant les trouver sous des
pierres, et abandonnant, sans essayer de leur demander un
secret sans intérêt pour eux, des tombes (juils avaient
trouvées à tleur de terre, ainsi que je l'ai constaté en quatre
endroits où je voyais, à 20 centimètres à peine de profon-
deur, des débris de longues tuiles tombales fraîchement bri-
sées et délaissées pour courir probal^lement à la reciierche
du quartier de roche qu'on supposait roulé sur une cachette.
N'ayant ni le temps ni l'autorisation d'étudier cet endroit,
je dus, à mon vif regret, le quitter.
Au retour, à quelques pas de là, le villageois qui m'ac-
compagnait me lit voir deux gros blocs de la même roche
granitique, dans l'interstice desquels, il y a déjà quehjues
LR TRÉSOR d'iZGIIKRLI 393
années, on avait trouvé deux vases contenant également
des monnaies d'or ; sur l'une de ces roches était profondé-
ment creusée une croix semblable à celle que j'avais déjà
vue.
Maintes fois, m'a-t-il affirmé, on a mis à jour des pièces
d'or en labourant le champ situé auprès du lieu où était le
trésor qu'on vient de découvrir.
En l'état où il se trouve actuellement, il est difficile
d'admettre que cet emplacement ait été occupé par une de
ces villes dont le nom seul subsiste sans qu'on sache même
approximativement où la placer; car, à la surface, rien n'en
autorise la supposition : les vestiges des tombes, d'appa-
rence réellement ancienne et bien antérieures au xii*^ siècle,
que j'ai reconnus à quelques centimètres du niveau du sol,
indiquent que le terrain a baissé par suite du vent, des
pluies et de la déclivité.
Voir là un de ces nombreux forts dont Justinien avait
couvert cette contrée, que tant de hordes barbares devaient
ravager, me semble une hypothèse presque admissible et
que quelques recherches permettraient peut-être de vérifier.
Que l'on se trouve simplement en présence d'objets cachés
en hâte, au moment d'une déroute, est peut-être la supposition
la plus sérieuse. Les monnaies d'or dont j'ai examiné plus de
trois cents exemplaires étaient, je l'ai déjà dit, aux effigies des
trois Comnène. D'autre part, 1° l'empereur Barberousse passa
par Sofia (Stredetz), se dirigeant dans le Sud; on connaît les
obstacles que lui opposa la duplicité du basileus ; 2*^ à
12 kilomètres d'Iehliman, route qu'il suivait, se trouve la
Porte de Trajan, où l'armée de Basile II fut si cruellement
écrasée par les Bulgares sous la conduite de Samuel ; 3° à
deux heures de distance, vers Philippopolis, on rencontre
l'endroit connu sous le nom de Porte de Basile [Clausura
S. Basilii), et les chroniques de cette époque mentionnent
qu'en ce dernier lieu, le 16 avril 1189, une armée 'grecque,
sous le commandement de Manuel Camyze et d'Alexis,
39 i
LE TRESOR D IZGIIERLI
grand « domesticus » d'Orient, fut envoyée pour défendre ce
passage contre Tarmée des croisés qui, de Sofia, se dirigeaient
sur Constantinople par Philippopolis, et que les troupes
byzantines prirent la fuite à la vue de tous ces hommes
couverts de fer.
C'est peut-être par cette panicjue qu il faut expliquer
l'enfouissement en cours de retraite de ces objets qu'on
I. — rint m ;n'i;cnt Iromi- à I/nhn-li BnlLiîiric .
espérait retrouver plus tard à Taide des croix qu'on voit
nettement creusées sur les quartiers de roche qui les avoisi-
naient et dont l'orientation était la même.
Indépendamment de leur parfait état de conservation,
l'absence de trous destinés à les employer comme ornements
sont autant de preuves que ces monnaies n'ont pas circulé,
LE TRÉSOR d'iZGIIERLI 395
que leur enfouissement a suivi de peu Tépoque de leur
frappe, et la somme importante qu'elles représentent me
semble autoriser l'idée que ce trésor provient de l'armée
grecque en fuite.
II-III. — Plat en argent ti-ouvé à Izyherli Bulgarie).
Les trois plats en argent massif, que j'ai eus entre les
mains, constituent des pièces intéressantes.
396 LK TRÉSOU D IZGHKRLl
Le n" I, plat creux mesurant 0'" 31 de diamètre, 0'" Oi de
creux, pèse 1 kg. 250 g-r.
Au centre, des entrelacs entourent six poissons.
Bordure intérieure formée de rinceaux en feuillage au
milieu desquels se voient les animaux suivants : renard,
lièvre, griffon, chimère, chien, tig-re, cerf.
Les n°* II et III représentent deux plats à pied de dimen-
sions, ornementation et poids ahsolument pareils.
Diamètre 0-" 305"^"% haut. 0'" Orio, poids 0 k^. 750 gr. |
Au centre, au milieu d'ornements, quatre griffons, deux |
à tête d'oiseau, deux à tête de chien.
Bordure intérieure : cinq chiens avec colliers et cinq ani- 1
maux courant. Élégant rebord relevé et formé de croissants. *
Tous ces dessins, faits au trait, sont dorés.
Je laisse à de plus compétents le soin de décider si leur
orig-ine est byzantine, persane, arabe ou sarrasine; les rela-
tions de Byzance avec Saladdin autorisent cette dernière
supposition.
Cette découverte me paraît particulièrement désigner
cette colline à l'attention des archéolog-ues; les tumuli qui
l'avoisinent pourraient être également étudiés ainsi qu'un
très important tumulus allongé qui a tous les caractères des
nécropoles de l'époque néolithique en Thrace. Il est à
désirer que, dans l'intérêt de l'histoire et surtout de son his-
toire, le gouvernement bulgare entreprenne des fouilles
méthodiques en cet endroit sans trop tarder. Une trouvaille
qui, en quelques heures, met les travailleurs en mesure de
réaliser environ iO.OOO francs, est une belle prime qui ne
peut que les encourager à persévérer dans des recherches
dont une brutale et ignorante cupidité entraînerait d'irré-
parables destructions.
397
LIVRES OFFERTS
Le Secrktaire perpétuel dépose sur le bureau de l'Académie la
5<= livraison du tome I^'" du Répertoire d'épigraphie sémitique, publié
par la Commission du Corpus inscriptionum semiticarum (Paris, 1903,
in-8°).
M. Babelon offre à rAcadémie deux brochures qu'il vient de
publier :
1° Les monnaies de Sepfime Sévère, de Caracalla et de Géta /rela-
tives à l'Afrique (Milan, 1903, in-8°) ;
2° L'Iconographie monétaire de Julien l'Apostat (Paris, 1903, in-8°;
extr. de la Revue numismatique, 1903).
L'Académie de Barlin adresse un exemplaire des publications
suivantes : Inscriptiones graecae ,\6\\\menW\; Inscriptiones insularum
maris Aegaei praeter Delum, fasc. V, pars prior; Inscriptiones Cycla-
dum praeter Tenuni, edidit Fred. Hiller de Gaertringen (Berlin, 1903,
gr. in-4'').
M. Héron de Villefosse dépose sur le bureau, au nom de M. C.
Jullian, correspondant de l'Académie et professeur à l'Université de
Bordeaux, les opuscules suivants :
i" Discoui's prononcé à la séance générale du Congrès des Sociétés
savantes, le samedi 18 avril 1903. Paris, Imp. nal., 1903, in-B".
Ce discours, plein de finesse et d'esprit, renferme une esquisse
très vivante de l'histoire du moyen âge, un récit à grands traits de la
façon dont Bordeaux s'est arrachée au roi pour se donner à la nation
française. Certains détails de l'histoire locale, rappelés par l'orateur,
sont choisis avec un rare bonheur; ils sont exposés avec talent, dans
un style alerte et agréable.
2° Notes gallo-romaines. XV. Remarques sur la plus ancienne reli-
gion gauloise (suite).
M. Jullian discute et explique à nouveau le texte célèbre de Lucain
relatif au culte de Tentâtes. 11 croit que la manière dont chaque
peuple se figurait les dieux, varia à l'infini suivant les temps et les
groupements politiques. Tentâtes s'est civilisé en Gaule ; il est
demeuré un sauvage chez les Bretons.
398
SÉANCE DU 1 1 SEPTEMlîRE 1903
Vulcain, chez les Gaulois, est un dieu guerrier qui joue un rôle ana-
logue à celui de Mars; Belenus est une divinité ancienne et propre-
ment solaire. En dehors de la Gaule propre, les divinités féminines
mentionnées par les textes sont : Minerve, Bellone, la Victoire
Diane, la Mère des Dieux, Gérés.
L'auteur se demande si, au-dessous des grands dieux immortels
les Gaulois vénéraient des héros. Il a réuni quelques textes qui, sans
être décisifs, permettent de supposer l'usage de ce culte chez les
Celtes. Quant à la croyance à la divinité des ancêtres et des défunts,
autres que des héros, il n'en reste aucune preuve certaine chez les
Gaulois d'avant la conquête romaine.
SKAXCK DU 11 SKPTKMBUK
M. le D"" Carton adresse à l'Académie un rapport sur les
fouilles exécutées à El Kenissia pour le compte de [Académie
des inscriptions et belles-lettres'.
Renvoi à la Commission de la fondation Piot.
M. Carlailhac adresse au Présidenl une lettre relative à nue
nouvelle grotte ornée de gravures, la grotte de Teyjat.
M. Ci.i:nMoNT-(iANM;Ar a retrouvé dans une vieille chronique
arabe manuscrite, conservée à la Bibliothèque nationale, deux
chartes des croisés, relatives à des concessions territoriales faites
à des émirs du Liban et appartenant à la puissante famille des
Bohlor. L'une, émaiiani de .Julien, seigneur de Sagelle (Sidon)
et de Ik'aulort, et conti-csignée par le connétable JeandeLa Tour
elle bailli Bartholoin;''n Mnnge, est dalée de l'an 1 ■_>.").■). L'autre,
émanant de Ilomfiov de Monllort, seigneur de Beyrouth, et
dressée par l'écrivain sarrasin Georges, iils de Yacoub, est dalée
de l'an LiSO. Celle-ci était encore accompagnée du sceau en cire
l. Voir ci-après.
SÉANCE DU 11 SEPTEMBRE 1903 399
rouge de Homl'roy, dont Tauteur arabe nous donne une minu-
tieuse et très curieuse description. M. Glermont-Ganneau étudie
en détail la teneur de ces deux précieux documents et en fait
ressortir l'extrême intérêt historique au point de vue des rela-
tions qui existaient, à l'époque des croisades, entre les seigneurs
francs et les émirs musulmans.
M, le D"" Gapitan présente, au nom de M. Cartailhac, de
M. l'abbé Breuil et au sien propre, un rapport sur une nouvelle
grotte à parois g-ravées à l'époque préhistorique, la grotte de
ïeyjat (Dordogne) ^ .
M. Maspero entretient l'Académie de la restauration des
grands monuments égyptiens qu'il dirige pour le compte du gou-
vernement égyptien; puis il lit, au nom de M. Ghassinat, le
rapport suivant sur les travaux de l'Institut français d'archéo-
logie orientale du Gaire :
« L'Institut français d'archéologie orientale a, pendant la
dernière campagne (1902-1903), pratiqué des fouilles fructueuses
dans deux localités de la Moyenne-Egypte, Touna et Assiout.
« Les travaux ont été dirigés à Touna par M. A. Gombert.
La nécropole couvre une large bande de désert, qui s'étend du
nord du village de Touna jusqu'au village de Déroua, situé à une
heure de cheval environ au sud du premier. Elle a été utilisée,
autant qu'il est possible d'en juger, dès la xviii^ dynastie, et ses
derniers habitants y ont pris place sous la domination romaine.
'Sa richesse, malheureusement trop connue, lui a valu d'être
exploitée par les indigènes de temps immémorial; elle contient
néanmoins encore assez de documents pour encourager les
recherches dans son sol maintes fois retourné.
« J'avais indiqué à M. Gombert, sur le terrain même, trois
points sur lesquels je désirais surtout le voir porter son attention :
un cimetière gréco-romain situé en face de Déroua, un groupe de
tombes de même époque visible un peu plus au nord, enfin la
nécropole du Nouvel-empire établie à mi-cliemin entre Touna et
Déroua. Le premier chantier, qui était le moins important,
1. Voir ci-après.
400 SÉANCE DU H SKPTEMBRli: 1903
donna de bons résultats. Le désert, en cet endroit, est criblé de
fosses peu profondes creusées , à intervalle régulier, dans le
sable. Les cadavres y ont été déposés sans grands frais, envelop-
pés parfois d'étoffes décorées, à la manière de certains vêtements
coptes, de broderies en laines multicolores, presque toujours
d'une simple toile plus ou moins grossière. Les tombes les plus
riches renferment un masque en plâtre peint ou doré, qui repro-
duit, avec une exactitude problématique, les traits du défunt.
L'espoir d'un butin facile et d'une vente productive a conduit les
fellahs à piller sans merci ces tombes. Aussi leur exploration
est-elle devenue malaisée et quelque peu aléatoire. Néanmoins ,
M. Gombert a pu se procurer une série de masques, dont
quelques-uns ont une très belle allure.
« Le second point étudié présente un aspect tout différent.
Des buttes assez élevées l'annoncent à distance. Rien, à ma con-
naissance, n'y avait été régulièrement tenté jusqu'à présent.
M. Gombert y mit à découvert un groupe de tombes construites
en briques crues , dont plusieurs avaient été décorées de pein-
tures sur enduit imitant un placage en marbre de diverses cou-
leurs. Chaque tombe contenait une ou plusieurs chambres. La
plupart avaient servi de sépultures de famille. Leur mobilier était
peu abondant et surtout peu varié : les poteries en formaient le
fonds, dont certaines, encore munies de leur couvercle luté avec
du plâtre, contenaient des céréales ; d'autres petits pots de terre
recelaient des feuilles d'or. Une douzaine de fragments de cer-
cueils épargnés par le temps, portant des ligures de divinités 1]
enluminées de couleurs violentes, en furent extraits. Il existait
cependant, dans ce quartier de la nécropole, des tombes mieux
pourvues, mais elles ont été saccagées les premières et Ton n'y a
laissé que des débris sans grande valeur.
« Le cimetière du .Nouvel-Kmpire fut aussi, de longue date,
l'objet de la convoitise des chercheurs d'antiquités du village de
Touna. Ses nombreuses dépouilles ont pris place, depuis long-
temps, dans les musées d'Europe. La trouvaille récente d'un très j
beau sarcophage en pierre, dont le musée du (^aire conserve le
couvercle, et de fragments de bas-reliefs au nom d'Amenothès I\^
m'avait encouragé à porter nos recherches de ce côté, dans
l'espoir d'y découvrir la nécropole de Kliouniatonou , qui se
I
:'-;
SÉANCE DU 11 SEPTEMBRE 1903 401
trouve certainement dans cette région. On sait, en effet, que
les villages de Touna et de Deroua sont situés sur l'ancien terri-
toire du nome créé par ce roi lorsqu'il transporta le siège de la
puissance pharaonique à El-Amarna. De tristes circonstances
empêchèrent la réalisation complète de cette partie de mon pro-
jet. M. Gombert, en se promenant dans la montagne, pour se
délasser de la surveillance de ses ouvriers, qui travaillaient à
quelques centaines de mètres de là, au pied de la stèle dite de
Touna, fit une chute dans laquelle il se broya les deux genoux.
Transporté immédiatement au Caire, il succomba, après six
jours, des suites de ses blessures. Néanmoins, malgré le peu de
facilités que présente la reconnaissance d'un terrain bouleversé
sans cesse par des entreprises illicites, M. Gombert avait réussi à
découvrir plusieurs monuments importants qui faisaient augurer
d'une moisson fructueuse. Je citerai parmi ceux-ci le fronton
d'une stèle où Amenothès l\ est figuré accompagné de sa famille.
C'est un remarquable morceau de sculpture : brisé en plusieurs
morceaux, il avait été employé comme moellon dans la construc-
tion d'une tombe, mais il a relativement peu souffert. On ne sau-
rait trop souhaiter que la partie inférieure de ce document, qui
doit porter une inscription dont la perte serait regrettable, nous
soit rendue par les fouilles futures. Une jolie boîte à parfum, en
bois incisé, du style improprement qualifié de mycénien, décorée
d'un oryx terrassé par un lion ; une vache Hathor fragmentée, en
calcaire; des morceaux de bas-reliefs; une statuette en pierre, etc.,
ont également été trouvés dans les tombes.
« Quelques sondages, elîectués en dehors des chantiers fixes ,
ont fourni divers objets et deux cercueils en bois peints, intacts,
d'un type à peu près inédit.
« Les fouilles, à Assiout, ont été conduites par M. C. Palanque.
Quarante tombeaux ont été explorés. Les noms de leurs proprié-
10^<l.«l?il = ^, etc., nous
es classer avec certitude entre les ix*^ et x'^ dynas-
ties. Elles sont donc contemporaines, pour la plupart, des puis-
sants seigneurs féodaux d'Assiout qui combattirent pour la cause
de la dynastie héracléopolitaine contre les princes thébains. Je
ne reproduirai pas une nouvelle fois la description de la nécro-
taires, ^
permettent de
402
SÉANCE DU il SEPTEMBRE 1903
pôle d'Assiout : chacun sait que les hypogées y sont disposés par
rangées régulières superposées, précédées d'un palier, ce qui lui
donne, de loin, l'aspect d'un immense escalier aux marches
"io-autesnues. C'est l'étape situé immédiatement au-dessous de
celui où a été creusée la tombe célèbre de Khiti, llls de Tetabi,
connue sous l'épithète de « grotte des soldats», kahf el-askkir,
qui a donné les sépultures les plus riches : sur dix-neuf tombes
ouvertes, cinq seulement avaient été violées. Ce groupe renfer-
mait entre autres l'hypogée d'un certain
, haut person-
nage qui était « administrateur de la marine », <— -> , | |, et qui,
à ce titre, prit peut-être part à l'organisation de la flotte que
Khiti II se plaît à montrer occupant le Nil, de Shashotpou
(Shoutoub) jusqu'à Hou (Gaou). Un problème assez curieux se
pose ici. Le possesseur du tombeau se nommait incontesta-
AAIWVN p. AAAAAA j\ N ^
blement J^ ^ (var. J^ H !<=>)' s*^'" identité est démon-
trée par l'inscription qui est gravée sur le socle de sa statue de
double. Or, deux des chambres funéraires contenaient chacune
un cercueil fort bien décoré et de même style, lun double,
AA/^A/V^
l'autre simple, marqués tous deux, à l'extérieur au nom de ^ ^ ;
le plus petit, au nom de y^ vj
AA/V^A^
^^^ à l'intérieur. Seuls,
>£^&;
les titres varient : <^> c^ ^ et <^ i i i . Le premier coffre
protégeait la momie parfaitement conservée d'un homme; le
second, celle d'une femme. On ne peut guère voir dans cette
dernière que la femme de Nakhiti, dont une statuette de double,
AA/W\A
qui la nomme précisément j^ ^Sj ^' ^^^^^ placée, dans la cha-
pelle funéraire, derrière le ka du mort. Kaut-il en conclure qu'un
usage encore peu remarqué faisait réunir les noms des deu.v
époux sur les cercueils qui leur étaient destinés ? Un fait ana-
logue m'avait frappé en examinant un sarcophage thébain pro-
venant de Deir el-Bahari et conservé actuellement au British
Muséum. L'inscription qui borde le sommet des parois latérales
de la caisse mentionne à droite le mort, à gauche sa femme. Les
SÉANCE Dl' l l SEPTEMBRE 1903 403
deux conjoints soiil, de plus, représentés à plusieurs reprises
dans les peintures qui décorent le cercueil. Il s'agit évidemment
d'une conception semblable, qui fut appliquée à la fois à Assiout
et à Thèbes à des époques fort différentes ; elle méritait d'être
signalée. 11 faut en tout cas, je pense, restituer à Nakhiti les titres
de ,j^^^ O U et de <:^> | | |, dont le dernier implique des
fonctions qu'une femme serait peu apte à remplir.
« Les tombes qui ont été déblayées ont une disposition uni-
forme. Elles se composent d"une chapelle creusée en plein roc,
dont le plafond est étayé par un ou plusieurs piliers mal équarris
réservés dans la masse, où étaient déposées, d'ordinaire, les
statues de double. On y pénètre par une porte basse soigneuse-
ment taillée à angles vifs. Le sol de cette chambre est percé de
puits peu profonds, de nombre variable, suivant la fortune du
mort ou le nombre des membres de sa famille qui devaient
reposer en sa compagnie, au fond desquels s'ouvre un caveau
exigu que viennent encombrer le cercueil et les objets destinés à
assurer au défunt, dans l'autre vie, le confort désirable. Quelque-
fois, lorsque la place manquait, la chapelle se prolongeait d'un
réduit étroit qui tenait lieu à la fois de puits et de chambre
sépulcrale. Les plus pauvi'es se contentaient d'une sorte de
cellule oblongue dans laquelle se logeait tant bien que mal une
caisse anonyme. L'hypogée de Nakhiti appartient au type le
plus complet. Il fut ti^ouvé intact , tel que les employés de la
nécropole l'avaient laissé lorsqu'ils en condamnèrent l'accès par
de gros blocs de pierre. Il nous fallut, le puits vidé, pour péné-
trer dans le caveau principal, déplacer une barrière formée d'un
couvercle de cercueil coupé en deux, qui en bouchait l'ouverture,
masquant un spectacle qu il est rare de contempler. En efTet, rien
n'est plus curieux et plus impressionnant à la fois, que la vue de
ces figurines si variées d'aspect, qui tiennent compagnie au mort,
placées autour et sur son cercueil, dans un désordre pittoresque.
C'est tout un monde nouveau qui se révèle, vaquant encore,
après des milliers d'années de ténèbres, à des occupations
familières : porteuses d'oies, matelots à la manœuvre sur leurs
bateaux minuscules, greniers où le scribe, calame en main, enre-
gistre les redevances en nature qu'apportent les fellahs, bou-
1903. 28
,
404 SÉANCK DU 11 SEPTEMRRK 1903
chers égorgeant la victime, i'emnies fabricant la bière et le pain
pour la table fin maître, rien ny manque. La pièce capitale qui
fut trouvée dans cette tombe est une statue en bois représentant
Xakhiti debout, haute de l m. 72.
« I^a fin de la campagne fut consacrée au déblaiement de deux
des zones inférieures de la nécropole, où l'on ne trouva guère
que des excavations ayant servi de sépulture à des gens de basse
condition.
« Avant de se rendre à Assiout, M. Palanque avait séjourné
pendant quelques semaines à Baouit, où il a recueilli un petit
nombre de documents nouveaux. Je l'avais particulièrement
chargé de veiller à ce que les constructions mises au jour dans
ce cimetière pendant la campagne précédente fussent respectées
par les sebakhin, ne pouvant, pour cette année, faute de crédits,
entreprendre de nouvelles recherches dans cette localité. J'ai ,
depuis, abandonné ce terrain à M. Clédat, afin qu'il y continue
les recherches commencées en 1901-1902.
« Peut-être ne parailra-t-il pas indillérent qu'après une période
de cinq années d'application d'un nouveau régime, je résume ici
les résultats acquis pendant ce laps de temps.
« Le décret de réorganisation de la Mission française et sa
transformation en Instilul français d'archéologie orientale datent
du mois de mai 1898. Ce ne fut guère qu'en 1899 que les tra-
vaux scientifiques de l'Listitut, entravés par l'installation du
nouvel immeuble et la maladie de M. Bouriant, furent réguliè-
rement repris. Ils débutèrent par une courte mission de fouilles
que je fis à Meir et qui eut pour résultat la découverte d'une
tombe princière de la xn'' dynastie renfermant une liste malheu-
reusement mutilée des sires de la principauté de Gusa' depuis la
vi'' dynastie. Les lombes déjà connues furent déblayées à fond,
et je pus, l'année suivante, en confier le relevé à M. CJcdat.
M. Gnilmant achevait, pendant l'hiver, à lîiban el-Mnlouk. la
copie du tombeau de Hamsès IX.
« La campagne de lS'.t9-19(M) lut consacrée au déblaiement et
au relevé pcn'tiel du petit li-mple d'Isis, à Dendérah, auxquels je
SÉANCE DU 11 septembrl: 1903 40")
consacrai la lin de 1899 el le mois de janvier 1900. Rappelé au
Caire par des alFaires administratives, je dus écourler mon séjour
dans la Haute-Eg^ypte. Pendant ce temps, M. Munier visitait les
temples en vue d'y recueillir les éléments d'un travail d'ensemble
sur les chapiteaux égyptiens de l'époque ptolémaïque.
(i L'année 1900-1901 lut marquée parles fouilles que je conduisis
autour de la pyramide ruinée d'Abou-Roash , et qui permirent
de fixer le nom du roi constructeur de ce monument, qui était
demeuré inconnu jusqu'alors. C'est un pharaon de la iv*^ dynastie,
nommé Didoufri. J'ai recueilli, au milieu des ruines, les statues
fragmentées de ce souverain et de plusieurs membres de sa
famille : ce sont les seuls documents authentiques contemporains
de son règne quenous connaissions. M. Salmon, membre arabisant,
fît, à la fin de l'hiver, un séjour de quelques semaines à Damiette.
« En 1901-190'2, je repris les travaux à Abou-Roash ; mais je
fus contraint de les abandonner presque aussitôt. M. Clédat, que
j'avais chargé de fouilles dans la nécropole copte de Baouit, avait
eu l'heureuse chance d'y trouver de très beaux et nombreux
vestig-es de lart byzantin. J'allai le rejoindre, accompagné de
M. Palanque, qui avait son chantier à El-Deir, près d'Abou-Roash,
afin de pousser les recherches avec l'activité qu'elles méritaient,
un seul Européen ne pouvant suffire à toute la besogne. M. Salmon
fut envoyé une seconde fois en mission à Damiette.
« On a pu voir, par ce que j'ai rapporté plus haut, que l'hiver
1902-1903 ne l'a cédé en rien, quant aux résultats acquis, à ceux
qui l'ont précédé.
(( Dans la section arabe, MM. Casanova et Salmon, poursui^ ant
le plan d'études tracé par M. Maspero lorsqu'il créa l'Ecole du
Caire, ont entrepris l'étude archéologique de certaines parties du
Vieux-Caire. M. Salmon a déjà publié un premier mémoire sur
le quartier de la Kal'at al-Kabsh et la Birkat al-Fîl. M. Casanova
nous donnera bientôt, si sa santé le lui permet, un important tra-
vail sur Fostat, ainsi qu'un nouveau volume de la traduction de la
Description de l Egypte de Makrizi, commencée par M. Bouriant.
« Les monuments découverts pendant nos fouilles ont été expé-
diés au Musée du Louvre, qui a reçu, en deux envois, depuis le
mois de janvier, deux cent cinquante caisses d'antiquités ; un
autre lot de dix caisses est prêt à partir.
406
SEANCE DL
SKPTEMHUi;
1003
« J'ai été assez heureux pi uiracquérir, l'an dernier, deux lableltes
cunéiformes inédites de El-Amarna. L'une était adressée au roi
d'É^'-y()te par le roi d'Assyrie Assur-uhallil ; l'autre émane d'un
gouverneur palestinien, dont le nom n'était pas connu par
ailleurs, Yabi sar. Ces documents ont été publiés par le 1{. P.
Scheil dans le Bulletin de l'insfilul franç;iis (t. Il, p. I 13 ; ils
seront déposés sous peu au Musée du Lou\'re.
« L'Institut a publié, pendant les cinq dernières années, cinq
fascicules de ses Mémoires (deux de l'ancienne série, trois de la
nouvelle); sept autres sont sous presse, donl quatre parailronl
avant la lin de l'année, huit sont eu préparation ; un nouveau
Bulletin a été créé, dont deux volumes sont en vente, un troisième
sera livré en novembre; le premier tome d'une Bibliothèque des
HffiJjisHnts français, établie sur le modèle de la Bibliothèque
é(/qptolo(fique de M. Maspero, qui a rendu de si grands services,
est actuellement à la composition. Je dois ajouter cpie nos nou-
velles publications ont reçu bon accueil et que VOricnlHlistische
Liltenilur-ZeiiuiKi . parlicidicremeut, Icui- a consacré plusieurs
articles élogieux.
« In atelier de typographie annexé à notre Kcole, et dirigé
pai-moi, fonctionne régulièrement depuis 1899, et son organi-
sation n'a pas été le moindre de mes soucis. La création en était
prévue par le décret constitutif de 1 Institut. L'entrei)rise était
peu facile à réaliser tlaiis un pays tel ipie l'I^gyple, où les
ressources industrielles font défaut et où la main-d'nMi\ re maucjue
ou est de mauvaise qualité. J'ai réussi , cependant , dans cette
tentative : nos dernières publications ont été imprimées à l'Insti-
tut. Une vingtaine de volumes sont sortis en outre de nos presses;
ils peuvent rivaliser avec les travaux exécutés par les bonnes
imprimeries orientales d'Europe. Ils nous ont été commandés
par des particuliers ou des établissements scientiliques de l'Egypte,
paiiiculièrement par le Service des antiquités, grâce à l'appui
bienveillant de M. Maspero. J'ai adjoint, en 190:2, à notre
imprimerie, un atelier de fonderie en caractères, grâce auquel je
puis faire fabricjuer sur place, sans perte de temps, les types
nouveaux dont nous avons souvent besoin pour nos impressions,
ainsi que des caractères d'usage courant, n
II
t 1
407
COMMUNICATIONS
UNE NOUVELLE GROTTE A PAROIS GRAVEES
A l'époque PRÉHISTORIQUE :
LA GROTTE DE TEYJAT (dORDOGNE) ,
PAR MM. LE D'" CAPITAN , l'aRBÉ BRELIL ET PEYRONY.
On sait que depuis quelques années on a signalé sur les
parois de quelques grottes obscures, généralement à une
certaine distance de Tenti-ée de ces grottes, des gravures et
des peintures d'animaux remarquablement exécutées. L'en-
duit stalagmitique épais qui recouvre certaines de ces œuvres
d'art primitives, le style identique à celui des gravures sur
os ou ivoire qu'on retrouve en plein milieu des foyers de
l'époque de la Madeleine (quaternaire supérieur) , enfin
l'analyse artistique de ces figures, — tout cela permet de
les attribuer très légitimement aux hommes qui vivaient
alors à l'époque magdalénienne en même temps que les
animaux qu'ils ont si bien figurés (cheval, bisons, rennes,
mammouths). D'ailleurs, aujourd'hui, l'authenticité de ces
productions artistiques n'est plus contestée.
Nous rappellerons que, dès 1875, de Sautuola avait
reconnu et publié en 1880, des peintures et des gravures
sur les parois de la grotte d'Altamira, près Santander
(Espagne). En 1878, Chiron avait remarqué les gravures de
la grotte Chabot, près d'Aiguèze (Gard). 11 publia le fait
en 1889. En 1895, E. Rivière a signalé les gravures des
parois de la grotte de la Mouthe , près des Eyzies ( Dor-
dogne). En 1896, Daleau a fait connaître celles de la grotte
de Pair-non-Pair (Gironde). En 1901, nous avons signalé
la grotte des Combarelles, puis celle de Font-de-Gaume
408 UNE NOUVELLE GRf)TTE A PAHOLS GHAVÉES
(toutes deux à quelques kilomètres des Eyzies, Dordog'ne).
Sur les parois de ces deux grottes , nous avons découvert
de très nombreuses gravures et peintures. L'Académie a
bien voulu nous permettre de lui montrer quelques-unes
des reproductions que nous avions exécutées de ces figures.
L'année dernière, MM. Félix Régnault (de Toulouse) et
Cartailhac ont nettement reconnu des gravures et peintures
sur les parois de la grotte de Marsoulas , près Salies du
Salât (Haute-Garonne). Enfin, Tannée dernière également,
MM. Cartailhac et Breuil ont étudié et reproduit les gra-
vures et les peintures des parois de la grotte d'Altamira ,
près Santander (Espagne) , reconnues par de Sautuola dès
1875, ainsi qu'il a été dit ci-dessus.
Cette année même, nous avons eu l'honneur de montrer
à l'Académie la reproduction des figures qui existent sur les 4
parois de la grotte de Bernifal (également près des Evzies), f
que l'un de nous (Peyrony) avait découvertes et que nous •*
avions relevées et étudiées ensemble l'année dernière. î
Soit donc un total de huit grottes, toutes sombres et sur - i
les parois desquelles existent ces remarquables manifesta-
tions artistiques, les plus anciennes connues. Toutes ont un
air de famille indiscutable, et si dans leur technique, dans -^^
certains détails, elles diffèrent un peu les unes des autres, ^
elles constituent un usage très particulier, mais dont on
peut aujourd'hui encore retrouver de curieuses survivances ^
chez les Boschimens et les Australiens de la côte Ouest,
ainsi d'ailleurs que M. llamy l'a fait remarquer ici-même.
Il s'agit, dans ces cas, de gravures et de peintures exé- ;
cutées sur les parois d'abris ou de grottes et représentant
ordinairement des animaux, et parmi les animaux presque
exclusivement ceux qui peuvent être utiles à l'homme,
comme l'a fait observer M. Salomon Reinach. ^;
A la .suite de notre dernière présentation des figures de la
grotte de Bernifal. nous avions dit que certainement il
devait en exister dans d'autres grottes. '^
LNE NOUVELLE GROTTE A PAKOIS GRAVÉES 409
Notre prévision vient d'être réalisée. Aussi avons-nous
pensé qu'il était de notre devoir d'en avertir immédiatement
l'Académie en lui fournissant quelques renseignements
préalables.
Au mois d'août de cette année, M. Cartailhac causait
avec l'un de nous (Breuil) des diverses g-rottes préhisto-
riques déjà connues et qu'à son avis, il y aurait lieu d'exa-
miner spécialement au point de vue de la possibilité de
l'existence sur leurs parois de gravures ou peintures préhis-
toriques. Il lui signala une grotte située dans le villag-e de
Teyjat à 3 kilomètres de Javerlhac, station de la ligne de
chemin de fer de Thiviers au Queroy, entre Angoulême et
Nontron. M. Perrier du Carne avait recueilli, en 1889, dans
cette grotte, des silex magdaléniens et cinq remarquables
gravures sur os représentant des chevaux et des bisons.
C'est tout près de l'école des garçons du village de Teyjat,
à 10 mètres environ de hauteur dans la paroi rocheuse, que
s'ouvre cette grotte dont l'entrée, rétrécie par les éboulis,
n'a guère plus de 50 centimètres sur 80. Presque immédia-
tement , la grotte s'élargit et mesure environ 2 mètres de
largeur sur une hauteur de 2 mètres environ. Elle se divise
presque aussitôt en deux branches.
L'une , celle de gauche , se prolonge durant 30 mètres ;
ses parois sont recouvertes d'enduits stalagmitiques épais.
Elle est fort humide. A l'extrémité, qui se trouve à 9 mètres
plus bas que l'entrée, existe un ruisseau qui traverse la grotte
et réapparaît au dehors, à une vingtaine de mètres devant
la grotte, pour former la fontaine du village. La branche de
droite est au contraire très sèche; pour y pénétrer, il faut
d'abord ramper pendant quelques mètres, puis elle s'élargit
et mesure 4 mètres de large sur 3 mètres en moyenne de
hauteur. Au bout de 28 mètres, elle se divise en deux ; l'un
de ces prolongements , celui de droite , qui mesure 1 6 à
20 mètres, est fort humide; l'autre, au contraire, celui de
gauche, sec comme 1 origine de cette bifurcation, mesure
410 UNE 1S0LVEI.L1-: GROTTE A PAROIS GRAVÉES
15 mètres de longueur, puis la g^rotte se prolonge encore
durant un(! vingtaine de mètres. Elle est alors fort humide.
C'est précisément à 10 mètres environ de l'entrée de la
branche de droite, qu'en 1889, M. Perrierdu Carne a recueilli,
dans une fouille exécutée en pleins foyers préhistoriques
formant le sol de la grotte, l'industrie magdalénienne et les
remarcpiables gravures sur os et ivoire dont nous parlions
plus haut.
Un examen minutieux et fait systématiquement tout
d'abord par l'un de nous (Peyrony) des parois de cette
grotte , fort irrégulières ou rongées par les eaux , ne nous
avait révélé la présence d'aucun dessin préhistorique. Mais
à 10 mètres juste de l'entrée de la grotte, précisément au
point oiî avaient été exécutées les fouilles anciennes, il existe,
descendant de la paroi gauche, une sorte de large cascade
de stalagmite k surface parfaitement régulière , haute de
I "* 70 environ et faisant dans la galerie une saillie de 1 '" 80,
sur une largeur de 2 mètres environ, qui était presque entiè-
rement enduite d'argile. 11 fallut un lavage soigneux pour
pouvoir examiner cette surface; il lut alors facile d'y recon-
naitre toute une série de gravures en tous points analogues
à celles des grottes déj;» connues, mais plus lines et tracées
d'un trait ferme et net, avec une inc()niparal)lt.' habileté.
Un premier examen nous a permis de reconnaître immé-
diatement et de pouvoir cal({uer les animaux sui\ants,
groupés en trois panneaux. Nous pi'ésentons ces (.;il(|ues à
l'Académie. l
Un premier panneau occupe la pailic moyenne du bloc '(
stalagmitiipu' sur la face tournée mts le fond de la gi-otte.
II conticnl deux ligures de bovidés ii gauche, se suivant,
mesurant chacun il) et oO centimètresde lon<rueur sur30 cen-
timètrcs (le hauteur; ils soûl très soigneusement gravés et
d'uii l'or! joli dessin. Les cornes sont iortement incurvées
eu a\antcl en bas. Les pattes sont liuciucul (lcssiu('>es ; les
oi'iraut's «jéuilaux du inàle pl.iei' ;'i (li<iili' ucllcnicut indi-
UNE NOUVELLE GROTTE A PAROIS GRAVÉES 411
qués. Les caractères des bovidés sont soif^neusement mar-
qués. L'aspect général des animaux donne bien l'impres-
sion que l'animal en avant est une femelle, tandis que le
mâle en arrière est plus lourd, plus massif.
Sur le second panneau, placé un peu plus haut, sur la
face tournée vers l'intérieur de la galerie, on voit un cheval
à gauche, qui semble marcher, mesurant 40 centimètres de
longueur sur 2o centimètres de hauteur ; il a une grosse
tête et bien les caractères du cheval quaternaire. Devant lui,
mais disposé inversement, les pattes en l'air, un renne très
typique mesurant 30 centimètres de longueur sur 22 de
hauteur; la silhouette du corps, la disposition de l'andouiller
inférieur sont caractéristiques.
Sur le troisième panneau , au-dessus du précédent , est
gravé un remarquable bison à droite, mesurant 48 centi-
mètres de longueur sur 38 de hauteur; l'aspect général,
les caractères de l'animal, tête, bosse dorsale, pattes, tout
est remarquablement figuré. Devant lui, à droite et en
l'air, se trouve un petit bison d'un travail moins soigné ; il
mesure 22 centimètres de longueur sur 17 de hauteur.
Au-dessus du grand bison existe à gauche une figure
d'un petit équidé marchant à droite, d'un fort joli dessin;
la crinière est courte, la queue glabre, la tête petite. Ses
caractères sont très différents de ceux du cheval du pan-
neau précédent; c'est le type hémione ; il mesure 18 centi-
mètres de lono-ueur sur 10 de hauteur.
Enfin, au dessous et en arrière du grand bison, sont figu-
rés, pattes en l'air et tête à gauche, deux animaux mesurant
respectivement 30 centimètres de longueur sur lo de hau-
teur et 18 centimètres sur 12; ils ont un corps fin, une
queue très courte et portent des cornes. Il s'agit de repré-
sentations soit d'antilopes, soit de cervidés.
Telles sont les neuf figures tout à fait évidentes que nous
avons pu identifier dans un premier examen. Nous allons
étudier ces figures en détail et voir s'il n'en existe pas
412 SÉANCE Dr 18 SEPTEMBRE 1903
d'autres. Nous tiendrons l'Académie au courant de ces nou-
velles investigations, mais nous avons pensé, étant donné
le très réel intérêt qui s'attache à ces productions artistiques
primitives, pouvoir aviser, immédiatement et avant tous
autres, l'Académie de cette découverte qui porte à neuf le
nombre des grottes à parois gravées ou peintes à l'époque
préhistorique quaternaire qui sont actuellement connues.
LIVRES OFFERTS
Le SECRÉTAinE PERPÉTUEL ofTpc, au nom de laulour, M. E. Jovy,
professeur au collège de Vitry-le-François , un travail intitulé : Un
opuscule altrihuable à Pascal. Les <( Réflexions sur les vérités de la
reli(/ion chrétienne » (Vilry-le-François, 1903, iu-S").
SÉANCE DU 18 SEPTEMBRE
M. IliiMOLi.E, directeur de 1" Ecole l'ranvaise (rAlhèncs, adrest>e
à rAcadémie uti rapport de M. Durrbach sur les l'ouilles de
Délos
La lecture de ce rapport sera portée à l'ordre du jour de la
prochaine séance.
Le capitaine Lenfant, charj^é par l'Académie d'une mission
scienliliquc dans l'Afrique centrale, écrit au Secrétaire perpétuel
à la date du 11 aoijt, de Lokodja, pour lui annoncer qu'il vient
sÉANci: rn 18 septembre 1903 413
d'arriver au confluent de la Bénoué. Il donne ensuite quelques
détails sur les préliminaires de sa mission.
M. Clermont-Ganneau achève sa communication relative à
deux chartes des croisés dans les archives arabes.
M. b^niile Ruelle lait une communication sur un traité astro-
nomique faussement attribué à Jean Tzetzès.
« Onhldansla. Bibliotheca graeca de Fabricius, édition Harles,
t. XI, p. '243 : Jo. Tzetzis scripta inedita:... In expeditos Plo-
lemaei canones. Paris, in bibliothecae publicae cod. MMGLXII.
« En effet le manuscrit 2162, fol. 211-232, contient, avec la
suscription 'lojàvvou toU TÇét^ou , la première moitié d'un traité
anépigraphe précédé de la table des trente-trois chapitres qui le
constituent.
« Les catalogues des manuscrits grecs de la Bibliothèque natio-
nale devaient naturellement enregistrer cette attribution, qui a
trompé Fabricius, ou plutôt Harles.
« Or ce texte n'est autre chose que le commentaire sur les Tables
manuelles de Cl. Ptolémée placé dans presque tous les manus-
crits sous le nom de l'empereur Héraclius ', et que le philologue
Usener, qui en a publié vingt-huit chapitres, croit devoir rendre
en majeure partie à Etienne d'Alexandrie, contemporain de ce
prince^, et cela, sur la foi du seul Urbinas 80, où le traité a reçu
la suscription suivante : ST£c&y.vou aeyiXou ci'.Xoaocpciu xal 'AXs^av-
Bpécoç oia(7icp-/)(Jtç k\ oIxelcov 'jTroosiyixxTwv tY;; tcov Tz^oyeipiov xavovwv
« Dans le manuscrit 2162, du xvi" siècle, le texte comprend seu-
lement les chapitres 1 à 15, et encore ce dernier est-il incomplet.
Le manuscrit 2492, du xiv"^ siècle^, contient, du traité, un texte
beaucoup plus étendu que le 2162.
« Il est à remarquer que l'attribution à Héraclius dans le 2492
est une double surcharge tracée au xv*^ siècle : 1° au-dessus de
1. Du Ganj^e admettait cette atti-ibution (Chronicon paschale, p. .\,\v).
2. Selon Usener (De Stephano Alexandrino commentatio, p. 35-36), les
chapitres 1 à 27 seraient d'Etienne et les trois derniers d'Héraclius.
3. Usener, p. 35, date ce manuscrit du xin" siècle.
414
SÉANCE DU 1(S sf.ptemhrf: I!M)3
la table des chapitres; •}' h la lin du texte, sous les formes
suivantes :
« 1° "AvaxTÔ? lariv r^ [iiêXo; Ilpa/.Àîi'oj
Xal 0'?|X0V STtlV Ix T£ OY, T(t)V XZVÔVWV
xxl Twv £T(ov (ijv OYi^'-v «TTo <l>'./t''::7rou
" 2° (En marg'e) 'EvTxCOa TÉpixa to-j (jc^ou Sx'j'.Xéoj; 0£copY,a7.T(ov
sic ■KZOydz.Qxj'^ xzvôvz;.
« Ces surcharges prouvent que le copiste avait laissé son texte
sans nom d'auteur. Dodwell a publié avec traduction latine les
trois derniers chapitres du traité dans l'Appendice de ses Disser-
laliones Cyprianicae. Il l'attribue sans hésiter à l'empereur
Héraclius. Mais l'abbé Ilalma, qui a réédité ces chapitres et les
a traduits en français, estime qu'il est dû soit à Héraclius, soit à
un astronome écrivant sous son inspiration.
« Une explication nous vient à l'esprit en jetant un nouveiiu
coup d'œil sur le manuscrit 21(ri. Peut-être Jean Tzetzès n'est-il
que l'auteur de la table des trentre-trois chapitres qui précède le
traité, resté anépij^^raphe , sur les Tables manuelles. Mais cette
conjecture exige les plus expresses réserves. »
M. Léger communique un mémoire sur le Corfcç/i'ano de IJaldas-
sarre Castiglione comparé à son adaptation polonaise par Lucas
Gornicki. Cette adaptation permet de constater les difl'érences
qui existaient dans la seconde moitié du xvi'' siècle entre la
société ilalienne cl la société |)olonaise. Ainsi les personnages
féminins qui figurent dans l'original italien sont complètement
supprimés dans le texte polonais. Les allusions à la langue ila-
lienne et à ses dialectes sont remplacées par des considéi'ations
très curieuses sur les rapports des langues slaves à l'épocpie de la
Renaissance.
I. I.;i ccsl il lit iiiii (le ces vers l'st duc à Mm\. Hnniifl . qui la cuiuiiiuiii-
(|ll(W' il 1 '•-ruci'.
415
Ln'RES OFFERTS
Le Secrétaire perpétiel dépose sur \r l)ure?M de l'Académie le
fascicule n" 2 du tome III du Bullelin de F Ecole française d'Extrême-
Orient, avril-juin 1903 (Hanoï, 1903, in-8°!.
M. H. Omont offre à l'Académie deux opuscules dont il est l'au-
teur :
Manusci ils de la bibliothèque de sir Thotuas Phillipps, récemment
acc/uis pour la Bibliothèque nationale (Paris, 1903, in-S"; extr. de la
Revue des Bibliothèques);
Bibliothè(iue nationale. Nouvelles acquisitions du département des
manuscrits pendant les années 1 900-1 902, Inventaire sommaire, par
M. Henri Omont, membre de l'Institut, conservateur du département
des manuscrits de la Bibliothèque nationale (Paris, 1903, in-8°).
M. Babelon a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de présenter à l'Académie un ouvrage intitulé :
Discursos de Medallas y Antiguedades que compuso el muij ilusfre Sr.
D. Martin de Gurrea y Aragon, duque de Villahermosa, conte de
Bibagorza, sacados ahora a luz por la E. S. dona Maria del Carmen
Aragon Azlor, actual duquesa del mismo titulo, con una Noticia de
la vida y escritos del autor, por D. José Ramon Melida (Madrid, 1902,
gr. in-S").
« L'auteur de cette publication, M. Melida, conservateur du Musée
archéologique et du Musée de reproductions artistiques de Madrid,
l'a fait précéder d'une notice sur la vie et les écrits de don Martin,
duc de Villahermosa, qui, né en 1526, fut un grand amateur d'art et
un passionné collectionneur comme beaucoup de grands seigneurs
de son temps. Cet exposé historique de M. Melida, écrit d'après les
archives de la famille de Villahermosa, offre un grand intérêt pour
l'histoire des arts et de la curiosité en Espagne à l'époque de la
Renaissance. On en jugera rien (ju'à la liste des documents inédits
sur lesquels elle s'appuie, et h l'examen des illustrations qui accom-
pagnent celte notice : c'est la reproduction des portraits des ducs de
Villahermosa; ces portraits de famille, dus à un artiste flamand du
xvi'= siècle, Bolam de Mois, appelé par le duc à Saragosse, sont des
416 SÉANCE DL" 2o SEPTEMBRE 1903
œuvres des plus remarquables. Don Martin, duc de Villahermosa,
avait une importante collection d'objets d'art de toutes sortes, et il
était en relations suivies avec le cardinal Granvelle et les autres
grands collectionneurs de son temps; il voyagea même en France, en
Italie et en Angleterre. Il rédigea, sous le titre de Dincnurs, une
description raisonnée de ses médailles et de ses antiques. C'est ce
manuscrit que publie M. Melida dans la seconde partie du présent
volume. Des médailles grecques, romaines et hispaniques qui sont
ici décrites et repi'oduites, aucune n'est une variété nouvelle ou
même rare; il en est autrement des médailles de la Renaissance
I)armi les(pielles je remanpie les médailles fort belles do membres
de la famille de Villahermosa, qui, certainement, font défaut dans
toutes les collections françaises. Enfin, pour les statues de bronze et
de marbre de l'antiquité ou de la Renaissance, il est l'orl intéressant
de constater aujourd'hui, avec M. Melida, leur présence dans les
musées de Madrid, de Sarragosse ou dans d'autres collections espa-
gnoles. On ignorait l'origine d'un bon nombre de ces monuments, et
tous les archéologues savent (|u'il est souvent, pour des raisons mul-
tiples, important de pouvoir ainsi retrouver la provenance et recons-
tituer l'étal civil de monuments <pii figurent actuellement dans nos
musées. Le livre que vient d'écrire M. Melida n'est pas mis dans le
commerce; Te-xemplaire que je dépose sur le l)ureau est olfert à
l'Académie par la duchesse de Villahermosa elle-même. »
SKAXCK DU 25 SKPTKMHHK
M. Legkh est désigné pour fiiire à la séance Iriniestriclle de
rinslilut, qui doit avoir lien le 7 octobre, une lecture sur Le
« CorleqÏHiio « de liahla.ssurre Ciislif/liOne et le « Cuiirlisan »
polonuis de Lucas (jornic/ii.
M. ClivKMONT-G.vnneai' donne Icclui-i' d une inilc mtitiiléi' : Le
chrisnie conslnnlinien sehm Mas'oiidi.
SÉA.M:L du 25 SEPTEMBRE 1903 417
L'historien arabe musulman Mas'oùdi ', se faisant l'écho d'une
croyance populaire , accueillie avec faveur par les auteurs chré-
tiens eux-mêmes^, attribue à sainte Hélène la fondation d'une
foule d'églises en Orient :
Toute église, dit-il, en Syrie, en Egypte et au pays de Roum, a été
construite par cette reine Hélène, et l'on a placé son nom avec la
croix dans toute église bâtie par elle.
L'assertion contenue dans la dernière partie de la phrase, et
que j'ai soulignée, appartient en propre à Mas'oûdi. Elle peut
paraître tout d'abord assez extraordinaire. Quel peut bien être
ce prétendu nom d'Hélène qui serait ainsi associé à la croix et
répandu à profusion dans les anciennes églises d'Orient?
Le dire de l'auteur arabe n'est pas aussi imaginaire qu'on
pourrait le croire. Il repose, en effet, comme je vais le montrer,
sur l'observation d'un fait archéologique qui, pour être interprété
par Mas'oùdi d'une façon quelque peu fantaisiste, n'en est pas
moins réel. Voyons la suite.
Mas'oiidi, pour justifier ce qu'il vient d'avancer au sujet du
nom d'Hélène, ajoute aussitôt :
La lettre h;î 3 n'existe pas dans l'alphabet grec, et le nom de Hélène
— J-lis '* — se compose de cinq lettres. La première est une imâlé (e),
et sa valeur numérale est cinq ; la seconde est un lâm (X) valant
trente; la troisième, une autre imâlé [b], valant également cinq; la
quatrième, un noiin (v), valant cinquante; la cinquième, un -(â (i),
valant dix, ce qui donne au total le nombre cent, concordant numé-
1. Prairies d'or, éd. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille, t. II.
p. 312-313.
2. Cf. Recueil d'arch. orient., t. IV, p. 356.
3. Représentant l'esprit rude dans la transcription arabe.
4. Pour les besoins de sa démonstration. Mas'oùdi adopte cette forme,
au lieu de celle — J-L» — plus généralement employée en arabe, et par
Mas'oùdi lui-même dans d'autres ouvrages, par e.xemple, dans son Tanbih.
Cf. les transcriptions syriaques ■ - >) 'Q^ et - < ^ <^
1 1 8
SÉANCE DU 2o SEl'TKMliltE 1003
l'iqiiemeiil avec ce que nous venons de dire(?)'. Voici la forme des
lettres cjui font ce nombre cent en grec -.
L'auteur arabe, on le voit, épelle donc, à sa manière, le nom
f^rec d'Hélène, 'IvivY,, en indiquant pour chaque lettre la valeur
qui lui est propre dans le système de numération grecque. L'écri-
ture arabe n'ayant pas de signe correspondant à Vepsilon, il est
obligé de désigner approximativement celui-ci par le nom de
imûlé, lequel exprime le virement du son h en e dans certains
dialectes arabes-'. l']n outre, il remplace Vùla linal par un ioUt,
en vertu du iotacisme prédominant à cette époque. C'est grâce à
ce dernier artifice qui! obtient le nombre 100; autrement, s'il
a\ait gardé le y, orthographique, qui vaut 8, il n'aurait obtenu
1. Le Icxlc poi-le : bi-i .i U U ',_^:d>.i, ce que les traducteurs ont
rendu par : " nous résunums ici ce que nous a\ons développé ailleurs. »
J.a liaducliiiu est irri'-pi-ncliahlc en soi, mais j"ai des doutes sui' le texte
même. L'explication que donne ici Tauteur est ti-op clrtaillée pour ([u'il la
présente comme le résumé de quelque passage plus développé d'un autre
de ses ouvrages. Je serais tenté de corriger ' ,L^s;:^' en ',Lo:s^], " en
calculant», ce qui conduit à la traduction que je ne prnpose naturellement
qu'avec les réserves nécessaires. Je dois faire remarcpier, toutefois, en sa
faveur, qu'elle a l'avantage de relier entre elles les deux phrases de
Mas'oûdi en jiréscntant la seconde comme la justification de la première,
ce qui est réellemcnl le cas, ainsi que cela va ressortir de ma ilémonslration.
2. l'iu- lacune dans le lexle. h i. devaient êlre figurés les caractères grecs
eux-mêmes énumérés par l'auteur. (Ouel([ues manuscrits en porlcnl encore,
parail-il [op. r., note, p. îôi), des traces grossières. Il serait intéressant
de les examiner de près et de voir si, dans le nombre, il n'y aurait
pas les éléments du nionogiannuc constantinicn fjui, ainsi (jue je vais le
faire voir, est visé ici. Peut-être faut-il lire : ^- J' i>^j"J^ ) w' >J"^ '- *J
jj U" a* <• et voici la forme de la lettre qui vaut cent en grec », au lieu de
^^ y^^ " les lettres ■> : 1 emploi de jî, et non de _?, est en faveui- de
cette conjecture. Dans ce cas, le manuscrit original devait simplement
donner l'image d'un r/io grec, valant 100.
3. On remarquera que ce virement est applical)lc précisément à la
transcription j\î, emplovée par l'auteur et courante en arabe; il faut,
en clïel, prommccr, non pas Heli'tni, mais Ilelèni, ce qui correspond très
exactement à la pnmonciatifui grec((uc réelle, avec l'esprit rude représenté,
rac<-eutualion conservée <'t enfin riolacisuu- applitiué à l'é/.i : l'^ÀiV..
SÉANCE DU 23 SEPTEMBRE 190."] 419
que le nombre 98, ce qui, on va comprendre pourquoi, ne lerait
pas l'affaire.
A première vue, on ne saisit pas très bien Tintérêt qu'il peut
avoir à arriver à ce nombre 100, non plus que le rapport qui
peut exister entre ce nombre, obtenu par une laborieuse analyse
numérale des lettres composant le nom d'Hélène, et l'assertion,
déjà singulière en elle-même, que le nom de cette sainte reine se
trouve associé à la croix dans toutes les églises censément
construites par elle. Cependant, pour peu qu'on y réfléchisse, la
chose s'explique aisément. Ce que Mas'oûdi a en vue, c'est le
chrisme, dit monogramme constantinien, sous sa forme :^, ou
plutôt -P, monogramme gravé à foison sur les monuments, églises
ou autres, dans la période qui a suivi immédiatement le triomphe
ofliciel du christianisme. Seulement, il appelle en quelque sorte
« hélénien » ce que nous appelons, presque aussi arbitrairement,
« constantinien »;■ voilà tout. Si l'on décompose les chrismes P
ou :^, on a les croix + ou X, plus la lettre P; or, p = 100, et
100 c'est, comme nous l'avons vu, et grâce à un léger coup de
pouce, le total des valeurs numérales des lettres formant le nom
d'Hélène. Ainsi se trouve matériellement justifié le dire de
Mas'oûdi, à savoir que : « Le nom d'Hélène a été placé avec la
croix ». Ce nom, c'est tout bonnement la lettre P engagée dans
le complexe des chrismes.
Il est probable que ce n'est pas l'auteur musulman qui a fait
tout seul cette belle trouvaille. Il a dû l'emprunter à quelque tra-
dition chrétienne populaire. Ces petits jeux d'esprit, inspirés
peut-être par la Gemalria juive étaient bien dans le goût du
temps \ et les Pères de l'Église eux-mêmes y ont attaché souvent
une sérieuse importance.
M. Cagnat donne lecture du rapport de M. Diirrbach sur les
fouilles de Délos^.
1. Témoin, par exemple, les sigles S0 ^= 99 =; à|a.rjv (= i _]_ 40 -f s -[-
50=99), qui sont d'usag-e courant en épigraphie. 11 est possible que ce
soient des pratiques réelles de ce genre qui aient favorisé l'interprétation
populaire du chrisme constantinien telle qu'elle me semble se dégager du
passage de Mas'oûdi.
2. ^'oir ci-api'ès.
J903. 29
420 SÉANCE Dl 25 SEPTEMliRE 100'^
Le Secrétaire perpétuel dit que cette dernière communication
avait été reportée à la séance présente dans l'espoir que M. le
duc de Loubat, qui a si libéralement contribué aux fouilles de
Dèlos, en pourrait entendre la lecture. Cet espoir n"a pas été
réalisé. Mais M. le duc de Loubat pourra lire ce raj)port dans
notre Bulletin.
M. PdTTiKR lit un extrait du troisième volume de son CalHlof/iie
des Vases ilii Louvre : le commerce des vases altiqucs en
Etrurie.
M. Ili;i{()N Di: ^'lLLEI■ossK annonce qu il a reçu du R. P. Uelattre,
correspondant de lAcadémie, la copie d'un fraf^meut dinscrip-
tion latine trouvé, il y a déjà long^temps, dans les déblais qui
recouvraient I orifice des puits de la nécrojiole voisine de Sainte-
Monique , à (L'irthage.
Le texte est gravé sur une plaque de marbre blanc à revers
lisse, épaisse de 0™ 029, dans la partie supérieure, et de O"" 0'2'2,
dans la partie inférieure. Cette plaque, brisée de tous les côtés,
mesure 0'" 'Mi dans sa plus jurande hauteur et 0"' '^ô dans sa plus
Jurande larj^eur. Elle porte les caractères qui suivent :
L- L/
S SER-CA
• ANVS SEX-FVR/ . ..
P- LICINW/.v
/. ceionio . coM M O D O • C O S
H est hors de doute que le texte auquel appartient ce fraj,Miient
était divisé en colonnes et l'enfermait une liste de noms propres
séparés par des dates consulaires eu gros caractères.
A gauclic, il faut coniplélcr les noms des consuls ordinaires de
»"
A- KANINIVS
S EX- PVLLAE/////.V
sex.veluleno.civiCAPOMPE\Afi° SEX • P y Llaenius *'
PROCOS- L- APRO/i/»,s-
A • K A N I N ins
M
sÉA.Nci-; UL" 2o sEP'iLMiuu: IU03 421
l'année 130: A. Ceionias Commodus , adopté et nommé César
par Hadrien au milieu de la même année, et qui, à la suite de
cette adoption, prit le nom de L. Aelius Commodus \'erus, et
son collègue Sex. Vetulenus Civica Ponipeianiis.
La colonne de droite est incomplète ; il y manque les surnoms
des individus mentionnés. A gauche, au-dessus de la date consu-
laire, se trouvait une autre colonne de noms propres dont il ne
reste que des traces fugitives. On y reconnaît cependant la fin
d'un surnom.
Dans la colonne de droite les lettres ont 0'"03 de hauteur ; les
lettres de la date consulaire mesurent 0°' 05 ; celles qui subsistent
de la colonne de gauche ne dépassent pas 0"' 02.
Cartilage a déjà fourni des listes analogues, mais malheureu-
sement toujours à l'état de débris (cf. Bull, archéologique du
Comité^ 1902, p. cci; Corp. inscr. latin. ,y\U, n. 12549.)
M. Héron de Villefosse lit ensuite une note du R. P. Delatti'<
sur quatre figurines en terre cuite , trouvées à Carthage dans la
nécropole punique des Rabs. Elles représentent une femme voilée
jouant du tympanon, une autre femme debout tenant une lyre et
faisant une libation sur un autel, un cavalier, et enfin un groupe
de deux déesses, la mère et la fille, où le R. P. Delattre reconnaît
Astaroth et Tanit ' .
1. Voir ci-après.
422
COMMUNICATIONS
RAPPORT SOMMAIRE SLR LES FOUILLES DE DÉLOS (15 JUIN-8 AOL't)
ADRESSÉ
A M, HOMOLLE, DIRECTEUR DE LÉCOLE FRANÇAISE d' ATHÈNES,
MEMliRE DE l'aCADÉMIE,
PAR AI. F. DlRRliACll. PRftFKSSErH A l'inIVERSITÉ DE TOULOUSE.
Monsieur le Directeur,
Nous venons d achever notre huitième semaine de fouilles.
Chaque semaine, nous avons pris le soin de vous tenir au
courant de l'état des travaux ; sur votre demande , je vous
adresse aujourd'hui, en outre, un court résumé des princi-
paux résultats obtenus jus(|u'à ce jour.
Les débuts d'une exploration comme celle dont vous nous
avez fait l'honneur de nous confier la surveillance sont
nécessairement un peu laborieux. 11 y a des dispositions
matérielles à prendre , un personnel d ouvriers à recruter,
des chantiers à établir, des voies ferrées à poser : mesures
préliminaires qui exig'ent un certain temps et ne vont pas
sans difficultés. Conformément à vos intentions, nous avons
aujourd'hui donné aux fouilles le maximum d'intensité que
comporte notre outillajje. Nous occupons un personnel de
cent soixante hommes, en y comprenant nos contremaitres
et les ouvriers spéciaux que réclame l'exploitation : forg^e-
rous. marbriers, muletiers, bateliers. Sur quatre voies
ferrées, d'une longueur variant entre oO et 400 mètres, et
dont quel(|ues-unes se sui)divisent en plusieurs embranche-
ments, circulent cinquante wag-ons, et l'on peut évaluer à
7 ou 800 mètres cubes la moyenne dis déblais que nous
portons quotidiennement à la mer.
RAPPORT SOMMAIRE SUR LES FOUILLES DE DÉLOS 423
Nous avons arrêté de concert avec vous, quand vous êtes
venu vous-même inaugurer nos travaux , le programme de
nos investigations, et ce programme est double. Il s'agit,
d'une part, de revenir sur les fouilles précédentes, à l'inté-
rieur de l'enceinte sacrée, afin d'achever le déblaiement qui
n'a pu jusqu'ici qu'être ébauché, faute du matériel néces-
saire; il faut, d'autre part, pousser dans des directions
nouvelles, explorer la ville proprement dite qui s'étage sur
les collines autour du sanctuaire, ainsi que les quartiers du
port marchand qui se déploient tout le long du rivage sur
une étendue de plus de deux kilomètres. Entre ces deux
parties de notre tâche , également nécessaires , également
intéressantes et riches en promesses, nous avons cherché à
répartir également nos efforts; nous pouvons, dès à présent,
nous déclarer satisfaits des premiers résultats.
I. — Le sanctuaire et ses abords immédiats étaient
restés encombrés par les déblais des fouilles antérieures qui
n'avaient pu être transportés plus loin; ces monceaux, qui
gênent la circulation, interceptent la vue et la claire intel-
ligence des édifices, recouvrent souvent des coins inexplo-
rés. Il y a là une des besognes qui s'imposent avec le plus
d'urgence. Ces parages sont au cœur même de Délos, qui
doit son rôle historique et son importance à son culte; la
piété des fidèles y avait disposé presque à chaque pas les
ex-voto de marbre et de bronze ; les administrateurs du
sanctuaire y exposaient , gravés sur des stèles de marbre,
les comptes de leur gestion financière et les catalogues
d'offrandes dont regorgeaient les temples; d'autres marbres
contenaient les lois, décrets et contrats de la cité même;
enfin, des Etats étrangers profitaient de la publicité toute
naturelle que leur offrait l'île sainte pour y afficher un
exemplaire des traités d'alliance ou des conventions qui les
liaient avec d'autres cités. Si les ex-voto ont disparu, les
dédicaces et les textes de toute nature se sont retrouvés en
grand nombre dans les campagnes qui ont été autrefois
424 H APPORT SO.MMAIRE SLR LES FOUILLES DE DÉLOS
(lirig-ées par vous-même et par vos successeurs. Il y avait
lieu d espérer que tous les fragments n'avaient pas été
exhumés encore, et en elï'et notre récolte a été juscjuici
très honorable. Deux points entre autres ont été productifs.
Tout d'abord, le hasard des recherches nous a fait découvrir
un puits, creusé dans le roc. vers langle sud-est du temple;
ce puits est certainement artificiel , car il a une section
nettement rectang-ulaire et des parois verticales; il mesure
environ 5 mètres de côté à son oiifice et va en diminuant
d'ouverture vers le fond, qui est aussi à près de o mètres
de la surface du sol. 11 a été comblé à une époque relative-
ment récente par des matériaux de toute espèce, pierres
conmiunes, terre, marbres, et nous en avons retiré plus
d'une vingtaine d'inscriptions diverses. Si j'ai tenu, Mon-
sieur le Directeur, à attirer votre attention sur cet épisode
de nos fouilles, c'est que j'y vois une indication précieuse
pour l'avenir. On ne pourra considérer les recherches comme
terminées, que lorsqu'on aura atteint, sur tous les points
du sanctuaire, le sol vierge. L'existence de cette carrière de
textes, que rien ne désignait aux regards, n'a pu se constater
que grâce à la méthode que nous avons suivie sur vos
propres conseils, el (jui consiste à épouser étroitement toute
la surface du sol antique. 11 y a lieu d'espérer que l'on fera,
dans la suite, des découvertes aussi imprévues que celle-là;
et (jui sait si l'on ne mettra pas un jour la main sur quelque
dépôt de statues de marbre — comme celui des statues
d'Artémis archaïques cpie vous avez vous-même exhumées
— ou encore sur (juelque lot d'objets de bronze analogues à
ceux qu'ont fournis tous les sanctuaires grecs sans excep-
tion ? lùi dél)I;i\;iuL le pourtour de l'édifice connu sous le
nom de Sanctuaire des Taureaux, vers l'angle nord-esl du
péribole , nous avons mis ;i jour des vestiges de construc-
tions d'époque tardive ; dans li-s murs mêmes ou tout à
côté, nous avons recueilli un second lot dune (h)u/.aine
(riiiseriptifiiis : l'exploration de cette région, nù travaillent
RAPPORT SOMMAIRE SI U LRS FOUILLES DE DÉLOS 425
pour Tinstaiit deux équipes d'ouvriers, nous demandera
encore une huitaine de jours, et il paraît vraisemblable que
nous y ferons d'autres trouvailles. Enfin nous dirigeons en
même temps nos recherches vers l'ang-le nord-ouest du
sanctuaire; la récolte y a été moindre, bien que les fouilles
antérieures dans les mêmes régions y aient été fort produc-
tives.
Le dégagement du sanctuaire n'a pas seulement pour
objet , ainsi que je l'ai dit , de rechercher les textes qui ont
pu échapper jusqu'ici; il a aussi un autre effet, auquel
seront sensibles tous ceux qui ont visité les ruines: c'est
d'éclaircir des coins encombrés, de découvrir l'économie de
certains édifices restés confus , de faire apparaître de nou-
velles lignes de bases. A l'angle nord-ouest, c'est-à-dire aux
environs du Lorinos Oikos, et au sud du temple d'Apollon,
entre le temple lui-même et la ligne des grands portiques
d'une part, et de l'autre entre le rivage et le sanctuaire des
Taureaux, ce résultat de notre campagne est déjà très appré-
ciable; le regard embrasse avec aisance tout ce vaste espace
désormais libre; le plan des édifices y apparaît nettement;
et, pour le dire en passant, il se présente parfois assez diffé-
rent de celui auquel avaient abouti les relevés pris jusqu'ici.
Il restera encore, pour donner à cette région toute sa phy-
sionomie et son caractère , à ranger méthodiquement tous
les marbres, tous les fragments retrouvés des édifices. Au
reste, ce travail même se poursuit dès maintenant concur-
remment avec celui des fouilles. Le grand effet que produit
aujourd'hui le champ de Delphes sur tous les visiteurs per-
met de présager l'aspect que prendra Délos quand le nettoyage
et la toilette du sanctuaire auront mis en pleine valeur le
groupement et l'ordonnance de ses édifices.
II. La ville et le port. — Par une exception unique en
Grèce , Délos a conservé sa ville antique intacte sous les
monceaux de pierres qui la recouvrent. Les parties supé-
rieures des maisons seules se sont écroulées ; mais les murs
i
426 RAl'POKT SOMMAIRE SUR LKS FOUILLES DE DÉLOS
restent debout sur une liault'ur {|ui atteint fréquemment
trois ou quatre mètres. La lij^ne sinueuse des rues se devine <
presque partout sur le sol , et il n'est pas douteux (pie les ^
fouilles, si l'on y consacre le temps et les crédits nécessaires,
ne nous rendent un jour un nouveau Pompei hellénicjue.
Vous avez signalé depuis longtemps, Monsieur le Directeur,
rintérét que présenterait cette exploration poursuivie mé-
thodiquement. La maison grecque ne nous est connue que \
par queLjues allusions bien vagues des auteurs : Délos en
fournira des centaines d'exemplaires, appartenant, selon
toute vraisemblance, à tous les types, depuis le riche hùtel
du négociant jusqu'à l'échoppe de l'artisan. M. Couve, sur
vos conseils, avait , il y a une dizaine d'années, dirigé ses
recherches dans ce sens ; il a pu déblayer cinq maisons,
qui ont amené déjà des constatations fort intéressantes,
exhumé des mosaïques remarquables, des peintures murales,
des œuvres d'art, dont un chef-d'œuvre, une copie du
célèbre Diadoumène de Polyclète. Ce n'est qu'un avant-goût;
les moyens dont disposait M. Couve ne lui permettaient
que quelques essais; et surtout il na pu dégager les alen-
tours de ses maisons, de façon à les restituer dans leur
cadre complet. Nous avons cette année abordé également
cette partie du programme d'ensemble et. pour le début,
attaqué la ville dans les parages (pii sont contigus à la face
orientale du sanctuaire. Le hasard a voulu (pie nos elforts
aient porté, pour le début, sur une région où l'amoncel-
lement des décombres est particulièrement considérable, de
telle sorte que l'avancement du travail, de c(» côté, s'en
trouve retardé. Nous avons reconnu cependant (Kîux amorces
de i-ues perpendiculaires au mur d'enceinte du sanctuaire,
et cela sur une vingtaine de mètres environ ; dans l'inter-
valle entre ces deux rues, nous avons achevé le déblaiement
d'une maison entière, qui est dun type un peu dilVérent
de ceUes (pi'on a reconnues. Ce n'est jjIus , à ce qu'il
.semble, le grand h(jtel privé, mais plul(jt un groupe de
RAPPORT SOMMAIRR SIR LES FOUILLES DE DÉLOS 427
log-emcnts qui a dû être habité par plusieurs locataires.
L'appartement principal est disposé autour d'une cour à
portiques, sur laquelle donnent quatre chambres. Il devait
être occupé par une famille de bourgeoisie moyenne, sans
doute celle dun de ces petits négociants, armateurs ou
banquiers, (jui peuplaient Délos. Une stèle funéraire, décou-
verte dans une des chambres, porte l'inscription : « A
Kerdon , ses associés. » Au-dessous , dans le champ de la
stèle, un bas-relief représente ce personnage étreignant la
proue d'un navire ; Kerdon a dû périr dans un naufrage, et
la stèle doit être un monument commémora tif de cette mort
violente. Il ne subsiste malheureusement que des débris
mutilés de la décoration murale , et pas de mosaïque ; en
revanche , nous avons retrouvé dans la cour des fragments
importants de quatre statues, un torse d'homme nu, por-
tant une chlamyde sur l'épaule , de grandeur un peu infé-
rieure à la taille humaine, et d'un assez bon travail, deux
petites statues de femmes drapées, sans têtes, et d'une exé-
cution plus médiocre, enfin un torse d'homme, très maltraité
et presque méconnaissable ; dans une autre chambre, une
autre statuette de femme drapée, de même grandeur que les
deux précédentes. Ces découvertes, sans être par elles-
mêmes de première valeur, ont cependant leur intérêt à
titre d'indications; elles dénotent le goût de la décoration
sculpturale même dans des intérieurs modestes et font pré-
sumer des œuvres vraiment belles quand on s'attaquera aux
quartiers plus riches : au reste, ceci est plus qu'une conjec-
ture ; c'est une certitude, puisque M. Couve a déjà eu la
bonne fortune de mettre la main sur des œuvres vraiment
distinguées. Outre l'intérêt topographique, le déblaiement
des maisons satisfera certainement l'espoir de belles décou-
vertes archéologiques.
Enfin le vaste quartier du port marchand a également
sollicité votre attention et la nôtre. Nous y avons installé
deux voies ferrées avec quatre équipes d'ouvriers : la pre-
42(S RAPPOUT SOMAIAIRR SUR LES FOUILI.KS DK DÉLOS
mière a attaqué ce quartier par le nord, du coté d'une vaste
place déjà reconnue en partie, afin de relier les recherches
de cette année à celles de nos prédécesseurs ; la seconde c
entamé un des grands magasins qui se développaient plu5
loin vers le sud, après la pointe dite des Pilastres. Vers le
nord , la reconnaissance des ruines se heurte à certaines
ditïicultés, parce que de ce côté il y a plusieurs couches
d'habitations successives ; cette partie de Délos est une de
celles qui ont dû être occupées et rebâties à dlIVérents âges;
aussi Tétude en sera-t-elle un peu plus lente, et elle deman-
dera une attention soutenue. Il semble cependant que déjà
certaines grandes lignes se dessinent, notamment une
grande façade à portiques limitant au sud la place qui y est
en bordure. Le grand magasin ou entrepôt du sud est en
grande partie déblayé dès aujourd'hui; il a conservé
intactes les douze hautes colonnes de granit cjui entouraient
sa cour intérieure, et qui, restées debout ou remises en
place, font vraiment grand eifet ; au-dessus de cette colon-
nade, il faut parla pensée en restituer une seconde, dont les
fûts de marbre, d'un plus petit diamètre, ont été retrouvés
à mi-hauteur dans les décombres. Ce vaste établissement,
qui comportait certainement au moins deux étages, est un
des plus beaux spécimens de l'architecture de ce quartier
marchand; c'est à ce titre (ju'il nous a paru opportun de le
reconnaître dès le début de cette campagne. Délos a été,
surtout au ii'" siècle et au commencement du i*"" siècle avant
notre ère, le principal entrepôt du commerce dans le bassin
de la Méditerranée orientale : sa fortune commerciale s'est
greffée sur sa réputation religieuse. Son port constitue, à
cette époque, un organe essentiel. 11 y a donc un intérêt de
premier ordre à en bien déterminer l'économie, et nous
espérons que dès cette année nous parviendrons ii i-ésoudre
une partie importante de ce problème topographicpie.
J'ai essayé de vous présenter. Monsieur le Directeur, tout
à la fois le programme d'ensemble des fouilles de cette
FIGURINES TRurVÉES A CARIIIAGE 429
année et l'état d'avancement de nos travaux après les huit
premières semaines. C est une entreprise de longue haleine
que celle que vous nous avez confiée; elle exigera du temps,
de la patience, un etl'ort prolongé, et les premiers résultats
ne prendront toute leur valeur que lorsqu'ils auront été
complétés par les recherches ultérieures. Dès à présent
cependant, et sans parler des grands progrès qu'a faits le
déblaiement, notre campagne nous a donné plus que des
encouragements et des promesses : je citerai notamment le
butin épigraphique qui, à lui seul, est un vrai succès. 11
se chiffre déjà à 92 inscriptions de toute nature (dédicaces,
décrets, documents d'administration sacrée), quelques-unes
fort longues et d'un vif intérêt : c'est un gain qui, à lui seul,
suffirait à assurer le bénéfice de la campagne actuelle et à
récompenser l'effort qui s'y emploie.
FIGURINES TROUVÉES A CARTHAGE
DANS UNE NÉCROPOLE PUNIQUE (1903).
NOTE DU R. P. DELATTRE, CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE.
Les statuettes de terre cuite dont je vais donner la
description sont sorties de la nécropole des Rabs, prêtres et
prêtresses, voisine de Sainte-Monique. Les deux premières
proviennent d'une même chambre funéraire, découverte dans
la partie de la colline proche de Sidi-Bou-Saïd. Les autres
sont sorties de tombes distinctes.
L — Figurine en argile rougeâtre, haute de 0"^ 26, avec
sa base épaisse de 0'" 02.j. Elle représente une joueuse de
tympanon, vêtue d'une longue tunique et d'un voile retenu
sur la tête par une stéphané ornée de fleurons formant
couronne , qui tient avec aisance son instrument de la
Fi^'. 1. — Cartliafîi'. — Joia-iise de lympaiiMH.
Fig. 2.
— Carlliatix*. — Joueuse de Ivre.
432 FIGLUINKS IHOLVÉI-^S A C.ARTIIAf;K
main gauche, Tappuyant lé«^èrement contre son épaule.
Le tympanon , très dégag-é, apparaît presque en entier:
c'est un disque de 0'" Ooo de diamètre, dont la face est
colorée en roug-e, le bord et la tranche en bleu. La main
droite, les doigts écartés, sauf le médius et l'annulaire qui
se touchent, est prête à jouer de l'instrument.
Sur toute sa face, cette statuette conserve des traces d'un
engobe blanc. Le visage ne manque p asd'expression. Les
lèvres sont colorées en rouge ; les chaussures le sont éga-
lement. Une partie du voile, passée sur le bras gauche,
tombe jusqu'aux pieds en formant une série de plis. La base
paraît avoir été peinte en bleu et était rehaussée d'un lilet
rouge.
Cette terre cuite est creuse de la base au sommet qui est
ouvert. Dans le dos, le trou d'évent est à peu près rond.
IL — La seconde figurine, de même argile. n"a que
0 '" 17 de hauteur. Sur sa base, épaisse de 0'" 01 o, se dresse
debout une femme vêtue d'une tunique qui est retenue par
une ceinture. Le cou est découvert ; le bras droit, le seul
qui soit apparent, est nu à partir de l'épaule où la tunique
est agrafée. A droite et à gauche, à partir des hanches, se
voient les plis du manteau. La tête est coiffée d'une stéphané
sans décor; la chevelure est épaisse. Appuyée sur la jambe
droite, la gauche un })eu portée en avant, cette femme tient
de la main gauche un instrument de musique, sorte de lyre,
ornée de têtes d'oiseaux. En même temps, une patère dans la
main droite abaissée, elle semble offrir un sacrifice sur un
autel i)lacé à ses pieds. On croirait même voir s'élever la
flamme entre l'autel et la patère.
Cette statuette était peinte. Lengobe blanc est irrégu-
lièrement conservé par places. Le rouge api)araît dans la
chevelure, sur la lyre, sur les côtés et au-dessu? de l'autel,
dans la chaussure et sur la base. Sur l'autel, le rouge paraît
figui-er la flamme.
FIGURINES TROUVÉES A CARTlIAGE 433
Le sommet de cette terre cuite est plein ; la base est
béante et un grand trou d'évent, de forme ovale, a été pra-
tiqué au revers.
III. — Figurine d'argile jaunâtre, haute de 0 '" 15, creuse,
à la base béante, avec trou d'évent de forme ovale, au
revers. Elle représente une déesse-mère , tenant dans ses
bras une autre déesse, sa fille.
La déesse-mère, haute de 0"' 12, se dresse sur une base
épaisse de 0 " 025. Elle est entièrement drapée dans une
longue tunique dont les manches laissent l'avant-bras à
découvert. Derrière le buste, le manteau se déploie en forme
de conque dépassant légèrement la tête ; celle-ci n'est pas
coitlee de la Stéphane. La chevelure est abondante et les
oreilles sont ornées de pendants allongés ; les plis du man-
teau ne sont indiqués que sur la moitié inférieure du corps;
les pieds sont apparents. La déesse-mère porte sa fille sur
le bras gauche et la soutient de la main droite dont le geste
semlile la désigner aux hommages des adorateurs. La déesse-
fille est coilTée de la Stéphane, surmontant le manteau
arrondi en forme de conque ; elle est d'ailleurs costumée et
parée comme sa mère avec une longue tunique et des pen-
dants aux oreilles ; la poiti'ine est chargée d'un double rang de
colliers formant pectoral ; la tunique laisse aussi paraître les
pieds. La fille dépasse la mère de la hauteur de la Stéphane.
La pose et les traits, malgré la réduction des proportions
du corps, indiquent une adulte et non une enfant.
C'est bien le groupe que nous avons déjà rencontré une fois
dans la même nécropole. Il représente les deux principales
déesses de Carthage, Astaroth et Tanit, ainsi que les appelle
le long texte punique découvert en 1898, sur la même colline.
On se rappelle sans doute que ce curieux texte était la dédi-
cace de deux sanctuaires dédiés à l'une et à l'autre de ces
divinités, qui correspondent à la Déméter et à la Perséphone
ou Coré des Grecs, à la Cérès et à la Proserpine des Latins.
434
FIGURINES TROUVÉES A CARTHAGE
lig. 3. — Cailhai^o. — Dccssc-iiiii-i- cl sa lillc.
FIGURINES TROUVÉES A CARTHAGE
435
1903.
Fig'. i. CartiiaKc. — Cavalier
30
43G FIGURINES TROUVÉES A CARTHAGE
J ai déjà signalé un groupe analogue aux doubles sta-
tuettes de Cartilage. Il a été publié par M. Heuzey, dans
ses Figurines antiques du Musée du Louvre (p. 12, pi. XVI).
Mais dans ce groupe provenant de Chypre et attribué à la
fabrication grecque de Kittion, les deux déesses sont assises.
Il y a cependant là un rapprochement qui s'impose. On sait
que Carthage était en grande relation avec File de Chypre.
Je rappellerai ici que nous avons trouvé dans la même
nécropole la stèle funéraire d'un « homme de Kitti », le
Ccthini de la Bible et le Kittion des Grecs.
IV. — La figurine qui nous reste à décrire a été trouvée
le 13 mai dernier dans une fosse, profonde de deux mètres,
près des ossements d'un enfant, avec un biberon et une
dizaine à'unguentaria. Cette terre cuite représente un per-
sonnage chevauchant. Nous avions déjà rencontré ce sujet
cinq fois, mais chacune de ces pièces de plastique est sortie
d'un moule différent; la pose du personnage et celle du
cheval varient plus ou moins dans chaque exemplaire.
La dernière de ces figurines trouvée mesure 0 '" 14 de
hauteur. Elle est d'argile rouge pâle, pres([ue jaunâtre,
conservant des traces d'engobe blanc. Le personnage dirige
sa monture à droite; il est vêtu d'une tunique courte rete-
nue par une ceinture. Le bras droit est pendant, tandis que
le gauche tient les rênes du cheval ; sur la poitrine passe une
courroie en bandoulière ; la coiffure est le bonnet conique
s'élargissant à la base pour porter une sorte de couvre-
nuque. Le personnage regarde de face.
On peut comparer à cette figurine celle qui fut trouvée
dès les premiers jours des fouilles, le 12 janvier 1898. Je
l'ai publiée dans le Premier mois, p. 9, fig. 15.
Je suis heureux de pouvoir accompagner ces descriptions
de deux photographies et de deux excellents dessins dus à
la plume de M. le manjuis d'Anselme de Puisaye.
437
LIVRES OFFERTS
Le Secuf.taire perpétuel présente, au nom de son confrère,
M. Héi'on de Villefosse, les brochures suivantes :
Remarques sur les inscriptions de Taoura (Constantine, 1903, in-8°;
extr. du volume publié à l'occasion du cinquantième anniversaire de
la fondation de la Société archéologique de Constantine) ;
Remarques épigraphiques, III à V il I {Paris et Vienne, in-8»; extr.
de la Revue épir/raphique, janvier-mars 1903) ;
No/e sur une mosaïque nouvelle du jardin Chevillot à Hippone
(Paris, 1902; extr. du Bulletin archéologique, 1901).
Le Secrétaire perpétuel présente, en outre, au nom de M. le duc
de Loubat, la suite de l'importante publication, faite à ses frais, par
M. Ed. Seler, du Codex Vaticanus n° 3773 (Codex Vaticanus B). First
half : Text of the obverse side. Second half : Text of the reverse side
and explanatory tables (Berlin and London, 1902-1903, 2 vol. in-4o).
M. le Ministre de la justice du royaume de Belgique adresse à
r.\cadémie un nouveau volume du Recueil des anciennes coutumes de
la Belgique, publié sous ses auspices : Coutumes des pays et comté
de Flandre. Quartier de Gand, tome Vlll. Coutume du vieux bourg de
Gand , par M. D. Berten , conseiller à la Cour d'appel de Gand
(Bruxelles, 1903, in-4<').
L'éditeur des Manuali Hoepli adresse à l'Académie les n°* 332 à
338 de cette publication: 1. LWstronomia delV antico Teslamento, da
Giovanni Schiaparelli ; 11. L'Islamismo, dal prof. Italo Pizzi; 111. Lette-
ratura araba, dal prof. I. Pizzi ; IV. Letteratura assira, da B. Teloni
Milano, 1903, 4 vol. in-12).
M. Ilartwig Derenbourg offre à l'Académie un opuscule dont il est
l'auteur : Louis de Clercq et Gaston Paris, deux notices nécrologiques
(Madrid, 1903, 12 p.). Il ajoute :
" Ces deux notices ont été rédigées pour la Real Academia de la
Ilisfnria, de Madrid, qui mêles a demandées pour les insérer dans son
Boletin. Louis de Clercq est connu de l'Académie qui a reçu et
438 LIVRES OFFERTS
accepté de sa succession la somme nécessaire à l'achèvement du
Catalogue méthodique et raisonné, dont il avait publié de son vivant
les deux premiers volumes. Quant à Gaston Paris, son deuil est porté
ici par l'unanimité de ses confrères, comme il est porté ailleurs par
tous ceux qui ont eu la bonne fortune d'un contact même passager
avec ce grand esprit, avec cette belle âme. Vu la destination de mou
travail, je l'ai limité à une bibliographie ibérique de Gaston Paris.
<( J'ajouterai que, dans une occasion récente, je me suis fait un
devoir de rendre hommage à deux grands disparus de notre Acadé-
mie, tous deux morts prématurément, laissant derrière eux chacun
son sillon de lumière dans des sciences renouvelées. Le mardi 15 de
ce mois, l'Association franco-écossaise, sur la route du Bourg-
d'Oisans au Lautaret, faisait halte, un peu avant d'arriver à La Grave,
devant une modeste pierre placée sur le talus, surmontée d'une croix
et rappelant par une inscription la mort tragique de notre cher Abel
Bergaigne, le 6 août 1888. C'est avec un profond recueillement
qu'Ecossais et Français ont accueilli l'évocation de cette personna-
lité si modeste, si droite, si ardente, que notre éminent secrétaire
perpétuel a su faire revivre devant vous dans voire séance publicjue
du 13 nov. IS'.IC). ,1e n'ai vu ([u'à ni'ins])iiH'r de sa belle monographie,
ainsi ({ue de mon afTeclion pour l'homme et [)Our l'interprète inventif
(|ui a transformé la chronologie cl l'exégèse des Védas.
« Deux jours plus taid, au banquet de la même Association à Uriage,
j'ai rappelé la mémoire du grand (ihampollion, de François Champol-
lion, dit le Jeune, ([ui, né le 23 décembre 1790 à Figeac, fut élevé à
Grenoble, où, après une série de tâtonnements, il découvrit le déchif-
frement des hiéroglyphes et eut le pressentiment (jue, selon son
expression, il tenait son affaire. Champollion n'a appartenu à notre
Compagnie que depuis 1830 jusqu'à sa mort subite le 4 mars 1832.
On dit que, se sentant atteint par le mal cjui devait l'emporter, il
montra à quelques amis présents le manuscrit de sa Grammaire
éf/iJl'tienne , ouvrage qui fut publié après sa mort par son frère de
183(3 à 1841, et que le fondateur de la science égyptologique s'écria
avec une légitime fierté : « 'Voilà, j'espère, ma carte de visite à la
postérité, »
SÉANCE DU 2 OCTOBRE 1903 439
SÉANCE DU 2 OCTOBRE
M. Omont lit une iiolice sur les anciens catalogues des manu-
scrits de la Bibliothèque nationale.
L'Académie, sur la proposition de la Commission des Ecoles
d'Athènes et de Rome, émet un avis favorable à des demandes
de prolongation de séjour à l'École d'Athènes et à l'Ecole de
Rome, savoir : 1° d'une troisième année à MM. Jardé et Lefèvre,
et d'une deuxième année à M. Bizard , membres de l'Ecole
d'Athènes; 2° d'une deuxième année à MM. Maynial, Périnelle
et Zeiller, membres de l'Ecole de Rome.
L'Académie se forme en comité secret pour entendre la lecture
du rapport de M. Collignon sur les travaux des membres des
Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, pendant l'exercice 1902-
1903'.
M. S. Reinach montre les photographies de deux belles minia-
tures appartenant à un missel qui, du couvent de Salem, a passé
à la bibliothèque de Heidelberg ; ce manuscrit fut acquis à
Paris en 1765, l'année de la vente de la bibliothèque de M™*' de
Pompadour, et une tradition, probablement fondée, veut qu'il en
ait fait partie. Les miniatures, dont l'une représente Dieu le Père
et l'autre la Crucifixion, sont des œuvres importantes d'un peintre
bourg-uignon de talent aux environs de l'an 1400; M. Reinach
y reconnaît la même main que dans un tableau circulaire du
Louvre, portant, au revers, les armes de Bourgogne, qu'on a
attribué, avec grande vraisemblance, au peintre gueldrois Malouel
ou Manuel. L'ensemble et les détails révèlent des influences sien-
noises et florentines qui ont dû s'exercer, à la fin du xiv*' siècle,
sur tous les peintres et miniaturistes franco-flamands.
1. Voir ci-après.
440
APPENDICE
RAPPORT DE LA COMMISSION DES ÉCOLES FRANÇAISES d' ATHÈNES
ET DE ROME SUR LES TRAVAUX DE CES DEUX ÉCOLES
PENDANT LES ANNÉES 1901-1002,
PAR M. MAXIME COLLIGNON, MEMRRE DE l'aCADÉMIE,
lu dans la séance du 2 octorre 1903.
Messieurs,
Votre rapporteur ne saurait passer sous silence les fêtes
qui, le 2 mai 1903, ont marqué une date importante dans
l'histoire des travaux de l'Ecole d'Athènes. L'achèvement
des fouilles de Delphes, la remise du musée au p^ouverne-
ment hellénique ont été célébrés avec éclat. M. Chaumié,
ministre de l'Instruction publique, avait tenu à apporter
lui-même le témoig-nage de la sympathie avec laquelle les
pouvoirs publics, en France, ont suivi l'œuvre accomplie
par l'Ecole. Accompagné de MM. Bayet, directeur de l'en-
seignement supérieur, et Roujon, directeur des Beaux-Arts,
il a fait le voyage de Delphes pour y présider la cérémonie,
et en présence des ministres délégués par le gouvernement
hellénique , de M. l'ambassadeur de France à Constanti-
nople , des membres de la légation d'Athènes, des direc-
teurs des Instituts archéologiques d'Allemagne, d'Amé-
rique, d'Angleterre et d'Autriche, il a rendu hommage au
succès de cette belle exploration, aujourd'hui terminée, et
si heureusement conduite par M. Homolle. Notre confrère
en a retracé l'histoire; il a dit la part (|ui revient à ses
prédécesseurs et à ses collaborateurs; il a remercié ceux
qui lui ont prêté leur concours, et en particulier M. Liard,
(' l'avocat infatigable et toujours écouté de cette grande
RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DK HOME 4il
entreprise » ; il a rappelé que l'édifice où se célébrait la fête,
le musée où trouvent place les œuvres d'art découvertes
dans les fouilles, est dû à l'initiative généreuse d'un Hellène,
André Syngros , et à la piété de sa veuve qui a libérale-
ment continué son rôle de donateur; il a annoncé que l'on
verrait bientôt relevé de ses ruines , par la sollicitude du
Dème d'Athènes, un des plus beaux monuments de Delphes,
le Trésor des Athéniens. Ce qu'il n'a pu dire, ce que vous
savez, et ce qu'ont proclamé les orateurs parlant au nom
de la France et de la Grèce, c'est à quel point les fouilles de
Delphes sont son œuvre, et tout ce que le succès final doit
à son habile direction et à sa persévérante énergie. L'Aca-
démie a été heureuse de recueillir l'écho de ces fêtes, qui
ont été tout à l'honneur de notre mission savante de Grèce'.
Si le champ de fouilles de Delphes est définitivement
clos, il n'est pas à craindre qu'après ce grand effort l'acti-
vité de l'École se ralentisse. Cette année même, le Prési-
dent de l'Académie a fait part à ses confrères de la nouvelle
libéralité faite à l'École par M. le duc de Loubat. Grâce
à cette donation, par laquelle notre savant correspondant
témoigne de l'intérêt qu'il porte aux études archéologiques,
M. HomoUe se trouve en mesure de reprendre l'exploration
de l'île de Délos, où il a déjà fait de si brillantes décou-
vertes. Le matériel de Delphes a été transporté à Délos. Le
déblaiement du sol de l'île va être poursuivi dans les con-
ditions les plus favorables. On est en droit d'espérer qu'une
prochaine campagne de fouilles ne sera pas moins heureuse
que les précédentes.
Les travaux dont votre rapporteur doit rendre compte
représentent les recherches personnelles des membres de
l'École pendant l'année 1901-1902. L'École comptait cinq
pensionnaires : M. Mendel, qui avait obtenu le bénéfice
très justifié d'une quatrième année; M. Granger, membre
1. Voir la communication de M. Bayet, Comptes rendus, 1903, p. 212.
ii2 RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME
de seconde année, et MM. .lardé, Toudouze, et Lefebvre
qui accomplissaient leur première année de séjour en Orient.
Une place vacante avait été réservée à M. Lechat, chargé
de cours à l'Université de Lyon. Comme notre confrère,
M. Pottier, l'année précédente, M. Lechat avait pour mis-
sion de donner à ses jeunes camarades des leçons pratiques
d'archéologie dans les musées d'Athènes ; il est à peine
besoin d'ajouter (ju'il l'a fait avec un plein succès. Enlin il
convient de rappeler que les membres de la section étran-
gère, Belges et Hollandais, ont participé aux travaux de
l'École, et collaboré à ses publications. MM. Vollgraiî et
Laurent ont donné des articles au BuUotin de correspon-
dance hellénic/ue.
M. Mendel n'a pas envoyé de mémoire, mais il avait à
coordonner les résultats très riches des explorations pour-
suivies fructueusement pendant les années précédentes, et
continuées cette année même. Il ;i publié dans le Bulletin
un rapport sur la campagne de fouilles qu'il a faite à Tégée,
en 1900-1901, et qui a amené la découverte de nouvelles
sculptures provenant du temple d'Athéna Aléa. II a inséré
dans le même recuiil une intéressante étude sur le musée
de Konia. M. Mendel n'en est plus, d'ailleurs, à faire ses
preuves d'explorateur sagace et d'érudit.
Le mémoire de M. Oranger, membre de seconde année,
a pour titre : Essai sur le développement commercial et
industriel du Piréo. 11 n'y faut chercher ni archéologie, ni
épigraphie, ni même une description topographicpie précise
et détaillée. C'est le Pirée moderne et contemporain que
M. Oranger étudie au point de vue purement économique.
L'auteur était peut-être mieux préparé par ses études anté-
rieures à traiter im sujet de cette nature, qu'à aborder une
question touchant à l'anticpité. Son travail, écrit facile-
ment et bien composé, ne manque pas d'intérêt. M. Oranger
RAPPORT SLK LES ÉCOLES d'aTIIÈNES KT DE ROME 443
paraît avoir fait tout ce qui dépendait de lui pour suppléer
à rinsuffîsance et aux inexactitudes des statistiques oiïL-
cielles; il a consulté les agents consulaires français et
même étrangers, et s'est ainsi procuré des documents
imprimés ou manuscrits qu'il a mis en œuvre avec adresse.
On remarquera sa conclusion, appuyée sur des considé-
rations très judicieuses. Il ne croit pas au très brillant
avenir que les Grecs rêvent pour le Pirée. Après avoir défini
les conditions dans lesquelles s'est produit l'essor de cette
prospérité industrielle et commerciale, qui a porté la popula-
tion de cette ville de onze mille habitants quelle avait vers le
milieu du dernier siècle au chiffre de soixante mille, qu'elle
dépasse aujourd'hui, il soutient, par de très bonnes raisons,
qu'elle est destinée à décroître, ou tout au moins à rester
stationnaire, plutôt qu'à s'augmenter indéfiniment. Selon lui,
le Pirée n'est pas appelé à rivaliser un jour avec Marseille,
Gênes, Trieste , ou même Salonique. Ce ne sera jamais,
dans la Méditerranée, qu'un bon port de second ordre.
M. Jardé a envoyé comme travail de première année une
étude sur 23 inscriptions découvertes dans les fouilles de
Delphes. Toutes sont des actes amphictioniques, apparte-
nant à la période pendant laquelle les Etoliens furent maîtres
de l'assemblée, c'est-à-dire de 278 à 180. La plupart de
ces textes sont des fragments très incomplets; quelques-
uns, mieux conservés, ne présentent pas un très grand inté-
rêt. Il faut noter parmi ceux-ci les décrets des amphictions
en faveur d'un citharède d'Athènes, d'un médecin de Cos
qui exerçait son art à Delphes et avait soigné avec zèle les
pèlerins qui s'adressaient à lui, enfin d'un hiéromnémon
athénien. Le décret des amphictions reconnaissant l'àcruÀia
de Téos vient se joindre à la nombreuse série publiée par
notre confrère Waddington. Les listes nouvelles des hié-
romnémons n'ont rien ajouté de bien important à ce que
l'on connaissait déjà pour la même époque; il ne paraît pas
444 RAPPORT SLR LES ÉCOLES D ATHÈNES ET DE ROME
possible d'établir un rapport certain entre le nombre des
hiéromnémons étoliens, qui varie de 5 à 14, et le dévelop-
pement de la puissance étolienne.
M. Jardé s'est acquitté avec conscience de la tâche qui
lui avait été confiée; il a revu sur les originaux presque
toutes les copies qui lui avaient été remises, corrigé ou
complété quelques-unes des lectures, discuté les détails de
la chronologie, cherché à identifier les personnages nommés
dans les inscriptions. Notre confrère, M. Foucart, signale
cependant une petite erreur à corriger dans le commentaire
du n" 18. L'envoyé du roi Attale qui porte le titre de 5 et:!
Twv £pYo)v ^^«^lAty.wv n'était pas chargé de surveiller la con-
struction d'un édifice que celui-ci élevait ;i Delphes : c'était
le directeur des ateliers royaux que les Attalides exploitaient
et où ils faisaient travailler un grand nombre d'esclaves
des deux sexes. L'esclave royale que ce fonctionnaire
affranchit par forme de vente k Apollon était employée
dans l'un de ces ateliers.
Depuis longtemps, les collections réunies dans les musées
d'Athènes ont fourni aux membres de l'Ecole française des
sujets d'étude. Les catalogues des vases peints, des terres
cuites et des bronzes du Musée national, celui des bronzes
du musée de l'Acropole, ont été publiés dans la Bihliothèque
des Écoles d'Athènes et de Rome, et la variété des signa-
tures atteste que plusieurs générations ont collaboré à cette
œuvre d'inventaire scientifique. M. Cavvadias a bien voulu
réserver à l'Ecole française le soin de dresser le catalogue
des scul[)turcs du musée de l'Acropole. D'accord avec lui,
M. Homolle a confié cette mission à M. Toudouze, membre
de première année. 11 n'est guère de travail qui puisse être
plus profitable à un jeune archéologue, car on sait quelles
richesses dart contient ce musée. Outre les magasins, qui
renferment beaucoup de morceaux encore peu étudiés, les
dix salles (jui le composent sont occupées exclusivement
RAPPORT SUR LP:S ÉCOLES d'atHÈNES ET DE ROME 445
par les sculptures trouvées sur l'Acropole; dans le nombre
fig-urent les œuvres célèbres qui ont renouvelé l'histoire de
l'archaïsme attique, et auxquelles M. Lechat, étant membre
de l'Ecole, a consacré les études réunies par lui en un
récent volume.
M. Toudouze a envoyé à l'Académie la partie du cata-
logue qu'il a eu le temps de rédiger ; elle comprend les
sculptures provenant du Parthénon, de l'Erechthéion, et
du temple dAthéna Xiké. Dans une introduction, il a expli-
qué les raisons qui l'ont décidé à procéder ainsi, et à ajour-
ner l'étude des sculptures archaïques, pour lesquelles des
travaux d'identification et de reconstitution se poursuivent
dans les magasins du musée. C'est sur les monuments de
l'époque classique qu'il a fait porter ses recherches.
On peut se demander si M. Toudouze s'est suffisamment
rendu compte de l'objet d'un pareil travail. Il semble s'être
préoccupé beaucoup plus des questions d'organisation
matérielle du musée que de l'intérêt scientifique des monu-
ments qu'il avait à décrire. Pour ne parler que des sculp-
tures du Parthénon, il rencontrait des morceaux souvent
étudiés et commentés, comme les torses d'Hermès et de
Séléné, et des fragments plus ou moins importants. Pour
les premiers, il avait à coup sûr le droit de faire un choix
parmi les indications bibliographiques à retenir ; mais il
est permis de trouver qu'il a singulièrement écourté la
bibliographie, en se bornant le plus souvent à renvoyer à
l'ouvrage de M. Michaelis. Les descriptions sont d'ailleurs
très sommaires. A lire les quelques lignes qu'il consacre à
la tête de cheval du fronton ouest, on ne se douterait guère
de l'importance du morceau pour l'étude d'ensemble du
fronton, et on y chercherait vainement les observations
personnelles que peut suggérer l'étude attentive du marbre
original, (juant aux fragments, l'auteur s'y arrête à peine.
Le morceau du tronc d'olivier qu'a publié de Laborde, et
dont M. Michaelis signale l'intérêt, est décrit en quelques
4i6 RAPPORT su H LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME
mots, sans aucune référence. AI. Toudouze ne fait aucun
elloit pour proposer des identitications, ou tout au moins
pour discuter celles qui ont été faites antérieurement. Les
mêmes critiques s'appliquent aux autres sections du cata-
log-ue. Les descriptions de la frise de l'Erechtliéion et des
reliefs de la balustrade du temple dWthéna Xiké semblent
être de sim[)les liches d inventaire, tant elles sont écour-
tées. M. Toudou/e a été plus heureux en étudiant les frag-
ments de la frise du Parthénon conservés au musée de
l'Acropole. Il a pu, en les rapprochant des dessins attribués
à Garrey, identifier un fragment de tête féminine coilfée du
cécryphale; ce morceau appartient à la figure d'Aphrodite
de la frise orientale qui est connue seulement par le mou-
lage Choiseul-Gouffier.M. Toudou/.e l'étudié dans un appen-
dice, ainsi que deux autres fragments auxquels il restitue
leur place dans la frise. En résumé, le travail de M. Tou-
douze est trop souvent resté à l'état débauche, et il faut
regretter qu'il n'ait pas limité encore plus le champ de ses
recherches pour assurer sa méthode et envoyer à l'Acadé-
mie un mémoire plus rigoureusement documenté, témoi-
gnant qu'il était pré[)aré à sa tâche. Il y a néanmoins lieu
d'espérer que le catalogue du musée de l'Acropole sera
poursuivi, et prendra place parmi les travaux de même
nature publiés par l'Ecole française d'Athènes.
M. (i. Lefebvre s'est donné pour tâche d'étudier l'hellé-
nisme en Egypte. Membre de l'Ecole d'Athènes, il réside la
plupart (lu temps au Caire, où sa présence est un témoignage
de la ff'conde association établie entre nos deux grandes
Ecoles d'Orient. Dès son airivéc il a eu la bonne fortune
d'assister aux fouilles de M. Pierre .louguet, chargé de mis-
sion par le ininislcic de l'Iiist l'iid ion pul>li(iiu'. et de pouvoir
étudier sur place certaines conséquences fort curieuses de la
transplantation de riicllénismeen Egypte. Son mémoire est
inlihilé : Un frin/ili' du l'\ii/nùm rnnsnrrr ;\ des dirinifés
HAl'PORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME 447
helléniques. Il a pour objet les découvertes faites dans un
temple du Kôni de Nahas, situé à proximité d une petite
ville de l'époque ptolémaïque nommée Magdola, et con-
nue par quelques papyrus. Ce j)etit sanctuaire présente une
particularité qui méritait d'attirer l'attention d'un hellé-
niste : il est dédié à des divinités grecques. On devait donc
se demander quelles causes avaient déterminé l'introduction
en pleine Egypte de ces dieux étrangers.
M. Lefebvre décrit avec soin le monument; il en fait
comprendre le plan et la structure; il explique les inscrip-
tions g-recques qui étaient gravées ou peintes sur l'édifice
même; il décrit quelques fresques, en partie conservées,
dont les parois étaient ornées; il précise à l'aide de ces
fresques et de ces inscriptions le caractère et les attributions
des dieux adorés dans le snnctuaire; il date l'introduction
de leur culte à Mag-dôla. Ce plan est simple et clair; l'au-
teur aboutit à des conclusions plausibles sur ces divers
points. Pourtant on peut lui reprocher de n'avoir pas appro-
fondi suffisamment les parties essentielles et importantes
du sujet. Son mémoire très court, accompagné de quelques
photographies, suppose un travail attentif et consciencieux
sur les lieux ; mais on sent que l'auteur n'a pas eu le loisir
de poursuivre des recherches dans les bibliothèques pour
interpréter le sens des monuments.
Deux inscriptions gravées sur pierre donnent le nom du
dieu Héron, premier possesseur du sanctuaire. On lui a
plus tard adjoint, ou bien il a vu lui succéder deux dieux
cavaliers, sans doute les Dioscures, dont les images peintes
recouvrent les anciennes dédicaces à Héron. D'autres
fresques et des graffites attestent l'existence, sur le même
emplacement, d'un culte de Sérapis et d'Isis; enfin on y a
trouvé aussi une statuette d'Harpocrate. Tels sont les élé-
ments dont on dispose pour reconstituer l'histoire religieuse
du temple. D'après les dates fournies par les inscriptions
elles-mêmes, le culte de Héron était florissant à Madgôla
448 RAPPORT SLR LES ÉCOLES d' ATHÈNES ET DE ROME
au début du i*""" siècle avant J.-C. Le stvle des fresques et
l'épigraphie font descendre à une époque beaucoup plus
basse, vers la fin du iF siècle après J.-C, les honneurs
rendus aux dieux cavaliers, à Sérapis et à Isis.
M. Lefebvre a bien établi ces points essentiels, mais il
ne montre pas comment ces cultes différents se sont super-
posés. Héron est un dieu thrace, et l'auteur a réuni les
témoignages qui expliquent l'introduction de cette divinité
en Egypte par une colonie de soldats thraces; l'armée
des Lagides renfermait en effet des mercenaires thraces et
galates. Après la chute des Lagides, il est probable que
les colons thraces quittèrent le pays, et furent remplacés
par des colons romains ; c'est alors que ceux-ci substituèrent
à l'ancien dieu les Dioscures, Sérapis et Isis.
Ainsi présentée par l'auteur, cette solution, un peu trop
simple, ne paraît pas tenir compte des éléments les plus
intéressants du problème. Il faudrait d'abord prouver que
les Thraces, à l'époque romaine, avaient complètement
évacué les lieux, ce qui n'est pas du tout certain. 11 ne
s'agit plus, après deux siècles, d'une garnison militaire,
mais d'une colonie ngricole installée depuis plusieurs géné-
rations. N'y a-t-il pas eu, au contraire, fusion lente entre
l'ancienne popvilation ptolémaïque et les nouveaux éléments
romains? Héron ;i-t-il été brusquement supplanté par les
Dioscures et les autres dieux, ou n'y a-t-il pas lieu de croire
qu'une confusion très naturelle s'est établie entre cet obscur
héros de la Thrace et les grands dieux cavaliers de la
Grèce? Les documents rassemblés par Albert Dumont sur
le dieu thrace montrent l'importance de son caractère
équestre. Or, non seulement les Dioscures sont les dieux
cavaliers par excellence, mais dans l'inscription peinte de
Magdôla, ils sont désignés uniquement par le titre de
« grands dieux invincibles et héros ». La ressemblance de
ces dieux grecs cavaliers avec le dieu thrace cavalier, de
ces héros avec le dieu Héron, aurait dû frapper M. Lefel^vre.
RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME 449
Ce fait très intéressant lui aurait fourni l'occasion d'écrire,
s'il s'en était avisé, un curieux chapitre d'histoire reli-
gieuse.
En poursuivant plus loin ses investigations, l'auteur
aurait reconnu que le dieu cavalier a eu dans l'Egypte
romaine et chrétienne une fortune singulière. Il aurait cité
les représentations d'Horus lui-même, transformé en saint
Georges, comme on le voit sur un bas-relief du Louvre. Il
aurait aussi tiré parti des fouilles si heureuses exécutées
dans le Kôm de Baouît par un membre de l'Ecole du Caire,
M. Clédat, et mentionné les quatre cavaliers qui figurent
dans une des chapelles sous des formes si curieuses. S'il
avait fait ces comparaisons, il aurait reconnu la justesse
du rapprochement établi par Albert Dumont entre saint
Georges et le cavalier thrace, et compris que c'était là une
suite naturelle de son sujet. Il eût saisi, dans un de ses
chaînons, la filiation entre le monde barbare hellénisé, le
monde romain, et le monde chrétien. Il faut souhaiter que
M. Lefebvre profite de ces observations, formulées par
notre confrère M. Pottier, étende ses recherches, ajoute
aux faits très intéressants qu'il a constatés un commen-
taire scientifique, et donne ainsi à son travail, déjà très
méritoire, toute la valeur qu'on est en droit d'attendre.
Ce n'est pas la première fois que l'Ecole d'Athènes
tourne son activité du côté de l'Egypte. Déjà, en 1894, le
séjour de M. Jouguet au Caire attestait que l'accord s'était
établi entre notre mission de Grèce et la mission fran-
çaise du Caire pour se partager l'étude des antiquités de
l'Egypte, l'histoire de l'Egypte ptolémaïque appartenant
à bon droit au domaine de Ihellénisme. Les résultats de
cette entente n'ont pas tardé à se manifester. En 1901 et
1902, l'intervention de M. Liard a permis à M. Jouguet,
guidé par les conseils de M. Maspero , d'entreprendre au
Fayoûm des fouilles fructueuses, auxquelles, dans la
seconde campagne , il a associé son jeune camarade
4.^0 P.Al'i'OKT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME
M. Lefebvre'. La publication, dans le Bulletin de correspon-
dance hellénique^ des papyrus trouvés à Mag-dôla est d'un
heureux augure. Elle prouve que l'Ecole d'Athènes ne se
désintéresse pas de ces études papyrolog-iques qui, dans ces
derniers temps, ont pris un si rapide essor, et auxquelles
sont dues de si précieuses découvertes. L'initiative prise
par M. Homolle est allée au-devant d'un vœu récemment
exprimé par l'Académie , et notre Compagnie ne peut que
souhaiter de voir le ministère de l'Instruction publique
encourager ces recherches.
Il
Les deux mémoires qui nous viennent de l'Ecole de
Rome sont des travaux étendus, exigeant une longue pré-
paration. Ils témoignent que leurs auteurs, MM. Merlin et
Calmette, membres de seconde année pendant l'année 1901-
1902, n'ont point perdu de temps pour se mettre à Tœuvre,
et ont utilement profité de leur séjour au Palais Farnèse.
M. Merlin envoie à l'Académie un mémoire de 222 pages
grand in-i", intitulé : Lch cultes étrangers sur CAventin à
l'époque rcpiihlicainc. Celte monographie, si ample qu'elle
soit, n'est qu'une partie dun ouvrage projeté dont l'auteur
esquisse le plan dans l'Introduction. M. Merlin se propose
d'écrire une histoire complète de la région Aventine, envi-
sagée à tous les points de vue, topographique, économique,
politique et religieux, depuis les origines jusqu'en to5 de
l'ère chrétienne.
Des limites purement géographicjues ne suffiraient pas à
donner de l'unité à un pareil sujet, si, en fait, et par suite
1. M. Joiifjiict a rendu compte .'i rAcadémic de ses deux missions et de
Sfs lunillos à Mi}ilinel-Ghi'>riin cl à Médinel-cn-Malias. Comptes rendus,
1902, p. :5'iO-359.
RAPPORT SLR LES ÉCOLES d"aT11È.\ES ET DE ROME 431
de circonstances particulières, le mont Aventin n'avait eu
un rôle spécial et une sorte de personnalité qui permît d'en
détacher l'histoire de l'ensemble de l'histoire romaine.
L'x\ventin, resté jusqu'au temps de Claude en dehors du
pomerium urbain, a été à la fois le centre commercial de
Rome et le quartier plébéien, où habitaient côte à côte les
marchands romains et les marchands étrangers. C'est Jà
que se sont installés tout d'abord les cultes étrangers,
importés par les trafiquants de tous pays à l'état de cultes
privés, et transformés ensuite en cultes publics par l'inter-
vention de l'Etat romain. C'est également l'Aventin que
l'Etat a assigné comme résidence à un certain nombre de
divinités d'origine italique, qu'il avait transplantées lui-
même, de sa propre initiative et le plus souvent par « évo-
cation », au cours des guerres engagées par la République
avec les peuples voisins. L'Aventin a donc été, pendant
des siècles, comme une ville séparée de l'autre, une cité
plébéienne mêlée, ayant des intérêts distincts de ceux de la
cité patricienne, limitée par le pomerium, et sa religion à
part.
Quartier plébéien et centre commercial, ces deux carac-
tères, qui se pénètrent réciproquement, et, au point de vue
religieux, aboutissent aux mêmes résultats, suffisent à
M. Merlin pour expliquer jusque dans le détail la naissance,
la croissance, l'évolution sur place, et l'introduction dans
la cité officielle des cultes peu à peu réunis sur l'Aventin.
C'est là proprement l'originalité de son mémoire, qui est la
mise en œuvre de faits connus mais complexes, et ramenés
par lui à un petit nombre de causes auxquelles ce groupe-
ment synthétique donne un haut degré de probabilité et
presque d'évidence. Ces faits ont déjà été maintes fois dis-
cutés, et M. Merlin rencontrait sur son chemin bien des
théories qui lui ont donné l'occasion d'exercer son sens cri-
tique. D'une manière générale, on peut dire qu'il a une
tendance marquée à réagir contre la critique négative, celle
1903. 31
452 nAi'1'nitT srii les écoles d'atiiènes et de home
qui récuse à tout propos les témoignag-es des textes, sauf à
les remplacer par des hypothèses. Ainsi, pour prendre
comme exemple un auteur particulièrement décrié, M. Mer-
lin rend toute leur valeur historique aux assertions de
Denys d'Halicarnasse concernant la loi Icilia de Aventino
piiblicando (io6) et la stèle que l'auteur déclare avoir vue
dans le temple de Diane sur 1" Aven lin.
Ce n'est pas à dire que le sens critique de M. Merlin
n'ait jamais subi l'influence d'idées préconçues. On peut
trouver que l'auteur a maintenu trop large, au point de vue
religieux, la séparation entre les patriciens et les plébéiens;
trop étroite, par conséquent, la solidarité entre les plébéiens
et les commerçants étrangers. A partir du moment où les
plébéiens sont introduits dans la cité par Servius Tullius,
surtout depuis que les lois Liciniennes leur ont ouvert l'ac-
cès du consulat et reconnu le droit d'auspices, il semble
qu'il n'y ait pas lieu de considérer toutes les divinités
reconnues ou importées par l'Etat conmie intéressant
exclusivement ou tout spécialement les plébéiens. Le fait
que ceux-ci sont restés exclus de certains sacerdoces
archaïques n'autorise pas à maintenir, au sein de la cité
unifiée, la coexistence et presque l'antagonisme de deux
religions distinctes. 11 y a là des antithèses que l'auteur
pourra atténuer en revisant son travail pour l'encadrer dans
l'œuvre définitive.
En attendant, il n'est pas mauvais que les grandes lignes
du plan soient aussi nettement tracées. M. Merlin a fait
preuve dans son mémoire d'une érudition de bon aloi et
d'une aptitude remarquable à construire un ensemble avec
des faits dispersés, dont bon nombre sont d'ordre psycholo-
gique et exigent des procédés d'analyse particulièrement
délicats. On ne peut qu'encourager les membres de notre
Ecole de Home à aborder ces problèmes d'histoire religieuse,
qui passent, k tort ou à raison, pour avoir été trop délaissés
jusqu'ici par nos compatriotes.
liAl'I'UKT SIK LES ÉCOLES 0 ATHÈNES ET DL ROME i-33
M. Joseph Galmette, qui avait obtenu, il y a deux ans,
le diplôme d'archiviste-paléographe en présentant à l'École
des Cliartes une thèse fort appréciée sur les Relations de
Louis XI avec Jean II d\Aragon et le principal de Catalogne,
s'est vu tout naturellement amené à poursuivre des
recherches analogues sur la période suivante, celle du règne
de Charles VIII.
Il nous adresse un mémoire fort bien documenté sur la
Politique espagnole en France et en Italie, de Vavènement
de Ferdinand le Catholique au traité de Marcoussis, c'est-
à-dire de 1479 à 1498. C'est le moment où les souverains
espagnols, spéculant sur l'envie qu'éprouvait Charles VIII
de courir sa grande aventure italienne, parvinrent à se faire
rétrocéder le Roussillon et la Cerdagne. Puis c'est la longue
série de manœuvres par lesquelles, sans rompre le traité
de Barcelone, qui les liait à la France, ils trouvèrent
moyen de faire échec à Charles VIII en Italie et, grâce à la
Sainte Ligue, dont ils furent les inspirateurs et les chefs,
ruinèrent son entreprise. Mais, à peine le roi de France
avait-il dû, par suite de leurs intrigues, rebrousser chemin
et lâcher prise, qu'un nouveau projet de conquête du
royaume de Naples s'ébauchait entre les deux cours, pour
être exécuté cette fois de compte à demi par la France et
l'Espagne.
Les documents sur lesquels s'appuie M. Calmette pour
reconstituer cette lutte vraiment trop inégale entre un
prince naïf et téméraire tel que Charles VIII et un modèle
d'adresse astucieuse comme Ferdinand le Catholique, sont
en grande partie empruntés aux Archives de l'Espagne.
Quelques pièces utiles ont été aussi tirées des Archives de
Lisbonne et de Vienne en Autriche, un plus grand nombre
des divers dépôts d'archives français et de la Bibliothèque
nationale. Mais l'auteur a surtout profité de son séjour en
Italie pour mettre largement à contribution les Archives du
Vatican, de Naples, de Florence, de Gênes, de Modène.
454 KAl'PUKT SUK LKS ÉCOLliS d'aTHÈiNKS Kl ûL: ROME
celles de Venise et celles de Milan. Ces dernières avaient
bien été dépouillées, il y a plus de vingt ans, pour cette
même période, par M. Fr. Delaborde; mais le plan de son
ouvrage, l Expédition de Charles VIII en Italie , ne com-
portait aucune publication de textes, et M. Calmette, en
donnant in extenso plusieurs de ces relations ou de ces
correspondances, contribue à faire encore mieux connaître
des négociations que le duc de Milan, Ludovic le More,
suivait d'un œil particulièrement attentif.
Les nombreuses pièces que M. Calmette reproduit en
appendice ou en note paraissent soigneusement transcrites,
et sont pour la plupart très fidèlement et ingénieusement
interprétées. Notre confrère M. Valois ne fait d'exception
(jue j)oui- le bref adressé par Alexandre VI, le 12 mai 1 i94,
au sultan Bajazet (pièce just., xix, p. 328). M. Calmette,
qui semble s'être mépris sur le sens de ce texte d'ailleurs
peu correct, en tire la conséquence assez surprenante que
le sultan aurait osé recommander au pape un prince chré-
tien, un vassal du Saint-Siège, le roi de Naples Ferrand.
C'est sans doute Alexandre VI qui, après avoir à deux
reprises recommandé le roi Ferrand à Bajazet, fît de
même pour son successeur, le nouveau roi de Naples
Alphonse II, en priant le sultan de respecter le territoire
napolitain i\ l'égal des états du Saint-Siège. Cette interpré-
tation est seule conforme au texte et beaucoup plus vrai-
semblable.
Quand M. Calmette aura complété ses recherches par le
dépouillement des chroniques du temps et d'autres ouvrages
imprimés qu il reconnaît n'avoir pas eu encore le moyen
de consulter, quand il aura terminé ses investigations dans
les grands dépôts parisiens, qui lui réservent peut-être
encore (juehiue surprise, il sera en mesure de donner une
étude instructive et fort intéressante sur l'histoire diploma-
tique de la l''rance, dr lltalie et de l'Espagne durant les
vingt dernièrrs années du xv'" siècle.
RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNES ET DE ROME • 455
Aux termes du règlement de l'Ecole, les membres de
première année ne sont pas tenus de remettre un mémoire.
Mais, guidés par les conseils de notre éminent confrère,
Mg-r Duchesne, ils n'ont pas tardé à se mettre à l'œuvre
pour amasser des matériaux.
11 s'en faut d'ailleurs que les travaux analysés dans ce
rapport représentent toute l'activité de l'Ecole. Les Mélanges
d'histoire et d' ai^chéologic en réclament une partie; mais
surtout, au cours de l'année 1901-1902, la série in-i" de la
Bibliothèque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome
s'est accrue de plusieurs fascicules témoig-nant (ju'une
g-rande œuvre scientifique, le dépouillement des registres
des papes, est toujours conduite avec la même ardeur. Deux
livraisons du Liber censuum , dont la publication a été
inaugurée en 1889 par le regretté Paul F'abre, ont paru en
1901 et 1902 par les soins de Mgr Duchesne, avec le con-
cours de M. René Poupardin. M. Auvray a publié le
septième fascicule des reg-istres de Grég-oire IX. M. Deprez
a commencé la publication ou l'analyse des lettres closes ,
patentes et curiales de Clément VI se rapportant à la
France. M. Coulon a fait paraître, avec une annotation très
soig-née, le troisième fascicule des lettres secrètes et patentes
de Jean XXII, et entrepris, avec MM. Bourel de La
Roncière et ,1, de Love le dépouillement des reg-istres
d'Alexandre IV. Le premier volume, dû à M. Bourel de La
Roncière, a paru en 1902. M. Jean Guiraud a donné le cin-
quième fascicule des lettres d'Urbain IV. M. Vidal a com-
mencé en 1902 la publication des Lettres communes de
Benoît XII qui doivent être rapprochées des Lettres closes,
patentes et curiales du même pape, dont la publication a
été entreprise par M. Georges Daumet. M. Lecacheux a
donné un premier fascicule des lettres secrètes et curiales
du pape Urbain V. Il est à peine besoin de rappeler l'im-
portance des matériaux que fournit, pour l'histoire de la
papauté et des relations des Etats chrétiens avec la cour de
4ott LIVRES OFFERTS
Rome, cette grande enquête scientifique, poursuivie aujour-
d'hui, parallèlement k la France, par le Vatican, l'Alle-
magne, l'Angleterre et l'Espagne.
Les traditions de travail sont depuis longtemps établies
au Palais Farnèse; elles y sont plus que jamais en vigueur.
Cette année, le Congrès des sciences historiques et la célé-
bration du Centenaire de la Villa Médicis ont attiré à Rome
plusieurs membres de l'Académie. En recevant à l'Ecole
française le plus cordial accueil, ils ont pu se rendre compte
du zèle qui anime nos jeunes compatriotes, et de l'airectueuse
confiance qu'ils témoignent à leur directeur; ils ont pu juger
de la place que tient l'Ecole dans la société savante de
Rome. L'Académie connaît de longue date les heureux
résultats dûs à la haute autorité de Mgr Duchesne. Mais
votre rapporteur ne saurait se refuser le plaisir de traduire
ici les impressions qu'il a partagées avec ses confrères.
LIVRES OFFERTS
Le SECRï^riAiRE PERPÉTUEL déposo SUT le bupeau de l'Académie le
troisième fascicule des Comptes rendus des séances de l'Académie
pour l'année 1903, mai-juin fParis, 1903, in-S»}. Il rappelle ({ue le
hulleliii doit èlie disliihué au cominouceiiieiit du second mois (pii
suit la période qu'il embrasse.
Pour répondre à une observation de M. Ci.ermont-Ganneai-, le
Secrétaire perpétuel invite les membres (|ui ont des épreuves en
correction d'avoir soin de les rendre aussitôt que possible |)Our que
cette règle ne soit pas enfreinte. Celte régularité est indispensable
pour soutenir rinlc'iél (pii s'attache à cette publication.
SÉANCE DU 9 OCTOBRE
M. le Ministre de rinstruction publique et des beaux-arts,
dans une lettre qu'il adresse au Secrétaire perpétuel, invite
TAcadémie à désigner, en exécution de l'article 6 de l'ordon-
nance du 31 décembre 1846, un de ses membres pour remplacer
M. Gaston Paris dans le Conseil de perfectionnement de l'Ecole
des Chartes.
Cette désignation sera portée à Tordre du jour de la prochaine
séance.
Le capitaine Lenfant écrit au Secrétaire perpétuel pour lui
annoncer qu'après un excellent voyage, la mission vient
d'atteindre Garua et qu'elle va se remettre en route avec le canot
« Benoît Garnier ». C'est donc avec ses propres moyens que la
mission va s'avancer vers le Tchad.
M. Cavvadias, correspondant de l'Institut, adresse à l'Acadé-
mie un exemplaire du règlement provisoire du Congrès interna-
tional d'archéologie qui doit se tenir à Athènes en avril 1905.
M. Sexart, au nom de la Commission de l'École française
d'Extrême-Orient, propose à l'Académie d'accorder une prolon-
gation d'une année de séjour à cette École, à M. Huber, pension-
naire.
La proposition de la Commission est adoptée; elle sera sou-
mise, conformément au règlement de l'École, à la ratification de
M. le Gouverneur de l'Indo-Chine.
M. PoTTiER continue la lecture de quelques chapitres pris dans
le III^ volume du Catalogue des vases antiques du Musée du
Louvre, en particulier sur les rapports de la céramique avec le
grand art et sur linvention de la ligure rouge.
4o8 SÉANCE DU 9 OCTOBRE 1903
M. Salomon Reinacii fait observer (jue la figure d'Esculape ne
se retrouve ni sur les vases de figure noire ni sur les vases de
figure rouge qui ont suivi.
Une discussion s'élève à ce propos et au sujet d'autres repré-
sentations qui se trouvent sur les vases peints,
M. Ghavannes présente, au nom de M, Morisse, premier inter-
prète de la Légation de F'rance à Péking, un mémoire manuscrit
intitulé : « Contribution préliminaire à l'étude de la langue et de
l'écriture Si-hin. » Le royaume tangoutain de Si-hiu a duré pen-
dant deux siècles environ, de lan 1000 à l'an 1227 de notre ère;
il occupait les rives du Fleuve Jaune, au nord-ouest de la Chine ;
il a eu une écriture qui était restée jusquici fort mystérieuse;
un livre bouddhique en Si-hici, découvert à Péking, a permis à
M, Morisse d'expliquer j)lusieurs mots Si-hia et permettra sans
doute d'arriver à l'intelligence complète de cette langue,
"Vu son importance, M. Chavannes propose l'insertion de ce
travail dans le Recueil des Mémoires des Savants élraïujers.
Renvoi à la Commission des travaux littéraires.
M. IL Omont communique la reproduction d'une grande bulle
du pape Jienoît VIH, de l'an 1017, transcrite sur une seule feuille
de papyrus, qui mesure près de 1 '" 70 de haut, sur 0'" lO centi-
mètres de large.
Peu de documents originaux de ce genre sont parvenus jusqu'à
nous, à cause de la fragilité de la matière sur laquelle ils étaient
transcrits. On n'en connaît actuellement qu'une cpiinzaine : six
en F'rance, cinq en Espagne, deux en Italie et deux en Allemagne;
tous sont datés du ix" au xi'- siècle, époque à laquelle la chancel-
lerie pontificale cessa d'expéflier ainsi les bulles sur papyrus,
suivant un usage imité des tlipl(")mes iin|K'riaux de la cour de
By/ance.
En même temps que celte bulle, sont entrés récemnicnt dans
les collections (le la Hibliothècpie nation.ilc tiois diplômes ori-
ginaux i\v rois (le l''rance : deux de Cliarlos le Chaîne iSIIÎ et
860) et un de Charles le Simple (922;, duiil la place est marquée
dans les recueils de diplômes publiés par l'Académie des inscrip-
tions.
LIVRES OFFERTS
459
M. Paul Monceaux expose le plan d'un recueil général des
inscriptions chrétiennes d'Afrique. Les documents de ce genre
trouvés en Tunisie et en Algérie se sont multipliés depuis
quelques années avec une extraordinaire rapidité; on en compte
actuellement '1 000, dont beaucoup sont datés. Ils présentent une
grande variété et souvent un véritable intérêt historique, comme
les dédicaces d'églises, les inscriptions relatives aux martyrs ou
aux dépositions de reliques, les mosaïques, les épitaphes d'évêques
ou de clercs, même les simples épitaphes de laïques qui per-
mettent de reconstituer la chronologie et la répartition géogra-
phique des formules. M. Monceaux montre par quelques exemples
le profit qu'on peut tirer de ces documents pour l'étude des
antiquités chrétiennes ou du christianisme local. La plupart de
ces inscriptions étaient jusqu'ici peu connues et d'accès difficile;
elles ont été publiées au hasard des découvertes, dans une foule
de revues de France ou d'Afrique, d'ordinaire avec un commen-
taire insuffisant. Elles ne pourront être sérieusement utilisées par
les historiens qu'après avoir été réunies et étudiées dans un
recueil méthodique. Il faut entreprendre pour l'Afrique chré-
tienne un travail analogue à celui qui a été fait pour d'autres
régions, notamment par De Rossi pour Rome et par Le Blant
pour la Gaule.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau de l'Académie le
fascicule d'avril-juin 1903 du Bulletin de V École française d'Extrême-
Orient, tome III, n° 2 (Hanoï, 1902, in-8°).
M. Léger offre de la part de M. Alexandre Kraushaar le cinquième
volume de VHisloire de la Société royale des amis des sciences de
Varsovie (Ci'acovie et Varsovie, 1904, librairie Gebethner et Wolff).
Les volumes antérieurs de cet important ouvrage ont déjà été pré-
460 SÉANCE DU 16 OCTOBRE 1003
sentes à l'Académie (voir Comptes rendus, années 1901, p. 818, et
1002, p. 714, et le Journal des Savants, n° de mai 1903). Le cinquième
volume va de 1820 à 1824,
M. Clermont-Ganneau dépose sur le bureau la 2S'' livraison du
tome V de son Recueil d'archéologie orientale (Paris, 1903, in-8"),dont
voici le sommaire : — §57 : Deux statues phéniciennes à inscriptions.
— § ;J8 : Nouvelle inscription grecque du pays de Tyr. — § S9 :
Fiches et notules : Echmoun de Sidon et Melkart de Tyr. — Hame-
lielot et 'Ain El-DjAIoût. — Inscriptions grecques du Pont. —
La destination des inscriptions sinaïliqucs. — Inscriptions du Safà.
— Ardoula. — L'inscription de Pacliomios du Ouàd er-Rebàbé. —
Hiereus [R. A. O., V, 1671. — § 60 : Le oi' f.ixà; et Dimas le mauvais
larron. — § 61 : Les Bohémonds princes d'Antioche, successeurs de
Renaud de Châtillon, d'après les sources arabes. — Additions et rec-
tifications. — Table des figures dans le texte. — Table des planches
hors texte. — Table des matières.
M, Bouché-Leclercq offre à l'Académie le premier volume de son
Histoire des Lagides. Les cinq premiers Ptolémées, 323-181 av. J.-C.
(Paris, 1903, in-8°).
SÉANCE DU 46 OCTOBRE
M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts
transmet à l'Académie le rapport que vient de lui adresser M. le
Directeur de l'Ecole française de Rome sur les travaux des
membres de ladite Kcole.
H envoi à la Commission des Écoles françaises d'Athènes et de
Rome.
L'Académie procède à la désignation de Tun de ses membres
pour rem]>lacer M. Gaston Paris dans le Conseil de perfection-
nement de riù'ole des Chartes.
M. Laik est élu.
SÉANC1-: DU 16 OCTOBRE 1003 461
M. Omont adresse au Secrétaire perpétuel la note suivante :
« Le R. P. Louis Petit, supérieur des Augustins de l'Assomp-
tion, à Constantinople, adresse à TAcadémie, au nom du R. P.
Pargoire, une note sur les lettres d'Ignace de Constantinople,
communiquées par M. Serruys dans les séances des 9 et 30 jan-
vier dernier.
« Le P. Pargoire estime que ces lettres ne doivent être attri-
buées, ni à Ignace de Constantinople, comme le pense M. Serruys,
ni à Théophane de Nicée, comme l'a supposé récemment
M. (iédéon, mais à Ignace de Nicée, disciple de saint Taraise
(-j- 806). L'auteur de ces lettres est en eiTet le métropolite des
évoques tou Taiou et twv Nou;x£ptxcov, l'un et l'autre sulTragants de
Nicée, et qu'il accable de reproches ; dans une autre lettre, au
spatliarocandidat Nicolas, il déplore une surcharge d'impôts, qui
est comme un affreux ouragan pour l'église de Nicée; enfin, il écrit
au métropolite de Carie, qui s'était rendu à Constantinople, ses
regrets de ce que, celui-ci n'étant pas passé par Nicée, il ait ainsi
manqué l'occasion de le voir en personne. »
M. Hamy communique une lettre de M. Chevalier dont l'expé-
dition à l'Est du Tchad, subventionnée par l'Académie, continue
à se poursuivre avec un succès complet. Cette lettre, datée des
marais de Koulfê sur le Bahr Salamat, fait savoir que la mission
française a contourné le lac Iro, en a relevé les bords et est par-
venue sur le Bahr Salamat à 150 kilomètres au N,-0. du point
qu'avait atteint Nachtigal en 1873. Le lac Iro est une nappe
d'eau, orientée N.-E.-S.-O., mesurant 18 kilomètres de longueur
sur 9 kilomètres dans sa plus grande largeur. Le Bahr Salamat
est un cours d'eau qui draine une partie du Wadaï qui passe à
8 kilomètres au sud du lac Iro et reçoit, 150 kilomètres plus loin,
le déversoir du lac sorti de son extrémité occidentale. Après une
course de 180 kilomètres dans la direction G — 15" S., le Bahr
Salamat va tomber dans le Chari à 60 kilomètres en aval du Fort
Archambault.
Les habitants de cette zone marécageuse appartiennent à la
grande famille des Goullas, et c'est grâce à leur genre de vie, au
milieu des marais, qu'ils ont échappé jusqu'à ces derniers temps
aux razzias des Arabes. M. Chevalier annonce en terminant qu'il
part pour Tchechna, la capitale du Baghirmi.
462 SÉANCt: DU 16 OCTOBRE 1903
M. Gauckler. correspondant de Tlnstitut, expose les progrès
de Texploration méthodique des restes de la domination romaine,
qu'il a entreprise dans le Sud de la Tunisie, grâce au précieux et
dévoué concours des oiïiciersdu Service des affaires indigènes.
MM. les lieutenants (ioulon et Moreau ont poursuivi cette
année les recherches relatives au limes TripoUlanus , en
déblayant, d'une part le camp de la \'II'' cohorte à Tlalet (Tala-
lati), et de laulre, dans la vallée de lOued Gordab, un très inté-
ressant fort d'arrêt, bari'ant le passage de la voie transversale
qui établissait une communication directe entre le camp et la
mer.
M. le capitaine Donan a déterminé avec précision le tracé de
la grande route stratégique de Gabès à Tebessa dans sa partie
médiane, entre Aqiine Tacapitanne et Gafsa, à travers le Chott
Fedjedj. Il a retrouvé, encore en place, une cinquantaine de
bornes miliaires qui nous renseignent de la façon la plus com-
plète sur cette importante artère. En outre, il a reconnu l'exis-
tence de deux voies secondaires, l'une menant de Gafsa à Turris
Tamalleni, et l'autre deTozeur à la cote, à travers le lîledSegui.
Le principal effort de la Direction des Antiquités de Tunisie
est porté sur le port de Giçfhli, Bou-Grara, où les fouilles com-
mencées depuis trois ans seulement ont déjà pris un dévelop-
pement comparable à celles de Timgad. Les travaux ont été
conduits cette année par MM. Sadoux, inspecteur des .Antiquités,
et les lieutenants Chauvin et Jeangérard.
Sont déjà dég-agés actuellement : le Forum, l'un des plus com-
plets que l'on connaisse, avec son Capitole, ses temples de
Sérapis, d'.Apollon, de la Concorde Panthéo. d'Hercule, du divin
Auguste, sa basilique et sa curie; les temples dllygie et d'Isis,
dans le quartier de la marine ;*celui de Mercure, dominant toute
la cité; le macellum ou marché; les Thermes publics, pavés de
belles mosaïques, parmi lesquelles cinci tableaux figurant des
groupes de lutteurs qui entourent Mercure, prolecteur des jeux
de la palestre; enfin une luxueuse villa suburbaine de style pom-
péien, dont le sol est pavé de mosaï(|ues et les murs revêtus de
fresques. L'une de celles-ci représente un marihand de fleurs
avec liiiscriplion suivante : Vende /clin.
Les fouilles ont fait découvrir de fort belles sculptures,
LlVliHS OFFKHTS 463
notamment des têtes colossales de Sérapis, d"Hercule, des statues
de la Concorde, de Cjbèle assise sur un fauteuil entre deux lion-
ceaux, des têtes d'Isis, de Mercure, des bas-reliefs en marbre ou
en stuc ; puis un grand nombre de dédicaces, qui fournissent des
indications circonstanciées, non seulement sur Thistoire muni-
cipale de Gighli, mais sur de hauts fonctionnaires de l'Empire.
La dernière inscription découverte est relative à un indigène,
C. Messius Memmius Pacatus, comblé d'honneurs par Trajan et
Hadrien. Ce personnage appartenait à la tribu nomade des
Cinithiens, où Tacfarinas trouva ses plus indomptables auxi-
liaires, et qui, cent ans plus tard, était fixée au sol et déjà à demi
romanisée. M. Gauckler prend texte de ce document pour éta-
blir nn parallèle entre la politique de Rome et celle de la France
à regard des grands chefs de tribus du Sud Tunisien et montre
comment, à vingt siècles de distance, l'histoire de l'ancienne
province d'Afrique se recommence exactement aujourd'hui.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel offre, au nom des auteurs, les ouvrages
suivants :
Un hypocauste gallo-romain à Bavary, par MM. André Doutriaux et
Maurice Bauclioud, avocats à Valenciennes (Valenciennes , 1903,
in-S»);
Répertoire et carte paléoethnologique du département de Saône-et-
Loire, par MM. Chantre et Savoye. Congrès de Montauban, 1902
(extr. des Comptes rendus de l'Association pour ravancement des
sciences, Paris, in-8°) ;
Les Coréens, esquisse anthropologique, par MM. Ernest Chantre et
Emile Bourdaret. Congrès de Montauban, 1902 (extr. de la même
publication, Paris, in-8").
M. Salomon Reinach a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur d'olfrir à l'Académie de la part de l'auteur,
464 LtVRES OFFERTS
M. Aveneau de La Grancière, un petit volume intitulé : Le préhisto-
rique et les époques (/nuloises, f/allo-roniaine et mérovingienne clans
le centre de la Bretagne Armorique. Ces notices, éclairées par une
illustration abondante et des cartes, sont le fruit des explorations de
l'auteur, (jui est vice-président de la Société Polymathique, dans une
région jusqu'à présent fort négligée du Morbihan. Déjà, il y a
quelques années, par son opuscule sur les montagnes d'Arrhées,
M. Paul du Chatellier nous avait convaincu que l'Armorique recèle
encore des cantons pres([ue inexplorés; M. Aveneau de La Grancière
donne une preuve nouvelle des surprises qui attendent le voyageur
archéologue à quelques lieues de centres très fréquentés. Ses
recherches ont porté sur l'arrondissement de Pontivy et, en parti-
culier, sur le territoire de douze communes appartenant aux cantons
de (;iéguérec, de Pontivy et de Baud, et couvrant une superficie de
36.000 hectares environ. Ce travail est une contribution très utile à la
statistique archéologicjue de la Bretagne; il continue dignement ceux
des antiquaires zélés auxquels la Société Polymathique doit son bon
renom ».
M. Gagnât offre à l'Académie, de la part do M. P. Monceaux, le
premier fascicule de son Recueil des inscriptions chrétiennes de
l'Afrique. Ainsi que M. Monceaux l'a expliqué dans la dernière séance
de l'Académie, la publication commence parles inscri[)lions grecques.
M. IIamy offre à l'Académie de la part de notre correspondant,
M. le duc (le Loubat, le premier volume de la collection de mémoires
de M. 1^(1. Selersurla linguistique et l'archéologie américaines, récem-
ment publiée aux frais du donateur [Gesainnielle Ahliamllungen zur
Amerihanischen Sprach- und Allerlhunishunde, won Ed. Seler. Vol. I.
Berlin, 1902, in-S", xxviii-862 pp.).
Ce premier volume renferme trente-trois mémoires ou notes
publiés presque tous dans la Zeitschrift fur Ethnologie et consacrés
à la linguistique et à l'iconographie, au calendrier et aux hiéroglyphes
du Mexicjue et du Yucatan. Il n'y a pas lieu d'insister sur cette
réédition, qui a surtout l'intérêt de grouper, à l'usage des spécia-
listes, des monographies dont ils savent apprécier toute la valeur.
SEANCE DU 23 OCTOBRE
M. Degrand, consul de France à Philippopnlis , adresse à
l'Académie un rapport sur ses fouilles en Thrace, pour lesquelles
il a reçu une subvention sur les revenus de la Fondation Piot.
Renvoi à la Commission Piot.
M. Glermont-Ganneau, au nom de M. de Vogué, donne lecture
de la note suivante :
« Le R. P. Delattre m'a adressé Pestampage d'une inscription
phénicienne gravée sur la face latérale d'un petit ossuaire de
pierre, mis au jour dans le déblaiement d'un des puits funé-
raires de la colline dite Bordj-Djédid, à Cartilage.
« Elle se lit ainsi, sans difficulté :
Urne de Ba 'altifton (?) fils de Whdmelqart.
« Le premier mot qui désigne le coffret de pierre dans lequel
sont rassemblés les ossements du défunt s'est déjà rencontré
deux fois en phénicien. Une fois, avec le sens de sarcophage,
dans l'inscription de Tabnith : (T IINl 23U7 "]JN, 1. 2). On
l'a, à ce propos, rapproché de l'hébreu ^iiN [Gen., I, 26) dési-
gnant le sarcophage égyptien qui reçut la dépouille du patriarche
Joseph, et de l'araméen x:^N {C. I. S., II, n'^ 173) signifiant
également sarcophage. Mais c'est la première fois qu'on le trouve
pour désigner un ossuaire. Le second exemple connu en phéni-
cien se trouve dans l'inscription 326 du Corpus. La lecture en
est absolument certaine d'après la planche. C'est un ex-voto
dun certain Arisus qui était fahricanl de sarcophaçjes et d'os-
suaires, n:iN \:nn; le mot est ici au féminin pluriel. Le même
mot désigne, en hébreu, u l'arche d'alliance », le coffret de bois
qui renfermait les tables de la Loi. On peut donc dire qu'il était
commun à tous les dialectes sémitiques du Nord, avec le sens.
46(i SÉANCE Df 23 OCTOBUE 1 î)03
{^[•énéral de '( coll're », quelles que russent la matière el les dimen-
sions de lobjel.
« Le nom du défunt est écrit très distinctement irrS"2, forme
qui se rencontre pour la première fois, et que l'on est tenté de
prime abord d'interpréter par "jun -\- T^^VZ, c'est-à-dire le nom
de la déesse nSvj et la 2'' pers. fém. de l'imparfait du verbe "jn:.
Cependant cette interprétation se heurte à de sérieuses objec-
tions. Nous n'avons jusqu ici aucun exemple certain du nom de
T\TJ2 entrant en composition pour la formation d'un nom propre;
et, d'autre part, le nom féminin de la déesse n'TTO'!?, combiné
avec le même verbe, a donné la forme "|n^ninw*" (C /. S., I, n° 7"2j
et non pas "ïnmn*>L^>. C'est donc sous toutes réserves que nous
risquons cette interprétation, et pour ne pas éluder une diiïiculté
qu'on pourrait facilement résoudre en supposant une erreur du
graveur qui aurait mis un T\ à la place d'un * ; on aurait alors le
nom si commun de Tn"''^"2, Uiialynlon. Observons enlin qu'une
confusion entre deux lettres si dissemblables n'est pas naturelle
el tpie la gravure du texte est très nette.
« Cette petite inscription, malgré sa brièveté, n'est donc pas
dépourvue d'intérêt, et nous ne pouvons que savoir gré au U. P.
Delattre de nous en avoir réservé la primeur ».
M. E.-F. Gautier fait une communication sur des découvertes
archéologiques el épigraphiques faites au cours d'un voyage au
Sahara, avec une subvention sur la Fondation Benoît Garnier:
1" L'iie inscription hébraïque provcnaiil du Toual el qui a élé
traduite par M. Philippe Berger;
2" Des gravures rupeslres provenant des montagnes Touareg.
Ce sont des gravures d'animaux. La faune est moderne. La pré-
sence du chameau prouve que les gravures sont postérieures au
vu'" siècle après J.-C. .Malgré leur date récenle, elles sont inté-
ressantes par leur dessin étudié , qui contraste avec le dessin
sommaire el schématique des gravures Sud-Oranaises de même
époque. Il semble tpie ce soit un témoignage du refoulement
progressif vers le ."^ml (l'une race ou d'un état de civilisation.
On remarque dans ces gravures deux sortes de figures humaines:
un piéton nii el armé d'un bouclier ronfl d'aspect soudanais; \\u
méharisle dr.ipé ressembhml au Touareg aeliiel.
sêancf: du 23 octomkr 1903 467
3" Des inscriptions en caractères Touareg déconcertantes par
leur nombre et leur insigniliance. Il serait pourtant possible de
s'y débrouiller avec l'aide des interprètes et des scribes indigènes
d'In-Salal.
En somme, il y a là, en pays Touareg, un champ nouveau qui
s'ouvre aux recherches archéologiques.
Le Président demande si, comme le dit M. Gautier, l'emploi
du chameau, dans le Sud-Oranais, ne date que du vu'' siècle.
Après une discussion oii MM. S. Reinach et Hamy appuient
l'opinion de M. Gautier, et M. Dieulafoy qui se prononce pour
l'opinion contraire, la question reste à l'élude.
M. de Mathuisieulx expose à l'Académie les résultats de son
voyage archéologique en Tripolitaine. En suivant des itinéraires
que nul explorateur n'avait parcourus avant lui, il a pu visiter
les ruines de Sabratha maritime, l'un des trois emporia phénico-
romains qui ont valu son nom à la Tripolitaine; puis les ruines
d'une Sabratha intérieure dont certains historiens avaient nié
l'existence.
Dans le Djebel, M. de Maihuisieulx a identihé trois stations
du limes Tripolitanus^ d'après l'itinéraire d'Antonin. Ce sont :
Thamascaltin, Thenteos et Asrou. Puis il a trouvé une des voies
anciennes de pénétration vers le Fezzan, celle de Rabta , Djen-
douba, Elmina Ragda et SkifTa.
Enfin la mission a découvert une très dense colonisation
romaine le long des ouadi SolTedjin, Zemzem, Refed, Beni-
Oullid, dans la partie orientale du vilayet. Dans cette région, les
nécropoles de Ghirza dépassent en beauté tout ce qu'on retrouve
dans cette partie de l'Afrique. Elles procurent en outre de
curieux et précieux renseignements, tant par leur riche ornemen-
tation que par leurs inscriptions.
Le Président félicite M. de Mathuisieulx des résultats de son
voyage et le félicite à l'occasion de la nouvelle excursion qu'il va
entreprendre.
1903. 32
468
LIVRES OFFERTS
Le Président dépose sur le bureau de l'Académie le premier fasci-
cule du touic X des Monunu'/ihrl MôDioiri'x publiés sur les fonds Piot
(Paris, 1903, in-é"). Il signale à TAcadémie la perfection croissante
des reproductions de monuments et complimente M. Jamot qui en
revoit avec tant de soin les épreuves.
M. Clermont-Ganneau offre à l'Académie, de la part de M. Pognon,
consul de France à Alep, la seconde partie de son mémoire intitulé:
Une version si/ri.K/iie des Aphorismcs d'IIippncrate. Il en a déjà pré-
senté, il y a quelque temps, la première partie contenant le texte et
l'introduction. Celle-ci comprend la traduction, confrontée minu-
tieusement avi'f l'original grec et accompagnée de nombreuses notes
oîi M. Pognon fait preuve de beaucoup d'érudition. A la fiu, un glos-
saire spécial donne un relevé détaillé des termes médicaux, qui
apportera à la lexicographie syriaque un notable enrichissement.
M. S. Hkinacu offre à l'Académie un opuscule, dont il est l'auteur,
inlilulé : Le musée chrélini ilnns la c/i.ipelle de saint Louis nu châ-
teau di' S;iint-G('r/ii:iin-('n-L;n/(\ avi'c 31 gravures (l,ni> le texte
(Paris, 1U03, in-«").
M. lliÎRON DE \'ii,LEFOSSE offrc , Ctt SOU uom et celui de son colla-
borateur, M. L.-Il. Labande, une brochure intitulée : Les mosaïques
romnines de Villel.iuri', Vaucluse Paris. l'.lO.!, in-S"; extr. du
Bulletin nrchéoloijir/ui', 1U03;.
M. CoLLKiNON dépose sur le bureau son mémoire intitulé : D<'
rorifjine du type des pleureuses dans l'art grec (Paris, 1903, in-8°;
extr. delà Revue des éludes grecques).
M. Léger présente de la pari île M. .1. Schischmanov, ministre de
l'instruetion piililiqiie à Sofia, vtw Iravail iiililule : (ïliick und Ende
einer berùlunlem lilerarischen Mgsli/ication (Veda Slovena) (Berlin,
in-8";extr. de 1" Archiv. fi'ir Sl.ivischen Philologie, tome XXI).
M. Schischmanov expose dans quelles circonstances lurent mis en
SÉANCE DU 30 OCTOBRE 1903 469
circulation des poèmes prétendus populaires en langue bulgare qui —
baptisés par l'éditeur, feu Verkovitch, du nom pompeux de Véda slave
— racontaient sur les migrations des Indo-Européens des légendes
relatives à un personnage qui aurait été l'Orphée de la mythologie
grecque. De 186o à 1875, un certain nombre de savants français,
notamment MM. Albert Dûment, Dozon, Rurnouf, s'intéressèrent à
ces chants et crurent à leur authenticité. M. Léger fut le premier à
signaler la supercherie (voir Nouvelles éludes slaves, Paris, 1880), qui
avait trouvé un défenseur passionné dans la personne du professeur
du Collège de France Alexandre Chodzko. M. Schischmanov, dans le
présent travail, donne l'histoire détaillée de cette mystification dont
l'auteur principal serait un certain Gologanov à qui l'archéologue
Verkovitch servit de complice inconscient.
M. L. Léger présente de la part de M. van "Werweke, professeur à
LuxemI)ourg, un volume intitulé : Mélanges historiques Luxem-
bourg, imprimerie de la Cour, 1903, in-8°). Ce volume renferme entre
autres travaux un essai critique sur les Regestes pour servira l'his-
toire du Luxembourg de feu Wiirth-Paquet et un travail fort curieux
où M. van Werveke établit jour par jour, de 1310 à 1346, les itiné-
raires de Jean l'Aveugle h travers le Luxembourg, l'Allemagne, la
Bohême, la Moravie, la Lusace, la France, le Comtat Venaissin, la
Lombai-die, l'Italie Centrale, les Pays-Bas, la Lithuanie, la
Pologne. Ce travail, établi année par année et mois par mois, est
accompagné d'un index alphabétique. Jean l'Aveugle fut probable-
ment le plus vagabond des souverains du xiv'' siècle. C'est le véritable
type du chevalier errant.
SÉANCE DU 30 OCTOBRE
L'Académie décide que le prix extraordinaire de la fondation
Bordin sera décerné en 1905 au meilleur travail manuscrit sur la
question suivante : Examen critique des trois derniers livres du
Miroir historial de Vincent de Beau vais, embrassant (a période
co'mprise entre les années 1 153 et 1 244,
470 LIVRES OFFERTS
M. Maurice Croiskt donne communication du morceau qu'il
se jîropose de lire à la séance publique annuelle de TAcadémie et
qui est intitulé : La morale cl la cité dans les poésies de Solon.
La lecture est approuvée avec félicitations à notre confrère.
M. Bréal fait une communication sur l'origine du mot ota^o-
)vO;, le diable, d'après un passage d'Hérodote.
Cette communication donne lieu à un échange d'observations
entre MM. Ph. Beroeh, Oppert, Alfred Croiset, DnaLAFOY,
Bouché-Leclercq, Glermont-Ganneal:, Joret et Maui'ice Groiset.
M. Pottier continue sa communication surla céramique attique.
LIMIES OFFERTS
Le SECHKTAn<E PEnpÉTUEL oirre, an nom de M. Léon Lallemand,
une Hisloire de la Charité, tome IL Len neuf premiers si('cles de l'ère
chrétienne (Paris, 1903, in-S"). L'auteur a cjuitté une posilion admi-
nistrative importante pour se consacrer à ses éludos. Il y a gagné le
titre de correspondant de l'Académie des sciences morales et poli-
tiques et do plusieurs Académies étrangères.
Le Pbésident ofTre à l'Académie le tome VIII de son Histoire de
Vart dans Vantiquité, La Grèce archaïque; la sculpture (Paris, lOOi,
in-8°).
M. l'.Aurn dépose sur le bureau un mlicle ipril ;i i)ulilit'' dans le
Journal des Savants sur Foun rage do M. V.. Lunet de Lajonquière
intitulé : Inventaire descriptif des monuments du dambodr/e (Paris,
1002, gr. in-S").
M. IIkizey ofTre à l'Académie, de la part de M. irançois Thureau-
Dangin, un \oliiine (|ui :i pour titre : Hcrueil de lablelles chaldéennes
(Paris, lîlOil, iii-S").
LIVRES OFFERTS 471
L'auteur a voulu faire avant tout une édition de textes originaux,
travail des plus utiles pour les études assyriologiques. Il y était
d'autant mieux préparé, qu'il a consacré antérieurement une publi-
cation spéciale à l'histoire de l'écriture cunéiforme et de ses modi-
fications de siècle en siècle. Aussi, dans les. copies qu'il met aujour-
d'hui sous nos yeux, les moindres de ces variations et de ces
nuances épigraphiques sont-elles reproduites avec une sûreté parti-
culière.
Mais ce n'est là que le côté extérieur de son œuvre. Nous ne
devons pas oublier que M. Thureau-Dangin a contribué lui-même à
former ce choix d'environ quatre cent cinquante tablettes, par l'étude
et par le triage des innombrables documents de ce genre mis au jour
par Ernest de Sarzec, dans nos fouilles françaises de Chaldée.
Chargé, au cours de plusieurs missions successives, de ce débrouil-
lement, il a désigné pour les collections du Louvre des pièces qui
présentaient une valeur historique ou paléographique de premier
ordre. Avant de les réunir dans le présent recueil, il a fait connaître
le contenu de beaucoup d'entre elles par des essais de traduction ou
par des résumés pleins de faits nouveaux. C'est ainsi qu'il a publié,
dans nos Compte!? rendus, les premières tablettes connues aux noms
de Sargon l'ancien et de Naram-Sin, contlrmant par des documents
d'ordre privé la pleine réalité de ces deux règnes, si importants pour
l'histoire de la haute époque. Les tablettes de la période suivante ont
été aussi de sa part l'objet de plusieurs notices, où il a étudié,
comme dans sa Cnmplahilifé agricole en Chaldée, la vie économique
et administrative de ces anciens âges.
M. Thureau-Dangin peut ainsi publier aujourd'hui, en toute con-
naissance, une suite de textes dont l'intérêt se trouve singulièrement
accru par l'ordre chronologique dans lequel ils sont présentés. Le
recueil commence par une riche série de tablettes archaïques aux
angles arrondis, parmi lesquels on remarque les curieux comptes du
harem du roi Ourou-Kaghina. Les autres séries se succèdent jusqu'à
la fin de ce que l'on a appelé improprement la <i seconde dynastie des
rois d'Our ». En tête de ces textes, huit pages d'introduction, d'une
précision et dune sobriété vraiment scientifiques, suffisent à résumer
l'ensemble des données nouvelles qu'ils fournissent pour le dévelop-
pement de la très ancienne histoire de Chaldée, qui, grâce à de
pareils travaux, se reconstruit chaque jour sous nos yeux.
Aucune classe de témoignages n'est plus sûre, en effet, pour la
reconstitution des origines orientales que les actes gravés sur l'argile,
que ces » briquettes faites pour être cuites », ces coctiles laterculi,
comme les a{)pelle Pline l'Ancien, avec une si exacte concision, en
472 LIVRES OFFERTS
les ^désignant déjà comme le principal élcmenl de la chronologie
chaldéenne.
M. J. Laih offre à l'Académie un Easai sur la hntaille de Formigny
(Ib avril 1450), accompagne de la reproduction j)hotographi([ue de
dessins conservés à la Bibliothèque nationale (Paris et Rayeux, 1003,
in-8°). Ces dessins ont été faits à Fontainebleau sous Louis XIII,
d'après une tapisserie du iemps, aujourd'hui disj);iiu('. Puissent ces
reproductions |)ermeltre de retrouver (piehpies fragments de cette
tapisserie iiist()i'i(|ue !
M. S. Rkinacu a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de présenter à FAcadéinie de la part de l'auteur.
M. (^larence B. Moore, le second fascicule contenant l'exposé de ses
recherches dans les tumulus de la côte de la Floride (Cerlain abo-
ri(/in.il mounds of Ihe Florida central ivesl-coast , Philadelphia ,
11I0:{ . Cet ouvrage contii-nt d'excellentes reproductions d'un grand
nombre d'objets en argile, en lest de coquille, en pierre, en cuivre,
ainsi que les plans des tumulus ou mounds explorés. La décoration
des vases, souvent 1res riche, offre des motifs linéaires et des reliefs
d'une grande variété. Le cuivre en feuilles et les instruments du
même métal sont-ils d'origine européeime? M. Moore ne le croit pas;
h l'analyse, le cuivre des niniinih de Fhu'ide pai'ait beaucoup plus pur
f[ue celui quOii obtient en lùu'ope parla foute (h'S uiineiais; ce ne
])eul être (|ue d\\ ciiivic natif, (^etle conclusion a été contestée par un
autre savant américain, M. J. D. Mac Guire ; il en est résulté une con-
troverse fort intéressante, dont un compte rendu, publié d'abord dans
une revue américaine, est également ofTert à l'Académie au nom de
M. Moore [Shccl-cnjtpi'r frointhc innurKh is iiot ni'cessarihj of european
ori;/in, reprinled froin l'Iir Aiurricin AnthroiinUxjist , vol. V, jan.-
march HIO;{j. »
M. Charles JonF.r offre à l'Académie une étude sur l'n hollrniste-
voi/ageur normand, J.-li. L'' (ihecalier, d'après sa correspondance
avec Boltiger. Il s'agit du précurseur de Schliemaiin. du premier
inventeur d'ilion. doul le Voyage en Tmadc i'[\\ un si t;raud retentis-
sement et fit autorité pendant de si longues années. (Jijligé de quitter
la France au moment de la Révolution, Le Chevalier parcourut l'Iùi-
rope prescpu' entière, visita entre autres Weimar. où il vit Grelhe et
Schiller et S(> lia avec Boltiger; il |m'ii--:i même quelque U'uqis à
obtenir une chaire il léna ; mais icntié en l-'iance, grâce à Talleyraud,
LIVRES OFFERTS 473
il devint le secrétairo du célèbre homme d'État et fut attaché au
ministère des Affaires étrang-ères, jusqu'au jour où M. de Champagny
le nomma conservateur de la Bibliothè(|ue Sainte-Geneviève.
M. Héron de Villefosse dépose sur le bureau un opuscule dont il
est l'auteur et qui est intitulé : Remarques sur les inscriptions de
Taoura Constantine, 1903, in-8'^).
Le Gérant^ A. Picard.
MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS
COiMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1903
PRÉSIDENCE DE M. G. PERROT
SÉANCE DU 6 NOVEMRRE
A l'ouverture de la séance, le Présidext prononce les paroles
suivantes :
<( Nous avons, depuis notre dernière séance, perdu le plus
illustre de nos associés étrangers, M. Mommsen, qui nous appar-
tenait, à ce titre, depuis 1895. Dans le discours que je pronon-
cerai vendredi, en séance publique, je lui rendrai l'hommage
qui lui est dû ; mais il importe que, dès aujourd'hui, soit consi-
gnée au procès-verbal l'expression des regrets que nous laisse la
mort de l'historien original, du profond jurisconsulte et du phi-
lologaie incomparable que fut Théodore Mommsen. »
Conformément à un arrêté ministériel, l'Institut se réunira en
séance générale le 24 de ce mois, pour procéder à la nomination
d'un délégué de l'Académie des beaux-arts au Conseil supérieur
de l'instruction pubhque en remplacement de M. Larroumet.
1903. -y.
476 SÉANCE DU 6 NOVEMBRE 1903
M. le Directeur de l'enseignement supérieur transmet à l'Aca-
démie deux mémoires de M. Samaran, membre de l'Kcole fran-
çaise de Rome, pour être soumis à la Commission des Écoles
d'Athènes et de Rome. L'un de ces mémoires, relatif à l'admi-
nistration des lînances pontificales au xn"" et au xv* siècle, sera
examiné par M. Valois; l'autre portant sur les néf^ociations du
cardinal Georges d'Armagnac, est renvoyé à l'examen de M. Emile
Picot.
Mgr DucHESNK, directeur de l'ilcole française de Rome, a
adressé la lettre suivante à M. Léopold Delisle, qui en donne
lecture à l'Académie.
Rome, 3 novcmln'C 1903.
Monsieur et cher confrère,
L"iiicendie qui a éclaté samedi soir au[)rès do la hiblioUièqne du
Vatican n'a pas été sans vous donner quelque émotion profession-
nelle. J'ai pensé ([u'il était utile de vous renseifiner avec le calme et
la précision dont la presse cl le télégraphe sont parfois dépoiiiv us.
Justement, ce malin, j'ai pu jjrendre connaissance des lieux, en
comi)af];'nie de MM. Paslor et Kchr, directeurs des Instituts autrichien
cl prussien, cl du P. Ehrle, bil)liolhécaire de la \'alicane.
Au-dessus, non du dépôt des manuscrits, mais des salles de tra-
vail (II' l;i Valiianc et de la galerie lapidaire adjacente, se développe
une série de mansardes, dont quelques-unes sont affectées au loge-
ment du bibliothécaire, les autres à celui d'un ouvrier intelligent,
chargé de la restauration des reliures. Ces dernières sont situées sur
la galerie lapidaire et les premières travées du musée de sculpture
antique.
C'est dans le quartier du relieur que le feu a pris. Il occuj)e ((uatre
pièces : une pelitc bibliothèque, une chambre à coucher, une cuisine,
enfin un long grenier. Les flammes ayant été aperçues du dehors, du
(piartier des Prati, on est venu avertir les pompiers du Borgo,
lesquels ont prévenu les Suisses du Vatican. Dans le palais on ne se
doutait de l'ien. Le P. Ehrle lisait Iraïupiillement dans sa chambre,
le relieur dormait dans la sienne. Avisé, le P. Ehrle alla le réveiller,
et comme, même dans le voisinage immédiat de l'incendie, on n'en
apercevait pas la triice, ces Messieurs parcoururent le petit appar-
tement et rmircut p.ir ouvrir I;i poite du grenier. Là étaient les
flanmics.
SÉANCE DU 6 NOVEMBRE 1903 477
Les gens du palais, y compris quelques pompiers, accoururent ;
mais leurs moyens étant insuffisants, appel fut fait aux pompiers de
la ville, qui ne tardèrent pas à localiser d'abord, puis à éteindre
'incendie.
Le P. Ehrle, qui avait chez le relieur quelques feuillets de manu-
scrits |)récicux, s'était empressé, dès la première alerte, de les mettre
en sûreté. Le précieux dépôt du Vatican n'a donc pas la moindre
perte à déplorer. Les salles de la bibliothèque, même les salles de
travail, n'ont été touchées ni par l'incendie ni par les dégâts insépa-
rables des manœuvres d'extinction. Il en est de même des galeries
du musée. Dans l'appartement du relieur, la bibliothèque privée de
celui-ci n'a pas souffert non plus ; il y a eu du dégât dans sa cuisine
et sa chambre à coucher, qui cependant n'ont pas été détruites. Seul
le grenier a brûlé, avec des dépôts de papier, de colle et autres
substances adaptées aux usages de la reliure. On pense que l'incen-
die se sera allumé par la combustion sjjontanée de quelqu'une de ces
substances.
En résumé, on peut dire qu'il n'y a rien eu, si ce n'est peut-être
un avertissement à redoubler de vigilance et surtout une exhortation
à pourvoir la bibliothèque et ses abords des appareils les plus per-
fectionnés et les plus efficaces contre les commencements d'incendie.
Les salles de travail ont été ouvertes sans aucune interruption; je
viens d'y passer ma matinée.
Si ces détails peuvent intéresser d'autres personnes et notamment
nos confrères de l'Académie, je vous serais obligé de leur en donner
connaissance.
Bien cordialement et respectueusement à vous,
L. DUCHESNE,
M. Clermont-Ganneau communique à l'Académie de la part du
P. Prosper, de la Custodie franciscaine de Jérusalem, tout un
groupe d'inscriptions recueillies par lui en Palestine, en photo-
j^raphies et estampages. Il résulte de l'examen de M. Clermont-
Ganneau quedans cette récolte épigraphiqueil s'est glissé unpeu
d'ivraie ; une imitation frauduleuse de la fameuse stèle du temple
juif portant interdiction auxGentils de pénétrer dans le sanctuaire
sous peine de mort ; un ossuaire antique qu'une main moderne a
agrémenté d'une inscription. D'autres inscriptions étaient déjà
connues, notamment deux inscriptions romaines trouvées à
Jérusalem, il y a nombre d'années, par M. Clermont-Ganneau
478 SÉANCE DL' 6 NOVEMBRE 1903
lui-même. Mais il reste encore beaucoup de bon grain : une épi-
taphe grecque de Gaza , avec une curieuse formule funéraire :
une épitaphe gréco-juive au nom de Rebecca, avec un mot écrit
en caractères hébreux, et surtout des fragments importants
d'une magnifique inscription romaine, de dimension monumen-
tale, découverte dans des fouilles récentes aux portes mêmes de
Jérusalem. C'est une dédicace à Tempereur Hadrien, le fonda-
teur de la Jérusalem nouvelle, sous le nom d'Aelia Capitolina,
avec la mention de trois des légions qui écrasèrent la terrible
insurrection juive dirigée par Barcochebas: laX^'UgionFretensis,
la II® légion Traiana et la XII*^ légion Fulniinata*.
M. PoTTiER lit à l'Académie une lettre de M. Perdrizel relative
à un des monuments les plus importants qui aient été trouvés
en Crète. Celui-ci provient des fouilles de Ph(cstos et a été
publié par MM. Ilalbherr et Savignoni dans les Mouumentianli-
chi, 1903. C'est un relief sur un carafon de pierre, qui repré-
sente une troupe de soldats armés de lances fourchues, conduite
par un chef couvert d'une cuirasse imbriquée, et précédée d'un
peloton de chanteurs et de musiciens.
M. Emile Picot, qui a vu sur place ce curieux morceau de
l'ancien art crétois, ajoute quelques détails à ceux que M. Per-
drizel a insérés dans sa lettre.
M. PoTTiER achève la lecture d'un chapitre extrait de son Cata-
logue des vases du Louvre et intitulé : La condition sociale des
fabricants de vases.
M. Salomon Rkinach montre et commente les photographies
d'une statuette de bronze, découverte ;i \'éïes, qui a passé de la
collection du comte Tvskiewicz dans celle do M. Edmond de
Rothschild. Cette slalucUe reproduil un type seul))! lirai
d'Alexandre le Grand, analogue à celui de V Alexandre à la
lance de Lysippe, mais en dill'érant ])ar d'inqjortantes parlicuhi-
rités. La disposition de la draperie sur le bas du corps se retrouve
1. Voir ci-après.
INSCRIPTIONS DE PALESTINE 479
dans des statues impériales du i'^'"' siècle et révèle, par suite,
rinfluence d'un modèle en faveur à l'époque hellénistique. Ce
modèle a été attribué par \I. Arndt à Léocharès, élève de Scopas
et collaborateur de Lysippe; c'est également à cet artiste que
M. Reinach voudrait attribuer le prototype d'où dérive la statue
de Véïes.
L'Académie procède à la nomination d'une Commission qui
sera chargée de proposer un sujet de concours, dans l'ordre des
études orientales, pour le prix ordinaire à décerner en 1906, sur
les fonds du budget. Elle décide que cette Commission sera com-
posée de cinq membres.
Sont désignés : MM. Barbier de Meynard, Senart, Ph. Berc^er,
Barth, Cuavannes.
COMMUNICATION
INSCRIPTIONS DE PALESTINE ,
PAR M. CLERMONT-GANNEAU , MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
Le P. Prosper, de la-Custodie franciscaine de Jérusalem,
vient de m'envoyer (lettre du 24-10-03) un lot d'es-
tampag-es et de photographies d'inscriptions recueillies,
soit à Jérusalem même, soit sur d'autres points de la
région, et dont les originaux sont conservés au musée du
couvent de Saint-Sauveur, musée à la création récente
duquel on ne peut qu'applaudir. Voici le résultat du premier
examen auquel j'ai soumis ces documents.
J'écarterai d'abord un peu d'ivraie qui, à côté du bon
grain, s'est glissée dans cette petite récolte épigraphique.
1° Un texte grec incompréhensible en soi , mais dans
lequel je n'ai pas eu de peine à reconnaître une contre-
480 INSCRIPTIONS DE PALESTINE
façon grossière' de la fameuse stèle d'Hérode découverte
par moi en 1870 et interdisant aux Gentils sous peine de
mort l'accès du temple juif.
2° Un ossuaire juif du type courant : petit coffret en
calcaire tendre, plus étroit en bas qu'en haut, monté sur
quatre pieds ; face antérieure ornée de deux rosaces; cou-
vercle à section trian^çulaire. L'ossuaire, dont la provenance
indiquée est le mont des Oliviers, est certainement authen-
tique. Je n'en dirai pas autant de l'inscription grecque
gravée au-dessus des deux rosaces. Elle me paraît avoir
été ajoutée après coup par quelque faussaire désireux d'aug-
menter la valeur marchande du monument ori"-inairement
anépigraphe. J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de cons-
tater ce genre de fraude'. Caractères gravés dune façon à
la fois lourde et molle : NIKHTA'-'OIAOnATGOP.
Au-dessus, un complexe se décomposant en €^Y. Au-
dessous, les sigles M'(*, surmontant un groupe de trois
flèches bizarres, dont l'une à double hampe divergente
Viennent ensuite :
3" et 4". Deux fragments d'inscriptions romaines indi-
quées comme provenant peut-être de fouilles faites à la
chapelle de la Flagellation. Vérification faite, ils ne sont
pas inédits; je lésai publiés autrefois'', en en faisant con-
naître la provenance exacte ■'.
1. Ccst celle-là même (]ue j'ai publiée, à litre de ciiiinsilé, clans mes
Fraudes nrchèoloijiqnes en Pulesline, p. îO-SS, pi. I. Elle est fcravée sur
une platpie de marbre blanc, lonfiuc dcC" 59 et épaisse de 0" Oi en
moyenne.
2. Voir, par exemple, dans r(iu\ i-a^^i- pi-écilé. p. !•;)-(•(>.
3. Le nom de Nicetas a, d'ailleurs, de bons répondants juifs. Cf. un
Nicétas, fds de Jason, de Jérusalem, métèque de Yasos ;Carie). I.e Has-
Wadd., Voy. arch., n" 29i.
4. Clermont-Ganneau, Trois inscriptions de lu A" lésion Frelensis Iroii-
vées à Jérusalem, 1S72, p. 10 etsuiv.: id.. Mission en Palestine et en l'Iié-
nicie, 1 '• rapport, p. 07, n° 21.
5. La Khànka, i)rès du Saiiil -Sépulcre, poiu l'un: l.'Miplacemcnt de la
Casa Nova, jiour lanhe.
INSCRIPTIONS DE PALESTINE 481
S** Un frag-ment d'inscription grecque chrétienne de Jéru-
salem , déjà publié, mais d'une façon insuffisante, par
Wadding-ton ', puis, avec quelques variantes, par le P.
Germer-Durand 2. J'en avais pris moi-même entre temps
une copie ■^. Le fragment, qui avait disparu depuis, a été
retrouvé et photographié par le P. Prosper. Il m'en a
envoyé ultérieurement un estampage. La photographie,
d'accord avec la copie de Waddington et la mienne,
exclut la restitution [xvrj;/?;;, proposée par le P. Germer-
Durand, pour le mot mutilé du début. On pourrait peut-être
reconstituer à peu près ainsi ce texte si maltraité :
[-|- 'Ey.Tiaô-/i ^ •/] [xiJvYÎ'' T^ç ©£[oTixo'j llapGÉvo'j
SJoipiaç'^, -rbv t
'I]o)àvvou y.x\\ ]
A été fondé le couvent de la Sainte Vierge Mère de Dieu
et de saint Jean, par Sophie, , Jean et
1. Inscr. grecques et lat. de Sijrie, n" 1903. Cf. de Vosiié, Le Temple de
Jérusalem, p. 135 et û'^. 37.
2. Revue biblique, 1892, p. 584, n" 46.
3. Carnet de 1S67, II, p. 12 V.
4. Oïl quelque verbe analo;;ue.
5. D'après une observation du P. Prosper, les restes de la lettre précé-
dant le N semblent appartenir à un Oi CO ou 0.
6. Sur l'association de la Viert^e et de saint Jean, cf. Evangile selon saint
Jean, XIX, 25-27. La tradition postérieure y a attaché beaucoup d'impor-
tance. Sur l'existence à Jérusalem d'un couvent sous ce double vocable,
cf. Tobler, Topogr. von Jerus., I, p. 424, bien que saint Jean y soit, peut-
être indûment, qualifié de " Damascène ». Je ne crois pas, en tout cas,
qu'il faille s'arrêter à l'idée que le A, suivant le nom de saint Jean dans
notre inscription, pourrait être l'initiale de Aa[jLacrx.r,voj. Entr'autres raisons
péremptoires, il y a l'invraisemblance clu'onologique.
7. On a voulu généralement restituer Trj; àyfa; i]opiaç. Mais rien ne
prouve qu'il ne s'agit pas simplement du nom de femme Sophie.
482 INSCRIPTIONS DE PALESTINE
G° Frag-ment qui aurait été trouvé à 'Amouâs (Emmaûs-
Nicopolis). Plaque de marbre jaunâtre ; épaisseur: 0'" 03.
Hauteur moyenne des lettres : 0'" 03.
7" Frag-ment trouvé à Qobeibé (FEmmaûs de la tradition
franciscaine). Pierre dure; épaisseur : 0"' Oo. Hauteur
moyenne des lettres: 0'" 04,
S° Frag-ment qui aurait été apporté, par des chameliers,
de 'Ain Aroueh (?), près dllébron. Plaque de marbre
blanc, incomplète par en bas ; épaisseur de 0"' 03 à 0"' 04.
Hauteur moyenne des lettres : 0'" 03"). D'après la paléogra-
phie et les formules, j'inclinerais à croire que le monument
provient plutôt de Gaza ^ Je lis :
-j- KaTaOco-'.ç TSîi [^.xy.apio'j 'A6paa;j.isu
TOu cia7.(ôvcu), a'jTTj Tsv $p:;xcv àv
y.(upî)o) (ou x(6(t;j.)(|)?) TsXscav-oç
-|- Sépulture du bienheureux Ahraamios, diacre, y
ayant achevé sa course dans le Seigneur ioii : en ce monde),
le... [jour... mois... année indiction...]
1. Voir les ôpilaplics similaires que j'y ai découvrrios en 1870 cl imlilices
dans mes Arrlueolofjical HeseHrches in Pal., l. II, p. 101 cl suiv.
INSCRIPTIONS DE PALESTINE
483
Gaza nous a déjà fourni Tépitaphe d'un autre Abraamios,
diacre également.' Dans la partie disparue devait se trou-
/-^j^^t^
y "^
'"%/ ^
^^
y
i >w^
f /^^"
■"-'/
-^
1. — Fragment d'inscription grecque. ('Ain-Aroueh ?, près d'Hébron).
ver la date : mois, quantième, année, indiction. D'après les
traces de lettres qui restent, le mois pourrait être restitué
1. Op. cit., p. 408, n° 9. Datée du 27 août 5 il J.-C. J'estime que la nou-
velle inscription doit être aussi du vi' siècle.
484
INSCRIPTIONS DE PALESTINE
Aic'j '. La formule finale est nouvelle, si je ne me trompe, et
intéressante.
9° Plaque de marbre blanc, carrée, de 0'" 20 de côté;
épaisseur : 0'" 02. Aurait été apportée de Gaza ou d'Asca-
-•s
■' ■ /, , .Z. ■■ <y^T0
/
r
y V
y
2. — Fraf^nuiit d'inscription {grecque. Gaza nu .\scalon.)
1. Siiix'i (le Ifllrcs miiiK'ralcs indiqniinl le <|ii;iiiliè'iiu'. 11 serait |)liis réj^ii-
lier ([uo ces Ictti'cs ])r(';cédassent le nom du mois; dans ce cas on serait
amené à restituer : "^ a' (ou $', ou X'), louvioj ou 'IojÀ-'oj; mais ce serait
contraire ù l'usaj^e du calendrier de Ga/.a dans lequel les mois avaient con-
servé leurs anciens noms macédoniens et qui. d"niitrc pai'l , était récrié sur le
calendrier éj^yptien et non julien.
INSCRIPTIONS DE PALESTINE 485
Ion. Je croirais plutôt quelle provient en réalité de l'an-
tique nécropole juive de Jafïa que j'ai découverte en 1873.
Elle olï're, en efîet, d'étroites alFinités avec les f^Vt/Zt judéo-
grecs que j'y ai recueillis dans le temps' :
Mv/;[jL(e)îov Ttov Bi'lZzj. 'EvOâss
■/.(£)ïT(a',) Pioi/./.y. r, [J:r,-r,p Mr/v;'j.
E!pr,vr;. m^"w.
Tombeau des [membres de la famille) de Bizzos. Ici
repose Rehecca, mère de Mannos. Paix ! Chaloni !
Cette épitaphe me parait devoir être rapprochée d'une
autre provenant, en toute certitude celle-là, de Jaifa-, et
ainsi conçue :
De Bizzos. Rebka femme de Rufinus j)resbeufe'K
Les deux iiiuli doivent sortir du même caveau de famille.
La formule, plus explicite, du premier nous montre la
valeur réelle du génitif absolu B'ZZoj dans le second. Elle
confirme, d'autre part, le sens que j'avais proposé de voir
dans l'inscription de l'ossuaire de Nicanor^, sens et même
lecture, que quelques personnes avaient cru à tort pouvoir
mettre en doute : bz-.x twv tcÙ Nc'.y.âv;pc;, etc.. Psêxà et
Pîcey.y.â sont deux transcriptions dilîérentes du même nom
biblique '"'p^-"' ; la première suit plus fidèlement la vocalisation
massorétique, la seconde reproduit celle des Septante et du
1. Archœolocfical Researclies in Pal., t. II, p. 133-147.
2. EuLin;,% Epujr. Miscellen, II, p. 19, n° 8S (pi. XIIi.
3. n'''^C npo.stiiUi.s: cliai-gé de recueillir les collectes dans la diaspore
juive. Cf. Ascoli, hertz, (jr. lut. ehr.. p. 62, et mim Hec. d'iuch. orient. ■,
t. V, p. 351.
4. liée, d'nrch. or., t. \', p. 33.").
486
INSCRIPTIONS DE PALESTINE
Nouveau Testament '. Il est probable qu'il s'agit, dans nos
épitaphes, de deux femmes homonymes appartenant à la
même famille. Màvvoç est un nom d'homme fréquent dans
l'onomastique gréco-syrienne. On remarquera le mot e\pr,'/r,,
..^
0y-.
a ■
' h
.'../AS
3. — Fragment d'une inscription en riionneur de lenipereur Hadrien.
équivalent littéral de l'acclamation hébraïque, gravée à
côté : chalôm. Les caractères hébreux sont conformes au
type couramment usité dans les premiers siècles de notre
ère sur les tiluli funéraires et les ossuaires.
1. Saint Paul, Ép. aux Romains, IX, 10.
INSCRIPTIONS DE PALESTINE 48/
\0° et 11°. Des fouilles entreprises récemment, en vue
d'une construction , dans un champ d'oliviers situé en face
du couvent de Saint-Etienne , près de la porte de Damas ,
non loin du mur d'enceinte septentrional de Jérusalem, ont
amené la découverte d'une grande mosaïque très bien con-
servée, mais qui malheureusement a été en majeure partie
détruite avant d'avoir été relevée; d'une base de colonne de
la dimension de celles qui sont déposées dans le couvent ;
enfin, de deux grandes dalles contenant chacune les frag-
ments dune magnifique inscription romaine d'un caractère
vraiment monumental.
La première est carrée et mesure 1 mètre de côté et 0"* 33
d'épaisseur. Restes, dans les angles gauches supérieur et
inférieur, d"un encadrement à oreillettes triangulaires. Hau-
teur des lettres : 0'" 13 et 0 "M 115.
On pourrait lire et restituer :
Impi^eratori) Cse[sari, divi Traiani]
Parthic[i^ f{ilio), divi Nervse nep[oti)\
Traiano [Hadriano Augusto ]
poiit{ifici) ma[x imo), tr[il)uniciœ) pot[eslatis) . . , co{n s[uli) . . ,
p'atri) p[atriae)\
Réserve faite sur les abréviations, qui peuvent varier, il
semble qu'il manque une quinzaine de lettres par ligne. Le
texte devait se prolonger à droite sur d'autres dalles de
même hauteur, — peut-être deux, si elles étaient de lar-
geur uniforme, — qui n'ont pas été retrouvées. Il est à sup-
poser, en outre, qu'il devait se poursuivre au-dessous, peut-
être en deux autres lignes, totalement disparues. C'est, du
1. Sur un nouvel estampage, reçu ultérieurement, le | est partiellement
visible au bord de la fracture.
488 INSCRIPTIONS DE PALESTINE
moins, ce que paraît indi(|uer rintervalle séparant les
aisselles supérieure et inférieure de l'oreillette gauche : si
l'on fait passer par le milieu de la verticale joignant ces
deux points une ligne horizontale, celle-ci vient affleurer le
pied des caractères de la ligne 3; par conséquent, étant
donnée la symétrie probable de l'encadrement, la partie
inférieure du champ devait contenir, en dehors de la ligne 4,
deux autres lignes encore, gravées sur des blocs sous-
jacents ; là, se trouvaient mentionnés l'objet et Fauteur de
la dédicace. De fait, et la chose est confirmée par le
P. Prosper après inspection de la pierre, on croit discerner
encore, sur l'estampage et la photographie, à la ligne 5, à
peu près au-dessous de l'A de MA à la ligne i, au bord de la
fracture, le reste d'un C ou d'un O, par lequel débutait
cette ligne 5, en retrait par rapport aux précédentes; en
outre, plus bas encore et un peu plus à gauche, au début
de ce qui serait la ligne (i, une haste verticale, soiti, soit
élément linéaire de quelque autre lettre.
L'attribution de la dédicace à Hadrien, et non à Trajan,
malgré l'équivoque à hupielle peut prêter l'homonymie, est
imposée ici par les vraisemblances historiques aussi bien
que par le libellé même de la titulalurc '.
On est bien tenté de la rapporter à la fondation d'Aelia
Gapitolina par l'empereur Hadrien, après la répression de
l'insurrection juive de Barcochebas. Il est infiniment regret-
(;il)le que la mutilation qu'elle a subie ne nous permette
pas de déterminer par qui, et peut-être même à quelle
occasion elle a été faite. Notre curiosité sur ce point serait
h peu près satisfaite si l'on pouvait considérer le second
1. ( )ii peut coniparcr un loiil |><-lil iViigim-nl . li(iii\r iiiipri's de Ti^j^^liso cli'
Saint Sépulcre, que j'ai public aiilrefois dans le Timex et (l.in-- Ir Qiinr-
/t'/-^/.S/.i<e/uen^ du Palestine ExplniMl ion i'und Issi. ji. lui
I.e dispositif matériel et la titulalurc scuihlcnt être les niéiiu-s
ainsi que le module des caractères (i)rès de 0'" 1 1 de hauteur;
IMP-C ,///
PART '"
INSCRIPTIONS DE PALESTINE
489
frag-ment comme faisant partie de la même inscription.
Mais, comme on va le voir, la chose reste douteuse.
4. — Fragment d'une dédicace impériale.
Ce second fragment est gravé sur une dalle mesurant,
elle aussi , I mètre de hauteur, mais seulement 0 '" 74 de
490 INSCRIPTIONS DE PALESTINE
larg-eur ; l'épaisseur moyenne, 0 '" 28, est également moindre
que celle de la première dalle. Les caractères, assez sem-
blables comme forme, ne sont pas exactement du même
module que les autres; hauteur : 0'" 12 et 0"' 105. Ils ont
beaucoup souffert, et, à part les deux dernières lig-nes très
claires contenant la mention des trois légions, le déchiffre-
ment et la restitution présentent de sérieuses difficultés.
Mon savant confrère, M. Gagnât, a bien voulu me prêter,
pour essa3'er de les résoudre , le précieux concours de son
expérience consommée. La lecture des lignes 1 et 2 demeure
toujours très incertaine et le fragment du protocole inqiérial
qu'on croit obtenir présente des particularités insolites.
imPERMIIII/
Hllll/lllllllt^O'
'îconj.Htq. LIB-EIVS
vex. legg a: F R E T 1 1
Ir.f.et XII F V L M •
....\im\peratori?.... \?opti]mo- [et conjiugi?) ai]q{ue)
lihieris' ejus, \vex{illationes) legionum [Decimœ] Fr{etensis)
et [secunclœ] [Trajanœ Fortis et] [duodecimse) Fulm[inatse).
Je ferai remarquer c[u'il ne semble rien manquer à droite ni
en bas ; c'est ce qu'indique le champ libre de la pierre dans ces
réuions. Nous avons donc la (in réelle des lignes, et tous les
suppléments doivent être reportés à gauche et en haut. Ceux
de gauche se trouvent sufffsamment déterminés par le con-
1. Ici un sinne dnutcux . ayant l'apiiaroncc dun petit C: si;,'nc de
pi>nt'liialinn '.'?
2. Ou nuixiino, ou épillièle analogue? Aucun indice matériel n'autorise à
restituer [opli[no [/jri;ici/ji], litre qui serait alors caractéristique de
Trajan.
INSCRIPTIONS DE PÀLEStlNÈ 49l
texte pour nous permettre de nous faire une idée approxima-
tive de la disposition matérielle du texte : une colonne relati-
vement étroite, gravée sur un ensemble de quatre dalles ainsi
posées dont nous ne possédons
Cette disposition matérielle, à elle
1|2
M
juxtaposées et super
plus que la quatrième
seule, est peu favorable à l'hypothèse que ce texte fait corps
avec le précédent qui, sans parler des différences déjà sig-na-
lées, se développait en largeur et non en hauteur comme
celui-ci. En outre , on ne voit pas comment la formule se
rattacherait grammaticalement à la précédente, laquelle était
certainement suivie de deux lignes contenant la mention de
l'auteur du des auteurs de la dédicace à Hadrien. Le plus
probable est donc que nous avons affaire ici à une dédicace
distincte de la précédente , en l'honneur de quelque autre
empereur. Cet empereur, d'ailleurs, ne doit pas être chro-
nologiquement bien loin de Hadrien. La formule conjux{?)
atque liberi eius, en même temps qu'elle contribue à écarter
Hadrien lui-même, serait de nature à faire pencher la
balance en faveur d'Antonin le Pieux , son fils adoptif et
successeur. Elle est très fréquente, en effet, dans la titula-
ture officielle de cet empereur, comme me le fait remarquer
M. Gagnât, qui en a relevé une série d'exemples'. J'ajou-
terai que l'hypothèse de deux dédicaces qui , bien que dis-
tinctes, associeraient les noms de Hadrien et d'Antonin sur
un même monument, deviendrait assez vraisemblable, si Ion
veut bien se rappeler le renseignement historique qui nous
est fourni par le Pèlerin de Bordeaux et d'après lequel les
statues de ces deux empereurs s'élevaient côte à côte dans
le sanctuaire de Jéhovah devenu le temple de Jupiter
1. C.LL., III, 134, 14214 1; Soc. des Ant.,Bull., 1903, p. 192; C.I.L., VIII,
577, 765, 1548, 10565, 12286, 11193; XIII, 1751. M. Cag:nat ajoute que celle
menlion se trouve aussi, mais plus rarement, après les noms de Marc-
Aurèle (C./.L., VIII, 587, 1267; Wilnianns, 80), et beaucoup plus rarement
encore après le nom de Septime-Sévère.
■1903, 34
492 INSCRIPTIONS DE PALESTINE
Capitolin^. Le caractère monumental de ces inscriptions
et la place. même où elles ont été découvertes, empêchent,
sans doute, de s'arrêter à l'idée qu'elles seraient les dédi-
caces de ces deux statues. Mais elles peuvent avoir appar-
tenu à quelcjue édifice grandiose de la Jérusalem nouvelle
fondée sous le nom d'Aelia Capitolina, voire au mur
d'enceinte de la ville romaine. Cette dernière conjecture
rendrait assez bien compte de la situation du point où ont
été trouvées les pierres. Je dois faire remarquer, toutefois,
qu'au dire des personnes qui ont vu les blocs au moment de
la trouvaille, ceux-ci semblaient être in situ et en relation
avec le grand pavement en mosaïque adjacent. En tout cas,
l'existence, à côté d'une dédicace à Hadrien, d'une autre
dédicace à Antonin serait d'autant moins pour nous sur-
I. Iliiwni IliiTOX.. l'd. Ocyci', p. 22 : " Suiil ihi cl statua' iluii' Adiiaiii. »
Comme on l'a remarfiué depuis long-temps, ces deux statues de Iludrien
(dont une, au moins, était équestre, cf. saint Jérôme. Comm. in MuLlli., 2é
15; cf. Coinin. in Jes., 2, 0) sont invraiseinhlahles. Le pieux |)èlerin a dû
être iiitluit en ei'i'eiir par les dédii'aces respectives d'une statue lie Hadrien
et d'une autre d'Anlonin, par suite de l'homonymie partielle des deux
empereurs : Traianus Hadri:iniis et T. Aelius Iludriunus Antoninus.
Il est intéressant de constater à ce propos que, d'après un autre témoi-
gnante (Mip])olyte, édit. Achclis, I, 2, p. 2ii\ le souvenir de la coopération
active d'une léj^ion romaine dans l'érection d'une idole sur le Saint d(^s
Saints était resté dans la tradition, l^tait-ce celle d'un empereur romain
ou bien d'une des tli\inités de la li'iade ca])iliiliiu' : .lupiter, .Iiuion,
MinerNi-? Le fraj^nienl s\ria(iue de saini ni])])(ilyte diiniic à 1' " idole " le nom
de Kori', et sendjlc faire intervenu- dans la <lédicace le nom. non moins
éni}fmali(|ue, d'un clief romain, Traiuiiiis Ijuinliis. qui auiiiil ('lahii là la
légion. ^L Sclii'u'cr (Gesch. d.jiid. Vo/Acs, I, p. 701), suppose ((u'il s'agit de
l'empereur Trajan Dèce [Quinlus \ j'en doute fort. .le croirais plus \olfm-
ticrs que l'empereur visé est Hadrien Tniinnus Iladrinnns , voire Trajan
lui-nicmc. l.'aiiditinn (le (Jiiinltis l'ail assurément diU'uullé; mais elle peut
s'ex])liquer de dillérenles l'avons, enlr'auti'es en cou])ant tout autrement la
phrase, et en corrigeant i)aléog'raplii<|uement la le(,-on s>i-iaque Qiiinlns en
Quielns (le général de Trajan . .le reviendi'ai à une autre occasion sur ce
curieux passage (|ue je n'ai pu encore examiner dans l'original s>ria(pie,
et aussi sur ce nom bi/arrc de A'ore rpii. sans doute, fait ])enser (oui de
suite à l\opT, ; mais, s'il est écrit | ^û_9. i<' iiourj-ait bien n'être (ju'une
simple altération graphiipie de Jf. /v> Q César.
INSCRIPTIONS DE PALESTINE 493
prendre que nous connaissons déjà depuis longtemps une
dédicace romaine à ce dernier empereur, de proportions
plus modestes, il est vrai, encastrée après coup dans le
mur sud de Jérusalem ^
Je n'insiste pas sur l'intérêt que présente la mention des
trois légions dont les détachements figurent dans la seconde
dédicace. Le rôle de la X^ Légion Fretensis dans les desti-
nées de la Judée en général, et de Jérusalem en particulier,
est trop connu pour qu'il soit besoin de s'}^ arrêter ici.
Nous avions déjà mainte trace épigraphique de son séjour
prolongé dans la Ville Sainte. Il n'en est pas de même des
deux autres légions qui y font pour la première fois acte
formel de présence. Nous savions bien déjà indirectement
que la II" Trajana Fortis avait pris une part active à la
guerre juive sous Hadrien". Quant à la XIP Fulminata,
après avoir coopéré avec des fortunes diverses aux cam-
pagnes de Vespasien et de Titus contre les Juifs, elle sem-
blait avoir pris congé définitivement de la Palestine large-
ment arrosée de son sang. Envoyée par Titus à Mélitène sur
l'Euphrate, après la prise de Jérusalem, nous la voyons
combattre les Alains sous Hadrien et les Quades sous
Marc-Aurèle. Nous ignorions qu'elle avait pu de nouveau
fournir, comme tant d'autres légions, des unités au corps
d'armée opérant contre Barcochebas, au moment où Hadrien
faisait appel à toutes les ressources militaires de l'empire
pour venir à bout, on sait au prix de quels sacrifices, de
cette terrible insurrection, convulsion suprême du judaïsme
frappé à mort cette fois, en tant que nation. Mais rien ne
nous dit, d'ailleurs, que ce n'est pas ultérieurement qu'elle
aura été envoyée en Judée.
L'intervention de cet élément militaire dans la dédicace
1. Waddin^nton, Inscr. gr. el lat. de la Syrie, n° 1895.
2. C.I.L., X, 3733. Cf. les témoifjnages historiques maintes fois cités de
Dion et d'Eusèbe.
494 INSCRIPTIONS DE PALESTINE
à Antonin — si c'est bien de lui qu'il s'agit — s'expliquerait
en l'espèce d'autant mieux que cet empereur paraît avoir
eu, lui aussi, à comprimer une dernière et impuissante
révolte de ce qui pouvait encore rester debout du peuple
juif après la tragédie de Bettir. C'est du moins ce qui
semble résulter d'un passage très bref, mais catégorique,
de Capitolin • : Judaeos rebellantes contudit per praeskles
et legatos. Dans ce cas, la XIl" Fulmina ta ne figurant
pas, que je sache, parmi les légions mises à contribution
par Hadrien pour écraser Barcochebas, c'est peut-être l)ien
à Antonin qu'il convient d'attribuer le déplacement, en tout
ou partie, de cette légion, appelée par lui à la rescousse
pour venir donner le coup de grâce à la rébellion juive
C'était pour elle une l)elle occasion d'achever de racheter
ses fâcheuses défaillances dans la première guerre, à
l'époque flavienne.
Mais, je le reconnais, la question reste toujours pendante
de savoir si c'est bien à Antonin que doit être attribuée la
seconde dédicace si mutilée. Je dois dire qu'après examen
d'un second et meilleur estampage qui m'a été ultérieure-
ment envoyé par le P. Prosper, je serais tenté maintenantde
restituer à la ligne 1, d'après les traces de lettres •....[im]-
per. X. . , Si ce chilfre X de la salutation impériale était accepté
(malgré l'abréviation quehjue peu insolite de imper, pour
imp.), il ne s'agirait plus d'Antonin. Trajan ou Marc-
Aurèle pourraient répondre à la condition requise, le second
mieux encore que le premier peut-être, si l'on se met au
point de vue historique. Après le chilfre X , il y a encore
les traces ou la place de deux autres caractèies. Je pensais
tout d'abord à tr.\pot.]\ mais M. Cagnat estime qu'on ne
pourrait guère admettre à cet endroit que p.p. \ patri patrite).
Quant à la suite, il hésite entre une épithèle très courte,
avec principi (peut-être abrégé) : principi optimo conj. al que
1. Uist. Auguste, Aiiloniu le Pieux, ch. V.
LIVRES OFFERTS 495
Ub. ejiis ; ou très longue, avec princ. rejeté à la ligne 3 :
fortissimo pr-inc. afqiie Ub. ejus. Il fait remarquer que,
pour Marc-Aurèle, nous avons des exemples de cette der-
nière tournure ainsi que de la mention des liberi.
LIVRES OFFERTS
M Baufh fait hommage, au nom de rauteur, du nouvel ouvrage de
M. Victor Henry : La magie dans Vliide antique (Paris, 1904, in-18).
Par la magie dans l'Inde antique, M. Henry entend celle qu'a pra-
tiquée rinde védique, à l'exclusion de celle qu'on trouve plus ou
moins associée à toutes les religions postérieures et exposée, elle
aussi, dans une littérature de caractère sacré ; car nul peuple n'a
étalé avec plus de complaisance ce curieux envers de la religion.
Dans le culte védique même, l'auteur ne s'attache pas à relever tous
les traits d'ordre magique qui en pénètrent la plupart des rites ; il
s'en tient de préférence aux pratiques magiques proprement dites,
qui nous ont été conservées surtout dans l'Atharvaveda et dans le
Kançikasûtra. Mais, dans les limites ainsi tracées, il s'est appliqué à
être complet, et il y a réussi dans un espace relativement restreint,
en soumettant à une classification méthodique les données que les
sources présentent à l'état confus. Je n'ai pas besoin d'ajouter que
l'interprétation des sources, quoique dépourvue de tout appareil
savant, otîre les meilleures garanties. Nous avons ainsi, d'une des
faces du culte védique, un tableau brillant et solide, où rien ne man-
querait, si l'auteur avait tenu compte des Kamyeshtis du Yajusveda et
surtout des pratiques prescrites dans le Sàmavidhânahrahmana, qui
■est, lui aussi, un véritable manuel de sorcellerie et où il aurait trouvé
quelques rites d'un type nouveau.
Dans son introduction et dans ses conclusions, l'auteur a discuté
les rapports de la magie d'un côté avec la religion, de l'autre avec la
science. H y a là, à mon gré, un peu trop de métaphysique ; les
mêmes choses auraient pu être dites plus simplement ; mais il y a
aussi, dans ces pages, une belle franchise et une incontestable
largeur de vue.
496 LIVRES OFFERTS
M. Gagnât dépose sur le bureau, de la part de M. Toutain, profes-
seur à l'École des Hautes Études religieuses, trois brochures:
« Les deux premières ont Irait h l'Afrique du Nord; elles sont
intitulées : Note sur une inscription trouvée dans le Djehel-Asker au
suddeGafsa{P'Avis, 1903, in-8» ; extr. du Bulletin archéologique, 1903),
ctLaColonia Tertia decimanoruni Uthina (Constantine, 1903, in-12).
La troisième brochure a pour titre : Les Pontarques de la Médie
inférieure {Paris, 1903, in-S"; extr. des Mémoires de la Société natio-
nale des antiquaires de France, t. LXll); c'est la plus importante.
Elle traite d'un détail auquel on ne s'était pas encore attaché. Sur la
côte occidentale du Pont-Euxin existaient plusieurs villes grecques
qui étaient formées en confédération (zoivôv). Celle-ci portait le nom
de novto:,ol le chef de la confédération s'appelait llovris//,;. M. Tou-
tain élal)lit dans son article que le Ponlarque était distinct du grand
prêtre de la province de Médie dont les limites géographiques ne
coïncident pas avec celle de la confédération. »
M. Delisle fait hommage du tome V de La maison de Laval.
Étude historique accompagnée du Cartulaire de Laval et de Vitré, par
le comte Bertrand de Broussillon (Paris, 1903, in-8").
C'est le complément d'un ouvrage rempli de documents originaux
du xi= au xvi" siècle, avec re[)ro(luction de nombreux sceaux gravés
par M. Paul de Farcy.
M. lIi'iiON i)i: Vii.LEKossi; dépose sur le Ijurcaii le discours qu'il a
prononcé à l'inauguration (hi buste do M G. Ihillint, corrosiîondant
delTnslilul (Paris, 1903, in 8").
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
DU VENDREDI 13 NOVEMBRE 1903
PRÉSIDÉE PAR
M. GEORGES PERROT
DISCOURS DU PRÉSIDENT
Messieurs ,
Il y a quelques jours, comme président de l'Institut,
j'évoquais le souvenir des confrères que nous avons perdus
depuis notre dernière séance publique, MM. Alexandre
Bertrand et Gaston Paris. Je rappelais, devant cette nom-
breuse assemblée, les travaux et les ouvrages qui leur
avaient valu l'honneur d'être reçus dans notre Compai^^nie.
Ces titres, je ne saurais, sans m'exposer à des redites, les
énumérer à nouveau. Vous savez tous comment, loin de se
reposer, comme il arrive quelquefois, après avoir vu satis-
faite leur lég-itime ambition, nos deux confrères, tant que
leurs forces ne les ont pas trahis, n'ont pas cessé de s'appli-
quer à justifier, par de nouveaux services, le vote qui les
avait appelés à siéger dans vos rangs.
M. Alexandre Bertrand laisse, outre des livres qui avaient
fait de lui, à une certaine heure, en France, le représentant
le plus autorisé des études celtiques, une œuvre admirable,
le Musée de Saint-Germain. Il en a été le créateur et, pen-
498 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
dant trente-cinq ans, il n*a pas cessé de l'agrandir et de
l'enrichir. S'il a pu suffire à cette tâche, même quand est
venue la fatifçue de Tâge, c'est grâce à la parfaite entente
qui n'a pas cessé de régner entre lui et son jeune collabo-
rateur, M. Salomon Reinach, que le vieillard a eu la joie
de voir entrer sous ses auspices dans notre Compagnie, en
1896. Quant à M. Gaston Paris, que vous en dire qui
réponde à la douleur que vous a causée la mort (jui la
frappé quand son génie, — je ne crains pas de reprendre et
de répéter ce mot, qui a été prononcé plus d'une fois au
moment des obsèques, — était encore dans toute sa vigueur
et sa fécondité? Vous avez tous encore présente à l'esprit
la scène grandiose de ses funérailles où , dans la cour du
Collège de France , toute voilée de deuil , au pied de cet
escalier cjue nous aimions à monter tous les dimanches pour
aller passer quelques heures charmantes dans l'intimité de
notre ami, les représentants de deux Académies, ceux du
Collège de France, de l'Ecole des hautes études et de plu-
sieurs sociétés savantes, ceux enfin des universités étran-
gères sont venus, la voix serrée par l'émotion, rendre hom-
mage à celui qui partout, en France et hors de France, était
considéré, par ses émules les plus éminentset ses nombreux
élèves, comme le plus puissant promoteur et le maître
incontesté des études romanes.
MM. Alexandre Bertrand et Gaston Paris ont été rem-
placés, dans notre Compagnie, par MM. Chavannes et
Maurice Croiset. Les nouveaux élus sont venus représenter
ici des études auxquelles l'Académie devait des encoura-
gements d'autant plus marcpiés que des circonstances
récentes leur donnaient un intérêt (pie nous ne pouvions
manquer d'être les premiers h saisir.
La langue et la littérature de la Chine ne sont plus
aujourd hui matière à une pure curiosité d'érudit. De gré
ou de force, la Chine, dans la seconde moitié du dernier
siècle, est sortie de son isolement. Nos troupes sont allées
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 499
récemment y défendre la vie de nos nationaux et y rétablir
Tordre. Tous les jours, par le télégraphe, nous avons des
nouvelles de Péking', de Shang-haï, de la Mandchourie.
L'équilibre de notre budget dépend de la régularité des
versements que la Chine s'est engagée à nous faire pour
s'acquitter de l'indemnité de guerre. Sur des centaines de
lieues, la Chine est limitrophe d'une de nos colonies les
plus importantes, où l'émigrant chinois, par les bras qu'il
fournit et les capitaux dont il dispose , est un des facteurs
principaux de l'industrie et du commerce locaux. Ce n'est
pas ici le lieu de chercher s'il y a vraiment, comme on l'a
dit, un péril jaune; mais on ne saurait nier qu'il importe
à notre humanité occidentale de savoir à quoi s'en tenir sur
le fond du caractère de ce peuple énorme, sur la portée et
les limites de ses facultés mentales. Celles-ci sont la résul-
tante du long passé de cette race, de ses croyances et de
ses rites, qui, transmis de génération en génération pendant
bien des siècles, ont fini par lui imposer certaines habi-
tudes d'esprit que l'hérédité a fixées, certaines manières de
juger et de sentir, toute une conception de la vie, qui
diffèrent très fort des nôtres. Ce travail lent et profond qui
a donné une forme originale aux intelligences de ces
millions d'hommes, ce type d'âme dont les traits ne paraissent
plus susceptibles de se beaucoup modifier, à qui devrons-
nous en demander une analyse et une définition où nous
soyons autorisés à chercher le principe et la règle des rap-
ports qu'il conviendra d'établir, pour le bien commun des
deux parties en présence, entre notre civilisation et celle
de ce monde lointain et mystérieux? Sera-ce aux voyageurs
qui traversent la Chine au pas de course et ne conversent
avec les indigènes que par l'intermédiaire d'un drogman?
Sera-ce même aux Européens qui s'y sont installés à
demeure et qui frécpientent les courtiers chinois ? Ce n'est
ni parmi ceux-ci ni parmi ceux-là que nous avons chance
de rencontrer des psychologues bien informés dont les avis
500 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
nous aident à prévoir et à préparer l'avenir de ces relations
internationales. Nos conseillers les plus compétents et les
plus sûrs , ce seront les savants que leur connaissance des
idiomes de l'Extrême-Orient, de ses relig-ions et de ses
pliilosophies aura mis à môme de remonter aux origines
de cette pensée et de nous la rendre intellig-ible, par une
adroite mise au point, par un art de transposition qui, pour
atteindre le vrai sens de l'idée, sache renoncer k la servilité
<le la traduction littérale. La tâche est ditFicile ; pour y
réussir, il faut, vous l'avez compris, que les interprètes de
ces vieux livres des sages de la Chine aient été familiarisés,
par leur éducation première, avec les plus hautes spécula-
tions de l'esprit, que, chez eux, le sinologue soit doublé
d'un philosophe.
Il ne nous a pas paru moins opportun de pouvoir témoi-
gner de l'intérêt que nous portions aux études helléniques
et d'indiquer ainsi combien nous nous préoccupions de
faire tout ce qui dépendrait de nous pour écarter d'elles ,
en France, les dangers qui les menacent. Des réformes
récentes ont fort réduit la place qui leur était attribuée
dans les horaires et les programmes de notre instruction
secondaire. D'une part, elles ont créé un enseignenuiil
classique où l'antiquité n'est représentée que par l;i langue
et la littérature latine ; elles ont ainsi diminué le nombre
des enfants qui apprendront le grec ou qui en auront au
moins quelque teinture. D'autre part, pour ceux mêmes de
nos fils ([ui persisteront à demander au lycée l'enseignement
(|ue vous-mêmes y avez reçu, celui qui ouvrait à ses meil-
leurs élèves l'accès des sources grecques, l'étude de cette
langue commencera plus tard f{ue j^ar le passé. (Test peut-
être un l)i(Mi (pie les humanités, ;i prendre ce mot dans le
sens où on Tentendait autrefois, ne gardent à leur aclit que
des engages volontaires. La (jueslion est de savoir ([uels
seront les résultais de la mesure (pii recule d'un an l'heure
où nos collégiens aborderont l'étude du grec. Cette étude,
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 501
disent les patrons du nouveau régime, ne pourra qu'y
gagner. Quand ils sy essayeront, les esprits seront déjà
plus formés; ils y feront donc, assure-t-on, des progrès
plus rapides. Ce n'est pas impossible; mais c'est à l'épreuve
que l'on en jugera. Quoi qu'il en soit, si ceux qui gardent
aux lettres grecques un pieux attachement ne laissent pas
de voir sans quelque inquiétude toutes ces innovations , il
dépend d'eux d'en prévenir ou du moins d'en atténuer les
fâcheux effets. Cette Grèce que semblent repousser de plus en
plus dans les obscures profondeurs du passé les siècles qui
viennent s'interposer entre elle et nous, cette Grèce ({ui
paraît ainsi très lointaine à ceux qui la connaissent mal ,
elle se rapprochera de nous si ceux qui s'emploient à nous
la présenter et à nous l'expliquer s'eatendent à la montrer
en pleine lumière, sous toutes ses faces et tous ses aspects.
C'est ce que, jusqu'à ces derniers temps, on n'avait pas
assez fait, quand on demandait à ce génie de concourir à
l'éducation dune élite de notre jeunesse. Tout ce que Ton a
voulu savoir de la Grèce, c'est ce qu'elle a mis d'elle-même
dans ce qui nous reste de son œuvre écrite et, dans celle-ci,
on n'a guère cherché que des modèles de goût, des beautés
de composition et de style. C'était, par l'étroitesse de ce
parti pris, s'exposer à voir les modèles ainsi pi-oposés à nos
écoliers n'obtenir qu'une attention intermittente et disti-aite;
on se lasse vite des redites que peut difficilement éviter la
critique purement littéraire, et il n'est pas certain que. par
cette seule voie, le meilleur maître puisse arriver à faire
comprendre ce qui distingue la Grèce de Rome et ce qui lui
assure la supériorité, dans l'ordre du sentiment et de l'idée.
Combien la démonstration devient plus facile quand on
cesse de s'en tenir à la traduction et au commentaire des
ouvrages qui se lisent dans les classes, quand on considère
et que l'on étudie la Grèce dans l'unité de son merveilleux
etîort, dans toute la variété des créations par lesquelles
s'est manifesté , pendant plus de mille ans , son souple et
o02 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
riche o-énie! Ce que 1 on découvre alors dans cet ensemble
que le regard s'applique à embrasser tout entier, c'est,
outre la poésie et l'éloquence, outre cette perfection du
bien dire qui fait les délices des lettrés, les méthodes de
l'histoire et de la science pressenties et ébauchées par de
grands esprits qui devancent leur temps et qui ouvrent des
chemins où les hommes n'apprendront à marcher d'un pas
ferme et sûr que beaucoup plus tard, après de longs arrêts
et bien des erreurs de route. C est enfin la Grèce des arts,
du dessin, de l'architecture, de la sculpture et de la peinture.
Ignorer ses temples, ses statues et les images qui décorent
ses vases, c'est se condamner à ne saisir et à ne pénétrer
qu'une part de son âme, de cette âme qui, pour rendre ses
plus hautes conceptions, a su trouver, dans la musique des
lignes et dans l'interprétation des types du monde orga-
ni({ue, des formes sensibles qui ne sont pas moins expres-
sives que les rythmes et les mots dont se sont servis à
même fin ses poètes et ses prosateurs. S'il y a sur terre un
lieu où soit vivement sentie cette nécessité de l'élargisse-
ment du point de vue, c'est bien cette Académie, où se
maintiendra toujours, fût-il ailleurs menacé de périr, le
culte de l'hellénisme. Elle s'est inspirée de ce sentiment
lorsque, après avoir appelé à elle, il y a dix-sept ans,
M. Alfred Croiset, elle a donné M. Maurice Croiset pour
successeur à M. Gaston Paris ; c'était proclamer quel cas
elle faisait de cette belle Histoire de la. littérature grecque
qui tient beaucoup plus que ne promet son titre. Ce livre
est l'histoire de toute la vie intellectuelle du peuple grec,
telle que celle-ci s'est développée, sur un si long espace de
temps, depuis ce premier éveil de la réflexion dont témoigne
déjà l'épopée homérique jusqu'à ce plein essor de la pensée
qui, avec les j)hilosophes et les savants d'Athènes et
d'Alexandrie, a si fort aidé à l'élaboration du dogme chré-
tien et fourni à la science moderne, dans toutes les voies
({u'clle devait suivre, son point de départ, le plan de ses
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE o03
premières recherches et les données élémentaires de ses
théories les plus compliquées et les plus profondes.
Je me reprocherais de ne pas donner ici un souvenir à
deux de nos correspondants rég-nicoles que nous avons
perdus cette année, MM. Poulie et de Grandmaison. L'un
et l'autre avaient conquis ce titre par toute une vie d'étude
et de travail fécond. Administrateur du domaine public en
xA-lg-érie, M. Poulie avait mis à profit les déplacements que
lui imposait sa fonction pour relever les sites antiques et
les édifices qu'il rencontrait sur son chemin, pour sauver et
transcrire les inscriptions. Il fut, sous les auspices de Léon
Renier, un des fondateurs de la Société archéologique de
Constantine, dont il présida les séances de 1876 à 1892. Il
y donnait une chronique oîi tous ceux qui s'intéressaient à
l'histoire de l'Afrique romaine étaient sûrs de toujours
trouver des textes inédits et des renseig-nements exacts sur
les fouilles et les découvertes de l'année. G est à l'histoire
de la Touraine que s'était consacré M. de Grandmaison. Il
a mis en ordre les archives départementales d'Indre-et-
Loire dont il avait la garde et en a publié un inventaire qui
rend de grands services; mais, mérite plus rare, il a su tirer
lui-même un parti intelligent des documents qu'il maniait
et qu'il classait. Il y a trouvé la matière de deux livres fort
estimés. L'un a pour objet la condition des serfs de l'abbaye
de Marmoutier. L'autre nous raconte la vie et nous décrit
les œuvres des artistes qui, au xv'' et lu xvi** siècle, ont
contribué, par le prestige de leur talent, à faire de la pro-
vince que baigne la Loire le séjour préféré de nos rois.
MM. Brulails, Gsell et Cosquin ont été conviés à com-
bler les vides qui s'étaient produits dans les rangs de vos
correspondants et à en augmenter le nombre. Je n'ai pas à
vous rappeler — la mémoire en est encore trop fraîche —
les titres très divers qui ont valu à ces érudits l'honneur de
vos suffrages.
o04 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
Ce n'est pas seulement par le souci de la justice (jui pré-
side à nos choix et par leur caractère d'opportunité que
nous nous eil'orçons d'encourag-er les études sévères aux-
quelles tous ici nous avons voué notre vie. Nous ne nous
appliquons pas avec moins de zèle à en répandre le goût et
à en favoriser les progrès par une attribution judicieuse
des récompenses dont nous disposons et des subsides que
les libéralités de donateurs intelligents nous permettent
d'allouer, à maintes entreprises scientifiques telles que
campagnes de fouilles ou fidèles et coûteuses reproductions
de monuments ligures. J'aurais eu plaisir à vous signaler
les mérites des ouvrages (jue nous avons cru devoir distin-
guer dans la foule de ceux (jui viennent se présenter à nos
concours ; mais « ils sont vraiment trop » ! comme dit le
héros d'une de nos chansons de geste, épouvanté par la
multitude toujours croissante des ennemis qui lui donnaient
l'assaut. Nous sommes loin du temps où l'Académie n'avait
à décerner qu'un seul prix, le prix ordinaire ou prix du
budget. Le président était alors à l'aise pour faire ressortir,
par une substantielle analyse, les qualités du mémoire
couronne. 11 n'en est plus de même aujourd'hui. Cette
année, nous avons eu à distribuer dix-huit prix ou médailles,
et plusieurs de ces prix ont été partagés entre deux ou trois
auteurs. Dans ces conditions, si je voulais suivre les anciens
errements, ce serait à la lueur dt's bougies que j'achèverais
ce discours, pendant que l'auditoire serait plongé dans de
profondes ténèbres. Si nous nous somnu's onlin décidés,
depuis deux ou trois ans, ;i faire l)rilliT diins notre bil)lio-
thèque et dans notre salle des séances les feux de l'électri-
cité, ceux-ci ne s'allument pas encore sous la coupole. Tout
vieux qu'il soit, llnstitul n'est pas réfractaire aux nou-
veautés. Si nous n'avons pas eiieoi'e le leK'piioiu". nous nous
sommes donné. (|n<)i(pu' nous n liabilions tpi un piemn*r
étage, le lux(.' d un ;isccnseui-.
De toutes les éludes qui nous occupent ici, celles qui
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 50S
tiennent le plus de place dans l'elFort et dans la vie de
notre Académie, dans les recherches personnelles que
poursuivent ses membres et dans les publications qu'ils
dirigent au nom de la Compagnie, c'est l'histoire même de
notre cher pays, du peuple qui s'y est formé d'éléments
très divers, des princes et des ministres qui l'ont gouverné,
des capitaines cpii en ont défendu ou reculé les frontières,
des institutions qu'il s'est données, de sa langue, de sa
littérature et de ses arts. Par les exemples que nous nous
attachons à offrir et par le caractère que nous nous effor-
çons d'imprimer aux travaux qui sont soumis à notre juge-
ment, nous aspirons à substituer partout aux généralités
vagues la précision du détail exact , de celui que four-
nissent, interrogés avec suite et avec discernement, les
documents authentiques. Peu à peu, aidés par tous ces
collaborateurs volontaires qui se groupent autour de nous,
nous rectifions des erreurs qui, depuis longtemps, se trans-
mettaient de génération en génération ; nous arrivons à
jeter quelque jour sur les personnages et les épisodes de
notre passé qui restaient encore comme cachés dans
l'ombre. Obstinés à ce labeur, nous corrigeons, nous repre-
nons un à un tous les traits de l'image. Présenter, dans un
tableau d'ensemble, l'histoire de cette vieille France que
l'on aime ici d'un si pieux amour, c'est une ambition qui
tentera peut-être plus d'un esprit généreux; mais, s'il a le
goût et le respect de la vérité, il commencera par se
mettre en mesure d'employer les matériaux qu'une critique
savante, dont les maîtres ont tous ou presque tous» été des
nôtres, aura patiemment dressés à l'outil et comme con-
duits k pied d'oeuvre.
Dans ces conditions, les deux concours qui suscitent les
plus vives émulations, c'est celui du prix Gobert et celui
des Antiquités nationales. Le prix Gobert est le plus
important des prix annuels que décerne notre Académie.
506 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
Il est destiné à récompenser « les deux ouvrages les plus
savants et les plus profonds » qui aient été écrits sur l'his-
toire de France ou sur des sujets qui s'y rattachent. La
Compagnie a tenu à marquer par une disposition parti-
culière l'intérêt qu'elle porte à ce concours. Tandis que,
pour les autres prix, les commissions élues à cet elTet com-
muniquent leur décision à l'Académie qui en prend acte,
pour le prix Gobert la commission, bien que toujours for-
mée des juges les plus compétents, n'est plus souveraine.
Quelques sérieuses raisons que fasse valoir son rapporteur
pour justilîer les choix qu'elle propose, ces raisons peuvent
être discutées, et elles le sont quelquefois. Je me souviens
encore d'une séance où notre regretté confrère, M. Gaston
Paris, releva, dans l'ouvrage qui était présenté pour le
premier prix, de tels défauts que l'Académie lui donna
aain de cause contre sa commission. C'est donc à un vote
de toute la Compagnie que le candidat heureux doit cet
honneur si recherché.
L'Académie a décerné, cette année, le premier prix
Gobert à M. Gustave Dupont-Ferrier, agrégé d'iiistoire,
archiviste-paléographe, docteur es lettres, pour son ouvrage
intitulé Les officiers royaux des bailliages et sénéchaussées
et les institutions monarchiques locales en France à la fin
du moyen âge. Je voudrais pouvoir reproduire ici, dans
toute son étendue, le i-apport qui a valu à M. Dupont-Fer-
rier celte haute distinction; tout au moins vous en citerai-
je les de.rniers mots, qui donnent (jueUjue idée et des peines
qu'a prises l'auteur et de l'intérêt capital du sujet qu'il a
traité : « L'ouvrage de M. Dupont-Ferrier, fruit d'observa-
tions minutieuses et de recherches innombrables, nous aide
à comprendre mieux qu'aucun autre le grand fait qui
domine à cette époque l'histoire de France, l'absorption des
seigneuries et de la société française dans l'unité monar-
chique. »
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE BO'f
Ce qui a encore contribué à mettre au-dessus de toute
compétition M. Dupont-Ferrier, c'est qu'il s'est imposé un
effort auquel se soustraient trop volontiers les érudits qui
fréquentent et qui exploitent nos archives. Beaucoup d'entre
eux croient avoir assez fait quand ils ont transcrit pour
l'impression des pièces inédites. Ils n'essayent même pas
d'en extraire la substance pour y trouver les éléments de
peintures vivantes ou pour aboutir à des conclusions géné-
rales. Voici au contraire l'éloge qui est accordé à M. Dupont-
Ferrier par ce rapport auquel je veux faire encore un
emprunt : « Chez lui, au chercheur infatigable se joint le
critique judicieux, qui sait grouper les faits et en dégager
ridée, qui raisonne sagement et qui résume clairement.
Malgré la longueur inévitable de certains développements,
il faut reconnaître ici des qualités réelles de style. Ce livre
de 1040 pages n'est pas seulement d'une érudition à peu
près inattaquable ; il est, en tant qu'histoire administrative,
remarquablement écrit et composé ».
On n'en saurait dire autant du livre de M. Eugène
Déprez : Les préliminaires de la guerre de Cent ans; la
Papauté, la France et V Angleterre (1328-1342). Sans par-
ler d'incorrections de style qui trahissent la hâte exces-
sive de la rédaction, on signale, dans cet ouvrage, une com-
position confuse; il y a des incohérences; il y a même,
d'une page à l'autre, de vraies contradictions. Si, malgré
ces défauts, l'Académie a conféré à M. Déprez le second
prix Gobert, c'est qu'elle a voulu considérer son mémoire
comme un recueil de textes inédits, fort importants, bien
choisis et bien publiés. Elle a tenu compte aussi de l'in-
tention de revenir dans des études subséquentes sur le
même sujet. Encouragé par la récompense qui lui a été
accordée, averti par les réserves qui tempèrent ici l'éloge, il
tiendra sans doute à honneur de nous donner quelque jour
une étude critique et définitive sur une période que, grâce
1903. 35
o08 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
à des recherches patiemment poursuivies dans les dépôts
de Home et de Londres, il connaît par le menu, dans le
détail des plus secrètes négociations.
Le concours ouvert sous la rubrique Antiquités de la
France s'adresse à la même clientèle que celui du prix
Gobert. Par le nombre des ouvages qui y sont envoyés (il y
en a eu trente-trois cette année) et par les mérites très
dignes d'estime qui recommandent la plupart d'entre eux à
l'attention de leurs juges, ils témoignent et de l'importance
que Ton attache, dans des milieux très divers, aux sullVages
de l'Académie et de la curiosité passionnée avec laquelle
tout un peuple dérudits ardents à la recherche s'emploie à
scruter nos origines et à suivre dans son évolution et dans
ses aventures la fortune de la France juscpiau seuil de cet
âge moderne à partir dufjuel les travailleurs échappent à
notre juridiction, (^uand on parcourt tous ces essais, si
variés de fond et de forme, on sent qu'ils ont tous un carac-
tère commun : c'est le patriotisme qui y stimule l'intelli-
gence et qui l'aide à persévérer dans l'eirort. Notre regret
est donc très vif de ne pouvoir vous apporter ici que des
noms d'auteurs et des titres d'ouvrages ; mais le rapport de
la commission, qui rend ample justice à tous ceux ciu'elle a
distingués, est publié dans nos Comptes rendus. 11 sufïira
de rappeler ici que cette commission a été assez frappée de
la valeur des ouvrages (pii nous étaient adressés pour
demander qu'une quatrième médaille et (pie trois montions
fussent ajoutées aux récompenses cpi vUv était chargée de
répartir entre les concurrents.
Le titulaire de la première médaille est M. l'abbé Angot,
aulcui' (lu Dictionnaire historique de la Mai/enne. La
seconde médaille est attribuée à M. Stéphane Gsell , pour
son ouvrage en di'ux volumes sur f.es rnonnrncn/s antiques
de l' Ahjrrir, et la troisième à M. Ivspinas pour son étude sur
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE S09
Les finances de la commune de Douai, depuis les origines
Jusqu'au X V^'^ siècle . MM. Léon Maître et Paul de Berthou,
auxquels revient la quatrième médaille, ont publié, avec des
notes copieuses et savantes, d'après un manuscrit de la
Bibliotliè(|ue nationale, VIfinéraire de Bretagne, de Dubuis-
son-Aubenay. Les neuf mentions ont été décernées à Dom
Dijon, à MM. Labande et de Romanet, à l'abbé Alliot, à
MM. de Rochemonteix et Pagart d'Hermansart, puis conjoin-
tement à MM. Henry de Gérin-Ricard et Arnaud d'Agnel,
et enfin à MM. Portai et Charles Porée. Le rapporteur, en
terminant, cite encore quelques ouvrages utiles et estimables
qui n'ont pu être classés sur cette liste, trop courte à son
gré. (( Ceux-là mêmes, dit-il, à défaut de ceux que nous
avons désignés à vos suffrages, suffiraient à attester le
niveau élevé auquel sont parvenus et où se maintiennent
dans notre pays les études d'archéologie et d'histoire dont
il est l'objet. »
Force m'est d'être encore plus bref pour les autres prix
dont nous disposions cette année. Sur la feuille volante qui
a été distribuée au public de choix qui assiste à nos séances,
celui-ci trouvera tout au moins le titre exact des ouvrages
qu'une sélection scrupuleusement attentive a tirés du rang,
entre maints autres savants livres qui auraient pu, dans
chaque domaine de la science, aspirer sans présomption au
même honneur.
Le prix de numismatique, fondé par M. Allier de Haute-
roche, a été décerné à M. Jules Maurice. Le prix extraor-
naire biennal, constitué au moyen des arrérages de la fon-
dation Bordin, a été partagé entre MM. Guidi, Dus^aud.
Macler, et les missionnaires catholi([ues du Thibet. Le prix
Brunet l'a été entre MM. Claudin et Auguste Molinier. Une
mention très honorable a été décernée à M. Corpèque.
M. Maurice Courant a obtenu le prix Stanislas Julien, et
8iO SÉANCE KbLIQUE ANNUELLE
M. Guesnon le prix Lagrang-e. Les trois mille francs du
prix Joseph Saintour ont été répartis, en proportions iné-
gales, entre MM. Fossey, Grosset, Moret et Toscanne. Il
en a été de même pour le prix Berg-er, dont bénéficient
MM. Viard, Bournon et Franklin, pour le prix Prost, qui
est attribué à MM. Pfister et Paul Marichal, pour le prix
Honoré Chavée, qui a servi à récompenser MM. Constantin
et Désormaux, MM, Dottin et Langoiiet, M. Cli. Guerlin
de Guer.
Pour les prix à décerner sur questions proposées par
l'Académie, celle-ci a été plus heureuse que l'année précé-
dente. En réponse aux a])pels qu'elle adressait à la curio-
sité, il lui a été envoyé des mémoires solides et sérieux qui,
malgré les lacunes ou les défauts que n'ont pu manquer d'y
signaler les rapporteurs des commissions compétentes, ont
été jugés dignes d'obtenir les récompenses promises. Comme
sujet à traiter pour le prix ordinaire de l'Académie, celle-
ci avait demandé que l'on étudiât ai->ec détails une période
de lliistoire de VIndo-Chine. Le R. P. Cadière, des Missions
étrangères de Paris, a satisfait aux conditions du programme,
en éclairant d'un jour inespéré, grâce à des recherches
poussées en divers sens, une des périodes de cette histoire
qui étaient restées jusqu'ici le plus obscures, celle de l'éta-
blissement des Nguyen en Cochinchine. Le legs Bordin
avait permis à l'Académie de poser deux autres questions,
bien faites pour tenter les érudits dont la curiosité s'enferme
dans les limites de cette civilisation gréco-romaine dont
nous sommes les héritiers directs. Ces questions étaient
ainsi formulées :
1° Étudier C authenticité et le caractère des monogra-
phies qui composent l' Histoire Auguste, V époque où elles
ont été composées, et quels en sont les auteurs.
2" Quels ont été les sentiments des liomains et leurs prin-
cipes de gouvernement à l égard des Grecs, pendant la pé-
(
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 511
riode républicaine^ cV après les auteurs, les inscriptions et
les monuments?
Les deux concurrents qui se sont occupés de la collection
de bioo^raphies d'empereurs que l'on appelle VHistoire
Auguste se sont montrés, dans cette étude, très au courant
des travaux antérieurs. Avec des qualités différentes, ils
ont fait preuve, l'un et l'autre, d'une critique assez judi-
cieuse et assez pénétrante pour que la Commission leur ait
reconnu des droits égaux à la prime offerte. Ce sont
M. Lécrivain, professeur à l'Université de Toulouse, et
M. Homo, ag-régé d histoire, ancien élève de l'Ecole nor-
male, ancien membre de l'Ecole française de Rome.
M. Colin, agrégé des lettres, ancien membre de l'Ecole
française d'Athènes, a seul traité la seconde question. Son
mémoire, conçu dans de trop vastes proportions, est resté
inachevé; mais l'Académie n'en a pas moins tenu à récom-
penser, dans le travail dont le plan était tout entier sous ses
yeux, une érudition patiente et scrupuleusement documen-
tée, l'étendue des informations de l'auteur et son rare souci
de l'exactitude dans la critique des textes.
Tous les trois, les lauréats de ces deux concours ont fait
partie de ces écoles ou, pour mieux dire, de ces colonies
savantes que nous entretenons, à Rome et à Athènes, où
elles ont chacune un de nos confrères pour directeur. Ce
n'est pas seulement par l'intermédiaire de celui-ci que vous
exercez un contrôle affectueux sur les recherches auxquelles
se livrent, en Grèce et en Italie, ces jeunes gens, anciens
élèves de nos universités ou de nos écoles spéciales. Chaque
année, par le rapport de votre Commission, vous leur
envoyez, avec des éloges qui sont pour eux de précieux
encouragements, des conseils dont ils profiteront pour
amender et compléter les essais dont ils nont pu, dans ces
trop courtes années de travail libre et désintéressé , que
recueillir les matériaux et esquisser une première rédaction.
oJ2 SÉANCK PLIÎLIQLE ANNUELLE
Initiés ainsi aux nuilleures méthodes, par l'exemple que
leur donnent M. HomoUe et Mgr Duchesne comme par les
jugements que vous portez sur les mémoires qu'ils vous
adressent, vos pupilles, après leur retour en France, ne
perdent pas le goût de la science. C'est ce dont suiliraient
à témoif^ner, outre la part que viennent toujours réclamer
les anciens pensionnaires d'Athènes et de Rome dans les
r.'compenses que vous décernez aux bons livres d'érudition,
les trois noms que je viens de rappeler, ceux de MM. Lé-
crivain, Homo et Colin.
Je ne saurais, pas plus que ne la fait votre rapporteur,
passer ici sous silence les fêtes qui, en mai 1î)03, ont
marqué une date inqiortante dans l'histoire des travaux de
l'École d'Athènes. L'achèvement des fouilles de Delphes et
la remise du musée au g-ouvernement helléniipie ont été
célébrés avec éclat. M. Chaumié, ministre de l'Instruction
pu])li({ut', avait tenu à apporter lui-même le témoignage de
la sympathie avec laquelle les pouvoirs publics, en France,
ont suivi l'œuvre accomplie par l'Ecole. M. Homolle, au
milieu même de toutes ces reliques de l'art grec qui sont
sorties de terre par ses soins, a fait l'histoire des fouilles,
et ren(ki hommage à son prédécesseur, M. Foucarl . qui
avait acquis à la France un droit de priorité sur les ruines
de Delphes; il a payé sa dette à tous ses collaborateurs,
architectes, ingénieurs, pensionnaires de l'Ecole; mais ce
qu'il n'a pas dit, ce (|ui a été proclamé par tous ceux qui
ont pris la parole avant cl après lui, c'est que le succès de
cette noble entreprise est dû à son habile et persévérante
énergie quia su obtenir du Parlement français le vote des
crédits nécessaires et en assurer ensuite le meilleur (Muploi
[)ar K'S dispositions adoptées pour la conduite des travaux.
Nous n'avons plus, en lui exprimant notre reconnaissance,
qu'un vd'U à former, celui cjui, pendant que se célébrait
cette fête, était dans tous les esprits et sur toutes les lèvres :
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 513
maintenant que rexliumation de Delphes est terminée, ce
que nous demandons à M. Plomolle, c'est de livrer le plus
tôt possible à tous les curieux de l'antiquité, par une rela-
tion fidèle et une description circonstanciée, les documents
de tout genre qu'il a recueillis : relevés d'architecture,
monuments figurés et inscriptions. Il n'aura vraiment
achevé sa tâche que le jour où il nous aura enfin donné le
grand ouvrage dont il a patiemment recueilli les matériaux.
Ce qui ne peut que décider M. HomoUe à s'imposer ce
dernier elîort, c'est l'attention passionnée avec laquelle ses
fouilles ont été suivies par les savants de tout pa\^s, c'est
la coopération cordiale qu'il trouve partout, en Grèce comme
en France. Si les œuvres d'art découvertes au cours des
fouilles sont, dès maintenant, exposées à Delphes même,
dans un musée d'une distribution commode, le bienfait en
est dû à l'initiative généreuse d'un Hellène, M. André Syn-
gros, et à la piété de sa veuve, qui a libéralement continué
son rôle de donateur. Dans le même esprit, les Athéniens
d'aujourd'hui se sont portés les héritiers de leurs ancêtres
du v"^ siècle avant notre ère, des combattants de Marathon,
de Salamine et de Platées. C'est aux frais du dème, c'est-à-
dire de la commune d'Athènes, que l'on travaille en ce
moment à reconstruire ce Trésor des Athéniens que la
génération contemporaine des guerres médiques avait érigé
à Delphes en souvenir de ses luttes et de ses victoires. Ce
n'était plus, quand la pioche le découvrit, qu'un monceau
de décombres ; mais toutes ou presque toutes les pierres,
avec leur taille soignée et leurs lins protils, se sont retrou-
vées sur place. Sous l'œil d'un ingénieur qui est un homme
de goût, M. Replat, chacune d'elles vient à son tour
reprendre sa place dans l'ensemble, et bientôt, tout entier
rebâti du socle à la corniche, le petit et charmant édifice
aidera les visiteurs de Delphes à se faire une idée de l'as-
pect que présentaient toutes ces chapelles votives qui bor-
daient la large voie dallée par laquelle montaient jusqu'au
sanctuaire d'Apollon les processions religieuses.
514 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
On ne saurait trop approuver, quand l'état des matériaux
les permet, ces reconstitutions totales ou partielles des
monuments antiques; rien n'est mieux fait pour rendre les
ruines vivantes et parlantes. On ne s'étonnera donc pas que
M. Homolle ait cédé à la tentation d'essayer aussi à Délos
ce qui paraît devoir si bien réussir à Delphes. Il sait n'v
devoir pas rencontrer d'édifice dont tous les éléments sub-
sistent dans le remblai et se laissent rapprocher comme les
pièces d'un jeu de patience. L'antiquité a été bien plus mal-
traitée à Délos qu'à Delphes. Délos a servi de carrière pen-
dant des siècles. Des îles voisines et de plus loin encore on
venait y chercher des marbres pour lester les navires, pour
alimenter les fours à chaux, pour construire des ép^lises et
•meubler des g-aleries d'amateurs. Pas un bâtiment de
quehjue importance que ces larcins n'aient ainsi comme
dépareillé; mais tout au moins est-il possible de relever ici
un mur de temple, là les colonnes d'un portique avec leur
entablement, pour que désormais les voyag-eurs (jui débar-
queront dans l'île puissent s'y orienter et juger par quelques
échantillons du style des monuments qui se pressaient là
dans un étroit espace, autour de l'un des plus fameux
sanctuaires de la Grèce. Quand je visitai Délos, au prin-
temps de 1894, je n'y vis qu'un vaste champ de décombres,
des amas de pierres où le chrysanthème des moissons
mêlait partout l'or de ses pétales à la pourpre des coqueli-
cots, mais où ne se lisait même pas, à terre, le plan des
constructions détruites. Depuis vingt-cinq ans que l'École
française, promotion après promotion, travaillait à Délos,
les fouilles avaient toujours été faites avec de faibles cré-
dits, morceau par morceau. Faute d'un plan d'ensemble et
d'un outillage sulïisant, on avait souvent, lorsque l'on s'at-
taquait à un nouveau canton, remblayé la partie du champ
(jui avait été déblayée l'année précédente. Une ère nouvelle
s'est ouverte, depuis cet été, pour Délos. M. Homolle y a
transporté le matériel qui avait servi aux ft)uilles de Delphes.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 515
Il ne pourra sans doute y entreprendre qu'un très petit
nombre de ces restitutions plus ou moins complètes qu'il
aurait aimé à multiplier; mais, secondé par M. Dûrrbach,
ancien membre de l'Ecole d'Athènes, et par M. Jardé, pen-
sionnaire de seconde année, il se propose de pousser partout
la tranchée, dans le voisinage des anciens bâtiments, jus-
qu'à la roche vive, de jeter à la mer toutes les terres qui
encombreraient les chantiers, de manière à découvrir ou à
faire reparaître au jour toutes les dispositions, parfois très
originales, qui caractérisaient les édifices de Délos. Enfin,
on compte dégager tous les quartiers de la ville antique qui
n'ont pas été touchés par la pioche des explorateurs ou
qu'elle n'a fait qu'efïleurer.
Pour remplir un si vaste programme, il fallait à M. Ho-
molle des ressources considérables. Il ne les a pas, cette
fois, demandées aux Chambres françaises qui, après les
sacrifices consentis pour Delphes, auraient sans doute fait
la sourde oreille ; il les a reçues de notre savant correspon-
dant, M. le duc de Loubat, qui, en deux ans, a mis à ses
ordres une somme de oO.OOO francs. Ce nous est un devoir
et un plaisir que d'adresser à celui-ci, au nom de l'Ecole,
un public remerciement; il sera heureux d'apprendre que
son exemple a déjà trouvé des imitateurs. En quelques
semaines, cet été, l'École a reçu, par legs et par donation,
de MM. Rebouleau et Rougier, un nouveau subside de
lo.OOO francs. D'ailleurs, ici comme à Delphes, la Grèce a
voulu concourir à ce travail d'exhumation et de résurrec-
tion du passé qui se poursuit aux frais et par les soins de la
France, h'Éphorie générale annonce l'intention de cons-
truire à Délos un musée où seront groupées, dans l'île
même qu'elles décoraient jadis, les œuvres d'art qui, jus-
qu'à présent, se conservaient à Myconos, et où seront mis à
l'abri de toute déprédation celles que livreront les nouvelles
fouilles. La campagne qui vient de se clore a fourni des
textes épigraphiques et des fragments de sculpture; mais
516 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
elle n'a guère été qu'une mise en train. Bien préparée, la
campagne prochaine ne peut manquer de produire d'impor-
tants résultats.
Le rapport présenté au nom de la Commission par notre
confrère M. CoUignon a résumé et jugé les mémoires qui
représentent le travail des pensionnaires de l'Ecole,
MM. Mendel, Oranger, Jardé, Toudouze et Lefebvre, pen-
dant le cours de l'année 11)01 -l*.t02. Cet ell'ort, nous le
savons, s'est soutenu l'année suivante. M. Mendel avait
obtenu le bénéfice rare et trèsjustilié d'une cinquième année
de pension; il a continué à Tégée les fouilles intéressantes
(jui ont presque complètement dégagé les soubassements
du temple d'Athèna Aléa ; il a découvert de nouveaux frag-
ments des sculptures, dues au ciseau de Scopas, qui le dé-
coraient. Avant de quitter la Grèce, il vient d'aller, en
Béotie, sur le site du temple d'Apollon Ptoios, sonder
encore le terrain où M. HoUeaux, de 1884 à 1886, avait fait
une si riche récolte d'ouvrages de l'art archaùjue. M. Men-
del V a retrouvé des torses et des têtes de statues du même
style, dont quelques-unes sont d'une très belle conserva-
tion.
L'École française de Home nous a envoyé deux nu-moires,
dont l'un est de M. Calmette, ancien élève de l'Ecole des
Chartes, archiviste-paléographe, et l'autre de M. Merlin,
ancien élève de l'Ecole normale, agrégé d'histoire. M. Cal-
mette a étudié la polilif/ne espar/noie en France et en Italie,
de Vavènement de Ferdinand le Catholique au traité de
Marcoussis. L'essai a [)aru fort ]ncn documenté; avec
quelques nouvelles recherches dans d'autres dépôts, l'au-
teur sera bientôt en mesure d'écrire l'histoire diplomati(jue
delà Erance, de l'Italie et de l'Espagne durant les vingt
dernières années du \v'' siècle.
M. Merlin a pris comme sujet les cultes étrangers sur
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 517
rAventin à l'époque républicaine. Ce premier chapitre d'un
livre oii sera exposée toute l'histoire de la colline populaire
a donné une très favorable idée des qualités que M. Mer-
lin portera dans l'étude des problèmes de l'histoire romaine.
La critique y est judicieuse et sûre; mais la préparation de
ce travail n'a pas épuisé toute l'activité de M. Merlin. En
Tunisie, dans deux campagnes successives, il a prêté un
utile concours à notre correspondant, M. Gauckler, qui y
dirige le service des fouilles et des antiquités; après
M. Homo, il y a continué l'entreprise du déblaiement des
ruines deDougga. Depuis que l'Italie s'est décidée à repous-
ser jalousement cette collaboration des savants étrangers
qu'elle acceptait jadis de si bonne grâce, depuis qu'elle s'est
réservé, sur son territoire, le monopole des fouilles, il est
heureux que l'entente établie entre Mgr Duchesne et
M. Gauckler soit venue fournir à quelques-uns des jeunes
hôtes du Palais Farnèse l'occasion d'aller, eux aussi, comme
leurs camarades d'Athènes, payer de leur personne sur le
terrain et étudier l'antiquité ailleurs que dans les livres.
Nous espérons que d'autres pensionnaires, après M. Merlin,
prendront encore le chemin de l'Afrique et, dans les rela-
tions qui se sont ainsi établies entre Rome et les héritiers
de Carthage, nous voyons une nouvelle preuve de la solli-
citude intelligente avec laquelle notre confrère Mgr Du-
chesne gouverne l'École qui lui a été contiée et s'applique
à en varier les recherches et les travaux, à étendre, partout
où il y trouve jour, le rayon dans lequel s'exerce son action.
Il est une troisième école, l'École française de l'Extrême-
Orient, qui est venue comme d'elle-même, vers la tin du
dernier siècle, se placer sous la bienveillante tutelle de
l'Académie. Elle a été fondée par M. Doumer, alors gouver-
neur général de l'Indo-Ghine, et nulle des mesures que
celui-ci a prises, pendant la trop courte durée de son admi-
nistration, n'atteste mieux l'esprit large et prévoyant qu'il
518 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
a porté dans rexécution du progriimme qu'il s'était tracé.
En sollicitant pour cette école le patronage des orientalistes
éminents que renferme notre Compagnie, M. Doumer a
voulu lui indiquer tout d'abord la voie où elle devrait mar-
cher. Elle devrait s'appliquera éclairer, par ses recherches,
tout le passé de ces vastes contrées dont la France a pris
charg-e; elle étudierait leurs arts, leurs langues, leurs reli-
erions, leurs littératures, leurs coutumes et leur droit tradi-
tionnels ; elle aiderait les maîtres auxquels obéissent main-
tenant ces peuples à en mieux comprendre le génie et les
mettrait ainsi à même de mieux gouverner leurs millions
de sujets, avec une plus claire intelligence des habitudes et
des besoins de ces Asiatiques. M. Finot, nommé directeur
de l'École, et M. Foucher, qui a fait l'intérim en 1901, se
sont montrés à la hauteur de leur tâche ; grâce à la com-
pétence et au zèle de ces deux chefs, cette sœur cadette des
Écoles françaises d'Athènes et de Rome n'a pas trompé les
espérances de son fondateur. Transférée, en 1902, de
Saigon à Hanoï qui est devenu le siège du gouvernement ,
elle a pris là une part très active à l'Exposition universelle
qui s'y est ouverte l'an dernier et au Congrès des orienta-
listes qui s'y est tenu ; elle avait créé à Saigon et elle a
transporté à Hanoï une bibliothèque et un musée qui ren-
ferment déjà, l'une des manuscrits et des livres de grand
prix, et l'autre des séries très riches de porcelaines, de
laques et de bronzes chinois; l'art des dillerentes provinces
de rindo-Chine y est aussi représenté par des monuments
qui sont encore peu nombreux, mais (jui ont été choisis
avec goût.
C'est d'ailleurs par ses publications que l'Ecole a surtout
manifesté son existence et son ardeur au travail. Plusieurs
ouvrages importants ont été édités en son nom et sous ses
auspices; mais ce qui lui fait le plus d'honneur, c'est la
revue trimestrielle qu'elle appelle son Bulletin et qui est
aujourd'hui parvenue au terme de sa seconde année. Ce
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 819
fecueîl périodique, avec ses articles de fond, sa bibliogra-
phie et sa chronique, a déjà conquis, dans le monde des
orientalistes, une autorité à laquelle il a été rendu hom-
mag-e ailleurs encore qu'en France. Nous avons le ferme
espoir, déjà justifié par des actes récents, que le nouveau
gouverneur général, M. Beau, ne s'intéressera pas moins
que ne le faisait son prédécesseur à l'Ecole d'Extrême-
Orient. Quant à l'Académie, elle a pour cette pupille qu'elle
protèg-e de si loin quelque chose de l'affection que l'on
porte, dans la famille, au dernier venu, au plus jeune des
enfants de la maison.
J'avais arrêté là ce discours lorsque nous est arrivée de
Berlin l'annonce d'un nouveau coup qui Ira jDpe l'Académie;
elle perd, avec Mommsen, le plus illustre de ses associés
étrang-ers. Il nous appartenait à ce titre depuis 1895. Cet
honneur si envié, l'Académie, d'une voix unanime, le lui
aurait décerné beaucoup plus tôt, si rien ne nous eût g-ènés
pour témoigner de la haute estime que nous portions aux
travaux du savant ; mais nous avions peine à oublier les
paroles injustes et violentes que contenait à notre adresse la
fameuse Lettre aux Ifalieiis, écrite en 1870, quand nous
atteignaient les plus cruels désastres. Les années ont passé ;
le temps est venu adoucir l'amertume de ces souvenirs et,
à distance, nous nous sommes expliqué, dans une certaine
mesure, ces excès de langage par les craintes, hélas trop
peu fondées ! que, même après nos premières défaites, nous
inspirions encore à un patriotisme inquiet et passionné.
Cependant l'auteur même de ces attaques n'avait pas dis-
simulé qu'il éprouvait quelque regret de s'être laissé
emporter à insulter ainsi des vaincus et, d'autre part, l'âme
française, ouverte et bienveillante par nature, répugne à la
contrainte des longues rancunes. Tandis que d'elle-même
elle s'acheminait ainsi vers l'indulgence et le pardon de l'in-
jure, le vieillard s'imposait de plus en plus à l'admiration
520 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
par l'étrang-e phénomène dune activité que l'àg-e seml)lait
accroître plutôt que ralentir. Si, au g-rand chag-rin de tous
les lettrés, il n'achevait pas cette Histoire romaine^ un chef-
d'œuvre en son g-enre, qui est d'une lecture à la ioissi atta-
chante et si irritante, il publiait, dans la nouvelle édition du
Manuel de Marquardt, ce Droit public de Rome qui est
l'exposition la plus précise et la plus lumineuse que l'on ait
jamais présentée de la constitution romaine. Enfin il conti-
nuait à pousser vers son terme, qui se rapprochait à vue
d œil, la i^ig-antesque entreprise du (Corpus inscriptionuni
latinarum. Ceux qui en avaient partagé avec lui, au début,
la direction et le fardeau, Ilenzen, Ritschl, De Rossi, étaient
tous morts ; il restait seul ; mais il donnait l'exemple à
tous les ouvriers ({uil avait les uns après les autres appe-
lés et formés pour coopérer à cette tâche. Avant de succom-
ber à son tour, il a eu la joie de tenir en main et de voir en
épreuves les dernières pages qui vont bientôt compléter les
queUjues volumes dont la publication n'est pas encore
achevée.
Devant de tels services rendus à la science, devant le
miracle de ce prodigieux labeur qui devait se continuer jus-
qu'à la quatre-vingt-sixième année sans jamais subir de
relâche, il n'était ressentiment, si fondé qu'il fût, (jui ne
dût finir par céder. M. Mommsen parut très sensible à
l'hommage que nous lui rendions. Il vint, depuis lors, deux
fois encore à Paris et, dans chacun des séjours (ju'il y fit, il
prit j)laisir à fré({uenter nos séances hebdomadaires, un
jour nous apporlant ((uchjue courl mémoire, fruit de ses
réflexions sur un des pi-oblèmes qui occupaient alors sa
pensée, i n autre jour, avec sa voix mordante et ses saillies
imprévues, intervenant dins les discussions engagées.
Quand on voulut fondcri Association internationaledes Aca-
(léniiis. il prit niic part très active aux négociations, et si,
dans les conférences qui se tini-ent ici à ce sujet, il sembla
parfois ne pas assez dissimuler cette humeur allière ([ui, à
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 521
Berlin même, lui avait fait beaucoup d'ennemis, ceux qui
le connaissaient le mieux ne voulurent voir là que le trop
vif témoig-nage de l'intérêt qu'il portait au succès d'un
accord sur lequel il fondait de grandes espérances. Ici nous
étions plusieurs que la communauté des études avait mis,
depuis de longues années, en rapport avec lui, et qui, dans
ces relations privées, n'avions eu jamais qu'à nous louer de
sa droiture, et même, je tiens à le dire, de sa courtoisie.
Nous l'aimions, malgré ses défauts, et chez ceux de nos
confrères qui, ne l'ayant jamais approché de près, ne pou-
vaient avoir pour lui cette même amitié, ce qui dominait,
c'était un sincère et profond respect. C'est donc avec la cer-
titude d'être le fidèle interprète des sentiments de l'Aca-
démie tout entière que j'invite notre sœur étrangère, l'Aca-
démie royale de Prusse, à agréer l'expression de la douleur
que nous cause la perte irréparable qu'elle vient de faire en
la personne de l'historien original, du profond jurisconsulte,
du philologue incomparable que fut Théodore Mommsen.
II. JUGEMENT DES CONCOURS
paix ORDINAIUE DE l'acadÉiMie (2.000 fr.)
L'Académie avait proposé, pour l'année 1903, le sujet suivant :
Etudier avec détails une période de l'histoire de l'Indo-Chine.
L'Académie a décerné le prix au R. P. L. Cadière, pour son
mémoire ayant comme épigraphe : o Seras et Indos. »
ANTIQUITÉS DE LA FRANCE
Les trois médailles réglementaires ont été attribuées aux auteurs
suivants :
!'"<' médaille de mille ciiif/ cents francs : M. l'alibé Angot, Diction-
naire historique de la Mayenne;
52â SIilANCÈ PUBLIQUE ANNUELLE
2" médaille de mille francs : M. Gsell.Lcs monuments antiques de
V Algérie ;
3^ médaille de cinq cents francs: M. Espinas, Les finances de la
commune de Douai, des origines au AT"^ siècle.
Vu l'importance des ouvrages présentés au Concours, l'Académie
a accordé, avec l'autorisation do M. le Ministre, ime quatrième
médaille de cinq cents francs à MM. Maitke et de Berthou , pour
leur ouvrage intitulé : Itinéraire de Bretagne.
Les mentions honorables ont été attribuées ainsi (|u'il suit :
1'"^ mention : l'abbé Dijon, L'église abbatiale de Saint-Antoine en
Dauphiné ;
2*= mention : M. \^.\.ïi\'sv>\L, Etudes d'histoire et d'archéologie romane;
3" mention : M. de Homaxet, Géographie du Perche;
4" mention : M. Ai. mot, Visites archidiaconales de Josas ;iu AT*
siècle ;
Y)'^ mention : M. dk Hocuemonteix, Les églises romanes de la Haute-
Auvergne ;
6'^ mention : M. Pagaut d'Heumansaut, L'administration municipale
de Saint-Omer ;
1" mention : MM. de Géuin-Ricahd et labbé A. d'Agnel : Les
antiquités de la vallée de IWrc;
8* mention : M. Poutal, Histoire de la ville de Cordes;
9" mention : M. Pouék, Le consulat et l'.idniinislralion municipale
de Mende.
PRIX de numismatique (ai.i.ieh de iiauteroche), 1,000 fr.
Le prix de numismatique fondé par M. Allier de IIauteroche, en
faveur du meilleur onvra;,'-(> de numismatique ancienne, a été décerné
à M. Jules Malhici;, pour rensenii)le de ses travaux sur les émissions
monétaires de l'empire romain pendant la période Conslantinieune.
PRIX KONUi. PAR LE RARON GOUERT (10.000 fr.)
Pour le travail le plus savant et le ]>liks profond sur l'histoire
de France et les études qui s'y rattachent.
Le premier prix a été décerné à M. Dipont-F'errikr, pour son
ouvrage intitulé : Officiers royaux des bailliages et sénéchaussées.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 523
Le second prix a été décerné îi M. Di':pitE7,, ])our ses Pféliininaires
lie la guerre de Cent ans.
PRIX BORDIN (3.000 fr.)
L'Académie avait proposé ou prorogé, pour Tannée 1003, les six
questions suivantes :
1" Etudier rauthentici/é el le enrnelère des monograpliies qui com-
posent /'Histoire Auguste, V époque où elles ont été composées et quels
en sont les auteurs;
2° Quels ont été les sentiments des Romains et leurs principes de
gouvernement à l'égard des Grecs, pendant la période républicaine,
diaprés les auteurs, les inscriptions et les monuments?
Sur la première question, l'Académii' a partagé le prix entre
M. Lecrivain, professeur à la Faculté des Lettres do Toulouse, pour
son mémoire ayant pour devise : In lahore solatium, et M. Léon
IIoMO, ancien membre de l'École française de Rome, pour son
mémoire portant comme épigraphe : Quid de Historia Augusta sen-
tie ndu m ?
Sur la seconde question, l'Académie a décerné le prix à M. Colin
ancien membre de l'École d'Athènes, pour son mémoire ayant pour
devise : Furor est, si alienigenœ homines, plus lingua et morihus el
legibus quant maris terrarumque spatio discret i, etc., etc. (Liv XXXI
29.)
PRIX EXTRAORDINAIRE BORDIN (3.000 fr.)
L'Académie, sur les arrérages du prix extraordinaire Bordin,
réservé, cette année, au meilleur ouvrage d'érudition orientale, a
accordé : 1° douze cents francs à M. Guidi pour son Vocabolario
amarico-ilaliano ; i" mille francs h M. Dussaud, pour son Histoire et
religion des Nosafris, et MM. Dissaud et Macler, pour leur publica-
tion : Voi/age archéologique au Safâ ; 3° huit cents francs aux Mission-
naires catholiques du Thiljet, pour leur Dictionnaire thibétain-latin-
.français.
PRIX BRUNET (3.000 fr.)
Le prix Brunet, destiné à un ouvrage de biljliograpliie savante, a
été partagé, par moitié, entre M. A. Claudin, jjour les deux premiers
volumes de son Histoire de l'imprimerie en France, et M. Auguste
MoLiNiER, pour les trois premiers volumes de son Manuel des sources
de l'histoire de France.
1903. 36
524 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
Une mention très honorable a été décernée aux deux volumes de
M. E. (loYKcuiE sur la Collection Aiiisson et l'histoire (le l'imprimerie
et (le la librairie ù I';t/-is.
PRIX STANISLAS JULIEN (l.iJOO fl'.)
L'Académie a décerné le prix Stanislas Julien, destiné au meilleur
ouvrage relatif ù la Chine, k M. Maurice Courant, pour son Catalogue
des livres chinois, coréens, japonais de la BiLliolhè(/ue nationale.
IMIIX l)F. l.A (iItAN(iK I I .UOU iV. (If rtnt'IUl.)
L'Académie a décorné le prix à M. A. Cïuesnon, pour l'ensemble
de ses travaux sur les trouvères artésiens.
FONDATION GARNIEK (lli.OOU fr.)
I/Académie a atti-ibué sur les :in(''r:iL;('s de l:i fondalion :
l" Six mille /'/•unes à .M. Diioiii, archilcLlc , pour terminer les
recherches archéolo<^iques commencées en l'.H)l dans le monument
khmer du u Bayôn », à Angkor-Thôm (Siam);
2" Quinze mille francs h M. le capitaine Leniant, attaché à la
section technique des troupes coloniales au ministère de la guerre,
pour l'aider à accomplir une mission scientifitpie de la Bénoué au
Tchad, parle Mayo-Kai)bi, les lacs Toubouii t>l le Logone ;
'.i° Quinze cents francs à M. le lieutenant Desplagnes, pour reprendre
et continuer ses fouilles dans les lumulus de la région de Tombouc-
tou;
4° Deux mille francs à M. Emile Gautier, professeur h l'Ecole des
lettres d'Alger, pour un voyage d'étude scientifique dans le Sahara,
en vue de relever les monuments épigraphiques signalés dans l'Oued
Sousfana, le Saoura, le Touat, le Tademaït, lo Tidikelt, le Mougdir.
fondation l'ioT il 7.000 fr. de revenu)
L'Académie a attribué sur les arrérages de la fondation les subven-
tions suivantes :
1^' Une subvention à M. Leroux, pour 100 excm[)laires (à 32 francs
l'un, soit 3.200 francs^ à l'ouvrage de M. Pierre Paris : Essai sur l'art
et l'indusl/'ii' de l' Kspaf/ne jn-imilive J
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 523
2'^ Mille francs à M. le D' Carton, pour ses fouilles à El Knissia,
près de Sousse, en Tunisie;
3" Une somme supplémentaire de trois cent cinquante francs à
M. Perdrizet, professeur à la Faculté des lettres de Nancy, pour
solde des frais de sa mission à Sidon;
4" Cent cinquante francs, au même, pour faire exécuter des pho-
tographies aux environs de Beyrouth, d'après des monuments étudiés
par lui au cours de sa mission de 1902;
5" Trois mille francs au R. P. Delattre, pour la continuation de
ses fouilles cà Carthage;
6° Mille francs à M. Degrand, consul de France à Philippopolis
pour achever ses fouilles dans le tumulus de Costiévo, près de Philip-
popolis ;
7° Deux cents francs à M. Bertaux, maître de conférences à la
Faculté de Lyon, pour faire photographier un manuscrit à minia-
tures, appartenant à la Bibliothèque royale de Naples. Ce ma-
nuscrit n'a pas une importance artistique très considérable, mais il
est attribué avec certitude au temps de Charles VIII et offre un inté-
rêt très sérieux ;
8° Six cents francs à M.Cartailhac et à son collaborateur M. l'abbé
Breuil, pour poursuivre leurs études dans les cavernes des Pyrénées
décorées de peintures et de gravures préhistoriques;
9" Quatre cents francs à M. Emile Rivière, pour explorer la grotte
de Liveyre, en Dordogne, où se trouvent aussi des antiquités préhis-
toriques de l'époque magdalénienne.
PRIX SAINTOUR (3.000 fr.)
L'Académie a accordé sur le total du prix, attribué, cette année,
au meilleur ouvrage relatif à TOrient :
Douze cents francs à M. Fossev, pour son ouvrage intitulé .• La
Magie assyrienne ;
Huit cents francs a M. Joanny Grosset, pour sa traduction du Bha-
ratiya-Natya-Castram ;
Cinq cents francs à M. Alexandre Moret, pour son Rituel du culte
divin journalier en Egypte;
526 SÉANCE l'LliLlnli; ANNUELLE
Cinq cents francs ii M. Paul Toscanne, pour sa publication intitulée :
Les cylindres de Gudén.
PlilX JEAN-JACQUES BERGER (15.000 fl'.)
L'Académie a décerné, sur les revenus de la fondation Berger, les
récompenses suivantes :
1" Cinq cents francs à M. A. Fhanklin, pour son Histoire de la
Bibliothèque Mnzarinc et du P.d.iis de l' Institut;
2" Mille francs, à M. Fernantl Bol unon, pour ses. Rectifications el
additions à l'histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris de l'abbé
Lebeuf;
3« Quinze cents francs à M. ,1. Viaiu», pour ses Documents parisiens
du règne de J'hilippe Vide Valois;
4" Knfm tout le surplus du pii\ licr^er, soit une somme de douze
mille francs, à la Société de rilistoirc de Paris et de Tlle-de-France.
PHIX (iABlUKL-AUGLSÏE PHOST ( l.2(llt fr.)
L'Académie a décerné sur les revenus du [)rix Prost les récom-
penses suivantes :
Neuf cents francs h M.Pfistkh pour son Histoire de Nancy, tome l'''^;
Trois cents francs à M. Paul Maiucual, jjour son opuscule :
Remarques chronologiques et tojxigrajihiques sur le cartulaire de
Gorze.
PHI
\ HONOiu': (:ma\ i';e I.NOO iV. i
(!(• i)ri\. institué par M'"" veuve Honoré (',uavi':e, pour les travaux
dt! liii-uisli(pie, a été partagé en trois pai-ls é<;ales entre :
1" MM. Constantin et Dksommaix, pour Icni- />/(7/o/(/;.7//v' savoyard,
publié sous les auspices de la Société l'iorinioulaiu' (lAnni'cy ;
2° MM. DoTTiN et Lam.oïiet pour leur Glossaire du parler de Plé-
châlel (llle-et-Vilaine);
!V' M. CM. Gi EHLiN UE (JLEii, poursi's ouvrages intitulés : 1. Le par-
ler populaire dans la commune de Thann (Oalvados); IL Essai de dia-
lectologie normande, cl pour ses autres publications rclalivt's aux
j)arlers uormaiuls.
I
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE ?)27
III. DELIVRANCE DES BREVETS
d'archiviste-paléographe
En exécution d'un arrêté du Ministre de l'instruction publique
rendu en 1833, l'Académie déclare que les élèves de l'École des
Chartes, qui ont été nommés archivistes-paléographes par arrêté
ministériel du 16 février 1903. conformément à la liste dressée parle
Conseil de perfectionnement de cette École, sont :
MM. BouRGiN (Nicolas-Georges-Marie).
GiRAHD (Frédéric-Marie).
Dumas (Auguste).
BoiNET (Amédée-Charles-Léon).
Clouzot (Charles-É tienne-Maurice).
Faces (Étienne-Joseph).
BntEL (Louis-Marie-François).
Lemaitre (Ilenri-Léon-Louis).
PiGALLET (Maurice-Claude-Thérèse-Parfait).
Griveau (Robert-Marie).
Honf nommés archivistes-paléographes hors rang :
MM. EsQUEu (Joseph-Germain-Marie-Léon-Gabriel).
Lmbert (Léo-Eugène).
Martin (Fernand-Hippolyte-Eugène).
Thomas de Pange (Marie-Jean-Louis-Clément), à titre
étranger.
Barbey (Frédéric).
528 SÉANCE PUBLIQUE .ANNUELLE
ANNONCE DES CONCOURS
DONT LES TERMES EXPIRENT EN 1903, 1904, 190o, 1906, 1907, 1908,
1900 et 1910.
PRIX 0RDIN.4IRES DE l'aC.\DÉMIE
L'Académie rappelle qu'elle a proposé les questions suivantes :
1° Pour l'année 1904 :
Elude critique sur l'origine des lexles imprimés ou manuscrits des
Ordonnances de sai?it Louis.
2° Pour l'année 1903 :
La préfecture du prétoire au IV^ siècle.
Les mémoires sur chacune de ces questions devront être déposés
au Secrél.irinI de l'Instidil, .ivaiit le l*"'" janvier de l'année du concours.
Chacun de ces prix csl de la \ah'urde deux mille francs.
3" Pour l'aiinée 1906 :
Eludii'r une i)éri<)dc '/'■ l liisloirc ancienne du .lapon. L ouvraifc
présenté à V Académie devra être soit un ménioiro suivi de la traduction
de textes jajionais tirés de la littérature historique , géographique ou
Pl)if/raphir/ue^ soit une traduction d'un lirre historique japonais accom-
pagnée d'un commentaire critique.
Tous les travaux présentés, mémoires ou traductions, devront être
entièrement inédits et manuscrits. Ils devront être accompagnés d'un
pli cacheté contenant le nom de l'auteur, et déposés au Secrétariat
de l'Institut avant le l""" janvier 1900.
ANTIQUITÉS DE LA FRANCE
Trois médailles, de la valeur de quinze cents francs la première.
mille francs la deuxième, et cinr/ cents francs la troisième, seront
décornées aux meilleurs ouvrages manuscrits ou publiés dans le cours
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
529
des années 1002 et 1903 sur les Antiquités de In France, qui auront
été déposés en double exemplaire, au Secrétariat de l'Institut, avant
le 1" janvier 1904. — Les ouvrages de numismatique ne sont pas
admis à ce concours.
PRIX DE NUMISMATIQUE
I. Le prix de numismatique fondé par M™^ veuve Duchalais sera
décerné, en 190i, au meilleur ouvrage de numismatique du moyen
âge, qui aura été publié depuis le mois de janvier 1902.
Ce prix est de la valeur de huit cents francs.
IL Le prix de numismatique fondé par M. Allier de Hauteroche
sera décerné, en 1905, au meilleur ouvrage de numismatique ancienne
qui aura été publié depuis le mois de janvier 1903.
Ce prix est de la valeur de mille francs.
Les ouvrages, pour chacun de ces prix, des^ront être déposés, un
double exemplaire, au Secrétariat de l'Institut, avant le l'''" janvier de
l'année du concours.
PRIX FONDÉS PAR LE BARON GOBERT (10.000 fr.)
Pour l'année 1904, l'Académie s'occupera, à dater du 1«''- janvier, de
l'examen des ouvrages qui auront paru depuis le !«'■ janvier 1903 et
qui pourront concourir aux prix annuels fondés par le baron Gobert.
En léo-uant à l'Académie des inscriptions et belles-lettres la moitié
du capital provenant de tous ses biens, après l'acquittement des frais
et des legs particuliers indiqués dans son testament, le fondateur a
demandé .- que les neuf dixièmes de l'intérêt de cette moitié fussent
proposés en prix annuel pour le travail le i)lus savant et le plus pro-
fond sur riiistoire de France elles études qui s'y rattachent, et l'autre
dixième pour celui dont le mérite en approchera le plus; déclarant
vouloir, en outre, que les auteurs des ouvrages couronnés continuent
à recevoir, chaque année, leur prix jusqu'à ce qu'un ouvrage meilleur
le leur enlève, et ajoutant qu'il ne pourra être présenté à ce concours
que des ouvrages nouveaux ».
Tous les volumes d'un ouvrage en cours de publication, qui n'ont
point encore été présentés au prix Gobert, seront admis à concourir,
si le dernier volume remplit toutes les conditions exigées par le pro-
gramme du concours.
Sont admis à ce concours les ouvrages composés par des écrivains
étrangers à la France.
530 SÉANCE PIRLIQUE ANNUELLE
Sont exclus de ce concours les ouvrages des membres ordinaires
ou libres cl dos associés étrangers de l'Académie des inscriptions et
belles-lettres.
L'Académie rappelle aux coiicurrcnls (pii', pour répondre aux inten-
tions du I>ar()u GouKitr, qui a voulu récompenser les ouvrages les
plus savants et les plus profonds sur l'histoire de F'rance et les études
qui s'y rattachent, ils doivent choisir des sujets qui n'aient pas encore
été suHisaminent approfondis par la science. La haute lécompense
instituée par le baron Gobert est réservée à ceux qui agrandissent
le domaine do la science en pénétrant dans dos voies inexplorées.
Six exemplaires do chacun des ouvrages présentés à ce concours
devront être déposés au Secrétariat de l'Institut (délibération du 27
mars 1840) avant le I"' janvier 1904, et ne seront pas rendus.
PRIX ROUDIN (3.000 fr.l
M. Boudin, notaire, voulant contribuer au progrès des lettres, des
sciences et des arts, a fondé par son lestamont des prix annuels ([ui
sont décernés par chacune dos cin({ Académies de l'Institut.
L'.Vcadémic a décidé (pie, à partir do l'anuéo l'.lO't, lo prix aniuiol
de la fondation Bordin sera destiné l\ récompenser successivement
tous les trois ans, des ouvrages relatifs : i° à l'Orionl ; 2° à l'anliquité
classicjuo; 3" au moyen âge ou à la Renaissance.
En conséquence, lo prix Bordin sera décerné, en litOi, au meilleur
ouvrage relatif à l'Oriont, j)ul)lié de[juis lo {''janvier 1901.
Le prix extraordinaire biennal, institut' sur les arrérages de la
fondation, sera décerné en 1905, au meilleur travail manuscrit sur la
question suivante : Examen critique (/es trois derniers livres du
Miroir liislorial de Vincent de Beauvais embrassant la période com-
prise entre les années i t53 et 1 244.
Los méiudiros sur cctlo question devront être déposés au Secré-
Inri.il (\v riiistitul Mvan'l h- i""" janvier 190').
Chacun de ces prix est de la valeur de trois mille francs.
PRIX LOUIS FOULD (5.000 fr.)
-Vprès 1,1 dt'liv rance du prix de vingt mille francs, fondé par M.
FouLD, un piix i)ionnal de cinq mille francs w pu être institué, d'ac-
cord avec SOS liéritiers, sur les revenus do la môme fondation, en
favein- do l'auteur du meilleur ouvrage sur l'histoire des arts du des-
sin, en s'ai-rètanl à la fin du .WV sidcle.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE o31
Ce prix sera décerné en 1904.
Les ouvrages manuscrits ou imprimés devront être écrits ou tra-
duits en français ou en latin et déposés en double exemplaire, s'ils
sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut, avant le 1" janvier 1904.
PRIX LA FONS-MÉLICOCQ (1.800 fr.)
Un prix triennal do (lix-hiiit cents francs a été fondé par M. de
La Fons-Mélicocq, en faveur du meilleur ouvrage sur Vhistoire et les
antiquités de la Picardie et de r Ile-de-France (Paris non compris).
L'Académie décernera ce prix, s'il y a lieu, en 1905; elle choisira
entre les ouvrages manuscrits ou publiés en 1902, 1903 et 1904, qui
lui auront été adressés en double exemplaire , s'ils sont imprimés,
avant le 1" janvier 1905.
PIÎIX BRUNET (3.000 fr.)
M. Brunet, par son testament en date du 14 novembre 1867, a
fondé un prix triennal de trois mille francs pour un ouvrage debihlio-
graphie savante que V Académie des inscriptions, qui en choisira elle-
même le sujet, Jugera le plus digne de cette récompense.
L'Académie décernera, en 1906, le prix au meilleur des ouvrages
de bibliographie savante, pul^liés en France dans les trois dernières
années, dont deux exemplaires auront été déposés au Secrétariat de
l'Institut avant le 1" janvier 1906.
PRIX STANISLAS JULIEN (1.500 fr.)
Par son testament olographe en date du 26 octobre 1872, M. Stanis-
las Julien, membre de l'Institut, a légué à l'Académie des inscrip-
tions et belles-lettres une rente de quinze cents francs pour fonder
un prix annuel en faveur du meilleur ouvrage relatif à la Chine.
L'Académie décernera ce prix en 1904.
Les ouvrages devront être déposés, en double exemplaire, au Secré-
tariat de l'Institut, avant le !<"" janvier 1904.
PRIX DELALANDE-GUÉRINEAU (1.000 fr.)
\Ime Delalande, veuve GuÉRiNEAu, par son testament en date du
)6 mars 1872. a légué à l'Académie des inscriptions et bolles-lelties
o32 SÉANCE PLBLIQIE ANNUELLE
une somme de vingt mille francs (réduite à dix mille francs) dont les
intérêts doivent être donnés en prix tous les deux ans, au nom de
Delalande-Guérineau, à la personne qui aura composé l'ouvrage jugé
le meilleur par l'Académie.
L'Académie décide que le prix Delalande-Guérineau sera décerné,
en 1904, au meilleur ouvrage concernant le moyen âge ou la Renais-
fiance.
Les ouvrages manuscrits ou publiés depuis le l"'' janvier 1902, des-
tinés à ce concours, devront être déposés, en double exemplaire,
s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut, avant le i'^' janvier
1904.
PRIX JEAN REVNAUD i' 10.000 fr.)
M"' veuve Jean Reynaud , " voulant honorer la mémoire de son
«' mari et perpétuer son zMe pour tout ce qui touche aux gloires de
« la France », a, par un acte en date du 3 décembre 1878, fait dona-
tion à l'Institut d'une rente de dix mille francs, destinée à fonder un
prix annuel, qui sera successivement décerné par chacune des cinq
Académies.
Conformément au vœu exprimé par la donatrice, « ce prix sera
« accordé au travail le plus méritant, relevant de chaque classe de
' l'Institut, qui se sera produit pendant une période de cinq ans.
<< Il ira toujours à une œuvre originale, élevée, et ayant un carac-
« tère d'invention et de nouveauté.
.< Les membres de l'Institut ne seront pas écartés du concours.
« Le prix sera toujours décerné intégralement.
" Dans le cas où aucun ouvrage no paraîtrait le mériter enlière-
« ment, sa valeur serait délivrée à quelque grande infortune scienti-
« fique, littéraire ou artistique.
(' il porlfia If nom de son fondateur Jean REVNArn. »
L'Académie décerueia ce prix, s'il y a lieu, on [90'.\.
PlUX DE I.A r.RANGE (1.000 fr.)
M. If niiiKiuis de La Grange, membre de l'Académie, par son tes-
tament en date du 4 août 1871, a légué à l'Académie des inscriptions
et belles-lellres une rente annuelle de mille franco destinée à fon-
der un prix en faveur de la publication du texte d'un poème inédit
des anciens poètes de la France; à défaut d'une OMivre inédile, le
pii\ pourra flic ddinu- an nuMlleur travail sur un luicien poète déj;\
|Mii)lié.
(;e prix sera décerné, s'il y a lieu, en 1004.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE S33
FONDATION GARNiER (15.000 fr. de rcvenu) .
M. Benoît Garnier, par son testament en date du 11 avril 1883, a
légué à rAcadémie des inscriptions et belles-lettres la totalité de
ses biens (legs réduit d'un tiers en faveur des héritiers, par décret du
27 septembre 1884). Les intérêts du capital résultant de la liquida-
tion delà succession doivent être affectés, chaque année, « aux frais
d'un voyage scientifique à entreprendre par un ou plusieurs Français,
désignés par l'Académie, dans l'jVfrique centrale ou dans les régions
de la Haute Asie ».
L'Académie disposera, en 1904, des revenus de la fondation selon
les intentions du testateur.
PRIX LOUBAT (3.000 fr.)
M. Loubat, membre de la New-York Hislorical Society, a fait don à
l'Académie des inscriptions et belles-lettres d'une rente annuelle
de mille francs, pour la fondation d'un prix de trois mille francs, qui
sera décerné, tous les trois anSj au meilleur ouvrage imprimé con-
cernant l'histoire indigène, la géographie historique, l'archéologie,
l'ethnographie et la linguistique du Nouveau Monde.
Ce prix sera décerné en 1904.
Seront admis au concours les ouvrages publiés en langues latine,
française et italienne, depuis le l^"" janvier 1901.
Les ouvrages présentés à ce concours devront être envoyés, au
nombre de deux exemplaires, avant le l*^"" janvier 1904, au Secrétariat
de l'Institut.
Le lauréat, outre les exemplaires adressés pour le concours, devra
en délivrer trois autres à l'Académie, qui les fera parvenir, un au
Columbia Collège à New- York, le deuxième à la New-York Hislorical
Society de la même ville, et le troisième à l'Université catholique de
Washington.
FONDATION pioT (17.000 fr. dc revenu).
M. Eugène Pior, par son testament en date du 18 novembre 1889,
a légué à l'Académie des inscriptions et belles-lettres la totalité de
ses biens. Les intérêts du capital résultant de la liquidation de la
succession doivent être affectés chaque année « à toutes les expédi-
tions, missions, voyages, fouilles, publications que l'Académie croira
534 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
devoir faire on faire exécuter dans rintérèt des sciences historiques
et arcliéoloj^iques, soit sous sa direction personnelle par un ou plu-
sieurs de ses membres, soit sous celle de toutes autres personnes
désignées par elle ».
L'Académie a décidé qu'il sera réservé, chaque année, sur les reve-
nus de la fondation, une somme de six mille francs pour la publica-
tion dun recueil qui porte le titre suivant : Fondation Piot. Monu-
ments et Mémoires puIjUrs jinr l' Académie des inscriptions et belles-
lettres.
L'Académie disposera, en lOOi-, du suiplus des revenus delà fon-
dation selon les intentions du testateur.
FONDATION JOSEPtl SAINTOUR (3.000 fr.)
L'Académie rappelle que ce prix, de la valeur de trois mille francs,
sera décerné dans l'ordre suivant :
En 1904, au meilleur ouvrage relatif ii l'antiquité classique, puldié
depuis le 1'^'' janvier 1001 ;
En 190o, au meilleur ouvrage relatif au moyen âge ou à la Renais-
sance, publié depuis le !<"■ janvier 1902;
l'.ii 1006, au meilleur ouvrage rchitif ii l'Orient, publié depuis le
1'-' janvier 190.3.
Seront admis au concours les ouvrages, manusci-ils ou imprimés,
d'auteurs français.
Les ouvrages destinés à ces concours devront être déposés, en
double exemplaire, s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut,
avant le 1" janvier de l'année du concours.
pitix icsrnADE-DELCROS (8.000 fr.)
M. Estuade-Delchos, par son testament en date du 8 février 1876,
a légué toute sa fortune à l'Institut. Le montant de ce legs a été,
selon la volonté du testateiu-, partagé, par portions égales, entre les
cinq classes de l'Institut, pour servir à décerner, tous les cinq ans, un
prix sur le sujet choisi par chaque Académie.
Ce piix, de la valeur de linil mille francs, sera décerné par l'Aca-
démie des inscriptions et bclles-lellres, en 1007. ;i un travail ren-
trant dans les ordres d'étude dont elle s'occupe.
SÉANCE PriSLIQUE ANNUELLE o3o
Le choix de l'Académie portera sur l'ouvrage publié dans les
cinq années précédentes qui sera jugé le plus digne de cette haute
récompense. ^
PRIX DE cnÉxiER (2.000 fr.)
M"* Adélaïde-Élisa I-'rémeaux , veuve de M. Louis-Joseph-Gabriel
DE Chénier, a légué à l'Académie des inscriptions et belles-lettres
une somme de quatorze mille francs, '< pour le revenu être donné
« en prix tous les cinq ans h l'auteur de la méthode que ladite
« Académie aura reconnue être la meilleure, la plus simple, la plus
« prompte, la plus efficace pour l'enseignement de la langue
« grecque ».
L'Académie décernera ce prix en 1904.
PRIX JEAN-JACQUES BERUER (13.000 fr.)
Le prix Jean-Jacques Berger, de la valeur de quinze niillp francs,
a décerner successivement par les cinq Académies à Vœucre la plus
méritante concernant la Ville de Paris, sera attribué par l'Académie
des inscriptions et belles-lettres en 1908.
PRIX GABRIEL-AUGUSTE PROST (1.200 fr.)
M. Gabriel-Auguste Prost, membre de la Société des Antiquaires
de France, par testament olographe du 7 février 1894, a légué à
l'Académie des inscriptions et belles-lettres une rente de douze
cents francs, pour la fondation d'un prix annuel à décerner à l'auteur
français d'un travail historique sur Metz et les pays voisins.
L'Académie décernera ce prix en 1904.
Les ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, en
double exemplaire, s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut,
avant le l'='' janvier 1904.
PRIX BARON DE JOEST (2.000 fr.)
Ce prix, de la valeur de deux mille francs, a décerner successive-
ment par les cinq Académies à celui qui, dans l'année, aura fait une
découverte ou écrit l'ouvrage le plus utile au bien public, sera attri-
bué par l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1905.
536 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
Les ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, en
double exemplaire, s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut,
avant le l"^"" janvier lyoij.
PRIX BARON DE COIRCEL (2.400 fr.)
Ce prix, de la valeur de dciu- inillr (jiiatre centa francs, à décerner
successivement par l'Académie française, l'Académie des insci-iptions
et belles-lettres et l'Académie des sciences morales et politiques,
est destiné à récompenser une œuvre de littérature , d'érudition ou
d'histoire qui sera de nature à attirer l'intérêt public sur les premiers
siècles de l'histoire de France {épof/ues mérovingienne ou carlovin-
gienne) ou à populariser quelf/iie épisode de cette histoire, depuis
l'origine rudiment aire des tribut franques Jusqu'aux environs de l'an
1000.
Ce prix sera décerné par l'Académie des inscriptions et belles-
lettres en 1910.
Les ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, en
double exemplaire, s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut,
avant le 1"'" janvier 1010.
PRIX noNORÉ ruAVÉE (1.800 fr.)
. Ce prix, institué par M">e veuve Honoré Chavée, sera décerné, tous
les deux ans, pour les travaux de linguistique. Il pourra être afTecté
à toutes recherches, missions, pnlilii-ations intéressant l'élude scien-
tifique des langues.
La Commission évoquera elle-même les ouvrages cpii lui [jaraî-
tront dignes du prix. On pourra appliquer les revenus de la fonda-
tion à récompenser des voyages, missions ou recherches de tout
ordre.
Ce prix, de la valeur de dix-huit cents francs, sera décerné, pour
la première fois, en 1905.
PRIX LEKÈVRE-DEUMIER (20.000 fr.).
Ce prix, d'une valeur de vingt mille francs, sera décerné tous les
dix ans par l'Académie. Suivant le vœu du testateur, il doit être attri-
bué « à l'ouvrage le plus remarquable sur les mythologies, philoso-
« phies et religions comparées ".
Le prix sera décerné, pour la première fois, en 1908.
i
SÉANCE PLBLlQrE AiNNLELLE o3i
Les ouvrages étrangers traduits en français seront admis à prendre
part au concours.
L'ouvrage doit être postérieur à l'année 1896,
V. CONDITIONS GENERALES
DES CONCOURS
Les ouvrages envoyés aux différents concours ouverts par l'Acadé-
mie devront parvenir, fninco de port et brochés, au Secrétariat de
l'Institut, avant le I^'' Janvier de l'année où le prix doit être décerné
Ceux qui seront destinés aux concours pour lesquels les ouvrages
imprimés ne sont point admis devront être écrits en français ou en
latin. Ils porteront une épigraphe ou devise, répétée dans un billet
cacheté qui contiendra le nom de l'auteur. Les concurrents sont pré-
venus que tous ceux qui se feraient connaître seront exclus du con-
cours ; leur attention la plus sérieuse est appelée sur cette disposi-
tion.
L'Académie ne rend aucun des ouvrages imprimés ou manuscrits
qui ont été soumis à son examen ; les auteurs des manuscrits ont la
liberté d'en faire prendre des copies au Secrétariat de l'Institut.
Le même ouvrage ne pourra pas être présenté en même temps à
deux concours de l'Institut.
Nul n'est autorisé à prendre le titre de Lauré.\t de l'Académie, s'il
n'a été jugé digne de recevoir un prix.
Les personnes qui ont obtenu des récompenses ou des mentions
n'ont pas droit au titre de lauréat, et doivent se borner à inscrire sur
les ouvrages qu'elles publient : Récompensé par V Académie ou Men-
tion au concours de...
Le montant des sommes annoncées pour les prix n'est signalé qu'à
titre d'indications subordonnées aux variations du revenu des fonda-
tions.
CENTENAIRE
uE l'élection de
QUAT REMERE DE QUIXGV
A LINSÏITUT
CLASSE d'histoire ET DE LITTÉRATIKE ANCIENNE
Le Itj février 1804
NOTICE SUPPLEMENTAIRE
SUR SA VIE ET SES TRAVAUX
PAR
SON SUCCESSEUR IMMÉDIAT
HENRI WALLON
SECRÉTAIHE rERPÉTUEL
Messieurs,
Quatremère de Quincy, ijui a jeté tant d'étlat sur l'In-
stitut, n'a pas attendu jusqu'aujourd'hui pour avoir sa
notice dans nos annales. Mon cher maître et vénéré pré-
décesseur M. Guig'niaut, secrétaire perpétuel, s'était
acquitté de ce devoir dans la séance publique de I86i-, et le
jour des I'uik railles, le 'M) <léeend)rc- ISi!). le président
de notre Académie, M. Ma^niin, el M. l'.aoul-Rochette,
CENTENAIRE DE L ÉLECTION DE QUATREMERE DE QUINCY 539
secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts, lui
avaient adressé sur sa tombe les derniers adieux de l'Ins-
titut. Quelques mois après, M. Barrière, dans le Journal
des Débats (17 a\ ril 1850), un peu plus tard notre confrère
Etienne Quatremère. son cousin issu de g-ermain, dans le
Journal des Savants (novembre 1853), Alfred Maury dans
la nouvelle édition de la Biographie universelle, ont rappelé
sa vie et ses travaux. Le comte Delaborde ne pouvait pas
l'oublier dans son Histoire de V Académie des beaux-arts, et
l'Ecole des beaux-arts lui a payé aussi son tribut d'éloges.
Il y a une dizaine d'années, M. Henry Jouin, secrétaire de
l'Ecole, a fait, tant sur sa personne cpie sur ses œuvres,
une notice où il a pu mettre à profit les documents que lui
avait communiqués son tils adoptif M. Adolphe Leclère,
documents dont M. Guigniaut n'avait pas manqué de faire
lui-même usage dans sa notice ' .
Pourquoi donc ai-je la témérité d'y ajouter un supplé-
ment ?
Depuis quelques années, l'usage s'est établi dans plusieurs
Académies de remettre au nouvel élu le soin de rappeler les
titres de son prédécesseur. J'ai cru qu'une occasion m'était
offerte d'invoquer rétrospectivement pour moi-même cette
récente coutume. Il y a cent ans que mon prédécesseur a
été élu, et la présente séance publique est la plus proche du
centième anniversaire de cette élection qui eut lieu le
16 février 180i. Aujourd'hui le nouvel élu a la primeur de
l'éloge, et c'est un titre pour son travail. Je suis un bien
ancien élu, et venir, après tant d'autres si compétents,
reprendre l'élog-e de Quatremère de Quincy n'ajoute guère
au mérite de l'œuvre ; mais en les appelant en témoignage
et en m'autorisant de leurs jugements, j'aurai du moins
l'humble avantage (et c'est le seul que je revendique) de les
associer à cette solennité.
I. Parliculièrement dans la nouvelle cdilion qu il en fit en IS66: il y
donne toutes ses notes.
1903. 37
o40 CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATRE.MÈRE DE QUlNCY
Antoine-Chrysostonie Quatremère de Quincy. à qui j"ai
succédé en 1850, est né le 28 octobre l7oo. Son père, Fran-
çois-Bernard Quatremère de lEpine (surnom qu'il prit plus
tard comme son lils celui de Quincy), était frère puîné de
Nicolas-Etienne, aïeul de notre confrère, l'orientaliste Etienne
Quatremère. Les deux frères, mariés i» deux sœurs, Anne-
Charlotte et Marie-Anne Bourjot, étaient associés dans un
important commerce de draps, tous deux fort considérés
dans la ville de Paris et même à la cour'. Quatremère de
l'Épine, qui avait deux (ils, les avait fait élever au coUèg-e
Louis-le-Grand, et il destinait le plus jeune, le seid dont
nous avons à parler ici. à cpu-hpie charge dans la magistra-
ture ; mais le jeune homme a\ait d'autres goûts. Dès son
enfance, il avait manifesté de i-ares dispositions pour les
arts du dessin, notamment |:our hi sculpture. En vain son
père, ([ui n'en voulait pas faire un artiste, lavait-il confié à
un professeur de droit: le professeur, ne réussissant pas î
l'intéresser au Digeste, lui apprit le tiielrac : il y devint
très fort. Heureusement il n'avait pas ptrdu .son g-oùt pour
les arts tlu dessin, e( inriiu' [xxii' la inusicpie. Il reçut, pour
la sculpture, les lerons di' Julien, élève de Coustou. et plus
tard mcinliic (le l'Académie. Il était tout préparé ii pousser
plus loin ses études (jiiaiul. en 1776, sa mère mourut : il usa
de sa paii d'héritage pmii' aller en Italie où il passa quatre
ans, séjoui-iiantà Rome d'ahord. puis à Xaples et en Sicile.
Ilappiirtait à Rome le goût de ranli(pu\ et il y trouvait, à
son grand étonnement, K' goùl faux et maniéré du règne
de Louis XV -'. 11 n'est pus bes(»in de dire avec quel zèle il
visita en Itidie ce (pie l'on avait mis au jour d llereulanum,
1. M. F;nil I,:n il)o. ;iili('' ;'i Iji raiiiillr <Jii;itii'iiièro. a dressé, avec le con-
cours diiii anlii- iii.iiihii-dc la raiiiille, un tableau géncalo{ïique de ses deux
branclics, en icinoiiLaut à .li;.\> (JiATHKMicnr.. orifrinairo de Champs, près
Auxerre ;Yi>iiiie), porté cuuinie décédé, dans un acte de 1GS2. bisaiVid des
deux frères. Nicolas-Etienne et François-Hei nard.
2. QLATruiMi-nE DK <^>riM:v. f.'.inor.i p/ SCS- ni/rr.if/c.s-. p. 'MK cl (iiicimait,
Snlicp. p. ?,<).
a
CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATKEMÈRE DE QUlNCY 541
de Pompéi, comme aussi les monuments de l'architectui-e
hellénique dans la Grande-Grèce et en Sicile. Il lit le
voyage de Naplesavec le peintre Louis David qui, en 1775,
avait obtenu le grand prix de Rome, et c'est lui, nous dit
M. Guigniaut, qui, remplissant le rôle de Minerve auprès
d'Hercule, décida son compagnon à choisir la bonne voie :
l'école classique en peinture allait trouver son maître dans
l'élève de Vien. 11 revint à Paris en 1780, et c'est probable-
ment sous l'influence de ce qu'il avait vu de l'art antique,
dans son voyage, qu'il voulut compléter sa science d'anti-
quaire, en étudiant l'architecture. Mais ses études lui fai-
saient un besoin de revoir l'Italie. Ce fut de ce dernier
voyage que data sa liaison avec Canova dans l'atelier duquel
il trouvait la sculpture selon son idéal '. Ce fut alors aussi
que, pour recueilbr les éléments de son travail sur l'archi-
tecture dorique, il revit Naples, P*stum, Salerne et^ en
Sicile, les ruines d'Agrigente. Il revint à Paris en 1784, et
l'Académie des inscriptions ayant mis au concours, pour
l'année suivante, Vexamcn de V architecture égyptienne et sa.
comparaison avec V architecture grecque^ il concourut et eut
le prix. La question, il faut le dire, était prématurée, et le
mémoire ne pouvait présenter que des solutions imparfaites
quand l'auteur le fit imprimer, sans le remettre au point,
quelques années après l'expédition d'Egypte (1803).
Le mémoire couronné en 1785 avait attiré l'attention sur
son auteur, et c'est à lui que Panckoucke, éditeur de Y En-
cyclopédie méthodique, s'adressa pour faire, dans cette
grande collection, le Dictionnaire de l'architecture. Le pre-
mier volume parut en 1788, avec une dédicace à Lamoignon
(Malesherbes), garde des sceaux-. En 1789, il donnait
dans le Mercure de France, autre publication de Pan-
ckoucke, une dissertation sur les Opéras bouffons italiens
1. Canova et ses ouvrages, p. 29, et Henry Jurix, p. s.
2. Le second parut en l'an IX isiOO . le li-oisièmc seiilenienl en JS25.
542 CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE QLINCY
qui fut aussi publiée; en brochure ' ; il y examinait si la
musique nest que la servante de la poésie et dans quelle
mesure elle y peut suppléer. Mais en 1789, en France, il
s'agissait de bien autre chose (|ue d'opéras bouffons; et
c'est aussi le commencement d'une période nouvelle dans la
vie de Quatremère.
Appartenant à une famille qui avait son rang- dans la
bourgeoisie parisienne,' il avait dû approuver la convoca-
tion des Etats généraux. Il était libéral, et il en attendait
des réformes qui supprimeraient de criants abus, sans
ébranler le pouvoir royal : car ce pouvoir, sagement pon-
déré, était, à ses yeux, la garantie de l'ordre public. Il
devint membre de la Commune de Paris, et débuta dans
les allaires qui intéressaient la ville, en plaidant élevant la
municipalité la cause de la liberté (U's théâtres, dans un
conflit qui s'était élevé enlre les comédiens franc^ais et les
comédiens italiens. 11 eut aussi à prendre part au débat sus-
cité dans la Commune par L^iuis David, en février 1790, sur
le règlement de l'Académie de peinture et de sculpture.
Il publia à ce sujet ses Co/isidcraf ions sur les arts du des-
sin en J'^nince suivies (l'un phnt d'ncndémie ou d'école
j)uJ)li(/ue r/ dun st/sfè/ne d'e/(courni/ernen/ (Paris, 17!ll],
brochure après la(|uelle il lil paraître, dans la même année,
une première et une seconde suite ;i ces (^onsi<l('i;i/i()ns, (|ue
M. Jouiii lii(li(jue aussi. Mais, chose curieuse et (pu n"a pas
été remar([uée, c'est Quatrt'inère de (juiucy (pii a eu, quatre
ans avant la Convention, hi première idée d un Institut
ayant ses trois classes des sciences, des belles-lettres et ij
des arts : Seconde sui/e nu r Considérations sur les arts du
dessin ou Prnjpl dr rèi/lenienf jiour lli^rolc puhlif/ue des
arts du dessin et de l'emplacement convenable a l'Institut
NATIONAL DES SCIENCliS, BELLES-LETTRES ET ARTS '^. '|
.■\<
1. Fonds Iluzard à la Biljliollièque de 1 lusliiiit, t. XX.XI, n° 1. :'^
2. On la Iniuvera à la Bil)iinllièqiie de ITnslitiil. Innds llu/.ard. t. X.\.\I,
n" 3.
CEiNTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE OlINCY o43
Cette brochure est tout un traité en huit chapitres : c'est
le septième qui est consacré à cet Institut. Il ne s'agit pas,
sans doute, de la résurrection des Académies, et cet Insti-
tut est plutôt une école; mais l'idée de l'union des trois
classes et la nécessité de leur union y est spécialement indi-
quée ^ Sing-ulière coïncidence : c'est au Louvre qu'il parle
aussi de les installer :
N'avons-nous pas, dans la vaste et mag'nifique enceinte du
vieux Louvre, rédifice qu'il nous faut?... C'est là que doit s'ou-
vrir ce lycée universel, c'est là que doit se fixer ce sanctuaire
de la science. {Ihid.,\). 89.)
Autre affaire administrative où il s'agissait d'ort et où
par conséquent on avait toute raison de recourir à Quatre-
mère. A la mort de Mirabeau, quand l'Assemblée nationale
décréta l'érection de l'église Sainte-Geneviève en Panthéon
consacré à la sépulture des grands hommes, ce fut lui que
la Commune de Paris chargea de faire subir à l'édifice les
modifications intérieures réclamées par sa destination nou-
velle, et l'on a le rapport adressé en conséquence par Oua-
tremère au Directoire de Paris ^. M. Jouin, qui l'a cité, l'a
1. « T>a liaison des sciences, des lettres et des arts, la correspondance qui
existe entre les ti-ois régions des connaissances et des facultés humaines,
la nécessité d'un chef-lieu commun, d'un jioinl central d'instruction pour
toute la France, au milieu duquel s'élèverait cet arbre méthodique de la
science, qui, ju'^qu'à présent, n'a existé que dans les livres; l'utilité enfin
d'un institut t;'énéral, correspondant avec toutes les écoles partielles du
royaimie, n'échapperont point à hi sage prévoyance et à la profondeur de
nos léfrislaleurs ■>. Ihid., p. 88V
2. RipporI sur l'édifice de S;iinte-Geneviéve f.iil au directoire du dépar-
tement de Paris, par M. Quatremère de Quincy. A Paris, <le l'Imprimerie
royale, MDCCXCI.
M. Jouin fait observer que la peinture fqui a su y prendre aujourd'hui
la grande place) était, dans le plan de Quatremère, sacrifiée à la scul])ture
qui avait toutes ses prédilections, et il ajoute, à propos du clioix flont il
avait été lui-même l'objet : « Il convient de dire que Quatremère ne négligea
rien pour appeler sur lui en cette circonstance les suffrages de la Commune.
Usant de ses relations étroites avec Panckoucke. il reproduisit, en tète du
544 CEMENAIBE DE l'ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE QUINCY ^
fait suivre d'une autre pièce inédite : c'est « la délibération
prise le 19 juillet 1791 sur le rapport c{ui lui a été fait par
M. Quatremère de Quincv au nom des commissaires de
l'instruction publique » ; cette délibération porte :
Pour radministralion el direction g-énérale des travaux de cet
édifice, le Direclr.ire a unmmc M. Quatremère de Quincy. Il
arrèle que MM. lîondelet el Soulïlot continueront d'être
enqîloycs dan- la direction des travaux, le premier comme
inspecteur de construction, le second comme inspecteur d'oi-ue-
ments ' .
Soufllot, Fauteur du monument, maintenu comme
emplo^'é dans la direction des travaux !
Mais Quatremère allait quitter la Commune pour monter
plus haut, et le Moniteur universel, le journal récemment
créé par Panckoucke, allait devenir, pour les neuf ou dix
années qui vont suivre, la principale source de son histoire.
L'Assemblée nationale Constituante avait cédé la place
à la Législative, et Quatremère, en raison de la notoriété
qu'il avait acquise au département, fut élu député de Paris
à la nouvelle assemblée. C'est là qu'il donna la vraie mesure
de la fermeté de son caractère et de la sagesse de son esprit.
Le tem[)s allait à l'orage : l'Assemblée nationale avait fait
la Constitution; l'Assemblée législative, qui en procédait,
était en voie de la démolir. En bien, en mal, l'éloquence
peut beaucoup dans ces luttes : les Girondins en four-
nissent la preuve. Quatremère de Quincy n'y prétendait
pas, mais ses discours sont des actes, et ces actes lui font
grand honneur. Les Jacobins, minorité remuante, impé-
rieuse, tendent déjà à la domination; mais lui, grand et
Moniteur du l.i avril 1701, un article de son Dictionnaire d'arcliitecture
qu'il faisait précéder des lignes suivantes »... (lignes qui témoignent que
depuis plus d'un an il avait exprimé et justifié le vtvu réalisé par le décret
de l'Assemblée).
1. .ToriN, Notice, p. 16-lS el la note qui énunière les quatre rapports sur |
ce sujet. {
CENTENAIRE DE l'ÉLECTIOX DE QUATREMÈRE DE QUINCY 545
fort, le regard assuré, le verbe haut, il est de taille et d'hu-
meur à leur tenir tête. Dès le début, il se montre bien tel
qu'il est, ami de l'ordre et de la liberté ; l'ordre, sans quoi
la liberté est bien compromise. L'Assemblée a provisoire-
ment adopté le règlement des Constituants, et on demande
qu'il soit mis en délibération, article par article. Point de
perte de temps !
Le règlement le moins compliqué sera le meilleur, ou plutôt
le seul règlement devrait être l'habitude du respect pour la loi.
De l'ordre dans l'arrangement des lieux et dans la tenue
des séances :
Notre salle est une arène de gladiateurs où chacun se dispute
la parole. Dans une salle qui otTre le spectacle d'une grande rue,
où tout le monde circule et cause, il est impossible de|discuter'.
Quelques jours après, il prenait la parole dans une ques-
tion qui intéressait les artistes exposants au Salon du
Louvre. Les membres de l'Académie de peinture et de
sculpture avaient, dans la distribution des récompenses, un
avantage très marqué sur les artistes qui lui étaient étran-
gers. Les académiciens, en 1791, s'étaient trouvés au
nombre de soixante parmi les trois cents exposants, le
cinquième des exposants. Or, d'après le décret de l'Assem-
blée constituante, les simples artistes n'avaient que vingt
membres des leurs dans le jury des récompenses, et les
académiciens y comptaient toute leur classe, titulaires et
agréés, au nombre de cent quarante ou cent soixante (car
leur nombre n'était pas limité); ajoutez deux membres de
l'Académie des belles-lettres et deux de l'Académie des
sciences. Quatremère de Ouincy, partisan de l'égalité, pro-
posa que les jurés académiciens fussent réduits au nombre
de vingt comme les autres, et il demandait l'urgence,
1. Séance du 11 octobre 1791, Moniteur dv\ 12. Réimpression, t. X, p. S7.
546 CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE QU1>CY
attendu que la convocation du jury était pour le lende-
main '. L urgence ne fut pas votée, ce qui permit à l'Aca-
démie des beaux-arts de venir dans l'assemblée exprimer
un vœu conforme à l'avis de (^uatremère. Elle lit mieux;
elle demanda de ne pas faire partie du jury, ne voulant pas
qu'on pût mettre en suspicion des jugements favorables à
ses membres "^.
Il ne craig-nait pas de heurter le sentiment de l'Assem-
blée, quand elle lui paraissait entraînée par la passion dans
une voie funeste. Le 17 novembre 1791, Torné, évêque de
la métropole du centre (Bourg-es), demandait la question
préalable contre un article de la constitution civile du
clergé qui prononçait la déchéance de tout traitement et
pension pour refus du serment civique ; comme on voulait
voter sans l'entendre, Quatremère insista pour qu'il fût
entendu, et il l'obtint \ x\utre exemple : le ["' février sui-
vant, dans l'affaire de Bertrand de MoUeville, ministre de
Louis XVI, le comité de l'Assemblée proposait de déclarer
au roi que son ministre de la marine avait perdu la con-
lîance de la nation, et le girondin Grangeneuve, appuyé
])ar Ducos, réclamait même un décret d'accusation contre
lui ; mais (Quatremère, au milieu des murmures, osa prendre
sa défense :
La Constilution, disait-il, n mis dans les mains du Corps Io^ms-
l;itif deux armes très redoiilnbles. Il finit en user avec beaucoup
1. Séance (lu 19 oclobrc, Monilenr <\u 10. p. IM.
2. Séance du .t novembre. Moniteur du (i. Ihid.. p. '299. cl II. .Iiin>. p. 12.
— Le 2 i avril 170'J, au nom du Cnmilé dlnslniction puldiiiue. il t'aisail un
rapport à la suite duquel rAsscmblée rendait un décret en laveur de l'an-
cien capitaine de vaisseau de Rossel. Le brave marin était peintre en même
temps. Il s'était chargé de peindre en dix-huit tableaux et de faire graver
les principaux événements de la guerre d'Amérique, et s'y était ruine dès
avant la fin de l'entreprise. Conformément aux conclusions du rapporteur,
1 Assemblée décida qu'il serait indemnisé et le chargea de continuer son
oeu\ rc.
3. Séance du 17 novembre 1791. Moniteur du is. Ihid.. p. 397.
-^
CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATREMÈBE DE QUINCY 547
de réserve et seulement contre les grands attentats... La posté-
rité concevra-t-elle que des actes où il s'agissait de l'honneur,
de la vie, de la fortune des citoyens, aient été assujettis, comme
des jeux de spectacle , aux applaudissements, aux sifflets des
spectateurs? [Les mêmes voix, avec plus de force : Au fait donc I)
Ce que Ton peut dire avec vérité du décret d'accusation peut se
dire, à plus forte raison, de celte espèce d'excommunication
politique dont le Corps législatif peut frapper les principaux
agents du pouvoir exécutif... .Au roi seul appartient constitu-
tionnellement la révocation des ministres.
Isnard intervint brusquement dans le débat :
Je demande qu'on entende quelqu'un pour le ministre, car
M. Quatremère a parlé contre l'.Assemblée, contre le comité,
contre les tribunes, sans rien dire en faveur du ministre.
Et le Moniteur ajoute : « La propositition de M. Isnard
est unanimement adoptée ». Ce qui n'empêcha pas le décret
d'accusation d'être rejeté à une très g-rande majorité, et la
proposition du comité, ajournée, à l'appel nominal, par 208
voix contre 173 '.
Quatremère eut un rôle plus important dans une autre
circonstance.
Au milieu des troubles causés par les difficultés des appro-
visionnements et la crainte de la famine, Simonneau, maire
dEtampes, avait été massacré dans une émeute sur la ])lace
du Marché. 11 y était venu à la tête de la municipalité pour
s'opposer k des hommes armés qui prétendaient taxer le
prix du lait. Ce crime produisit une g-rande émotion dans
1 Assemblée. On proposa l'érection d'un monument aux
mânes du magistrat immolé dans l'exercice de ses fonctions
(6 mars). Le député Laureau demandait un deuil de trois
jours dans tout le royaume fS mars). Plusieurs villes, L>yon,
Nemours, Senlis célébrèrent en son honneur des fêtes
1. Séance du mercredi au soir. I"fc\i'ier 1792, Moniteur du 3. Réiniiires-
sidii, t. XI. p. 2S1.
348 CKNTENAIRE DE L'ÉLECTION DE QUATREMÈHE DE QllNCY
funèbres (2 et 4 avril, 1'^'' mai). — Quatremère, au nom du
comité de l'Instruction publique, fit décréter une cérémo-
nie nationale expiatoire :
Lorscpie l;i liberté sera consolidée, disait-il, vous vous empres-
serez cl vous consacrerez une fête générale en commémoration
de tous les é\énements, dé toutes les actions célèbres qui auront
contribué à son affermissement... Mais vous n'avez pas voulu
aujourd'hui généraliser celle dont il sagit, parce que vous avez
craint fl'en atténuer l'efret. Le maire dKtampes est mort au nom
de la loi outragée. La loi seule doit partager son triomphe.
Et il proposait un décret en cinq articles :
Arlicle premier. — Une cérémonie nationale, consacrée au
respect dû à la loi . honorera la mémoire de Jacques-Henri
Simonneau , maire d l']tampes, mort le !î mars f70'2, victime de
son dévouement à la patrie.
Art. 4. — Le cortège sera composé des magistrats nommés par
le peuple , des diflérents fonctionnaires publics et de la garde
nationale.
Art. 5. — Lécharpe du maire d'f^tampes sera suspendue aux
voûtes du Panthéon français.
Le parti de l'émeute il y en a dans toutes les assemblées)
se sentit touché par ce décret. (Chabot en demanda l'ajour-
nement; .\lbitte fit des objections sur le cortège, où entrait
la garde nationale ; mais Quatremère soutint le projet et le
fit adopter '. On le lui fit payer plus tard.
Dès ce moment déjà il était suspect. Il le lut davanta^^e
lorsque revint l'alVaire de Bertrand de MoUeville (qui n'avait
été qu'ajournée) et de Montmorin. qui y fut jointe. — « A
bas! allez à votre place, » lui cria-t-on (juaud il inoida à la
tribune le 18 mai-'; et il ne fut pas mieux accueilli le 2 juin
1. Séance du \'2 mai. Moniteur fin H. liéimpression. t. II. p. ^*>>^.
2. Moniteur (h\ 10. Ihid.. p. 11!>.
CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE QUINCY o49
quand il prit la défense d'un autre personnag'e , Duport-
Dutertre, ex-ministre de la Justice'.
Mais ce n'étaient plus seulement les ministres du roi ;
c'était le roi lui-même qui était outragé, menacé jusque
dans son palais. On connaît la journée du 20 juin et la
démarche de La Fayette, qui en fut la suite. Cette démarche
provoqua des pétitions dont Thuriot se fît l'interprète dans
l'Assemblée, le 2 juillet :
Les pétitionnaires viennent d'ouvrir vos yeux sur un grand
complot, formé contre la France. (3n veut vous donner un gou-
vernement militaire ; on veut d'abord retirer les troupes de dessus
les terres ennemies, et nous réduire à la défensive; on veut
ensuite armer les départements contre Paris. Vous savez que la
lettre de M. Lafayetle était connue à Paris deux jours avant
qu'elle vous fût adressée.
Et il demandait « le licenciement de l'état-major et la
permanence des sections » ; et « qu'on déclare à la France
entière que la patrie est en danger )>,
1. Séance du 2 juin, Moniteur du 3 et du 5. Ihiâ., p. 5.Ô5 et 567. —
Delaunay, d'Angers, l'en reprit vivement dans la séance du 5 : « C'est sans
doute pour distraire votre attention des faits qui doivent seuls essentiel-
lement la fixer que M. Quatremère vous a présenté des dispositions poli-
tiques et morales sur l'exercice du droit d'accuser. J'aime à croire qu un
attachement de vingt-cinq ans pour lex-ministre lui a t'ait illusion, et qu il
a jugé des faits plutôt avec le sentiment d'un ami qu'avec l'impassibilité
d'un législatem-. Ce n'est point de cette manière qu'on parvient à subjuguer
une assemblée d'hommes sages; ce sont des faits qu'il lui faut, et je vais
vous en présenter. » {Moniteur du 7 juin. Ihid., p, 585). Merlin ayant ajouté
à d'autres imputations ce propos qu'il prêtait à Duport : " J'ai souvent dit
au roi, comme le cardinal de Retz : Sire, jamais je ne monte dans ma voi-
ture pour me rendre auprès de votre personne, sans la i^emplir de pistolets,
de crainte d'être assassiné par ces gueu,x-là », en parlant des députés de
l'Assemblée nationale, — Quatremère s'écria: « Je déclare que cette
dénonciation est une affreuse calomnie; mais je demande qu'on l'entende
jusqu'au bout, afin d'en faire justice. » Beugnot, provoqué par un trait iro-
nique de Ducos, prit à son tour la défense de Duport (p. 5S6 et suiv.).
Épargné alors, on le retrouvera plus tard au tribunal révolutionnaire, 7 et
8 frimaire an II, 27 et 28 novembre 119?, [Histoire du tribunal révolution-
ndire de Paris, t. II, p. 121).
530 CENTENAIRE DE L ÉLECTION DE OUATREMÈRE DE QLINCY
Quatremère ne laissa à personne le soin de répondre :
M. Thuriol vient de dé\elopper un grand projet de conjura-
tion contre lÉtat. Je ne veux point réfuter ses idées. L'Assem-
blée a dû se convaincre que chacun peut imaginer des systèmes
de conjuration, et tout le monde sait quil n'y a rien de si fautif
que l'histoire des conjurations passées. [On murmure.) Je pour-
rais appeler à l'appui l'histoire du comité autrichien. (On mur-
mure.) ie pourrais aussi dénoncer un de ces complots, mais qui
ne gît point en conjectures : il est tout en faits; il ne tend qu'à
opérer une nouvelle révolution.
Et il ajoutait :
Une nouvelle révolution serait une véritable contre-révolu-
tion '.
On en était bien proche, le 8 août. La Fayette, accusé
devant rAsseinblée pour sa démarche, était acquitté par
406 voix contre 224, Mais l'émeute g-rondait à la porte de
la salle; les députés constitutionnels furent insultés à leur
sortie, notamment Quatremère. Le ÎK il ('crivit au prési-
dent :
Monsieur le Président,
Ayanl juré de niaiiitciiir de (nul mon [jouvoir !a Constitution,
je croirais manquer ;i mon devoir si je ne dénonçais pas les
outrages faits à pliisicni> de mes collègues. .lai été moi-même
assez, longleinps I ol)|('l de fos \iolcnces"-.
\a' iciidciiiain. celait le H) aoùl ! Nulle sûreté désor-
mais pnur (jual réméré dans 1 Assemblée ; ee n'était plus un
suspect, c était lui complice.
Que devint-il ajjrès qu'il eut tjuitlé 1 Assemblée, après
que la Convention, en établissant le tribunal révolution-
naire (10 mars ITO-'li, en Notant la loi des .suspects ' 17 sep-
1. Séance du 2 juillet au sriii-. Mniiilciir dn 1 T. XIII. |). 31.
2. Séance du 'J août, Monileur «lu 1 1. IbiJ.. p. 370.
i
CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATREAlÈRE DE QlINCY Ooi
tembre), eut inauguré et consolidé le règne de la Terreur?
lia seule pièce qui constate son arrestation comme suspect
est un arrêté du Comité de sûreté générale, signé par tous
les membres du Comité, et en tête par David : arrêté en
vertu du([uel il fut écroué aux Madelonnettes , 12 ventôse
an II (2 mars 179t). Alfred Maury dit bien qu'il « languit
treize mois dans les cachots », ce qui, à partir du jour de la
libération générale, 9 thermidor (27 juillet i79i), repor-
terait son emprisonnement à la tin de juin 179S. Mais il ne
s'appuie d'aucune autorité et il y a des preuves contraires.
M. Adolphe Leclère a dit à M. Jouin que cette prétendue
date est celle du mariage de son père et de sa mère, au([uel
Quatremère de Quincy assista comme témoin. Il y a mieux :
des pièces authentiques établissent qu'il ne fut pas sérieu-
sement in(|uiété pendant la première année de la Conven-
tion ; qu'il continuait même de remplir des fonctions
publiques. Ce sont les deux rapports qu'il lit au Directoire
du département de Paris comme commissaire du dépar-
tement pour l'administration et la direction du Panthéon
français, l'un le 13 novembre 1792, l'an premier de la
République française , l'autre le deuxième jour du second
mois de l'an deuxième 23 octobre 1793) '.
Ce titre d'administrateur du Panthéon lui servit au moins
1. Quatremère de Quincy a publié deux rapports à propos de celte
mission :
1" Rapport fait au Directoire du département de Paris, le 13 novembre
1792, l'an premier de la République Française, sur l'état actuel du Panthéon
français, sur les changements qui s'y sont opérés; sur les travaux qui
restent à entreprendre, ainsi que sur l'ordre administratif établi pour leur
direction et la comptabilité, par Ant. Quatremère, commissaire du dépar-
tement pour l'administration et la direction du Panthéon français:
2° Rapport fait au Directoire du département de Paris sur les travaux
entrepris, continués ou achevés au Panthéon français depuis le dernier
compte rendu, le 17 novembre 1792, et sur l'état actuel du monument, le
deuxième jour du second mois de l'an deuxième de la République Fran-
çaise, une et indivisible (23 octobre 1793). par Antoine Quatremère. com-
missaire, etc. Fonds Huzard. t. XXXI. n°' 7 et S.)
552 CENTENAIRE DE L ÉLECTION DE (JUATREMÈRE DE QUINCY
à quelque chose quand, sur le vu d'une dénonciation dont
on rapportait l'origine à Marat ((Charlotte Gorday l'avait
immolé depuis près de deux mois), il fut, le 9 septembre
1793, frappé duu mandat d'arrêt ([ui l'envoyait à Sainte-
Péla<^ie. Mais, dit M. Guigniaut , (jui a eu entre les
mains la copie conforme du mandat , « Quatremère de
Quincy, excipant d'un décret de la Gonvention , rendu le
même jour et relatif aux fonctionnaires publics déclarés
suspects, demanda sa mise en surveillance sous la ^arde de
deux citoi/ens , et à ses frais , en sa qualité d'administra-
teur du Panthéon, et la levée des scellés mis sur ses papiers
et effets, ce qui lui fut accordé' ». Malheureusement,
quelques jours plus tard, paraissait la loi des suspects
(17 septembre) et, le mois suivant, un arrêté de la Com-
mune (10 octobre) en élargissait considérablement le cadre.
Gomment y échapper? — Au mois de janvier 1794, un
incident tragique rendit la situation de Quatremère plus
dangereuse encore
Le 21 janvier (2 pluviôse an II), premier anniversaire de
la mort de Louis XVI, une députa tion des Jacobins, se ren-
dant à la barre de la Gonvention. demanda qu'on en fit une
fête nationale, ce qui fut décrété; et Billaut-Varenne ayant
proposé de l'inaugurer en allant « célébrer sur la place de
la Révolution l'anniversaire du jour de la liberté, ([ui n'a
daté que du jour de la mort du tyran ». on applaudit, et la
Gonvention se mit en marche. G"(''l;iil lluuic des exécutions;
elle s'v rencontra avec le bourreau. Ge iour-Ui, montait sur
l'échafaud Marc-Etienne Quatrenière. l'honnête et riche
marchand de la rue Saint-Denis, père de notre confrère
l'orientaliste Etienne (Quatremère, et cousin germain d'An-
toine Quatremère de Quincy. Ghoisi pour arbitre entre
l'administration et des fournisseurs de drap, il avait donné
des conclusions qui leur étaient favorables, mentionnant,
1. .\ijlici\ p. -^-V r[ ll.ih- ■22. \i. IV.\.
CE^'TE^•AIRE DE l'ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE QUlNCY 553
dailleurs, ce qui lui paraissait à charge ou à décharge pour
mettre les juges à portée de prononcer. S'était-il trompé?
Au moins avait-il été de bonne foi ; mais sa condamnation à
mort entraînait la confiscation de ses biens ; la République
était indemnisée de la perte qu'elle avait pu faire '.
A partir de ce moment, Quatremère de Quincy devenait
plus que suspect, et c'est peut-être alors qu'il se retira à
Cernay, près de Montmorency. (( J'étais tranquille, disait-il
un jour à M Adolphe Leclère, une seule personne connais-
sait le lieu de mon refuge, et j'étais sûr (pielle ne me trahi-
rait pas; c'était Danton. » On l'y trouva pourtant, et l'arrêté
du Comité de sûreté générale le fit écrouer aux Madelon-
nettes le 12 ventôse. Mais ventôse touche à germinal ;
Danton était suspect lui-même, et bien près de la guillotine.
Il l'eût plus compromis que protégé alors. Croyons que si
David n'empêcha pas l'emprisonnement de Quatremère, si
son nom se trouve même en tête des signataires de l'arrêté
qui l'ordonna, il sut au moins, dans ces derniers mois si
sanglants de la Terreur qui suivirent la mort de Danton ,
faire mettre son dossier en bonne place. C'était le seul
moyen d'échapper aux exécutions en masse qui se firent sous
le prétexte de « la Conspiration des prisons- ».
Ces mois de prison, si funestes à beaucoup d'autres,
Quatremère sut les mettre à profit pour l'art dont il avait la
passion dès son enfance. De la terre du préau, qu'il jugea ou
sut rendre propre au modelage, il composa, nous dit
M. Jouin. plusieurs figurines: un Joueur de flûte, un
Joueur de palet ; il entreprit même, pour un compagnon de
captivité nouvellement marié et qui, enlevé à sa jeune femme,
n'attendait plus que la mort, tout un groupe : V Amour
et l Hymen. Il y travaillait encore, lorsque le 9 thermidor
1. Histoire du tribunal révolutionnaire, t. II. pp. 372-374.
2. La note du Moniteur universel sur la condaninalion du tribunal révo-
lutionnaire du 2 pluviôse (n" du j. T. XIX. p. 2is 1) porte Marc-Antoine, au
lieu de Marc-Etienne, que donne lacté d'accusation et qui est le vrai nom.
o54 CENTENAIRE DE l'ELECTION DE OLATREMKRE DE QUINCY
ouvrit à tous les accusés ou suspects les portes des prisons.
Y laissera-t-il sou groupe à peine ébauché? 11 obtient d'y
rester quebjues jours encore, et il Tachève'. C'était un bien
vif amour de l'art et une bien grande confiance dans la
Révolution du 9 thermidor I
Le 9 thermidor, ({ui lui rendit la liberté, ne le réconcilia
pourtant pas avec la Révolution telle que les républicains
l'avaient faite. Il le prouva dans les réunions de son (juar-
tier, rue Saint-Doniinique-Saint-Germain , section de la
Fontaine de Grenelle, section qui passait, à bon droit, pour
être un peu aristocratique; et elle le montra en vendémiaire
quand, la Convention étant près de Unir, les Conventionnels
se montraient si jaloux de lui survivre. On sait que dans la
Constitution de l'an III, qui établissait un Directoire exé-
cutif, un Conseil des Anciens et un Conseil des Cinq-Cents,
ils s'étaient réservé, pour la première année, deux tiers des
places dans les deux Conseils -, ce qui leur assurait infailli-
blement la totalité des cinq places dans le Directoire exé-
cutif. Le 2 vendémiaire (24 septembre 1795), Quatremère
de Quincy, qui avait été élu président de la Section, pro-
nonça , dans son assemblée primaire permanente , un
discouis (jui fut imprimé par ordre de cette assemblée, et
sans doute répandu dans plusieurs autres-^; et c'est ainsi
qu'il se trouva un des promoteurs de l'insurrection, mitrail-
lée sur les marches de Saint-Rocli par le général Bonaparte.
Son discours imprimé était déjà une charge contre lui.
H fut traduit devant le conseil militaire réuni au Théâtre-
Français le 10 vendémiaire (8 octobre), et condamné à mort
par contumace le 23 (lo octobre)'*, ce qui explique assez
pourcpioi il ne fut pas un des premiers nuMubi'es de l'iiistitut
1. .Ini i\, pp. 27-29, et Delaborde, Hist. de l'Acad. îles heani-arts. p. 184.
2. Décrets du 5 fructidor an III 1795) et du 13 du même mois.
3. Joii.N, j). 20.
4. Monilenr, l. X.WI. j). 2J9.
CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE OL'ATREMÈRE DE QUINCY r)o5
créé par décret du 3 ]jrumaire an IV (25 octol:>re ^ . Mais
il n'avait eu g-arde de se présenter devant ses juges, et
notre confrère Maurv nous dit comment il se déroba aux
recherches :
Sa iirande taille, sa l'orte voix, sa physionomie si caractéris-
ticpie lui rendaient les déj;uisemenls difficiles. Plus d'une fois il
faillit tomber aux mains de la police; et après avoir épuisé tous
les refug-es, il eut la témérité de venir chercher un asile rue
Saint-Dominique-Sainl-Germain, dans sa propre demeure, que
l'apposition des scellés rendait inviolable, et où il avait pénétré
par une porte secrète. De là, il put entendre crier dans les rues
son arrêt de mort.
Cette aventure de vendémiaire, suivie d'une sentence de
mort, annulée, il est vrai, dix mois après-, n'était pas faite
pour détourner Quatremère de la politique. II y était, tout au
contraire, plus entraîné encore par l'ardeur de la lutte, la
lutte contre les Jacobins ; et en cela, il était toujours l'homme
de son quartier. Aussi, au second renouvellement du tiers,
fut-il élu, par la réaction, au Conseil des Cinq-Cents -. II
1. L'Institut t'iii-nu- le tili-c IV du décret sur finstruction publique,
séance du 3 brumaire, Moniteur du M (2 novembre 1795): réimpression
t. XXVI, p. 324.
2. 22 thermidor an lY (9 août 1796;. L'arrêt portait qu'il n'y avait pas eu
de conspiration en vendémiaire. [Moniteur du s fructidor (25 août 1796) ;
t. XXVIII, p. 399. — Quatremère s'était constitué prisonnier, et fut écroué
à la Force le 8 thermidor; procès-verbal de l'interrogatoire préalable,
même date; acte d'accusation, le 12: acquittement sur la déclaration du
jury spécial, le 22. M. Guij^niaut a eu les pièces entir les mains. Aolice,
p. 64, note 26.)
3. 22 germinal an Villavi-il {191]. Moniteur du 23: t.XX\'Ill. p. 656; par
317 voix sur 567. A la lettre du président, (pii le lui notifiait, il répondit:
« J'accepte la fonction que le vœu de mes concitoyens vient tic me con-
« fier. Appelé pour la seconde fois à défendre leurs droits dans l'Assemblée
« des représentants de la nation, je ne puis me permettre de croire que j'ai
« dû leurs suffrages à mon mérite personnel.
« Si je cherche à m'expliqucr cette seconde faveur, j'ose me persuader
« que pendant la durée de l'Assemblée législative, cette Assemblée dont
« les termes furent si courts, et dont les résultats occuperont si longtemps
1903. 38
556 CENTENAIRE DE l'ÉLECTIO.N DE OLAIREMÈRE DE QLINCY
s'y montra non moins actif et bien inspiré quil ne Tavait
été à TAssemblée lég'islative : qu'il s'acrît des aspirants
aux fonctions du gouvernement représentatif, ou do toute
autre question administrative '•.
On pense bien quil portait un intérêt tout particulier aux
Beaux-Arts. C'est au nom dune commission spéciale qu'il
fit un rapport sur Texemption du droit de patente en faveur
des peintres, sculpteurs, graveurs et architectes.
C'est l'opinion modérée, c'est la réaction de vendémiaire
qui l'avait porté au Conseil des Cinq-Cents. On le peut voir
à la vigueur avec laquelle il y ajjpuya un projet de \'au-
blanc, condamné à mort comme lui en vendémiaire, et
relevé de la condamnation comme lui. projet (pii iirniait le
Conseil contre les excès des clubs. Les Jacobins repous-
saient ce projet, comme inconstitutionnel et comme excé-
dant les pouvoirs des Cinq-Cents :
A qui donc apparlieiit le di-oit de prononcer la dissolution,
non des s(jciété paiiicnlières, nuiis d'associations qui s'arrogent
un caractère de pnl)licili' anssi menaçante?
Si, pendant ipie nons faisons des lois, û existe un autre pou-
voir ca[)al)le de c-lierciier à \-otre autorité des coiilre-poids dans
« riiisloirc, j'ai di'i èlvc. rcmai-fiu,'- pai-iiii les cUM'ensiMirs foiistants des prin-
« ciix-s de l'ordiv l'I delà vraie lihcrlé. .l'aiiiu' à pciisoi- oncorc ([u'on m'a
<■ Imijours \u depuis dans les ranj;s honoraliles de i-eux (jiii sa\-eid hi'aver
<i les dangers [)iiui- le salul de la pairie, etc. ■■.
C'est tout un |)riif;i-ainme (pii ne laissait ancnn iloiilc sur ses dispositions.
(Voyez (îticrNiAir, .\olicc. p. i)l-()5. note 27).
1. I.:i r('ril;ihle lislrdi-s nmiliihih. précédée d'ohservulions sur l;t nutiire
de rimtiiinion des vundiihiis. el son npidicalion nu (jouvcrnemenl repré-
senlnlif, an V l\l\>' . Heeiieil de Mémoires fonds Ihi/.aril à rinstiluO.
t. X.\X1, n'io.
2. De ht responsiihilité des minisires el de celle des ;t;ii'nls du Direrinire
dans les colonies; ou bien encore, au iu>ni de la Commission de 1 instruc-
tion pnl)li(pie. sur le jirojel présenté pur l;i Commission de l'aliénation des
prcshiil ''rcs. el encore .s(ir le mode el I nr jnnisalion des biens affecté.-, aux
lionrses des ci-devanl collèges de l'aris. \S messidor an V (!•' .juillet l'97\
Ihid., n" 12: — M) messidor IS Juillet I 797 i : //)/(/., n" 13: — Il thermidor
(29 juillet 17971: ihid., n" I i: —9 IVuelidor -26 août 1797 ; ihnl.. W 1').
CENTENAIRE DE L ÉLECTION Di: Ol'ATREMÈHE DE QUINCY iihl
des assemblées politiques déjà plus nombreuses que le Sénat
français; si, pendant que vous prenez des résolutions, il existe,
par la volonté du g^ouvernement , un corps autre que le Conseil
des Anciens, qui exerce sur vos actes la censure et le contrôle
d'un sutîVag-e public; et si, après huit ans de révolution, vous
consentez à descendre à cet excès de bassesse qui dé|à vous ferait
courber la tète sous le joug de quelques factieux ameutés
contre vous; si vous ne prévoyez pas les terribles conséquences
de cette faiblesse et les suites de cette humiliation: si vous ne
voyez pas que le salut de la République est dans la dij^niité du
corps des représentants du peuple; si vous cherchez votre salut
ailleurs que dans le sentiment de votre di>,^nité; oui, je le déclare,
je vous le prédis, c'en est fait de la République et de vous; vous
périrez avec ignominie. Je partagerai vos dangers, mais je n'au-
rai point partagé votre honte '.
Cette fière attitude, ce lang-age véhément ne pouvaient
manquer de tourner contre lui la majorité du Directoire, qui
était jacobine; et comme il n'était pas une quantité nég-li-
g-eable, membre très actif du club de Clichv, il se trouvait
marqué pour le premier coup d'Etat. Il fut, en eifet, au
nombre des proscrits du 18 fructidor, avec les deux direc-
teurs de la minorité, Garnot et Barthélémy; onze du Con-
seil des Anciens (Barbé-Marbois, Portalis, Tronçon-Ducou-
dray, etc.); une quarantaine de ses collèg-ues des Cinq-
Cents (Boissy-d'Ang-las, Camille Jordan, Pastoret, Piche-
gru, Siméon, Villaret-Joyeuse, etc.), sans compter les rédac-
teurs ou propriétaires d'une trentaine de journaux de l'op-
position '. Mais Tépuration ici avait une tout autre portée
que les condamnations à mort de vendémiaire. C'était
Cajenne. Cette fois encore, il échappa au redoutable châti-
ment d'une façon non moins orig-inale que dans son procès
1. Opinion de Quntremère sur le second projet relatif nux réunions poli-
tiques. Ihid., 11° 11.
2. Moniteur du 20 fructidor an ^' ((3 septembre 1797) et du 21 fructidor
10 septembre). T. XX\'II[. pp. 797 et 81 u.
008 CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QL'ATREiMÈKE DE MLINCY
criminel. En vendémiaire an IV, il s'était dérobé à ceux qui
le recliercliaient en pénétrant par une entrée secrète d'une
maison amie dans sa propre maison, où il trouvait un asile
sous la protection des scellés. En fructidor, c'est dans la
prison des Madelonnettes qu'il se réfugia. Dans sa précé-
dente captivité, il avait gag'né les bonnes grâces du con-
cierge ; il en usa pour obtenir de lui d'y tlemeurer quelques
jours; après quoi, il gagna la maist)n d un ami; mais on
pouvait 1 y chercher. Talleyrand, avec qui il s était lié au
Directoire du département de Pans, devenu ministre des
relations extérieures, lui ménagea une retraite moins facile-
ment abordable. (Juatremère, grâce à cette connivence,
gagna la frontière avec un passeport au nom de (^uartini,
et il put ainsi parvenir dans le llolstein, où il passa deux
ans en la compagnie d'un autre proscrit, Portails '.
Il n'eut garde d'obéir à la loi du lit brumaire an VII
(9 novembre 1798j, qui sommait les fugitifs de se présenter
à Rochefort pour se faire indiquer une prison, sous peine de
la confiscation de leurs biens ; ni à l'arrêté du 28 nivùse sui-
vant (17 janvier 17!)9), (jui leur enjoignait de se rendre provi-
soirement dans lile dOléron; et il ne se laissa pas séduire
davantage par la proclamation de Eouclié,bien (ju il fût per-
sonnellement nommé dans l'arrêté du 7 thermidor de cette
même année (25 juillet I71)!lj, auquel Eouché se référait.
Un coup d l']L;il 1 avait frappé, ua autre coup il l'état lui
rouvrit les portes de la France : le 18 brumaire.
Revejui en France, il avait ;i rentrer en possession de ses
biens. A cet elVet, et pour satisfaire une formalité réglée
par K's arrêtés des consuls -, il dut se l'aire délivrer un
1. (iiK.MAiT, \nlice, p. 2.'). et p. ti.') cl 06. iKitcs 2S ci 20. M. (îuij^iiiaiil
s'appuie (le M. IJari-ic'i'c |iniir phucr ici rancodolL- des Madoloiiiietles,
M. Jmiiii la n-pinie d'apcès M. Eeclcrc aiilni-iu- ciwisidérablcjà la siiilc du
l't'fiij^e siiiis li's sc'i'llos de sa iiiaisoii, en \'eiulémiaii'e.
2. Luis e( arn'-lés des ennsiils relatifs aux di'-pdi'ti's admis à ronlrer en
France, à cliari^'e tle denieurei' sous la sur\ei!laiu'e du ministre de la pf)licc
I
I
CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE QL'INCY 539
extrait de son acte de naissance le 24 ventôse an Mil
(12 février 1800). Comparée à l'extrait C[u'il se fit délivrer
plus tard fl8 janvier 1811), extrait que M. Jouin a repro-
duit au début de sa notice, cette pièce nous donne une
étranii^e idée de la manière dont on extrayait, sous Tère répu-
blicaine, les actes de naissance de l'ancien état civil, qui
étaient des actes de baptême :
L'an mil sept cent cinquante-cinq, le vingt-huit octobre, fut
nommé Antoine Chrisostome, né d'aujourcriiui ; fils de François,
Bernard Quatremère et de Marie Anne Rourjot. sa femme.
Témoins : Antoine Leboucher et Marie Anne Berrieux, femme
Caignard.
Nommé, au lieu de baptisé; le parrain et la marraine
devenus de simples témoins! C'est l'acte de baptême
laïcisé.
Echappé à l'exil, la politique ne le tentait plus. Il appré-
ciait le bienfait de l'ordre que le Premier Consul avait
rétabli à l'intérieur et de la paix au dehors qu'il faisait
alors espérer à la France. Mais, Premier Consul ou Empe-
reur, Napoléon n'était pas son homme; Empereur moins
encore que Premier Consul. Epris de l'art jusqu'à tout sacri-
fier au culte qu'il réclame de ses admirateurs, il n'avait
point pardonné au vainqueur de l'Italie de lui enlever, même
pour le Louvre, les chefs-d'œuvre qu'elle avait produits et
qui étaient son ornement et sa gloire. On en pouvait trou-
ver la preuve dans les six lettres qu'il écrivit au général
Miranda et qui furent publiées en l'an IV (1796) sous ce
titre : Lettres sur les préjudices qu occasionneraient aux
arts et à la science le déplacement des monuments de lart
de r Italie, le démembrement de ses Ecoles, et la spoliation
grénérale. 3 et 5 nivùse an VIII 21 et 20 décembre I799i. — « Plusieurs
pièces des 21 (cvrier. â avril cL 13 octnbre ISOO tcnioignenl des diffîcultés
que rencontra Quatremère pour obtenir la délivi"ancc de ses biens. >• JofiN,
p. 34. note.
o60 CENTENAIHE DE l'ÉLECTIOX UE OUATREMÈRE DE QUINCY
de SCS collections, galeries, musées, etc., par A. (). '. Il faut
relire ces lettres : on aurait voulu lui en faire un crime
après 1815. On ne saurait trop lui faire honneur du senti-
ment élevé qui les lui inspira. Laissant donc la politique,
il était revenu aux beaux-arts, a l'étude des arts dans l'an-
tiquité.
Ces études le ramenaient vers T Académie qui, en 1785,
avait couronné son mémoire sur l'nrchilecfure égyptienne
comparée à V architecture grecque. Depuis, l'Institut avait
été créé par la Convention et réorjj^anisé par l'arrêté consu-
laire du 3 pluviôse an XI. Les anciennes académies s'y
retrouvaient, sous le nom de classes, dans les rapports fra-
ternels que la Convention avait établis entre les sciences,
les lettres et les beaux-arts. L'Académie des inscriptions et
belles-lettres y fig-urait dans la classe d'histoire et de lit-
térature ancienne. Une place étant devenue vacante par la
mort du jurisconsulte Bouchaud, Quatremère de Quincy y
fut élu le 16 février 1804, la même année que furent nom-
més après lui Visconti et Millin-. Guidé par un vif senti-
ment de l'art, et fort de la connaissance qu'il avait de ses
procédés, il appliquait volontiers ce qu'il savait de son his-
toire à l'interprétation des monuments de l'antiquité parve-
nus jusqu'à nous, essayant des restitutions d'après les textes
des auteurs ou le rapprochement d'imitations probables.
« Ce fut, dit notre vénéré confrère M. Guig-niaut, dans cet
esprit et pour éclaircir certaines questions, certains points
importants ou curieux de l'histoire de l'art, qu'il lut. entre
ISO'i et 1(S12, à la classe de l'Institut cpii l'avait adopté la
première, toute une série de mémoires''. La plupart furent
1. I.e^s Hii/.aid : môme recueil, l. XXXI. n' 9.
2. Visconli le 20 juillet, Millin le 23 novembre.
3. Guir.MAUT, Notice, p. 30 et p. (îs, note 36. En voiei une indication
plus précise : Sur lu reslitiillnn du temple de Jupiter 0/i/f»i/)(>7i d'Arfri-
genle. d'après la description de Diodore de Sicile et les (Va^nieTits (jui en
subsistent encore, lu le 20 jrerminal an XII '27 avril lSOi\ Mémoires de
l'Insliliil. y classe. I. II. ]>. 270. — Sur li manière dont étaienl éclairés
I
CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QI'ATREMÈRE DE QUINCY 561
les préludes de ce bel ouvrag-e, qu'on peut appeler son chef-
d'œuvre, et que le titre même qu'il porte, le Jupiter Olym-
les temples des Grecs et des Romains, lu le s novembre 1S0;i. Ibid.. t. IV,
p. 166. — Sur la description du bouclier d'Achille. In le 15 septembre
1809. Ibid.. t. ^', p. 102. — Sur li course : rmée et les oplitodromes. conte-
nant une nouvelle hy]iothèse propre i\ explirpier la statue vuliiairement
appelée le Gladiateur combattant, lu le 7 (h'cembre ISOl. Ibid., p. 165. —
Sur le chir funéraire qui transporta, de Babi/lone en Écfifpte. le corps
d'Alexindre, lu le 5 février 1808. Ibid.. p. .'(15. — Sur le bûcher d'Héphes-
tion, décrit par Biodore de Sicile, lu le 7 décembre 1SI0, ibid.. p. 395.
M. Jouin aussi a énuméré dans une note de sa notice les mémoires qui
ont préparé le prand ouvi-apre de Quatrcmèi-e durant les dix années qui en
ont précédé la publication. Le mémoire Sur l'or et ses différents emplois
chez les Anciens est. je crois, inédit, mais il existe en manuscrit sons deux
formes, dans les papiers qui sont restes à M. Adolphe Leclère, après le pil-
lagre de sa maison de Clamart par les soldats allemands :
1» De l'or et des divers emplois que les Anciens ont fait de ce métal dins
les ouvraqes de l'art et dans les sf:ilues. avec celle note en martre : « La
première Icctiu-e a été faite clans la classe d'histoire et de litléi-ature
ancienne les \'endredi'; 9 marset 16 mai \lire mars] tSIO.La seconde lecture
a eu lieu les vendredis 18, 25 mai 1810 (48 pafi'cs nvmiérotées de 1 à 48). »
2° Mémoire sur l'or, etc., avec la note marginale : « Lu à la séance
publique de la troisième classe de l'Institut, le jeudi 5 juillet 1810 (13 à 14
pap:es non numérotées). »
Avec ces doux manuscrits, échappés aux déiJi'édations et aux outrap:es
des Allemands, d'autres dont plusieurs ont été imprimés : Réflexions cri-
tiques sur les mausolées en {iénéral, en particulier sur celui de l'archidu-
chesse Christine exécuté par M. Canova et placé depuis peu dans l'église
de Saint- Aug:ustin de Vienne, en Autriche : — De M. de Paw et de son
opinion sur la beauté des femmes de la Grèce (supplément aux Mémoires
de l'Fnstitnt. t. Il, n" 2^: — Sur le Demos de Parrhasius (Ibid., r\° 5). —
D'autres manuscrits encore ; sm- un ]>assafi:e de Pline {Grœcorum est nihil
velare. 1. XXXIVV Ajoutez quelques notes détachées : Sur la statue de
bronze de Berlin, explication de la petite fîp:ure antique connue sous le nom
d'Atalante; — Essai histoi-ique sur l'art du paysage à Rome; — Notice
historique sur M. Charles-Fi-ançois Dupuis: — Notice historique sur
M. Louis-Pierre Anquetil: — et des lettres d'un caractère officiel adressées
à Quatremère de Quincy.
La notice sur Anquetil offre une sing:ularité qui réclame imc explication.
Elle se com]>ose de quelques feuilles, — de la même main ((ue les autres
manuscrits ; — il y en a de très grandes parties, textuellement reproduites
dans la Notice historique sur la vie et les ouvraqes de M. Anrfuelil. par
M. Dacier, secrétaire perpétuel, lue dans la séance publique du jeudi
5 juillet ISIO. réimprimée dans le Moniteur universel du samedi 5 sep-
r)02 CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE OLATRE.MÈRE DE QLINC.Y
pien, ne saurait faire apprécier ni dans toute la grandeur ni
dans toute la nouveauté de son objet. »
Le titre complet mérite d'être cité :
Le Jupl/rr Olympien ou l'arl de lu sculpture antique
considéré sous un nouveau point de vue. Ouvrage ijui com-
prend un essai sur la sculpture polychrome, t analyse expli-
cative de la toreuti([ue, et Vhistoire de la statuaire en or et
en ivoire chez les Grecs et les Romains, avec la restitution
des principaux monuments de cet art, et la démonstration
pratique ou le renouvellement de ses procédés mécaniques.
Poris, 1814, in-folio, avec 32 planches'.
Ce litre est tout un proi^ranime, on pourrait dire une
table, non des chapitres, mais des ^-randes divisions du
livre.
C'est au fond l'histoire de la sculpture chez les Grecs
jusqu'à l'époque de Constantin. Pour apprécier l'étendue et
les dimensions de cet ouvrag-e, véritable monument élevé
par l'archéologie au génie de la Grèce, on ne saurait mieux
faire que de lire les deux articles que Letronne lui a consa-
crés dans le Journal des Savants (novembre 1817 et dé-
cembre 1818).
tciuhrc IMO : ininuTù qui se trouve annexé au\ feuilles do la mitico inrom-
plète de Quatremèrc. l)"<.ù vient cela? — M. (hii^niaiit a rap])elé dans sa
notice les relations d'amitié tle Daeier avec la famille de (Juatremère. C'est
à lui que le père s'était adressé pour retenir à l'élude du droit le lils (lui ne
sonfîeait qu'aux arts du dessin. Quatremère de Quincy, de\ .nu membre de
rAcadcmie des inscriptions, aura volontiers prêté son concours en cette
circonstance au secrétaire iierpétucl qui avait été si heureux de l'accueillir
à l'Académie des inscriptions ; et c'est ainsi que, sans aucune intention
maligne, il aura joint à son brouillon la forme ofTicielle que Dacier lui avait
donnée.
M..louin,(iui a reçu ces papiers de M. Adolplie I.eclèi-e. ma fail llioniieur
lie me les offrir, et je les ai acceptés avec reconnaissance ih.ui- les remettre
on son nom à la Hibliothèquc de l'Institut.
1. Le frontispice monumental : le Jiipilt'r (thfiupicn va dunx snn Irûne el
dans rinlcrioiir de sim lemple. el ;U planches. L'édition de 1.sl5, (pii est la
même avec un nouveau litre, comprend une dédicace au r<<\ après la 'seconde
Heslam-ation.
CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE QUINCY o63
Les Grecs commencèrent, selon l'usage des peuples sau-
vages, par se faire des idoles en bois, figures coloriées et
même drapées comme des mannequins; l'influence de ces
pratiques originaires, consacrées par la religion, se retrouve
dans la raideur du style éginétique. Quant à la coloration,
elle prévalut jusqu'au temps des statues de bronze et de
marbre, même au delà. On a cité partout le passage de
Pline ([ui distingue trois modes de sculpture : la plastique
ou modelage en terre cuite ou non cuite; la statuaire, nom
appliqué au bronze, et la sculpture proprement dite, à la
pierre ou au marbre ; mais les anciens parlent aussi d'un
mode de sculpture appelé toreutique, et les archéologues
l'ont généralement entendu de la sculpture en métal. Qua-
tremère de Ouincy a montré qu'il faut étendre beaucoup
cette interprétation. C'est en quelque sorte un genre de
sculpture composite.
Il consiste, — dit Letronne, résumant ses observations, — à faire
les statues de toute sorte de métal, d'or, d'argent, de bronze et
de beaucoup d'autres réunions de matières, par des morceaux
rapportés, par compartiments, soit fondus séparément, soit bat-
tus, soit travaillés ou ciselés, soudés et formant un tout solide.
Or ce genre de sculpture est un des plus anciens ; il a produit des
ouvrages sans nombre, la Grèce lui doit ses plus grands, ses plus
admirables monuments, elle les doit aux plus célèbres artistes.
Cette branche doit avoir un nom, on n'en trouve pas d'autre
que celui de toreutique, pour exprimer un art cjui ne fut ni la
plastique, ni la statuaire, ni la sculpture...
C'est, continue Letronne, un fait important qui tient unique-
ment, dans l'origine, à la représentation des simulacres divins.
Ce fut donc, ajoute-t-il, à l'école de la toreutique que se for-
mèrent tous les artistes célèbres, tels que Gitiadas, Rhœcus...,
tous toreuticiens, qui composent la seconde période des arts en
Grèce et qui précédèrent Phidias. Ce grand homme recueillit
l'héritage des siècles qui l'avaient précédé; ce fut par lui et
après lui qu'elle acquit toute son étendue... Enfin, elle embrassa
également celte partie si importante que la critique moderne,
o64 CENTENAIRE DE l'ÉLEGTION DE QUATREMÈRE DK QUINCY
même Winckelmann et Ileyne, n'avaient pu plater nulle part '.
(P. 664).
Et il niunlre comment les artistes grecs furent amenés à
reprendre et k enrichir ainsi la sculpture sur bois.
La statuaire chryséléphantinc , ou sculpture en or et en
ivoire, occupe, comme nous l'avons indicjué. les quatre der-
nières parties du grand ouvrage. Letronne en parle dans
son second article (février 181iSi. On peut voir parce que
nous avons dit du précédent, relatif aux deux jiremières
parties, quel excellent guide on est assuré d'avoir en lui
j)our l'étude des quatre suivantes. On y trouvera le premier
âge de la statuaire chryséléphantine avant Périclès (III),
les œuvres de Phidias dans ce genre de sculpture, l'œuvre
capitale, le Jupiter Olympien, et la Minerve du Parthénon
qui l'avait précédé i IV) : — on sait en effet qu'exilé d'Athènes
pour avoir représenté sa propre tête et celle de Périclès sur
le bouclier de Minerve, il se retira en Klide et fît son Jupiter
pour le temi)le d'Olympie. — Suivent les monuments de
même nature postérieurs à Phidias : depuis le siècle de
Périclès jusqu'au règne d'Alexandre, et depuis cette
époc[ue ius(|u'au siècle de Constantin (Ai; enfin la démons-
ti'ation des procédés suivis (VI).
Lors([ue Quatremère i\v (Juincy composait son Jupiter
()lf/rn])icn, il n'avait rien mi encore de Phidias. Il était bien
allé à Komc, on Sicile, dans la Grande-Grèce; il n'était pas
allé en Grèce. Sous la lîestauration . il put se rendre en
Angleterre: il ^ it au Musée Britannique les marbres enlevés
du ParlluiKin pai' lord P^lgin. vl il s'écriait en revenant en
France : « Toutes nos études sont à recomnu'ucer ! » Dans
les lettres (|u il a\ait (''critcs de Londres à son ami Canova
(juin 1SlSi.il lui en pai'Iait axcc enthousiasme. — Eh (juoiî
celui (|ui. en ITIKi. a\ail proleslé i[\vv tant de force contre
lenlèveinenl des (cuvrt's d art dllalie. ap])laudissait h la
I. I,;i sinl nuirp en iniire.
CENTENAIRE DE LÉLECTION DE QUATREMÈRE DE OEINCY 565
mutilation et à la spoliation du Parthénon, et c'est Canova
son ami, son partenaire dans cette correspondance, qui
avait été chargé par les alliés de reprendre à nos musées
ce que la conquête leur avait procuré ! C'est Canova qui, à
l'appui de cette revendication, avait réimprimé à Rome, en
1815, ces lettres, écrites par Quatremère, en 1796, au
général Miranda, pour dénoncer, comme un attentat contre
l'art, « un crime de lèse-instruction publique ^ » , cette spo-
liation de l'Italie 1 Quatremère, ennemi déclaré de Bonaparte,
n'était-il pas l'inspirateur de cette restitution forcée?
11 est bien clair que nos vainqueurs n'avaient pas eu à
consulter Quatremère et c[ue, maîtres de Paris à leur tour,
ils n'avaient pris conseil que de leurs intérêts. Ce n'est que
trois ans plus tard, en 1818, quand furent publiées ses
lettres à Canova, qu'on se reporta rétrospectivement à 1815,
pour le faire complice de Canova dans cette affaire. Mais
les documents étaient là, et des malintentionnés pouvaient
en tirer des arguments contre lui. Il voulut y répondre en
publiant, en 1836, dans un même volume, la double série
de ses lettres à Miranda sur l'enlèvement des œuvres d'art
d'Italie, et à Canova sur l'enlèvement, par lord Elgin, des
marbres du Parthénon-.
11 plaçait les deux conclusions contradictoires en regard
et mettait le lecteur en mesure de les discuter. Dans un
court avant-propos, il pose nettement la question. Ses
lettres à Miranda, écrites en 1796, au cours de son exil
forcé, avaient paru en articles dans un journal, puis, recueil-
lies en brochures, avaient été adressées au général Bonaparte
(jui n'en tint nul compte. C'est Canova cpii les a reproduites
1. 3- lettre, p. S(J (1796 .
2. Lettres sur rcnlèvemcnt clos ouvra^a^s de l'art antique à Athènes et à
Rome, écrites les unes au célèbre Canova. les autres au général Miranda,
par M. Quatremère de Quincy. Paris, 1S36. Voyez Guigniaut, I\'otice, p. 44
et note 5S cf. p. 27 et note 31'.
o66 CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE (JUATREMÈRK DE QUINCY
à Rome en 1815'. La présente édition, la troisième que
lui-même ait faite, est la première qu'il ait livrée au public.
A-t-il été en contradiction avec soi-même? Si les conclu-
sions des deux séries de lettres semblent contradictoires,
c'est que les prémisses sont bien différentes, et la preuve
en résulte de leur comparaison. A l'Italie on enlevait les
œuvres d'art d'un pays qui non seulement les avait produites,
mais qui en tirait toujours sa o-loire et en faisait l'objet de
son culte : « Ces statues anti([ues. disait-il. ces peintures
ainsi dépaysées... perdront sous un ciel étran^jer la A'ertu
instructive que les artistes allaient chercher en Italie...
C'est avec vérité qu'on peut dire (|ue le pays fait partie du
muséum de Rome. Que dis-je? le pays est lui-même le
muséum 2 ». Quant à la Grèce, lorsqu'il écrivait ses lettres
à Canova^ sur les marbres de lord Ely-in, elle appartenait
aux Turcs, et les Turcs étaient de bien mauvais conserva-
teurs. Mais lord El,î?in a-t-il mieux conservé? Sur trois
vaisseaux, cfui rapportaient en Ansrleterre les œuvres de
Phidias arrachées du Parthenon . deux ont fait naufraji^e
dans les Cvclades; et les Anorlnis n'ont fait aucun effort
pour retirer les marbres de Phidias du fond des mers! Si
du moins l'on y avait consacré l'argent dépensé à la
recherche de l'or des p^aHons enp:loutis en 170i. au cours
du combat livré par les Ans^lais aux Espa*^nols dans la baie
de Vigo !
T-cs ruines d'Athènes, dit encore Quatrcmère dans son avant-
propos, dépérissaient journellement, et par Tincurie (\\\ frouver-
nomenl , et quelquefois par le f;ii( des enlèvemenis partiels de
c(uelques débris, que provoquait (ui accélérait le zèle de quelques
amateurs.
1. Cannvn ,i\iiil jninl ;'i xm ('(liliiui une Pèlilion nu Directoire, siprnéc par
un lr<-s ^rniiil ik.imIiit d'iii'l istcs cl p.ii' (^liiiiIi'oiiH'-ri' lui iiicMiic dnns lo monie
lomps.
2. II. l)i:i.Aiiniu>-:. llisl. ilc V \(;iilrnil<' </('.s' heniiT-arls. p. 70.
3. Lrllrex. p. x.
CENTENAiiii: Di: l'élection de qlatremèue de qul\cy o67
Oui, les antiquaires du temps, qui faisaient péniblement
le voyag-e , n'étaient pas fâchés d'en rapporter (juelque
chose. Disons pourtant que des trois ou quatre excuses que
Quatremère allèg-ue à la décharge de lord Elgin, celle qui
concerne les Turcs est la seule qui soit à demi plausible ' .
Nos artistes et nos archéologues ont donc toute raison d'être
moins tentés de pardonner à lord Elgin : j'en prends à
témoin notre Ecole dAthènes qui sest contentée de décou-
vrir lescalier de l'Acropole et d'exhumer ce qui reste du
temple de Delphes. Mais Quatremère de Quincy n'était-il
pas, pour Athènes comme pour Rome, d'accord avec les
antiquaires de notre temps, quand, dans la quatrième de ses
lettres à Miranda (1796j, il disait d'un prédécesseur de lord
Elgin :
Ne vous semble-t-il pas voir le barbare amateur Morosini
enlever le fronton de Parthénon d'Athènes, pour le transportera
Venise? Je vous le demande, qu'eût signitié ce comble détaché
de sa masse et de son ensemble? Mais vous savez encore ce qui
est arrivé : ce sublime ouvrage s'est brisé, et la convoitise du
général vénitien a privé le monde savant d'un ouvrage de Phidias.
Cependant Morosini avait une excuse : c'était à des barbares
qu'il enlevait ce chef-d'œuvre ; mais vous voyez que par un sot
amour des arts il a ruiné en un jour ce qu'avait respecté la
barbarie de tant de siècles. Tant il est vrai qu'en tout genre, rien
n'est si dangereux quun ignorant ami-.
1. Letronne, dans son ai'ticlu du Jonrniil (/es Savants, sur les Lettres de
Quatremère à Canova, partage en ce point sa manière de voir : d Ces admi-
l'ables sculptures, dit-il, jusqu'alors reléguées à l'extrémité de l'Europe et
d'ailleurs placées à une élévation qui ne permettait pas aux voyageurs d'en
étudier tous les détails, avaient été perdues pour l'art ; maintenant que,
réunies dans un musée, elles peuvent être vues et contemplées à loisir, elles
éclaireront les artistes et les antiquaires sur une multitude de questions en
vain agitées par les plus illustres antiquaires... [Questions de style : le
Laocoon, le Torse, l'Apollon, le Gladiateur Borghèse.] Voilà les questions
sur lesquelles l'aspect de ces marbres permet de se prononcer et que l'au-
teur des lettres à M. Canova nous paraît avoir décidées sans retour. » (Journal
des Savants, février 1820, p. 88).
2. Mémoires de l'Institut national ifonds Huzard, t. .XXXI, n" !> 1796),
p. 36, et dans l'édition de 1X30. p. 221.
o68 CENTENAIRE DE i/éLECTION DE (JUATREMÈRE DE OllNCY
Dans une des notes qui complètent sa notice, M. Gui-
gniaut a énuméré , année par année, les mémoires de Qua-
tremère qui t'ont partie, non seulement du Recueil de la
troisième classe de l'Institut de ISOt h 1812, mais de la
série nouvelle de l'Académie des inscriptions, rétablie sous
son nom à partir de 18l(j. S'il y a pour Quatremère une
lacune entre ces deux séries, c'est (|ue les événements qui
s'étaient passés dans l'intervalle n'avaient pas laissé de
réagir sur le cours de ses travaux. Rappelons d'ailleurs que,
pour notre illustre confrère, il y eut une Commission qui
lui fut comme un pont pour passer d'un régime à l'autre.
Un décret du 26 juin 1806 avait confié à l'Académie des
inscriptions le soin de composer les médailles et de rédiger
les inscriptions destinées à perpétuer le souvenir des évé-
nements les plus mémorables. Telle avait été l'origine
même de l'ancienne Académie, la m petite Académie »,
comme on l'appelait. Quatremère de Quincy avait été
nommé de cette Commission; elle avait été chargée de
composer l'histoire métallique de l'Empereur. Le 7 janvier
1814, Quatremère de Quincy faisait à l'Académie le rapport
annuel qui comprenait une partie de cette histoire, — et le
17 juin, il lui présentait le projet d'une médaille commémo-
rative de l'entrée de Louis XVIII à Paris. On peut croire
que s'il avait travaillé, en toute conscience, à l'histoire
métallique de l'Empereur, il exposait avec bien plus de
joie à l'Académie le projet de la niéd;ulle consacrée au
retour de Louis W'III. Il avait salué la Restauialion avec
bonheur, et en cela il n'était pas en contradiction avec les
principes qu'il avait professés dès la Révolution de I78!K
Sans avoir fait partie de l'Assemblée nationale, il avait
accepté la Constitution (prellc avait faite ; membre de
l'Assemblée législative, il l'aNait soutenue, il s'était pro-
noncé pour les pouvoirs du roi. Il avait défendu la monar-
chie, la veille même du 10 août, il avait été l'un des vaincus
du 10 août, un des suspects, bien mieux un des détenus de
CENTENAIRE DR l/ ÉLECTION DE OUATREMÈRE DE QUINCY î)69
la Terreur; si peu réconcilié avec la Convention par le
9 thermidor qu'il l'avait combattue en vendémiaire an IV
dans l'insurrection contre la survivance qu'elle s'était arro-
gée en déposant ses pouvoirs. C'est comme opposant au
Directoire qu'il était entré au Conseil des Cinq-Cents, c'est
à ce titre qu'il avait été une des victimes du 18 fructidor.
Ce n'est pas en émig-ré, c'est en proscrit qu'il avait cherché
un refuge en Allemagne, et c'est comme tel qu'il avait pu
rentrer en France après le 18 brumaire et se faire restituer
ses biens confîscpiés. C'était donc un ami que la Restaura-
tion retrouvait dans cet ancien affilié du club de Clichy; et
il n'est pas étonnant qu'elle lui ait conféré des fonctions
qu'il n'avait point recherchées sous l'Empire. En moins
d'une année, il est nommé, 3 septembre 181 i, chevalier de
la Légion d'honneur; 24 octobre, censeur royal; 28 janvier
1815, intendant général des arts et des monuments publics ;
17 février, membre du Conseil supérieur de l'instruction
publique. Mais, en mars. Napoléon revient de l'île d'Elbe,
et toutes ces ordonnances sont révoquées. La chute de
l'Empire rendit à Quatremère les faveurs de la cour. 11 fut
admis dans l'ordre restauré de Saint-Michel, appelé à siéger
au Conseil honoraire d'artistes, institué près le ministère
de la Maison du roi (1816). Il allait obtenir mieux de
l'Institut.
L'ordonnance du 21 mars 1816 en avait rétabli les quatre
classes sous leur' ancien nom d'Académies '. Mais elle avait
fait des vides dans leurs rangs. C'est ainsi que la charge de
secrétaire perpétuel se trouvant vacante à l'Académie des
beaux-arts, par l'exclusion de Lebreton, Quatremère de
Quincj, membre de notre Académie depuis 180i, y fut élu
en cette qualité'-. M. Guigniaut a remis en lumière un fait
peu connu : c'est que, dans les Cent-Jours, la classe des
1. L7/i.s<67h/ de France, publié par M. Léon Aucoc, p. 108 et suiv.
2. Voyez VHistuire de rAcadémie des beaax-urls, du comte Delaborde,
p. 178.
o70 CENTENAIRE DE I. 'ÉLECTION DE (JEATREMÈRE DE nlINCV
beaux-arts ayant été portée au nombre de quarante membres,
elle avait voulu le comprendre parmi les cinq appelés à
former la section nouvelle d'histoire et de théorie des arts;
honneur (ju'il déclina par une lettre où, se félicitant d'être
déjà associé à ses travaux, il l'en remerciait dans les
termes les plus flatteurs pour elle'. Mais l'Académie savait
combien son concours lui serait précieux. Aussi, l'année
suivante, profita-t-elle de l'occasion qui s'olfrait povu" se
l'attacher par un lien plus étroit. Son activité se partagea
dès lors entre les deux Académies : l'Académie des inscrip-
tions reçut toujours ses mémoires, l'Académie des beaux-
arts eut ses notices dans ses séances annuelles et sa coopé-
ration assidue aux travaux des sections toute l'année.
M. Gui^niaut a parlé avec sa haute compétence de ses
mémoires insérés dans notre recueil. M, Jouin, sans néf^^li-
ger le reste, s'est étendu volontiers sur les notices consa-
crées aux membres de l'Académie des beaux-arts, il nous
en a donné des extraits, il aurait pu nous en ollrir davan-
tage. 11 V aurait toute une notice à faire sur les deux
volumes où se trouvent réunis plusieurs de ces élog-es ". On
1. Kn IXD), l'Acailémic des l)caii\-arls lui a\ail l'ail accopltM- une place
dans la Commission qu'elle avait char^^ée de pid)lii'i- le Diclionnuire de la
l;in(jiie des beau. t-:i ris. Voyez la lettre de QuatrcMiière 1.) mai l^lô), dans la
note li de la notice de M. Gui^rniant, p. "2.
'2. .le regrette de n'y pas trouver Daviil. (piii a\ait su. au cours de sun
voyage à Rome, délourncr ilu genre douiinaul en Fi-anee, au temps de
Louis XV, vers les \tiies de l'antiepiilé grecHpie. el cpii de\iiit ainsi l'inspi-
ralenr de l'école classifjue. David, sans dnutc. a\ail eu un triste roK' ])en-
(lant la Révolution, i-t il ne La il plu'^ de 1 Inst il uL (pi and il nii luriil . Mais s'il
n'en n'était plus, c'est qu'il n'axait pas voulu échapper par faveur à l'exclu-
sion qui en avait frappé d'autres. Quai remère, du reste, ne se borna point
A ces notices qu'il avait consacrées, comme secrétaire perpétuel, aux
membres de SdU .Vcadéinie. l*uu\ail-ii iHii)licr les deux grands minis de la
Renaissance, ([ui douiinrnl lart niucK'rnc et ne pertlroiil jamais rien de
leur dnminalion : Rapiiai'l cl Michel-. Viigi' ; l'idéal surhumain de Ra|)liacl ,
la liiniLé de Mi(hel-.\ngc. architecte, sculpleur cl peintre. " un artiste en
trois pcisiiiines », comme le dit yualreiuèi'c? Il publia en 1.S21 la vie de
Raphaël, cl en 1S35 la \ie de Michel-.\nge ; après ce qu'un ne cesse pas
CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QtATUEMÈRE DE Ol INCY 571
y peut admirer la variété et la souplesse de talent que rémi-
ment secrétaire perpétuel savait montrer dans l'appréciation
de l'œuvre et de l'ouvrier, en tant de genres divers. J'aurais
voulu aussi m'v arrêter, tout en louant M. Jouin d'v avoir
si bien réussi.
Notre savant confrère fut encore distrait de ses travaux
par la politique.
Le 13 février 1820, le duc de Berrv était assassiné par
Louvel : crime isolé et dune portée redoutable ! Ce n'était
pas le roi, c'est la royauté et spécialement la dynastie que
Louvel avait voulu frapper à mort. Quand on lui demanda
pourquoi le duc de Berrv, il répondit : « C'était la souche. »
On V crut voir la révolution des plus mauvais jours se
redresser le poignard à la main. A défaut de complices, que
l'on ne trouvait pas, on en lit un crime du parti libéral tout
entier, et le duc Decaze, qui le représentait dans le minis-
tère, en fut rendu responsable. Vainement, Louis XVIII
eût-il voulu sauver son favori, « son cher fils », comme il
disait. Les plus modérés des libéraux, Royer-Collard et ses
amis, devinrent suspects. Un nouveau ministère se forma,
dont le duc de Richelieu, bon gré, mal gré, redevint le chef.
A la loi électorale du 5 février 1817, qui avait produit une
Chambre relativement modérée, fut substituée, après bien
des orages, la loi du 29 juin 1820, la loi « du double vote»
qui ajoutait aux collèges électoraux d'arrondissement, des
collèges de département, « composés des électeurs les plus
imposés en nombre égal au quart de la totalité des élec-
teurs du département ». Ouatremère de Quincy fut un des
quatre députés attribués au collège électoral du département
de la Seine; tous les quatre royalistes, se rattachant à la
majorité qui eut bientôt un ministère de son esprit , le
ministère Villèle.
d'écrire sur ces deux grands génies, les deux \olunies de (^)ual réméré de
Quincy peuvent toujours être relus. (Sur Huphni'l , voir l'art, de Raoul
Rochette dans le Journal des Savants, janvier IS2j.j
1903. 39
572 CENTENAIKE DE I. 'ÉLECTION l)E orATKEMÈRE DE UEINCV
Quatremère de Quincy a-t-il pris une part active au vote
des lois anlilibérales où Ton croyait trouver le salut de la
dynastie et qui la poussèrent à sa perte? On Ta dit, et je ne
doutais pas qu'on n'en dût avoir la preuve dans les Annales
p;irlenicnl;tircs. grande publication ollicielle où l'on est en
voie de recueillir les débats de nos assemblées politiques
depuis la Hévolution de ITS'.M. J'y ai bien trouvé le nom
de Quatremère de Quincy au nombre des ({uatre admis
comme députés de la Seine au début de la session de 1820,
dans les derniers jours de cette année, le 23 décembre. Je
l'v trouve dans la liste générale des députés de cette ses-
sion. t. XXIX, p. i-()0; je le trouve encore dans la liste
générale (K' la session de 1S2I-IS22. p. oo8 : il n'est plus
dans la liste de la session deM822-IS2:{ l. XXM. [). oll),
et, dans les huit volumes qui conqDrennent cette longue
suite de débats, après la note qui constate son admission,
il ne ligure plus nulle part. On dit pourtant ({ue, dans ce
retour à la vie politique, il s'est aliéné, pour un temps du
moins, ses meilleurs amis, ses anciens collègues, Royer-
GoUard par exemple'-. Mais alors c'est par des votes muets,
1. Archives ii;irh'inentni.res de l7/i7 :i ItifJO. Recueil parlciiuMiliiiri' des
dcbals léfiislatils el politiques des Cliambrcs françaises, imprimé par ordre
du Sénat et de la Chambre des députés, sous l:i direciioii de M. .'. Mavidal,
chef du bureau des procès-verbaux, de Texpédilion des l-.is. des pétitions,
des impressions et distributions de la Cliaml)re des députés, et tle M. h.
Laurent, bibliothécaire-adjoint de la Chambre des députés. Deuxième
série (1800 à ISfiO;.
2. M. Cui^niaul dit dans sa Xolive : «En 1.S20 et ls21. guatremère de
guincy lui rauuiie i)oui' la dernière fois dans Tarène piditiquc... Dans
cette crise extrême de sa vie. il eut le malheur de se séparer de M. Royer-
Collard. invariable défenseur de ses droits, non moins dévoué que lui à la
royauté léj^itime, mais qui comprenait mieux les condilinns inexorables de
son alliance avec la France nouvelle. Leur amitié i)ul bien en éhe refroidie
«pielque lem].-^. elle n'en fut p..inl détruite, et ce-l rh..niieur de tous
deux. ■■
M. .louin ne peut parler (jne d'après une tradition qui est à rectifier sur
plusieurs points (piand il dit :
.. La polili(iue le ressaisit. Klu député en 1S20, il dul poser de nouveau sa
candidature aux élections ^-énéralcs de 1^21. On se souvient des hommes
CENTENAIRE DE l'éLECTION DE orATHKMKUE DE OLINCY o73
car on ne le voit ni dans les séances, ni même dans les
Commissions ; et cependant les occasions de prendre la
parole ne manquaient pas, à l'ancien membre de l'Assem-
blée législative et du Conseil des Cinq-Cents : censure,
police de la presse et autres lois du ministère Villèle à ses
débuts.
C'est une lacune dans sa carrière politique ; heureuse-
ment, ce n'est pas une éclipse totale dans sa vie de savant.
A l'année 1821 se rattache en elFet sa dissertation sur la
Vénus de Milo, acquise l'année précédente pour la France
et intronisée dans le Louvre. Nous j reviendrons plus loin.
Sorti de la Chambre des députés et laissant, cette fois
sans regret, ses anciens amis dans le champ-clos des débats
parlementaires, il fut appelé à enseigner les choses qu'il
possédait si bien. Une chaire d'archéologie ayant été créée
à la Bibliothèque royale, il y fut nommé (182i), et l'on
ne pouvait assurément faire un meilleur choix. Mais il se
lassa vite de l'enseignement. Dès l82o, il prit pour sup-
pléant Raoul Uochette, et, deux ans plus tard, il renonça déti-
nitivement au titre que son suppléant recueillit. Il se trou-
A^ait plus libre de se livrer à l'étude des sujets qui l'intéres-
saient. Indépendamment des Mémoires de l'Académie des
inscriptions, il y avait un autre recueil placé sous la direc-
tion des membres de l'Institut où il avait naturellement sa
place, comme antiquaire, le Journal des Savants : il \ fut
porté au nombre des auteurs , dès le rétablissement du
journal en 181G, et passa au rang des assistants k la mort
qui firent échec au cabinet de M. de ^'illcle : La Fayette, Manuel, d'Argen-
son, le général Foy, Royer-CoUard, l'ancien ami de Quatremcre. Celui-ci,
au contraire, ne cessa de combattre l'opposition. Ses votes furent constam-
ment acquis au ministère pendant cette courte législature qui prit fin,
comme on sait, par la dissolution du 24 décembre 1S23. »
M. Jouin est mieux renseigné quand il ajoute :
<■ La rupture ne tint pas. L'amitié recouvra «es droits. Bientôt, Royer-
Çollard redevint rhôle le plus assidu de l'archéologue, auquel il prodiguait
les témoignages d'une affection pleine de prévenances. »
574 CENTENAIRE DE LÉLEC MON DE gUATKEMÈKE DE guiNr.ï
de Gosselin en 1830. Ou y rendait compte de ses travaux;
il y parlail lui-même, avec autorité, de ceux des autres.
M. Guigniaul a donné la liste des nombreux articles (ju'il a
publiés dans ce recueil et je ne puis mieux faire que d'v
renvoyer, n'ayant pas d'ailleurs la place pour les analyser
ici'. ^
Au point (le vue politique, je n'ai pas besoin de dire ({u'il
était resté toujours dans les meilleurs rapports avec le gou-
vernement de la Restauration. <pii ne man([uait pas de
recourir à ses lumières dans toutes les circonstances : et
il ne lui refusait pas ses services-. 11 ne manquait pas de
surveiller lui-même les choses dont il se char<j^eait. et un
jour il en fut la victime. On fondait en bron/.e la statue du
roi Stanislas pour la ville de Nancy. Quatremère se rendit
dans les ateliers du fondeur, et il assistait à l'opération
quand un jet de bronze en fusion l'atteig-nit au front, à la
joue vA à la main. L'accident eut moins de gravité qu'on
n'aurait ])u le craindre; mais cela lui imposa une retraite
qu'il mit d'ailleurs à prolit [)our ses travaux. Déjà en 1821,
quand il était encore dans la politique, il avait publié sa
dissertation sur la Vénus de Milo. 11 eut le tort de croire,
comme plusieurs après lui, (pielle formait groupe avec une
autre statue, un Mars. Raoul Rochette combattit son opi-
nion sur ce point, mais il ne lui contesta pas le mérite
d avoir le premier reconnu en elle une œuvre originale de
1. Gi:i<;MArr, Xolice. p. 7.3, noie 16. En Tannée ISl" il n'en donna pas
iniiins (le se])t à cej'oui'nal. Son feu se mofk'Ta ensuite e(, sauf une repi-ise
en 1S2'J pour le l'ulnis <le Sc:tnriis. il ('■(ail plus (|uc ralenti (piand. en I.S3(l,
ses eollé'j^ues le pi-oniureiiL au i-anj; supériem- des :issisl;ints. \'()yez aussi
II. Di;i.AHoniti;, L'Acitléinie des beaiiJ:-arts. p. 2.'>:K et II. J<>ri\, .Xotice.
p. (>.").
2. M. .Il min a (inumé-rc, d'après les papiers mêmes de QuatrcnK^-ie de
Quinev, les eonsultalions qui lui furent demandées ollieiellemenl et les
missions (ju'il aeceiila : avis sur des objets <.ranli([uité trouvés ou rappor-
tés, sur des statues nouvelles à faire : |)laee dans tous les jurys concernant
les beaux-arts; décoralinn dit pont de la Concorde: projet d'établissement
du quartier compi-is entre la Harriére de l'ivtoilc et les Tuileries, etc.,
p. 62-6 i.
CENTENAIRK DE l'ÉLECTION DE OLATREMÈRE DE QUINCY 573
premier ordre, de Praxitèle, ou tout au moins de son
temps ^.
Quoi qu'il ait pensé de ce prétendu groupe, il n'a pas
proposé de le refaire, ni de restaurer cette belle statue
mutilée des deux bras. Mais il ne se faisait pas faute de
tenter de ces restitutions, soit par écrit, soit par simple
dessin, pour des œuvres antiques plus mutilées ou même
perdues. Son tact ou son flair d'archéologue s'aidant du
texte d'auteurs contemporains, il aimait à se livrer à cette
sorte de restauration inolfensive et, en 1829, il publia un
choix de ses essais, plus ou moins aventureux, en deux
volumes : Monuments et ouvraçjes d'art antique restitués.
Dans l'introduction de ce recueil, il justifiait en ces termes
ses tentatives :
Il ne se découvre pas un frag-ment de sculpture ou d'édifice,
on ne rencontre pas un reste de peinture sur vases ou sur
murailles, il ne reparaît ni un revers de monnaie, ni une gra-
vure sur pierre, ni un détail (rornemenl qu'on ne puisse en espé-
rer des parallèles ou des autorités, propres à rendre une sorte
d'intégrité aux monuments que le temps a mutilés. Rien donc
de plus utile que des travaux archéologi(iues qui ont pour but
ces sortes de rapprochements dont l'eflfet est de redonner l'exis-
tence à ce qu'on pouvait croire anéanti.
Mais il est encore un autre moyen de faire sur la destruction
de nouvelles conquêtes. Il consiste à faire revivre par le dessin
tous ceux des monuments et des ouvrages de l'art que les écri-
vains grecs et romains ont décrits d'une manière assez précise et
assez circonstanciée pour qu'il soit possible, à l'aide de la cri-
tique, éclairée par d'utiles comparaisons, d'en retrouver les
données principales et d'arriver par leurs détails à restituer leur
ensemble ^.
1. Journal fies Savnnls, Avril JS37, p. 19:5, dans le second des denx
articles qu'il a consacres au Recueil de disserlalions archéologiques de
Quatremère de Quincy (1^56).
2. Moniimenls et ouvrages d'art antiques, restitués d'après les descrip-
tions des écrivains grecs et latins et accompagnés de dissertations archéolo-
giques. Paris, J. Renouard, 1820, 2 vol. in-fol.
376 CENTENAIRE DE l'ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE QUINCY
Il avait notamment profité de ses loisirs pour refondre
son histoire de la vie et des ouvrages des plus célèbres
architectes du xi*' jusqu'à la fin du xviii*' siècle ^ ; il n"est pas
nécessaire de dire que l'art gothique n'avait pas ses faveurs.
Il en donna une preuve nouvelle dans le remaniement de
son Dictionnaire de l'architecture, qu'il avait publié presque
au début de sa carrièi'e scientifique, dans V Encyclopédie
méthodique de Panckoucke, et qu'il republia en 1832 chez
Adrien Leclerc, avec une simple addition dans le titre
Dictionnaire historique de V architecture, addition qui témoi-
gnait de son regret de n'en avoir pas fait l'histoire; et il en
convenait dans sa courte introduction "' ; mais la critique
n'y trouva pas les remaniemente qu'elle aurait souhaités sur
les points oîi ils semblaient imposés par les notions acquises
depuis la première publication, sur l'Egypte par exemple.
C'était toujours, au fond, le même dictionnaire, et l'ancien
éditeur Panckoucke. qui en avait publié le troisième et der-
nier volume en 1823, ne s'y laissa pas prendre.
En 1837, Quatremère eut l'occasion de revenir sur une
1. Paris, Renouard, 1830. deux volumes in-S".
2. Dictionnaire historique d'architecture, comprenant dans son plan les
notions historiques, descriptives, archéolojïiques, biop-aphiques, théo-
riques, didactiques et pratiques de cet art, t. I et II. Paris, librairie
(r.Vdrien Leclerc et C«, quai des Augustins, 1832. \'oici ce qu'il dit au début
de son introduction :
« Nous aurions désiré pouvoir embrasser dans le plan le cadre et la
forme dun corps d'histoire universelle, les notions de l'architecture de tous
les temps et de tous les pays: mais nous avons dû renoncer à tout système
méthodiquement suivi d'un ensemble réf,nilier. Aucun art n'olVrc, en elTet,
à l'écrivain qui voudrait en subordonner toutes les variétés à l'uniformité
d'un plan historique, une plus grande diversité de points de vue, d'objets
|ilus distants entre eux, d'éléments plus diflicilcs à combiner, etc.
" C'est donc sous la forme cl avec la mélliodc de dictionnaire que nnu'<
avons tente de rassembler les ]>rincipaux matériaux d'une hisloirc univer-
selle de l'architecture, etc. ».
C'est donc un magasin de matériaux ([ui peuvent trouver leur place
dans la construction de l'édilice ; mais l'édifice reste à bâtir: la courte pré-
face indique bien à quels besoins il doit répondre: ce n'est pas en (|ua(re
papes (|u'il en pou\ait donner li' plan.
CENTENAIRE DE L ÉLECTION DE QUATRE-MÈRE DE QUINCY O//
question qui l'avait toujours occupé'. Dès 1805, il avait
publié une brochure qui réunissait trois articles des Archives
littéraires: L'idéal dans les arts du dessin. Il y parlait de
l'art comme un disciple de Descartes, et je serais tenté de
dire comme un précurseur de Cousin, qui prônait son esthé-
tique et fit le livre Le beau, le vrai et le bien. Le beau
idéal, disait Quatremère, n'est pas la simple copie d'une
belle nature :
Ce beau, qu'on a déjà dit être pkis parlicuHer à la jeunesse et
au sexe féminin, ne saurait, pour devenir idéal, résulter davan-
tage de la copie d'un bel individu : ce ne sertiit jamais qu'un
beau portrait, qu'un portrait plus beau que d'autres. Or, s'il
est portrait, il en aura les caractères, il le paraîtra; et s'il le
paraît, Telfet de l'idéal n'a plus lieu. Les belles tètes idéales de
femmes antiques, et les belles tètes de femmes portraits, nous
font voir ce cpi'il y a de dislance entre ces deux choses. Il n'y a
pas de porti-ait antique, si beau qu'il soit, qui puisse se mettre
ou se supposer sur un corps idéal de V'énus ou d'Apollon ; il n'y
a pas de tête de Vénus et d'Apollon antique qui puisse se mettre
ou se supposer sur une statue moderne (p. 36).
Et plus loin :
L'art n'arrive donc au genre de beauté idéale en question, que
par les routes déjà indiquées. Il y arrive, non par la copie de
l'individu, ou la réunion de plusieurs individus, mais par l'ana-
lyse et la recherche des causes qui produisent l'harmonie d'où
résulte la beauté dont je parle; et la découverte de ces causes
donne lieu à un beau qui ne saurait être celui d'aucun individu,
parce qu'il n'est donné à aucun individu d'être la nature qD. 37).
L Essai sur V idéal qu'il publia en 1837 n'ajoute rien à ce
qu'il avait dit alors et redit plusieurs fois '-. Il prouve au
1. GuiGMAi T. Xulice, p. 12.
2. Essai de théorie sur le principe imilatifdes nrls et le génie poétique de
chacun d'eux lu à l'Institut en ISOl . — Essai sur la nature, le but et les
moyens de l'imitation dans les heaux-arls (1823). Guigmaut, Notice, p. 4s.
o78 CENTENAIKE DE L* ÉLECTION DE olATREMÈRE DE QLINCY
moins (}ii il persévéra jusqu'à la lin dans sa doctrine sur
l'idéal dans l'art.
Le l*"'' juin 1839, Ouatremère, sentant peut-être ses forces
décliner, se démit de ses fonctions de secrétaire perpétuel
de rAcadémie des beaux-arts. Cette résolution causa une
émotion profonde au sein de la Compagnie. L.e président,
qui était alors Nanteuil, et le bureau, auquel se joig-nit
toute une députation, vinrent lui en exprimer leurs vifs
regrets. Kn souvenir de cette longue collaboration, l'Aca-
démie lui conféra le titre de secrétaire perpétuel honoraire.
Dans les premiers temps, il se montra encore aux séances
comme à celles de l'Académie des inscriptions, où il n'avait
pas de charge k remplir, ni de démission à donner. Ses con-
frères l'allaient voir à son domicile, rue de Gondé. où plus
d'une question concernant la science et l'art put être encore
débattue. Bientôt pourtant, il y parut plus indillerent; ses
idées ne se suivaient pas, il perdit la mémoire des noms,
des choses même. Ce qui se passait sous ses yeux ne fai-
sait plus d'impression dans son esprit ; s'il se rappelait
quelque chose, c'était du plus lointain passé, comme il lui
arriva vers 18io. un soir (|ue notre confrère Etienne Qua-
tremère, son cousin, h- visitait. Le vénérable vieillard lui
parla d'un accident qui remontait ;t sa cincpiiènu- année :
chute de voiture, jambe cassée, noms des chirurgiens (juile
soignaient et des personnes (jui l'entouraient . jus(|u'au dé-
tail des jouets qu'on lui donnait pour le distraire; et piùs il
retombait dans la nuit; mais après I8i(). ces illuminations
ne sont plus guère signalées'. (]ette lin est triste : la
mémoire est la facultc- (jui s'all'aiblit et se perd la |)remière.
Croyons qu'avant de s'éteindre il y lut aussi un réveil de
l'intelligence chez un homme qui avait si bien parlé de
l'idéal.
1. \,c vendredi Kiiivi-il ISIO est le dri-nicr jour ni'i sa pré-cinn' sni( sifjna-
K'i' aii\ scaiRCs do I AiiKlciiiic dos iusciiptioiis.
CENTENAIRE L)E l/ ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE QEINCY o79
Il mourut le 28 décembre 1849.
Il n'avait jamais approuvé l'usage de prononcer l'éloge
du mort sur sa tombe *. Raoul-Rochette, qui lui avait suc-
cédé comme secrétaire perpétuel à l'Académie des beaux-
arts, le rappelait le jour de ses funérailles : « L homme
illustre auquel nous venons de rendre les derniers devoirs
regretta toute sa vie qu'on lît entendre des discours profanes
dans ce lieu consacré à la fois par la mort et par la prière ».
Et après avoir salué celui dont la France devait s'honorer
(( au même titre que l'Allemag-ne et que l'Italie s'enorgueil-
lissent de leur Winckelmann et de leur Visconti », il ajou-
tait : « Nous croyons donc remplir un devoir en nous con-
formant à la pensée du collègue, de l'ami, du maître que
nous perdons. »
M. Magnin, qui présidait notre Académie cette année-là,
ne se crut pas tenu rigoureusement à la même réserve. Il
signalait dans cette vie qui venait de finir deux forces ordi-
nairement séparées, force d'impulsion et force de résistance :
« Il portait au front, disait-il. le signe éclatant de cette race
d'élite, de cette race d'hommes énergiques qui savent vou-
loir. Il était de ceux qui apportent en naissant le don de
l'autorité et la mission d'exercer, suivant l'occurrence, le
gouvernement des hommes » ; et sans s'arrêter d'ailleurs au
détail de sa vie publique ou de ses travaux, il voulait au
moins rappeler son œuvre capitale : « le Jupiter Olympien .^
le plus bel ouvrage d'archéologie qui ait paru en France
depuis le commencement du siècle ». Mais, comme je lai
dit en commençant, cet éloge largement motivé ne lui a pas
manqué 2. Je me borne à rappeler la grande et belle notice
1. Cela lui était arrivé bien des fois: un a ces discours à la Bibliothèque
de rinstitut.
2. Les sculpteurs pouvaient-ils lui faire défaut? Nous avons à la biblio-
thèque de l'Institut un buste de Quatremèrc de Quincy par Nanteuil qui
présidait l'Académie des beaux-arts lorsqu il donna sa démission de secré-
taire perpétuel : tcle forlemenl charpentée, (rails durement accusés, nez
o80 CEiNTENAIRE DE l' ÉLECTION DE QUATREMÈRE DE QUINCY
(le mon vénéré maître. M. Guig-niaut, au nom de l'Acadé-
mie des inscriptions et, avec la place que lui a donnée le
comte Delà borde dans son ///s/o/r^ de V Académie des beaux-
arts, la (idèle et complète étude qu"a faite, dr l'Iiomme et
de ses travaux, M. Henry Jouin, secrétaire de l'Ecole des
Beaux-Aris. Les rappeler, reproduire leurs hommages,
c'était, je crois, la meilleure manière de célébrer le cente-
naire de l'élection, dans notre Compag-nie, de mon illuslre
prédécesseur Quatremère de Quincy. Comment ai-je pu moi-
même y fissurer en premier rôle? Si l'un de vous m'en eût
parlé comme d'un devoir de ma charge, j'aurais bien pu lui
dire, m'apjirojîriant cette réponse que fit, dit-on, Quatre-
mère à quelque invitation dans ses dernières et lugubres
années : « J'ai bien le droit d'être mort » : mais je remercie
Dieu de m'avoir conservé la vie. puis(|ue jus(ju'aux limites
si reculées de mon âge, votre alVectueuse bienveillance, mes
chers confrères, ne m"a jamais fait défaut.
iKiiiilin. ]i(iiiiiiicl les .saillnnlfs. (iiiurc si-xi-rc ; l'àjic a tlépi'inu- sa vifjueur.
c'est lin soiivonii- des clcniièrcs juiiiées. Tout autrement vivant est le mé-
(lailhin l'ail ■. de eliic ». coniiiic un l.' peut dire aujourd'hui, par l)a\id d'An-
j;ers et ofTei'l pour ainsi dii'e à l)rùic-poui'poinf à Quatrt'nière. rpii ne s'était
pas défié de l'ai'tisti'. Quatremère i'<n a remercié par une lettre (pii lui
donne date eeilaini'. 1 oclohre IS.i,"). e| (pii uioul r'c (pie sou <'s|)imI u'a\ait
rien perdu fie sa finesse : il a\ait alors (luatre-xinjrts ans. M. .Touin a repro-
duit cette lettre (p. 73;, et il a placé la j,'ravure du médaillon en tète de sa
notice.
Le Cabinet des estampes à la lîibliothèque nationale possède aussi plii-
siein-s t,'-ravures ou lithojjrrapliies (|ui reproduisent ses traits : entre autres
une gravure du husle fait par Xanteuil. une lithographie de Giraldon. en
costume, avec le ruban fie l'ordre de Saint-Michel et une anti-e de Jtdien
Moilly. ni- du célélire peintn^ F.ouis Hoilly (lS2()j.
LA MORALE ET LA CITE
DAiNS LES
POÉSIES DE SOLON
Par m. MAURICE CROISET
Solon. qu'on a pu appeler « le fondateur de la démo-
cratie athénienne » ', est aussi, comme on le sait, le plus
ancien des poètes attiques, ou du moins le plus ancien de
ceux qui nous sont connus. De ses poésies, quelques mor-
ceaux seulement ont été conservés, deux ou trois presque en
entier, les autres à l'état de fragments. Ce sont des témoi-
gnages historiques de la plus haute valeur; car Solon y
parle sans cesse de lui-même, de son œuvre politique, des
factions qui déchiraient alors la cité athénienne, de ses inten-
tions et des difficultés qu'il a rencontrées : l'Athènes des
premières années du xi" siècle revit, avec ses discordes et
ses souffrances, dans ces poèmes d'une sincérité vive et
mordante, où a passé tout entière l'àme d'un honnête
homme et d'un bon citoyen. Et cette sincérité, servie par
une imagination quelquefois brillante, par une raison hardie
et prompte, ingénieuse et incisive, en fait aussi le mérite
littéraire. Solon n'est pas un grand poète, ni même un
poète de profession, mais c'est un homme de cœur et d'es-
1. Arist., Rép. d'Ath., XLI, 2 : f, ir.l '^''Ùmvo; UaTOCTTaai:), àç'ri; àçyr,
or,ij.oy.paTÎa; rj-Évexo. Wilamowitz-Mœllendorf, Arislo(el. and Alhen. I.
p. 39 : " tlcr Stit'ter <kr ullicnisclion Doinnkralie ».
o82 LA MORALE ET LA CITÉ DANS LES POÉSIES DE SOLON
prit, chez ([ui la poésie jaillissait de rémotioii et du juge-
ment, toujours vivante et colorée'.
Toutefois, ce n'est ni au point de vue littéraire, ni au
point de vue proprement historique, que je voudrais ici
parler encore de lui et de ses poèmes : cest uni(|uement au
point de vue moral. 11 ne me semble pas qu'on ait jusqu'ici
montré, avec toute la précision désirable, quelle influence
la vie de la cité, dans sa période d'organisation active, a
exercée sur le développement de la morale grecque, et par-
ticulièrement sur la notion de justice. Or cette influence
apparaît, si je ne me trompe, dans les poèmes de Solon plus
clairement que partout ailleurs. Il y a donc intérêt à les
interroger sur ce point, et c'est ce que je voudrais faire,
aussi brièvement que possible. En les jiassant en revue
très rapidement suivant leur ordre chronologique, tel qu'on
peut l'établir avec une vraisemblance suffisante, nous ver-
rons s'opérer dans l'esprit de leur auteur, par l'effet des
circonstances, un changement intéressant (|ui. peut-être,
n'est pas sans éclairer quelcjues-mis des progrès décisifs de
la conscience greccpie '.
I
Le premier poème de Solon c|ui intéresse notre recherche
est une élégie ayant pour sujet la l'ichesse •'. Il ne semble
L Le rôle politique de Solon ;i (■té étudie i^ l'aide de ses poésies dans les
principales histoires de la Grèce : il sntrit de rappeler les chapitres de
Grote. de Curtius, d'Ed. Meyer, de BiisolL, relatifs à ce sujcL >L de Wila-
nn)\vitz-M(pllendorfT, dans son nuvrafre intitulé Arisloteles nnd Athen, a
consacré à SoIf)n le chap. Ill du tome I. et. dans Tappendice S du second
volume.il adonné, poui- hi |)icniiri-i' fuis, nn classement méthodique des
pf)èmes politiq\ies.
2. Ce changement a été note déjà dans lanliquité. Plutarque le sipnalc,
bien quen termes un peu vaprues. Solon, ch. II! : ~^, o\ -ou^zv. /.a.- ap/a:
>xvi £•; ojoîv a-'.'i'i -j-o-jot;;, àXÀà nair'ov ify.v.i -iOT/pTJTaaOat /.al -aizi-^wj
ÉauTÔv h) ~M Tf'tt-i^-i'M' ÛTTcOCv o£ y.i}. yvoViot; hii~i'Mi siXoaôïo-j; x. t. é.
^. Herjrk. l'nehe h/riri Grirri. I. Il, j.. 1 '.. Mvr.aoTJvr,: zal Zir,vo: 'C)lj'x-
LA MORAIj; ET LA CITL DANS LLS POÉSIES DE SOLON o8':l
pas douteux quelle n'appartienne à la première partie de sa
vie. La politique n'y tient encore aucune place : Fauteur
est manifestement étranger aux préoccupations qui devaient,
plus tard, l'absorber tout entier. En outre, la question
même qu'il se pose convient bien mieux à un homme qui
débute dans la vie active. Est-il désirable de s'enrichir?
quels sont les avantages et les dangers de la richesse? On
comprend qu'entre trente et quarante ans, quand le futur
législateur, selon le témoignage de Plutarque ^, faisait le
commerce maritime et s'efforçait de restaurer son patri-
moine, quelque peu endommagé, cette question ait eu pour
lui un très vif intérêt : il s'agissait d'orienter sa vie. Plus
tard, elle lui aurait paru oiseuse et peu digne de son atten-
tion.
Gela étant, nous avons le droit de considérer ce poème
comme témoignant d'un premier état de sa pensée, et d'y
prendre, par conséquent, le terme de comparaison néces-
saire pour en apprécier le développement ultérieur.
C'est une élégie à la mode ionienne. Que faut-il entendre
par là? Rien absolument qui ressemble à ce que le terme
d'élégie nous suggère aujourd'hui. L'élégie alors florissante
dans la Grèce d'Asie et dans les îles depuis plus d'un siècle,
l'élégie d'Archiloque. était une sorte de discours en vers,
qui ne supposait ni deuil, ni plainte amoureuse. Autant que
nous pouvons le savoir, on la récitait en société, devant un
cercle d'amis, le plus souvent après le banquet. On ne sau-
rait dire avec certitude si elle était encore précédée d'un
prélude sur la flûte lydienne, qui pouvait aussi marquer, ça
et là, les pauses du récitant.
En tout cas, ce n'était pas l'air qui en faisait le mérite.
Ge qu'on lui demandait, c'était d'occuper, après le repas, des
esprits un peu excités, que les longs récits de l'épopée
avaient fini par ennuyer, et qui, pourtant, aimaient la
l. Hermippe, dans Plutarque, Solon, chap. II.
o84 LA MORALE ET LA CITÉ DANS LES POÉSIES DE SOLON
poésie. On avait assez d'Ag-amemnon et d'Achille, du beau
Paris, et même d'Hélène, on était las des héros et de leurs
exploits, des batailles interminables et des tueries toujours
renouvelées. Les riches marchands de Milet, d'l']piiôse, de
Golophon, gens desprit, à coup sûr, mais qui son<^eaient à
des aventures tout autres, voulaient qu'on leur parlât d'eux-
mêmes, de ce qui les touchait directement, de façon toute-
fois k les distraire de leurs soucis quotidiens. La poésie qu'il
leur fallait était une poésie tout imprégnée de leurs sen-
timents, voisine de la vie réelle, et pourtant propre k les
charmer en les délassant.
Voilk justement ce que leurs poètes, successeurs très
avisés des aèdes, ne manquaient pas de leur donner. C'est
celte poésie que Solon, jeune encore, rencontra en lonie
dans ses voyages, et c'est celle-lk qu il contribua k intro-
duire dans Athènes.
Représentons-nous, d'après cela, dans quelles circon-
stances dut être récité son poème sur la richesse. Un cer-
tain nombre d'Athéniens, ses amis, sont réunis : ce sont,
comme lui, des hommes qui veulent faire fortune et qui y
travaillent àprement. Dans la vie courante, du matin au soir,
ils ne se demandent guère si. en cela , ils ont tort ou rai-
son : l'instinct les mène, et leur activité même les empêche
de réfléchir. Mais, k table, pendant que les coupes cir-
culent, c'est autre chose; une pointe d'émotion comnmni-
cative est propice k la philosophie. C'est le moment où un
peu de morale ne saurait man([uer d'être bien accueilli
d'eux. Il n'est pas nécessaire qu'elle soit très neuve ni très
profonde. De vieilles idées, pourvu qu'elles soient enve-
loppées d'images ou présentées sous forme picjuante, feront
fort bien leur all'aire. Solon ne leur apporte pas autre chose.
11 s'adresse aux Muses de Piérie, « iMillants enfants de
Mnémosyne et de Zeus Olympien » ; et que leur demande-
t-il? non pas la sagess-e, ni l'éloquence, ni l'art des beaux
vers ; il estime probablement (|u k cet égard il n'a rien k
LA MORALE ET LA CUT': DANS LES POÉSIES fiE SOLON ôS.'i
désirer; mais il leur demande la richesse et la considéra-
tion. Lingénuité naïve avec laquelle ce souhait est formulé
montre simplement qu'on avouait alors, sans fausse honte,
bien des désirs qu'on a pris, depuis, l'habitude de dissimu-
ler, ou de présenter sous des dehors pkis honnêtes. Mais le
point important, c'est la réserve essentielle que faille mora-
liste, et qu'il va développer. Il veut être riche, mais il ne
veut pas l'être injustement. 11 est persuadé que la richesse
injuste ne dure pas; car, tôt ou tard, Zeus frappe le cou-
pable ou ses enfants. Partant de là, il se laisse entraîner
par ses pensées, sans s'assujettir à un ordre d'une log-ique
rig-oureuse. Il nous montre les hommes fascinés par la
richesse, désireux de l'acquérir à tout prix, et se faisant
illusion sur l'incertitude de leurs ell'orts et de leurs espé-
rances. Il termine en sig;nalant le danger secret qu'elle
recèle en elle-même, à savoir l'oubli presque nécessaire de
la modération, qui est la loi de l'humanité.
On voit immédiatement que toute la substance du poème
est une sorte de lieu commun, qui se rattache à la poésie
hésiodique, et qui avait dû être plus d'une fois utilisé par
l'élég-ie ionienne. Il est vrai que ce lieu commun pouvait
avoir des applications précises qui nous échappent, et qui,
si nous les connaissions, en aug^menteraient singulièrement
l'intérêt. En l'écoutant, plus d'un des auditeurs de Solon
devait être amené à faire tout bas son examen de cons-
cience, ou celui de son voisin. Et, bien que les élég-ies
n'aient pas eu, probablement, beaucoup plus d'efiicacité
que les sermons pour corrig-er les hommes, il n'est pas
impossible, après tout, que quelques-uns au moins en aient
profité.
Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître cju'en ce temps les
idées morales du poète n'avaient rien encore de très per-
sonnel. Tout ce qui est dit ici de la façon dont Zeus exerce
ses vengeances et de l'ég-arement qui résulte de l'excès
même de la prospérité rappelle de près ce que nous trouvons
oHP) LA MOKAI.K KT I.A CITÉ DANS I.KS dnislKS l)K SOLON
déjà chez Homère et chez Hésiode. S'il est question de jus-
tice, c'est à un point de vue tout individuel et privé. La
justice ne règle encore que les relations entre particuliers;
elle n'intéresse pas la société dans son ensemble, ni les
classes dans leurs i-apporls mutuels.
Nous avons donc là comme un premier état de la pensée
morale de Solon, où domine la tradition ancienne; et c'est
justement le grand intérêt de cette élégie, au point de vue
(jue nous avons choisi.
H
C'est dans la période de troubles immédiatement anté-
rieure à sa législation, que le génie de Solon. douloureuse-
ment instruit par les circonstances, semble avoir mûri ses
idées. Aristote nous a conservé le début du poème ({ui, dit-
il, décida les partis à le choisir comme arbitre et comme
chef du gouvernement (oixAXa/.TY;v /.y.': y.oyyny.)^. Ce n'est que
le commencement d'une phrase c{ui reste en suspens, mais
cela sulïit pour qu'on sente la profondeur et la sincérité des
émotions qui agitèrent alors son âme :
« Oui, je sais, et une douleur est au fond de mon àme
l()rs(jue je vois cette terre, la plus ancienne du nom
ionien... »
Nous devinons aisément ce qui devait suivre; et Aristote
nous en donne d'ailleurs le résumé. Ce ([u'il vovait avec
cette douleur [)rol'onde, c était le déchirement de son pays,
la haine des citoyens contre les citoyens, la dureté des
l'iches, l'ojipression et la ivvolte des paiivres. « Il condjat
cluKjue parti, nous dit Aristote, au nt)m du parti adverse;
et il discute les griefs mutuels, et enlin il demande aux uns
et aux autres de mettre lin à cette fureur de conllits ». Il y
avait donc là, évidemment, un premiei- aj^pel à une justice
1. Rvp. des Atlii'n., c. j.
I
LA MORALE liT LA CITÉ DANS LES POÉSIES DE SOLON 587
sociale, bien difFérente de celle qui se montrait à nous tout
à l'heure. Mais nous ne pouvons ici que l'entrevoir; pas-
sons à une oeuvre mieux conservée.
L'élégie que Démosthène fit lire en entier dans son dis-
cours sur r Ambassade est pour nous le témoig-nage le plus
explicite des pensées qui durent alors naître et se succéder
dans l'esprit de Solon. Tout le monde connaît cet acte d'ac-
cusation véhément, qui se termine par un élog-e de l'ordre
selon la loi {tjvo[xia). L'accusation est dirig-ée contre les
« chefs du peuple » (oy^;xou r,Y£;v,ôv£çj, ce qui ne signifie pas
ici — le contexte en fait foi — les chefs du parti populaire,
mais bien les personnages puissants qui étaient à la tête
des diverses factions. Solon leur reproche leurs dispositions
injustes (à'âixcç vioç), et, pour autoriser cette imputation, il
nous les montre violents et avides, uniquement soucieux de
s'enrichir, volant et pillant les dieux et les hommes. Puis,
tout à coup, par une véritable invention de poète, il dresse,
en face d'eux, la g-rande image de la Justice, qui les observe
en silence et qui attend son heure :
(( Ils ne s'arrêtent plus, s'écrie-t-il, devant les lois saintes
qu'a posées Diké ; mais elle, silencieuse, elle sait ce qui se
passe et ce qui s'est passé, et toujours, avec le temps, elle
vient se faire payer ce qu'on lui doit. »
Cette déesse de la justice nest plus tout à fait, comme
on le voit, celle d'Hésiode, la vierge faible et craintive,
maltraitée par des mains brutales, et t{ui criait à son père
pour obtenir protection. Elle a maintenant une force
patiente, elle attend parce qu'elle est sûre de ses fins, et,
dans le silence efïrayant où elle s'enveloppe, elle ressemble
aux lois mystérieuses et inéluctables de la nature, que
rien ne presse, mais que rien non plus n'arrête ni ne retarde.
Or, ce qui l'a ainsi grandie, nous le sentons ici, ce n'est
pas seulement le progrès général de la réflexion, mais c'est
aussi et surtout qu'elle s'est peu à peu associée ;i la vie
générale de la cité. Chez Homère et chez Hésiode, elle
1903. .iO
588 LA .MOHALK 1:T LA Cl IL DANS LLS PULSILS DL SOLON
n'avait guère à régler que des dillérends privés, des contes-
tations d'héritage ou des partages litigieux ; elle personnifiait
uniquement la sentence des arbitres ; elle siégeait entre les
plaideurs et elle s'appuyait sur le serment. A présent, il en
est tout autrement. Au milieu de ces conflits et de ces
revendications, à travers lesquels la cité tend à s'organiser,
elle apparaît comme une puissance d'équité qui seule peut
créer un état de choses durable. Le poète lui conserve sa
figure mythique, et il semble qu'il parle, k peu de chose
près, le langage de ses devanciers; mais ce langage, vrai-
ment, tout ancien et traditionnel en apparence, énonce des
pensées qui sont nouvelles.
(Quelle est, en elîel, pour lui la conséquence de ces ^ io-
lences faites à la justice? C'est la servitude j^i'^'t^haine, la
guerre civile, les haines et les complots, c'est-à-dire la des-
truction de la cité à brève échéance :
(( Ce sont, dit-il, les citoyens eux-mêmes qui veulent
détruire cette grande ville par leur propi'c folie, en ne son-
geant qu'à l'or qui les séduit ».
Et déjà, il note des faits de violence ({ui lui semblent
intolérables : des pauvres vendus comme esclaves à l'étran-
ger, le domicile des citoyens forcé, la contrainte odieuse
pénétrant jusqu'au foyer :
« Ainsi le mal de la cité s'insinue en chaque maison ; les
portes extérieures ne sont plus assez fortes pour l'ari-èter :
il s'élance, il franchit le seuil; il saisit le malheureux, (jiii
fuit en vain tout au fond de sa demeure ».
C'est là ce qu'il appelle d'un mot le désordre moral
(cu7vo[;.'!a), et c'est à cela ({u'il oppose cette eunomie, qui
seule peut sauver .Vthènes, et (pii n'est, en somme, pour
lui, (jiic la forme sociale et p(>liti([ue de la justice. L'éloge
(ju'il en fait a prcscpu' le lourd 1 l'ian d un hymuf :
« Elle aplanit les aspérités, elle nul lin aux excès, elle
éteint la flannne de 1 insolence, elle dessèche en sa floraison
la folie fatale (pii grandissait, elle redresse les jugements
K-
II
L\ MORALE El LA CI IL DANS Li;s PUÉSIKS Di: SOLO.N TiSU
tortueux, elle adoucit les actes violents, elle fait cesser
l'action de la discorde et la colère des. âpres contestations ;
par elle, tout, dans un peuple, devient ordre et sag-esse ».
Il n'est pas douteux qu'en ces années d'épreuve, qui
furent aussi pour lui une période de candidature, Solon
n'ait écrit et répandu dans le public plusieurs poèmes animés
du même esprit, et qu'il n'ait agi par là très fortement sur
l'opinion. On pourrait dire qu'il fît une campagnie électorale
avec des élég-ies, comme on en fait aujourd'hui avec des
articles de journaux ou des discours. Le poème qui vient
d'être analysé peut sans doute être considéré comme le
résumé de beaucoup d'autres. Car c'est le propre des cam-
pag'nes électorales, en tout temps et en tout pays, qu'on y
répète souvent les mêmes choses. Mais quand celui qui les
répète croit à ce cpi'il dit. il arrive que ces choses ainsi
répétées prennent possession de lui et qu'elles constituent,
dans son être moral, une force nouvelle de pensée et d'ac-
tion.
Les idées que nous venons de noter avaient déjà trans-
formé le poète de tradition ionienne qui s'offrait à nous au
début de cette étude. Elles allaient maintenant se préciser
dans son œuvre lég-islative, et c'est ainsi achevées que nous
les retrouvons dans les dernières poésies dont il me reste à
pai'ler.
III
Lorsque Solon eut donné aux Athéniens les lois qu'ils
lui avaient demandées et qu'il se fut démis du pouvoir, ces
lois devinrent naturellement l'objet de discussions passion-
nées. L'histoire atteste qu'après une pacification peu
durable, la lutte reprit entre les partis, aussi ardente que
jamais, et l'on sait qu'elle dura jusqu'au jour où Pisistrate,
par une série de coups d'Ktat, imposa son autorité à ce
peuple qui n'avait pas su être libre.
O90 I.A MOI'.Al.l-: KT LA CITÉ DANS LES POÉSIES DE SOLON
Dans cette période d'agitation, des critiques acerbes s'éle-
vèrent contre Solon. C'était à lui que tout le monde s'en
prenait; car il avait voulu concilier des passions opposées,
et, selon l'ordinaire, il n'avait satisfait personne. Mais il
n'était pas homme à se laisser injurier sans rien dire. Kt il
se défendit k sa manière, qui n'était pas celle du premier
venu, c'est-à-dire en poète irrité, avec une verve, une élo-
quence et une vivacitc'. qui semblent avoir persisté en lui
jusqu'à la fin.
Les poésies qu'il composa dans cette dernière partie de
sa vie se répartissent évidemment sur une assez long^ue
durée, qu'on peut évaluer à une trentaine d'années; ce sont
des iambes et des élé^^ies. Les rares fragments qui nous en
restent ne se prêtent guère à un classement chronologique
tant soit peu rigoureux; mais ce classement est inutile ici;
car, à ce moment, ses idées étaient faites, et il n'y a pas Tj
lieu de penser quelles aient sensiblement varié. ^
Ce qui en fait le fond, c'est une conception de la justice
toute concrète et vraiment sociale. Elle se résume en un
petit nombre d'exigences fondamentales, (pii ne peuvent
être éludées sans que la cité elle-même soit détruite. Il
aurait fallu, suivant lui, que la petite propriété, le domaine
du pauvre, unique garantie de sa subsistance, fût à 1 abri
de Tusure qui la dévorait; que l'Athénien, en aucun cas, ne
pût être vendu à l'étranger, et, par conséquent, cesser
d'être Athénien; enfin que, dans son pays même, l'homme
libre n'eût pas à craindre de devenir esclave d'un créancier
impitoyable. C'était là ce qu'il avait voulu faire et ce qu'il
se flattait d'avoir réalisé, comme il l'atteste dans de fort
beaux vers, cités en partie par Plutarque. vu partie par
yElius Aristide, vers qui; nous lisons aujourd'hui, sous une
forme plus complète et j)lus correcte, dans la licpublique
des Alliénicns d'Aristole. 11 serait trop long de les traduire
ici. Rappelons seulement quel accent de conviction, de fierté
et d<' salisfaclion patriotique s'y laisse sentir dans tous les
LA MoliAI.K i:r LA Cil K I>ANS Li;S l'( (KSI i;s DK SdLON o9 1
détails, et avec quelle noble et relig-ieiise contiance l'homme
d'État invoque, devant le tribunal du temps, le témoignage
de la <( terre noire, mère vénérée des dieux Olympiens »,
atlVanchie par lui des servitudes que l'usure lui avait impo-
sées.
C'est atfaire aux historiens d'expliquer et de discuter de
près les mesures prises par Solon. Ce que nous devons
faire ressortir, à un point de vue plus spécial, c'est l'idée
essentielle d'oi:i elles procèdent, idée dont le caractère se
marque dans la façon même dont il en parle.
Nous n'avons pas devant nous un philosophe qui éprouve
le besoin de remonter aux principes ni de justifier ses actes
doctrinalement. La question de la propriété et de ses
limites, celle des droits de l'État, ou encore de l'inviolabi-
lité de la personne humaine , et quelques autres qui nous
paraissent à nous impliquées dans ses actes de la façon la
plus évidente, et dont la gravité ne laisse pas que de nous
troubler lorsque nous voulons les juger, tout cela lui est
totalement étranger. Ces questions, en etî'et , personne
encore ne les avait formulées dans le monde grec. S'il est
probable qu'on les apercevait déjà confusément derrière les
problèmes pratiques qu'il s'agissait de résoudre, en tout cas
ces futures théories n'apparaissaient encore que comme
l'expression d'intérêts individuels ou collectifs; et il est
plus facile, en somme, d'imposer des concessions aux inté-
rêts qu'aux théories; car les intérêts cèdent à la contrainte,
tandis que les théories sincères ne cèdent qu'à la force de
la raison. Solon, nous le voyons assez par tout ce qu'il dit,
n'obéissait à aucune doctrine ; il ne se doutait même pas
qu'il y eût, en de telles choses, matière à doctrine : il
agissait simplement au nom de l'équité, c'est-à-dire en se
conformant à un certain idéal de justice que la vie sociale
avait peu à peu créé, et qui resplendissait avec une clarté
particulière dans son esprit lucide et pratique.
Or c'est là justement ce qui mérite d'être signalé. Les
oi)2 i.\ MitR.M.i-: r;i- i.a ciik dans i,i:s i'oksiks dk soi. on
révolutions el les guerres civiles ([ue subissaient, alors, tour
à tour, presque toutes les cités g^recques, avaient dû causer
bien des sculFrances. Mais on se dit, en lisant de tels vers,
quelles n'étaient pas sans jii'ofit pour le développement
moral de 1 hellénisme. Le sentiment du droit des plus
faibles, celui de la diirnité humaine et (ruiic certaine liberté
qui en est la condition nécessaire, l'aspiration à une égalité
au moins proportionnelle, enfin une notion nouvelle de la
solidarité politique, se manifestaient spontanément, là où
la vie sociale était le plus intense, et devenaient autant
d'éléments de l'idée de justice élargie et transformée'.
C'est ce que Solon exprimait ii sa manière, lorsqu'il di.sait :
« J'ai écrit des lois qui sajjplicjuent également au grand
et au petit, et j'ai su adapter, selon le droit, la justice à
chacun - ».
Haute et féconde pensée, (pi'il n'avait pas trouvée chez
les poètes ses devanciers ni dans les inspirations ioniennes
de sa jeunesse, mais qui lui venait directement du contact
avec la vie de la cité.
IV
Il laut ajouter (jue les mêmes poésies attestent chez leur
auteur un all'ermissement du caractère ou même un enno-
blissement de l'âme, dus aux mêmes influences.
Au milieu des contradictions qui viennent l'assaillir,
Solon, se jugeant lui-même, dégage sa pensée iiitime et
aiïirme ses princi[)es avec force.
1. On ((iiiiuiil le mut ;illiil)ii('' i'i Snlmi i)ai- l'hitai'iiuc Siilon, c. X\'1I1) :
« La citi- la ]iiicii\ consliliK'o est (•clic mi les citoyens non lésés défendent
ceux (lui le sont, mm iiiniiis cncri;i(|iu'mciil (|iic siU i'claicnl eux-mêmes, et
travaillent à punir l'injuslii-c. •>
2. Arist., I{('i>. des Alh.. pass. cite, v. Is :
ïypOL'^OL...
LA MORALE ET LA CITÉ DANS LES POÉSIES DE SOLON 593
Une modération consciente et réfléchie a été sa règle, et
il s'en fait honneur : il lui a fallu, pour être modéré, lutter
contre des furieux, qui ne voulaient pas permettre qu'il le
fût : et il l'a été héroïquement, en dépit des objurgations
violentes et des outrages que les divers partis lui adres-
saient également. L'aristocratie voulait qu'il écrasât le
peuple, le peuple voulait qu'on en finît avec l'aristocratie.
« Si j'avais eu mêmes sentiments que nos adversaires, ou
si j'avais fait ce que les autres voulaient qu'on leur fit,
cette ville eût été veuve de beaucoup de ses citoyens. Mais
moi, je faisais front et je me défendais de tous les côtés,
tournant sur moi-même comme le loup au milieu des
chiens '. »
Et il ajoute, plus loin, en usant d'une autre image non
moins expressive :
« Je me suis dressé entre eux , comme une pierre de
bornage entre deux champs contestéjs-. »
Cette modération, au fond, nous le voyons, ce n'était
encore que le sentiment de la justice, mais c'était un senti-
ment actif, combattant avec énergie, et soutenu par une
volonté inébranlable. « Ce que j'ai fait, dit-il ailleurs, je l'ai
fait d'autorité, associant la force avec la justice, et par là
j'ai pu accomplir ce que j'avais promis"'. »
Et lorsqu'il embrasse son œuvre entière d'un coup d'oeil,
dans une élégie qui est d'un ton plus apaisé et qui peut
avoir été composée plus tard, il la représente comme une
œuvre de conciliation. Il n'a, dit-il, ni abaissé ni exalté le
peuple ; il n'a pas humilié ni dépouillé non plus ceux qui
étaient riches et puissants; mais, ajoute-t-il :
(( Je me suis tenu entre les deux partis, opposant à cha-
cun mon solide bouclier, et je n'ai permis, ni aux uns ni aux
autres, de vaincre injustement. «
1. Arist., Bép. des Alh., pass. cité, y. 22.
2. Ihiil.. fin du cliajiitre.
3. Ibid.. V. 15.
o9i 1 A M<ii;u.i; i:r i.a ( iik dsns lfs poksiks ui: solon
Voilà donc uu trait de caractère qui ressort vivement, et
qu'il s'applique lui-même à faire ressortir. Nous voyons là
une réelle vertu, née dans la g-uerre civile ; et, dès quelle
inspire le poète, elle chasse hien loin les lieux communs de
la tradition, pour y substituer une atlirmation très fière de
sa personnalité, due au sentiment du devoii' et du bien
public.
La conscience de son désintéressement ne l'inspire pas
moins heureusement. Les fraji^ments de son poème adressé
à Phocos nous font en quelque sorte entendre encore les
moqueries de ceux qui ne pouAaient comprendre qu'ayant
eu (Ml mains le |)ouvoir su|)rènif. il uv l'eût pas g-ardé.
« Non \iMiniorit. Sobui n était p:is 1 lionunc avisé, ni le
politi(pie (pie nous croyions : ce que les dieux lui donnaient
de bon. il n'a pas voulu l'accepter. Le gibier était pris :
mais lui. tout ébahi, il a oid)lié de tiri'r le lild ; c'est (piil
a man([ué de coeur i-t i^erdu la tète. Ah ! si, moi, j'avais eu
le pouvoir, j'aurais voulu me faire riche à satiété, et, j)our
être tyran d'Athènes, ne fût-ce qu un seul jour, j'aurais
consenti h ce qu'on fit ensuite une outre avec ma peau et à
ce que ma race fût anéantie '. »
C était déjà faire la satire de ces sentiments (pie de leur
prêter ce cynisme ingénu. Mais Solon ne dédaigne pas d'y
l'épondre dii-ectement :
(( Si j'ai éparg'iié la tcnc de mes pères, si jai refusé de
saisir la tyrannie et le pouNoir \ioIenl. (pii eût souillé et
déshonoré mon nom, je n'en suis pas humilié. Car, c'est
justement par là que je pense l'emjjorter plus glorieusement
sur tous les hommes 2. »
Il est possible (pie Solon n ait |)as eu g-rand clï'ort à faire
pour se défendre de l'ambition : il était trop clairvoyant
pour n Cn pas deviner les anierl unies et les déceptions.
1. Pliilarquo, Snlim. r. WV
•2. Ihid.
LA MOHALE KT LA CITL DANS LES POESIF.S DE SOLON
595
avant même de les avoir éprouvées. Mais nous n'avons
aucune raison pour ne pas croire qu'à cette sagesse natu-
relle se soient associés les motifs élevés qu'il laisse deviner
dans ses vers. Il considérait la tyrannie comme une vio-
lence, et la violence lui répugnait, parce qu'il avait foi dans
la justice et la liberté.
Les événements qui suivirent durent mettre cette foi à
une rude épreuve. Solon vit se préparer la tyrannie de
Pisistrate. et il avertit vainement ses concitoyens dans des
vers dont nous possédons encore quelques fragments.
Lorsque ses prédictions furent réalisées, il se donna le plai-
sir de leur répéter, à plusieurs reprises et sous diverses
formes, l'éternel reproche des sages à ceux qui ont refusé
de les écouter : k Je vous l'avait bien dit ». Mais il semble
qu'il l'ait fait sans aigreur et sans dureté. La vieillesse, qui
n'émoussait pas son esprit, n'assombrissait pas non plus
son humeur bienveillante et aimable. Il continviait à aimer
la vie, et, s'il faut en croire Plutarque, il associait encore
un certain goût pour le plaisir à l'attachement qu'il gardait
aux muses •. Si les années lui apportaient quelques désillu-
sions, il se contentait sans doute de compter ces leçons de
choses au nombre des bénéfices qu'il devait à l'expérience,
et il répétait à ses amis le vers charmant qui reste plus
particulièrement attaché à son souvenir :
« Je vieilHs, en apprenant chaque jour beaucoup de choses. »
V
J'ai essayé de montrer, dans cette rapide étude, quelles
hautes pensées morales la vie publique avait fait naître, au
début du vi" siècle, chez un homme qui, par ses premières
1. Plut., Sur l'Amour, c. \\
2. Pluf., Vie (le Snlon. v.XXW.
596 LA MORALE ET LA CITÉ DANS LES POÉSIES DE SOLON
œuvres, n'y semblait pas spécialement prédestiné. Il est fort
probable que. dans le même temps, des pensées analot(ues
ont dû se produire dans d autres cités, et qu'elles ont été
exprimées par d'autres poètes ou moralistes dont nous
ignorons les œuvres. Mais le grand nom de Solon. autant
peut-être que son mérite poétique, a été cause qu'Athènes a
gardé l'honneur de leur avoir donné place la première dans
le trésor de sa littérature.
Il eût été plus glorieux encore pour elle de les mettre en
pratique. Mais il faut reconnaître qu'à cet égard tout ce
qu'elle avait d'esprit lui servit fort peu. (Juelcjuc indulgence
(juon soit porté à éprouver pour un peuple qui a créé tant
de belles choses, il est diflîcile de ne pas avouer que le sens
du gouvernement polili(jue fut toujours bien faible chez
lui, et qu'il n'a guère réussi à organiser, comme Solon
l'avait espéré et voulu, la justice dans la liberté. Toutefois,
Fœuvre de Solon, œuvre législative et poétique à la fois,
ne fut pas stérile. Elle resta, dans la vie publique, comme
un idéal, que les meilleurs citoyens aimaient à invoquer et
qui leur prétait son autorité; et elle devint, dans la vie
morale et intellectuelle, comme une source de i)onnes
pensées, que de grands esprits accrurent peu à peu. et ((ui.
peut-être, attendent encore leur réalisation.
SÉAXCK DU 20 NOVEMBRE
M. le Ministre de rinstriiction publique et des beaux-arts,
dans une lettre qu'il adresse au Secrétaire perpétuel, invite
TAcadémie à procéder à la désignation de deux candidats à la
chaire de langue et littérature française du moyen âge, vacante
au Collège de France par suite du décès de M. Gaston Paris.
L'Académie procédera à cette désignation dans sa prochaine
séance.
M. Héron de "\'illefosse fait la communication suivante :
« Sur Tavis de la section d'archéologie du Comité des travaux
historiques, M. le Ministre de l'instruction publique a bien
voulu accorder une subvention de 1.000 francs au R. P. Germer-
Durand afin de l'aider à entreprendre un voyage scientifique en
Arabie. M. le Directeur de renseignement supérieur, à la
demande de la section d'archéologie, ma autorisé à rendre
compte sommairement à l'Académie des résultats de ce voyage.
« Les recherches du R. P. Germer-Dui^and en Arabie ont eu
pour objet principal la reconnaissance de la route romaine
construite par Trajan entre Bostra et Philadelphie. C'est une
section importante de la grande voie qui mettait en communica-
tion les frontières de la Syrie et la mer Rouge, via nova a fini-
bus Syriae usqiie ad mare riihrum, comme le disent les mil-
liaires. Cette exploration présentait certaines difficultés, surtout
entre Bostra et Gadda, où la région que traverse la voie est
habitée par des tribus insoumises et tellement turbulentes que le
gouvernement ottoman, dans son impuissance à y rétablir l'ordre,
avait pris le parti d'en interdire l'accès aux voyageurs étrangers.
Grâce aux bons offices de M. Savoye, consul général de France à
Damas, cette interdiction a été heureusement levée en faveur du
R. P. Germér-Durand, auquel les Turcs ont même donné une escorte
.de gendarmes. Les directeurs des chantiers du nouveau chemin
de fer de la Mecque lui ont fourni, de leur côté, la quantité
rm
sÉANCK 1)1 20 .n(»vi;mi;i!i; HIOM
d'eau nécessaire à son ravilaillemeiil. I.cs deux plus j;i'aiitles
dillicultés du voyage étanl ainsi levées, le I». F. (ieiMuer-Durand
a pu l'aire une exploration fructueuse et complète. Au sud de
Philadelphie, la voie romaine n"a pu être reconnue dune façon
aussi certaine. Au N.-O. de Bostra, dans la direction d'Adra'a,
la voie romaine a conservé presque partout son ancien pavage ;
mais sur les 24 milles qu'elle mesure, on ne rencontre pas une
seule borne milliaire.
« Entre Bostra et Philadelphie, l'explorateur a relevé les
inscriptions, encore inédites, de près de 6U hoiiies milliaires. (^es
bornes portent, comme d'ordinaire, les noms de l'empereur
rég"nant avec la date exacte de lannée de leur érection ; on y lit.
en outre, le nom du légat qui administrait la province d"Arai)ie
à la même époque. Elles nlfrent donc non seulement un intérêt
géographique, mais encore un inlci'êt historique de ])remier
ordre. Le B. P. Germer-Diu-and y a relevé les noms de plusieurs
légats d'Arabie déjà connus, Aelius Severianus Maximus, G.
Claudius SeveiMis, l'iavius .lulianus, l'urnius .Inliaiuis. P. Julius
Geminius Marcianus et L). Scrihoniiis Tenax. Il a pu préciser la
date de la légation de ce dernier, qui était restée incertaine. A
l'aide de six textes nouveaux, il a établi les noms complets dun
autre légat, du commencement du règne de Commode, dont le
surnom F/'o/j/o était seul parvenu jusqu'à nous : ce légat s'appelait
en réalité FI. Julius Fronlo, et non pas M. Cornélius Fronto comme
l'avaient supposé les éditeurs du Coi'pus latin. Enlin. il a décou-
vert deux milliaires portant le noni d un nouveau gouverneur,
du temps de Maximin, Si'r)i<im'us Pnuulus. Ce dernier est un
personnage fort intéressant, (pii (lr\ inl pi-élet de Borne, en i.'ÎU,
sous Gordien III ; sa légation d'Arabie était restée inctuuuie.
(' Fne autre découverte de la plus haute importance est celle
d'un milliaire intact portant les noms et Imis les titres de \"aballath,
fils de Zénobie i270--271); il était plaié au XI'' mille depuis
l^ostra. Je crois [)ouvoir en présenter à l.Vcadémie le texte
complet :
IM CAESARI L IVLIO
AVRELIO SEPTIMIO
VABALLATHO
SÉANCli DU 20 NOVKMISKI: 1903 599
ATH ENODORO PER
S I CO MAX I MO ARA
BICO M AXIMO ADIA
BENICO MAXIMO RIO
FELICI INVICTO AV
« Cette inscription a dû être gravée entre le '29 août 270 et le
28 août 271 , dans le courant de la cinquième année qui suivit la
mort d'Odeynath. Comme l'a établi Waddington, à Taide des
monnaies de \^aballath, c'est le moment où ce prince, atîîrmant
son indépendance, prit le titre d'Auguste et cessa de placer le
portrait d'Aurélien sur le revers de ses monnaies, pendant la
seconde année du règne de cet empereur. Pour la première fois,
une inscription latine complète nous fournit la preuve otiicielle
de la révolte de L. Julius Aurelius Septimius Vaballathus Athe-
nodorus.On remarquera qu'il prend ici tous les titres des empe-
reurs romains et qu'il s'intitule notamment Peisicus m,Tximus,
Arabicus ma.rimus, Adiabenicus niaximii.s.
« Au 'MY mille, le R. P. Germer-Durand a retrouvé un autre
milliaire mutilé avec la même formule. Déjà Kratft avait signalé,
à deux heures au nord de Burdj-er-Rihân, une borne milliaire
sur laquelle il avait reconnu les mots Imperaton et Athenodoro '.
<( Le R. P. Germer-Durand a relevé, en outre, vingt-cinq
inscriptions inédites, latines ou grecques, parmi lesquelles il faut
noter plusieurs acclamations de victoire en l'honneur de Julien et
trois textes nabathéens dont les estampages seront remis par les
soins du Ministère de l'instruction publique à la Commission des
inscriptions sémitiques.
« Toutes ces inscriptions seront bientôt publiées. L'Académie
s'associera, je n'en doute pas, aux félicitations que j'adresse ici
au R. P. Germer-Dui-and pour son zèle, son activité et le succès
de ses recherches. Au moment où l'Arabie est parcourue par
plusieurs missions étrangères, il aura eu le mérite de conserver
à la France le bénétice d'une très intéressante exploration. »
1. Watldington, Inxcr. (jvecques et Intincx de Syiie. p. ()04, col. 2.ii.261];
Corp. iiisrr. litlin., III. p. 10, n. 200 <i.
600 sKA.Nci; DL 21» NovKMr.iii: l'.H)3
M. Senakt donne lecture dune lettre de M. Finot, directeur
de l'Ecole française d'Extrême-Orient, lequel communique à
l'Acadéniie une photoj,rraphie de toute une parure d'or de demi-
grandeur naturelle, qui vient dètre découverte au cours des
fouilles qu'exécute à My-Son. en Indo-Chine, M. Parmentier,
pensionnaire de l'Ecole. Tous les objets, diadème, gorgerin, bra-
celets, etc., sont en or: ils ont probablement été destinés à orner
une statue divine aux jours de cérémonie. La date précise n'en
peut être encore fixée avec certitude. Mais ils sont certainement
antérieurs au x'' siècle; leur parfaite conservation et leur inat-
taquable authenticité leur assurent un intérêt très vif pour la
connaissance de l'art cham-cambodgien dérivé des modèles
indous.
Voici la lettre de M. Finot :
Hanoï. 2 octobre 1903.
Les fouilles du temple de Bhadreçvara à My-Sou i Anuam , dirigées
par M. IL Parmentier, architecte, pensionnaire de l'IÀ-ole française
d'Extrême-Orient, assisté de M. Charles Carpeaux, ont amené la
découverte d'un assez grand nombre d'inscriptions et de sculptures.
Mais la dernière trouvaille mérite tout particulièrement d'être portée
à la connaissance de l'Académie en raison de l'extrême rareté des
objets qui viennent d'être mis au jour.
Sous les maçonneries de fondation d'un [H'til sancluiiire se Irou-
vail ruU'irê un vase en terre fiTmê par nii plat de cuivi-e. Ce vase,
(ju'on a dû briser pour en extraire le contenu, renfermait une parure
complète de divinité de demi-grandeur.
Voici le détail des objets composant cette parure :
Un mukuta, or et argent, avec une gemme brute au cimier;
Un gorgerin d'or;
Un collier d'or;
Une ceintuie d'or;
Deux l)racelets de bras, d'or;
Deux bracelets d'avant-bras, d'or;
Deux bracelets de chevilles, d'or;
Deux boucles d'oreilles, en or;
(Juatre fleurs d'or.
Il fiiiit y ajouter deux petits Hn^ols d'or sur Mànadroi.ii (l'ar^:eiit.
Il est inutile d'insister sui- l'imporl.ince que |)réspnte pour l'his-
loirc de i'iirl dans li's anciens Hlal^ iiin<liMis de llndo-Cliine cette
SÉA.NCli DL '20 NOVKMIJHE 1903 GUI
série d"ol)jt'Ls d'une indisculable antiquité. La photographie jointe à
cette note permettra à lAcadémie de s'en former une idée appro-
chée.
Je saisis cette occasion de rendre une fois de plus hommage aux
rares qualités déployées par M. Parmentier dans l'exécution des
travaux qui lui ont été confiés par l'Ecole. Je me suis rendu récem-
ment à My-Son pour me rendre compte de l'état de l'important tra-
vail <|ue nous y avons entrepris, et je suis heureux de dire que la
méthode avec laquelle ces fouilles sont conduites est au-dessus de
tout éloge.
FiNor.
M. HoMOLLE, directeur de TÉcole française d'Athènes, annonce
que M. le duc de Loubat a lait un nouveau don de 50.000 francs
pour la continuation des fouilles de Délos. Il annonce ensuite
que M. Goedoop a donné à la section néerlandaise de l'Ecole
d'Athènes une somme de 10.000 francs, pour entreprendre des
fouilles à Ithaque. Il annonce enlin que la restauration du Tré-
sor des Athéniens à Delphes, pour laquelle la municipalité
d'Athènes a voté une subvention de 20.000 drachmes, a atteint
la onzième assise.
LAcadémie s'associe à M. Homolle pour adresser ses plus
sincères remerciements à ces généreux donateurs.
M. Noël V.\i.ois entretient l'Académie d'un ouvrage inédit de
Marsile de Padoue, le célèbre hérétique du commencement du
xiv'' siècle. Cet ouvrage, intitulé Defensor ininor, et conservé à
Oxford, est une suite et un complément du fameux Defensor
pacis où étaient posés les principes de la souveraineté du peuple,
de l'égalité des prêtres, de la subordination de l'Eglise à l'Etat
la'ïque. Dans le Defensor minor, Marsile de Padoue développe
des idées analogues, mais se montre plus que jamais courtisan
de Louis de Ba\ière : ses théories démocratiques aboutissent à la
reconnaissance de l'omnipotence impériale. M. ^'alois croit pou-
voir dater de 13'i8 la rédaction de ce nouvel ouvrage.
M. Salomon Reinach annonce que M. Bruno Sauer, profes-
seur à Giessen, a démontré que la tête provenant du Parthénon,
appartenant à M. le marquis de Labordo, à Paris, a fait jjartie du
(i02 LlVKliS OFFERTS
fronton oriental du Parthénon, et que la figure de déesse que
surmontait cette tête était celle d'Artémis.
M. Héron ue Villefosse rappelle que M. Ktienne Michon,
conservateur-adjoint au Musée du Louvre, a fourni à M. B.
Sauer des renseignements précis sur l'état de la tète en marbre
de la collection du marquis de Laborde.
L'Académie propose, pour le prix ordinaire à décerner, en 1900,
sur les Tonds du budget, le sujet suivant :
Étudier une période de V histoire ancienne du Japon. L ou-
vrage présenté à l" Académie devra être soit un mémoire suivi
de la traduction de textes japonais tirés de la littérature histo-
rique, géographique ou épigraphique, soit une traduction d'un
livre historique Japonais accompagnée d'un commentaire cri-
tique.
Tous les travaux présentés, mémoires ou traductions, devront
être entièrement inédits et manuscrits. Ils devront être accom-
pagnés d'un pli cacheté contenant le nom de Tauteur, et déposés
au Secrétariat de l'Institut avant le 1" janvier 1906.
Le prix est de la valeur de deux mille francs.
LIVRES OFFERTS
M. Dklisle faithoininayeà rAcndéniic de lopuscule olTerl par M. le
professeur Traube et par lui à M. (laston lîoissiEit |)Our le jul)iié de
notre confrère et relatif ii un ft'uillel de papyrus dont la (lécouvcrte,
à Saint-Pétersbourg, a été signalée à rAcadémic dans une séance du
mois daoùl dernier. Cet opuscule est intitulé : Un feuillet retrouvé
du reriieil érril sur i).-ip!/rus de lettres et de .'germons de suint Auf/ustin,
par le professeur Traube, membre de rAcadémic royale de Bavière,
et Léopold Delisle, membre de linslilut (Paris. lOOM, iii-«"; exlr. de
In liihliothèfjue de l'Érol'' '/'-s Ch.-irtru, lonic LXIV).
LIVRES OFFERTS 603
M. Delisle ofTre. en outre :
1" Au nom de M. Léon Dorez, les deux opuscules suivants :
Lp nirinuscril de Dante offerL par Jacques Minut au roi François I"'
(Paris, 1903, in-S^ ; extr. do la Revue des Bibliothèques, juillet-août
1903) ;
Les archives du Gouvernement à Luxembourg. I. Travaux relatifs
à ces archives. Liventnires de .l/.U. Wùrth-Paquet et Van Wervcke.
II. Les ascendants paternels de Jeanne d'Arc seraient-ils d'orir/ine
lorr-aine'? (Paris, 1903, in-8'>; exLr. de la même Revue, juilk'l-aoùt
1903).
2° Au nom de M. le chanoine Ulysse Chevalier, les 4" et 6« fasci-
cules de son Répertoire des soui-ces historiques du moyen âye (Montbé-
liard, 1900 et 1903, in-S").
M. Barbieu de Mevnard [)résente, au nom de l'auteur, les deux
ouvrages suivants :
1° Les Benou Ghnnya, et leur lutte contre l'empire Almuhade, par
Alfred Bel, professeur à la Faculté de Tlemcen (Paris, 1903, in-S",
XXVII et 3:jl p.).
Cet ouvrage sera une utile contribution à l'histoire de la domina-
tion musulmane dans TAfrirpie septentrionale sur laquelle planent
encore tant d'obscurités. M. Bel a compris qu'avant de songer à un
travail d'ensemble, il était nécessaire d'en jeter les bases par une
série d'études particulières sur les dynasties qui se sont disputé la
souveraineté du Maghreb. C'est le but qu'il s'est proposé en prenant
pour sujet de ses recherches l'histoire de la révolte d'une famille
alliée aux Almoravides, les Benou Ghànya, princes des Baléares, con tre
la puissante dynastie des Almohades. Cette lutte qui ne dura guère
plus de cinquante ans (de 1126 à 118;j p. J.-C.) et se termina par la
défaite des Benou Ghânya est, comme on le voit, une querelle entre
Musulmans, et c'est surtout aux chroniqueurs arabes que l'auteur a
dû en demander le récit. Toutes les sources indigènes, — et elles
sont nombreuses, — ont été par lui mises à contribution et étudiées
avec un souci de la vérité historique qu'il est juste de reconnaître.
C'est un document moins important par le fond que par la critique
minutieuse avec laquelle M. Bel a su l'interpréter et qui, à ce titre,
fournira au futur historien de l'Afrique musulmane des matériaux
d'une incontestable valeur.
2° La DJdzya, chanson arabe, précédée d'observations sur quelques
légendes arabes, etc., par Alfred Bel (extrait du Journal asiatique,
1903, 192 p.).
1903. 41
604 SÉANCE DU 27 NOVEMBRE 1903
Cette légende est une chanson de geste en 78 vers, qui a jjour
point de départ la grande invasion de l'Afrique du Nord, au xi'' siècle,
par des tribus arabes où les Béni Hilah occupent le premier rang. Elle
nous donne une peinture fidèle de la vie, du caractère et des aspira-
tions des tribus nomades transplantées svn- la terre d'Afrique. Elle a
été l'objet d'une vaste littérature dont la version recueillie par M. Bel
est la plus répandue et la plus poétique. Dans une introduction très
développée, le traducteur, après avoir recherché les origines histo-
riques de cette épopée populaire et énuméré les travaux qu'elle a
provoqués en Europe, étudie le caractère des personnages de la
Chanson et le rôle de Djâzia qui lui a donné son nom , héroïne
célèbre par sa beauté et par son intrépidité sur le champ de bataille.
Le texte arabe est particulièrement intéressant parce qu'il appartient
à la famille des dialectes du Sud-Oranais. Il est accompagné dune
traduction littérale, et les passages difficiles sont expliqués par des
notes auxquelles on ne peut reprocher qu'un peu de prolixité. Un
double index termine utilement ce travail qui fait honneur à l'Ecole
des Lettres d'Alger dont M. Bel a été un des meilleurs élèves.
SÉANCE DU 27 NOVEMBRE
L'Académie procède à la nomination de deux Commissions (jui
seront chargées de présenter des candidats, Tune à trois places
de correspondants français, l'autre à une place de correspondant
étranger.
Sont élus :
Pour les correspondants français : MM. Delisle, G. Boissier,
Coi.i.iGNON, Babki.on.
Pour les correspondants étrangers : MM. iiuii.vi., IIi:iion dl:
ViLLEFOSSE, BaKTII, LeGER.
L'Académie procède ciisuile à la désignation i\c deux candi-
dats à la chaire de langue et littérature française du moyen âge,
LIVRKS OFFERTS GOo
vacante au Gollèj^e de France par suite du décès de AI. Gaston
Paris.
M, Bédier est présenté en première ligne par 26 suffrages,
contre 3 donnés à M. Jeanroy et 1 à M. Langlois.
M. Jeanroy est présenté en seconde ligne par 23 suffrages,
contre 3 donnés à M. Langlois et un bulletin blanc.
M. Rodocanachi fait une communication sur la formation des
Musées Capitolins.
LI\RES OFFERTS
Le Secrétahse perpétuel oll're, au nom des auteurs, les ouvrages
suivants :
Genèse de la cryptographie apostolique et de Varchitecture rituelle
du premier au seizième siècle, par feu M. Théophile Beaudoire (Paris,
1903, in-S"! ;
Jésus von Xazareth, par M. Wiihelm German (Schwabischer Hall,
1903, in-8°}.
M. Paul VioLLET offre, de la part de notre confrère M. de Boislisle,
un opuscule intitulé : Le grand hiver et la disette de 1709 (Paris,
1003, in-8°j.
M. d'Arbois de Jcbainville offre à FAcadémie son volume intitulé :
Les Celtes depuis les temps les plus anciens Jusqu'en l'an 100 avant
notre ère. Etude historique (Paris, 1904, in-S").
M. G. Pkrrot dépose sur le bureau de rAcadémie l'article qu'il a
publié dans les Mélanges Boissier, et qui est intitulé : L'Hécyre de
Térence et la Dame aux Camélias d'Alexandre Dumas fils (Paris,
1903, in-S").
M. Louis Léger offre à l'Académie de la part de M. le docteur Ivan
Schischmanov, ministre do l'Instruction publique de la principauté
606 LIVKKS OFFERTS
(le Bulgarie, dix-neuf volumes du Shomili za Nurodni Umoivorenija,
nauko i knizina^, recueil publié sous les auspices du Ministère de
l'instruction publique et dont les premières années sont malheureu-
sement épuisées. Ce recueil renferme des travaux relatifs à l'archéo-
logie, à répi"-raphii', ;i Ihistoin'. ;i la iunnisni;ili<iuc. à la litlcralure,
au folklore, à la géologie, à la botanique, à la météorologie des pays
bulgares. Un grand nombre de ces travaux offrent un sérieux intérêt
pour l'étude de la péninsule balkanique. Tous les volumes sont
accompagnés de planches représentant des monuments, des costumes,
(les monnaies. Ce recueil fait grand honneur aux savants de la jeune
principauté. M. Léger se mettra volontiers à la disposition de ceux
de ses confrères qui désireraient tirer profit de quel(iues-uns des
travaux puljliés dans le Sbornik.
Le PmcsiDENT charge M. Léger de transmettre à M. le Ministre
de l'instruction publique de Bulgarie les remerciements de l'Aca-
démie.
M. Cagnat dépose sur le bureau de l'Académie deux fascicules
dont il est l'auteur avec M. Albert Ballu :
1" La 7"= livraison de Tinu/ad , une elle nfrieaine sous V Empire
romain (Paris, 1903, in-folio) ;
2" Le Musée de Tiingad. Ce volume fait partie de la série des
Musées et Collections archéolofjic/ues de VAlfjérie et de la Tunisie
f Paris, 1902, in-folio).
M. Oppebt présente au nom de l'auteur, M. Ç. Bezold , professeur
à l'Université de Ileidelberg, le travail intitulé: Die hnhijlonisch-
assyrichen Kcilinschriftcn und ihre liedeulun;/ fiir das Aile Testa-
ment (Tubingue et Leipzig, 190i-, in-8"). Sous la forme d'une confé-
rence, l'auteur y fait Ihistorique de la découverte et du déchiffre-
ment des textes cunéiformes avec une grande clarté et avec la
science étendue et profonde que l'on pouvait attendre de celui auquel
le Musée Britannique avait confié le soin de cataloguer les quarante-
six textes de la collection de Koyoundjik. Pour prouver ses assertions,
l'éminent professeur y a ajouté un grand nombre de notes explica-
tives. Cette conférence , demandée par l'Association des pasteurs
protestants du grand-duché de Bade, est une réponse magistralement
conduite contre les allégations superficielles de Friedrich Delitzscli,
dans des discours intitulés Bahrl und liil.rl. et prononcés en présence
1. Hcrii.'il (le folklore, science cl littérature.
SÉANCE DU 4 DÉCEMBRE 1903 607
de l'empereur d'Allemagne, et auxquels le snobisme du public a l'ait
un accueil absolument immérité. M. Bezold combat, comme plusieurs
autres savants, la thèse du professeur de Berlin, que Babylone et la
Chaldée étaient les berceaux de toute la civilisation biblique et du
monothéisme Israélite. M. Bezold a montré, par une argumentation
rigoureuse et serrée, l'inanité de ce paradoxe. Le travail est dédié à
M. Oppert.
M. Emile Picot a la parole pour un hommage :
« M. Georges Bengesco, ministre de Roumanie à Constantinople,
bien connu en France par sa Bibliographie des œuvres de Voltaire et
par diverses autres publications, ma prié d'offrir à l'Académie un
volume intitulé : Carmen Sylva (Sa Majesté la reine Elisabeth de
Roumanie). Bibliographie et extraits de ses œuvres (Bruxelles, Paris
et Bucarest, 1904, in-8°). Ce volume permet de suivre pas à pas la
vie littéraire d'une princesse qui cultive des langues diverses et qui
a successivement abordé tous les genres : poésie, roman, théâtre,
morale, histoire, etc. Les ouvrages de Carmen Sylva ont puissam-
ment contribué à développer chez les Roumains l'amour de leur passé,
ainsi qu'à leur inspirer le goût d'une haute culture intellectuelle. >>
SEANCE DU 4 DÉCEMBRE
M. Héron de Villefosse communique une lettre du docteur
Carton datée de Sousse, le 27 novembre 1903, et relative à la
découverte de catacombes chrétiennes. Les fouilles, entreprises
par la Société archéologique de Sousse depuis quelques jours à
peine, sont dirigées par M. l'abbé Leynaud avec le plus grand
dévouement.
« Nous avons attaqué un ensemble déjà fouillé, mais qui a été
abandonné avant complète exploration par nos prédécesseurs.
Cet ensemble comprend au moins trois galeries de 40 mètres
chacune, constituant de véritables catacombes dont Télendue
008
SÉANCr, Dl i ItKCKMBRK 1903
peul (r;iilleiirs èlre beaucouj) |)liis coiisidérahle que ce que nous
avons reconnu jusqu'ici.
, « Nous avons commencé à dégager une de ces galeries, et si
on peut y pénétrer à laisc, nous n'avons pourtant pas encore
atteint le sol antique du couloir. Ce dernier, large de 1 mètre
environ, présente, sur ses deux parois, cinq étages de Inciili. Il y
en a peut-être un plus grand ii()nii)re, mais les fouilles ne vont
pas encore, je le répète, jusqu'au sol antique.
« Les trois étages supérieurs ont été violés, les deux inférieurs
sont intacts. Le squelette y est étendu de tout son long, sur le
dos, les bras collés au corps.
« Chaque loculus est fermé par quatre tuiles sur lesquelles a
été passé un enduit de plâtre. Sur cet enduit sont gravés des
symboles, des caractères. L'une des tombes porte, a|)rès un nom
de lecture douteuse, les mots IN PAGE. Dans une autre tombe,
une des tuiles est remplacée pai- une dalle en marbre blanc sur
laquelle on lit très nettement VALERIA IN PAGE en caractères
faits d'une façon maladroite, mais dont la forme doit dater du
second ou du troisième siècle.
« L'aspect de cette galerie rappelle de la manière la |)lus
frappante celles du cimetière de Saint-Calixte à Home.
« Et c'est évidemment dans une catacombe que nous sommes.
Est-elle en grande partie inviolée? est-elle plus étendue que nous
ne le pouvons voir en ce monient? Nous l'espérons sans avoir de
certitude à ce sujet.
« J'ai tenu à vous signaler sans retard cette intéressante
découverte qui vient s'ajouter, en les complétant de la manière
la plus heureuse, à celle des nécropoles pa'iennes, si riches,
découvertes antérieurement, et je vous serais très reconnaissant
si vous vouliez bien faire part de cette lettre à l'Académie des
inscriptions et belles-lettres. »
Le Phksioknt annonce qu'un mois s'est écoulé depuis la mort
de .\L Mommsen, associé étranger, et consulte l'Académie pour
savoir s'il y a lieu de le remplacer.
L .Académie, pur un \<)le, dt'-eide (piil v a lieu.
L Académie nommera dans la proi-haine séance une commis-
sion de six nieinl)r(>-~ (pii sera chargée de présenter h liste des
candidats.
SÉANCE DU 4 DÉCEMIiltE I !M).'i 61)9
Il est procédé à la désig-nation de deux membres pour faire
partie de la Commission du legs Debroussc, et d"un meml)re pour
faire partie du Comité du Journal des Snvant.s.
Sont désignés :
Pour la Commission du legs Debrousse : MM, Delisle et
G. Perrot.
Pour le Comité du Journal des Savants : M. Deeisle.
M. Oppert fait la communication suivante :
« La Société allemande d'Orient a envoyé sur les ruines de
Babylone une expédition dont les résultats ne sont pas si fructueux
que ceux des missions françaises, anglaises, turques et américaines.
Cela a sa raison dans le fait que le chef, un artiste, a surtout
fait des fouilles pour dégager ce qui reste du palais de Nabucho-
donosor, dans le but d'être agréable en haut lieu, où Ton semble
désirer la confirmation impossible des faits non historiques
relatés dans le livre de Daniel. M. Friedrich Delitzsch, dans un
discours qu'il a fait devant la Cour, a prétendu, sans aucune
raison, qu'Hérodote s'est trompé et a induit en erreur M. Oppert
sur l'étendue de Babylone. Il est bien heureux que M. Oppert
ne soit pas accusé d'avoir induit en erreur le Père de l'Histoire.
M. Oppert qui, pendant deux ans, a parcouru la plaine babylo-
nienne en tous les sens, et qui a relevé trigonométriquement
500 kilomètres carrés, démontre l'exactitude des dimensions
d'Hérodote qui donnait à l'espace entouré du grand mur une
étendue de 500 kilomètres carrés. Tous les écrivains de l'anti-
quité, les historiens d'Alexandre, Clitarque, Ctésias, Diodore de
Sicile, Dion Cassius, Pline, Sotion, Quinte-Curce, Strabon,
Philostrate, sont unanimes à seconder Hérodote. Aristote dit que
Babylone ressemblait plutôt à un peuple qu'à une ville, et
Pausanias l'appelle la plus grande ville que le soleil ait éclairée
dans sa course. Les données transmises par les auteurs sont
d'ailleurs confirmées par de nombreux textes cunéiformes, et par
l'exploration du sol de Babylone même, où l'exploration alle-
mande n'a pas trouvé un seul fait qui pourrait, de près ou de
loin, infirmer le dire des anciens'. »
1. Voir ci-après.
610
SÉAiNCE Dr i DÉCEMnRE 1003
M. Léon IIeizev entrelieiit lAcaclémie de la reprise des
fouilles de Telle, dans l'ancienne Chaldée , interrompues par la
mort de M. de Sarzec et confiées aujourd'hui à M. le capitaine
Gros, oflicier de mérite, que plusieurs m issions topographiques ont
familiarisé avec la vie du désert et le maniement des populations
arabes. La haute bienveillance du g-ouvernenient ottoman assure
à ces nouvelles recherches une protection efficace, profitable à la
science et au progrès de nos collections chaldéennes. La mission,
au lieu de s'établir, comme j)récédemment, sur le canal du Chalt-
el-Haï, a réussi à s'installer en plein désert, au milieu même des
ruines, et à donner ainsi à la conduite des travaux une précision
méthodique.
Dans une première communication, M. lleuzey insiste surtout
sur la découverte faite par le capitaine Gros d'une petite statue
deGoudéa,qui a été trouvée décapitée, comme toutes celles (|ue
nous possédons de ce chef chaldéen. Mais à celle-ci, par une
rencontre des plus heureuses, se i-ajusfe une reniar(|uable tète à
turban, exhumée il y a plusieurs années par M. de Sarzec. Nous
pouvons donc voir aujourd'hui une statue de Goudéa complète,
exposée au Louvre à côté des grands cylindres historiques du
même pi-ince. près de sa masse d'armes sculptée et de son vase à
libation. Une chose pourtant déconcertera peut-être les visiteurs
de nos salles asiatiques : c'est l'invraisemblance des proportions,
la lète beaucoup trop forte pour le cor|is. Gette anomalie s'explique
pai- l'habitude des sculpteurs chaldéens de travailler des blocs
roulés de diorile, qu'ils considéraient déjà comme des bétyles,
comme des statues naturelles. (^)uand le bloc à utiliser était de
proportions trop restreintes, il fallait y trouver quand même la
figure; le corps ne comptait plus alors que comme une sorte de
socle et de support |)oin- la tète.
L'inscription, copiée et liadiiili' pour la mission |)ar M. l'ran-
çois 'l'hnreau-Dangiu, consacre la statue an palroii pri>oniiel de
Goudéa, au dieu Xinghiszida, fils du dieu Niiia/ou '.
1 . \ iiir ii-ai)ri'>.
GH
COMMUNICATIONS
L ÉTENDUE DE BABYLONE,
PAR M. OPPERT, MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
La grande étendue de Babylone , attestée comme très
considérable par tous les témoig-nag-es des anciens, a été
le sujet de controverses plus ou moins justifiées dans ces
derniers temps. La Société allemande d'Orient a envoyé
sur les ruines de la cité chaldéenne une expédition pour
explorer le territoire si vaste de l'agglomération babylo-
nienne ; mais cette mission s'est spécialement bornée à
fouiller les ruines du château de Nabuchodonosor oi^i mourut
Alexandre, et à pratiquer des explorations dans les tumu-
lus avoisinant cette ancienne demeure royale. Après plu-
sieurs années de travail infructueux, elle a trouvé une porte
monumentale ornée d'un grand nombre de bas-reliefs et les
traces d'une chaussée qu'on a décorée du nom de rue des
processions.
Quant aux documents , les résultats obtenus par les
fouilles ne sauraient se comparer avec ceux dont peuvent
se prévaloir les entreprises anglaises, françaises, turques et
américaines. La grande erreur de la mission fut que l'im-
mense étendue de Babylone était un mythe inventé par
Hérodote et que la cité se restreignait à l'enceinte encore
existante, renfermant à peu près quinze hectares de terrain.
Manquant des préparations scientifiques indispensables ,
l'expédition avait même cru avoir découvert cette enceinte
connue de tous ses prédécesseurs et, en dédaignant les
témoignages antiques, avait pris pour la grande enceinte de
612 l'étendi:e de hahvlone
Babvlone ce mur de la cité royale réparé i)ar les rois
Parthes,
M. Friedrich Delilzsch , profitant avec raison de la
faveur impériale, avait pu faire un voyage de quelques
semaines sur les ruines de Babylone, et il crut de son inté-
rêt personnel de dire son mot dans cette question qu'il
n'avait pas suffisamment approfondie. Mais pour sauver
l'opinion des explorateurs moins bien instruits que puissam-
ment protégés, il y avait un grand obstacle : le témoignage
de tous les auteurs anciens. On écartait cette dilliculté en
niant, sans aucune raison, leur autorité. Le mot: si fecisti,
nof/a, était appliqué à d'autres : on nia finalement ce que
d'autres avaient fait et dit.
C'est pour réduire à leur juste valeur ces dénégations,
que ces lignes sont écrites, et disons de suite que l'expédi-
tion allemande n'a pas trouvé un seul fait qui démente les
assertions antiques.
M. Delitzsch déplore que nous nous soyons laissés trom-
per par Hérodote pendant des siècles; il annonce qu'on
pouvait le croire, d'autant plus (jue M. Jules Oppcrt lui
avait donné raison par ses plans et ses restitutions de la
cité babylonienne. Les journaux allemands ont répété que
M. Oppert avait été induit en erreur par Hérodote : il est
fort heureux qu'ils ne m'aient pas accusé d'avoir donné
des renseignements erronés à Hérodote.
Ce n'est pourtant pas Hérodote seul, ainsi (|uo voudrait
le faire croire M. Delitzsch, «[ui a transmis ces données au
sujet de la grande étendue de Babylone. Tous les auteurs
anciens, depuis les Grecs de la première époque jusqu'aux
Homainsetaux Byzantins, s'accordent sur l'iniinense espace
((ue couvrait la cité de Sémiramis. Tous les historiens, à
partir d'Hérodote et de Ctésias, sont corroborés dans leurs
assertions par les auteurs de l'âge d'Alexandre; parmi
ceux-ci est siirldut (^litaniue, dont les d'uvres sont perdues,
qui conlirnic les données de ses devanciers, et (pii a été
LÉTENDIE DE RABYLOISE 613
suivi par Diodore de Sicile et les nombreux historiens plus
récents. Les Romains ne faisaient pas que copier les Grecs.
Pline et Sotion, (3rosius et tant d'autres, n'ont pas vu les
ruines de la g-rande cité, mais Dion Cassius, au dire de
Tzetzès, qui certes rendit compte de l'expédition de Trajan,
affirmait encore que le pourtour des murs de Babylone
était de 400 stades, que Glitarque évalua d'autre part k 365
stades. L'auteur des Merveilles du monde, parmi lesquelles
l'antiquité comptait les superbes jardins suspendus de
Babylone, s'accorde ég-alement avec ces données, et Strabon,
le sérieux Strabon, qui puisait avec une grande critique dans
les œuvres de ses devanciers, attribue aux murs de Babylone
un pourtour de 360 stades. Et tous ces témoignajj,es sont
confirmés par une autorité encore plus élevée : Aristote, à
qui son disciple Alexandre faisait communiquer des don-
nées concernant Babylone et auquel Gallisthène, par ordre
du roi, transmit des renseignements scientifiques de toute
nature, s'exprime ainsi dans sa Politique (III, 1) sur la cité
chaldéenne. Le gi"and philosophe demande : « Qu'est-ce
qu'une cité? Ge n'est pas l'enceinte qui constitue la cité : on
pourrait donc ceindre le Péloponnèse d'un mur et prétendre
que ce serait une ville. Telle pourtant est Babj'lone, ou toute
autre ville, renfermant plutôt un peuple qu'une ville. » On
voit par cette importante citation que le grand penseur ne
répudiait pas les dires des historiens.
Mais puisqu'on accuse avant tous Hérodote en taisant le
nom de ses complices prétendus, occupons-nous spéciale-
ment du Pèrede l'Histoire,] et analysons sa relation, em-
preinte du cachet de la sincérité. Hérodote (I. 178 ss.)
avait visité Babylone lui-même, et raconte ce qu'il a vu de
cette cité, la plus magnifiquement ornée dont il eût con-
naissance. La ville était ceinte d'un mur quadrangulaire, de
120 stades de côté, de sorte que le pourtour en était de
480 stades (90 kilomètres). L'enceinte extérieure était large
et haute, et il en donne les mesures en spécifiant exactement
614 l'étendue de HAliVLMNE
la nature de la coudée royale douL il se sert dans son éNalua-
tion. La hauteur de 200 coudées royales était probable-
ment celle des tours qui dépassaient le niveau ordinaire des
murs. On avait pratiqué de lar^^es et profonds fossés, et
édifié les murs avec la terre extraite : la description des
briques liées avec des roseaux et du bitume concorde
absolument avec ce que les ruines elles-mêmes nous
enseignent. L'historien décrit avec de minutieux détails la
construction des cent portes ([ui donnaient accès à la ville
et des fosses qui en garantissaient la défense. En dedans, il
y avait un second mur d'enceinte plus étroit que ne Tétait
« la cuirasse » de la ville, mais encore très fort. La ville
était divisée en biais par l'Euphrate, en deux grandes
moitiés : dans l'une d'elles étail la demeure rovale ; dans
l'autre, une grande tour "à huit étages, qui, selon l'auteur,
exislaif encore de son temps. Il décrit la rampe qui menait
autour, à l'extérieur, et le petit temple en haut ; il mentionne
les actes violents de Xerxès qui tua le prêtre (|ui lui avait
défendu d'enlever une statue en or de douze coudées et que
Darius, le père de Xerxès, avait respectée. Hérodote dit
qu'il n'a pas vu la statue et ne fait que rapporter ce que
les prêtres lui avaient dit. Le récit entier, dans tout son
ensemble, respire la sincérité d'un témoin (jui relate exacte-
ment ce qu'il a vu. La moins bienveillante ciilicjue ne peut
pas s'exercer contre toute la relation d" Hérodote oii rien
n'est inventé ou même exagéré.
Le récit très succinct d'Hérodote est com[)lélé par d'autres
auteurs : Diodore , Strabon . Fhilostrate el diiutres ont
transmis des inscriptions de monumenls dunl le 1\ rc de
rilistoiro n"a pas parlé. La Pyramide, le nionumcnl aucjuel
se rattache le souvenir de Babylone. le |)alais et ses œuvres
d'art, li's (linV'ients t(MiipK's. It-s jardins sus[)endiis (>l
d autres ornements de la gi-ande cité sont dt-ciits |)ar les
auteurs grecs et latins, et h'urs récits s'accordent en partie
avec les textes enii(''ir()nn('s hiissés par les monarques
l'étendue de isabylone 61 o
babyloniens. Ainsi la donnée trHérodote relative aux 480
stades se trouve confirmée par Nabuchodonosor lui-même,
qui donne 490 de la mènie mesure à Tenceinte de la ville.
Une g-rande quantité de temples, de bâtiments et d'en-
ceintes sont énumérés dans les nombreux documents archi-
tectoniques. Toujours d'après le système de ces monarques,
la dimension des deux murs d'enceinte est égale.
Suivant les textes chaldéens, le Dur assyrien s'appelait
Imfjur-Bel, bénédiction de Bel, et l'enceinte intérieure ou
salhu était décorée du nom de Niviti-Bcl, demeure de Bel.
Ce système des deux mui\s concentriques serait ligure dans
les bas-reliefs de Ninive, où le mur de l'intérieur est plus
élevé que celui qui l'entoure. Le mur extérieur de Babylone
fut détruit par Darius qui enleva les portes d'airain, en sorte
que le mur de l'intérieur, long de 360 stades, subsista
encore sous Alexandre, et c'est à cette enceinte intérieure
que se rapportent les mesures de 360 stades dont parlent
les historiens plus récents.
Cet immense espace n'était pas employé à des demeures
urbaines : de vastes champs cultivés s'étendaient dans l'en-
ceinte des murs, et leurs produits garantissaient la ville des
dangers d'une famine. Babylone, de ce chef, était imprenable ;
elle ne pouvait être ni investie ni affamée. Si Hérodote ne
parle pas de moins de vingt mois pendant lesquels Hystaspe
assiégea la ville sans résultat, ce temps, compté à partir de la
révolte du mage, se réduit au moins à quatorze mois, pendant
lequel un nommé Nidintabal exerça le pouvoir royal sous k.
nom de Nabuchodonosor, fils de Nabonid. Nous possédons
de toute cette époque des contrats obsidionaux qui prouvent
que les affaires marchaient à Babylone malgré le siège inof-
fensif de Darius. Les pièces sont datées et réfutent l'opinion
absurde de M. Delitzsch, que le siège n'aurait duré ([ue trois
jours, assertion inventée pour les besoins de la cause, c'est-à-
dire pour infirmer l'autorité d'Hérodote. lise peut que l'his-
toire de Zopyre se coupant les oreilles et le nez pour inspirer
OH) l'ÉTEiNDUE de BAI5YL0NE
la confiance aux Babyloniens, (ju il devait trahir ensuite, soit
une invention des Perses, mais il n'en est pas moins certain
que Babylone ne pouvait être prise autrement que par une
surprise ou un stratagème. Gyrus avait surpris Babylone en
faisant, par des canaux en amont de la ville, détourner les
eaux de TEuphrate, mais les Babyloniens s'étaient probable-
ment g"arantis contre une seconde tentative de ce j^enre. La
chronique babylonienne dit que les chemins étaient « noirs »
devant le conquérant qui n'entra pas aux acclamations de la
foule, ainsi ({ue l'affirme avec une grande légèreté le critique
allemand. En entrant dans la cité, Gyrus risqua la vie de
ses soldats et la sienne, et si, plus tard, il se conduisait
comme un Ghaldéen de souche aurait pu le faire, il accepta
la politique dun monarque sensé qui ne voulait être autre
chose que le père du peuple qu'il avait conquis. En cela,
il donna l'exemple à ses successeurs qui, en Egypte, étaient
des Pharaons, en Médie des Mèdes et en Babylonie des
Assyriens.
A l'occasion de la prise de Baijylune par Gyrus {octobre
o39 avant J.-G.), Hérodote raconte qu'en raison de la
grande étendue de la ville, une considérable partie de la cité
ne savait pas que l'autre partie était (K-jà au pouxoii' du
conquérant. Hérodote, qui avait \isité liabylone. n aurait
pas accepté et répété cette circonstance, s'il n'avait pas cru
y la possibilité d'un l'ait pareil. Les cinq cents kilomètres
carrés de la surface de Babylone pouvaient en etl'et rendre
très vraisemblable la narralioii d Ilt'rodolc (lis:iiil (|u une
partie de la ville célébrait une fête pendant (pie l'autn- partii'.
au nord, se débattait sous l't'lreinte du vain(|iu'ur.
La vaste plaine contenait plusieurs (piartiers (pii sont
souvent nommés dans les textes juridicpies ri'iulani eonq)te
des ventes des terrains. Les ditl'érentes parties df la \ ille,
la ville de Babylone proprement diti", au centre dr la plaine
fermée par l'enecinte. s'étendait sur rein|)lacemeiit de la
ville actuelle de llillali, des di,-u\ cotés de riùq)lirate : c'était
l'étendue de r.ABYLONE 617
la ville dont Hérodote mentionne les rues tracées à l'équerre
et dont une partie aboutissait au fleuve. A dix kilomètres
au nord-ouest de cette cité se trouvait la ville royale, ceinte
de trois murs, dont parle Bérose, et renfermant sur les
deux rives un espace de (juinze hectares. Au nord se trou-
vait la Pyramide , représentée aujourd'hui par le tumulus
de Babil; à deux kilomètres au midi était situé le Château
royal, aujourd'hui Kasr, le palais achevé par Nabuchodono-
sor où mourut Alexandre. Une vallée sépare cette ruine du
vaste tumulus nommé Amran-ihn-Ali, un assemblag-e de
temples et d'autres constructions, telles que les biblio-
thèques et les archives ; une partie de ces décombres rive-
raines du fleuve présentent tout ce qui reste de l'une des
merveilles du monde, les célèbres jardins suspendus.
A l'intérieur du mur d'enceinte restauré par les rois
Parthes, se trouvent de nombreux tumulus dont quelques-
uns ont été fouillés récemment par l'expédition alle-
mande.
Plusieurs autres centres d'habitations se trouvaient au
midi de Hillah; ainsi Dubala, aujourd'hui Dihloh, citée par
le texte de Behistun. Tout à fait au sud-ouest était la ville
de Borsippa, dont les grandes ruines de Birs-Nimroud et de
Tell Ibrahini-el-Khalil, souvent décrites. Le ruine du Birs-
Nimroud forme les restes de la Tour à étages dont parle
Hérodote, et dont les fouilles de Rawlinson ont mis à jour la
conformation. Borsippa était, selon la tradition, l'empla-
cement de la Tour des Langues ; elle faisait partie du j^a^and
carré babylonien et devint indépendante après la destruc-
tion du mur extérieur. Près du Birs-Nimroud, s'élevait le
temple Ezida , consacré à Nebo , et la ville de Borsippa ,
où, selon le Talmud, la confusion des lang-ues eut lieu. Au
Nord-Est, il y avait la ruine de Cuta, aujourd'hui Oheimir,
(( le petit roug'e ».
On peut, à juste titre, s'étonner de la désinvolture avec
laquelle M. Delitzsch a traité les témoignages des Grecs, ce
BIS REPRISE DES FOUILLES DE lELLO
qui est d'autant plus surprenant de la part de quelqu'un qui
pouvait vérifier les assertions d'Hérodote par les textes
de Behistun et de Babylone. Hérodote a été attaqué, et
Plutarque a écrit : r.i^: Hp^osTsu ■/.y:/.zT^^v.:Lz^ mais encore,
avons-nous dit, jamais on ne lui a reproché l'inexactitude au
sujet de l'étendue de la cité chaldéenne.
Pendant plus de deux ans, nous avons exploré le terri-
toire de Babylone, en relevant trigonométriquement quinze
cents kilomètres carrés de terrain, et nous avons exposé les
résultats de nos investigations dans le premier volume de
VExpedition scientifique en Mésopotamie, où l'on trouvera
de plus amples renseignements.
Pour nous résumer, on ne peut révoquer en doute les
données des anciens historiens confirmés par des témoi-
gnages tels qu'ils résultent des assertions d'Aristote et de
Pausanias. Comme nous l'avons dit, aucune découverte de
l'expédition allemande ne détruit les affirmations des Grecs
sur l'étendue de Babvlone, et si nous nous sommes laissés,
pendant des siècles , induire en erreur par Hérodote , ne
nous étonnons pas si le nombre de ces siècles d'erreurs ne
se terminera pas de si tôt.
UEPIUSE DES FOLlLLi:S DE lELLO l'Ail LE CAIMIAIM; CUOS
TREMIÈRE COMMINICATION
UNE STATUE COMPLÈTE DE GOUDÉA,
l'Ali .M. LÉo.N IIEUZEV, MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
L'Aca(K'-mii' des niscriptions cl Ijcllcs-leltrcs, (|ui s est
puissamment intéressée aux grands résultats scientifiques
ojjtenus il Tello, dans i'anticpic Ciialdée, par notre très
regretté correspondant Ernest de Sar/.ec , apprendra certai-
REPRISE DES FOUILLES DE ÏELLO () 1 9
nement avec satisfaction que l'admirable champ de fouilles
conquis parlai à la science française n'a pas été abandonné
après sa mort , et que de nouvelles découvertes n'ont pas
tardé à montrer combien nous avions raison de croire que
ce sol, fécond en antiquités de la plus haute époque, était
loin d'être épuisé.
Pour s'établir de nouveau sur un terrain qui appartient
à l'un des cantons les plus désolés et les plus dangereux
de la basse Mésopotamie , il était désirable de trouver un
explorateur, non seulement habile topographe, possédant
la pratique des travaux de terrassement, mais encore ronqiu
à la vie du désert et familiarisé avec le maniement des popu-
lations arabes. Ce sont les qualités qui ont désigné au
choix du Gouvernement M. le capitaine Gros, officier
instruit, expérimenté, avant déjà rempli, principalement
dans la région du Sahara, de difficiles missions topogra-
phiques.
Au commencement de l'année qui finit, le 4 janvier 1903,
le nouveau chef de la mission française de Ghaldée, après
avoir suivi la route de terre, par Damas, Palmyre et Bagdad,
se trouvait rendu à Tello , au milieu du terrain profondé-
ment remué par les recherches antérieures, et bientôt on
pouvait apprécier tout ce que ses aptitudes spéciales appor-
taient de garanties pour l'avenir des découvertes. Précé-
demment, la mission avait 1 habitude d'établir son campe-
ment au bord du Ghatt-el-Haï, sur le grand bras navigable
qui va du Tigre à l'Euphrate. De ce point, il fallait plus
d'une heure de cheval ]3our se rendre chaque matin, long-
temps avant l'aube, sur le lieu des fouilles. G'était beaucoup
de temps et de fatigue dépensés en pure perte ; mais cette
installation avait paru nécessaire pour se protéger contre
les attaques imprévues, comme aussi pour avoir toujours à
portée l'eau potable. Dès son arrivée, le capitaine Gros a
pris un parti dilFérent : il n'a pas craint d'élever, en plein
désert, sur les monticules mêmes de Tello, une petite
19o:5. 42
620 REPRISE DES FOLILl^ES DE TELLU
redoute en terre, d environ oO mètres de côté, entourée,
suivant les règles de la défense militaire . d'un fossé pro-
fond, dune escarpe et d'un parapet difficiles à franchir,
avec deux bastions d'observation sur les flancs. C'est dans
ce réduit, à l'abri d'un coup de main, qu'il a planté ses
sari f as ou cabanes de roseaux, qu'il compte bien remplacer
cette année même par une véritable maison, édifiée avec les
briques fournies en abondance par les fouilles. Il est vrai
que leau, apportée de Chatt-el-llaï par des caravanes
d'ânes et versée dans un réservoir, n'est pas excellente;
mais on la filtre comme on peut , avec les vases en terre
poreuse du pays ; l'endurance fait le reste. De là du moins,
le capitaine, entouré des quelques zaptiés de son escorte, 1
commande et peut surveiller, même la nuit, tout son champ
de fouilles. D'ailleurs , sa garde la plus sûre est encore
l'autorité morale qu'il a su acquérir, parla connaissance de
leurs usages, sur le petit peuple d'ouvriers arabes enrôlés
pour les travaux.
Dans ces conditions, les fouilles, organisées sur un plan
méthodique, ont repris avec une grande activité. Tous les
emplacements principaux excavés antérieurement ont fait ii
l'objet de reconnaissances attentives, dans le but d'y déter-
miner les jioints où des recherches complémentaires avaient
chance de réussir. — Au Tell du Palais { tell A), des sondages
profonds ont été pratiqués, pour déterminer avec précision
la relation des antiques constructions d Our-Baou et de
Goudéa avec l'édifice beaucoup plus moderne du dynaste
svrien Adadnadinakhès. — Le Tell de la Maison-des-Friiiis
(tell K), dont les ruines superposées avaient déjà livré tant
de précieux monuments remontant à la très haute antiquité
dite pr('sar(/onique, présentait encore, dans son pourtour,
plusieurs terrains inexplorés : M. (^ros a pu y dégager une
partie des pentes nord et nord-est de la terrasse primitive
élevée par le vieux roi Our-Nina. Il a mis à découvert un
emplacement occujjé par des constructions dont l'usage
KEPRISE DES FOLILLES DE TELLU ()2 1
paraît avoir été surtout industriel (escaliers, canaux en
pente, bassins pour Fadduction des eaux). Ces constructions
n'en contenaient pas moins toute une série d'objets histo-
riques, appartenant a la même période reculée. — Sur le ver-
sant ouest du Tell des Tablettes (tell V), vers le point oîi
s'étaient arrêtées les dernières fouilles de M. de Sarzec, se
sont aussi montrés des restes de constructions et nombre de
pièces d'un grand intérêt, celles-ci se rapportant surtout
aux époques de Goudéa et des rois d'Our. — Enfin un autre
tell, occupant une position centrale au milieu des ruines, a
commencé à être attaqué, et cette exploration nouvelle, qui
demande à être poursuivie, a déjà donné lieu aussi à plu-
sieurs trouvailles intéressantes.
Je ne suis pas en mesure d'entrer aujourd'hui dans les
détails de cette campagne, qui fait grand honneur au capi-
taine Gros. Par une première communication, je voudrais
seulement signaler à l'attention des archéologues un monu-
ment qui intéresse au plus haut point Ihistoire de l'art
chaldéen et nos collections du Louvre. Dès les premières
tranchées ouvertes aux abords du Tell des Tablettes , est
apparue une petite statue assise, en diorite, renversée la
base en l'air et comme jetée au milieu de divers débris.
Quand on la retourna, la joie de la découverte fut quelque
peu atténuée par le fait que la tête avait été brisée, comme
à Tordinaire. Les dimensions (35 centimètres de hauteur)
étaient aussi beaucoup moindres que celles des figures du
même genre déjà connues. En revanche, la statue portait
une inscription très nette, où le capitaine Gros reconnut
sans peine le nom et les titres de Goudéa.
Malgré l'intérêt de la trouvaille, elle risquait donc de
n'apporter rien de bien nouveau sur le compte du célèbre
patési de Sirpourla, si prodigue de ses statues, dont aucune,
par une chance malencontreuse, ne nous faisait connaître
encore, sinon sa ressemblance exacte, au moins le caractère
que les sculpteurs avaient imprimé à son visage. Une ren-
«)22 KEPBISE DKS FOUILLES DE TELLO
contre inattendue est venue donner, sous ce rapport. ;i la
découverte du capitaine Gros une importance exceptionnelle
La petite statue décapitée ayant été comprise au nombre des
objets concédés au Louvre par la haute bienveillance du
gouvernement ottoman, il me sembla remarquer un certain
i-apport entre la cassure quelle portait au cou et celle d'une
tête à turban en diorite du même ton, antérieurement décou-
verte par M. de Sarzec'. Cette tète, d'un modelé ravissant.
;i la bouche souriante, au nez dont la courbe délicate était
en partie conservée (un des morceaux les plus achevés as.su-
rément de toute la sculpture chaldéenne), se trouvait expo-
sée dans nos g-aleries, sur un socle à part : je la fis détaclier
et nous eûmes la joie de reconnaître, sans aucun doute pos-
sible, que les deux brisures corresjjondaient exactement.
Pas un i^iaiii de la pierre ([ui ne se raccordât de pai'l et
d'autre. Sans aucun ciment, sans aucun goujon, la tète
tenait toute seule sur le corps au((uel elle avait appartenu!
Le hasard, dans les explorations archéologiques, l'ait
parfois royalement les choses. Mais faut-il parler ici du
hasard et ne devons-nous pas louer plutôt 1 habile direction
donnée à ses fouilles par notre nouveau chef de mission,
quia su, en étudiant le sol et en interrogeant adroitement
les Arabes, retrouver la piste d une découverte coniiuencée
par son prédécesseur? II résulte, en ell'et, des notes de
M. de Sarzec que la tète de diorite a été rencontrée [)ar lui
dans la môme partie du Tell des Tablettes^ à une assez
faible distance du point où gisait la statue. C'est donc j)rès
de là que la ligure a dû être décapitée, dans l'une de ces
invasions ou de ces luttes intérieures dont les monuments de
Tello ne portent que trop de traces. L'assemblage des deux
pièces, séparées depuis tant de siècles, est, de toute
manière, un trait d union di's plus inléres.sanls mire notre
première mission de Chaldée et celle qui en continue les
traditions de succès.
1. 1 )('-cril(' dans iiiili-i' (!;ittilniiiie îles iiuliijiiUés vlinlilvcnnex. ii" r)6.
REPRISE DES FOUILLES DE TELLO 623
C'est grâce à cette patiente succession d'eirorts que nous
possédons enfin, pour la première fois, une statue de
Goudéa entière et complète (moins une cassure à l'extrémité
du nez et une éraflure à l'épaule g-auche). Nous pourrons
l'exposer dans l'une des vitrines de notre salle chaldéenne,
entre les deux grands cylindres de fondation du même
patési, à côté de sa masse d'armes sculptée et de son vase
à libation. Même parmi les anciens rois de nos monarchies
européennes, on n'en compterait pas beaucoup dont les
imag-es nous restent, entourées de témoins et de souvenirs
aussi authentiques ! .
La statue, ainsi complétée et restituée, suggère quelques
observations nouvelles, qu'il importe d'enregistrer.
La première est relative k cette étoffe pliée qui couvre et
couronne à la fois la tête aux cheveux rasés. C'est la pre-
mière forme du turban, tel que continuent à le porter de
nos jours les prêtres du rite chaldéen. Sans aucun doute, il
faut y reconnaître déjà, non pas une coiffure banale, mais
une insigne de haut rang- pour les chefs des petits états
chaldéens. Après Goudéa, patési de Sirpourla, le turban est
donné par les cylindres à un patési de Nippour, contempo-
rain et vassal du roi Dounghi^, puis aux souverains de la
ville d'Our, rois de Soumir et d'Accad. Enfin les décou-
vertes de M. de Morg-an nous ont montré la même coiffure
ceignant encore les tempes de Hammourabi, roi de Baby-
lone, sur la colonne de ses lois, dans la scène où il est
représenté en adoration devant le dieu Samas'-.
Par une deuxième conséquence, il n'y a aucune raison
d'attribuer à d'autres qu'à Goudéa les têtes et fragments de
têtes à turban provenant de Tello , en particulier la belle
tête de s^randeur naturelle rapportée par M. de Sarzec dès
1. Menant, Cylin(lre'< de la Clialdée. iv S7.
2. De Moi-o-an. yjénioires de l.i Déléf/nlinn on Perfte. ^ ni. W . p]. 3.
()2t RKi'uisK i)i:s roi iijKs ni: tkli.o
ses premières campagnes, quoique la statue à laquelle elle
appartenait uait pas été retrouvée'.
Là nest pas toutefois le côté par lequel notre petite statue
excitera surtout la curiosité, je dirai même Tétonnement.
C'est par ses défauts qu'elle ollVe un intérêt de plus pour la
connaissance de Tart chaldéen. Liiivraisemhlance de ses
proportions, la grosseur démesurée de la tête par rapport
aux dimensions rapetissées du corps, causeront au premier
aspect une véritable stupéfaction. La sensation est d'autant
plus étrang-e que, par un parti de raccourcissement général,
le cou est renfoncé dans les éj)aules et la figure elle-même
rentre en partie dans le Idoc (pii lui sert de siège. On est
tenté de penser à un nain ou à (juelque caricature comme
celles que l'on appelle des grosses tètes. Et pourtant, si Ion
examine à part l'une ou l'autre des deux parties, chacune
d'elles témoigne d'un modelé déjà savant et dénote un état
relativement avancé de l'art statuaire.
On explique volontiers les formes ordinairement courtes
des figures clialdéennes en disant qu'il s'agit d'une i-ace qui,
par elle-même, devait être petite et trapue, ce qui 1 indui-
sait à donner à ses images des proportions ramassées. La
remarque est juste; mais ici l'anomalie est si liappante qu'il
faut y chercher encore d'autres causes.
Déjà, dans mes premières observations sur l'art chaldéen,
ne connaissant encore que des statues sans tête et me fon-
dant seulement surl'examen des cassures et de leurs amorces,
je croyais pouvoir dire :
« Si l'on en juge j)ar certains indices, le cou devait être
court et la tête très forte pour le corps. »
Un peu plus tiii'd, jjarlant particulièremiMit de la ])etite
statue d'Our-liaou, j'ajoutais :
« On est tout (1 abord fraj)pé par linviaisemblance des
])r()poi-lions, cpii soiil ({('■nicsurc'nuMit courtes. La comjitirai-
1. l>c Sar/.oc, Ih'iniin'ih's cil Ch.ildt'-i'. pi. l'J. V\i^. I. ( ^1'. lli'ii/c\-. Ciilu-
lofliii'. n" 5.i. .')(>, 01. SN.
REPRISE DES FOI ILl.KS DE IKELn ()2o
son des mesures donne l'idée d'une sorte de magot, dont la
tête était beaucoup plus forte que le corps. Cependant il est
nécessaire d'admettre une époque où la statuaire chaldéenne
a poussé jusque-là l'inconscience des proportions réelles '. »
Il faut observer surtout que les matériaux de la statuaire
chaldéenne et particulièrement les roches dures de diorite
et de dolérite n'arrivaient pas en Chaldée sous la forme de
pierres taillées dans la carrière, mais à l'état de blocs natu-
rels, si l'on en juge par la base des statues, où la disposi-
tion arrondie du bloc s'est parfois conservée. Le fait étant
bien établi , les conclusions en découlent d'elles-mêmes :
« Il faut se reporter à la pierre roulée, qui était le point de
départ de la fîg-ure. Le sculpteur chaldéen se réglait d'abord
sur la forme et sur la disposition de ce bloc, dans lequel il
voyait déjà une statue naturelle, un bétyle. 11 commençait
par donner à la tète des dimensions suffisantes ; puis il uti-
lisait de son mieux ce qui restait de matière. Le corps ne
comptait plus que comme complément de la représentation.
L'habitude d'entrevoir toujours le bloc primitif à travers la
statue faisait que les yeux étaient moins choqués de la
disproportion. »
On voit quelle confirmation et quelle nouvelle force la
reconstitution de la petite statue de Goudéa vient donner à
ces explications. En un mot, quand le bloc était de dimen-
sions trop restreintes, l'artiste ne craignait pas de diminuer
le corps, ne le considérant plus que comme un socle, une
sorte de piédouche et de support pour la tête. Ce parti pris
a quelque chose d'enfantin, de naïf; mais il est probable
que les sections chirurgicales par lesquelles nos sculpteurs
modernes établissent un buste, en tranchant dans le vif de
la figure humaine, auraient paru aux hommes de ces anciens
âges une pratique bien plus choquante et plus inadmissible
que ce rapetissement du corps dont leur imagination corri-
geait l'invraisend^lance.
1. Découvertes, pp. 77-sO. 127-1 2S.
626 KEPRISE DES FOUILLES DE TELLO
On trouverait facilement de ces têtes dispro})ortionnées
dans nos arts primitifs, par exemple dans la sculpture
romane. Ici, toutefois, on ne peut pas parler de rudesse,
d'inhabileté ou d'ignorance. Au contraire, l'examen séparé
de la tête et du corps, de la tète surtout , qui est merveil-
leuse, donne l'idée d'une exécution déjà très forte et d'un vif
sentiment de la nature. C'est la jonction des deux pièces qui
replace la fîg'ure entière dans un lointain plus reculé et
trahit les expédients d'une école encore soumise aux con-
ventions de l'archaïsme.
Il me reste à parler de l'inscription, qui comprend cin-
quante cases d'écriture, réparties en deux placards, le pre-
mier sur le devant du vêtement, le sec<»nd en revers du
hloc qui forme le siège du patési. H me sullira d y signaler,
d'après la copie et la traduction exécutées pour la Mission
par M. François Thureau-Dangin , les quelques détails
nouveaux qui se distinguent des formules déjà connues. La
petite statue est consacrée au dieu \ln-(//ii^-zi(l,t que nous
savions , par d'autres textes, avoir été le patron personnel
de (joudéa. Nous apprenons seulement jjour la première
fois que ce personnage dix in, sous la garde du([uel son dévot
adorateur place « les fondations et les champs » de Sirpourla,
était le fils d'un autre dieu nommé .\in-;i-zoii. Goudéa énu-
mère ensuite les principaux tenqiles, édiliés par ses ordres,
l'n terminant par le s.'mctuaire (hi même Xin-g/iis-zicla ,
construit dans Ghirsou . c'est-à-dire dans le quartier (pii
était Ic^ centre le plus ancien de la cité. C'était là qu était
consacrée la figure qui vient de fiiir(> l'oljjet de notre pre-
mière communication sur les découvctos du capitaine Cros
au cours de sa campagne de 11)03.
\'oici d'ailleurs, à l'appui de ces indications, le travail
même de M. Thureau-Dangin , triple travail de copie, de
transcription et d'interprétation , cpu' je suis heureux de
présenter à l'Académie.
627
INSCRIPTION DE LA NOUVELLE STATUE DE GOUDEA,
PAR M. FRANÇOIS THUREAU - DANGIN.
COPIE.
Pi-emier
placard,
sur le devant du
vêtement de la statue.
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Col. I
II
III
Second
placard,
sur le revers
du siège
de la statue.
IV
()2S INSCIill'IlON JJl:: I.A NMIX KLLI-: STATLE DE fiOUDÉA
TRANSCRIPTION
(Col. I, Ij Ud(din^àr)-nin-gir-su 2; ur-sag kala-ga ' (3) (dingir)-
en-lil-lâ-ge (4) (dingir)-nin-gis-zi(dl-da (o) dumu (dingir)-nin-a-
zu (6) ki-âg dingir-ri-ne-ra \1 • uru-a ki-iir (8) mu-na-ni-gar-a
(Col. II, 1) gan-ga gan-id (2) niu-na-ni-gar-a (3) gù-de-a (-4) pa-
te-si (5) sir-bur-la(-ki) (6) galu si-sâ (7) dingir-ra-ni (8) ki-âg-e
(9) (dingir)-nin-gir-su (10) lugal-a-ni (11) é-ninnû (dingir)-im-
gi(g)(-hu)-bàr-bàr-ra-ni (12) ô-pa é-ub-imin-na-ni (13) mu-na-Ni--a
(14) (dingir)-ninâ(l5)nin-en3 f Ki) nin-a-ni (Col. III, 1) é-sirara''
(-ki)-suM (2] kur-é-ta il-la-ni i 3) mu-na-rù (4 i dingir gal-gal sir-
bur-la(-ki)-ge-ne (5) é-ne-ne (6j mu-ne '^-rii (7) (dingir)-nin gis-
/.i(d)-da (8) dingir-ra-ni (9) é gir-su(-ki)-ka-ni (10) mu-na-rû
(llj galu dingir-mu-dim (12) (dingir)-nin-gir-su-ge (13) dingir-
ra-ni (Col. IV, 1) ùg^-gà gij-ù-mu-na-ni-de-a {'2) é-dingir mà-ge
(3) igi-x-la (4) na-ab-ag-ge (5) mu-bi he-pa(d)-de (6) galu-bi ku-
li-mu he-âm (7) mu-mu he-pa(d)-de (Col. V, 1) alan-na-e (2) mu-
tu(d) (3) gù-de-a (4) galu é-rii-a-ka (5) nam-li-il lO) mu-na-sum
(7) mu-si'i mu-na-sà (8) é-a mu-na-ni-tu(r).
TRADUCTION
Au jour où le dieu nin-{;ir-sl-, le guerrier lorl du dieu Ik-l. au
dieu NiN-Gis-zi-DA, fils du dieu nin-a-zl ', chéri des dieux, eut
1. On a proposé diverses IccUircs de ce {rroiipo : la Icoliire Imlaçi est
assurée par IV R, 13. .30 /> knl-la-yi).
2. Sans doute pour rii même confusion entre les deux sipnes. statue E,
col. VII, 20).
3. Kpilhète fréquemment associée au nom de la déesse mnâ et tout à fait
parallèle ù hifinl-en (tR-nA-u, V,2). Le sens précis de l'élémenl en en géné-
ra! Il sei^'ncur » ou « grand prêtre ») demeure incertain.
■'.. Pour celte lecture, cf. HM 32582, Rev. (CT XII, p. 2S\
5. Noter le prélixc mii-nc au lieu âc mu-na dans les passages parallèles):
;if paraît cire le pronom régime pluriel cl n,i le ]>ronom régime singulier,
(comparer Cyl. R I, 20/21.
6. Sur ÎKj voir nos remarques ZA .W'II. p. 201, n. 4.
7. Ce lien de filiation avec une divinité infernale est en rappori avec ce
qu'on sail «le mn-his-zi-i-ia.
I.IVKKS OFFERTS 029
donné (la garde (?) ), des fondations ' ([''j de la ville, eut donné
(la garde (?)j des champs - (?), (en ce jour là) c.u-de-a,
patesi de sir-bur-la (Lagas), homme juste, qui aime son dieu,
qui a construit pour le dieu nin-gir-su, son maître, son temple
Te-ninnÛ (appelé) « im-gig brillant» et son temple Te-pa, le temple
des sept zones (célestes), construisit pour la déesse mnâ, la sou-
veraine (?), sa dame, son temple de sihara-slm, qui s'élève (au-
dessus) de (tous) les temples du monde-', construisit pour les
grands dieux de Lagas leurs temples, construisit pour le dieu
Nix-Gis-zi-i)A, son dieu, son temple de GiR-sr.
Quiconque, comme moi ', annoncera au peuple le dieu nin-
gir-su (comme) son dieu, qu'au temple de mon dieu il ne fasse
pas (?)! Qu'il prononce le nom de ce (temple)! Que cet
homme soit mon ami : qu'il prononce mon nom I
(gi-de-a) fabriqua une statue : «■ A GL -DE-A, constructeur
du temple, ta vie a été donnée.»^ de ce nom il la nomma; dans
le temple il l'introduisit.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpéttel offre à rAcadémie, au nom de l'abbé
Ph.-H. Dunand, une Histoire de Jeanne dWrc (Paris, 1898 et 1899,
3 vol. in-8°).
M. Paul VioLLET présente de la part do l'auteur, M. Ch. -Emile
Uuellc, un Essai d'une hihlioyrapliie de la Montagne Sainte-Geneviève
et de ses abords (Paris, 1903, in-8°).
1. M. à m. « dans ? la ville, les fondations;?) ». ki-ûr ^:^ diiriissn : cf.
Reisner. Hyinnen, n° il, Obv. 9 10; hymne à Samas il. 21/22 dans Abel-
\^'illcklc^, Keilschrifttexle. p. :^9 et II R, Is, S e.
2. Il s'agit peut-cire de lintroduction du dieu m\-gis-zi-i>a, patron de
Gu-DE-A, dans le panthéon de Lagas.
3. Voir une formule identique. Decoiirer/es, pi. 37, n" 3, 1. 11 et une autre,
légèrement dilTérente (linr-a-ta au lieu de kur-é-ta), Cyl. A de gu-de-a,
col. III, 1. 9. knr-é m. à m. " monde-temple(s: » pour « temples du monde >>
(de telles inversions sont fréquentes).
1. Mot à mot <( qui, de même que moi. j'annonce le dieu mn-gir-su!, mon
dieu, etc. » Compai-ei-, statue B ^'III, r2-i(i.
630 LIVRES OFFERTS
M. CLERMOM-dANNKAr dépose SUT lu l>uroau (le rAcadéniio les
livraisons 1 l'I 2 <lu tome \'l de son Recueil (l'.'trc/ti'ologie orientale
(jiii compreniiciil les articles suivants : I. Deux chartes des croisés
dans les archives arahea; II. Insciiplion r/reci/ue de Palmxjre; III.
Snïda et ses environs d'après Edri'si (Paris, 1903, in-8" .
M. DE Lasteviîie fait hommage à l'Académie, de la part de M. Marins
Vachon, d'un travail intitulé : Mémoire an Conseil municipal de Paris
sur le projet de placer dans Vllôtel de Ville une inscription en l'hon-
neur du Boccador. M. Vachon croit pouvoir démontrer (pie l'Hôtel de
\'ille de Paris détruit en 1871 n'était pas l'œuvre du Boccador, mais
d'un architecte parisien, Pierre Cliamhiges. (hielle cpie soit l'opinion
que l'on doive avoir sur ces conclusions, au sujet desquelles M. de
Lasteyrie fait toutes réserves, la question est trop intéressante pour
(pie le mémoire de M. \'aciion ne mérite pas d'aj)peler l'attention de
l'Académie.
M. HiiitoN i>E ViLLEFOssE ofFie à l'Académie, au nom de M. K.-.l.
Savif^né, les ouvrages suivants :
1" Histoire de Sainte-(lolomhe-li-s- Vienne , N'ienne, 1903, in-S").
La plaine ({ui s'étend sur les bords du Hh()nc, en face de Vienne,
et «jui comprend les communes de Saint-Cyr, de Sainte-t^olombe et
de Saint-Romain en Galle, formait à répo(pie romaine un des quartiers
les plus impoilants de la ville de Vienne-Ia-Belle. C'est là que les
Homains axaient élevé leurs plus riches habitations; toutes les
découvertes faites à Sainte-Colombe attestent la splendeur de ce
(juartier. La célèbre ^'éIlus accroupie du Louvre, connue sous le
nom de Vénusde Vienne, y a été exhumée; de nombreuses mosaï([ues,
celle (V Achille h Scijros trouvée en 1773 et malheureusement détruite
depuis longtemps, cellede l'Enlèvement d'IIjjlas, aujourd'hui au Musée
de (îrenoble, sont sorties (hi nu^mie sol. Les Musées de Lyon et de
Vienne, de nombreuses collections particulières se sont enrichis des
antiquités recueillies sur ce point. M. E.-J. Savigné, maire de Sainte-
Colombe-lès-\'icnne, (jui, à des goûts d'archéologue joint les (jualités
d'un historien consciencieux, a retracé les diverses phases de
l'existence de celle petite ville, ('lioitement liée à celle de Vienne.
Tout ce qui a trait à l'administration municipale, et même à la poli-
tique, occupe une assez grande place dans ce volume: c'est l'épotpie
de la Hévolutioii (pii a fourni à lauleur les documents les plus nom-
breux et les plus intéressants. L'ouvrage est illustré avec goût et
discernement. De vieilles gravures (pii ikius oui conservé des vues
de Sainle-(!oloml)e à dillV-rcnles ('poipies. cl iiolammenl an \\ i'' siècle.
LIVRES OFFKItTS 631
y sonl repioduileb ; en même temps, plusieurs pholotypies mettent
sous les yeux du lecteur les images des précieuses sculptures et des
fragments antiques trouvés pour la plupart dans la propriété
Michoud.
2° Un couplet de la Marseillaise et l'abbé Pessonneaiix. Nouvelle
édition (Vienne, 1900, 60 p. in-S°).
Une petite question dliistoire littéraire est traitée dans ce mémoire.
La Marseillaise, à l'origine, n'avait que six couplets. La fameuse
strophe des Enfants :
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus, etc.,
n'est pas de Rouget de l'Isle. On en a attribué la paternité à un
Lexovien, Louis-P'rançois du Bois. La Société du Musée cantonal de
Lisieux a même fait placer sur la maison qu'habitait Louis du Bois
une plaque commémorative pour rappeler qu'il était Fauteur du
VII« couplet de la Marseillaise. Selon M. Sa vigne, c'est une erreur
complète. L'auteur de ce couplet est l'abbé Pessonneaux, professeur
de rhétorique au collège de Vienne (Isère), qui le fit chanter par ses
élèves, le 14 juillet 1792, à l'occasion de la fête de la Fédération, en
présence des Marseillais et de la population viennoise tout entière.
L'abbé Pessonneaux eut une carrière accidentée. D'abord prêtre
attaché à l'église de Saint-Maurice de Vienne, il embrassa avec
ardeur les idées de la Révolution ; il devint professeur au collège de
cette ville et joua un rôle politique assez actif. Conseiller d'arrondis-
sement et commissaire du Directoire exécutif à Villette-Serpaize
au commencement du siècle (1800-1802), il termina ses jours à
Seyssuel en 18.'i5. M. Savigné a recueilli d'intéressants renseigne-
ments sur l'abbé Pessonneaux qui mérite d'être rangé parmi les
notabilités dauphinoises.
M. IliitoN i>i: ViLLEFOSSE présente ensuite à TAcadémie, au nom de
M. V. Cauchemé, inspecteur du Palais de Compiègne, les deux
premiers fascicules d'un ouvrage intitulé : Description des fouilles
archéologiques exécutées dans la forêt de Compiègne sous la direction
de M. Albert de Rouet/; publication de la Société historique de Com-
piègne {i900-\902, in-40).
Pendant dix années, de 1860 à 1870, M. Albert de Roucy a exécuté,
dans la forêt de Compiègne et aux environs, des fouilles très fruc-
tueuses. Les objets trouvés dans ces fouilles, d'abord conservés au
Palais de Com[)iègne, ont été depuis transportés au Musée de Saint-
(i:{2 i.i\i!i;s oii'KiiTs
Germain où ils coiisliUR-nl une sério précieuse pour les éi lulils plus
spécialement adonnés à l'élude de nos anlicjuilés nationales. M. (lau-
chomé, qui lut le compagnon fidèle de M. de Roucy et le collabora-
teur dévoué de ses explorations, vient do publier les notes prises par
lui au cours de ces travaux. Le premier fascicule de l'ouvrage ren-
ferme (juinze planches (|ui donnent le plan général du mont Herny et
de ses ai)ords, le plan détaillé de la station ronuiine et de ses édifices
(habitations, thermes, temple i; les sculptures, les statuettes, les
inscriptions latines, les fragmenls (rarchiUMlnri' y soni renruduils
avec exactitude et expli(|ués d'une façon sommaire. Le second fasci-
cule est consacré aux fouilles de la Carrière du Roi et à celle des
Douze caves gallo-romaines de la forêt. Vingl-six planches accom-
pagnent le texte : elles font revivre ii nos yeux toutes les suhslruc-
tions découvertes, en particulier celles d'un important établissement
de li;iins mis au jour <'ii 18(18. Sur la planche XI\', l'auteur a réuni
tous les types d'outils et d'instruments en fer recueillis à la Carrière
du Roi, un des emplacements les plus riches et les plus importants
[lanni einix (|ui oui éli' i'olijcl des in\'estigations de M. île liouey.
M. V. Cauchemé a ainsi sauvé de l'onhli un grand nombre de docu-
ments condamnés h disparaître dans un temps relativement peu
éloigné ; son habile ci-ayon en a fidèh-ment fixé l'image et l'album
((u'il a' composé rendia j)lus d un service aux archéologues.
M. Hi':noN Dii ViLLEKOssE dépose enfin, en son nom, sur ]v Iniieau
de l'Académie, les brochures suivantes :
1" Crusiae nul ciiiLIcinnln (Paris, l'.IO:{, in-8": extrail des ■ Mi'danges
Hoissier ») ;
2" Ceinhirnn roDinin découveil h Afr/clici-fi (Aude) (Paris, l'.t03,
in-S" ; extr. du BuUelin nrcliéolo;ju/ue} ;
3" Lollre à M. le D'' (Inrloii ttiir nnr inscriiillon t/c T/ii/silnis con-
servée au Musée du Louvre (Sousse, l'JO:?, in-S" ; v\U-. du Hullclin de
lu Société nrchénlotjirjue de Sousse).
M. H.viuci.oN a la parole» poui' un hommage :
■ M. Tlu'-odore Reinach m'a eonlic'' le soin de prési'ulerii I At'adémie
la Iradiiclion anglaise d'ini pelit li\re (piil a publié en 1888 sur Af.s
luoii/i.iies Jnlres, dans la I îililiol lièque d'art el d'archéologie di- la
librairie lù'uest Leroux. Celte traduelion. ■\\\\ \ieiil de paraître à
Londres Jeirish (Joins, Londres, r.Ml.!. in-lJ de '' p. . csl i\uv à
M""' Maiie Ilill, et elle est suivie d'un a|ipi"ndiei' par M. d. Ilill. alla-
ehe au (Cabinet des Médailles de Londres, ipii s'est déjà l'ail eonnaitie
pal il iinpDrlanls Iraxaux de nuniisinal li|ii('. hou/.e |ilaiiclii'-' l'I nu
SliA.NCi-: DU II uÉcioMisuh: 1903 633
certain nombre de figures dans le texte ornent ce charmant opuscule.
On a tant écrit sur les monnaies juives depuis Ferez Bayer en 1781,
et l'on a tant varié sur des points fondamentaux du classement de
cette série numismatique, que tous ceux <jui suivent ces discus-
sions éprouveront un véritable soulagement à l'apparition d'un tra-
vail de vulgarisation scientifique, court et subtantiel, qui résume
et dit exactement où en sont les questions controversées. M. Reinach
a pris pour base essentielle de son exposé le magistral ouvrage de
Madden , paru en 1881, et l'importante étude de M. Hamburger,
publiée en 1892, sur les monnaies de la seconde révolte des Juifs
sous Simon Barcochébas; mais il a su mettre partout sou sceau
personnel et original. Dans sa première édition, M. Reinach avait
cru, contrairement à l'opinion généralement admise, devoir faire
commencer le monnayage juif seulement avec les bronzes de Jean
Hyrcan I<='' (135-106 av. J.-C), reléguant les sicles d'argent jusque
sous la première révolte des Juifs contre les Romains en 66-70 après
J.-C. Dans la présente traduction anglaise, M. Reinach s'est décidé à
revenir à l'opinion courante et que j'estime personnellement être la
vraie : c'est que ces sicles d'argent appartiennent à Simon Macchabée
(143-135 av. J.-C). C'est là le point le plus saillant traité dans cet
excellent résumé que liront avec plaisir et profit non seulement le
numismates, mais tous ceux qui s'intéi'essent à l'histoire ancienne
du peuple juif. »
SÉANCE DU il DÉCEMBRE
M. le Ministre de riasLruction publique et des beaux-arts
adresse au Secrétaire perpétuel la lettre suivante :
Paris, le 8 décembre 1903.
Le Ministre de Tinstruction publi<[ue et des beaux-arts à M. le
Secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et lielles-lettres.
En me rappelant les efforts déployés en Egypte par le Musée Bri-
tanni([ue, depuis une dizaine d'années, afin de recut'illir les pa|iyrus
t)34 SÉANCE DL' 11 DÉCEMBHE 1903
Trecs conlenus dans les lombes plolémaïques et dassurcr la publi-
cation de ces documents j)iccieux, vous me demandez de ne pas
abandonnera l'Angleterre Thonneur de continuerl'œuvre de Letronne,
et (le réserver à nos collections nationales des trésors que lÉgypte
ne refusera pas aux recherches de nos savants.
(>cttc importante «piestion a été l'objet des préoccupations de mes
prédécesseurs et n'a pas manqué de fixer mon attention. Depuis plus
de dix ans, mon administration, soucieuse de maintenir à la France le
rang qu'elle doit occuper dans le domaine des études grecques et
égyi)lologi<[ues, n'a cessé, dans la mesure où les ressources budgé-
taires le lui permettaient, de prêter son concours aux savants (jui y
ont fail appel. C'est ainsi que l'École française d'Athènes et l'Institut
français d'archéologie orientale au Caire n'ont pas manqué de s'enga-
"•er dans la voie où les Anglais nous avaient distancés, et que, dès
18!).'}, M. Ilomolle mit à In disposition de MM. de Morgan et Bouriant
un membre de l'École d'Athènes, M. Jouguet, afin (ju'il s'initiât sous
leur haute direction aux méthodes de recherche et de déchiffrement
des papyrus ptoléma'iques. Nos deux grands établissements scienli-
ficjues d'Orient inaugurèrent par là une collaboration (|ui a donné de
renia r(iuai)les résultats.
De i8'J3 à 1897, M. Jouguet poursuivit ainsi dans les nécropoles
égvptiennes des recherches fructueuses interrompues pendant trois
années; les campagnes de ce jeune savant reprirent en 1900, et
depuis cette époque, chaque hiver, il fit une ample moisson de
papyi'us dont la i)lus grande partie est déposée aujourd'hui au Musée
du Louviv. l'^n l'.iOI, un autre membre de l'École d'Athènes,
M. Gustave I.(tci)vr(', a été adjoint i\ M. Jouguet, et il s'est immédia-
tement révélé comme un collaborateur particulièrement précieux.
Cette année, enfin, M. lîarry, ancien élève de l'École Normale supé-
rieure, attaché à l'Institut français d'archéologie au Caire, va joindre
ses elTorls à ceux de MM. Jouguet et Lefebvre.
Si les découvertes de nos savants n'ont pas eu le retentissement
de celles de MM. Hunt et Grenfeld, MM. HomoUe et Maspero les ont
pourtant jugées dignes d'être comnuini<|uées à voire Compagnie qui
en a piis connaissance dans sa séance du 2'i- juillet 1902; et tout nie
porte à croire (pie lorscjue les résultats île la dernière campagne lui
seront connus, l'.Vcadémie des inscriptions et belles-lettres voudra
bien reconnaître les eflorts et les sacrifices consentis i)ar le Ministère
de l'instruction publlcjne en faveur d'une œuvre (|ui s'allirme mainte-
nant, et à laquelle, soyez-en persuatlé, je prêterai, toutes les fois (|uc
les circonstances le pernullmnl. mon plus dévoué concours.
.1. (Miaunùé.
SÉANCE DU 11 DÉCEMBRl^ 1903 633
L'Académie procède à la nomination d'une Commission de
six membres qui sera charj^ce de présenter la liste des candidats
à la place» d'associé étranger vacante par suite du décès de
M. Mommsen.
Sont nommés : MM. Delisle, Bkiîal, Senart, Paul Meyer,
BoissiER, A. Croiset.
M. Héron de Villekosse communique la lettre suivante du
H. P. Delattre, correspondant de l'Académie à Carlhage :
6 décembre 1U03.
Je suis heureux de vous informer que nous venons de trouver un
grand sarcophage de marbre ])]anc. Il est encore en place, dans un
étroit caveau, à treize mètres environ de profondeur. Je l'ai ouvert
samedi. Le corps du mort a été déposé dans la cuve sur une épaisse
couche de sable. Le squelette est assez bien conservé. Sur le côté
droit il portait la boite aux monnaies. Celles-ci étaient au nombre
de sept, du type connu avec le palmier au revers. En tamisant le
sable qui entourait le crâne, nous avons trouvé un anneau d'or. Le
fronton du sarcopliage porte comme ornement peint une palmette
entre des rinceaux remplissant le champ. Les moulures de la cuve
sont décorées d'oves et de rais de cœur.
L'extraction sera difTicile. Le transport, à cause des terrains envi-
ronnants qui sont fraîchement labourés, n'offrira pas moins de difïï-
cultés. Mais j'espère que dans la semaine il sera à Saint-I^ouis.
M. Théodore Heinach communique sa restitution dune inscrip-
tion grecque d'Orchomène en Arcadie, renfermant deux actes
d'airranchissement. M. Reinach signale l'importance chronolo-
gique et numismatique de ce texte qui nous révèle l'emploi d'une
ère remontant au m'' siècle avant J.-C. et uu nouvel exemple de
la division de mine monétaire de 70 drachmes au lieu de 100.
M. Opi'ert ajoute quelques observations.
1903. 13
030
LIMBES OFFERTS
Le Seckétaiue peupétuel dépose sur le Ijuieau de l'Académie le
cinquième fascicule des Comptas rendus des séances de l'Académie
pour l'année 1903, septembre-octobre (Paris, 1903, in-8°).
M. DE Lasteyuie présente le tome 11 de la publication de M. G.
Durand intitulée : Monorjraphie de l'église Noire-Dame, calhédrale
d'Amiens (Amiens et Paris, 1903, in-4"').
M. Ci-eumont-Ganneau a la parole pour un hommage :
« J'ai Ihonneur d'ofîrir à l'Académie de la part de l'auteur, le
P. Barnabe d'Alsace, missionnaire franciscain, un volume intitulé :
Le tombeau de la Sainte Vierge à Jérusalem (Jérusalem, iinpiiinerie
des PP. Franciscains, 1903, in-8°). L'auteur y discute et n'a pas de
peine à réfuter l'hypothèse moderne c|ui prétend montrer ce tombeau
à Éphèse. .Comme on le sait, cette hypothèse, ([ui a fait beaucoup de
bruit en ces dernières années, ne repose que sur les allégations plus
que suspectes de Catherine Emmerich, ou plutôt des inspirateurs de
la trop fameuse visionnaire. Le P. Barnabe étudie ensuite en détail
les textes relatifs au tombeau de la Vierge, localisé à Jérusalem par
une tradition fort ancienne, sinon probante, et il conclut en faveur
de l'authenticité de ce dernier sanctuaire. »
M. S. Reinach a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de l'auteur, le
second volume du grand ouvrage de M. Victor Bérard : Les Phéniciens
et l'Odyssée (Paris, 1903, in-S»). On y trouve d'abord une étude minu-
tieuse, éclairée par la topographie et la toponymie, des derniers épi-
sodes du récit d'Ulysse; nous abordons successivement à l'île des
Lotoj)hages, à la terre des Cyclopes, à l'île Aiolié , aux pays des
Lestrygons et de Circé, à la porte des Enfers, aux îles des Sirènes
et du Soleil. Toutes ces contrées, aux yeux de M. Bérard, ont été
décrites par le poète d'après un ou plusieurs portulans phéniciens;
elles correspondent à des localités bien définies, offrant les parti-
cularités géographiques que signale Homère, et avec une précision si
grande, ([ue les Instructions nautiques, publiées par la marine fran-
çaise, peuvent en fournir le perpétuel commerttaire. M, Bérard les a
LIVRES OFFERTS 61^7
visitées lui même et ajoute à l'autorité do ses descriptions le témoi-
gnage d'excellentes photographies. Il consacre ensuite un chapitre à
rile d'Ithaque et réfute, après un examen approfondi, la thèse de
M. Doerpfeld (jui, comme on sait, veut déplacer l'Ithaque homérique.
Enfin l'auteur expose avec détail ses conclusions, touchant à la fois
l'antiquité de VOdyssée, le mode de composition du poème et les
sources orientales que l'aède, probablement milésien, a mises en
œuvre, soit ([u'il lésait connues directement, soit qu'elles lui soient
devenues accessibles par un ou plusieurs intermédiaires sémitiques
ou grecs.
" La méthode de M. Bérard n'apparaît nulle part avec plus de
clarté que dans son chapitre sur la terre des Cyclopes. Pour lui ,
c'est le golfe de Cumes , dont le littoral est semé de cratères volca-
niques ; en raison de l'aspect qu'il présente, les premiers navigateurs
l'appelèrent le « pays des Yeux Ronds »,Oj)ikia. Les habitants de cette
région étaient des bergers inhospitaliers, aux mœurs sauvages. Tout
le mythe odysséen s'explique ainsi, d'autant mieux que le Cyclope
d'Homère se défend comme un volcan, en lançant de grosses pierres
qu'il fait tournoyer. Ainsi la part de fantaisie poétique est très
restreinte; elle se borne presque à la synthèse d'éléments réels,
fournis les uns par l'observation du pays, vu de la mer, les autres
par celle des mœurs et des habitants.
« M. Bérard désire être compté parmi ceux que l'antiquité appelait
les plus homériques, qui croyaient à l'érudition d'Homère, rj] ::oXu-
[j.aOia toj -otr|TOj, et aux histoires extraordinaires qu'il raconte, par
opposition à ceux qui voulaient y voir des allégories ou des contes.
« Nous avons, dit-il, constaté l'exactitude minutieuse et la véracité
fidèle de toutes ces descriptions. » Quelque jugement que la critique,
un peu prise au dépourvu, doive porter sur une thèse aussi hardie,
elle se plaira à reconnaître le charme soutenu de l'exposition de
M. Bérard, la variété et la sûreté de sa science, ainsi que la rare
vigueur intellectuelle dont témoignent ces mille pages, animées et
comme égayées d'une conviction presque contagieuse et d'un joyeux
amour de la vérité. >>
M. Léopold Delisle présente à l'Académie, de la part des auteurs,
les trois ouvrages suivants :
1" Roherli Gaguini Epislole et Oraliones. Texte publié sur les édi-
tions originales de 1498, précédé d'une notice biographique et suivi
de pièces diverses en partie inédites, par Louis Thuasne (Paris, 1904,
2 volumes petit in-8°).
Robert Gaguin, mort en loOl , est une des i;loires de l'Université
(i.'iiS 1.1V KH^s OFKHIVIS
de Paris. Li' recueil de ses lettres, qui l'ut publié de son vivant, était
à peu près tombé dans l'oubli et les exemplaires en étaient devenus
très rares. La nécessité d'une nouvelle édition était reconnue depuis
longtemps. M. Thuasne n'a pas seulement le mérite d'avoir préparé
cette nouvelle édition avec le soin et la critique dont il avait déjà
donné des preuves. Les notes dont il l'a enrichie et la longue biogra-
phie qu'il a mise en tête font des deux volumes qu'il vient de publier
un livre rempli de détails très intéressants, en grande partie tout à
fait nouveaux, sur la vie de Gaguin et sur les hommes avec lesquels
il a été en rapport. 11 y a là une masse énorme de renseignements
pour un tableau de la société politique, religieuse et surtout littéraire
de Paris pendant le dernier tiers du xv« siècle. C'est, pour une notable
partie, le résultat dune lecture de livres et de petits livrets, aujour-
d'hui fort négligés, sinon par les amateurs de raretés bibliographiques,
dont les pièces liminaires abondent en renseignements précieux pour
(]ui sait en pénétrer le sens et la portée. M. Thuasne en a tiré un
excellent parti : son édition des Lettres de Gaguin est un ouvrage
indispensable à consulter pour l'histoire des règnes de Louis XI et
de Charles \ill.
Les deux volumes de M. Thuasne fornuMit les tomes II et III de la
Bihliiffhi-f/ue liltérairc do la Renaissance que dirigent MM. Pierre de
Nolhac et Léon Dore/.
2" Le tome IV de cette collection, inlituh'' : Lr Frère de Pétrarque
[Gherardo]etle livre dit liepos des ndifjieux, est Iduvre de .M. llenrv
Cochin. C'est une charmante et consciencieuse étude de la vie morale
de Pétrarque et des relations des deux frères avant et après l'entrée
de Ghorardo à la tihartreuse de Monlrieux.On y remanjuera les pages
consacrées à l'influence de Gherardo sur son frère, et au tableau de
la Chartreuse de Montrieux au xiv'' siècle.
M. Cochin a fixé à l'année 1347 la rédaction première du traitée/?
Olio reliffiosoruin, et ce n'est pas la seule observation utile que nous
lui devions pour la chronologie de diverses particularités de la vie de
Pétranjue. La dissertation sur les divers sens du mut Arcidia mérite
d'être signalée. On ne s'étonnera pas de la rencontrer dans un livre
où l'histoire du myticisme au xiv"^ siècle tient une place considérable.
:\" Les très riches Heures du duc de Berry, conservi^es à Chanlillij
au Musée Condê, et le Bréviaire Grimani, par M. le comte Durrieu
(Paris, P.)03, in-8<>; extrait de la BilAiothé<jue de l'Kcoledes Charlesu
M. le comte Paul Durrieu, en jjréparant un volume où seront trai-
tées à fonii toutes les «[ueslions retalives à l'histoire des Heures du
duc de Berri conservées au Musée Condé, a voulu rechercher, dans
LIVKES OFFERTS (J-^î)
une (lissertalioii spéciale, les circonstances ({ni ont permis à des
artistes flamands d'en faire entrer la copie de certaines pages dans le
Bréviaire du cardinal Grimani. Il a donné des raisons très plausiljles
pour établir que les Heures dont il s'agit, qui étaient à Turin à la fin
du XV'' siècle, se trouvaient en la23 à Malines dans la librairie de
Marguerite d'Autriche; elles avaient dû être portées de Savoie dans
les Pays-Bas par Marguerite d'Autriche, après la mort de son mari
Philibert le Beau, mort en 1;)04.
M. Héron de Vili.ekosse olTre à l'Académie au nom de l'auteur,
M™'' Victoria Vaschide, un volume intitulé : Ilisloire de In conquête
romaine de la Dncie et des corps d'armée qui y ont pris part (Paris,
J903, in-8° ; 142'= fascicule de la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes-
Etudes).
La jeune femme qui a publié ce livre est venue, comme beaucoup
de ses compatriotes, compléter ses études à Paris; elle a pris pour
objectif une science qui d'ordinaire n'attire pas beaucoup d'adhérents
féminins. C'est sous une forme charmante qu'elle explique, dans sa
préface, les séductions de l'épigraphie et l'intérêt qu'elle éprouve à
revivre dans un monde disparu. Elle avait résolu d'étudier l'histoire
d'un pays qu'elle connaît et qu'elle aime, l'histoire de sa propre
patrie : elle s'est consacrée à ce travail avec une ardeur et une intel-
ligence rares, avec une force de volonté peu commune. Ce mémoire
lui a valu le titre d'élève diplômée de la section d'histoire et de phi-
lologie de l'École prati<[ue des Hautes Etudes.
En parcourant les premières pages, consacrées à l'ethnographie de
l'ancienne Dacie, à l'état de civilisation des Géto-Daces et à la
géographie ancienne du pays, on sent tout de suite que l'auteur a
puisé ses informations aux meilleures sources, qu'il s'est tenu au
courant des travaux les plus récents et les meilleurs, cpi'il ne se
borne pas à les suivre, mais qu'il les discute souvent, et qu'il sait
exposer, sur certaines questions difficiles, des opinions personnelles
et judicieuses.
Cette impression se confirme à la lecture des chnpities suivants.
La conquête de la Dacie devait retarder l'époque des missions bar-
bares et assurer les frontières de l'empire; les Romains apportèrent
la civilisation latine dans toute la région du Bas-Danube. Les deux
campagnes de Trajan sont racontées avec une abondance de rensei-
gnements qui laisse peu de place à l'oubli : M™'^ Vaschide a pu
i-ésoudre certaines difficultés géographiques qu'une connaissance
approfondie du pays lui permettait d'al>order. L'étude des monu-
ments figurés lui est aussi familière (pie celle des inscriptions : les
()i(l LIVKES OFFliRTS
coiiuiu'iiliilciirs ont élr [lailois cii (lésacc'(Mcl pour rinlfi-prélalion des'
scènes historiques donl la colonne Trajane nous ofTre l'image;
M™'= Vaschido n'hésite pas à combattre les interprétations (|ui lui
paraissent inaccoptahlos; elle expose ses idées avec une indéjiendance
(]ui lui fait grand honneur.
La seconde partie de ce vdlninc est consacrée à l'hisloirc des
troupes (jvii oui contribué à la complète et à l'occupation mililairc de
la Dacie; ce n'est pas la moins importante. Elle est composée surtout
à l'aide des nombreux renseignements épigraphi([ues réunis dans le
Corpus latin, renseignements que M""= Vaschide a coordonnés et
présentés d'une façon méthodique en groupant, sous une rubricpie
différente, ce qui concerne l'histoire de chaque légion, de chaque
aile, de chaque cohorte, ainsi que celle des ofïïciers dont les noms
sont parvenus jusqu'à nous. Le talent et les efforts consciencieux de
l'auteur méritent des encouragements et des éloges.
M. llKnoN DE ViM.KFOssE déposc, en outre, sur le bureau de l'Aca-
démie, de la part du R. P. Delaltre, correspondant de l'Institut, une
brochure intitulée : A r.irnphHlir:1tro de Cirlhage. Mars IOO:i (Sousse,
1903, in-8»; extr. du Bulletin dr lu Socit^lé nrchénlo(/k/iie de Sousse).
M. Cn.\Ti:L.viN présente ii l'Académie de la part des auteurs,
MM. Frédéric Plessis et Paul Lejay, les DEuvres d'IIornce publiées
avec une introduction philologique cl littéraire et des notes (Paris,
Ilachelle, 1903, in-16, i.xxvm-6i4 pages).
Deux savants latinistes, qui ont appris jadis la criliipu^ des textes
à l'Ecole prati<|ue des Hautes Etudes, se sont réunis |)<uir |)ul)lier
cette bonne petite éililioii d'ibirace, en attendant la grande ([u'ils ont
entreprise pour la collection des éditions savantes de la librairie
Hachette. Dans le choix du texte ils ont su éviter l'écueil aucpiel se
heurtent parfois d'excellents philologues, celui ([ui consiste à prêter
au poète des idées singulières pour ne pas se séparer de la tradition
des manuscrits; ils nv sont pas tombés non |)lus dans le défaut con-
traire (pu conduit à adopter des conjectures téméraires et ;'i intro-
duire dans les poésies latines la pensée des savants moderiu's ii la
place de celle d'Horace. M. Plessis, paléographe doublé d'un poète,
a édité les Odes, c'est-à-dire la ])artie la ]ilus poétique d'Horace; les
occasions ne lui ont pas uKimpu' pour iiulicpier avec quel goût ou doit
lire cl iulcrpréler l'ami de Mécène. M. Lejay, dans la critique ou
l'explitalion du texte des Satiies cl des Epilres, montre les mêmes
qualilt's pliilnlogiqucs dont il a d(''j;i fait |)r('Mve dans ses éditions
d'Ovide cl de Lucaiu.
SÉANCE DU 18 DÉCEMBRE
II est donné communication d'une circulaire qui a été adressée
au Président de l'Institut et qui concerne l'attribution, en 1904,
du prix Nobel de la Paix.
Le Président annonce que la prochaine séance sera avancée au
mercredi, à cause de la fête de Noël.
M. Clermont-Ganneau déchiffre et explique une assez curieuse
inscription grecque chrétienne, récemment découverte sur le
mont des Oliviers, dont le P. Prosper de Jérusalem vient de lui
envoyer une copie. Il propose de la lire ainsi :
1 + 'EvOâSc x(£)?Ta(t) (Tj) OOÛ/.Y, Xat VÙaCpY; TOU XpliïTOU
2 i]ocpt'a, ■/] o'.ixovoç, "/] OEurspa ^oî^rr^, xO[[XTj6(£)?'7a
3 £v (ejlpY^vy, TY, xa' tou Mapriou ;xt,vôç,
4 lv5(ixTttovoç) '.a' otT? Kwptoç b 0£OÇ
5 V 7rp£ff[6
Les éléments chronologiques, 21 mars, XI*' indiction, sont
insulFisants pour permettre de préciser la date ; mais, d'après la
paléographie, l'inscription peut être du v*' ou vi^ siècle. La défunte
Sophie devait être diaconesse d'un de ces couvents de femmes
assez nombreux qui s'élevaient sur le mont des Oliviers à l'époque
byzantine. La qualification qui lui est donnée de vu[;.'^t, XotSTOù
est intéressante et rappelle diverses expressions similaires de
l'épigraphie romaine chrétienne. Plus intéressante encore est
celle, quelque peu énigrnatique au premier abord, de « seconde
Phœbé ». L'expression a la valeur d' « une nouvelle, une autre
Phœbé ». C'est une allusion à la fameuse Phœbé, diaconesse de
Genchrées, dont parle l'Kpître de saint Paul aux Romains (ch. XVI,
V. I, et souscription finale), et dont la diaconesse Sophie, à en
croire le rédacteur de son épitaphe, aurait fait revivre les vertus.
Oi-2 SÉANCE Dl I(S nÉCKMBHE 1903
Le Président annonce que l'Académie a nommé :
Correspondants français :
M. Mondry Baudouin, en remplacemenLde M. Poulie, décédé ;
Le R. P. Lagrange, en remplacement de M. Charles de Grand-
maison, décédé ;
M. Jules Gauthier, en vertu du décret du 11 mars 1898 qui a
augmenté le nombre des correspondants;
Correspondant étranger :
M. von Wilamowitz-Moellendori', à Uerlin, en vertu du décret
(lu 11 mars 1898.
^L DE Lastkvrie rappelle qu'à la séance du 4 décembre der-
nier, il a présenté à l'AcachMiiie, de la part de l'auteur, une bro-
chure dans laquelle AL Marins A'achon prétendait démontrer
que l'Holel de ville de Paris, détruit en 1871, n'était pas rteuvre
du Boccador, mais de Pierre Chambigcs.
« l".n présentant cette brochure, dit-il, j'avais cru devoir faire
toutes réserves quant aux conclusions de l'auteur. J"ai donc été
l'ort étonné de me voii- prêter, dans les comptes rendus que divers
jouniaux ont donnés de la séance, et dans une note assez déve-
loppée publiée par l'Intermédiaire, une adhésion aux idées de
M. Vachoii. Bien loin, en efl'et, de les partager, je suis obligé de
déclarer (|u un examen plus attentif de la (jncslion n'a fait que me
confirmer dans mon premier sentiment : c'est que pour refuser
toute part au Boccador dans la construction de riL')tel de \'ille de
Paris, tel que nous l'aNons connu, il faudrait la preuve certaine que
l'édifice bâti par lui a réellement été dciiKili. Or la preuAc d'une
démolition radicale, je ne la tronvc pas dans les documents cités
par AL Marins \'achon. Celle qu il tire du Plan de tapisserie
me paraît bien laible, et le passage de Sauvai qu'il invoque est
moins convaincant encore. Que dit Sau\al? (|ue u l'ordonnance
'■ du grand corps de logis — la façade sur la place de (irève —
« ayant paru (/olhiqiie^ en 15i9 on réforma le desseing anlien. et
« ce bâtiment depuis ne fut achevé que sur les desseins et éléva-
« lions montrés à Ileni'i il ii Sainl-(îerniaiu ».
<' M. ALirius \'achon, prenant le mot qolhique dans le sens
qu'il a aujourd'hui, paraît croire cpic r(euvre de l'artiste italien
SÉANCE DU 18 DÉCEMBRE 1903 643
était de style ogival et que c'est pour cela que la population
parisienne trouva «suranné, banal et impropre» cet édifice
gothique et que le corps de ville jugea nécessaire de le remplacer
par un autre. Mais gothique n'avait pas ce sens au xvn^ siècle,
pas plus que reformer ne signifiait démolir. Il faut comprendre
ainsi le passa,i;e de Sauvai : « En 1549, on trouva l'ordonnance du
grand corps de logis vieillot, hors de mode, et on modifia le pro-
jet primitif. » La fin de la phrase, où il est dit que le bâtiment
fut achevé d'après de nouveaux dessins, confirme cette idée qu'il
n'v eut pas démolition, mais seulement transformation du projet,
ce qui s'accorde à merveille avec les constatations faites par
Leroux de Lincv et que rappelle M. Marins \\ichon.
« Je ne vois pas davantage une preuve de la démolition des
parties hautes de la façade de Boccador dans la délibération du
Bureau de la ville, en date du 14 novembre 1551 , dont M. Vachon
veut tirer argument. Il y est question d'une '( voulte imparfaite
située à droite de la grande porte d'entrée de rh(Hel de ville »,
et la délibération porte « que tant pour la conservation d'icelle
« voulte que pour tenir les personnes à couvert, sera faict sur
« icelle voulte un petit comble de charpenterye ». Je ne pense pas
qu'on soit autorisé à conclure de là qu'il y ait eu « malfaçon
du travail de maçonnerie » et que la démolition des étages supé-
rieurs de la façade ressorte nettement de cette délibération.
Le mot imparfait ne signifie pas ici mal fait, mais inachevé. Et
la précaution même que l'on prit de conserver cette voûte ina-
chevée indique bien qu'on ne songeait pas à démolir, mais à ter-
miner ce qui existait.
(( Je n'hésite donc pas à dire que M. Marius Vachon se
trompe , et qu'il a eu tort d'attaquer le projet d'inscription
destiné à rappeler la grande part prise par le Boccador dans la
construction de l'Hôtel de Ville de Paris. »
M. Maxime Collignon donne lecture d'un rapport sur les fouilles
exécutées en 1903 par M. Degrand, consul de France à Philippo-
poli, dans la vallée de la Toundja, en Bulgarie. Poursuivant les
explorations commencées en 1901 et 1902, M. Degrand a fait
porter ses recherches sur le tumulus de Costiévo, dit Monastir
Moghila. Il y a trouvé dilférentes couches de sépultures, sous
(ii'l FOUILLES EXECUTÉFS DANS LE TUMULLS DE COSTIÉVO
des débris appartenant à lépoque romaine. Les plus anciennes
montrent les mêmes rites funéraires que M. Dègrand avait
constatés dans ses fouilles précédentes au Tell Ratchell' et à
Metchkur ; mais il semble que ces usages soient progressivement
abandonnés, car la couche supérieure fait connaître des formes
de sépultures déjà ditTérentes. L'intérêt de ces dernières fouilles
est d'apporter des éléments nouveaux pour l'étude de la civilisa-
tion préhistorique en Thrace. 11 semble que les sépultures de
Costiévo marquent la (in d une période, et, à ce titre, elles
méritent d'être étudfées avec attention K
COMMUNTCAÏIOX
NOTE Sll! LES FOUILLES EXÉCUTÉES
DANS LE TUMULUS DE COSTIÉVO EN BULGARIE
PAR M. DEGRAND, CONSUL DE FRANCE A PHILiPPOPOLI ,
PAI! M. MAXIME COLLIGNON, MEMRRE DE l'aCADÉMIE.
Dans In séance du 20 février 1903, j'ai communi([iié à
l'Acadéniie , au nom de la Commission Piot , un rapport
sur les fouilles exécutées en Buli=^arie par M. Dej^i-rand,
consul de France à Philippopoli. Ces fouilles, entreprises à
l'aide d'une subvention prélevée sur les arréras^es du le^s
Piot, ont été poursuivies pendant les années 1!)01 et 11)02.
Elles ont eu pour objet l'exploration de deux fumuli
situés dans la vallée de la Toundja, celui du Rn/c/ic/f Tépc
et celui de Melclikur. Elles ont fait connaître des nécro-
poles primitives et révélé pour la Tbrace une civilisation
préhistori([ue offrant des points de contact avec celles de
l'Asie Mineure et de Chypre. Une nouvelle subvention
accordée par l'Académie a fourni à M. Degrand les moA'ens
1 . \'i)ir ci-upi-i'^s.
rOUILLKS EXÉCUTÉES DANS LE TLJMULUS DE COSTIÉVO 645
d'étendre ses recherches, et cesl ainsi qu'en l'.)0;{ il a pu
faire des fouilles dans le fu/nuliis de Costiévo, dit « Mo-
nasfir Moghila » ou Tumulus du monastère . Il a consig-né
les résultats de ses recherches dans un rapport détaillé,
accompagné de nombreuses photoo^raphies, et qui ne le
cède pas aux précédents pour le souci de la plus rigoureuse
exactitude.
M. Degrand a relevé trois couches de sépultures. Dans
les deux premières, les tombes présentent de grandes ana-
logies avec celles qu'avaient fait connaîti^e les fouilles de
1901 et de 1902. Là, comme dans les tumuli du Ratcheff
Tépé et de Metchkur, les cendres et les ossements prove-
nant de l'incinération étaient entourés de couches superpo-
sées de pisé et de terre, et l'enveloppe extérieure avait été
soumise à une cuisson qui lui donnait une certaine consis-
tance. Mais ces procédés paraissent avoir été employés
avec plus de négligence, comme si les rites funéraires com-
mençaient à être moins rigoureusement observés. Les
objets trouvés aux abords des tombes rappellent d'ailleurs
de très près ceux qui proviennent des fouilles précédentes.
Ce sont les mêmes vases en terre grise, les mêmes objets
de terre cuite qui semblent avoir servi de supports pour les
vases. Les iigurines présentent les mêmes caractères de
grossièreté dans l'exécution. La seule pièce nouvelle est une
ligure de personnage portant un vêtement décoré d'orne-
ments en forme de bandes et de lignes de points.
Si les rapports chronologiques avec les sépultures du
Ratcheff Tépé et de Metchkur sont évidents pour les deux
couches inférieures , on n'en saurait dire autant de la
couche supérieure. Les observations faites sur ce point par
M. Degrand constituent le véritable intérêt de ses nouvelles
fouilles. Ce n'est pas qu'il soit possible d'établir avec cer-
titude la date de cette série de sépultures. Le tertre de
Costiévo a été en eiTet utilisé pour des ensevelissements à
des époques très différentes. On \ trouve des sépultures
f)i(> F()riM.i:s KXKcriKKs dans i.i; hmi lis di: cosiikvo
datant de lépocjue loinaiiie. ((tnime lindiquent des déljri.s
de larges tuiles funéraires, des fragments d'ex-voto en
marbre représentant le type, fréquent dans ces régions, du
cavalier thrace, des monnaies de Roemetalcès I, de Trajan
et d'Aurélien. Pourtant, il est permis d'ailirmer que cer-
taines sépultures odVent des tvpes de transition qui suc-
cèdent chronologiquement à ceux des deux couches infé-
rieures. M. Degrand signale une grande jarre de terre
cuite contenant les restes d'une femme avec des bracelets
de bronze; c'est un mode de sépulture qui était d'usage
courant dans la nécropole de Yortan , en Mysie. D'autres
tombes attestent (pie la C(mtume de l'incinération n"a pas
cessé d'être en vigueur. Mais l'enveloppe protectrice, faite
de couches de pisé et de terre cpii contenait les cendres, a
fait place à de grosses pierres brutes ou hâtivement taillées.
Les vases trouvés près de ces tondjes sont d'ailleurs d'une
fabrication plus fine que ceux des couches inférieures et
sulïiraient seuls à fournir un point de repèi-e ciironologicpie.
En résumé, le lumuius de Costiévo olTre deux catégories
assez bien tranchées de sépultures préhistoriques. Les unes,
celles des deux couches les |)lus profondes, relèvent encore
de l'état de civilisation 1res primitif constaté au Tell
llifchcff et à Mo/ch/,ii/\ mais elles sendilent attester une
sorte de décadence eL dv négligence dans la mise en leuvre
des matériaux. Les autres appartiennent ;i \uu' j)ériode de
transition où les rites funéraires se sont niodiliés. Les
fouilles de nH).'{ ont donc- ajouté des éléments nouveaux à
ceux que M. Degrand avait réunis avec tant de soin et de
conscience dans ses recherches antérieures.
047
IJVRES 0FF1':RTS
M. Senaiît a la parole pour un hommage :
a J'ai riioiuieur de présenter à rAcadémie, au nom de l'auteur et
au nom de M"" Menant, à qui l'ouvrage est dédié, deux mémoires
intitulés : Les Pai^sis à la cour dWkhar, par Jivanji Jamshedji Modi,
en anglais, avec la traduction en gujarati (Bombay, 1903, in-S").
« Ces mémoires, dont le premier a d'abord paru dans le Journal
Asiatique de Bombay, ont pour objet de prouver que, contrairement
à une thèse récemment mise en avant, c'est à des Parsis de l'Inde, et
non de la Perse, aux dastours de Naosàri et nommément à leur chef
Meherji Rânà, que revient riionneur d'avoir incliné favorablement
au mazdéisme l'empereur Akbar dont on sait que, à une époque de
son règne, il adopta, avec diverses notions religieuses, notamment
un certain culte du feu, le calendrier et des fêtes du parsisme. Cette
démonstration intéresse surtout le ))on renom des Parsis de l'Inde
qu'on avait représentés comme incapables, à la fin du xvr siècle,
d'exercer une influence sérieuse sur un esprit cultivé et curieux
comme celui d'Akbar. On sait comment sous des influences diverses
musulmanes, parsies, chrétiennes, il inclina à un syncrétisme religieux
auquel il s'appliqua à donner un corps et toute une vie rituelle. C'est
un épisode curieux de l'histoire religieuse. Rien de ce qui le touche
ne saurait être indifférent. M. Modi a d'ailleurs conduit sa discussion
avec beaucoup de pi-écision , de clarté, de savoir. Il l'a surtout
appuyée sur la publication de plusieurs documents inédits et qui
méritaient de voir le jour. Ce sont, entre autres, deux firmans
d'Akbar d'où il ressort que le dastour Meherji Rànâ fut l'objet, de la
part de l'empereur, d'une donation de terre, qu'il s'était donc attiré
par certains services la faveur, la reconnaissance du maître. Cet
ensemble de pièces, outre son importance pour le problème spécial
dont M. Modi poursuit la solution, présente un intérêt paléographique
et historique sérieux. Je ne dois pas ouljlier de constater ici que
c'est aux instances de M"*: Menant, dont l'Académie a encouragé le
voyage dans l'Inde et les recherches sur l'histoire des Parsis, à son
initiative zélée, à ses démarches persévérantes, qu'en est due la
publication. Ce n'est pas la seule collaboration que lui doive ce livre.
Depuis son retour, elle a su retrouver dans les papiers d'Anquetil
quelques notes intéressant les rapports d'Akbar avec le destour
648 SÉANCE DL" 23 DÉCEMBRE 1 Îj03
Mt'luTJi Hânà (jui, coiiHiuinicjuées aussitôt par ulle, ont rouiiii à
M. Modi la matière et l'occasion du mémoire additionnel dans lequel
il a cherché à confirmer et à compléter ses premières conclusions.
On voit combien il est juste de partager notre gratitude entre l'auteur
et M""' Menant pour l'intéressant envoi dont je suis heureux d'être
l'intermédiaire auprès de l'Académie. »
M. Gagnât dépose sur le bureau, au nom de M. Monceaux, le
2*= fascicule de son Enquête sur r('i)i(/r;ij)liie chn-licnne <l'Afrif/ue
(Paris, 1903, in-B» ; exir. fie la Revue archi'-olo(ji([ue).
SKAXCK DU MKHCUKDI 23 DKCKMHlîl
Séance avancée au nieic-redi à Ciuise de la l'été de Noël.
M. le .Miuislrc de riiislriuiioii publique et des beaux-arts
adresse au Secrétaire perpétuel la lettre suivante :
Paris, le 21 décembre l'JO.i.
Vous avez bien vouki m'annoncer, le lo décembre courant, ipie
l'Académie des inscriptions el ])elles-lettres avait décidé di- |)rèter
son concours financier à nf)s cbargés de mission en Kgvpte, dans le
cas où s'ofTrirait à eux, dans des conditions exceptionnelles, un
papvrus dont les ressources mises à leur disposition ne leur per-
mettraient pas de l'aire l'accpiisition. \'ous me dcmandie/ en même
temps de faire connaître à nos compalriotes, actucllcnuiil en l^gvpte,
(pi'en pareilles circonstances ils pourraienl. parles voies les plus
rapides, faire a[)pel à l'Académie.
■le me suis empressé de faire part de ces bienveillantes disposi-
tions à M. Cliassinat. en le |)riant de les portt-r h la connaissance des
membres de I Inslilul français d'aicliéologie oriciilaie au (iaire. el
des égyplologues fran<,"ais (pii s(tnl en relations avec cel élablis-
senu-nt.
SÉA.NCK DU 23 DÉCEMliUK 1903 049
Désormais, loules les fois qu'une mission sera envoj'ée en Egypte,
je ne manquerai pas d'en aviser ses membres.
Pour le Ministre,
Le Directeur de l'enseignement supérieur,
Signé : Bayet.
La lettre du Ministre est renvoyée à la Commission des tra-
vaux littéraires.
M. S. Keinagii a la parole pour une communication :
(( M le professeur Herzog, de Goettingue, en poursuivant des
touilles dans les ruines de TAsclépieion de Gos, a découvert une
grande inscription historique d'une haute importance. Gest un
décret des Coens, voté au moment où leur parvint la nouvelle
que les Gaulois avaient subi un échec devant Delphes, en
novembre '279. Gos envoie des députés à la fête des Pythia pour
offrir en son nom un mag'nifîque sacrifice au dieu de Delphes,
qui était apparu en personne pour repousser les envahisseurs;
une fête en l'honneur de cette victoire doit aussi être célébrée à
Cos. Le décret est presque entièrement conservé.
« Au cours des mêmes fouilles, on a découvert des lettres de
remerciements adressées par des villes Cretoises à Cos pour
l'envoi de médecins. Il est ainsi prouvé que l'école de médecine
organisée dans l'île par Hippocrate continua à jouer le rôle d'un
grand établissement scientifique, qui se faisait représenter à
l'étranger par des médecins officiellement délégués à cet effet. »
M. Héron de Villefosse communique à l'Académie, de la part
du docteur Carton, médecin-major au A''^ tirailleurs, des photogra-
phies d'une galerie des catacombes chi'étiennes d'Hadrumète
dont le dégagement vient d'être achevé. Malheureusement plu-
sieurs galeries menacent ruine, ce qui entraînera une dépense
imprévue. Il y a des tombes dans le sol même des galeries ; le
tuf a été creusé de manière à prendre dans chaque excavation la
forme même du corps qui y était déposé.
Le PRÉsn)ENT annonce que l'Académie a élu M. Ilirschfeld, de
Berlin, associé étranger, en remplacement de M. Mommsen,
décédé, et M. Michaelis, de Strasbourg, correspondant étranger,
en remplacement de M. Ilirschfeld, élu associé étranger.
650
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le hiiieau de rAcadémie le
volume des Fouillés de la province de Tours, publié par .M. Auguste
LoNGNON, membre de l'histitut (Paris, 1903, 111-4").
M. Barth dépose, en son nom, sur le bureau, une l)rochure inti-
tulée : Inxci-iption sanscrite du Phou Lok/ion, Laos (Hanoï, 1903,
in-S" ; extr. du Bulletin de V Ecole française d' Extrême-Orient).
M. L. Delisle offre à l'Académie, de la part de MM. Léon Dorez et
Pierre-Paul Plan, la reproduction phototypique de la seconde édition
de Pantagruel, d'après le seul exemplaire connu, que la Bibliothèque
royale de Dresde, avec la plus louable libéralité, a mis à la disposi-
tion des éditeurs. Cette édition, très importante pour l'établissement
du texte de Pantagruel, n'avait pas encore été convenablement colla-
tionnée.
Dans l'introduction jointe au t'acsimilé, MM. Dorez et Plan ont très
bien défini le caractère de cette édition. Ils y ont découvert la trace
des précautions prises par Rabelais pour ménager les susceptibilités
de la Faculté de tliéologie.
ij
i
PÉRIODIQUES OFFERTS
Analecla Bollandiana, tome XXII, fasc. I-IV (Bruxelles, 1902 et
1903, in-8°).
Annales du commerce extérieur, année 1902, fasc. 11 et 12; année
1903, fasc. 1 à 10 (Paris, 1902 et 1903, in-S").
Archaeological Institute of America. American Journal of Archaeo-
lof/y, second séries, vol. VI, n"» 4 à 6; vol. VII, n"* 1 à 3 (New-York
et Londres, 1902 et 1903, in-8°).
Archivio délia R. Socielà Romana di atoria patria, vol. XXV, fasc.
III-IV (Roma, 1902, in-8»).
Atti délia R. Accademia dei Lincei , anno CCXCVIII. Série qiiinta.
Classe di scienze morali storiche et filologiche. Notizie degli Scatu',
vol. XI, fasc. 1 à 7 (Rome, 1903, in-8»).
Biblioleca Nazionale Centrale di Firenze. Bullettino délie puhblica-
zioni italiane ricevute per diritto di stampa, 1903, n"* 1 à 33 (Firenze,
1902 et 1903, in-S").
Bibliotlièque de V École des Chartes, septembre-décembre 1902,
janvier-août 1903 (Paris, 1902 et 1903, in-8°).
Bolelini da Real Associaçao dos architectos civiles et archeologos por-
tmjuezes, 1902, n»* 6 à 12; 1903, n°* 1 à 9 (Lisbonne, 1902 et 1903,
in-8°).
Boletin de la Sociedad espaTiola de excursiones, n"* 118 à 123, dé-
cembre 1902 et janvier-juillet 1903 (Madrid, 1902 et 1903, in-8°).
Boletin de la Real Academia de buenas letras de Barcelona, janvier-
mars 1903 (Madrid, in-S").
Bulletin trimestriel de la Société archéologique de la Touraine, 3'' et
4« trimestres 1902; 1", 2" et 3»^ trimestres 1903 (Tours, in-8°).
Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne, publié par l'Aca-
démie des sciences de Clei-mont-F'errand, 1902, n°* 7-10; 1903, n°* 1
à 3 (Clermont-Ferrand, 1902 et 1903, in-S").
Bulletin de la Société archéologique de Sousse, n° 1, 1903, l'^'" se-
mestre (Sousse, 1903, in-8°).
Bulletin monumental, publié sous les auspices de la Société fran-
çaise d'archéologie et dirigé par M. Eugène Lefèvre-Pontalis, 1903,
n" 3 (Paris et Caen, in-8»).
1903. 44
Go2 PÉRIODIQLKS OFFERTS
Bulletin bimestriel de la Soriélé nrchéolorjiquo d'Eure-et-Luij-, a\ ril-
mai-jiiillet-septembro-novoinbi-o 1903 (Chartres, 1903, in-8°).
Bull lin d' histoire ecclésiastique et d'a/'cliéolcj^/ic religieuse des dio-
cèses de Valence, Gap, Grenoble et Viviers, livraisons 129-132, janvier-
septeml)re 1901; janvier-mars 1902; janvier-mars 1903 (Valence,
in-8° .
Bulletin de la Société archéohxjiijue du Midi de la France, n°* 29 et
30 (Toulouse, 1902 et 1903, in-8°j.
Bulletin de In Sociélé nationale des anii'/uaires de France, 1902
(Paris, in-8o).
Bulletin de la Sociéh' d'hisloire et d'archi'oltxjii' de Genève, lome II,
livraisons 0 et 7 (Genève, 1902, in-S").
Bnllefin international de l'Académie des sciences de Cracovie, aoûl-
décemine 1902; janvier-mars 1903 (Cracovie, 1902 et 1903. in-8»).
Bulletin archéologique et historique de la Société archéologii/ue de
Tarn-et-Garonne, année 1902 (Monta>uban, 1902, in-S").
Bulletin des Anli(/u:iires de la Picardie, année 1902, 4'' trimestre;
année 1903, 1'' Irimestre (Amiens, 1902 et 1903, in-8»j.
Bulletin de l;i Diana, juillel-décemi)re 1902; janvier-avril 1903
Monlbrisou, 1902 et 1903, in-8'').
Bulletin de la Société de statistique des sciences naluz-elles et di'S arts
industriels du déiiarlenient de l'Isère, lome \'I, 32'' de la collection,
(Grenoble, 1902, in-S").
Bulletin de la Société historique de Lisieux, année 1902, n" 1 t
(Lisieux, in-8").
Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la
Corrèze, octobre-décembre 1902; janvier-mars 1903 (Brive, in-8°).
Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de la Corrèze,
octobre-décembre 1902. janvier-septemlire 1903 Mrive. 1902 et 1903,
in-8"j.
Bulletin de la Société d'agriculture, industrie, sciences et arts du
département de la Lozère, mai-décemlne 1902 ^Mende, 1902, in-80).
Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire de
Béziers (Hérault^ lome IV, 2'- livraison, vol. XXXll de la collection
(Béziers, 1902, in-8»).
Bulletin de la Commission archéologique de Xarhonne, année 1902,
3'^ et 4'' trimcsires; aniu'c 1903, f'' semcslre Xarbonne, 1902 et 1903,
in-8" .
Ilullelin de la Société liistorique et archéolngii/uc du l'érignrd ,
septembre-octobre 1902; janvier-oclol^re 1903 (Pcrigueux, 19(12 et
1903, in-80).
PÉRIODIQUES OFFERTS 633
Bullelin de la Société des antiquaires de l'Ouest, 1002, 3« et 4« tri-
mestres; 1903, 1" et 2e trimestres (Poitiers, 1902 et 1903, in-S").
École française de Rome. Mélanges d'archéologie et d'histoire, jan-
vier-décembre 1902 (Paris et Rome, in-S").
Epigraphia Indica and Becnrd of the archaeological Survey of
India, vol. VII, part. VII, juillet 1903 (Bombay, in-8«).
Gernian American Annals, vol. V, n"* 4 à 9, avril-septembre 1903
(New-York, in-8").
Gouvernement général de Flndo-Chine. Bulletin économique,
publié par la Direction de l'agriculture et du commerce, n°* 14 à 17,
février à mai 1903 Hanoï, 1903, iu-8°).
Greater Light [The), vol. 4, n°* 3 à 12; vol. 5, n^s 1 à 2 (New- York,
in-8°).
Journal asiatique, tome XVIII, n»* 3 et t ; tome XIX, n°* 1 et 2
(Paris, 1902 et 1903, in-8°).
Journal de la Société des Américanisfes de Paris, tome IV, n° 2 ;
tome !'='■, nouvelle série, n° 1 (Paris, 1903, in-8°).
Journal of the royal Institute of British architects, vol. X, part III
(London, 1903, in-i»).
Journal of the American Oriental Society, edited by E. Washburn
Ilopkins and Charles C. Torrey, tome 23, 2" partie, et tome 24,
l'''^ partie (New-Haven, Connecticul, 1902 et 1903, in-S"). ■
Korrespondenzhlatt der Wesldeutschen Zeitschrift fiir Geschichte
und Kunst, 21« année, n°* 11 et 12, 1902; 22« année, 1 à 10, 1903
(Trêves, 1902 el 1903, in-8«).
Machriq (Al), revue catholique orientale, n°* 6 à 22, 1"» mars à
la novembre 1903.
Mittheilungen des kaiserlich-deulschen archaeologischen Instituts.
Athenische Abtheilung, Band XXVII, fasc. I-IV (Athènes, 1902 et
1903, in-8").
Proceedings of the Society of Bihlical archaeology, vol. XXV,
parts 1 à 8 (London, 1902 et 1903, in-8°).
Proceedings of the American Philosophical Society, vol. XLII,
n"^ 169 à 172 (Philadelphia. 1902 et 1903, in-8«).
Proceedings of the Society of Antiquaries of Scotland, 1901-1902
lEdinburgh, 1902, in-8o).
Proceedings of the Society of Antiquaries of London, vol. XIX, n" 1
(London, 1902, in-8o).
Bendiconti délia reale Accademia dei Lincei , série V, vol. XI,
fasc. 8 à 12; vol. Xll, fasc. 1 à 6 (Roma, 1902 et 1903, in-8°).
Bevista de archivas, bihliolecas y museos, ano VII, n° 6, juin 1903
(Madrid, 1903, in-8°).
()54 PÉRIODigULS UFFKRTS
Revue africaine, n»» 246-250 (Alger, 1902 et 1903, in-8»).
Bévue archéoloyique, publiée sous la direction de MM. Georges
Perhot et Salomon Reinach, membres de l'Institut, tome XXXIX,
1903, janvier-octobre 1903 (Paris, 1902 et 1903, in-S").
Bévue biblique internationale, pul)liée par l'Ecole [)i-alique d'études
bibliques établie au couvent dominicain Saint-Etienne de Jérusalem,
n"^ 4-6, août-décembre 1902; n°^ 1-4, janvier-octobre 1903 (Paris,
1902 et 1903, in-8°).
Bévue historique et arcliéologique du Maine, année 1902, 2« semestre ;
année 1903, l'-^'' semestre (Mamers et Le Mans, 1902 et 1903, in-H").
Revue de lliistoire des religions, publiée sous la direction de
MM. Jean Réville et Léon Marillier, novembre-décembre 1902; jan-
vier-août 1903 (Paris, 1902 et 1903, in-8°).
Bévue des questions historiques, livraisons 144-148 (Paris, 1902 et
1903, in-8°).
Revue latine [La), 2<' année, n" G, 2ii juin 1903 (Paris, in-B").
Revue des études grecques, tome XVI, n" 70, mai-juin 1903 (Paris,
in-8°).
Revue des éludes juives, n"^ 90 à 93, octobre-décembre 1902; jan-
vier-septembre 1903 (Paris, in-S»),
Société des antiquaires de la Morinie. Bulb'lin historique, année
1902, fasc. IV; année 1903, fasc. I et II (Saint-Omer, 1902 et 1903,
in-8°).
Société archéologique et historique de VOrléanais, 3= et 4-= trimestres
1902 (Paris et Orléans, 1902, in-8").
Société Floriniontane d'Annecy. Revuesavoisienne, 1 902, 4* trimestre ;
1903, 1", 2« et 3« trimestres (Annecy, 1902 et 1903, in-8").
Studien und Mittheilungen ans deni Benedicliner- und deni Cistcr-
cienser-Orden, XWU, fasc. IV; XXIV, fasc. I-IIl Hrriin, 1901 et 1903.
in-8°).
Wesldcutsche Zeitschrift fiir Geschichle und Kunsl. 21' année,
fasc. I-IV; 22« année, fasc. I-II Trêves, 190.: cl 1903, in-B").
TABLE ALPHABÉTIQUE
Abou Gosch (Basilique d'), près
Jérusalem, 166, 232.
Afrique. Culte de Mithra, 3S0, 337.
— Inscriptions chrétiennes, 459.
Agnel (Arnaud d'). Inscriptions
en caractères latins et grecs,
avec noms celtiques, décou-
vertes à Ventabren, 55, 58 ; cf.
105, 108. — Trésor monétaire
trouvé à Tourves en 1366, 212.
Alexandre d'Abotonichos. Oracle
en vers (inscription d"Antioche),
57, 62.
Alexandre le Grand. Statuette
découverte à Véïes, 478.
Allier de Ilauteroche (Prix),
Commission, 5. — Rapport, 252.
Altamira, près Santander (Es-
pagne ). Peintures préhisto-
riques d'une grotte, 255, 256.
Ambrosionne (Bibliothèque), à
Milan. Manuscrit d'IIygin en
notes lironiennes, 168-169.
Annuaire général de V Indo-Chine,
363.
Antioche de TOronlo. Inscription
grecque (oracle d'Alexandre
d'Abotonichos), 57, 62.
Antiquités delà France(Concours
des), 94, 190. — Rapport, 203,
294, 295-305.
Arabie, Voyage scientifique du
R. P. Germer-Durand, 597.
Araméen (Papyrus), 76, 364, —
Inscription, 267, 269.
Arbois de Jubainville (H. d').
Commissions, 36. — Épitaphe
découverte à Ventabren et con-
tenant le nom gaulois Venifoii-
ta et le nom ligure Quadrunia,
105, 108. — Les « gourdeiziou »
bretons et leur origine babylo-
nienne, 315. — Le candetum
gaulois, 329. — Éléments de la
grammaire celtique, 33. — Les
Celtes jusqu'en Van 100 avant
notre ère, 605. — Observations,
165.
Arc (Jeanne d'). Origine, très pro-
bablement lorraine, de ses
ascendants paternels, 331; cf.
603.
Archaeologia, 165.
Archivisles-paléographes ( Bre-
vets des), 527.
Artémis. Statue découverte à
Lesbos et attribuée h Strongy-
lion, 164. — Tète de cette déesse
ayant fait partie du fronton
oriental du Parthénon, 602.
Associés étrangers, 608, 649. —
Commission, 635.
()o6
TABLE ALPHABÉTIQUE
Assouan (Egypte). Inscriijtion
araméenne, 267, 269.
Athènes. Congrès archéolofiique
international de lOO"), 241, 4")7.
Augustin (Saint). Manuscrit sur
papyrus, 366 ; cf. 602.
Aveneau de La Grancière. Le
.préhistorique el les épor/ues
gauloise, fjnlln-roniuine el mérn-
vini/ienne dans le centre de In
Bretagne Armorii/ue, 46 L
Avilius Tores, cocher du cirque.
Inscription en son honneur,
19;i.
Axiotakis. Mines aurifères du
mont Tmolus, 73.
Aynionior. Découvertes relatives
à l'histoire du Siam, 93.
B.VBELON (Ernest,. Commissions,
">, 206, 604. — Rapports, 44,
48. — Grand médaillon dOr do
Constantin, 192. — Noie do
M. Clermont-Ganneau sur une
colonnette avec inscription la-
tine provenant de Leplis Magna,
201. — Xole de M. Degrand
svir le trésor d'I/.ghi'rli, 36;i,
390. — Leçon d'ouverture (h-
son cours du Collège de France,
7"'». — Publications diverses,
397. — Hommages, 101, |S(1,
29(», 4i:i, 632.
Bajjylone. Son étendue, dOl», CM.
Ballu (Albert). Timgad ; Le Mu-
sée de Timgad, 606.
RAuniEn DE MEVNAno. Commis-
sions, 4, 0, 36, 479. — Hom-
mages, 87, 152, 230, 603.
Barnabe d'Alsace (R. P.). Ques-
ti'iiis de to/inf/rup/iie palesti-
niennp, 307. f,r- loinheau de
la Sainte Vierge à Jérusalem,
636.
Barth (A.). Commissions, 4, 5,
36, 479, 604. — Htéle de Val
Phou [Laos), 33. —Inscription
sansc7-ite de Phou Lohhou
(Laos), 17:;, 630. — Inventaire
des monuments du Cambodge,
4~1- — Hommages, 40, 131,
2'fO, 306, 493.
Baimui'i.kmv A. de). Commis-
sions, 5, 36. — Rapport, 293.
Basset (Renéi . Traité de métri(/ue
arabe, iVrl. — Publications di-
verses, 133.
Rauchoud (Maurice). Un hijpo-
causle gallo-romain à Bavarij,
463.
Baudouin (Mondry). Correspon-
dant français, 642.
Bayard (Abbé). Le latin de saint
Cijprien, 33.
Bayel Charles). Inauguration du
Musée de Delphes; nouvelles
de la mission de Morgan, 212.
Beaudoire (Th.). Genèse de la
cri/ptogrnjdiie apostolique, 60.J.
Bel Alfred .Ae.s Renou Ghânya;
La Djàza, 603.
lielh'l Mgr . Iiio-ljihli,)(iraphii-dc
M. le r/iannine i'. Chevalier,
208.
Bemi)o Pieiroi. Manuscrit dllv-
gin en notes tironiennes à lui
communiqué par le pape Jules
11. 168, 169.
Bénédite(G.).Lettresurlamorldc
M. (iomberl, membre de Tlns-
tilul daichéologie du C;dre.
204.
lienoil \ill. lUdle sur papyrus,
f38.
TABLE ALPHAIÎÉTIQLE
6o7
Bérard (Victor). Sceau égyptien
trouve à Ilagia Triada, près de
Phaistos (Crète) , 2!)4. — Les
Phéniciens et l'Odyssée, 636.
Beretta. Inscription celto- grecque
de Animes, 72.
Berger (Élie). Candidat, 36, 44,
72, 80, 206.
Berger fPhilippe). Président sor-
tant, 1. — Allocution, i. —
Commissions, S, 206, 479. —
Rapports, 24.J. — Sarcophage
peint de Carthage, 5. — Frag-
ments de papyrus signalés à
Bruxelles, en une écriture en-
core indéterminée, 43. — Mé-
moire de M Perdrizet sur une
inscri|)tion grecque d'Antioche
(oracle d'Alexandre d'Abotoni-
chos), 67. — Épitaphe punique
d"unc femme, découverte parle
R. P. Delattre, 92, 94. — Ins-
criptions samaritaines décou-
vertes à Damas, 92. — Nouvelle
inscription du temple d'Ecli-
moun, à Sidon, K')4, 166. —
Coupe en iilomh avec inscrip-
tion phénicienne et grecque,
182. 188, 194.— Nouvelle épi-
taphe de prêtresse carthagi-
noise et inscription puniquesur
une amphore, 189, 197, 198. —
Lettre de M. Bénédite sur la
mort de M. Gombert, membre
de l'Institut d'archéolofde du
Caire, 204. — Stèles trouvées à
Sousse, 210. — Inscriptionjuive
du Touat, 232, 235. — Mission
de M. Perdrizet à Sidon (temple
d'Echmoun), 252, 254. — Nou-
velles urnes à inscriptions dé-
couvertes par leR. P. Dclallre,
311. — Inscriptions de la Roche
de Trupt, 327. — Autre disque en
plomb avec inscription gréco-
punique, 387. — Observations,
470. — Hommages, 34, 53.
Berger (Prix Jean-Jacques), 107.
— Commission, 36.
Bengesco (Georges). Bihlior/ra-
phie de Carmen Sylva, 607.
Bernifal (Dordogne). Figures gra-
vées sur les parois d'une grotte,
215, 219.
Berten (D.). Coutume du vieux
bourg de G and, 437.
Beudant. Un coup d'œil sur Va-
rahe moderne, 308.
Bezold (C). Niniv uml Bahylon,
54. — Bedeutung der Keilin-
schriften fiir das Al te Testa-
ment, 606.
Bihlinthcque de l'École des Char-
tes. Tables (1880-1899), 363.
Bibliothèque de l'Institut. Don de
plusieurs ouvrages d'Où spensky
par M. Golénischeir, 33. — Don
des ouvrages manuscrits de
M. Fournier sur Christophe Co-
lomb, 200.
Bibliothèque nationale. Anciens
catalogues des manuscrits, 439.
Bhuichel Souscription Paul).
Remise du reliquat à l'Acadé-
mie et fondation d'une médaille
pour une découverte relative h
l'Afrique du Nord, 41, 78, 181.
Boccador (Le). Grande part prise
par lui à la construction de
l'Hôtel de ville de Paris, 642.
Bohème (Croix dite de'i, à Estrées-
les-Crécy, 211.
Bohémonds (Les), princes d'An-
tioche, 389. •
638
TABLE ALPHABÉTIQUE
Boisi.iSLE (A. DE). Mémoires de
Saint-Simon, 346. — Le (/rand
hiver et la diselfe de 1709, GOo.
— Hommage, 204.
BoissiEB (Gaston). Commissions,
4, 5,604, 63:i. — Jubilé, 602.—
Observations, 18lj, 193.— Hom-
mages, 33, 53, 1)2, 113.
Bonnet (D"-). Peintures d'un ma-
nuscrit grec et d'un manuscrit
arabe de Dioscoride, 170, 330.
liordin (Prix). Commissions, 5.—
Rapports, 245, 319. -Question
proposée pour 1905, 469.
Boicué-Leci.eucq (A.). Commis-
sion, 5. — Rapport, 245. —
Note de M. d'Arbois de Jubain-
ville sur le candelum gaulois,
329. — Ptolémée Kupator et
Xéos Philopator, 366. — His-
toire des LiKjides, 460. — Ob-
servations, 107, 185, 470. —
Hommage, 187.
Bourdaret (Emile). Les Coréens,
463.
BourgueL (Emile). Système mé-
trologique de Pheidon dAr-
gos, 349.
BouTnoux (Emile). Statuts de la
Fondation Tbiers, 43.
Hrachel i\i\<r). P;,tholof/ie men-
tale des rois de France, 306.
Bréal (Michel). Commissions, 4,
5, 36, 604, 635. - Origine du
mot otaooAoç, 470. — Observa-
tions, 117, 137, 269.
Riéliicr (Louis). Introduction du
crucifi.x en Gaule, 57, 67. —
Colonies d'Orientaux en Occi-
dent lin coinnifineinent du
moyen ;li/r, 239.
Breuil ,A})bé). Figures peintes
sur les parois de la grotte de
Fonl-de-Gaume, 116, 117. _
Figures gravées sur les parois
de la grotte de Bornifal, 215,
219. — Peintures de la grotte
d'Altamira, 255, 256. — Gra-
vures de la grotte de Tevjat,
399, 407.
Broussillon (Comte Bertrand de .
Cartulaire de l'abbaye de Sui/it-
Aii/)in dWngers, 200. — La
maison de Laval, 496.
Brunet(Prix). Commission, 5. —
Rapport, 233.
Bulgarie. Fouilles de M. De-^rand
dans la vallée de la Toundja,81,
643, 644. — Sculpture rupestre
des environs de Schumla, 349.
— Trésor d'Izgberli, 365, 390.
Bulletin de r.\cadémie, 53, 456.
Bulh-lni de corrrsjionfbince hellé-
nidfue, 240.
Bulletin de l'École française
li' Extrême-Orient, 111,415, 4:19.
Bulliot. Inauguration de son buste
à Aiilun, 387, 496.
Byblos. Inscription égyplo-plié-
iiicieiine, 91 . 378.
C.vGNAT (René). Coininissions, 4,
5. —Rapport, 319. — Souscrip-
liou Paul HLincJK'l. H. -Char-
gé de représenter IWcadémie
aux fêtes du cenloiiaire de la
Société archéologique de Cons-
tant iiie, 166.— Lettres de .M. le
D"" Carton sur les fouilles de
Sousse. 209, 268, 283. — Épi-
la|)lic métiique mentionnant la
ville de Djebba ( Thi;/ibba ,2i't.
— Lampe de bron/.e trouvée à
TABLE ALPHABÉTIQUE
Bo9
Souk-Ahras, 311. — Rapport de
M. Dûrrbaeh sur les fouilles de
Délos. 419. — Timgad; Le Mu-
sée de Timgad, 606. — Hom-
mages, 72, 77, 241, 464, 64S.
Cais de Pierlas (Comte E.). Chur-
trier de l'abbaye de Saint-Pons
hors les murs de Nice, 89.
Callisto. Représentation des aAen-
tures de cette nymphe sur une
mosaï(|ue trouvée à Villelaure
et sur un vase d'argent de la
collection Dutuit, 168.
Cambodge. Les rois du feu et de
l'eau, 368,369.
Candetum gaulois (Le), 329.
Capecelatro (S. E. le cardinal).
Hommage de catalogues de la
Yaticane, 77.
Capitan (D'). Figures peintes sur
les parois de la grotte de Font-
de-Gaume, 116, 117. — Figures
gravées sur les parois de la
grotte de Bernifal, 21"., 219; —
de la grotte de Teyjat, 399, 407.
Carra de Vaux (Baron). Gazali,
87.
Cartailhac (E.). Peintures de la
grotte d'Altamira, 233, 236; —
de la grotte de Teyjat, 398, 399.
Carthage. Sarcophages de la né-
cropole punique, 3, 23, 177. —
Épitaphe d'unefemme punicpie,
92, 94. — Inscriptions relatives
aux Telegenii, 106. — Coupe en
plomb avec inscription phéni-
cienne et grecque, 181, 188,
194. — Épitaphe de prêtresse
et inscription sur une amphore,
189, 197, 198. — Nouvelles
urnes à inscriptions, 311. —
Nouveau disque en plomb avec
inscription gréco-punique, 387.
— Inscription mentionnant L.
Ceionius Commodus , 420. —
Figurines en terre cuite trou-
vées dans la nécropole des Rabs,
421, 429. — Ossuaire de pierre
avec inscription punique, 464.
— Grand sai-copliage de marbre
blanc, 633.
Carton (D''). Fouilles à El Kenis-
sia, près de Sousse, 209, 268,
283, 398. — Découverte de ca-
tacombes chrétiennes à Sousse,
607. — Catacombes chrétiennes
d'Hadrumète, 649. — L'hypo-
gée du labyrinthe de la nécro-
pole d'Hadrumète, 367. — Pu-
blications diverses, 174.
Castiglione (Baldassare). Corte-
giano, 414, 416.
Catalanos. Mémoire sur les mines
aurifères du mont Tmolus, 73.
Cauchemé(V.).i'"o«î7/es archéolo-
giques dans la foret de Com-
piègne, 634.
Cavvadias. Envoi du règlement
du Congrès archéologique in-
ternational d'Athènes, 457.
Ceionius Commodus (L.). Men-
tionné dans une inscription
trouvée à Carthage, 420.
Celtiques (Noms),sur deux pierres
découvertes àVentabren,3D, 38.
Céramique grecque, 214,420, 437,
478.
Chabot (Abbé J.-B.). Chronique
de Michel le Syrien, 70.
Chameau. Date de son emploi
dans le Sud-Oranais, 467.
Chantre (Ernest). Répertoire pa-
léoethnologique de Saône-et-
Loire, 463. — Les (Coréens, iQ3.
660
TABLE ALPHABÉTIQUE
Charles le Chauve. Diplômes ori-
ginaux, 4o8.
Charles le Simple. Diplôme ori-
ginal, 459.
Chassaigne (Louis). Bronzes an-
ciens delà Charente, 291.
Chassinal. Rapport sur les Ira-
vaux de l'Institut français d'ar-
chéologie orientale du Caire,
399.
Châtelain (Emile). Candidat, 36.
— Membre ordinaire, 44, :)5. —
Commissions, 182, 329. — Ma-
nuscrit d'ilygin en notes tiro-
nienncs. 168, 169. — Notes ta-
chygraphiques des manuscrits
deTours n"^ 106 et 286, 368, 388.
— Palimpsestes de Turin, 101.
— Hommages, 309, 640.
CuAiVEAU (J.-B.-A.), membre de
l'Académie des sciences. Chargé
de représenter rinstilul àl'inau-
gurationde la statue de L. Pas-
teur à Chartres, 209.
Chauvet (Gustave). Bronzes ;in-
ciens de la Charente, 291.
CuAVANNES fEdouard). Candidat,
36, 44, 72, 104. — Membre or-
dinaire, 80. — Commission,
479. — Mémoire de M. Morisse
sur la l;ini;iic ol récriture Si-
hia. V.'>H. — Observations, 234.
Chavée (Prix Honoré), 94. —
Commission, 36. — Rapport,
206.
Chechonk 1"- (le Sésac de la
Bible). KragnKul de stèle avec
les cartouches de ce pharaon,
91, 378.
Clieilu) (R. P.). Ilisluire de Beij-
roiilli <le Salili Uni Yahya, 74.
Chevalier (A.'. Nouvelles de sa
mission au lac Tchad, 176,313,
461.
Chevalier (Ulysse). Le suaire de
Lii-eij, iX\. — Sa Bio-hibliofjra-
phie par Mgr Bellel, 208. —
Répertoire des sources histo-
riques du moyen âge, 603.
Chine. Aiguière de porcelaine,
aux armes de Jeanne I""*^ de
Naples, 234. — Langue et écri-
ture Si-hia, 4r)8.
Chrisme constantinien, 417.
Clédat Jean). Becherches sur le
kôm de Baouit, 'o3.
Clerc. Bas-relief, peut-être ligure,
découvert à Montsalier, 189.
Ci.eumont-Ganneau (Ch.). Com-
missions, 4, 0. — Inscription
grectjue l't hébraïque relative
à la porte de Nicanor à Jérusa-
lem, 41. — Le mont Ilermon et
son dieu, i-2, 44, ">7. — Inscrip-
tion latine des Croisades, pro-
venant de Saint-Jean d'.\cre
(épitaphe de dame Brisa ; sta-
tues de style égyptien décou-
vertes près de Tyr et iiorlant
des dédicaces phéniciennes
émanant d'un certain Baalchil-
lem, fils de Baalyaton, 73. —
Papyrus araméen découvert en
Egypte, 76, 36 5. — Sépultures
milhriaques découvertes à Gui-
gariche.près de Tripoli de Bar-
barie, 70, 104. — Statuette en
bronze du Jupiter Ileliopolita-
nus, 89. — Fragment de stèle,
trouvé à Djebaïl (Byblos\ avec
les cartouches du phaiaon Che-
chonk I". 91. 378. — Lettre sur
le titre d»' Mil,-li Melaliini cou-
TABLE ALPHABETIQUE
661
tenu dans une nouvelle inscrip-
tion du temple d'Echnioun à
Sidon, 103. — Colonnette avec
inscription latine, provenant de
Leptis Magna, 201. — Inscrip-
tions grecques de Gaza ; ère de
Gaza, 2ol. — Inscriptions de
Leptis Magna, 328, 333. —
Explication d'une glose grecque
du manuscrit de Tours n°*286,
388. — Notes sur le atajpdiSci;
6i' f,u.à"; del'hymnedu Trisagios
et sur Ar,aà:, nom légendaire
du mauvais larron ; sur les Bo-
hémonds princes d'Antioche,
389. — Chartes des croisés dans
une chronique arabe, 398, 413.
— Le chrisme constantinien
selon Mas'oûdi, 416. — Note de
M. de Vogïié sur un ossuaire de
pierre, avec inscription, trouvé
à Cartilage, 465. — Inscriptions
de Palestine, 477, 479. — Ins-
cription grecque chrétienne du
mont des Oliviers, 641. — Re-
cueil d'archéologie orientale, 7o,
326, 386, 460, 630.— Observa-
tions, 107, 456, 470. — Hom-
mages, 113, 187, 288, 306, 468.
Cnossos (Crète). Figurine de dan-
seuse, en ivoire, 168.
Cocchi (Igino). La Finlandia, 88.
Cochin (Henry). Le frère de Pé-
trarque, 638.
Collège de France. Chaire de
langue et littérature française
du moyen âge, 597, 604.
CoLLiGNON (Maxime). Commis-
sions, 4, 206, 604. — Rapport,
439, 440-456. — Mines auri-
fères du mont Tmolus, 73. —
Fouilles de M. Degrand en Bul-
garie, 80, 81, 643, 644. — Char-
gé de représenter l'Académie à
l'inauguration du Musée de
Delphes , 136. — Têle en mar-
bre trouvée en Egypte et déri-
vant d'un modèle grec, 315. —
Note de M. Naville sur le fron-
ton oriental tlu temple de Zeus
à Olympie, 347. — Index du
Catalogue des vases peints du
Musée national dWthènes, 200.
— Origine du type îles pleu-
reuses dans Fart grec, 468. —
Hommage, 241.
Colonna (Ferdinando). // Museo
civico di Napoli, 174.
Concile iconoclaste de l'an 815,
207.
Concours (Annonce des), 528. —
Situation pour 1903, 3. — Ju-
gement des concours, 521.
Congrès international des Ameri-
can ist es, 76.
Congrès international des études
d'Extrême-Orient tenuà Hanoï.
Compte rendu analytique, 186.
Conseil supérieur de l'instruction
publique, 475.
Constantin. Grand médaillon d'or,
192. — Inscription mention-
nant ses trois Qls, 243.
Constanline. Soucenir du cin-
quantenaire de la Société ar-
chéologique, 250.
Cordier (Henri). Eugène Miinlz,
76.
Corpus inscriptionum latinarum,
87.
Corpus inscriptionum seniitica-
rum, 288.
Corpus des philosophes byzantins,
318, 329.
662
TABLE ALPHABETIQUE
Correspondants étrangers, 642,
648. — Commission, 604.
Correspondants français, 642. —
Commission, 604.
Cos. Décret voté par les haliitnnts
lors de l'échec des Gaulois de-
vant Delphes, 649. — Envoi de
médecins en Crète, 649.
Couve (Louis). 7n(/ej;f/u Catalogue
f/cs rase.s pc/zi/s du Musée natio-
nal cl Athènes len collaboration
avec M. Collignon), 200.
Crescini (Vincenzo). Gastone Pa-
ris, 287.
Crète. Fouilles de M. Evans. 202.
— Voyez aussi Cnossos, Ilagia
Triada, Phaistos.
Croisades. Chartes dans une chro-
nique arabe, 398, 413.
Croiset (Alfred). Commissions,
a, 319, 63.J. — Observations,
137, 470.
Croiset (Maurice). Candidat, 36,
44, 80, 176. — Membre ordi-
naire, 206, 231 . — Commission,
319. — Désigné comme lecteur
pour la séance publique, 319.
— La morale et la cité dans les
poésies de Solon, 470, r)81. —
Observations, 470.
Cros (Caj)itaine). Fouilles à Tello,
610, 618.
Cii(| l'Edouard). Institutions jiiri-
<li<jues (les Uonutins, o3.
l);iiiiis. Pajjyrus araméen décou-
vert en Egypte et daté de l'an 14
de son règne, 76, 364.
Di'brousse (Legs). Commission,
609.
De Clercq l)on;ition:. Commis-
sion, 206.
Degrand. Fouilles dans la vallée
de la Toundja (Bulgarie), 81,
643, 644. — Sculpture rupestre
des environs de Schumla, 349.
— Trésor d'Izghcrli, 30"), 390.
— Fouilles en Thrace, 464.
Delattre (R. P.). Sarcophages de
la nécropole punique de Car-
thage, 5, 11, 23, 177. — Épi-
taphe punique d'une femme, 92,
94. — Inscription relative aux
Telegenii, 106. — Coupe en
plomb avec inscription phéni-
cienne et grecque, 182, 188,
194. — Epilai)he de prêtresse
carthaginoise et inscription pu-
nique sur une amphore, 189,
197, 198. — Inscription de
Djebba i Thigiba Bure), 242. —
Nouvelles urnes h inscriptions,
311 . — Nouveau discjuo en plomb
avec inscription gréco-punique,
387. — Inscription latine de Car-
tilage, mentionnant L. Ceionius
Commodus, 420. — Figurines
en terre cuite trouvées dans la
nécropole punique des Rabs,
421, 429. — Ossuaire de pierre
avec inscription punique, 465.
— Grand sarco])hagc de marbre
blanc, ÙX). — Pèlerinage aux
ruines de Carthage et au Musée
Larigerie, et i)ublications di-
verses, 7i), 88, l'tO.
Dei.isle (Léopold .Commissions,
5, 36, 37, 182, 604, 609, 63:>.—
Rapport, 190. — Peinture de
Jean Fouccjuel pour les Anti-
quités de Josèphe, 163. — Ma-
nuscrit de saint Augustin sur
papyrus, 366, 602. — Lettre
de Mgr Duchesne sur un com-
TABLE ALPHABÉTIQUE
663
mencement d'incendie au Vati-
can, 476. — Deux lettres de Ni-
colas Le Fèvre au P. Sirniond,
266. — Observations, 81. —
Hommages, 89, 133, 175, 200,
208, 309, 323, 496, 602, 637^
650.
Délos. P'ouilles de M. Diirrijach,
347, 419, 422, 601.
Delphes. Restauration du Trésor
des Athéniens, 103, 166, 601.
— Inauguration du Musée, 116,
136, 153, 176, 212. — Échec des
Gaulois devant cette ville, 649.
Dèmas, le mauvais larron, 389.
Derenbouug (Ilartwig). Nouveaux
textes yéniénites inédits (traduc-
tion), 74. — Louis de (Uercq et
Gaston Paris, 437.
Desjardins (Paul). Télégramme
annonçant la mort de M. Gas-
ton Paris, 104.
Desplagnes (Lieutenant L.). Tu-
muli du Killi [région de Goun-
dam), 239.
Dezeimeris (Reinhold) .P/;jn <:/'ej:'é-
culion d'une édition critique des
Essais de Montaigne, 230.
A'.aÇrJXo;. Origine de ce mot, 470.
Diane. Statue trouvée à Santi-
ponce, 38.
Diels (H.). Fragmente dcr Vorso-
kraliker, 112.
Dieudonné (A.). Table de la » Bi-
bliothèque de PEcole des Char-
les » (1880-1899), 363.
DiEULAFOY (Marcel). Installation
au Musée de Toulouse des col-
lections découvertes à Martres-
Tolosanes,.37. — NotedeM.José
Gestoso y Perez sur une statue
de Diane découverte à Sanli-
ponce, 38. — Observations, 206,
467, 470. — Hommage, 308.
Dionysos. Son culte en Attique,
234, 250, 253, 254, 269.
Dioscoride. Peintures d'un ma-
nuscrit grec et d'un manuscrit
arabe conservés à la Biblio-
thèque nationale, 179, 330.
Djebba. Inscription latine don-
nant le nom antique de cette
localité, Thigiha Bure, 242;
cf. 243.
Dorez (Léon). Origine, très pro-
bablement lorraine, des ascen-
dants paternels de. leanne d'Arc,
331 ; cf. 603. — Publications di-
verses, 603. — Pantagruel de
Dresde, 650.
Dougga. Consolidation du Capi-
tole, 42.
Doutriaux (André). Un hypocauste
gallo-romain à Bavary, 463.
Doutté(Edmond).Z.es<as(/e/)je/ves
sacrées dans le sud du Maroc,
M 3.
DucHESNE (Mgr), directeur de
l'Ecole française de Rome. Rap-
port, 460. — Lettre sur un
commencement d'incendie au
Vatican, 476.
Dunand (Ph.-IL). La légende an-
glaise de Jeanne d'Arc, 135. —
Histoire de Jeanne d'Arc, 629.
Dupuis (Charles-François). Mo-
nument élevé en son honneur
à Échevannes (Côte-d'Or), 367.
Durand (G.). Monographie de
N.-D. d'Amiens, 636.
Diirrbach (F.). Lauréat de la
grande médaille d'argent dé-
cernée pour travau.x archéolo-
giques par la Société centrale
664
TABLI-: ALPH
des architectes français. 231. —
Fouilles .'i Délos, :3i7, 412, 419,
422.
Durrieu (Paul). Loi Irôa riches
Heures du duc de Bernj, 038.
Dussaud (Heiiéi. Mission dans le
S'a/a, le Hnournn et autres re-
liions de lu Sijrie moyenne, 289.
DuUiil (C.ollecLioni. Vase d'arpent
représcnlant la nymphe Cal-
listo, 10«.
École des Charles. Conseil de
perfectionnement, 457, 460.
Écoles françaises d'Athènes et de
Rome. Commission, 4, 182. —
Rapport par M. Colli<,nion, 439,
440-456.
École française crAthènes, 103,
365,439. — Donsde M. le duc de
Loubat, 50, 92, 103, 178, 601.
École française d'Extrême-Orient,
163, 365, 368, 457. — Commis-
sion, 4. — Dégâts causés par le
cyclone du 7 juin, 310.
École française de Rome, 439, 460,
476.
Edhem-Bi-y. Fouilles à Traites,
78.
Ecbert. Vie de saint Willilirnid,
presque entièrement copiée de
celle d'Alcuin, 92, 98.
Ft^vtjle. Tète en marbre dérivant
d'un modèle grec, 314.
El Kenissia , près de Sousse.
Fouilles dn D'Carton, 209, 268,
283, 398.
Émèse. Bas-relief avec inscription
grecque, 276,
Enlart (C). Xolire ljio;/r;ijdiif/ue
sur Euyrne Miintz, 309.
ABETIOLE
Elrurie. Commerce des vases
attiques, 420.
l^v.uigiles apocryphes ^ Nou-
veaux), 246.
Evans (Arthur. Figurine de dan-
seuse, en ivoire, trouvée à
Cnossos, 168. — Fouilles en
Crète, 202.
Finot (Louis). Lettre sur les dé-
gâts causés par le cyclone du
7 juin à l'Ecole française
d'Extrême-Orient, 310. — Pa-
rure d'or découverte à My-Son
(Annam), 600.
Font-de-Gaume (Dordogne . Fi-
gures peintes à l'épocjue paléo-
lithique sur les parois dune
grotte, 116, 117, 130.
Forniigny. Bataille de 1450, 206.
FoucAUT (Paul). Commissions, 4.
— Culte de Dionysos en Attique,
234, 250, 253, 254, 269.
Foucquet (Jean). Peinture exécu-
tée pour les Antiquités de Jo-
sèphe, 103.
Fournier. Ouvrages manuscrits
sur Christophe Colomli oITerts
à la Bibliothèque de l'Institut,
200.
Franchi de' C^avalieri P.j. Codi-
ces Vatican! latini, 77.
Frœlici). Inscriptions de la Roche
de Tru pt. 331.
Gariader B. P. . Fouilles aux
alentoursdela basilicpic il'Al)OU
Gosch, 232.
Garnier (Fondation Benoit , 177,
25'*, 328. 316. — Rapport, 191.
Gauckler Pauli. Découvertes du
B. P. Delattre à Carthage, o,
TABLE ALPHABÉTIQUE
660
6. — Exploration des restes de
la domination romaine dans le
Sud de la Tunisie, 462. — Pu-
blications diverses, 291. — Ob-
servations, 315.
Gaulois. Leur échec devant Del-
phes, 649.
Gauthier 1 Jules). Correspondant
français, 642.
Gautier (E.). Inscription juive et
monuments épigraphiques du
Sahara central, 232, 466.
Gaza. Inscriptions grecques ; ère,
251.
Gérin-Ricard (H. de). Inscriptions
en caractères grecs et latins,
avec noms celtiques, 55, 58;
cf. 105, 108. — Trésor moné-
taire découvert à Tourves en
1366, 212.
Gernian (Wilhelm)./esus von Na-
zareth, 605.
Germer-Durand (R. P.). Voyage
scientifique en Arabie, 597.
Gestoso y Perez (José). Statue de
Diane découverte à Santiponce,
38. — Nuovos (lonimentos Co-
lomhinos, 308.
Gilliodts-Van Severen. Coutumes
des pays et comté de Flandre,
112.
Gobert (Prix), 246, 252. — Com-
mission, 116.
Goedoop. Don à la section néer-
landaise de rÉcolc française
d'Athènes pour des fouilles à
Ithaque, 001.
Golénischeff. Don d'ouvrages
d'Ouspensky à la Bibliothèque
de ITnstitut, 33.
Gombert, membre de l'Institut
français d'archéologie orientale
du Caire. Lettre de M. G. Bé-
nédite sur sa mort, 204 .
Gornicki (Lucas). Adaptation po-
lonaise du Cortegiano de B.
Castiglione, 414, 416.
Goudéa. Sceau, 37. — Statue com-
plète, 610, 618.
Gourdeiziou bretons. Leur ori-
gine babylonienne, 315.
Grandidier. Collection des ou-
vrages anciens concernant Ma-
dagascar, 112.
Grandmaison (Charles de), cor-
respondant. Décédé, 250.
Grèce. Ruines franques classées
parmi les monuments natio-
naux, 56, 115.
Grenfell. Fragments d'une epi-
tome de Tite-Live dans des
papyrus d'Oxyrhynchus, 268.
Guesnon (A.). Puldications di-
verses, 325.
Guigariche, près Tripoli de Bar-
barie. Sépulcres à fresques, 79,
350, 357.
Habib Zayat. Les bibliothèques
musulmanes de Damas, 75.
Hadrumète. Catacombes chré-
tiennes, 649.
Ilagia Triada (Crète). Sceau égyp-
tien, 254.
Ilalbherr (Federico). Sceau égyp-
tien trouvé à Phaistos (Crète),
2.j4.
Hamdi-Bey. Communication du
rapport d'Edhem-Be}^ sur les
fouilles de Tralles,78.
Hamy (D'' E.-T.). Commissions,
4. — Rapport, 191. — Figures
peintes sur les parois de la
grotte de Font-de-Gaume, 130.
6()B
TAlîLK ALPHABÉTIQUE
— Nouvelles (le la mission Che-
valier, 176,313. — Nouvelles de
la mission Lcnl'anl, 2'ii-, 388,
461.— Observations, 117, 193,
467. — Hommages, 76, 88, 101,
112, 464.
IIavet (Louis). Rapport, 206. —
Deux passages des Captifs de
Piaule, 117. — Interpolations
dues à un Grec dans les Comé-
dies de Plante, 179. — Pronon-
ciation du latin, 184. — Divers
passages du discours de Cicé-
ron Pro leçje Manilia et de VAii-
lularla. de Plante, 18o. — Obser-
vations, 18;j. — Hommage, 199.
Henry (Victor). La tnaç/ie dans
l'Inde antique, 495.
Hermon (Le mont) et son dieu,
42, 44, ")!.
Hernandez ( Forlunaloj.y-a.s/%)c<TS
indifjenas de So/iora, 101.
Hkhon de Villekosse (A.). Com-
missions, 3, 604. — Chargé de
représenterrAcadémieà linau-
guralion du buste de M. Hul-
liol, 387. — Sarcophages en
marbre blanc de la nécropole
punique de (^arlhage , ;j. —
Inscriptions relatives aux Tele-
f/enii, 106. — GralTiles sur des
poteries trouvées au sommet
ihi l'ny-de-Dôme, 165. — Mo-
saïcpie de Viliclaure et vase
d'argent de la collection Dutuit
représentant la nymphe Cal-
listo , 168. — A((uarello de
M. l'iiicli.irl représentanl la
prêtresse carthaginoise décou-
verte il (iarlhage, 177. — Tré-
sor monétaire trouvé à Tourves
en 13(')C,, 212. — Inscription de
Djebba i Thiijiha Dure), 242. —
Inscription latine trouvée à
Cartilage et incntionnanl L.
Ceionius Commodus, 420. —
P'igurines en terre cuite trou-
vées dans la nécropole punique
des Rabs, 421, 429.
oyage
scientifique du R. P. Germer-
Durand en Arabie, o97. — Dé-
couverte de catacombes chré-
tiennes à Sousse, 607. — Lettre
du R. P. Delattre sur la décou-
verte d'un grand sarcophage de
marbre blanc à Carthage, 635. —
Catacombes chrétiennes dlla-
drumèle, 649. — Nouveau frag-
ment daté des allocutions d'Ha-
drien à l'année de Xumidie, 151 .
— Acquisitions du Musée du
Louvre en 1902, 162. — Argen-
terie et bijoux d'or du trésor de
Boscoreale, 175. — Publications
diverses, 437, 632. — Les mo-
saïques romaines de Villelaure,
468. — Inscriptions de Taoura,
473. — Discours prononcé à
l'inauçjuration du buste de M. G.
Bulliot, 496. — Observations,
602. — Hommages, 53, 75, 89,
175, 367, 397, 630, 631, 632, 639,
6i0.
llcurl('i)ise (R. P.). Inscription
latine de Djebba, 242.
IIeizkv (Léon). Commissions, 4,
206. — Sceau de Goudéa, 37. —
Reprise des fouilles de Tello
par le capitaine Gros; une sta-
tue complète de Goudéa, 610,
618. — Observations, 165, 193,
347. — Hommages, 179, 470.
HiiiscuFELi) |0.). Associé étran-
ger, 649.
TABLE ALPHABETIQUE
607
Histoire littérain; de la France.
Cominission, 182.
HoMOLLE (Th). Remerciements à
M. le duc de Loubat pour les
dons par lui faits à l'Ecole fran-
çaise d'Athènes, 50. — Lettres
au Président, 103,176. — Lettre
sur le Congrès archéologique
international- d'Athènes de
1905, 241. - Fouilles de M.
Diirrhach à Délos, 347, 412. —
Annonce de nouveaux dons faits
à l'École d'Athènes parM.M. le
duc de Loubat etGoedoop,601.
Houdard (Georges). Ln richesse
ri/thmiqiie musicale de l'nnli-
(jiiilé, 162.
liunt. Fragments d une epiloine
de Tite-Live dans des papyrus
d'Oxyrhynchus, 268.
Hygin. Manusciùt en notes tiro-
niennes à l'Ambrosienne de
Milan, 168.
Ignace, patriarche de Constanti-
nople. Lettres inédites au mo-
nastère de Vatopédi (mont
Athos), 38; cf. 46 L
Ignace de Nicée. Lettres, 461.
Imhoof- Blumer. Kleinasiatische
Miinzen, 101.
Ingoult.Embaumemeril du Christ,
136.
Inscriptiones grœcœ, 397.
Inscriptiones f/rœcœ ad res roina-
iias pertinentes, 77, 111.
Inscriptions : araméenne, 270; —
assyrienne, 627; — celto-ligure,
105, 109; — égypto- phéni-
cienne, 380, 381 ; — grecques,
55, 57, 59, 62, 182, 194, 195,
197, 277, 387, 480,481,482,483,
1903.
484, 641; —juive, 230;— la-
tines, 55, 60, 73, 106, 107, 201,
242, 335, 340,341, 342, 344,345,
358, 360,361,420,486,489, 490,
598, 608 ; — palmyrénienne,
282 ; — phéniciennes, 20, 32,
95, 157, 196, 197, 198, 312,
387.
Institut français d'archéologie
orientale du Caire, 204. — Rap-
port de M. Chassinat, 399.
Investiijalions at Assos, 42.
Bulgarie). Trésor, 365,
390.
Izgherli
Jeanne P", reine de Naples.
Aiguière de porcelaine chinoise
à ses armes, 234.
Jérusalem. Inscription relative à
la porte de Nicanor, 41.
Jirecek (Constantin). Die Roma-
nen in den Stàdten Dalmatiens
wàhrend des Mittelalters, 199.
JoRET (Charles). Notes de M. le
D'' Bonnet sur les peintures
d'un manuscrit grec et d'un
manuscrit arabe de Dioscoride,
179, 331. — Bataille de Formi-
gny, 205. — Bataille de For-
gnij, 205. — J.-B. Le Chevalier,
472. _ Observations, 185, 470.
Journal des Savants. Comité, 699.
Jovy(Einesi). Etudes et recherches
sur Bossuet, 386. — Opuscule
attrihuable à Pascal, 412.
Julien (Prix Stanislas). Commis-
sion, 36. — Rapport, 244.
Jullian (Camille). Mode de for-
mation des cités gauloises, 175.
— Publications diverses, 397.
Jupiter Heliopolitanus. Statuette
en bronze provenant de Byblos,
45
(•)08
TABLE ALPHABÉTIQUE
80. — Fragment de statuette
(lu Louvre, 384- (cf. 91 n. 1).
Kerviler (René). Ri'pertoire (/('ité-
rai (le Jji()-bihli(j(/ra])hie hrc-
hmnc, 1()2.
Kielliorn. Inscriptions de VInde
du Sud, 40, dol, 240, 306. —
Epigraphic notes, 1;J2.
Kohler fCh. '. Cfiartes de l'.-ihl/.n/e
X.-I). (le .J(jsapli;tl ; Mi'-lnnfjes
pou r servir à riiisloire de l'Orient
latin et des Croisades, 30(').
Kraushaar (Alexandre). Histoire
de la Société royale des amis
des sciences de Cracovie, 459.
Lal)ande fL.-Il.). Les niosa'i'fjues
chrétiennes de Villelaurc, 4(18.
Lacombe (Paul). Bihliof/rapliie
J<>.s travaux de M. Léopold De-
lisle, 187.
La Granp^e (Prix de). Commis-
sions, 30, 182. — Rapport, 2'.t3.
La Grange (R. P.). Correspondant
français, 642.
L.Mit (Jules). Commission, 36. —
Menijjre du Conseil de perfec-
tionnement de l'École des
Chartes, 460. — Observations,
206. — Essai sur la lialaille de
Forniif/ni/, 472.
J.allcmand (Léon). Histoire de la
charité, 470.
Lainpakis. Anti(/nilés chrétiennes
dr la (iri-rc : Cuurcnl de /);i/iluii,
l.il.
Lasti.vhii fC'omtc Robert ni;'. Le
Rcjccadorcl M. Maiius \ aclion,
642. — Commissions, 5, 36. —
Hommages, 630, 636.
Latin (Prononciation du*, 18L
L.\ Trémoïlle CDuc de). Commis-
sion, 36. — Madame des l'rsins
et la succession d'Espagne, 208.
Leclère (Adhémar). Les rois du
feu et de l'eau, 368, 369.
Lefèvre-Pontalis (Eugène). (Ion-
grès arcliéologiques de France,
53. — Proj^ramme du Congrès
archéologicjue de Poitiers, 162.
Lefèvre-Pontalis (Germain .S'of//"-
ces allemandes de l'histoire de
Jeanne d'Arc, 309.
Lefranc A.). Prétendu cinquième
livre du Pan^aj/rue/ de Rabelais,
320.
Léger (Louis). Commissions, 36,
604. — Désigné comme lecteur
à la séance trimestrielle de
l'Institut, 416. — La croix de
Bohême, 210. — Le (lortegiano
de B. Castiglione et son adap-
tation polonaise par Lucas Gor-
nicki, 414, 416. — Hommages,
199, 306, 459, 468, 469, 605.
Lejay (Paul). OEuvres d'Horace,
640.
Lenfant (Capitaine). Nouvelles de
sa mission au Niger, 254, 328,
3 46, 412, 457.
Li'plis ou Lepcis Magna (Tripoli-
(;iiiu'|.Colonii('tleavec inscrip-
tion latine dédiée à Mercure et
à Minerve, 20] . — Inscriptions,
329, 333.
Levillain ,L.). Publications di-
verses, 176.
Ligures. Nom de personne sur
une inscrijUion trouvée à Ven-
labren. 105, lOS. — Bas-relief
trouve à Monlsalier, IS9.
Loisy (Abbé). Eludes érangé-
liques, 34.
TABLE ALPHARÉTIQLE
009
LoNGNON (Auguste). Commis-
sion, 36. — Pouillés de la pro-
vince lie Tours, G.'jO.
Lortet (D'). Ln faune niomi/léc de
l'ancienne Egypte, 288.
Loubat (Duc de). Dons à l'Ecole
française d'Athènes, 56, 92, 103,
178, 601. —Address held at the
American Muséum of Xalural
History [New-York), 76. — Co-
dex Vaticanus n° 3773, 437. —
Gesammelte Ahhandluiujen zur
Amerikanischen Sprache und
Allprtliuniskunde, 464.
Lôytved. Envois de photogra-
phies et estampages, 89, 91.
Eunet de Eajonquière (Comman-
dant). Inventaire descriptif des
monuments du (Cambodge, 70;
cf. 470.
Lusignan (Guy de). Nouveau dic-
tionnaire illustré français-ar-
ménien, 263.
Macler. Mission dans le Safa, le
liaouran et autres régions de la
Syrie moyenne, 289.
Maçon (Gustave). Chantilly et le
connétable Henri de Montmo-
rency, 325.
Mâle(Emile|. Influence du théâtre
sur l'art à la fin du moyen âge,
330.
Malouel ou Manuel, peintre guel-
drois. Miniatures à lui attri-
buées, 439.
Manteyer (G. de). Bibliographie
d' Eugène Mûntz, 309.
Marmion( Simon). Miniatures d'un
ms. de Saint-Pétersbourg à lui
attribuées, 74.
Marsile de Padoue. Defensor mi-
nor, ouvrage inédit, 601.
Martin (François). Textes reli-
gieux assyriens et babyloniens,
290.
Martres-Tolosanes. Installation
des collections au ]\Iusée de
Toulouse, 37.
Mas'oûdi. Le chrisme constanti-
nien suivant lui, 417.
Maspero (Gaston). Restauration
des grands monuments égyp-
tiens, 399. — Rapport de
M. Chassinat sur les travaux de
l'Institut français d'archéologie
orientale du Caire, ibid.
Mathuisieulx De). Voyage archéo-
logique en Tripolitaine, 467.
Maurouard, chargé d'affaires de
France à Athènes. Rapport sur
le classement comme monu-
ments nationaux des ruines
franques de Chlemoutzi et de
Sainte-Sophie d'Andravida, 56;
cf. 115.
Melida (José Ramon). Discursos
de medallas y antiguedades du
duc de Villahermosa, 413.
Mély (F. de). Aiguière de porce-
laine chinoise pi'ovenant de
Jeanne I"= de Sicile, 234. —
Deux sarcophages anthropo-
morphes découverts à Carthage,
200.
Mersekha. Son cartouche sur
deux bas-reliefs du Sinaï, 160.
Meunier (Abbé J.-M.). La pro-
nonciation du latin classique,
199.
Mever (Paul). Commissions, 4, 36,
63'.). — Rapport, 2i6. — Con-
grès international des sciences
670
historiques de Rome, 182. —
Observations, 185.
Michaelis (A.), Correspondant
étranger, 649.
Michon (Etienne). Acquisitions
du Musée du Louvre en 1902
(en collaboration avec M. Héron
de Villcfossej, 102.
Mithra. Son culte en Afrique, 350,
357.
Modcstov. La qucslione rirusca,
307.
Modi(Jivanji Jamsliedji,. Les Par-
sis à la cour dWkbar, 647.
MoMMSEN (Th.), associé étranger.
Décédé, 47o.
Monceaux (Paul . Recueil général
des inscriptions chrétiennes
d'Africjue, 459, 464, 648.
Montsalier (Basses-Alpes). Bas-
relief peut-être ligure, 189.
Moore ((^larence B). Aboriginal
niounds of thc Florida, 472.
Morgan (De). Fouilles de l'acro-
pole de Suse, 214.
Morisse. Langue et écriture Si-hia,
458.
Moschetti (Andréa). // .Vuseo
civico di Padova, 318.
MovAixC. . Lettre relative à la
médaille décernée par la So-
ciété centrale des architectes
français pour travaux aichéolo-
giques. 231 .
Murray. Snil/ihiri's of llw Parthc-
non, Lit.
Musée Britannique. C.uneiforni
texls, 2f().
Musées Capitolins. l'ormation,
605.
Musées di' Sdiissc [Les;, 77.
TABLE ALPIIABÉTIQLK
My-Son (Annam). Découverte
d'une parure d'or par M. Par-
nientier, 600.
Naville, Fronton oriental du
temple de Zens à Olympie, 347.
Xicanor d'Alexandrie. Inscription
(jui le mentionne, 41.
Nirvana. Histoire de ce mot, 107.
Nobel (Prix), 641.
Normand (Charles). Hammam
li'ihra (Arjuae Calidae), pro-
vince d'Alger, 241.
Notes tironiennes du manuscrit
n° 286 de la Bibliothèque de
Tours, 368, 388.
Xolicesel extraits des manuscrits
de la Bibliothèque nationale ,
287.
Odoacre. Tessère portant son
nom, 81.
Oliviers (Mont des). Inscription
grecque chrétienne, 641.
01ympi(>. Fronton oriental du
temple de Zeus, 3^7.
Omont (Henri). Commissions, 5,
36, 329. — Rapport, 233. — Un
plagiat littéraire du xii* siècle :
vie de saint \Villibrord par
Egl)ert , presque entièrement
copiée de celle dAlcuin, 92, 9H.
— Anciens catalogues des ma-
nuscrits de la Bibliothèque na-
tionale, 439. — Bulle de Benoit
VIII sur papyrus; diplômes des
rois de France accjuis par la
Hibliolhèqne nationale, 458. —
Note du H. P. Pargoire sur les
lettres attribuées à Ignace de
Constantinople, 461. — Antho-
logie des poètes latins, dite de
TABLE ALPHABETIQUE
671
Saiimaisp ; Psnulier de saint
Louis, I 14. — Manuscrit prove-
nant des Dominicains de Sainte-
Croix de Ilitishonne , 23U. —
Discours prononcé au (Congrès
des Sociétés savantes à Bor-
deaux, 2r)3. — Liste des recueils
de facsiinilés et des reproduc-
tions de manuscrits conservés
à laBibliotlièque nationale, 346.
— Manuscrits de la bibliothèque
de sir Thomas Phillipps ré-
cemment ac(/uis pour la Biblio-
thèque nationale; Nouvelles
acquisitions du département des
manuscrits {['dm-i'èQ-l), 415. —
Hommage, 188.
Oppert (Gustave). Tharshih et
Ophir, 290.
Oppert (J.). Commissions, u, 36.
— L'étendue tle Babylone, 609,
Gli. — Das Lautsystem des
Altpersischen, 253. — L'année
de Méton, 253. — lahveh? 367.
— Observations, 470, 635. —
Hommages, 54, 240, 290, 606.
Ordinaire (Prix). Commissions, 5,
479. — Rapport, 244. — Ques-
tion proposée pour 1906, 602.
Orléans (La Grande Mademoi-
selle, fille de Gaston d'). Bé-
flexions sur les huit béatitudes
du sermon de J.-C. sur la mon-
tagne, 204.
Ormesson (M. d'), ministre de
France en Grèce. Lettre sur
les monuments francs en Grèce,
114.
Ornithocomé. Plaque en bronze
mentionnant la synagogue de
celte ville, 214.
Osiris (Prix). Commission prépa-
ratoire, 36-37.
Ouspensky. Don de plusieurs de
ses ouvrages à la Bibliothèque
de rinstitut par M. Goléni-
schefT, 33.
Oxyrhynchus. Papyrus contenant
des fragments du Nouveau
Testament, 188 ; — des frag-
ments d'une epitome de Tile-
Live, 268.
Paléolithique (Epoque). Figures
de la grotte de Font-de-Gaume,
116, 117; de celle de Bernifal,
215, 219.
Palestine. Inscriptions diverses,
477, 479, 641.
Palmyréniens (Monuments), 276.
Papyrus. Fragments en une écri-
ture indéterminée signalés à
Bruxelles, 43. — Papyrus ara-
méen découvert en Egypte, 76.
— Les Perses de Timothée, 137.
— Fragments du Nouveau Tes-
tament trouvés à Oxyrhynchus,
188. — Lettres du Ministre de
l'instruction publique, 633, 648.
Pargoire (R. P.). Lettres d'Ignace
de Nicée, 461.
Paris. Découvertes gallo-ro-
maines, 138, 142. — Grande
part prise par le Boccador à la
construction de l'Hôtel de ville
de Paris, 642.
P.^ms (Gaston). Commissions, 4,
36. — Nouvelles de sa santé,
76. — Décédé, 104. — Lettres
de condoléances du Président
de la Société royale de
Londres, 1 15 ; et de l'Académie
Britannique, 153.
672
TABLE ALFIIAlUniOLi;
Parthénon. Tète crArténiis ayant
fait partie du fronton oriental,
602.
Pasteuu (L.). Inauguration de son
monument à Chartres, 209.
Perdrizet (Paul). Inscription
grecque d'Antioclie i oracle
d'Alexandre d'Abotonichos), 37,
62. — Plaque en bronze men-
tionnant la synagogue d'Orni-
thocomé, 21 i. — Mission à Si-
don (temple d'Echmoun), 2o4.
— Lettre sur un relief trouvé à
Phaistos (Crète), 478.
Peruot (Georges). Président, 3. —
Allocutions, 3, 40, 104, 476. —
Discours à la séance pui)lique
annuelle, 497. — Commissions,
37, 609. — Avis au sujet du
texte des hommages destinés au
Bulletin, 33. — Dons de M. le
duc de Loubat à l'École fran-
çaise d'Athènes, 178. — Ilis-
loirc (le Vnrl dnna r;inll(jiiilr ,
470. — L'ilécyre de Tércnce et
la Dnmcaux Cainéliwi d'A. I)ii-
nius /ils, 00"). — Observations,
163, 467. — IliiMiniagcs, 42,
131, 183, 291, 346, 468.
Pelerson i A.). Facsimilés de deux
papyrus (rOxyrhynchus Nou-
veau Testament^, 188.
Peyrony. Figures gravées sur les
parois de la grotte de Bernifal,
213, 219; de la grotte deT.yjat,
399, 407.
Phaistos (Crète). Sceau égyptien
trouve près de cette ville, 233.
— Helief sur un carafon de
pierre, 478.
Pheidon d'Argos. Système mé-
trologique, 3'fO.
Pliili[)pe le Bon, duc de Bour-
gogne. Ms. enluminé provenant
de sa bibliothèque, 74, 76, 80.
Piclion. Lacfance, 112. — De ser-
none amatorio apud lalinos ele-
rjiaruin acriptores, 113.
Picot (Kmile). Commissions, 3,
.36. _ Rapport, 293. — Chargé
de l'examen d'un mémoire, 476.
— Statue de Vénus offerte à
François /''', 73. — Chants histo-
riques français du XVI" siècle,
287. — Observations, 81. —
Hommages, 133, 187, 607.
Piellat (A. de). Peintures de
l'église Saint-Jérémie d'Abou
Gosch, 233.
Piot (Fondation), 269, 463.- Hap-
j)orts, 44, 48, 232. — Monuments
et Mémoires, 42. 111, 133, 468.
Pizzi i^Italo). L'Isl.imismo, 437.
Plan (P.-P.)- Panlaçjruel de
Dresde, 630.
Planchenault (A.). Cartulaire du
chapitre de Sainl-I.aiid d'An-
fjers, 230.
Plante. Deux passages des Cap-
tifs. 117. — Interpolations dues
à un (irec dans les comédies
de ci'l auteur, 179. — AuUila-
ria, 183.
Plessis (Frédéiic!. OKuvres d'Ho-
race, 640.
Pognon. Version si/riaque îles
Aiihorismes il'IIijtiiocrate, 113,
Porni-.H Kdmond). Commissions.
20(1. 319. — I/auteur du vase
grec trouvé à Suse,214. — Noie
de M. Degrand sur une sculp-
ture rupestie des environs de
Schumla, 349. — Commerce
TABLE ALPHABÉTIQUE
673
des vases attiques en Étrmio,
420. — Rapports de la céra-
mique grecque avec le grand
art; invention de la figure
rouge, 437, 470. — Relief trou-
vé à Phaistos (Crète), 478. —
Condition sociale des fabricants
de vases en Grèce, 478. — Ob-
servations, 193, 347. — Hom-
mage, 292.
Poulie (J.-A.), correspondant.
Décédé, 41.
Prosper (R. P.). Inscriptions de
Palestine, 477, 479. — Inscrip-
tion grecque chrétienne du mont
des Oliviers, 641.
Prost (Prix Auguste). Commis-
sion, 36, 269. — Rapport, 293.
Ptolémée Eupatoret Néos Philo-
pator, 366.
Puy-de-Dôme. Grafïîtes sur des
poteries trouvées au sommet
de la montagne, 16j.
Quadrunia. Nom ligure, 108.
Rabelais. Prétendu cinquième
livre du Pantagruel, 320.
Recueil des anciennes coutumes
de la Belgique, 437.
Reinach fSalomon). Rapport sur
le Concours des Antiquités de
la France, 203, 294, 29o. —
Inscriptions en caractères grecs
et latins, avec noms celtiques,
découvertes à Ventabren, oo.
— Ms. de Saint-Pétersbourg
provenant de Philippe le Bon
et contenant des miniatures
relatives à l'histoire de France,
74, 76,80. — Fouilles d'Edhem-
Bey à Traites, 79. — Le sculp-
teur Strongylion, 164. — Figu-
rine de danseuse trouvée à
Cnossos , 168. — Bas-relief,
peut-être ligure, découvert à
Montsalier, 189. — Inscription
relative à l'aurige Avilius Teres,
193. — Fragments d'une epi-
tome de Tite-Live dans des pa-
pyrus d'Oxyrhynchus, 268. —
Portraits de la famille de saint
Louis dans la chapelle du châ-
teau de Saint-Germain-en-Laye,
319. — Note de M. Bourguet
sur le système métrologique de
Pheidon d'Argos, 349. — Minia-
tures d"un missel du couvent
de Salem, attribuées à Malouel
ou Manuel, peintre gueldrois,
439. — Statuette d'Alexandre le
Grand découverte à Véïes,478.
— Décret des habitants de Cos,
voté au moment de l'échec des
Gaulois devant Delphes, 649.
— Recueil de têtes antiques
idéales ou idéalisées, 188. — Le
musée chrétien du château de
Saint-Germain-en-Laye , 468.
— Observations, 80, 315, 4o8,
467. — Hommages, 107, 117,
138, 16b, 291, 464, 472, 636.
Reinach (Théodore). Les Perses
de Timothée. 137. — Inscrip-
tion grecque d'Orchomène ren-
fermant deux actes d'affran-
chissement, 635. — Jewish
Coins, 632.
Répertoire d'épigraphie sémi-
tique, 40, 397.
Révillout (Eugène). Nouveaux
Evangiles apocryphes, 246.
Revue d'assi/riologie et d'archéo-
logie orientale, 179.
674
TABLE ALPHABÉTIQUE
Catalogue des Saglio ! Edmond . Dictionnaire
des antiquités grecr/ues et ro-
Ridder (A. de
vases peints de la Bibliotlièque
nationale, 134, 180. niaines, 71, 325.
RivièrofEmilcj.Découvcilesgallo- Sahara central. Inscription juive
romaines à Paris, 138, 142.
Roche de Trupt (La). Inscrip-
tions, 327.
Rodocanachi (Emmanuel). For-
mation des Musées Capitolins,
601). — Facsimilé des Réflexions
sur les huit Iiéatitudes du s<'/'-
nion de J.-C. sur la montagne,
altribuécs à la Grande Made-
moiselle, 204.
Rome. Congrès international des
sciences historiques, 43, 89,
103, 182. — Centenaire de l'ins-
tallnlion de FAcadr-mio de
F'rance à la villa Médicis, iOo,
115.— Formation des Musées
Capilolins, 003.
Ronzevalle (R. P.). Revue arabe
Al Machrif/, 70. — Inscriptions
samaritaines découvertes à Da-
mas, 92. — Analyse de son
mémoire sur un l)as-reli(;f trou-
vé à Émèse et plusieurs monu-
ments palmyréniens, 276.
Roufjuetle iD',. Découverte d'une
lampe de bronze à Souk-.\lnas,
311.
Rouvier (D"" Jules). Nouvelle ins-
cription du temple d'Echmoun
à Sillon, 166. — Les rois phéni-
ciens de Sidon d'après leurs
monnaies, 291.
Ruelle l'Ch.-E.). Traité astrono-
mique faussement attribué h
Jean Tzelzès, 413. — Biblio-
graptiie de la Montagne Sainte-
Geneviève, 029,
et monuments divers, 460.
Saige (Gustave). Chartrier de
Vabhaije de Saint-Pons hors les
murs de Xice, 89.
Saint-Aignan R. P. Paul de). En-
voi de monuments antiques do
Tyr cl des environs, 72.
Saint-Germain-en-Laye (Château
de). Portraits de la famille de
saint Louis, 319.
Saint-Jean-d'Acre. Inscription la-
tine dos Croisades (épitaphe de
dame Brisa), 72.
Saintour 'Prix"». Rapport, 243.
Saint-Pétersbourg ( Bibliolhocjue
impériale de\ Ms. enluminé
provenant do Pliiliiipi' le Bon,
74, 76, 80.
Salem. Missel do ce couvonl,
avec miniatures attribuées au
|)ointre gucklrois Maloucl ou
Manuel, 439,
Santiponce (Espagne). Statue de
Diane, 38.
Sauor (Bruno). Tète dWrtémis
ayant fait parlii- du fronton
oriental du Parthénon, 601.
Savigné (E.-J.). Ilistoirede Sninte-
Colomhe-làs-Vienne, 639. — Un
couplet de la Marseillaise et
Vabbé Pessonneaux, 631.
Savoye. Répertoire paléoethnolo-
gique de Saône-el-Loire, 463.
Schischmanov (L). Gliick und
Ende einer beriihinten litera-
rischen Mijstification ( VedaSlo-
rrvi.T 1,468. — Recueilde folklore,
science et lillér:ttur<\ 60)i.
TARLE ALPHABÉTIOUK
67o
ScHLu.MBERGER (Gustave). Com-
missions, 0, 319. - — Analyse
du rapport de M. Maurouard
sur le classement comme mo-
numents nationaux des ruines
franques de Chlemoutzi et de
Sainte-Sophie d'Andravida, 56.
— Mémoire de M. Bréhier sur
l'introduction du crucifix en
Gaule, 57. — Tessère avec les
noms de l'empereur Zenon ,
d'Odoacre et de Symmaque, 81 .
— Rapport sur diverses études
relatives à la basilique d'Abou
Gosch,232. — Hommages, 239,
306.
Schrœder. Lettre sur une nou-
velle inscription du temple
dEchmoun à Sidon, 155.
Schiaparelli (Giovanni). Uaatro-
nomia delV anfico Tesfamrnin,
437.
Schumla (Bulgarie). Sculpture
rupestre, 349.
Séance publique annuelle, 497.
Seler (Ed.). Codex Vaticanus
n° 5775, 437. — Ahhandlun-
gen zu r Amerikanischen Sprach-
und Aller Ihuniskunde , 464.
Senart (Emile). Commissions, 4,
5, 36, 182, 479, 635. — Rap-
ports, 244, 457. — Histoire du
mot nirvana, 107; cf. 186. —
Mémoire de M. Adhémar Le-
clère sur les rois du feu et de
l'eau, 368. — Lettre de M. Fi-
not sur une parure d'or ti-ouvée
à My-Son ( Aiinam) , 600. —
Hommages, 70, 186, 647.
Serruys (Daniel). Lettres inédites
du patriarche Ignace décou-
vertes à Vatopédi, 38. 57. ■ —
Système de métrifiue verbale
appliquée à l'étude des mètres
lyriques grecs, 138, 154. —
Fragment du concile icono-
claste de 815, 207. — Manus-
crits du gymnase grec de Salo-
niçfue, 308.
Siam. Découvertes de M. Aymo-
nier relatives à l'histoire de ce
pays, 93.
Sidon. Nouvelles inscriptions du
temple d'Echmoun, loi, 163,
166, 252, 254. — Plaque en
bronze mentionnant la syna-
gogue d'Ornithocomé, 214.
Si-hia (Langue et écriture), 458.
Sinaï (Mont i. Nom royal égyptien
de la période thinite sur deux
bas-reliefs, 154, 160.
Société centrale des architectes
français. Médaille pour travaux
archéologiques, 231.
Solon. La morale et la cité dans
ses poésies, 470, 581.
Sotadès. Auteur du vase grec
trouvé à Suse, 214, 216.
Souk-Ahras (Algérie). Lampe de
bronze, 311.
Sousse. Fouilles du D'' Carton,
209, 268, 283. — Découverte de
catacombes chrétiennes, 607.
StoTnajolo iC). Codices Urbinales
lai in i, 77.
Strongylion. Sculpteur grec, 164.
Suse. Fouilles de M. de Morgan,
214. — Sotadès , auteur d'un
vase grec trouvé dans cette
ville, 214, 216.
Symmaque. Tessère portant son
nom, 81.
676
TARLE ALPHABETIQUE
Tardif (J(jseph). Coulumia-s de
Normnndie, 175.
Telegenii. Inscription latine de
Cartluige relative à celte famille
ou association, 106.
Tello (Chaldée). Reprise des
fouilles par le capitaine Gros,
(110, 618.
Teloni (B.). Letlerulura nssira,
437.
Teyjal (Dordogne). Grotte à pa-
rois gravt'cs à l'époque préhis-
torique, 398, 399, 407.
Théâtre. Influence sur l'art à la
fin du moyen âge, 330.
Tliujibii Bure. Nom iinti(|ue de
Dj<d)ba, 243, 244.
Thomas (Antoine). Gandidat, 72,
80, 188, 206.
Thuasne (Louis). Bnherli Gnc/uini
Epislolr pI Ornlionpft, 637.
Thrace. Fouilles de M. Degrand,
46 i.
Thureau-Dangin (François). Ins-
cription de la nouvelle statue
de Goudéa, 610, 627. — Recueil
(le lulilcllcs chaldéennes, 470.
Timothée. Les Poses, 136.
Tile-Live. Fragment d'une epi-
loiiic de ses Histoires dans des
papyrus d'Oxyrhynchus, 268.
Tmolus (Mont). Découverte de
mines aurifères, 73.
Toual (Région du). Inscription
juive du xiv siècle, 232, 235,
466.
Toulouse I Musée de). Installation
des collections de Martres-To-
losanes, 38.
Tours. N'oies lachygraphi(pies
des manuscrits n"' 286 el 106
de la Bibliollièquc de celte
ville, 368, 388.
Tourves. Trésor monétaire trouvé
en 1366, 212.
Toutain (Jules). Traduction du
Rameau d'or de Frazer, 72. —
Publications diverses, 496.
Traube (Ludwig). Un feuillet
retrouvé du nia. de saint Au-
!/us/in su/- ii;i/i>/rus, 602.
Travaux littéraires (Gommission
des), 182, 458, 649.
Tripolitaine. Voyage archéolo-
gique de M. de Malhuisieulx,
467.
Ttetzès. Traité astronomique à
lui faussement attriJnié, 413.
Tunisie, l'xploration des restes
de la domination romaine dans
le Sud, 462. — Voy. Garthage,
l)jel)l)a, Dou^ga, l"d Kenissia,
Hadrumèle, Sousse.
Tyr. Statues de style égyptien
avec dédicaces phéniciennes,
73.
Vachon (Marins). Sur le projet de
plaror dafix illôtol df Ville do
Paris une inscription en l'hon-
neur du Boccador. 630; cf. 642.
NaLi.inav Iluirues . Le sonnet en
Italie et en France au XVI'
siècle, 135.
\' AI OIS (Noël). Gommissions, 36,
182. — Ghargé de l'examen d'un
mémoire, 476. — Ouvrage iné-
dit iDefensor niinor) de Marsile
do Padoue, 601. — Observa-
tions, 81 .
Van W'erveke (N.). Mélanges his-
torié/ues, 469.
TABLE ALPHABÉTIQUE
677
Vaschide (Victoria). Conquête ro-
maine de la Dacie, 639.
Vasseur (G.). Industrie ligure en
Provence, 292.
Vatasso (M.). Codices Vaiicani
lai i ni, 77.
Vatican. Commencement dincen-
die, 476.
Vatopédi (Mont Athos). Lettres
inédites du patriarche Ignace,
38.
Véïes. Statuette d'Alexandre le
Grand, 47S.
Venitouta. Nom gaulois, 108.
Ventabren (Bouches-du-Rhone).
Découverte de deux inscrip-
tions avec noms celtiques et
ligures, S5, 58, 105, 108.
Villahermosa (Duc de). Discursos
de medallas y antiguedades, 415.
Villelaure (Vaucluse). Mosaïque
représentant la nymphe Callis-
to, 168; cf. 468.
ViOLLET (Paul). Commission 116.
— Hommages, 605, 629.
Vitalis (Alexandre). Correspon-
dance de Dominique de Gahre,
ambassadeur à Venise, ili.
Vogl'é (Marquis de). Commis-
sions, 5, 206. — Papyrus ara-
méen découvert en Egypte, 76.
— Inscription araméenne d'As-
souan, 267, 269. — Analyse
d'un mémoire du R. P. Ronze-
vâlle sur un bas-relief trouvé à
Emèse et plusieurs monuments
palmyréniens, 276. — Ossuaire
de pierre avec inscription pu-
nique, trouvé à Cartilage, 465.
— Hommages, 288, 289, 306.
Vournazo (Chr.). Lettre sur la
restauration du Trésor des Athé-
niens à Delphes, 166.
Wallon (Henri), secrétaire per-
pétuel. Rapports semestriels,
44, 45, 317, 321. - Observa-
tions au sujet du Bulletin, 456.
— Centenaire de l'élection de
QuatremèredeQuincy à l'Insti-
tut, 538. — Hommages, 40, 42,
70, 74, 77, 87, lit, 134, 135,
162, 165, 174, 208, 239, 250,
265, 287, 318, 325, 363, 397,
412, 415, 437, 456, 459, 463,
470, 605, 629, 650.
VN'eber. Sépultures niithriaques
de Tripoli de BarbaYie signa-
lées par lui, 79, 104. — Colon-
nette avec inscription latine,
provenant de Leptis Magna,
201.
W^eil (Capitaine). Un nom royal
égyptien de la période thinite
au Sinaï, 154, 160.
Weil (Henri). Commission, 4. —
Observations, 154.
Wilamowitz-Mœllendorf (Von).
Correspondant étranger, 642.
Zenon , empereur d'Orient. Tes-
sèi*e portant son nom, 81.
Zmigrodzki (D»" Michel de). La
religion primitive, 135.
TABLE DES GRAM RES
Carthage. Prêtre représenté en relief sur son sarcophage 13
— Prêtre représenté sur son sarcophage; détail delà
tête IS
Carlhage. Prêtresse sur son sarcophage, vue de face 25
— Prêtresse représentée sur son sarcophage, vue de
profil 27
Carthage. Prêtre représenté sur son sarcophage 31
Inscription trouvée à Saint-Jean-d'Acre "3
Statuette en bronze du Jupiter Iloliopolitanus 90
Inscription punique de Carlhage 95
Inscription celtojigure de Ventabren 109
Font-de-Gaume (Dordogne). 1. Rennes alfrontés, gravés et
peints 1--
— 2. Bison gravé et jjcinl 12-t
— 3. Bison gravé et peint 125
— 4. BoVidé peint 126
— 5. Miiniinoulh gravé sur Tabdomen du bovidé précédent. 127
Nouvelk' inscription du Icinple d'Kciimoun, à Sidon 167
Bas-relief découvert à Montsalier Basses-Alpes) IHO
Vase de plomb avec inscription bilingue, découvert à Carthage. 19b
Épitaphe dune prêtresse carthaginoise 196
Inscription tracée à Tencre sur une amphore carthaginoise 198
Croix dite de Bohême (Estrées-les-Crécyi 211
Fragments d"un vase grec dû au peintre Sotadès 217
Bernifal (Dordogne). 1. Deux « signes de la maison » 221
— 2. Figuration d'une bulle (?) 222
— 3. Petit cheval 223
— 't. Maminoulli avec '< signes de la maison » 224
TABL?: DES GRAVURES 679
:— a. « Signes delà maison » placés derrière le niammonth
précédent 22d
— 6. Gravure de bison 226
Inscription araméenne d'Assouan (hors texte; 270
Tessère en terre cuite de Palniyre (agrandissement) 278
Tessère de Palmyre (agrandissement) 280
Urne à inscription trouvée à Carthage 312
Inscription de la déesse punique Caelestis Sanctissima 344
Guigariche (près Tripoli de Barbarie). 1. Sépulcre A 357
— 2. Sépulcre B 359
— 3. Sépulcre B (détail) 361
Inscription égypto -phénicienne de Byblos : 1 . D'après un
estampage 380
— 3. D'après une photographie directe 381
Fragment d'une statue du Jupiter Heliopolitanus conservé au
Musée du Louvre 384
Plats en argent trouvés à Izgherli (Bulgarie) 394, 393.
Carthage. 1 . Joueuse de tympanon 430
— 2. Joueuse de lyre 431
— 3. Déesse-mère el sa fdle 434
— 4. Cavalier 433
Fragment d'inscription grecque | \\in-Arouch ?, près dTlébron i. 483
Fragment d'inscription grecque (Gaza ou Ascalon) 484
Fragment d'une inscription en l'honneur de l'empereur Hadrien. 486
Fragment d'une dédicace impériale 489
Inscription de la nouvelle statue de Goudéa 627
TABLE DES MATIÈRES
CAHIKU DE JAXVIEH-FËVlilKR
Séances 1, 36, il, 43, 55, 72, 76, 78, 89.
Communications :
Lollie de M. Gaucklcr sur les découvertes faites à Carlhage
par le R. P. Delattre 6
CailIia^'-(>. — Nécropole piuii(iu(> voisine de Saintc-Moni(]ue.
Lcseplième et le huilième sarcopliagc de marbre. — Cou-
vercle aiilhropoïdc. — Epilaphes de prêtresses. — Rapport
du R. P. Delattre, correspondant de l'Académie 11
Carlhage. — Nécropoli' i)uni<iue voisine de Sainl(-M(ini((ue.
Deux sarcophages anthropoïdes en mar])re blanc. — Rap-
port (lu R. P. Delattre, correspondant de l'Académie 23
Une sépulture à incinération avec inscription grec(jue décou-
verlc dans la vallée de l'Arc nîouchcs-du-Rhône\ par
MM. Henry de Gérin-Ricard et l'abbé Arnaud d'Agnel 58
Une inscriplion d'Anlioche qui reproduit un oracle d'.V-
lexandre d'Abonotichos, par M. Paul Perdrizet, maître de
conférences à l'Université de Nancy 62
I/iiilroduction du crucifix en Gaule, par M. Louis Riéhier,
chargé de cours à l'Université de Clermont-Fenand 67
Noie sur une nouvelle inscriplion fum'-raire de Carlhage, par
M. Pliilippe Berger, membre de l'Académie 94
Un plagiat litléraire au xii'" siècle. La vie de saini \\'illil)r()rd,
évêcpie d'Ilrechl, jiar le prèlre Kgberl. Noie de M Henri
OnionI, inenii)ii- de l'Académie 98
TABLE DES MATIÈUES G8l
Appendices :
Rapport du Secrétaire perpétuel de rAcadémie des inscrip-
tions et belles-lettres sur les travaux des commissions de
publication de cette Académie pendant le second semestre
de 1902; lu dans la séance du 23 janvier 1903 45
Rapport sur les travaux exécutés ou encouragés à l'aide des
arrérages de la fondation Piot, par M. E. Babelon, membre
de l'Académie, lu dans la séance du 23 janvier 1903 48
Rapport sur les fouilles exécutées par M. Degrand, consul de
France à Philippopoli, dans la vallée de laToundja,en Bul-
garie, par M. Maxime Collignon, membre de l'Académie.. . SI
Livres offerts 33, 40, 42, 53, 70, 74, 77, 87, 101 .
CAHIER DE MARS-AVRIL
Séances 103, 105, 115, 136, 153, 162, 166, 176.
Communications :
VENITOVTA — QVADRVNIA. Note de M. d'Arbois de Ju-
bainville, memin-e de l'Académie 108
Les figures peintes à l'époque paléolithique sur les parois de
la grotte de P'ont-de-Gaume(Dordogne),par MM. le D-" Capi-
tan et l'abbé Breuil 117
Quelques observations au sujet des gravures et des peintures
de la grotte de Font-de-Gaume (Dordogne), par M. E.-T.
Hamy 130
Découvertes gallo-romaines faites à Paris, par M. Emile
Rivière, sous-directeur adjoint de laboratoire au Collège de
France 142
Découverte d'une nouvelle inscription du temple d'Echmoun,
à Sidon. Note de M. Philippe Berger, membre de l'Aca-
démie 154
Un nom royal égyptien de la période thinite au Sinaï, par
M. R.Weill.. ". 160
Le manuscrit d'IIygin en notes tironiennes, par M. Emile
Châtelain, membre de l'Académie 169
Livres offerts.. 111, 134, 151, 162, 165, 17i, 179.
682
TABLE DES MATIEUES
CAHIER DE MAI-JIIX
Séances 181, 188, 200, 20^, 209, 231, 2'.l, 2.';0, 2ot.
COMML'MCATIONS :
Vase de plomb avec iiiseiiplion l)ilin<ïue découvert ii Cartilage.
Noie de M. Philippe Berf^er, membre de 1" Académie 194
L'auteur (lu vase grec trouvé à Suse. Note complénu'ulaire de
M. E. Pottier, membre de l'Académie 216
Les figures gravées à répocfue paléolitliique sur les parois de
la grotte de Bernifal (Dordogne), par MM. le D'' Capitan,
l'abbé Rrtuil et Peyrony 219
Uue iuscriptiou juive du Toual, |)ar M. Pliilipi)e Berger,
membre de l'Académie 235
Les peintures préhistori(|ues de la grotte d'Altamira à San-
tillana (Espagne). Note de M. Emile Cartailhac, correspon-
dant de l'Académie, et de M. l'abbé H. Breuil 250
LivHES ofi-.:rts 185, 199, 204, 208, 230, 2:.0, 253, 205.
CAllIi.H DE .IL'ILLET-AOUT
Séances 2G7, 292, 310, 318, 320, 347, 304, 365, 367.
CoMMl^NICAPIONS :
Inscription araméenne trouvée en Egypte, p:ir M. If m inpiis
(le Vogué, membre de l'Aciulémie 269
Analyse d'un mémoire du B. P. Bonzevalle sur un l)as-r(>lii>r
trouvé à Émèse et plusieurs monuments palmyréniens, |)ar
M. le marquis de N'ogi'ié, membre de l'Académie 276
BapiJiH-t de M. le docteur Carton sui- les fouilles exécutées à
Kl Kenissia, près de Sousse 283
Les n (lourilei/iou ■■ bretons et leur oiiginc iKibyloiiienne,
l)ai- M. d'Arbois de .lul)ain ville, mcnibrc de l'Académie .. 315
Les inscriptions de la Boche de Trupt, par M. l'rolicii. 331
TABLE DES MATIÈRES 683
Lepcis et Le[)tis magna, par M. Clermont-Ganneau, membre
de l'Académie 333
A propos du fronton oriental du temple de Zeus à Olympie.
Une hypothèse, par M. Naville, correspondant de l'Institut. 3S0
Les sépulcres à fresques de Guigariche et le culte de Mithra
en Afrique, par M. Clermont-Ganneau, membre de l'Aca-
démie 357
Mémoire de M. Adhémar Leclère, l'ésident de France au Cam-
bodge, sur une charte de fondation d'un monastère boud-
dhique où il est question du roi Feu et du roi de l'Eau. . . . 369
Appendices :
Rapport fait au nom de la Commission des antiquités de la
France sur lesouvragesenvoyés au concours de l'année 1903,
par M. Salomon Reinach, et lu dans la séance du 10 juillet
1903 ; 295
Rapport du Secrétaire perpétuel de l'Académie des inscrip-
tions et belles-lettres sur les travaux des Commissions de
publication de cette Académie pendant le premier semestre
de 1903, lu dans la séance du 24 juillet t903 321
Inscription égypto-phénicienne de Byblos. Note de M. Cler-
mont-Ganneau, membre de l'Académie 378
Jupiter Heliopolitanus. Note complémentaire, par M. Clermont-
Ganneau, membre de l'Académie 384
Livres offerts 2«7, 300, 318, 325, 340, 363, 366, 386.
CAHIER DE SEPTEMBRE-OCTOBRE
Séances 387, 398, 412, 416, 439, 457, 460, 465, 469.
Communications :
Le trésor d'Izgherli. Note de M. Degrand, consul de France à
Philippopoli (Bulgarie) 390
Une nouvelle grotte à parois gravées à l'époque préhistori(jue :
la grotte de Teyjat (Dordogne), par MM. le D'' Capitan,
l'abbé Breuil et Peyrony 407
684 TAl'.LE lJi:S MATIÈRES
Rapport sommaire sur les fouilles de Délos (15 juin-8 août),
adress:*' à M. Homélie, directeur de lÉcole française
d'Athènes, membre deTAcadémie, par M. F. Dùrrhach, pro-
fesseur à l'Université de Toulouse 422
Figurines trouvées à Carthage dans une nécropole punitjue
(1903). Note du H. P. Delattre, correspondant de FAca-
démie 429
Appendice :
Rapport de la Commission des Ecoles françaises d'Athènes
et de Rome sur les travaux de ces di'ux Ecoles [)eMdant
les années 1901-1902, par M. Maxime CoUignon, membre de
l'Académie, lu dans la séance du 2 octobre 1903 440
LiviiKS oi-FEurs 397, U2, ila, i37, 456, 4")9, 4ii3, 468, wO.
CAHIER DE NOVEMBRE-DÉCEMRRE
Séances 475, 479, 397, 604, 607, 633, 641, 6f8.
Communications :
Inscriptions de Palestine, par M. Clermont-Ganneau, membre
de l'Académie 47 9
Séance publicpie annuelle du 13 novembre 1903 497
Centenaire de l'élection de Quatremèrede Quincy à l'IiistiUit,
classe d'histoire el de littérature ancienne, le 10 février 180 1.
Notice supplémentaire sur sa vie el ses travaux, par son
successeur immédiat M. Henri Wallon, secrétaire perpétuel. 538
La murale et la cité dans les poésies de Solon, par M. Mau-
rice Croiset, membre de l'Académie 581
L'élendue de Rabylone, par M. 0|)peil, membre de l'Aca-
démie 611
Re|)risi' des fouilles de Tello par le capitaine (^ros. Première
communication. Lue statue complète de (îoudéa, par M.
Léon Heuzev, membre de l'Académie 618
TABLE DES MATIÈRES C85
Note sur les i'uuilles exécutées dans le Itiimihis de Costiévo,
en Bulgarie par M. Degrand, consul de France à Philippo-
poli, par M. Maxime CoUignon, membre de l'Académie. . . . 644
LivuEs OFFERTS 495, 602, 003, 629, 636, 647, 6:i0.
Périodiques offerts 051
Table alphabétique 051)
Table des gravures 078
Table des matières 080
lÙiRATA 680.
MACOX, l'ROTAT FRKRES, IMIMIIMEIJRS
EU RATA
l'.ij^e 2i-."), litriies .■)0-:{2, au Uni de : 1.000 francs à M. Dussaïul, pour
son llialoire et i-eU(ji(in des Xosatris ; 1 .000 francs à MM. Dussauil ol
MacIcM- pour leur pul)licalion intitulée : Voynrje archéologique au
Saf.i ; lin- : 1.(100 fr. à MM. Dussaud et Macicr : M. Dussaud, pour ses
doux publications intitulées Histoire... et Voyage..., et M. Macler,
pour sa collalioralion à ce dernier ouvra<;c.
Page '.\W, ligne (i, au lieu de
— :U9,
— :n8,
10, -
H, -
Too" avaXa', lire ." too ' àya/.jA'
— ; j.j~'jz y.x':.
— ; Tzzozi'fi-
auTo; /.a
71.
— ; p,
91.
Le Ocrant, A. Picaud.
Académie des inscriptions
et belles-lettres, Paris
Comptes rendus des séances
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